mercredi 2 avril 2014

La France est un pays de flics.

Tombé par hasard sur le face-à-face télévisé entre MM. Philippot et Valls au moment de la chasse au Dieudonné, je m'étais amusé à couper le son de la télévision : cela m'avait permis de bien voir le contraste entre le regard calme et posé de l'un et l'intense et haineuse colère de l'autre. - Ajoutons pour le fun que le Philippot est un petit pédé, maqué si j'en crois une rumeur ancienne à un juif du Crif, mais c'est presque trop beau pour être vrai... En tout cas, pour les stéréotypes, puisqu'il paraît qu'il faut les éradiquer dans tous les domaines, quitte à éradiquer les paires de couilles et les clitoris avec, pour les stéréotypes du type fasciste / républicain et toutes connotations collatérales, on repassera.

Un agité malsain comme premier ministre, ma foi, au point où nous en sommes... Un menteur avéré, un sioniste revendiqué (Samuel Valls, me souffle un ami), ce n'est pas bien choquant non plus, allez, au moins les choses sont claires. MM. Dieudonné et Soral vont faire de plus en plus figure de contre-pouvoir, ou s'y essayer.

- Non, ce qui me frappe, c'est le nombre de flics socialistes qui sont devenus premier ministre ou président. Certes à droite il y eut récemment l'exemple Sarkozy, mais entre le briseur de grèves Clemenceau, l'intense passage par l'Intérieur de François Mitterrand durant la guerre d'Algérie, et donc, le briseur de familles Valls, cela commence à faire comme une tradition. Tous de surcroît colonialistes, notons-le. Rappelons aussi la figure de Jules Moch et des morts ouvriers (dans un contexte, il est vrai, marqué par les manipulations de la CGT) de 1947 - je découvre d'ailleurs, je l'ignorais, que ce brave ministre de l'Intérieur autorisait des avions américains à passer au-dessus de la Corse pour aller apporter des armes aux courageux guerriers de l'Irgoun, décidément... Colonialiste et terroriste, tout pour plaire. Avec à l'arrivée une gueule de Hitler sémite, c'est logique - ou c'est juste l'époque.





La gauche est donc décidément plus maligne en la matière que la droite, Nicolas Sarkozy excepté : Charles Pasqua n'est jamais devenu premier ministre. - Quoi qu'il en soit, et au risque de tomber moi-même dans certains stéréotypes, j'avoue m'être dit, en apprenant que ce voyou était nommé à Matignon, que c'était là un pas vers l'instauration officielle (et démocratique, cela va sans dire, et sans guillemets) de la dictature en France. Nous verrons bien.

Tout cela n'est d'ailleurs pas nouveau. Je me faisais récemment la réflexion, en lisant cette interview de Jean Bricmont, dans laquelle il rappelle que "malgré l’idée qu’elle se fait d’elle-même, la France n’est pas un pays très libéral en matière de débat d’idées" et qu'elle a envoyé nombre d'écrivains en prison, je me faisais la réflexion que si d'illustres écrivains français ont écrit sur la tolérance, c'est bien qu'il y avait de ce point de vue un manque plus criant en France qu'ailleurs. L'hystérie du crétin Valls, pour mâtinée qu'elle soit de nervosité et de mauvaise foi sioniste, n'est pas dans cette perspective une grande nouveauté, à défaut d'être une bonne nouvelle.

mercredi 1 janvier 2014

Qu'est-ce qu'il faut pour être heureux ?




On trouve régulièrement employé, dans les canards d'État, le terme « viral » au sujet de la propagation de la quenelle. Eh oui, ça se développe, mais ce n'est pas parce que l'on désigne cette contagion par un terme péjoratif que l'on met un frein au phénomène.

Soyons clairs, la quenelle, c'est comme les Bonnets rouges, Marine Le Pen, certains aspects du soralisme, il ne s'agit pas de crier à l'extase. On se contente d'enregistrer ce qui peut nuire au monde en place, et de se réjouir lorsque ces nuisances augmentent. On rappellera aux amateurs de mythologies politiques, tendance nostalgie gauchisante, que les mouvements sociaux ont et ont eu des débuts et des évolutions, que le présent n'est pas le temps du mythe. On ajoutera pour les hégéliens-kojéviens anti-Dieudonné ou anti patrons de PME que le Bien peut être produit par le Mal. (Ou que Dieu écrit droit avec des lignes courbes…)

Mais revenons à la quenelle. Son grand atout est d'être incontrôlable. D'Anelka au pékin moyen, tout le monde peut s'y mettre, et je suis le premier à le souhaiter, avec quelques restrictions que ce billet de changement d'année va détailler.


S'il est hors de doute qu'il y a dans l'esprit de son créateur une dimension antijuive - laquelle mériterait d'être étudiée, mais je connais trop mal Dieudonné pour le faire -, il est tout aussi évident que pour la majorité (je n'ai pas écrit pour tous) des quenelliers qui postent sur Facebook les photos de leurs exploits, c'est le fist-fucking anal au « Système » qui compte, pas les Juifs. De la part de ceux-ci, je veux dire de ceux parmi les Juifs qui ces dernières semaines réagissent au « virus », tout englober dans le cadre de l'antisémitisme est au mieux une réaction émotionnelle exagérée et naïve, au pire une manipulation consciente.

Et une manipulation révélatrice, quand même : on pense à ceux qui accusent d'antisémitisme ou de négationnisme les personnes qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, créant ainsi un rapport entre ces attentats et Israël, ou admettant implicitement un tel rapport, que l'Américain ou le Français qui se pose des questions n'avait peut-être pas en tête. - En faisant semblant de croire que tout quenellier est un farouche antisémite, que le virus de la quenelle est une résurgence de l'éternel antisémitisme français combiné à l'indécrottable antijudaïsme des Arabes, en faisant mine de croire, contre l'évidence, que la quenelle se réduit à cela, on finit par admettre que s'attaquer au « Système », c'est s'attaquer aux Juifs. Voilà qui est manifestement antisémite, désolé.

(Ce n'est pas étonnant, puisque les Juifs ont toujours été les plus grands antisémites. Qu'ils veuillent avoir le monopole de l'antisémitisme, comme d'autres auraient souhaité avoir celui du coeur, ceci est une autre histoire. - Une histoire d'élection, évidemment : les Juifs sont aussi le peuple élu de l'antisémitisme, qui chez les goys ne peut être qu'une passion vulgaire et dégradante. Sinon, le goy serait à égalité avec le juif - et, comme dit Brassens dans un autre contexte, tout serait à recommencer.)

On remarquera de surcroît la ténacité des Jakubowicz et autres à imposer leur vision, masochiste, antisémite et teintée d'un pincée de Zyklon-B, de la quenelle, la conception que s'en fait l'auteur (récemment détaillée dans cet intéressant entretien) étant comptée pour rien. Comme disait Badiou un jour, au : "C'est nous qui décidons qui est Juif et qui ne l'est pas" de Goebbels (à l'adresse de Fritz Lang) a succédé le "C'est nous qui décidons qui est antisémite et qui ne l'est pas" des sionistes, dans les deux cas l'intéressé n'a qu'à fermer sa gueule.





Par-delà cette courte analyse de l'inconscient des uns et des autres, ne soyons pas faux culs. Tout cela est aussi une lutte de pouvoir. Les « élites » juives sionistes se sentent menacées par la quenelle, elles ripostent, c'est de bonne guerre, et elles ripostent à leur manière - ce n'est pas d'aujourd'hui que ces « élites », comme les élites en général, sont cyniques et hypocrites. Certains rebeus un peu névrosés (pléonasme ?) en profitent pour régler des comptes, Soral et Dieudonné inventorient leurs troupes et doivent bien avoir quelques rêves de prises de pouvoir et de purges - ce qui là aussi est de bonne guerre. (Et Nabe va bientôt tirer dans le tas, passons, ce n'est pas encore d'actualité.)

Mais pour nous qui n'avons aucune ambition de pouvoir, nous exprimons ce voeu pour la nouvelle année : un développement exponentiel de la quenelle partout en France, ce qui rendra fous Cukierman et Cie, mais d'une quenelle déjudaïsée. Accentuer la dimension « anti-système », laisser l'autre à ceux que ça intéresse, vrais antisémites (il y en a...) et activistes sionistes. - Histoire de forcer ceux-ci à admettre l'équivalence dénoncée par ceux-là, Juifs sionistes = pouvoir, histoire qu'ils continuent à la revendiquer, qu'il soient même quasiment les seuls à le faire - sauf à devoir fermer leur gueule. Une quenelle devant une synagogue de temps à autre, je veux bien, mais aussi devant les mosquées (la religion la plus con, c'est quand même, comme disait l'autre…), les ministères, les préfectures, la Bourse (aïe, c'est antisémite, on n'en sort pas), etc. Même les églises si ça vous fait plaisir et ferait plutôt mal au coeur à l'agnostique chrétien - ou au croyant d'un strict point de vue logique - que je suis.

Et bien sûr devant tout homme politique autre qu'un brave maire qui essaie de faire survivre sa localité : si la quenelle est un salut nazi inversé, rêvons au prochain 14 juillet, nouveau Nuremberg, où toute la France Black-Blanc-Beur - militaires du défilé compris, allons-y - saluera le collabo Hollande d'une quenelle de masse, en un ordonnancement à faire mouiller dans sa culotte et sa tombe Leni Riefenstahl, mais dans un esprit anarchiste et paillard. Notre Président n'aura plus qu'à déporter tous ces antisémites dans la chambre de Gaza, et la boucle sera bouclée !


On rigole, mais par-delà ces intéressants aspects métaphysiques et pratiques, il y a quelque chose d'un peu bouffon et dérisoire, au regard de ce que peut parfois avoir de désespérant l'humaine condition, avec la question juive, et il n'est pas malsain de le mettre en relief de temps à autre. Woody Allen a toujours plus fait contre l'antisémitisme que Bernard-Henri Lévy. Et c'est quand on commence à prendre tout ça trop au sérieux, "à bloquer les comptes et compter les Bloch", comme disait son lointain prédécesseur français Tristan Bernard, que le paysage s'assombrit.


Pour finir, en guise de meilleurs voeux, la réconciliation nationale d'un pédé d'origine juive (Reynaldo Hahn) et d'une Parisienne au « coeur français et au cul international » :





Bonne année !

vendredi 6 décembre 2013

Mandelananas.

Le moment tant redouté est arrivé. J'y pensais de temps en temps, me demandais s'il valait mieux que cela arrive tôt ou tard. Mais je le savais, cela ne pouvait pas bien tomber. - A peine ai-je écrit cela que j'en prends le contrepied : le plus tôt l'idole Mandela crevait, le plus tôt on aurait une chance de voir se dissiper le halo religieux qui l'entoure depuis si longtemps. Après les hommages à la con et vides de sens qui vont pleuvoir, peut-être y aura-t-il enfin la place pour un discours équilibré, en tout cas plus politique que superstitieux et totémique.

Ce n'est pas que le monde décérébré dans lequel nous évoluons, tous plus ou moins zombies, ait nécessairement tort de vénérer cet homme, même si susciter l'adoration de fous se croyant innocents n'est pas en soi un très bon signe : c'est que ce monde ne sait pas pourquoi il le vénère. Bonne conscience à peu de frais, vague haine de l'homme blanc colonisateur, rousseauisme paternaliste, etc., faites votre choix.

Puisqu'on parle de shoah.. Il sera malheureusement plus difficile de se débarrasser des autres totems de la religion moderne, les victimes de l'extermination hitlérienne, les pauvres étant déjà morts et pouvant donc servir éternellement (avec la complicité objective, je ne le dirai jamais assez, de quelqu'un comme Faurisson). Laissez les morts enterrer les morts, nom de Dieu !

samedi 16 novembre 2013

Veille technologique de la pensée fasciste.

Lu l'autre jour le « Soral & Naulleau ». Sentiment mitigé. Quelques remarques :

- le moins que l'on puisse dire est que Naulleau en prend pour son grade. Pas tant pour sa posture d'intellectuel de gauche lettré qui cite des auteurs étrangers pas toujours très connus - cela peut agacer, ce n'est pas un crime - que parce qu'il ne peut répondre grand-chose aux accusations de Soral, lorsque celui-ci lui reproche de se protéger. Je ne connais pas bien Naulleau et ne risque donc pas de le soupçonner des pires avanies, mais si l'on veut discuter avec Soral il faut accepter de parler de sionisme, et ne pas donner l'impression, comme il le fait, d'éviter ce sujet que l'on ne saurait voir. Or, s'il est possible que Soral surestime le rôle du sionisme dans la vie politique française, s'il est sûr qu'il veut ouvrir trop de portes avec sa clé anti-juive, il est bien évident qu'aucune analyse un tant soit peu sérieuse de l'état de notre pays ne peut faire l'économie de la prise en compte du poids qu'y ont pris les sionistes. Je comprends bien que l'on hésite à s'embarquer là-dedans, que l'on soit ou non ancien éditeur devenu chroniqueur de télévision, car on a l'impression de quelque chose d'un peu glauque, lugubre. Se mettre à lister des Juifs, oui, cela gêne, je comprends bien. Mais Attali et BHL ne se gênent pas, eux, pour dire aux Français ce qu'ils doivent faire. Et ce n'est ni la faute de Naulleau, ni celle de Soral, ni la mienne si, pour prendre un exemple volontairement très vulgaire, le plateau des "Enfants de la télé" peut être occupé par 90% de Juifs et 10% d'époux de Juive. Remarquer cela ne conduit pas nécessairement à Auschwitz d'un point de vue logique, il s'en faut ;

- du coup, Naulleau se condamne à ne l'emporter que sur des points mineurs. Il met mal à l'aise Soral sur l'histoire de Pennequin, membre du FN qui semble avoir aidé Cahuzac pour l'ouverture de son fameux compte, mais si cette histoire, que j'ignorais, n'est pas anodine, elle est tout de même secondaire par rapport à la question du positionnement du FN en regard du système bipartite actuel. De même, on peut condamner que des propos homophobes (il faudrait mettre des guillemets tant ce mot ne veut, stricto sensu, rien dire, mais passons) aient été proférés lors des manifestations contre le mariage pour tous, cela reste moins important que de savoir si cette loi est bonne. (Ceci est écrit par quelqu'un qui est plutôt contre cette loi mais qui ne la juge pas aussi importante que cela. Je m'expliquerai à l'occasion sur le sujet.)

- d'où la question : pourquoi les généralités sur les Juifs de Soral auraient-elles une légitimité, quand bien même on en discuterait la véracité, alors que celles de Naulleau sur les opposants au mariage pour tous ou les liaisons louches de certains membres du FN seraient de peu de portée ? C'est là l'intérêt réel qu'aurait pu avoir cette confrontation, si les duellistes avaient décidé de creuser le sujet au lieu de ne l'aborder qu'en passant : quel rapport entre l'individu et le groupe ? Ce rapport est-il le même pour toutes les communautés (en donnant à ce mot un sens très large) ? A la décharge de Naulleau, on admettra que certaines exagérations soraliennes sur les Juifs peuvent donner l'impression, par contrecoup, qu'il n'y a pas de sujet, que l'aborder, même avec de bonnes intentions, ne peut que rendre con, bref, qu'il n'y a pas de question juive. Pas de bol, il y en a une, et complexe. S'il est parfaitement stupide de dire du mal de tous les Juifs, s'il est bien délicat de déceler des traces d'un « esprit juif » dans tout ou partie de ce que font au quotidien les Juifs (de France, d'Europe, d'Amérique, tous ?…), il est en revanche indiscutable que le mode de transmission des composantes de ce que l'on appellera pour aller vite l'identité juive, ainsi que la situation souhaitée et pensée par de nombreux représentants de cette identité, comme extérieure (et extérieure par le haut) au reste du monde, dessinent un particularisme plus fort que pour d'autres identités religieuses ou culturelles. J'ai remarqué moi-même au fil du temps des généralisations abusives de la part de Soral, cela ne signifie pas que toute généralisation en ce domaine soit illégitime - les Juifs qui nous expliquent que les Juifs ont toujours tout inventé, la démocratie, l'universel, l'humanisme, le monothéisme, la tolérance, voire l'intelligence, le feu (mal leur en prit !) et l'orgasme, ne se privent pas, eux, de généraliser.

Ce que l'on peut aussi formuler de cette façon : même si l'esprit de corps que l'on peut constater tout de même aisément entre les Juifs - ce qui n'exclut pas les coups de pute internes à la communauté, ces gens sont tout de même de très humains pécheurs - n'était effectivement que la conséquence de l'inexplicable instinct de haine des goys à leur égard, même si les Juifs n'étaient au fond malgré quelques petits défauts pittoresques qu'innocence et bonté, cet esprit de corps suffirait déjà à les différencier et à justifier d'énoncer quelques généralités - plus ou moins vraies - à leur endroit. Il suffit de remplacer Juifs par Corses et goys par continentaux pour voir à quel point tout cela relève du simple bon sens.

- cette question juive se compliquant de la question sioniste, d'une manière non unilatérale - quoique souvent très directe -, on voit l'importance du problème, pour nous pauvres goys français. A titre personnel de nombreuses autres questions m'intéressent plus, mais je n'ai pas inventé Anne Sinclair, laquelle a il faut donc l'avouer tout à fait raison de s'en prendre à Naulleau et de lui reprocher de donner une légitimité au discours de Soral (j'aime beaucoup la thèse selon laquelle celui-ci "ne touchait plus grand monde", chutzpah mon amour), puisqu'en dernière instance on ressort de la lecture de ce livre avec l'idée qu'il y a là des choses à creuser, avec ou contre Soral. (Il est vrai que je suis en train de les creuser de mon côté, sans faire de listes, je rassure mes amis de gauche - ici aussi, rendez-vous "à l'occasion").


Au seuil d'une anthologie des écrits de l'auteur de La France juive, publiée dans les années 60 par l'antisémite gauchiste bien connu Jean-François Revel, Édouard Drumont ou l'anti-capitalisme national, Emmanuel Beau de Loménie soutient que Drumont a écrit de bien meilleures choses que son best-seller anti-juif, sa réflexion s'étant peu à peu étendue à d'autres cercles et ayant dépassé un certain judéo-centrisme. J'ignore si cela est vrai, mais j'ai parfois l'impression que Soral suit le chemin contraire, ce que le début de ses Coups d'épée dans l'eau - pardon, de son Anthologie, semble confirmer. Ainsi que je le rappelais dans le temps, un monde sans Juifs resterait un monde de pécheurs. Mais un monde sans sionistes serait aussi, très probablement et au moins pour quelque temps, un monde plus sûr.


Quelques autres remarques avant de nous quitter :

- Soral nous fait une « Finkie », lorsqu'il critique Imre Kertesz, qu'il n'a pas plus lu que l'autre malade n'avait vu le film de Kusturica qu'il avait attaqué (proverbe antisémite mais humaniste, ou le contraire : à Finkie, Finkie et demi) ;

- Soral a bon goût puisqu'il met en exergue de son Anthologie des phrases élogieuses de Jean-Pierre Voyer le concernant. Heureuse surprise pour bibi !

- mais Soral, s'il ne manque pas de sens de l'humour, ne peut rivaliser en la matière avec le juge des référés du tribunal de Bobigny qui a accepté le voeu de la Licra de caviarder un livre qui d'une part est par certains côtés - ceux que l'on comprend - un chef-d'oeuvre, d'autre part est disponible depuis toujours, d'autre d'autre part enfin est considéré par une bonne partie de ses lecteurs, qu'ils l'en louent ou le lui reprochent, comme philosémite, j'ai nommé bien sûr Le Salut par les Juifs. Une France sans Licra resterait une France de pécheurs, mais serait tout de même une France un peu moins surréaliste.

- finissons par Bloy, d'ailleurs, ou recommençons par Bloy, puisqu'aussi bien la première idée qui m'est venue en refermant les Dialogues désaccordés est que tout cela manquait tout de même de transcendance. Il ne fallait certes pas trop y croire. Mais la transcendance est aussi un moyen de lutte - c'est peut-être d'ailleurs ça, d'une certaine façon plus ou moins consciente, que la Licra reproche, in fine, à Bloy. Comme disait Boutang, "Le premier travail de la reconstruction sera métaphysique", on ne sort pas de là. (Et je n'en sors pas, et je ne m'en sors pas.)


dimanche 29 septembre 2013

Humour maurrassien, en passant.

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"Il ne suffit pas de déployer de la force, matérielle et morale, pour faire acte d'autorité.

L'autorité n'est pas composée de deux mille hommes d'armes, surtout quand leur chef demande à composer. L'autorité n'est pas non plus un décret de condamnation rendu de très bonne foi, mais sur des citations fausses et sur des interprétations erronées. Il faut aussi avoir raison."


james+brown+performs+for+american+soldiers+in+vietnam+1968+christian-simonpietri

dimanche 1 septembre 2013

I've heard there was a secret chord / That David played, and it pleased the Lord / But you don't really care for music, do you?

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"Il y aurait pire : ce serait l'illusion que la société par nous héritée, puis empirée, est compatible avec une légitimité quelconque, qu'un État légitime peut être greffé ou plaqué sur cette désolante pourriture. Mais, si corrompue qu'elle soit par le mal universel de l'usure, chaque enfant d'une race et d'une langue, chaque nouveau-né recommence l'énorme aventure, retrouve la chance de tous les saluts ; le tissu premier de la politique, la source et l'objet du pouvoir sauveur, c'est la naissance. Chaque naissance dans une famille est le modèle idéal et réel des renaissances nationales ; l'apparition effective d'une telle renaissance exige la conjonction d'un état de la corruption ploutocratique avec une décision de rétablissement de la nature politique et du droit naturel. Que cette conjonction doive être héroïque, cela résulte de l'extrême contrainte exercée, à l'âge moderne, par l'extrême artifice, et par les techniques d'avilissement. Le noyau naturel de notre présence terrestre est attaqué de telle sorte que la nature même ne peut plus être que l'objet d'une reconquête. Que cette reconquête puisse demeurer pacifique est probablement une illusion dont les écologistes sérieux ne soutiennent pas la vraisemblance.

Une théorie du pouvoir associée à une foi politique doit prévoir quelle entropie elle peut supporter et risquer, et quelle « néguentropie » elle apporte avec elle, comme toute décision vivante. Il doit - on est tenté de dire il va - y avoir un moment où survivre dans cet état de pourriture apparaîtra, dans un éclair, comme indigne et impossible. Cette prévision ne diffère de celle des marxistes que par les sujets de l'impossibilité vécue : là où les marxistes les délimitaient comme prolétariat victime du salariat, nous reconnaissons en eux les Français (et les diverses nations d'Europe selon une modalité particulière), en tant qu'hommes empêchés de vivre naturellement, soumis à des objectifs étatiques tantôt fous, tantôt criminels. Quelques-uns parmi eux, sont capables de guetter la conjonction libératrice, mais, à l'instant élu la communauté tout entière, par l'effet de l'universelle agression qu'elle a subie, peut être capable de consentir à la décision, d'initier un nouvel âge héroïque [allusion à Vico, AMG]. Les philosophes, s'ils se délivrent de leur préjugé que l'Esprit doit être sans puissance et que tout pouvoir est mauvais y pourront jouer un rôle moins absurde, finalement, que celui de Platon à Syracuse. Une manière de rendre vaine l'opposition de l'individualisme et du collectivisme, telle qu'en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. Notre société n'a que des banques pour cathédrales ; elle n'a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs » ; il n'y a, d'elle proprement dite, rien à conserver."

P. Boutang, Reprendre le pouvoir, Sagittaire, 1977, pp. 241-243. J'ai pratiqué un certain nombre de coupures, sans les signaler, dans ce texte qui conclut le livre, à des fins de clarté d'une part, pour lui donner une cohérence hors de ses aspects proprement chrétiens d'autre part. Ce n'est pas que les aspects en question me dérangent, mais c'est qu'ils appellent une discussion propre. Alors que ce qui m'intéresse dans ce passage est le décalage évident, quarante ans ou presque après sa publication, entre la justesse de ses diagnostics et ses talons d'Achille : outre que, contexte chrétien ou pas, la notion de décision, a fortiori si le terme est souligné par l'auteur, comme pour lui donner une force qu'il ne contient pas suffisamment, m'a toujours paru relever de la prophétie se voulant auto-réalisatrice, on voit bien que, depuis 1977, ce qui nous sert d'État s'est chargé et se charge encore de faire en sorte que l'on ne puisse plus parler, en France, d'un « enfant d'une race et d'une langue », et par voie de conséquence d'une « renaissance nationale » (sur la notion de race française, vous pouvez lire ou relire ce texte). Un autre passage du livre de Boutang est révélateur à cet égard, mais je m'arrête là, il ne s'agissait, comme promis, que de vous donner un signe de vie, ou de vous passer le bonjour. - Et de souhaiter que François Hollande crève dans d'atroces souffrances, aussitôt que possible, mais cela va sans dire.

lundi 1 juillet 2013

Lepénisation des esprits.

Égalité (?) et réconciliation


"Histoire juive qui me fut racontée par un Juif : Dans un conseil d'administration, trois Juifs et deux chrétiens. L'affaire marche bien. Les Juifs critiquent et aiguillonnent le gâtisme des chrétiens. Les deux chrétiens meurent et sont remplacés par des Juifs. L'affaire périclite. Les Juifs sont réduits à se critiquer entre eux, ils se chamaillent et se perdent." (Extrait du Journal 1939-1945 de Drieu la Rochelle, Gallimard, coll. "Témoins", 1972, p. 159)

Sur ce, à la rentrée pour un nouveau signe de vie ?

lundi 20 mai 2013

Touche pas à mon pote.

Reviens, Léon, j'ai le même à la maison


Pas mécontent de le trouver, celui-là. Tiré à 1000 exemplaires, dont 850 ont été saisis sur plainte de la société gérant les droits, laquelle a trouvé cette publication plus choquante que le fait qu'un « cinéaste » américain profane mon enfance au nom de son « désir »... - voici donc un des 150 survivants, un des 150 rescapés de l'holocauste juridique, de l'autodafé administratif.


Je vous laisse, une nouvelle amie, Jeanne d'Arc, m'attend. Encore une qu'un bûcher n'a pu faire complètement disparaître, il s'en faut.

jeudi 11 avril 2013

Comment reconnaître l'antijuif ?

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(Sinon, je me suis mis à écouter Otis Redding. Portez-vous bien !)

dimanche 3 février 2013

...

Soldatinconnu


J'apprends - en me mêlant des affaires des autres - qu'un blog non alimenté pendant un certain temps peut disparaître de la toile. Cette perspective me remplit d'horreur, bien que certains collègues aient pu rester inactifs des mois durant, sans que leurs écrits ne se dissolvent dans le trou noir du web.

Quoi qu'il en soit, je me permettrai donc, à toutes fins utiles, de mettre en ligne une photographie de temps à autre, pour éviter que mes textes ne soient l'objet d'un tel holocauste. Par devoir de mémoire, en quelque sorte.

samedi 15 décembre 2012

"Va, vecchio John, / Va per la tua via..."

Commençons par une constatation aux frontières de la lucidité et de la pusillanimité : il faut parfois plusieurs motifs convergents pour prendre une décision là où une seule raison, pourtant bonne, ne suffit pas. Il s'agit en l'occurrence aujourd'hui de la fermeture définitive de mon comptoir.

Ayant à la fois le sentiment de vous devoir quelques explications et de ne rien vous devoir - un auteur, quel que soit son niveau, écrit quand il veut -, je ferai bref, d'autant que j'ai déjà pu ces derniers temps évoquer, de façon plus ou moins directe et plus moins ironique, les soucis qui me travaillaient à cet égard.

Dieu sait que ce blog m'a permis d'évoluer, et de façon je crois intéressante, sur de nombreux points, mais depuis un certain temps il est à la fois, et c'est ce qui a rendu la décision d'aujourd'hui difficile à prendre, à la fois un facteur de perpétuation de cette évolution et un frein à cette évolution. Mettre par écrit ses hypothèses et questionnements est une bonne chose, le faire régulièrement et sous forme bloguesque, autrement dit et malgré la longueur de certains de mes textes, sous forme brève, finit par entraver la recherche personnelle en cours.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis conscient de cela. C'est devenu un peu plus pénible au fil du temps, sans donc, ainsi que je l'annonçais en préambule, que cela soit suffisant à me faire fermer boutique. A ce processus interne se sont ajoutées des considérations d'ordre plus privé. Disons que l'économie (ach, dans un blog voyeriste, le mot devait figurer une dernière fois !) générale de ma petite existence et la gestion des différentes recherches qui sont les miennes ont fini d'une part par être gênée par l'existence de ce blog, d'autre part par me retirer toute joie à l'idée d'y rédiger un texte - ce que ma précédente livraison pouvait laisser transparaître.

Or le modeste mais réel succès de mon comptoir est je crois pour une part non négligeable dû au plaisir parfois communicatif qu'avait le tenancier à y faire partager ou connaître ses idées (et celles des autres). Le barman n'est certes pas obligé de boire avec ses clients, mais il est tenu de les servir poliment, faute de quoi la faillite est proche. Autant l'éviter.

Ce qui ne veut pas dire que je cesse toute activité d'écriture. Le fil twitter, par exemple, n'a quant à lui pas de raison d'être coupé, quoique je ne sache pas à quel degré et comment, désormais, je l'utiliserai. Je ne vois par ailleurs pas pourquoi je n'irai plus laisser de commentaire chez les autres - même si le fait que je n'ai jamais voulu être sur Facebook me limite dans les participations à des discussions. Enfin et bien sûr, il n'est pas dit que je ne publie pas quelque chose un jour. Ceux qui souhaitent en être prévenus (et qui sont patients : il n'y a rien dans les tuyaux, que ce soit sous forme de manuscrit ou de contact avec des éditeurs) peuvent m'envoyer un mail pour que je les prévienne si tel heureux événement se produisait.

J'arrête d'écrire parce que je n'ai pas le temps ni l'envie d'écrire mais entre autres pour mieux écrire et quelque chose de plus long ? Il y a de ça - d'où que ma décision ait tardé. Mais il faut parfois fermer sa gueule quelque temps pour mieux parler après.

Merci à tous ceux qui ont pris la peine de me lire. Je n'efface pas ce blog, les pièces à conviction, positive ou négative, sont à disposition de tous. - Et puisqu'en France tout finit par des chansons, que l'on a encore le droit - un peu trop, même - de boire de l'alcool, que, n'oublions pas la politique ni l'apocalypse à éviter, le rare espoir contemporain vient de Russie, finissons par une chanson à boire russe.





Et puisque j'ai toujours eu du mal à conclure comme à choisir, que l'Italie mal en point m'émeut plus que la fière Russie, que la métaphysique et les rapports hommes-femmes (est-ce pareil oui ou non, nom de nom ?) m'émeuvent plus que la politique slave, finissons par une chanson à boire italienne...





A la vôtre !

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lundi 3 décembre 2012

Le Sabbat.

Souvenirs d'une jeunesse orageuse. La livraison du jour sera principalement composée de citations de ce livre très agréable, où l'on découvre, lorsque comme moi on le lit assez tardivement, l'origine de nombreux jugements et anecdotes célèbres sur des écrivains comme Proust ou Cocteau. Mais, justement et au contraire, je laisse tomber pour aujourd'hui les saillies plus ou moins amènes de Maurice Sachs envers des prédécesseurs ou collègues, pour vous livrer plutôt des extraits sur des sujets divers, sans autre cohérence que l'ordre dans lesquels on les trouve à la lecture de cette chronique de la France de l'entre-deux-guerres. J'utilise l'édition que l'on trouve dans la peu charismatique collection "L'imaginaire" de Gallimard, et rappelle que ce livre a été écrit en 1939. - En route !

"J'espère que [la] lecture [de ce livre] contribuera, pour si peu que ce soit, à exaspérer chez les jeunes gens qui la feront, le goût de deux révoltes : celle contre l'ordre, contre le désordre ; car il faut passer par l'une d'abord, par l'autre ensuite avant d'être homme." (p. 12)

"Le collège n'acceptait qu'une proportion de 10% d'élèves juifs. Cela déjà me parut effrayant, comme si un corps sain se permettait sciemment quelques microbes, mais pas trop, pour n'en pas mourir. Les Israélites étaient d'ailleurs aussi bien vus que d'autres au collège, car ces garçons des très grandes familles avaient tous un peu de sang juif dans leurs veines et beaucoup d'argent juif dans les banques familiales. Mais je ne me sentais même pas en grande communion avec mes coreligionnaires, car eux, de bonnes familles portugaises, ou des grandes banques françaises, s'enorgueillissaient d'être Juifs ou se sentaient séparés, mais un peu supérieurs. Leurs parents leur avaient dit qu'ils étaient de la race élue. On ne m'avait rien dit de pareil. Ma famille était libre-penseuse et républicaine avec acharnement. On n'y parlait jamais de religion. On ne m'avait même pas prévenu qu'il y avait de par le monde des croyances différentes. Je ne savais pas, aussi fou que cela paraisse, que le Christ était venu et que l'Antique Église de ma race avait donné le jour à une Église Nouvelle dont la majorité des disciples allait pouvoir me haïr au nom de leur gentillesse." (p. 31)

"[Max Jacob] me rendit d'abord le signalé service de m'encourager à écrire un livre, que je n'ai jamais publié, mais qui me fit beaucoup de bien à écrire. (C'est extraordinaire comme cela vous vide de vos humeurs, la composition d'un roman ! On y sue ses amertumes exactement comme on transpire ses acidités en faisant de la culture physique. C'est sans doute pour cela que tout le monde écrit de nos jours : par hygiène, notre époque étant la plus hygiénique que notre civilisation ait connue ; mais les livres étant écrits, il est recommandé de ne pas les publier, car toute publication engendre des humeurs nouvelles)." (p. 149)

"Je n'ai eu que quatre maîtresses depuis que j'ai l'âge de virilité ; c'est peu en regard des innombrables garçons avec lesquels j'ai fait l'amour, et pour dire vrai, je le regrette. Je sens constamment tout ce qui me manque, à vivre sans femmes, et qu'une connaissance extrême, corporelle de l'humanité ne s'acquiert qu'auprès d'elles." (p. 164)

"...si on n'appelle pas bonheur une niaise image où le confort dispute la timbale à la sensiblerie." (p. 177)

"Ce que j'aimais tant dans l'alcool, c'était le brouillard qu'il faisait monter entre la conscience et soi, grâce auquel on se dissimulait à soi-même. Et ce que je détestais c'était le besoin de boire à heure fixe. Je me saoulais trop souvent pour oublier que je ne pouvais pas ne pas me saouler." (p. 193)

Sur les États-Unis, et notamment les cercles cultivés, ou se voulant tels, parmi lesquels M. Sachs a fait une tournée de conférences durant les années 20 :

"On sentait qu'il y avait dans ce pays comme un crime de réfléchir, qu'on oubliait avec beaucoup d'alcool ; et, trait assez curieux et que nous comprenons mal ici : ces excentriques se ressemblent ; dès qu'une petite originalité les a fait sortir du milieu dans lequel ils sont nés (originalité qui consiste en somme à aimer les arts plutôt que les affaires), ils adoptent ce qu'on pourrait appeler, à défaut de mieux, une originalité collective, font groupe pour être pareils et s'habillent « pas comme tout le monde » de la même façon. Il n'est rien au demeurant d'aussi irritant que cette façon d'être élus nombreux, ni d'aussi ridicule, mais j'ai sans doute mauvaise grâce à trouver des défauts à des personnes dont j'ai partagé la vie. (...)

Ce qu'on buvait aux États-Unis, pendant la prohibition, est inimaginable, il n'était même pas choquant de voir dans les meilleurs salons des hommes et des femmes ivres morts : cela ne s'appelait plus se tenir mal, mais braver une loi inique. On avait condamné l'alcool qui détruisait la santé du peuple : la condamnation risquait de détruire celle des classes moyennes." (p. 227-228, je me suis permis deux corrections de ponctuation.)

Cette originalité collective étant une réminiscence, ou une redécouverte de l'originalité banale de Baudelaire, que nous avions de notre côté nommé paradoxe de Tocqueville.

C'est tout pour cette semaine.

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dimanche 25 novembre 2012

Prophylaxie métaphysique...

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"Quelque chose attire la chair vers le divin ; autrement comment pourrions-nous jamais être sauvés (…) Si le désir charnel était seulement mauvais, ceux qui l'éteignent dans la débauche, pour en libérer leur pensée, n'auraient pas tort, au moins par rapport à eux-mêmes."

Paradoxal hommage de la vertu au vice, signé Simone Weil (citée par Pierre Boutang, Apocalypse du désir, p. 209. La coupure est de P. Boutang), laquelle ajoute aussitôt : "C'est parce qu'il [le désir charnel] est si précieux qu'il ne faut pas le satisfaire." Ce qui est abuser, mais c'est aussi durement logique. Si les saints passent pour avoir fini (pas forcément commencé) par mener une vie chaste, ce n'est pas un hasard. Mais je n'ai pas nécessairement d'aspirations à la sainteté. - Je ne sais pas.

Dans un passage de son livre (pp. 209-212), peu de temps après cette citation, Pierre Boutang dit sur la sexualité humaine des choses à la fois personnelles et générales, dans lesquelles j'avoue m'être reconnu. Pour aujourd'hui, je voudrais surtout insister sur quelques points. Dans l'économie du livre de Boutang, il s'agit du début du chapitre dans lequel, après avoir attaqué différentes conceptions du désir, de Hegel à Deleuze pour le dire vite, l'auteur commence à exposer la sienne propre.

Pour ce faire, il part d'une vieille photographie de lui petit enfant, presque encore bébé, en train de sourire à sa mère, laquelle le tenait dans ses bras, pour lui donner confiance, tout en n'apparaissant pas elle-même (elle est recouverte d'une étoffe) sur la photographie. Si je ne méprends pas sur les intentions de l'auteur, à propos duquel j'ai lu récemment qu'il avait toujours eu le sentiment, qu'il était malheureusement le seul à partager, d'être parfaitement clair, l'important ici est un certain balancement entre la pureté et l'impureté de la situation, telle que Boutang adulte peut la juger lorsqu'il regarde cette photographie. L'enfant sourit, d'un sourire d'avant le mensonge, d'un sourire d'« enfant à qui personne encore n'a menti », et ceci en partie en raison, si ce n'est d'un mensonge, du moins d'un « artifice », cette mère à la fois présente et absente, sans qui la photographie de l'enfant en confiance et souriant n'aurait pu se faire, mais qui se cache, se dissimule. Cette image…

"…ne donne le sentiment d'aucun désir, prononce seulement un équilibre naturel et précaire, d'une nature au seuil du désir, libérée du besoin et de l'inquiétude, pas de l'interrogation, et pour cela objet de désir. Lorsque j'avoue que j'aurai passé ma vie à rechercher cela seul, et dans le visage humain, je n'ignore pas à quels moments la sexualité s'en mêle, et qu'Éros ne se satisfait pas de laisser être le monde dans un état dans un regard plus pur que le vôtre. Pourtant, s'il y a eu le sourire originel - dont le diable sait très bien s'emparer, voyez « La chambre de cristal » de Blake - le désir ne l'oubliera jamais entièrement, ou ne sera jamais hors de son atteinte. Je ne connais pas de vrai désir sans un sourire, au seuil entre l'absence et la présence, et j'ai appris que tout le corps sourit avec le visage. (…)

Encore une fois, la sexualité n'est pas absente de cette quête du sourire - du moins ai-je connu peu d'êtres pour qui elle le soit restée. (…) Le sourire serait clairement le propre de l'homme. (…) Si le désir va au sourire, le sexus, inventé par les Latins pour dire la « section » entre mâles et femelles (et c'était un mot neutre à l'origine) que les Grecs ignoraient et appelaient « physis », pour relier au lieu de séparer, ne décide en rien du désir. Comment alors le désir sexuel et ce désir du sourire, de la présence mystérieuse déposée sur le visage et dans le corps de l'autre, peuvent-ils se rencontrer, s'unir sans que vacillent la terre et le ciel ? Simone Weil que l'on imagine souvent très peu disposée à le comprendre, et à y voir un fait essentiel - mais nous aurons recours à elle (…) car elle aura été, chez les modernes, la femme la plus « savante dans les choses de l'amour » - Simone Weil proclame que « quelque chose attire la chair vers le divin », et que, réciproquement, « il n'est pas entre notre pouvoir d'admirer un être humain chez qui il n'apparaît aucune beauté sensible d'aucune espèce. »"

Ajoutons que, dans le même passage, évoquant cette situation « première, originelle », Boutang en parle comme une situation de confiance, mot qu'il relie à l'utilisation par le « réaliste empirique » Platon du terme pistis pour désigner "la « foi » naturelle dans les choses, qui ne sont ni des reflets ni des fantasmes."


A vingt ans je suis tombé follement et très bêtement amoureux d'une fille juste pour le sourire qu'elle m'avait adressé la première fois que je la quittai devant chez elle ; aujourd'hui encore, après bientôt quinze ans de vie commune, certains sourires de ma femme me bouleversent toujours autant, si ce n'est, parfois, plus qu'à nos débuts. Autant dire que j'ai été sensible à cette approche, qui n'est pas peut-être le fin mot de Boutang sur le désir humain, mais qui me semble un point de départ fécond. Je résume ce que j'en ai compris et ce que je souhaite en retirer pour la livraison de ce jour.

Ces idées sont un peu complexes, et c'est ce qui les sauve, d'une part de la mièvrerie, d'autre part de la banalité. Si je passe mon temps à vous répéter que le sexe est le sexe et autre chose que le sexe, ce que Simone Weil dit à sa façon dans la phrase par laquelle j'ai commencée - même si elle a voulu, pour sa propre voie, atteindre cet « autre chose » sans passer par le sexe -, le dispositif théorique ici construit par Pierre Boutang revient à dire, dans le même esprit, que le désir est à la fois pur et impur.

Pur parce qu'il est issu d'une situation de confiance originelle que l'on cherche à retrouver ("Il n'y a pas de réelle sexualité enfantine ni d'Oedipe sexuellement désirant, mais la sexualité adulte est enfantine pour toute une part" (p. 215) où elle "tente de s'accorder" avec l'esprit de cette situation de confiance), impur parce que le désir et la quête du sourire sur le visage de celle que l'on aime / aimera ne garantit pas l'absence d'artifice. A la base, dans la scène primitive de Boutang, il y a l'artifice de la mère, à la fois présente et absente. J'insiste là-dessus, c'est un artifice, pas un mensonge : la situation n'est pas mensongère à la base, elle n'est pas viciée, mais elle est en partie artificielle. Et de même que la mère est à la fois présente et absente, le sourire est "au seuil entre l'absence et la présence", il donne tout - sinon pourquoi tomber amoureux d'un sourire ? pourquoi le rester quinze ans après ? -, et rien - sinon, pourquoi ce lien avec le désir charnel, pourquoi "tout le corps sourit-[il] avec le sourire ?"

Qu'on le comprenne, cette insistance sur le sourire de la femme aimée ne verse dans aucun sentimentalisme, le lien avec le désir charnel est d'emblée présent. Quitte à ce qu'il faille, d'un côté, se méfier de certains pièges, comme, c'est le thème étudié immédiatement après par Boutang, l'inceste, les relations frère-soeur, les relations qui se rapprochent d'une relation frère-soeur, ou les relations qui, j'extrapole un peu par rapport à ce qu'écrit P. Boutang, qui finissent par se fonder sur l'identité plus que sur la rencontre. Quitte à ce qu'il faille, d'un autre côté, et plus tardivement, dépasser le stade sexuel ou s'en éloigner, le Platon du Banquet pointant ici le bout de son nez. - Mais cette insistance rappelle en même temps l'aspect « métaphysique » ou « divin », comme l'on voudra, du désir humain.

C'est pour cela, notons-le au sujet d'un passage que j'ai cité avec des coupures nécessaires pour la clarté de mon propos du jour, mais qui ne contribuent pas, en revanche, à la clarté du propos de P. Boutang, c'est pour cela que celui-ci peut écrire : "Comment alors le désir sexuel et ce désir du sourire, de la présence mystérieuse déposée sur le visage et dans le corps de l'autre, peuvent-ils se rencontrer, s'unir sans que vacillent la terre et le ciel ?" Ce n'est pas la femme qui est divine, elle ne l'est ni plus ni moins que l'homme, là-dessus je suis d'un égalitarisme d'une simplicité biblique, c'est la rencontre de l'homme et de la femme qui l'est.

Au passage encore, et pour en finir avec cette première approche, on notera que celle-ci peut expliquer les sentiments mêlés que l'on ressent couramment à propos de la représentation de l'acte sexuel, sous quelque forme - littéraire, picturale, cinématographique, même musicale (Chostakovitch…) - et dans quelque esprit - poétique, allusif, paillard, pornographique - que ce soit. Ne peuvent qu'y figurer, toujours, cette pureté primordiale et cette impureté humaine. On peut aussi mettre ces idées en rapport avec les textes de Marc-Édouard Nabe que je vous citais récemment.



Ne sachant quand je pourrai faire une autre livraison, je commente très brièvement ici-même la dernière vidéo du Président. Deux remarques :

- s'il se plaint de coups bas (j'y reviens dans la deuxième remarque), le Président peut aussi admettre qu'il faut parfois le soutenir contre lui-même. Sa dévalorisation, par ailleurs bassement machiste, du roman (23e minute) au profit du concept d'un côté, de la poésie de l'autre, est, je suis désolé, d'une grande stupidité. Le roman brasse aussi les concepts, à sa façon bien particulière et qui est précisément difficile à définir parce que sinon, on n'aurait pas besoin d'écrire ces romans… Je vous renvoie au Proust de Vincent Descombes, et tant pis pour le Président s'il préfère Félix Niesche à Proust, tous les goûts sont dans la « nature » ;

- j'avais évoqué à deux reprises sur la foi de quelques intuitions l'éventuelle homosexualité du Président : il semblerait, vu le discours de ce dernier, que le sujet soit évoqué par d'autres sur le net, ce que j'ignorais quant à moi. Comme je l'ai fait surtout, outre le plaisir de faire chier mon monde, parce que je trouvais amusant qu'un gars qui clame sa virilité, se vante de ses sept cents conquêtes (ce qu'il refait dans cette vidéo, non sans goujaterie me semble-t-il vis-à-vis de sa femme) et traite volontiers ses adversaires de fiottasses, puisse se laisser tenter par les amitiés particulières ; comme, par ailleurs, et ceci étant dit, je me fous complètement de ce qu'il fait de son temps libre, je ne me sens pas visé par la riposte du Président. Je « répondrai » seulement que, d'une part, l'on ne peut pas se permettre de balancer des coups bas à certains (je pense notamment à une évocation hors de propos, ou justifiée seulement par l'antijudaïsme de A. Soral, sur la « sexualité déviante » de Woody Allen) et se plaindre d'en recevoir ; d'autre part, que si l'on se réclame de Weininger et de son étude Sexe et caractère, qui essaie précisément de traiter des liens entre la sexualité d'un individu et sa personnalité, il est tout à fait légitime pour certains d'envisager sous cet angle le « caractère » du Président.

Ce qui signifie : si on choisit un terrain, l'adversaire (ou, en l'occurrence, le témoin tel que bibi) a toute légitimité pour répondre sur ce terrain. Dans le même ordre d'idées, les "Femen", qui croient, si j'ai bien compris, à l'égalité absolue entre hommes et femmes, ne peuvent se plaindre, pour celles qui se sont fait tabasser à la manifestation contre le mariage homosexuel, de s'être pris des coups. Les lâches qui les ont frappées n'en sont pas moins lâches ni méprisables, mais ils n'ont fait, d'une certaine manière, qu'accepter, cela les arrangeait bien, l'arme choisie par les "Femen".

Bon dimanche !

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mercredi 14 novembre 2012

A force de parler des Juifs, je suis sur les moteurs de recherche et reçois de nombreux spams pour devenir propriétaire à Tel-Aviv. Mais je ne suis pas venu pour parler de ça.

(Légèrement modifié le 27.11.)

On connaît la formule d'August Bebel - ou du moins qui lui est couramment attribuée, de façon peut-être aussi rigoureuse que le Credo quia absurdum est attribué à Tertullien - : "L'antisémitisme est le socialisme des imbéciles." Je ne la discuterai pas pour elle-même, le propos est assez clair et vise à briser une certaine équivalence entre Juifs et grand capital. Ajoutons d'ailleurs, en référence à un texte récent, que Drumont lui-même aurait peut-être pu reprendre à son compte cette sentence, puisque, dixit Edouard Beau de Loménie, l'auteur de la France juive a peu à peu élargi son analyse des méfaits dudit grand capital en ne la centrant plus sur les seuls « sémites ».

Ajoutons encore, toujours rapport à ce texte sur Drumont et Bloy, que ce dernier aurait aussi pu écrire que l'antisémitisme est le christianisme des imbéciles.

Mais je ne suis pas venu pour parler de ça. Je repensais à une formule d'Alain Badiou qui me trotte périodiquement dans la tête, selon laquelle la classe moyenne "ne dispose jamais d'une capacité politique autonome." (Heidegger, le nazisme, les femmes, la philosophie, écrit avec B. Cassin, Fayard, 2010, p. 16) Quoi qu'il en soit de la véracité de cette idée,

- le poujadisme ne relevait-il pas d'une "capacité politique autonome" ? Certes on peut compter sur A. Badiou pour nous démontrer, Platon et Cantor à l'appui, que les mouvements politiques droitiers ne sont pas authentiquement politiques ; certes encore le contenu doctrinaire d'un discours de Robert Poujade n'est peut-être pas aussi élevé que certaines envolées lyriques d'un Jean Jaurès. Mais cela résout-il la question ?

, quoi qu'il en soit de la véracité de cette idée, si on croise ces deux sentences, en faisant un glissement me semble-t-il nécessaire de la « capacité politique » à la « pensée politique », on obtient une synthèse simple : "L'antisémitisme est la pensée politique des classes moyennes."

Il y a là du vrai, mais cette synthèse est tout de même et justement trop simple. Il me semble que l'on peut trouver une formulation plus proche de la vérité si l'on fait entrer en jeu, sinon Jean-Jacques Rousseau lui-même, que je n'ai pas lu depuis bien longtemps, du moins le concept de rousseauisme, cette « idée » selon laquelle il y a quelque chose qui ne va pas, sans quoi tout irait bien (ou à peu près bien), ce quelque chose pouvant être, en l'occurrence, « les Juifs ».

Ce qui donne maintenant : "L'antisémitisme est le rousseauisme des classes moyennes." C'est moins ambitieux que la formule précédente, moins polémique aussi (quoi que cette « polémique » dépende du point de vue où on se place...), et, justement, plus neutre, même si, ne soyons pas hypocrites, le « rousseauisme » en question nous semble une illusion. Ce qui ne signifie pas que les choses n'iraient pas mieux si certains Juifs avaient moins de pouvoir, mais c'est une autre question.


Voilà, c'est à peu près tout pour aujourd'hui, trois petites remarques pour finir :

- si Alain Soral est évidemment évoqué entre les lignes dans ce qui précède, et s'il a récemment clamé son admiration pour le philosophe genevois, il ne faut pas, en tout cas pas avant examen, assimiler trop vite l'antisémitisme d'Alain Soral, ce qu'il estime devoir à Rousseau, et le « rousseauisme » dont je viens de parler. Bien sûr que les rapports existent, bien sûr que la formule que je vous suggère aujourd'hui traite de ces rapports, mais je n'irai quant à moi pas plus loin sans lectures supplémentaires ;

- pour ceux qui ont le courage de suivre les liens que je donne : dans le texte où j'ai comparé Edouard Beau de Loménie et Alain Soral, je parle d'un autre auteur qui me semble soralien avant la lettre. Ne cherchez pas, je n'ai jamais creusé cette piste. Il s'agit de Jacques Debû-Bridel, dont le De Gaulle contestataire (Plon, 1970) ne déparerait pas dans une Anthologie des premiers soraliens, ou une Anthologie des soraliens avant Soral, comme on en faisait pour les socialistes avant Marx dans les années 70. Je n'ai pas jusqu'ici pris le temps de travailler sur le bouquin de Debû-Bridel, on verra...

- dans le même ordre d'idées : si le texte de Péguy sur Jaurès auquel je vous ai renvoyés me semble toujours aussi bon, je vous laisse voir jusqu'où on peut poursuivre l'analogie entre le rôle que Péguy fait jouer à Gustave Hervé et celui que joue depuis quelque temps M. Mélenchon. Ajoutons, pour ceux qui vont jusqu'au bout, que le texte de M. Alexandre Adler évoqué sur la fin, reste, pour employer le même terme que l'auteur, d'une incroyable bassesse. Que Bernanos l'encule...

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mardi 13 novembre 2012

Parler des autres, c'est parler de soi,

disait en substance Jean Renoir. Parler de soi, c'est aussi un peu parler des autres. Depuis quelques semaines, je ne sais plus quoi lire, je commence des livres que pour des raisons en apparence variées je laisse vite tomber. J'ai fini par m'apercevoir, alors que je pensais avoir trouvé une bouée de sauvetage, ou un point d'ancrage, avec La femme pauvre de Bloy et que j'ai dû constater, avec autant de surprise que de déception, que le premier chapitre me semblait bourré de procédés grossiers, j'ai fini par m'apercevoir, disais-je, que quelque chose n'allait pas, et que ce quelque chose venait de bibi.

Au vrai, il ne s'agit ici que de clarifier encore un thème autour duquel je tourne depuis des mois. Avec tout le respect que je leur dois et la reconnaissance que je leur porte, Alain Soral et Marc-Édouard Nabe ne me sont plus très utiles - surtout le premier - pour ce que je recherche maintenant. (Quant à Jean-Pierre Voyer, le bougre n'écrit presque plus, en tout cas pas assez pour des accros de mon genre et de mon copain Ph., c'est bien triste. - Ceci dit, je ne lui écris de mon côté pas beaucoup, lacune que je promets publiquement de réparer sous peu.)

Donc : je me sens dans un entre-deux où les guides sont rares. (Massignon ? Je ne sais pas.) J'imagine que ce n'est pas bien original, et j'en suis même plutôt content. Mais cela peut expliquer à quel point je ressasse les mêmes choses ces derniers temps, un peu comme un alpiniste bloqué dans un coin assure pour la trentième fois ses appuis alors que ceux-ci ne lui sont pas si utiles que ça.


Une remarque générale par ailleurs, assez proche de A.S. et MEN pour le coup. La vie des gens est chiante, des privilégiés qui ne veulent que garder leurs privilèges à ceux qui galèrent et qui vivent une galère bien prosaïque et bien sinistre. Difficile pour un romancier d'en sortir quelque chose d'intéressant. Même les Rastignac, ma foi, ne sont plus bien drôles, peut-être sont-ils les plus pathétiques de tous par leur adhésion inconsciente aux « valeurs » d'une société en voie d'autodestruction. En revanche, l'époque est stimulante - inquiétante bien sûr, mais stimulante. D'où que les gens qui nous parlent, au sens où ils nous intéressent, se situent dans une optique sociologique, quitte à ce qu'il y ait un peu d'abus de langage de la part d'Alain Soral dans l'usage de ce terme, ou travaillent très au près d'un certain réel, intime et politique, comme dans le cas de Marc-Édouard Nabe.

- Ceci posé, l'argent, l'antre de ma douce et Dieu attendent (quoique...), ensemble ou séparément, que je les recherche, aide-toi et le fric, le vagin et le Ciel t'aideront, donc : à bientôt.


Amour du livre

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jeudi 8 novembre 2012

Une certaine tendance de l'antisémitisme français. (Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », IV.)

Shining+dissolve


Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », I.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II bis.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II ter.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », III.



Alain Soral, encore, je sais… Mais ce sera l'occasion j'espère de parler de choses intéressantes. Donc, dans la cinquième partie de son dernier entretien, le Président s'aventure en terre bloyenne, estimant que si Bloy critique dans Le Salut par les Juifs l'antisémitisme de Drumont c'est pour, en dernière analyse, se révéler plus antisémite que l'auteur de La France juive.

Avant de et pour mieux corriger ce qui nous semble devoir l'être, une parenthèse sur cette rubrique "L'antisémite du mois". Les citations peuvent y être intéressantes, mais on risque par la répétition du procédé d'entrer dans cette espèce de dialogue de sourds qui est paradoxalement une forme de complicité entre l'antisémite et le Juif (ou le philosémite), et qui revient à accepter comme une évidence le fait que tout le monde déteste les Juifs. Les antisémites, et c'est un peu ce que fait le Président, en concluent que le nombre leur donne raison, les Juifs sont confortés dans leur orgueil et le sentiment de leur élection : tout le monde nous déteste, donc nous sommes meilleurs que tout le monde. Tout le monde nous déteste, tout le monde nous a toujours détestés, tout le monde nous détestera toujours, donc : 1/ nous sommes les meilleurs depuis toujours ; 2/ on emmerde tout le monde. Cette dernière idée, si j'ose dire, pouvant revêtir des formes plus ou moins policées et nobles, du Juif qui va essayer de sauver les goys malgré eux et malgré la haine que ceux-ci lui portent, à celui qui vend à Christian les fameux pantalons à une jambe.

A titre personnel, je veux bien donner beaucoup aux Juifs, y compris le plus important, à savoir l'élection, mais ça, non : tout le monde ne les a pas toujours détestés, tout le monde ne les déteste pas en France en ce moment.

Quoi qu'il en soit, c'est cette espèce d'alliance de fait, qui n'est pas le discours constant d'Alain Soral mais qui est une indéniable tendance de son parcours, qui rend le cas de Léon Bloy important. Car il ne s'agit pas ici d'un écrivain parmi d'autres dans une liste d'auteurs ayant à l'occasion ou plus souvent dit du mal des Juifs, un de plus, un de moins, etc. Il s'agit, précisément, de quelqu'un qui à sa paradoxale façon sort du cadre balisé par la thématique judéo-soralienne du "tout le monde les [nous] déteste".

Précisons donc l'enjeu de cette discussion. Alain Soral, lorsqu'il se laisse porter par cette « indéniable tendance », fait preuve d'un conformisme certain, moins parce qu'il semble s'abriter derrière l'opinion d'autres, que parce qu'il considère comme Musil au début de L'homme sans qualités, qu'il s'agit de Toujours la même histoire, et surtout qu'il s'agira Toujours de la même histoire. Alors que Musil, comme Bloy, cherche justement à rompre ce fil et à trouver les possibilités pour que surgisse une autre histoire.


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Vous suivez ? Que le Président nous donne une interprétation trop sommaire du Salut par les Juifs, comme je vais brièvement le démontrer par la suite, est une chose, mais ce qui est gênant dans l'affaire, c'est qu'il s'efforce ici d'empêcher que l'on trouve une sorte de solution, autre que finale, finalement…, à la « question juive ». A la limite, si l'on suit le Président dans sa « tendance », les Juifs ont tout simplement raison de se soucier des goys comme d'une guigne, puisque ceux-ci les ont toujours détestés et les détesteront toujours, ils peuvent donc les enculer à loisir, les goys de leur côté, sachant à quoi s'attendre, ont toutes raisons de détester ceux qui les enculent, et ça peut durer encore longtemps, avec une petite expulsion et une petite flambée de temps à autre, immédiatement récupérée et exploitée par les Juifs, etc. - et à sa façon Alain Soral participe à ce bal.

- Ce n'est pas, ceci dit, que je croie beaucoup aux chances de sortir de ce cercle. Mais enfin, ce n'est pas une raison pour lui donner encore plus de raisons d'exister. - J'ai annoncé une démonstration, il est temps de l'exposer.

Dans le texte récemment repris par Mafia juive, et dont je viens de relire la seconde partie, je me suis efforcé de mettre en relief certains traits logiques de certaines formes d'antisémitisme. J'y jouais Bloy contre Rebatet, montrant que le premier était beaucoup plus cohérent que le deuxième, en l'espèce bien brouillon. J'y utilisais précisément Le Salut par les Juifs, et notamment l'analyse qu'en avait faite celui que, en référence à son site aujourd'hui disparu, enfoiré, j'appelais M. Limbes - dont vous pouvez, je vous y renvoyais récemment, lire un texte chez Laurent James. Cette analyse n'est plus disponible sur le net, l'auteur me l'a gentiment renvoyée à ma demande, je vais de nouveau y avoir recours, avec une certaine inflexion par rapport à ce que j'écrivais dans le texte sur Rebatet. Disons que l'accent sera un peu moins mis sur la logique, un peu plus sur la métaphysique.

On peut dire les choses très (trop) simplement : Jésus était juif. Ça fait bien chier les Juifs, justement, mais, là-dessus, Alain Soral, dans une certaine forme de marcionisme, les rejoint une nouvelle fois ; et c'est au contraire un point sur lequel Bloy revient avec acharnement. Le christianisme n'est pas le judaïsme, il n'est pas soluble dans le judaïsme, mais il vient du judaïsme. On pourrait même pousser jusqu'à dire que celui-ci est un peu le péché originel de celui-là, ou sa croix. Quoi qu'il en soit, pour Bloy comme pour votre modeste serviteur, si l'on peut très facilement être juif et antichrétien, c'est même cohérent, il est en toute rigueur impossible d'être chrétien et antisémite. Je sais bien que ça s'est beaucoup vu et que ça se voit encore, mais cela reste une bêtise. Soyons plus précis : on peut être chrétien et reprocher plein de choses aux Juifs, on peut être chrétien et les considérer comme le peuple déicide, mais on ne peut pas, en toute rigueur, être chrétien et ne les considérer que comme le peuple déicide. C'est ce que Bloy critiquait, entre autres chez Drumont, cette façon plus ou moins consciente de rêver à un christianisme complètement déjudaïsé.

Bloy bien sûr n'est pas dupe de l'infamie de certains Juifs modernes, Rothschild et Cie, il commence même par là lorsqu'il évoque les Juifs dans Le désespéré, passage cité par Alain Soral. Il se reprochera pourtant rapidement, et c'est un des propos du Salut par les Juifs, d'avoir eu une vision trop schématique de cette question, n'hésitant pas, je cite ici l'article de M. Limbes, à écrire, à ce sujet :

"Il ne me coûte rien d'avouer qu'à l'époque, lointaine déjà, du Désespéré, sans remonter aux temps mythologiques de mes années de lycéen, j'ai pu dire ou écrire des sottises que mon âge plus mûr a restituées au néant. J'appelle ça un changement heureux et normal." (in Le Pèlerin de l'Absolu)

Une des raisons de ce « changement » est la prise en compte plus grande dans le Salut que dans le Désespéré du rôle joué par la modernité dans cette affaire. C'est là qu'Alain Soral a à la fois raison et tort. Raison parce que oui, Bloy dit en quelque sorte à Drumont : vous catholiques « respectables », vous avez beau jeu de critiquer les Juifs alors que vous faites comme eux, vous êtes autant qu'eux dans le commerce, vous êtes de ce point de vue trop enjuivés pour être en position de les critiquer. Mais tort parce que ce n'est pas le dernier mot de Bloy sur la question : d'une part cela signifie que c'est le monde moderne en son entier qui est détestable et que les catholiques feraient mieux de balayer devant leur porte ; d'autre part et surtout cette indéniable infamie juive, si son caractère de plus en plus envahissant est une preuve de l'infamie du monde moderne qu'elle contribue à aggraver, est aussi une preuve supplémentaire de la grandeur du peuple juif et du rôle qu'il jouera forcément un jour dans le Salut du monde. Je reconnais que ce n'est pas un raisonnement d'un abord très facile, je sais bien que des Juifs eux-mêmes sont moyennement convaincus par cette position. Elle ne fait pourtant que prendre au sérieux, pour le meilleur et pour le pire, l'idée d'élection. Les Juifs ont eu Abraham, Moïse - avec qui tout n'a pas été facile -, le Christ, qu'ils ont à la fois produit, si j'ose dire, et tué. Tout cela se situe à un niveau métaphysique élevé, dans la fécondité comme dans l'abjection. Au cours d'un passage du Sang du Pauvre que j'ai déjà cité, Bloy écrit ainsi :

"Vu d'en haut, le commerce est un véritable sacrilège. Les Juifs, Race aînée auprès de qui tous les peuples sont des enfants et qui ont eu, par conséquent, le pouvoir d'aller du côté du mal beaucoup plus loin que les autres hommes du côté du bien, les profonds Juifs doivent sentir qu'il en est ainsi."

L'indéniable infamie actuelle des Juifs (en tout cas de ceux qui traficotent avec le monde moderne, mais ils sont justement de plus en plus nombreux) est à la mesure de leur grandeur biblique, ou métaphysique, et elle en est en même temps un symbole. Le supposé antisémite Bloy peut aussi écrire, dans le même livre : "Les Juifs sont les aînés de tous et, quand les choses seront à leur place, leur maîtres les plus fiers s'estimeront honorés de lécher leurs pieds de vagabonds."

M. Limbes évoque à ce sujet le concept d'analogie inverse, je pourrai vous détailler ça si vous le demandez, je ne veux pour l'heure ni piller complètement son article, ni utiliser plus de cartouches qu'il ne me semble nécessaire. Dans le fameux passage du début du Salut, cela revient à dire que les trois épouvantables vieillards juifs que Bloy décrit en termes fort peu gracieux, ne sont infâmes que si, précisément, je cite M. Limbes, "l'on admet la sainteté et la splendeur d'Abraham, Isaac et Jacob."

Abraham, je vais y revenir, il faut avant cela compléter le tableau. Dans une autre de ses « tendances », aussi « indéniable » que l'autre mais je crois moins profonde, et en tout cas moins fréquemment exposée, Alain Soral, qui manifestement n'y connaît pas grand-chose (moi non plus) en matière de métaphysique juive, s'appuie sur des témoignages ou des écrits de rabbins qui évoquent une déviation du judaïsme par rapport à ses vrais principes. De la même façon, Bloy peut, j'emprunte ces citations à M. Limbes, écrire que, "au point de vue moral et physique, le Youtre moderne paraît être le confluent de toutes les hideurs du monde", et exposer ainsi son projet du Salut par les Juifs :

"Dire mon mépris pour les horribles trafiquants d'argent, pour les youtres sordides et crapuleux dont l'univers est empoisonné, mais dire en même temps ma vénération profonde pour la Race anathème d'où le Rédempteur est sorti (Salus ex Judaeis), qui porte visiblement comme Jésus lui-même les péchés du monde, qui a raison d'attendre le Messie et qui ne fut conservée dans la plus profonde ignominie que parce qu'elle est invinciblement la race d'Israël, c'est-à-dire du Saint-Esprit dont l'Exode sera le prodige de l'Abjection."


Enchaînons :

"Par un phénomène apocalyptique, depuis avant-hier, il y a ici-bas un État d'Israël qui refuse le Messie, d'ailleurs ; qui ne signifie rien au point de vue de l'histoire du monde, si ce n'est que pour nous chrétiens, il rappelle : que le monde a une figure et que notre Foi doit se tourner vers son axe, Jérusalem, cet axe qu'Israël retrouve sans savoir pourquoi ; parce qu'il a été chassé de partout, qu'il y retrouve un vieil autel où Abraham a offert son puîné, en préfigure de notre Christ."

Ces lignes ont été écrites par Louis Massignon en 1949, fort peu de temps donc après la création de l'État d'Israël. Complétons-les par celles-ci, elles aussi de 1949 :

"La vraie internationale qui « sera le genre humain » n'est pas l'ensemble des groupes humains additionnés avec leurs appétits, et même leurs théories, c'est une structure supranationale centralisant l'effet des voeux et sacrifices des croyants ; cela même dont le Sionisme vient d'arborer à la face du monde l'énigmatique et ambivalent symbole, le Signe eschatologique indéniable du Retour d'Israël."

Suit un passage sur Bloy, puis sur les croisades, puis ceci :

"Aux 400 millions de musulmans pour qui le pèlerinage de Jérusalem est lié au retour du Christ-Juge, de façon voilée mais irrécusable, viennent de s'ajouter depuis l'an dernier en bloc monolithique les délégués sionistes des 12 millions de Juifs, sous une forme si mystérieusement ambivalente, si étonnamment eschatologique. Sont-ce toujours ces « Khowéwé Zion », ces pauvres « amants de Sion », chassés par les pogroms, venant rejoindre les sublimes pleureurs séculaires du Mur des lamentations ? Ou bien ces racistes à la technique cruellement athée, qui, pour avoir le monopole d'une colonisation impie de la Terre Sainte, se font les forçats volontaires des grandes firmes colonialistes américaines et s'imaginent pouvoir y construire le Nouvel Adam comme un robot suprême et le Royaume de Dieu comme un laboratoire atomique ? Malgré des apparences bien sombres, ce pèlerinage en masse des Hébreux qui veulent refaire à eux seuls Israël est un avertissement précieux de la Providence à l'adresse du Nouvel Israël, des chrétiens : pour que toutes leurs nations, divisées depuis les Croisades, se réconcilient, pour que cette reconstruction d'Israël ne se fasse pas diaboliquement, en en excluant la règle de perfection morale que le Christ avait en vain proposée aux « brebis perdues d'Israël »…" (L. Massignon, "Le pèlerinage", in Écrits mémorables, R. Laffont, coll. "Bouquins", 2009, t. 1, p. 8-9 et 11-12. Le texte précédent est issu de "La foi aux dimensions du monde", p. 16-17 de la même édition.)

Je laisse tomber, si j'ose dire, les musulmans pour l'instant, constatons que Massignon voit très bien, dès le début, qu'il y a à la fois un espèce de fenêtre de tir métaphysique pour Juifs et Chrétiens dans la création de l'État d'Israël, et tous les dangers portés en elle par cette création, qui peut même s'avérer « diabolique ». Plus de soixante ans après, on ne peut guère nier que ce sont plutôt les périls redoutés par Massignon qui semblent l'emporter, au point même, peut-être, de corrompre d'une certaine manière le judaïsme lui-même. On voit bien en tout cas la grande différence entre le rêve de Massignon - j'y reviendrai - d'une certaine réconciliation (ce terme est volontairement vague) des trois monothéismes issus d'Abraham - avec comme centre de gravité Jérusalem, et l'idée faussement oecuménique et très impérialiste de Jacques Attali de Jérusalem comme capitale du monde.

Revenons à Bloy : le Salut du monde par les Juifs se jouerait-il dans un combat de Juifs contre Juifs ? La solution finale à la question juive sera-t-elle trouvée par des Juifs ? A quel prix, pour le judaïsme ?

A suivre, mon Dieu...


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mardi 30 octobre 2012

"Je suis parti de Bloy...

Méontologie


...qui, toute sa vie, a vénéré un Dieu absent, et plus Son absence se faisait évidente et cruelle, plus il Le vénérait. A nous d'essayer de donner une consistance à cette absence, l'incarner en somme. Le divin ne se montre jamais autant et aussi bien que lorsque Dieu apparaît dans toute Son absence. La vie est pleine de ces trous de Dieu, ces gouffres d'horreur où il est flagrant que Dieu n'est pas. Quelque chose de divin se passe quand Dieu manque. Non pas souffrir de l'absence de Dieu mais s'extasier devant cette absence comme devant un dieu. Quand on commence à comprendre que ne pas croire en Dieu et sentir Son absence sont deux choses diamétralement opposées, on est un autre homme. Apprendre à vivre avec l'absence de Dieu, Son silence et Ses signaux. Se situer par rapport à ce trou dans le monde que Dieu a fait en n'existant pas. Le reste, indifférence arrogante ou bigoterie stupide, n'a plus grand intérêt auprès de cette révélation en creux. Oui, Dieu est creux comme un tam-tam. Vivre c'est inventer un rythme sur Son dos. Dieu existe, je fais exister Dieu, je L'ai extirpé de ma gangue d'homme, je sculpte ensuite ce magma argileux, peu à peu une forme se dégage, une figure, tiens ça me ressemble, mais non, je l'ai cru mais c'est faux, ça me ressemble mais ce n'est pas moi, ça me rappelle quelqu'un, j'y suis : Jésus ! C'est là qu'on voit l'importance du Christ, Il a rempli le rôle de l'absence de Dieu. Rôle de composition il faut le dire pour un homme. Jésus-Christ incarne la divinité de l'absence de Dieu !

Il me revient une phrase de René Daumal qui disait : « Dieu je parle à ton inexistence » ; et je n'oublie pas Roger Gilbert-Lecomte qui, à la première page de son premier livre, mettait en scène Dieu et Son absence qui se saluaient. Ambassadeur divin de Dieu, incarnation terrestre de l'autoritaire néant céleste, Jésus-Christ est la preuve même que Dieu n'existe pas et pourtant j'y crois, j'y crois parce que c'est absurde.

Je me répète toute la journée comme une prière cette phrase de Tertullien : Credo quia absurdum. Quelle merveilleuse profession de foi : « Je crois parce que c'est absurde », c'est même pour ça que je crois. Si ce n'était pas absurde, il n'est même pas sûr que je croirais. Je crois d'autant plus que c'est absurde de croire. L'absurdité est mère de toutes les fois. Si croire en Dieu était logique, ce serait louche. L'irrationalité de la croyance en Dieu ne peut être vécue, et même comprise, que par l'absurde. Saint Thomas d'Aquin avait besoin de se prouver que Dieu existait, donc il en doutait. Alors que tout accepter d'emblée, d'un bloc, sans doutes, permet de croire en Son existence absente. Ce n'est raisonnablement qu'en Son inexistence qu'on peut croire à coup sûr. C'est de la folie mais pourtant je ressens au plus profond de mes fibres cette inexistence de Dieu. Exactement comme s'Il était là sous mes yeux. Je vois l'invisible. Je ne crois qu'en ce que je ne vois pas.

Saint Thomas d'Aquin remplit un trou, Tertullien le contemple." (Marc-Édouard Nabe, L'âge du Christ, pp. 16-18)

Je ne vais pas commenter ce texte, dont je me demande, globalement, jusqu'à quel point il faut le prendre au sérieux. Je ne vais pas reprocher à l'auteur ses paradoxes, m'étant moi-même demandé quelque part si « un catholique n'était pas toujours paradoxal » : disons que dans ce qui précède tout ne me paraît pas relever d'un égal degré de conviction de la part de l'auteur. Ceci, de façon générale me paraît lié, notamment, à certaines caractéristiques du catholicisme du XXe siècle, qui sont justement un des domaines d'études de L'âge du Christ, et sur lesquelles je pense et espère revenir prochainement.

Quoi qu'il en soit, cette retranscription me fournit l'occasion de corriger publiquement, à ma petite échelle, une commune erreur commise ici par M.-É. Nabe, et d'insister une nouvelle fois sur un thème qui m'est cher.

L'erreur, c'est l'attribution à Tertullien de la phrase : Credo quia absurdum. Jean Borella nous le dit :

"On ne saurait… envisager la distinction de l'Etre et du Non-Etre comme s'il y avait entre les deux une opposition de contradiction, bien que le langage semble nous y inviter. En effet, à s'en tenir aux formulations, Etre et non-Etre s'opposent comme A et non-A. Et chacun sait qu'il s'agit là de la formulation classique de ce qu'on nomme le principe de contradiction : A est A et n'est pas non-A ; ou encore : A ne peut être à la fois A et non-A ; ou encore : A et non-A s'excluent et ne peuvent être vrais en même temps. Ce principe est, selon Aristote et la philosophie en général, le plus fondamental des principes de la raison, ce qui ne souffre aucune discussion. Et précisément, si le non-Etre (l'Essence sur-ontologique ou méontologique [ici, si vous décrochez, c'est normal, nous y reviendrons plus tard, si Dieu veut…]), est conçu comme le contradictoire de l'Etre, à la manière dont non-A nie A purement et simplement, alors il y aurait en effet contradiction à affirmer que Dieu est à la fois Etre et non-Etre. Sans doute pourrait-on le soutenir au titre d'une sorte de transcendance de l'absurdité, sous le prétexte que seul un discours qui brise les exigences de la raison est à la mesure de cet au-delà de toute pensée humaine qu'est la Réalité divine, ce qui nous renverrait au trop fameux credo quia absurdum attribué faussement à Tertullien. [En note : : "L'expression ne se trouve pas telle quelle dans les écrits de Tertullien, mais on y lit des formules analogues. Dans le De Carni Christi, V, il écrit : « Le Fils de Dieu a été crucifié : je n'en suis pas scandalisé (précisément) parce que cela doit scandaliser. Et le Fils de Dieu est mort ; ce qui est parfaitement croyable (précisément) parce que c'est insensé (ineptum) ; et mis au tombeau, il a ressuscité : cela est certain (précisément) parce que c'est impossible."] Mais penser ce qui n'est pas pensable, ce n'est pas penser. Il faut donc admettre la pleine validité du principe de contradiction sur le plan de l'ontologie de la substance. Mais il n'en va plus tout à fait de même dans l'ordre méontologique, à propos duquel on peut bien parler d'un principe de non-contradiction absolue, principe qui est exigé par la pensée elle-même, et qui ne contredit nullement le principe de contradiction." (Penser l'analogie, pp. 96-97)

Encore une fois, sur cette histoire de méontologie, ne paniquez pas, et n'allez pas chez M. Google comme chez Dieu le père pour voir ce que ça veut dire : nous aborderons tout cela plus tard - lorsque je serai moi-même capable de l'expliquer à peu près clairement.

A peu près clairement, c'est d'ailleurs notre sujet du jour, et le thème que j'ai annoncé plus haut. Je le rappelais il y a peu, il m'est arrivé de critiquer la dichotomie soralienne artiste rêveur / intellectuel lucide : ce n'est pas pour retrouver une dichotomie différente mais elle aussi nuisible sous la plume de MEN. Il y a certes peut-être un moment où l'intellect, appelons ça comme ça, doit en quelque sorte lâcher prise devant « cet au-delà de toute pensée humaine qu'est la Réalité divine » ; "savoir est mieux que comprendre", vient ainsi de m'écrire M. Limbes, citant Bloy, comme on se retrouve. Mais je ne vois pas en quoi ce serait une raison pour renoncer de son propre chef à son intellect, et encore moins pour préférer ce qui a l'air irrationnel à ce qui est cohérent. Citons encore J. Borella : "'L'intelligence métaphysicienne doit s'engager concrètement dans la foi au Dieu révélé. (…) L'intelligence doit opérer une sorte de sacrificium intellectus, elle doit s'ensevelir dans la foi comme dans la mort du Christ Logos, mais c'est pour renaître avec lui." (p. 189 n.)

Dit autrement : Thomas d'Aquin ne doute absolument pas de l'existence de Dieu et sait fort bien que cette existence est plus paradoxale à certains égards que celle d'une assiette ou d'un vagin. Il ne remplit aucun trou. MEN est plus proche de la vérité lorsque, dans les lignes qui suivent le texte que j'ai cité, il parle de la Somme comme d'une "extraordinaire entreprise conçue et menée à bien pour expliquer l'inexplicable", quand bien même met-il dans les lignes en question un rien de condescendance. Quoi qu'il en soit, l'important est là : cette « entreprise » ne reflète aucun doute. Le sacrificium intellectus (encore du sacrifice, on n'en sort pas) évoqué par Jean Borella, Thomas d'Aquin l'a déjà fait, il en revient. (Ou bien tout ce que j'écris ici est complètement faux, c'est possible aussi. Mais, même complètement faux, ce sera moins faux que cette histoire de « doute ».)

Autrement dit encore, et pour finir. Peut-être est-il trompeur de parler, comme je l'ai fait, de « moment » à propos de cette façon dont l'intellect lâche prise, ou se sacrifie, peut-être cela donne-t-il un aspect trop temporel à cette idée, mais s'il y a un stade où l'intellect ne peut tout assumer, ce n'est rien une raison pour ne pas lui faire confiance, et encore moins pour le considérer comme contradictoire avec des formes éventuellement supérieures de savoir. "Si croire en Dieu était logique, ce serait louche", écrit MEN : je vois ce qu'il veut dire, mais Dieu, lui, est logique.

Sur le même thème, ou un thème très voisin, vous pouvez lire, ou relire pour les plus alcooliques de mes piliers de bar, ce texte, ou j'essaie de nuancer ce que racontent Musil et son commentateur Jacques Bouveresse sur les rapports entre science et religion, ou celui-ci, ou Simone Weil nous le dit : la science s'est écartée de la contemplation de Dieu, "non par excès, mais par insuffisance d'esprit scientifique, d'exactitude et de rigueur." - Un paradoxe pour finir, c'est de bonne guerre (sainte) : dans sa façon d'opposer Thomas d'Aquin et la proverbiale phrase attribuée à Tertullien, Marc-Édouard Nabe se montre finalement rationaliste, plus du côté de J. Bouveresse que de Simone Weil.

A suivre - encore et encore, c'est que le début, d'accord, d'accord…


Histoire cyclique de la France

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mardi 23 octobre 2012

Assez court pour un tweet, mais je préfère le dire ici.

Les identitaires sont des cons.

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dimanche 21 octobre 2012

La vérité hait le secret. Plus vous serez ouvert, plus vous serez vrai. - J'enfonce le clou (dans le cul du Président).

Où il y a de la gêne...


Il y en a qui tendent vraiment le bâton pour se faire enculer, et quand on voit le Président se réclamer de Weininger, puis se comparer à Platon et Mishima, on se dit que l'on n'avait pas tort de se poser des questions sur son hétérosexualité. Ça pue le pédé viril à vingt lieues, cette histoire. D'ailleurs, du côté de Marc-Édouard Nabe, où l'on cite le passage sur les « amisexuels » que j'évoquais la dernière fois, on n'a pas l'air de penser très différemment - rappelons pour finir, et en espérant qu'il n'y a pas ici d'homonymie trompeuse, que le Président lui-même a raconté avoir eu des rapports intimes avec Hector Obalk, évoqué par les lecteurs de Marc-Édouard Nabe.

Bon, j'arrête, parce que sinon, tapette ou pas, A. Soral va finir par me casser la gueule, et j'en reviens à des sujets plus sérieux. (Et, tout de même, je précise que ce n'est pas mal du tout cette histoire de Kontre Kulture : je n'ai pas encore eu un livre publié par E&R entre les mains, mais on ne va pas critiquer des gens qui ressortent des textes rares (au passage et en référence à une livraison précédente : contrairement à ce que disait Alain Soral, il existe une version récente en français, publiée en Suisse sauf erreur de ma part, du Juif international de Henry Ford) ou éditent des livres que personne ne veut éditer.)


Un petit mea culpa pour commencer : en évoquant L'âge du Christ la dernière fois, j'ai complètement oublié de préciser, en complément à mon appel à témoins récent, que l'auteur y parle de la prière et y prie. Ce qui ne met pas fin à toutes les questions que je me pose à ce sujet, mais, depuis cette demande d'aide aux nabiens, et plus précisément depuis la rédaction de ma dernière note, je me suis, en quelque sorte, libéré de MEN. Ce n'est pas qu'il ne m'intéresse plus ou que je n'ai pas encore beaucoup de choses à piocher chez lui, c'est que je lui en demandais trop par rapport, je ne dis pas la cohérence de son travail, mais par rapport à la facture de celui-ci. C'est toujours pareil, il ne faut pas réintroduire sans s'en rendre compte la dichotomie intellectuel sérieux / écrivain rêveur utilisée par Alain Soral contre Marc-Édouard Nabe, dichotomie que j'avais en son temps critiquée (ach, je ne retrouve pas le lien...). Mais après avoir écrit, ou en écrivant, donc, ma précédente note la semaine dernière, je me suis aperçu que je commençais moi-même, non pas vraiment à "vouloir être Nabe à la place de Nabe", mais à vouloir trop saisir les liens entre ses idées et sa personne. Ce n'est pas que le sujet n'aurait aucun intérêt, il s'en faut, c'est que ça ne m'est pas utile de m'embarquer vraiment dans cette direction.

J'en profite, puisque nous sommes à l'heure de clarifications dont vous aurez j'espère compris qu'elles ne concernent pas que moi, pour noter que, par ailleurs, il me semble maintenant avoir « digéré » le travail d'Alain Soral. Là encore, ça ne signifie pas qu'il ne m'intéresse plus, encore moins que je ne lui suis pas redevable (à cette fiotte), mais que, sauf évolution surprise de sa pensée, j'ai intégré à la fois son système et ce qui ne me plait pas dans son système.

Ce qui veut dire, ça vous fera peut-être plaisir, que je devrais moins parler de ces deux gugusses dans le futur.

- Mais enchaînons tout de même par une belle intuition de MEN, L'âge du Christ, pp. 83-87 :

"Gandhi est le plus grand chrétien depuis le Christ. (…) Trop prennent Gandhi pour une espèce de gourou écolo-cool revenu à je ne sais quelle « philosophie » naturaliste qui, exotisme aidant, renouvelle le vieux panthéisme de cette vache pas du tout sacrée qu'on appelle l'homme. Faux ! Ce n'est pas naturel de recourir à la vérité vraie et à la non-violence offensive. C'est un effort terrible sur l'immonde nature humaine. Gandhi lui-même, à la fin de sa vie, traversait de drôles d'affres, il n'était pas sûr d'avoir réussi sur lui sa révolution. Bouleversant toutes les règles de l'instinct, le gandhisme ne coule pas de source. Un échec presque certain attend celui qui encaisse les coups d'autrui ouvertement. Car tout est là. Plus de cachette ! Tout doit être fait au grand jour. La vérité hait le secret. Plus vous serez ouvert, plus vous serez vrai (Gandhi).

Je n'aime pas le terme « non-violence ». Il sent la dénégation. Bien sûr, Gandhi était violent, très violent de refuser de répondre aux coups par les coups comme le Christ le lui avait enseigné. « Tends l'autre joue » est un précepte terroriste, celui de l'homme qui veut forcer l'agresseur à réfléchir son acte et à retourner sa violence contre lui-même. L'humiliation de la victime passée à tabac par son bourreau n'est rien comparée à celle du bourreau qui, à cause de la non-défense intransigeante de sa victime, a soudain honte de la frapper. Quand la non-violence a marqué ses premiers points, elle s'adressait à des Anglais, c'est-à-dire à la pire espèce de protestants. Un autre peuple, catholique ou musulman, n'aurait jamais marché. Il fallait ces puritains british et rongés par le remords pour avoir pleinement mauvaise conscience devant l'inertie provocatrice de ces Indiens inflexibles. Gandhi est le plus violent adversaire du protestantisme. (…)

« Qu'est-ce que la vérité ? » A la question posée par Pilate à Jésus, Gandhi, deux mille ans après répond : c'est une arme. Massignon, le grand gandhien, l'a dit : la meilleure attitude est d'accepter avec douceur d'être matraqué pour Elle, d'être frappé par Elle, telle que se la figurent contre nous nos frères dans leur exaspération insensée. C'est ça ! (…)

Mal comprise, la non-défense offensive (appelée à tort non-violence) débouche sur la non-résistance passive à la Lanza del Vasto, tout juste bonne aux yogas royaux sur le plateau du Larzac pour secte para-gurdjevienne. Le gandhisme, dans sa forme politique, est plus proche des attitudes « suicidaires » des chrétiens chantant en choeur leur saint martyre en descendant dans l'arène aux lions surpris, que des néo-brahmanes ex-petits bourgeois vivant en communauté en agitant des clochettes pour la paix du monde. L'erreur de certains a été d'hindouiser les Évangiles, alors que Gandhi a évangélisé l'hindouisme. On n'imagine pas jusqu'où Gandhi allait en spiritualisant la politique, ou plus exactement en refusant de sortir du domaine spirituel, même en politique (ce qu'avait fait Jésus), prenant des positions qui semblent aberrantes aux plus larges d'esprit. Quand Gandhi envoie une lettre au maréchal Pétain pour le féliciter de capituler en 1940, ça ne fait pas de Gandhi un collabo, mais un superbe christique qui sait ce que le sacrifice veut dire et qui pense - quel bloyen lui donnerait tort ? - que la France a, grâce cette guerre, l'opportunité de devenir ce qu'elle est : la grande nation du Sacré-Coeur prête à saigner ! C'est sans se défendre que la pauvre et sainte France aurait dû se laisser envahir totalement par l'Allemagne (ce qui aurait beaucoup décontenancé Hitler-le-violent), sans tirer un seul coup de feu, en acceptant finalement la punition de sa précédente victoire si humiliante pour son ennemie pas assez aimée. Voilà peut-être pourquoi, depuis, la France est ignoble et doit souffrir : pour avoir choisi les deux voies soeurs de la collaboration et de la résistance dans lesquelles d'ailleurs elle continue de s'embourber en s'auto-culpabilisant de mille manières. Elle paye aujourd'hui sa faiblesse en bradant son âme à n'importe qui, comme pour oublier qu'elle n'a pas eu le courage de se sacrifier, dignement. Massignon remarquait que les hommes étaient prêts à se faire tuer pour faire la guerre, mais jamais pour éviter la guerre. Tant qu'une nation ne dira pas : « Me voici ! Je consens à être détruite pour le salut de l'humanité », il y aura toujours des armées. Le pouvoir a bien compris que la non-violence était le comble de l'anarchie, son point vierge absolu irradiant tous les dangers. Dans non-violence, il y a violence. Je le répète. La non-violence est la vraie violence. Jésus bouillait de violence rentrée ; même Gandhi avoue avoir du mal à réfréner ses pulsions naturelles. L'Hindou est clair et net : si vous n'êtes pas assez fort pour être non-violent alors, soyez violent, c'est toujours mieux que d'être lâche."


(Les coupures que j'ai faites ne concernent pas des passages insignifiants, mais, précisément : il faudrait les discuter, et je préfère aujourd'hui retenir ce qui me semble le moins discutable. Je me suis permis par ailleurs de corriger ce qui me semble être des coquilles.)

Évidemment, si l'on admet ces dernières idées, se pose tout de même la question de ce que l'on peut faire devant les formes sournoises de violence, américano-sionistes pour prendre un exemple au hasard - certes la France est devenue une grande braderie, plus on avance et plus nos Présidents semblent afficher des pancartes "Changement de propriétaire. Tout doit disparaître.".

Mais peut-être qu'il est trop tard pour se poser la question, et que la France a laissé passer le train. Une première fois en 14-18, en deux étapes, à la fois par le massacre de sa jeunesse (un sacrifice, mais pourquoi ?) et par ce traité de Versailles que les Français ne purent lire ; une seconde fois, donc, en ne comprenant pas que l'état dans lequel était le pays en 1939, ne pouvait, devant l'invasion allemande, aboutir qu'à une seule solution cohérente, le sacrifice. - Attention, le sacrifice, pas l'acceptation de l'ordre nazi : l'indifférence, le mépris, pas la jouissance à la fois idéologique et masochiste d'un Drieu. - Les tracas et ambiguïtés du gaullisme, lorsqu'il s'est agi de reconstruire le pays, ne font finalement que refléter le fait que, s'il était certes plus louable d'être résistant que collaborateur, avoir eu à choisir entre l'un ou l'autre était déjà un aveu de défaite, en l'occurrence spirituelle.

C'est triste à dire, au moins d'un certain point de vue, mais une des conclusions possibles d'un tel raisonnement est que seul l'Islam peut redonner un lustre à la France, que le catholicisme a raté le coche. - Si les Juifs voulaient vraiment sauver et la France et ce qu'ils appellent maintenant le monde judéo-chrétien, ils essaieraient de nous convertir tous au judaïsme !

Bref, la nature spirituelle a horreur du vide, il n'y a pas de quoi s'étonner que l'Islam vienne le remplir, ne serait-ce que momentanément. - Comme me le disait un nouveau venu à mon comptoir, c'est peut-être justement parce que le catholicisme a fini de se dépouiller de tous ou de la majorité de ses accessoires de pouvoir, parce qu'il n'est plus royal, politique, ni même social, qu'il pourra jouer un rôle purement, ou essentiellement spirituel. Nous verrons !


Apocalypse or not Apocalypse, that is the question...

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