mercredi 16 janvier 2019

"Un juif converti, ça fait un chrétien de plus, mais ça ne fait pas un juif de moins." (Paul Morand)

Qu’en peu de mots… J.-F. Poisson, toujours dans L’Incorrect

"L’Islam est devant une contradiction à mon avis insoluble : soit il reste ce qu’il est, et on va à l’affrontement ; soit il se réforme et il disparaît. C’est aussi simple que ça. Il ne peut pas survivre à une démarche critique qui viserait à en vérifier l’historicité et la cohérence. (…) Soit l’Islam est fractionné en tant que tout, et il disparaît purement et simplement, soit il demeure. (…) Nous pouvons conduire un certain nombre de musulmans à ne pas faire le choix de l’Islam. (…) La puissance d’attraction d’une civilisation qui serait redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être est de nature à faire s’interroger les musulmans sur la réalité de leur civilisation."


La réalité et l'intérêt ! - Ceci dans un contexte général qui voit des musulmans du monde entier se convertir, certes pas en masse mais en nombre, à d’autres religions qui leur semblent un rien moins pénibles et meurtrières que la leur… Tout ceci ne présageant bien sûr aucunement de ce qui va se passer en France dans les décennies à venir. - Bon, après tout, les Espagnols ont fini par se remettre de quelques siècles de domination musulmane, l’Espagne n’en est pas morte ! 

mardi 15 janvier 2019

Francis Blanche et Jacqueline Maillan.

(J'avais envie de les citer, comme ça). - Est-ce un hasard je l’ignore, mais nous restons dans l’univers anglo-saxon, avec Will Franken, interviewé par L’incorrect

"Bien sûr que la comédie souffre d’une forme de censure. Il suffit de voir la mélasse insipide qui dégouline sur nos scènes et nos écrans, pour s’en convaincre. Notre culture occidentale tremble devant la propagande trans, les lubies victimaires et les dogmes de l’Islam."

Bonne synthèse. Mais c’est la suite qui m’intéresse plus. Franken a été marginalisé par ses collègues après avoir organisé une parodie de cérémonie, en décernant les Prix du Conformisme : 

"Deux ans après, je continue à payer pour cette blague. Je figure sur une liste noire. (…) Le nombre de mes représentations a diminué de 80%. Cette expérience confirme ce que je craignais : le meilleur moyen de s’attirer des ennuis n’est pas de s’attaquer aux gangs de violeurs, de condamner l’excision ou les atrocités des terroristes, c’est d’informer les comiques qu’ils ne sont pas drôles."

J’ignore si ce monsieur est lui-même drôle, je n’ai pas pris le temps de regarder quelques-uns de ses sketches, mais il me semble saisir ici un trait de psychologie caractéristique, qui aurait pu figurer dans un livre de René Girard. - Une dernière pour la route, au sujet du trop grand nombre actuel de comiques : 

"Jusque-là, la vocation d’humoriste obéissait au principe darwinien selon lequel les plus talentueux survivent. Ceux qui avaient cette vocation, un authentique talent, progressaient dans la profession en repoussant les limites à force d’inventivité et d’audace, tandis que les bureaucrates de l’humour ou pire, ceux nous infligent leur logorrhée thérapeutique à longueur de sketches, étaient éliminés et avec un peu de chance retrouvaient un travail honnête. Malheureusement, le politiquement correct a institué son obsession pathologique de n’offenser personne." 


Cela peut bien sûr être transposé dans de nombreux domaines… A demain ! 

lundi 14 janvier 2019

"They believed just as strongly in money." Deuxième ration de J.B., coupée à l’Orwell et au Voyer.

Une nouvelle citation de 12 rules for life, l’auteur évoque une époque de doute dans sa vie, il y a une bonne trentaine d’années : 

"I was truly plagued with doubt. I had outgrown the shallow Christianity of my youth by the time I could understand the fundamentals of Darwinian theory. After that, I could not distinguish the basic elements of Christian belief from wishful thinking. The socialism that soon afterwards became so attractive to me as an alternative proved equally insubstantial ; with time, I came to understand, through the great George Orwell, that much of such thinking found its motivation in hatred of the rich and successful, instead of true regard for the poor. Besides, the socialists were more intrinsically capitalists than the capitalists. They believed just as strongly in money. They just thought that if different people had the money, the problems plaguing humanity would vanish. This is simply untrue. There are many problems that money does not solve, and others that it makes worse." 


Elementary, my dear Mélenchon ! 

dimanche 13 janvier 2019

"Un peuple anesthésié et une société désintégrée..."

Vaclav Havel, époque dissidence, aux membres du Parti Communiste : 

"Derrière une apparence de normalisation, vous avez installé le règne de la peur, du mensonge et de la corruption à tous les niveaux. Vous assurez la ruine du pays en étouffant la création et en voulant, à terme, abolir toute mémoire collective, toute vie sociale autonome, pour régner sur un peuple anesthésié et une société désintégrée. Cela, nous le refusons."

samedi 12 janvier 2019

"Suspects et comploteurs..."

Je blogue dès le matin. C’est souvent le cas le week-end - et aujourd’hui, nous ne savons pas de quoi l’après-midi sera faite…

A la fin de son dernier article (https://blog.mondediplo.net/les-forcenes - je n’en ai lu pour l’heure que les extraits publiés par Le Salon beige), Frédéric Lordon évoque, au sujet des poursuites judiciaires contre les initiateurs d’une guillotine en carton, « l’histoire populaire des effigies », ajoutant, à juste titre : "Au mépris surtout de ce qu’à fermer jusqu’aux formes symboliques de l’expression de la colère, après en avoir fermé toutes les formes politiques, [les médias] devraient se demander quelles solutions d’expression ils lui laissent."

Or, je découvre dans le livre de J.-C. Martin un intéressant complément d’information, qui donnerait à penser que dans l’espèce de république chimiquement pure (et moralement impure) qu’est le régime LREM, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’on s’en prenne aux effigies, comme si on assimilait symbolique et réel : 

"L’affichage des opinions est rapidement répandu dans le pays, notamment par la cocarde, que les voyageurs qui veulent traverser le pays sans heurt sont, de fait, obligés de porter dès la fin de 1789. Ce qui est demandé, au-delà de l’uniformité apparente, est plus profond : il s’agit de participer à la vie de la nation sans restriction. La Chronique de Paris de l’été 1790 mène campagne contre les marques distinctives qui peuvent différencier les individus, mêlant la suppression des titres sur les tombes des nobles, à l’abandon de la pratique de la poudre chez les hommes pour avoir une tête « à la romaine » ! La finesse de la peau des mains signale, dès 1790, suspects et comploteurs. L’Ami du peuple dénonce les « hommes travestis en femmes », les « jolis messieurs bien frisés et gentilles donzelles bien coiffées ». La crainte que l’habit soit un masque s’inscrit dans la vie sociale. Le 31 janvier 1790, les processions carnavalesques sont interdites à Paris, considérées comme indigne d’un peuple « libre » qui n’a pas besoin de se cacher pour exprimer ses idées et ses convictions. Le travestissement, notamment celui des femmes en hommes, qui avait toujours inquiété les autorités, devient hors la loi. La transparence des attitudes ainsi attendue…"

Par-delà cette histoire d’effigie et cette interdiction républicaine précoce de ce qui relève du carnavalesque, on rappellera les propositions et remarques de certains, cette semaine, suite à l’affaire de la cagnotte, d’une transparence absolue des noms des donateurs, voire, plus généralement, de la disparition des pseudonymes sur Twitter et autres réseaux sociaux - l’état d’esprit quant à ce que l’on peut et doit exiger d’un peuple « libre » (les guillemets sont de J.-C. Martin, qui ne m’apparaît pas comme un contre-révolutionnaire fanatique, loin de là) est le même. Et indifférenciation pour indifférenciation, on en profitera pour rappeler que nos amis les LGBT sont loin de faire l’éloge du secret : vous pouvez faire ce que vous voulez de votre corps, mais il ne faut pas que ce soit caché, ni fugace, et encore moins amusant. On n’est pas là pour rigoler ! 

Ce qui est frappant d’ailleurs, dans les deux cas, c’est l’assimilation volontariste des actions à une identité, y compris, dans le cas des LGBT, pour des gens qui jouent quand ils le veulent sur le trouble dans le genre blablabla : si vous avez crié « Vive le Roi ! » il y a vingt ans, vous êtes suspect de royalisme pour toujours, quoique vous fassiez ; si vous avez de temps en temps un goût pour le travestissement ou si vous avez connu quelques expériences homosexuelles, vous êtes bi, la question est résolue - et dans ce cas, il faut l’assumer, le dire, le proclamer, etc. L'intimité et la discrétion sont suspectes


Bon samedi républicain à tous ! 

vendredi 11 janvier 2019

"La société française découvre ce type de questions..."



Suite directe du texte d’hier : 

"Dès les années 1760, le roi a favorisé les cours d’obstétrique et poussé à l’installation de matrones et de sages-femmes. Avec son appui, Mme Marguerite Boursin du Coudray dispense dans tout le pays un enseignement livresque et pratique, utilisant des mannequins. Entre 5000 et 10000 accoucheuses ainsi que 200 chirurgiens sont formés en vingt-cinq ans, médicalisant la naissance et créant un nouveau groupe social où des femmes acquièrent une spécialité reconnue. Même les paroisses rurales les moins susceptibles d’être touchées par l’esprit des Lumières sont influencées par cette laïcisation du rapport au corps et à la transmission de la vie. Dans le même temps, mais plutôt à destination des couches urbaines lettrées, l’allaitement maternel devient une véritable mode sociale. Dans ce phénomène surprenant à bien des égards et qui va prendre des significations nouvelles pendant la Révolution, se conjuguent de multiples causes directes et indirectes. L’attention portée aux enfants mais aussi l’espoir d’avoir des soldats se combinent avec le succès - pour partie de scandale - du livre Jean-Jacques Rousseau, L’Émile, qui, en 1762, prône cette alimentation « naturelle ». Nombre de particuliers s’en inspirent et élèvent leurs enfants « à l’Émile », tandis que l’administration (…) subventionne l’allaitement maternel, faisant chuter le nombre des enfants mis en nourrice. 


Il convient de comprendre ces discours dans leurs contradiction mêmes. La mécanique des femmes, pour emprunter l’expression à Louis Calaferte, est une de ces « machines célibataires » qui créent du désir, des inhibitions et des conflits, sans être liées stricto sensu à des valeurs sociales normatives ou prescriptives, et qui donc suscitent d’innombrables réactions. Il ne faut pas chercher de cohérence à ces réflexions, ces attitudes, ces prises de position qui témoignent simplement du fait que la société française découvre ce type de questions et qu’elle tente d’y répondre dans tous les domaines de la vie quotidienne. Rousseau illustre là encore la réalité de l’époque. Il a longtemps projeté de faire un ouvrage sur l’histoire des femmes. Mais, partagé entre l’envie d’insister sur leur place et celle de dénoncer leur rôle nocif, puisqu’elles féminiseraient la société par excès d’amour, il n’arrivera jamais à l’écrire."


Quand je lis un livre d’histoire, je me dis que les gens font des erreurs de bonne foi (c’est une généralité, pas une référence particulière à ce texte ou au précédent). Quand je vois mes contemporains commettre ce qui me semble être une erreur politique importante, je les trouve soit stupides, soit de mauvaise foi. Mais est-il vraiment possible d’échapper à ce deux poids deux mesures ? Les erreurs du présent, nous espérons encore pouvoir les empêcher, et nous n’en connaissons pas avec certitude ni distance les conséquences potentiellement tragiques pour nous et nos proches. 

jeudi 10 janvier 2019

Recherches et considérations sur la population de France...

Sur ma lancée, après (et pendant) les livres de MM. Waresquiel et Fumaroli, j’ai commencé un volume plus universitaire et synthétique, La révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l’Empire, de Jean-Clément Martin (2008). Comme j’ai malheureusement, lorsque j’emprunte des livres en bibliothèque, tendance à oublier qu’un livre de cinq cent pages ne se lit pas en dix minutes, comme par ailleurs il faut bien rendre ce que l’on vous a prêté, je n’aurai pas le temps de finir dans un futur proche ce bouquin qui contient pourtant son lot de renseignements et d’enseignements. En attendant donc que j’y revienne plus tard, quelques citations ces jours-ci, pendant que vous et moi avons encore ce passionnant sujet des rapports hommes-femmes avant et durant l’épisode révolutionnaire, en tête :

dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, "après deux ou trois enfants, les couples rompent les habitudes antérieures qui voyaient les enfants se succéder tous les deux ans, autant pour préserver la vie des femmes et leur propre unité, que pour mieux entourer les enfants. L’amour conjugal, le contrôle de la sexualité et la protection du patrimoine se confondent ainsi dans les alcôves. Cette diffusion des « funestes secrets » se réalise du haut en bas de la société, malgré les condamnations cléricales. Une des conséquences est d’écarter les hommes du confessionnal, leur évitant d’avouer le coïtus interruptus ; en résulte ce « dimorphisme sexuel » qui va concerner une bonne partie de la France dans les siècles suivants : les femmes à l’église, les hommes sur la place publique ou au cabaret [ce que Pierre Boutang, note de AMG, regrettait, car cela avait poussé le clergé à modifier son discours, ou en tout cas la tonalité de ce discours, pour s’adapter à la « clientèle » de femmes et d’enfants qui était devenue si capitale pour lui ; d’où, ajoutait-il, je vous en ai parlé dans le temps, un message catholique trop sentimental et mou par rapport à ce qu’il devrait être à et ce qu’il était auparavant]. (…)

L’État a d’autres raisons de s’occuper des alcôves. Depuis les statistiques de Vauban, la surveillance de la population est devenue une préoccupation politique (…). Entre affaiblissement et surpopulation, toute une école de pensée propose des théories autour de la « richesse des nations » pour trouver l’équilibre nécessaire. Entre Mirabeau père qui redoute le dépeuplement et, à la fin du siècle, Malthus qui estime nécessaire de limiter le nombre des convives au « banquet de la nature », l’État se retrouve dans une position de régulateur, dont la Révolution héritera. Un débat animé oppose théologiens et savants à propos de l’inégale répartition des garçons et des filles à la naissance. L’excédent de garçons résulte-t-il d’une volonté de la providence divine, est-il purement fortuit, sans signification, ou bien l’administration peut-elle s’en saisir comme le tente Auger de Monthyon (connu sous le pseudonyme de Moheau) dans ses Recherches et considérations sur la population de France, parues en 1778 ? (…) Condorcet, plus tard, applique les règles du calcul de probabilité, pour imaginer, dans une perspective purement scientifique l’intervention de l’État pour réguler le sex-ratio. La biologie entre ainsi dans la gestion publique."

La suite du texte demain, avant que vous ne tiriez trop de conclusions… 


(Je précise que l’on apprend par ailleurs dans cet ouvrage que la mode de l’habit noir, notamment chez les bourgeois aisés, est antérieure, certes de peu, à la Révolution. Quand Mme Vigée Le Brun, de retour à Paris à la fin du siècle, déplore la disparition des couleurs dans les fêtes, cela signifie que son propre milieu, ou ce qu’il en reste, ou ce qu’il est devenu, se met à appliquer les codes vestimentaires sobres de la bourgeoisie capitaliste en plein essor.)

mercredi 9 janvier 2019

Maurice Henry mélancolique.

mardi 8 janvier 2019

"Force éthique". Luc Ferry et Christophe Dettinger.



"La liberté d’action du bourgeois repose sur sa situation économique ; la liberté d’action du pauvre repose uniquement sur sa force éthique."


Ernest Ansermet, Les fondements de la musique dans la conscience humaine - 1961, d’où le vocabulaire marxisant, pour un auteur et chef d’orchestre chrétien (protestant, en l’occurrence). Sa version du Requiem de Fauré continue à me bouleverser, après combien d’écoutes !… J’avais espéré vous proposer un texte plus long ce soir, d’Ansermet et à son sujet, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut, C. Dettinger vous le dirait mieux que moi. 

lundi 7 janvier 2019

Job, Déportés frères et Élus de la Raie publique...



Il m’arrive de jeter un oeil au compte Twitter de M. François de Rugy, dont les formules creuses et parfois incompréhensibles s'accordent bien avec le somptueux air de faux-culterie qui se dégage irrésistiblement du visage de leur auteur supposé. Après les événements que vous savez, notre ministre a twitté : 

"S’attaquer aux bâtiments de la République, c’est s’attaquer aux institutions de la République, c’est s’attaquer à la démocratie."

J’ai goûté avec plaisir ce glissement subtil du bâtiment à l’institution, du matériel au spirituel. On notera que les racailles qui - c’est moins fréquent semble-t-il ces temps derniers, mais l’histoire n’est certes pas finie - brûlent des bibliothèques municipales, par exemple, raisonnent de la même façon que M. de Rugy. Tout cela se tient. J’ai plus de mal avec la deuxième partie de la phrase. S’en prendre, physiquement, à un ministère, c’est "s’attaquer à la démocratie" ? Il me semble que la demande de démocratie, si l’on me permet de m’exprimer comme un technocrate, est justement au coeur du mouvement des Gilets jaunes comme des débats qu’ils ont imposés : c’est parce que non seulement la République en tant que telle ne garantit pas la démocratie, et que de surcroît les très démonétisées « valeurs de la République » sont de facto utilisées pour nuire aux diverses expressions démocratiques, qu’un mouvement comme celui dont nous voyons se succéder les actes, est né. 

Évidemment, M. de Rugy sait tout cela, et c’est pour cela qu’il twitte une connerie pareille. Si j’étais d’humeur polémique, je dirais que cela me fait penser à ces jérémiades que l’on voit surgir quand une agression antisémite est médiatisée : s’attaquer à des Juifs, ce serait, d’une certaine manière, jamais précisée au point d'être vraiment cohérente, s’attaquer à l’humanité entière. On peut tout de même condamner ce genre de conneries sans assimiler le judaïsme à l’humanité ; on peut condamner (ou non) les initiatives comme celle à laquelle M. de Rugy fait allusion, sans les assimiler à un putsch contre la démocratie. En supposant encore quelque temps que j’aie quelque velléité provocatrice, je pourrais faire remarquer que dans les deux cas on aboutit plus à des formes de discriminations de fait qu’à une pratique concrète de la démocratie. 


Mais ne soyons ni polémiques ni provocateurs, et citons pour finir, en la détournant, une formule célèbre : méfiez-vous des généralités ! 

dimanche 6 janvier 2019

"Figures de la résistance et de l’exil intérieur…"



Le texte que je vous ai cité hier est le début de la préface à un recueil de textes littéraires consacrés à Saint-Pétersbourg, paru chez Omnibus en 2003. La première oeuvre qui y figure est une brève nouvelle en vers de Pouchkine, Le cavalier de bronze, dans laquelle un pauvre hère est poursuivi, ou se croit poursuivi, par une statue équestre de Pierre le Grand. Je vais vous en donner l’ouverture, somptueuse ode à la ville, avant de céder de nouveau la parole à Dominique Fernandez, qui clôt son texte par une brève réflexion sur la ville au XXe siècle… et un autre extrait du prologue du poème de Pouchkine. 

"Devant lui, la mer était vide ; 
Méditant de graves desseins, 
Il regardait vers les lointains. 
A ses pieds le fleuve splendide
Où passait un pauvre canot ; 
Sur les rives marécageuses, 
Çà et là de tristes hameaux
Où des familles besogneuses
De Finnois trouvaient un abri ; 
D’immenses forêts frémissantes
Où jamais le soleil n’a lui. 

Il songeait : La Suède est puissante ; 
D’ici nous la menacerons. 
Abattons son orgueil, ouvrons 
Sur l’Occident une fenêtre. 
Une ville ici doit paraître. 
Lorsque nous serons établis
Des hôtes de tous les pays
Viendront, par des routes nouvelles, 
Mener une fête éternelle. 

Et voici que, cent ans après, 
Du Nord merveille incomparable, 
Du fond des bois et des marais 
A surgi la ville admirable."

1833. Cent ans encore après, pensons à "ce que deviendr[a] la ville pendant les quelque soixante-dix ans de la domination communiste : une cité déchue, détrônée de son rang de capitale, mal aimée de Lénine et de Staline, reléguée au rang de chef-lieu de province, condamnée à une lente décrépitude, refuge incertain de poètes persécutés… Il faudrait interroger là-dessus les vers admirables d’Alexandre Blok, d’Ossip Mandelstam, d’Anna Akhmatova, figures légendaires de la résistance et de l’exil intérieur. 

Mais ici, après le mythe de Saint-Pétersbourg, commence le mythe de Leningrad. Et nul écrivain, apparemment, n’a encore réussi à nous faire comprendre comment, dans cette ville épuisée, déclassée, amputée de son intelligentsia par une répression implacable, a pu surgir le courage, la force de tenir tête, pendant les neuf cents jours du siège, à l’écrasante pression de l’armée allemande. Un exploit unique dans les annales de l’humanité. Un million de morts de froid et de faim, mais le refus obstiné de capituler. Comme si, à travers les siècles, le Cavalier de bronze avait continuer à insuffler l’énergie à son peuple. 


J’aime le belliqueux tonnerre
Qui gronde dans ton ciel, cité, 
Quand la souveraine a donné
Un fils à la maison princière, 
Quand la Russie a triomphé
Encore une fois à la guerre
Ou quand la Néva, fracassant
Les murs de glace qui l’enserrent, 
Jubile aux souffles du printemps."

samedi 5 janvier 2019

"La permanence du courant contestataire, nullement apaisé au bout d’un siècle…"




Le titre, c’est pour montrer que je m’intéresse à ce qui se passe aujourd’hui. Mais nous allons parler d’autre chose, sans y chercher de morale particulière, même s’il est amusant de voir dans quel camp se situaient alors les Encyclopédistes :

"Peu de villes ont produit leur mythe littéraire avec autant de force que Saint-Pétersbourg. Aucune autre, peut-être, ni Paris, ni Londres, ni Rome, à cause des circonstances mêmes de sa création et de son développement. Les grandes capitales de l’Occident ont grandi de façon empirique. Seule Saint-Pétersbourg est née de la volonté d’un homme, Pierre le Grand. Il n’y avait que marécages et tourbières dans le delta de la Néva, lorsqu’il décida d’y implanter une ville. Il posa la première pierre de la forteresse en 1703, et, dix ans après, les constructions étaient assez nombreuses, les rues assez longues et larges pour que le tsar érigeât en capitale de la Russie l’agglomération à peine surgie des brouillards et des glaces. 

Cela n’avait pas été sans mal ni vies humaines sacrifiées. On évalue à quelque cent mille le nombre des ouvriers, serfs ou prisonniers de guerre, qui moururent en enfonçant dans la vase gelée les pilotis destinés à soutenir palais et maisons. Dès l’origine, Saint-Pétersbourg s’est présentée avec une double image : d’une part une façade somptueuse, un ensemble architectural d’une splendeur inégalée, une homogénéité entre les édifices jamais vue - mais d’autre part un arrière-monde de tragédie et de violence. Reine des cités par sa beauté unique, et en même temps grouillement de fantasmes maléfiques et de cauchemars, Saint-Pétersbourg a été d’emblée le lieu d’une intense contradiction. 

Nul ne pouvait rester indifférent. Le mythe est né justement de cette nécessité de prendre parti, d’avoir confiance ou d’avoir peur, d’adorer ou de haïr. Pierre le Grand avait engagé lui-même la polémique, en faisant de la nouvelle capitale une arme de guerre contre Moscou. 

Certes, des arguments objectifs militaient pour la création de Saint-Pétersbourg : disposer d’un port de guerre et de commerce pris moins longtemps dans les glaces que les ports de la mer Blanche ; nouer des liens plus étroits avec l’Occident et procéder à des échanges de techniciens et d’ingénieurs ; ouvrir « une fenêtre sur l’Europe », selon la formule du voyageur italien Francesco Algarotti en 1739, que Pouchkine a attribuée indûment à Pierre le Grand lui-même. 

Cependant, la première intention du tsar, qui avait été outragé dans son enfance par les boyards moscovites et avait assisté impuissant aux sanglantes intrigues ourdies dans les couloirs du Kremlin, était d’abaisser l’ancienne capitale, de briser le pouvoir de l’Église orthodoxe, d’éradiquer les plus anciennes traditions russes, symbolisées par les bulbes dorés des coupoles et les barbes majestueuses des popes, en un mot, de délivrer la nation des influences orientales. 

Aimer Saint-Pétersbourg, venir s’y installer, c’était opter non seulement pour l’Europe, mais pour la modernité ; continuer à préférer Moscou, c’était rester fidèle à Byzance et au passé. Plus ou moins consciemment, tous les Russes furent amenés à choisir. 

Ou l’on se rangeait du côté de Pierre le Grand, dans le camp des occidentalistes ; ou l’on dénigrait son oeuvre, en adoptant le point de vue des slavophiles. Le premier qui formula de sévères critiques contre le tsar fondateur, et du même coup contre la ville qu’il avait fondée, fut le grand historien Nicolas Karamzine. Dans les années 1820, ce qui indique la permanence du courant contestataire, nullement apaisé au bout d’un siècle. 

« Pierre ne voulut pas admettre que la puissance morale des États est produite par l’esprit populaire, et par conséquent il traita par un comportement méprisant les traditions qui avaient nourri cet esprit, de même que les antiques coutumes et les traits caractéristiques de son peuple. » Au lieu de transformer graduellement ces coutumes, par l’exemple et non par l’autorité, le tsar les bouleversa brutalement, usant de la torture contre les réfractaires et faisant procéder à des exécutions publiques, auxquelles il prêtait la main en personne. Si bien qu’ « aux pauvres gens il ne pouvait pas ne pas sembler que Pierre leur ôtât, en même temps que leurs vieilles habitudes, jusqu’à leur patrie. » 

Paroles mémorables, qui reflétaient l’opinion des encyclopédistes français, en particulier de Montesquieu, et qui eurent à leur tour une forte influence sur tous les écrivains russes appelés à traiter de Saint-Pétersbourg."


Oui, si Dominique Fernandez, l’auteur de ces lignes, n’exagère pas, il est étonnant de voir, non Montesquieu, mais les encyclopédistes, faire ainsi l’éloge du conservatisme et des transformations graduelles, contre des changements autoritaires qui ôtent aux gens « en même temps que leurs vieilles habitudes, jusqu’à leur patrie. » - Après, toutes choses égales d’ailleurs, si l’on veut faire un parallèle avec notre beau pays en cette nouvelle années, il ne faut pas oublier une importante différence entre Pierre le Grand et Macron le petit, comme dirait Hugo : trois cents ans après, le monde entier vient encore admirer le travail du premier. 


vendredi 4 janvier 2019

Première ration de J.B.

Jordan B. Peterson (12 rules for life, n°1 des ventes sur Amazon à une époque, pourtant pas facile à trouver dans les librairies anglo-saxonnes parisiennes, que je croyais plus étanches que cela au politiquement correct : "I know, but it’s so controversial…") est traduit depuis peu en français, mais, ayant commencé à le lire en anglais 

 - ce qui permet de se rappeler quelques vérités sur l’habitude et l’expérience : cet auteur écrit dans une langue dans l’ensemble très claire, mais je n’ai pas lu de livre en anglais depuis des années, n’en ai jamais beaucoup lu ; du coup, si je n’ai pas l’impression, au fil du texte, d’une lecture particulièrement laborieuse, le moins que l’on puisse dire est que je progresse lentement, bien plus que lorsque je lis, en français, un auteur, je ne donnerai pas de nom, beaucoup moins clair ; 

, c’est en anglais que je vais le citer. Ce n’est pas très facile, car ses formules les plus percutantes se trouvent souvent au milieu de développements un peu longs à reproduire, et ne sont pas toujours compréhensibles sans ces développements. On peut tout de même trouver quelques pensées ramassées (ce qui, pour commencer, n’est pas plus mal), dont celle du jour : 

"Human beings have a great capacity for wrongdoing. It’s an attribute that is unique in the world of life. We can and do make things worse, voluntarily, with full knowledge of what we are doing (as well as accidentally, and carelessly, and in a manner that is willfully blind). Given that terrible capacity, that proclivity for malevolent actions, is it any wonder we have a hard time taking care of ourselves, and others - or even that we doubt the value of the entire human enterprise ?"


Parmi les définitions de l'homme - bipède sans plumes, animal doté d’un pouce, être doué de langage, créature satisfaisant ses pulsions sexuelles sans but exclusivement reproducteur, rire est le propre de l’homme, etc. (etc. pas tant que ça, d’ailleurs) -, celle qui nous constitue par notre capacité à faire des erreurs et/ou à faire le mal, volontairement ou involontairement, n’est certes pas la plus contredite par l’expérience. 

jeudi 3 janvier 2019

Bien peu de chose.

Au détour d’une page acerbe du livre de M. Fumaroli, dans laquelle il épingle le film consacré par S. Coppola à Marie-Antoinette, on lit que la réalisatrice "reprend à son compte la légende noire de la reine et même le prétendu adultère avec Fersen." 

L’ouvrage de Marc Fumaroli date de 2015, celui d’Emmanuel de Waresquiel, Juger la reine, de 2016. Dans celui-ci, la liaison de Marie-Antoinette avec l’aristocrate suédois est décrite comme un fait avéré, et non comme une rumeur. Les deux livres ont été écrits à peu de temps d’intervalle, E. de Waresquiel ne présente pas du tout ce qu’il raconte comme une révélation ou une découverte que le reste de la profession serait supposé valider, il faut donc en déduire qu'il est sûr que l’un des deux auteurs se trompe. Il s’agit probablement de M. Fumaroli, qui se contente de cette remarque incidente, quand E. de Waresquiel fournit de nombreuses informations sur les rapports de Fersen et de Marie-Antoinette, l’appartement qu’il avait à côté de celui du couple royal, la façon dont il avait organisé la fuite de Varennes, ses très nombreux efforts pour sauver son amie de la mort, le tout avec extraits de leur correspondance à l’appui, extraits où il n’est certes pas explicitement évoqué de coït, de gâterie ou d’orgasme, mais il faut tenir compte aussi bien de l’époque que du statut des épistoliers…

L’information en elle-même est tout sauf négligeable, étant donnée l’importance politique en cette fin d’Ancien Régime du corps du roi et de la reine - a fortiori du corps de celle-ci, si souvent dépeinte dans des pamphlets comme nymphomane, lesbienne, etc., le tout parfois avec des gravures qui, elles, n’hésitent pas à représenter sans la moindre ambiguïté pénétrations et autres douceurs. Il me serait d’ailleurs facile de vérifier ce qu’il en est, je connais bien un bon spécialiste de « l’Autrichienne ». Pour autant, si je vous parle de cela aujourd’hui, c’est parce que j’ai été frappé de voir à quel point, sur une question donc non négligeable, deux bons esprits, deux autorités (M. Fumaroli serait-il plus historien des lettres qu’historien tout court), en qui j’ai moi-même assez confiance pour les citer à ce comptoir à plusieurs reprises, peuvent être en désaccord, avec des formulations aussi péremptoires l’un que l’autre. Continuons à supposer que c’est l’auteur de Mundus muliebris qui ici se trompe, le lecteur de son livre, s’il n’a pas de raison précise de vérifier cette assertion présentée comme une évidence, lui fera confiance et gardera avec lui, peut-être pour des années, une idée fausse. 

Et ce raisonnement peut bien sûr être généralisé à des questions plus immédiatement politiques, pour un Français de 2019, que celle de savoir si oui ou non Marie-Antoinette avait effectivement, au moins avec un amant, trompé le Roi. Que d’erreurs ou d’approximations trimbalons-nous ainsi avec nous sans le savoir, qui influencent nos jugements, nos comportements, nos votes, etc. L’exemple qui me vient le plus spontanément à l’esprit est celui de Maurras, notamment parce que certaines des méchancetés que l’on raconte sur lui sont vraies, si tant d’autres sont fausses. C’est justement parce que l’auteur de L’avenir de l’intelligence a aussi commis de regrettables erreurs que les esprits les mieux intentionnés peuvent passer à côté de son oeuvre et ne pas comprendre son importance historique (je le répète : la théorisation, au XXe siècle, d’une droite non affairiste) comme les potentialités qu’elle recèle encore (briser, ce qui nuirait aussi bien aux coeurs auto-proclamés généreux d’un camp qu’aux bourgeois égoïstes de l’autre, l’équivalence trop simple : gauche = défense des pauvres ; droite = soutien des riches). 

Il y aurait bien sûr beaucoup d’autres exemples… y compris ceux dont je ne suis moi-même toujours pas conscient ! 



Cette leçon d’humilité étant prêchée, bonne soirée et bonnes lectures ! 

mercredi 2 janvier 2019

La foi, c'est le contraire de la méfiance...

Lire la Bible de manière suivie, comme je le fais en ce moment, ceci depuis la fin du mois de juillet, permet notamment de retrouver, dans leur contexte, certaines sentences, phrases célèbres. Ainsi dans le Psaume 7 (v. 12-13) : 

"Car celui qui examine les coeurs et les reins, 
c’est le Dieu juste."

Ce qui signifie que lorsque vous faites quelque chose de bien, ou simplement de normal, seul Dieu (et peut-être vous-même, mais ce n'est pas sûr) sait si vous le faites pour de bonnes raisons, de façon désintéressée, etc. A l’inverse de l’apologie de la générosité, de l’altruisme, des bonnes intentions - sur les dangers desquelles la Bible prévient très tôt, il en est resté le proverbe : l’Enfer est pavé de bonnes intentions -, il s’agit là, à partir d’une stricte répartition des rôles : aux humains l’action droite - et encore une fois, personne ne dit que c’est facile -, à Dieu l’analyse, ou le savoir, des intentions, d'une apologie nuancée de la pratique. Dans la vie de tous les jours - comme dans les circonstances exceptionnelles -, cela se traduit ainsi : si quelqu’un près de vous fait quelque chose de bien, c’est toujours ça de pris, il n’y a pas à perdre du temps à chipoter sur les motifs (ce qui ne vous oblige aucunement à croire que cette action n'a été faite que pour de bonnes raisons...). Faites aussi quelque chose de bien, et foutez-vous de ce que les autres en pensent. Cela peut avoir l’air banal, mais du jansénisme à la traque gauchiste des arrière-pensées chez leurs ennemis (et ceux-ci sont de plus en plus nombreux…), on voit bien, a contrario, quels effets destructeurs peut avoir la théologie de la méfiance : rien n’est jamais assez bien, les raisins ne sont jamais assez verts - rien ne peut jamais vraiment s’améliorer. 

Une autre citation, que je ne gloserai pas mais qui rappelle, aux chrétiens comme aux tenants de la laïcité, que le christianisme est aussi une religion politique (ce n’est pas parce que l’Islam est trop politique qu’aucune religion ne doit être, entre autres, politique) : 

"Quand les fondements sont démolis, 
que peut faire le juste ?"

(Ps. 11 (10), v. 3-4).

Il est plus difficile de se comporter de manière saine et juste quand tout part en couilles, et c’est une des raisons pour laquelle le bon chrétien doit aussi se battre pour que l’ordre social repose sur de bonnes bases. Mais j’ai déjà mis à contribution J. Madiran et R. Fontaine à ce sujet. 


Je finis en signalant aux profanes de mon genre qui, comme moi, avaient ouvert la Bible en tel ou tel endroit, par curiosité, qu’on la comprend beaucoup mieux en la lisant de A à Z. Cela aussi a l’air d’une platitude, mais, puisque je suis dans les Psaumes, vous l’aurez compris, le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont bien plus beaux et pertinents lus en situation, qu’au petit bonheur la chance, sans vraiment savoir de quoi ils parlent et qui est le Seigneur auxquels ils s’adresse. 

A demain...

mardi 1 janvier 2019

La sévérité contre la tristesse.





Au terme d’une année dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle nous avait, en France du moins, et avant l’irruption des Gilets Jaunes sur le devant de la scène, donné de nombreuses raisons de désespérer, 

voici, en guise de voeux pour 2019 quelques lignes de Charles Péguy sur la vertu théologale de l’Espérance, décrite comme une petite fille tenue par la main par les deux autres vertus, la Foi et la Charité, mais qui en réalité les conduit. - Je rappelle aux petits malins comme aux grands ignorants qu’en bonne théologie chrétienne, si l’on insiste autant sur la Charité, c’est que l’on sait - contrairement d’ailleurs à ce que suggère Péguy au début du Porche du mystère de la deuxième vertu, qu’il est difficile d’aimer son prochain ; l’espérance aussi est un effort, une volonté, d’autant plus nécessaire que les choses vont plus mal. Sans cet effort, sans cette volonté, il ne reste plus rien : le champ est libre pour le Mal, le Diable, ses visages contemporains : nihilisme, avidité, matérialisme, apostasie musulmane, etc. - On le voit bien avec les gens de gauche qui découvrent ces dernières années l’étendue des dégâts et qui, personnes de peu de foi, s’empressent de s’installer alors dans la résignation décadentiste. Mais ne polémiquons pas : 

"C’est elle, cette petite, qui entraîne tout. 
Car la Foi ne voit que ce qui est. 
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est. 
Et elle elle aime ce qui sera. 


La Foi voit ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité. 
L’Espérance voit ce qui sera.
Dans le temps et pour l’éternité.

Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité même. 


La Charité aime ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
Dieu et le prochain.
Comme la Foi voit 
Dieu et la Création.
Mais l’Espérance aime ce qui sera.
Dans le temps et pour l’éternité.

Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité. 


L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et ce qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera

Dans le futur du temps et de l’éternité."



Meilleurs voeux de non-résignation, donc…