jeudi 23 avril 2020

Voyer, les pédés, les gouines, les connasses...

Un lecteur m'a fait parvenir ce texte rare de Jean-Pierre Voyer, dont j'avais entendu parler il y a longtemps, une lettre aux membres du F.H.A.R. (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire...), je reproduis ces lignes aussi actuelles que pertinentes avec plaisir. 

Citoyens,


nos félicitations et notre estime pour votre excellent Rapport contre la normalité paru aux éditions Champ Libre. Nous avons particulièrement apprécié sa dignité, sa clarté, sa rigueur, son intrépidité, choses si rares et tant nécessaires aujourd’hui.

Mais que la honte soit sur les connasses maoïstes qui encombrent vos colonnes avec leur "phallocratie". Et qui pensent, parce qu’elles sont une masse de connes, qu’elles doivent être chose nécessairement que de réelles connasses. Et qui confondent le prolétariat avec une masse de cons et de connes. Le prolétariat n’existe que pour autant qu’il se connaisse. Leur verbiage, leur bêtise et leur confusion tranche détestablement sur la claire détermination du reste du rapport. D’autre part, ces connasses m’insultent personnellement, moi, secrétaire général de cet institut, et homme – c’est-à-dire : individu humain de sexe masculin –, en disant que CE monde est MON monde puisque mon sexe s’y étale. C’est-à-dire que moi, individu masculin, j’ai plus qui quiconque la libre disposition de ma vie, que j’ai un réel intérêt au maintien de ce monde – alors que, bien sûr, il existe un illusoire intérêt qui courbe les fronts de toute une humanité. C’est dire que je retire un avantage quotidien, permanent, que je m’éveille de bonne humeur chaque matin, simplement du fait que mon sexe symbolise tour à tour le sceptre et la matraque.

Elles m’insultent en disant que le langage, qui en fait est au service d’un pouvoir qui n’est pas le mien ni celui de mes semblables, est mon langage et me sert, moi qui suis assailli par l’isolement.

Elles m’insultent en insinuant que ce monde étant le monde de l’"homme", ce serait ma possession, moi qui ne possède pas même le plein usage de ma propre vie.

Connasses, quel « intérêt » pour les individus concrets, existants, masculins ou féminins (et que vous ne rencontrerez jamais, évidemment, tant votre connerie vous aveugle !), quel avantage à ce que le sexe masculin soit exploité et glorifié spectaculairement à des fins commerciales et d’asservissement du bétail laborieux, tant masculin que féminin, dont je suis ? – Aucuns !
Non, la « phallocratie », si l’on entend par là l’usage publicitaire du sexe masculin, n’est pas l’ennemi des « femmes » aussi bien que le pire ennemi des « hommes » est leur bêtise, dont cet échantillon de connasses témoigne scandaleusement, et pour la production, le maintien de laquelle tout est fait dans cette société, par les classes dominantes occidentales, orientales et extrême-orientales.

Ces connasses insultent mal à propos un peuple d’esclaves, dont je suis, en prétendant que quelque chose lui appartient, à lui qui n’a rien. Ce peuple dont certains membres sont déjà les "Spartacus", comme pourraient bien l’être les autres rédacteurs du Rapport. Et alors qu’il existe tant d’injures appropriées au prolétariat quand il n’est pas révolutionnaire : esclaves, cons et connes, étudiants, petits cadres, vieux cons, staliniens, syndicalistes, maoïstes, trotskistes, castristes, bureaucrates, léninistes, anciens combattants, automobilistes, vacanciers, racistes, télévisionnaires, footballeurs, flambeurs minables, etc. il a fallu qu’elles choisissent la SEULE insulte inappropriée par définition : HOMME, lancée à une foule à qui la qualité d’homme est déniée chaque jour.

Enfin, il n’y a pas de « sexualité dominante ». Il n’y a qu’une réelle absence de sexualité, une réelle misère de la sexualité d’une part, et d’autre part : image, spectacle, idée, eux dominants, d’une sexualité épanouie et heureuse ! Image, spectacle, idée, tellement dominants, tellement terroristes, que c’est leur énorme réalité qui condamne la misère réelle au silence, au secret, à la terreur, à l’isolement. Heureusement, de plus en plus apparait la réalité, qui est celle de l’universelle misère sexuelle, tant hétéro qu’homo, celle-ci servant de bouc-émissaire à celle-là. C’est même l’universalité de cette misère qui fait qu’un spectacle de la libération sexuelle soit rentable.

Où sont ces « hommes », dans tout cela, qui réinventent sans cesse le pouvoir ! Les connasses se sont trompés de rédaction : elles devaient aller à la rédaction de Elle, où elles auraient été d’ailleurs été très bien reçues, étant donné que Lesbos devient fort à la mode ces temps, et va même devenir sous peu, pensons-nous, un secteur rentable du spectacle. Il ne faut pas confondre le mensonge insolent de l’idéologie avec la réalité de la misère.
Oui, l’homosexualité est l’homosexualité de l’homme ; mais non pas, comme le pensent ces connasses, à cause du « défaut » de sexe des "femmes" ; mais pour un fait historique et social : seuls les homosexuels masculins sont traqués comme des bêtes, comme des juifs par les nazis. L’histoire ça n’existe pas pour ces connasses. L’"homme" dont elles parlent n’existe que dans leurs petites têtes, il y a été mis, comme idée aberrante, par le spectacle de l’"homme" qu’entretient cette société ennemie du genre humain. Si elles n’étaient pas si connes et si prétentieuses, ce ne seraient que de malheureuses victimes de cette odieuse mise en scène. Ce n’est pas le sexe qui leur fait défaut, mais la cervelle et le moyen de s’en servir. La prose de ces connasses, digne de la prose du M.L.F., peut se résumer en une phrase, celle d’un aveugle qui dirait au paralytique : "Salaud, tu vois !" 

Citoyens du F.H.AR., mes collègues et moi-même ne pouvons que vous encourager vivement à choisir scrupuleusement vos associés dans l’avenir. Tout le monde – si on a quelque connaissance de la vie – sait fort bien que l’homosexualité féminine, heureusement, n’est presque pas réprimée dans la société actuelle. Nous comprenons les excellentes raisons de principe qui vous ont incités à associer à votre mouvement des homosexuelles féminines. Malheureusement, cette expérience prouve que vous n’en avez pas trouvé de vraies (ou tout au plus quelques maladroites qui n’arrivent pas facilement à mettre des filles dans leurs lits). De sorte que nous avons là la simple continuation de l’arrivisme militant où les femmes se sont toujours tristement distinguées, pour des causes qui tiennent évidemment au surplus d’aliénation dont elles sont victimes, dans la société présente. Tandis que les véritables lesbiennes sont dans l’ensemble à l’avant-garde des femmes aujourd’hui, les fausses ou les incapables qui participent malencontreusement à votre Rapport témoignent pleinement de l’arriération féminine, et aspirent à la conserver, par le simple contraste de la sottise de leur "pensée" et de leur langage, en regard de ce qu’écrivent les autres rapporteurs. Si ces connasses savaient quelque réalité sur le plaisir, même entre hétérosexuels, elles ne s’en mettraient pas plein la bouche avec le mythe de la "phallocratie".

Et quand bien même les hétérosexuels resteraient la plus réduite des "minorités sexuelles" elles n’en mériteraient pas moins d’être approuvée comme toutes les autres, par une société, sans classes, sans Mao, et sans Lin Piao.

A bas le spectacle de la sexualité !

A bas l’opposition spectaculaire de l’"homme" et de la "femme" !

Travaillons plutôt à la publicité de la misère individuelle !

La publicité de la misère individuelle est l’arme absolue !

Bravo pour la manière dont vous avez mouché les petits bourgeois de Voix Ouvrière.

Pour l’Institut de Préhistoire Contemporaine
le secrétaire général
J.-P. VOYER


P.-S. – Que les camarades homosexuels masculins se rassurent : ils ne détiennent pas le triste monopole de l’insulte allusive avec "merdeux" et "enculé". Leurs consœurs, qui sont aussi les nôtres, sont assez bien loties avec l’emploi universel et très bisexué de "connerie", etc. Sans compter les travailleurs qui pourraient aussi se sentir offensés, et, pensons-nous, ne vont pas tarder à l’être de termes comme "canaille", "plèbe", "ivrognes", "abrutis" !

Paris, le 10 novembre 1971


INSTITUT DE PREHISTOIRE CONTEMPORAINE