lundi 20 juin 2016

"Il n'y avait rien, qu'un peu de vase..." (Léo Ferré). La famille contre le suffrage universel. (Principes d'une révolution nationale réussie, II).

...


Commençons par être d'accord avec les musulmans, tout arrive :

"L'oecuménisme laïciste… professe un égal respect de toutes les religions indistinctement, ce qui devrait assurer, nous dit-il, leur coexistence pacifique. Mais coexister est contraire à la nature même des religions. Si l'une est vraie les autres sont fausses et n'ont pas droit au même respect. Elles ne sauraient être pareillement respectées que si l'on n'y croit pas, ou très peu. Réduites à l'état de mythe moral, elles peuvent être vécues comme complémentaires : ainsi le principe de laïcité républicaine les aura relativisées, sécularisées, déreligionnisées. Telle est bien son intention." (J. Madiran, Chroniques sous Benoît XVI, t.1, Via Romana, 2010, pp. 61-62 ; écrit en 2006.)

De ce point de vue il est bien normal et légitime que les musulmans se sentent plus offensés par les bobos « tolérants » que leur coreligionnaires ont assassiné en masse il y a quelques mois, que par des gens qui les considèrent, c'est un début, comme religieux, quitte à critiquer leur religion. Il n'en reste pas moins regrettable qu'ils se soient mis à la jouer « à la juive », c'est-à-dire en versant dans l'oecuménisme maçonnique quand il s'agit de critiquer ce qu'il y a de chrétien en France, tout en étant en réalité bien décidés à rester musulmans et à faire valoir leurs « droits » dès qu'on les titille un peu.

Quoi qu'il en soit, ceci n'est qu'une introduction à notre sujet du jour, une saine critique de la démocratie moderne. Je laisse l'excellent Jean Madiran envoyer du bois, sans trop de commentaires :

"On sait bien qu'une démocratie ne peut durer que par la puissance, visible ou cachée, d'une oligarchie contraire au principe majoritaire dont elle se réclame." (Ibid., p. 37 ; écrit en 2005.)

"En France, l'application des principes de 1789 et le suffrage universel ont permis à des minorités religieuses de s'emparer du pouvoir politique et de l'utiliser pour combattre sournoisement ou même ouvertement le catholicisme, religion majoritaire. Paradoxe, - en apparence seulement : partout, le suffrage universel est manipulé par des oligarchies, et presque toujours à l'encontre des préférences, des convictions, des sentiments les plus répandus dans la population. Pour ne retenir qu'un exemple récent, les électeurs qui ont porté au pouvoir, en 1981, le président Mitterrand et le parti socialiste, ne voulaient ni le socialisme, ni l'asphyxie de l'école libre, ni l'abolition de la peine de mort, ni l'augmentation des impôts, ni l'accroissement de la bureaucratie et des contrôles administratifs. (AMG : on ne peut pas dire qu'ils aient vraiment eu le socialisme… Quoi qu'il en soit, je vous laisse adapter cette théorie aux cas de N. Sarkozy et F. Hollande.) Chaque fois que l'on aperçoit une anomalie de cette sorte, chaque fois que l'on constate que le suffrage universel joue contre la majorité du peuple, on a tendance à supposer qu'il s'agit d'une bizarre exception. Mais c'est au contraire une constante. Bien sûr, les élus du suffrage universel sont portés par une majorité réelle : une majorité mobilisée sur des choses secondaires, des querelles de diversion, des promesses séduisantes mais insensées, des leurres, et non sur le véritable dessein de ceux qui organisent et financent les campagnes électorales et qui manipulent les élus. C'est ainsi que la France, pays catholique, a été déchristianisée par l'action tenace (notamment scolaire) d'un pouvoir politique issu du suffrage universel : mais il ne l'avait pas dit, il n'avait pas été élu pour cela, qui cependant était son intention principale et reste son oeuvre la plus importante. Le suffrage universel réunit des majorités de circonstance, autour de programmes anodins et de promesses qui au demeurant ne sont presque jamais tenues - mais pour imposer à ces majorités, et en leur nom, ce qu'elles ne voulaient pas, et qu'on leur avait caché durant la campagne électorale. Ce qui explique et fait comprendre le mot surprenant, le mot saisissant du pape Pie IX : "Suffrage universel, mensonge universel". (…) Si on connaît un peu l'histoire, on conviendra d'autre part que ce ne sont pas les élus du suffrage universel, mais que c'est la monarchie capétienne qui s'est trouvée le mieux en accord avec le sentiment profond de la majorité du peuple français sur les choses essentielles : la religion, la conception du monde et de la vie, l'idée générale du bien et du mal. D'ailleurs, la plupart des hommes d'État républicains, quand ils sont arrivés à l'âge de la retraite, qu'ils n'ont plus rien à cacher, plus rien à espérer et plus rien à craindre des compétitions électorales, et qu'ils se penchent sur leur passé pour en tirer la leçon expérimentale, conviennent plus ou moins que le culte du suffrage universel est une dangereuse illusion. (AMG : on trouve souvent des remarques de ce genre chez Bonnard.)

La naïveté - ou l'hypocrisie - répondra :

- Sans doute, le suffrage universel ne donne souvent qu'une traduction imparfaite de la volonté générale. Travaillons donc à en améliorer le fonctionnement, à en corriger les défauts, soyons positifs, constructifs, et non pas négatifs… Cette réponse concerne seulement le reproche éventuellement fait au suffrage universel de mal tenir ses promesses. Mais à côté de ce qu'il réussit mal, il y a ce qu'il réussit fort bien. Il ne construit pas grand chose de bon mais là n'est pas sa fonction principale. Il est là pour détruire. Il est le plus grand bulldozer social du monde moderne. Son utilisation négative est d'une épouvantable efficacité. Les pouvoirs qu'il fonde ne valent souvent rien, qu'importe, il sert essentiellement à ruiner les pouvoirs qui ne sont pas fondés sur lui. Sa légitimité apparaît, à l'usage, trompeuse ou douteuse, mais son vrai rôle est d'éliminer les autres légitimités. Il est le venin. Le venin n'est pas pour nourrir, il est pour empoisonner." (Les droits de l'homme DHSD, Éditions de Présent, 1995 (texte écrit en 1988), pp. 49-53.)


La prise de la Bastille ne mène pas directement et logiquement à Conchita Wurst, aux usines à bébés dans le tiers-monde pour alimenter les « désirs d'enfants » des couples homosexuels occidentaux, répondra-t-on à ce raisonnement. Il se peut, quoique les rapports soient anciens entre la maçonnerie et le trafic d'enfants. Mais le problème, c'est que le 14 juillet, la Bastille, les droits de l'homme et tout ça, cela ne donne aucune arme théorique pour lutter contre Conchita Wurst, la pornographie généralisée ou la pédophilie rampante. Il faut d'autres armes, celles des « droits » supposés, proclamés, effectifs, etc., ne suffisent pas. On retrouve ici des idées avec lesquelles, via Vincent Descombes, je vous bassinais déjà il y a dix ans (!) : si l'on veut que quelque chose comme « la démocratie » fonctionne, démocratie signifiant ainsi un certain accord de la majorité (et dans cas, la majorité peut être assez écrasante) de la population avec les directions d'ensemble prises par la société (ce qui n'est absolument pas le cas dans notre belle République), il faut admettre que des parties de ladite société - la famille au premier chef, mais aussi l'école - ne soient pas empoisonnées par le venin « démocratique » tel que le décrit J. Madiran. La tolérance, il y a des maisons pour ça, disait Claudel, il en est de même de la démocratie : il y a des isoloirs pour ça, elle ne fonctionne pas partout. Sinon, dans les deux cas, c'est la partouze générale.


Qui se sent pédophile, qu'il se...


(Ceux qui auront eu la patience de suivre le lien indiqué et de retrouver le texte de V. Descombes auront constaté que l'éminent philosophe français y parle d'un sens de l'autolimitation constitutif du citoyen, formé à la pratique de la démocratie et du compromis raisonnable par des sociétés, famille et école, qui ne sont pas démocratiques, et non pas d'un accord global d'un peuple et de ses élites. J'assume cette bifurcation, ce détournement si l'on veut, et joue pour ainsi dire Descombes et Madiran contre quelqu'un comme Jacques Rancière : il en est de même de la famille et de l'école d'une part, du combat contre Conchita Wurst et la pédophilie de l'autre, les « droits » ne donnent pas assez de solution, il faut aussi des « devoirs ». Un devoir intégré, c'est une forme d'autolimitation (Descombes). La racine de ce devoir, c'est un commandement divin (Madiran), ou, peut-être, une constante anthropologique (Mauss, Michéa), dont le lien au concept chrétien de « loi naturelle » est bien sûr à étudier.)


Il n'est peut-être pas inutile, pour clore cet ensemble un peu désordonné, de rappeler à quel point, ici, la question des enfants est centrale. - Jean Madiran encore, sur le socialisme et l'école : "…une démagogique passion en faveur de l'ÉGALITÉ DES CHANCES, qui est un mythe irréalisable et donc une tromperie. Les « chances » ne pourraient être « égales » qu'entre des enfants qui dès leur naissance auraient été traités comme des orphelins, uniformément enrégimentés dans les mêmes pouponnières, les mêmes maternelles, les mêmes collèges. On n'y arrivera jamais. Peut-être même ne le voudrait-on pas. Mais en poussant aveuglément dans ce sens, on disqualifie et détruit peu à peu toutes les inégalités protectrices qui dans la famille, l'école et la cité, développent la vie humaine et assurent une civilisation." (Chroniques…, p. 51 ; écrit en 2005.) Laurence Rossignol, socialiste, lorsqu'elle disait que les enfants n'appartenaient pas à leurs parents, se situait dans une histoire de longue durée, et c'est bien sûr l'usage du mot « appartenir » qui le prouve et dissipe toute équivoque à cet égard - les parents le savent bien, que les enfants leur échappent ! Ils essaient de leur donner des outils pour ne pas qu'ils se perdent eux-mêmes en leur échappant, ils ne peuvent pas considérer sérieusement que les enfants leur « appartiennent », ce n'est pas là un vocabulaire de parents…


Un enfant pris en charge par un(e) ministre de l'Éducation nationale

Un(e) ministre socialiste prend en charge vos enfants...


Quittons-nous donc dans la cinéphilie et la bonne humeur, avec M le maudit et sa dernière phrase : nous n'aurons jamais fini de protéger nos enfants.

lundi 30 mai 2016

"Des individus nés orphelins, vivant fonctionnaires et mourant célibataires, transportables et interchangeables à merci..."

J'écrivais en décembre dernier que l'État était l'ennemi de la nation. En voici deux illustrations pratico-théoriques :


"Le fonds de l'erreur consiste à confondre la vie nationale au sens propre avec la politique nationaliste : la première, droit et gloire d'un peuple, peut et doit être développée ; la seconde, source de maux infinis, ne sera jamais assez rejetée. La vie nationale est, de sa nature, l'ensemble actif de toutes les valeurs de civilisation qui sont propres à un groupe déterminé, le caractérisent et constituent comme le lien de son unité spirituelle. Elle enrichit en même temps, par sa contribution propre, la culture de toute l'humanité. Dans son essence, par conséquent, la vie nationale est quelque chose de non politique : c'est si vrai que, comme le démontrent l'histoire et l'expérience, elle peut se développer côte à côte avec d'autres, au sein d'un même État, comme elle peut aussi s'étendre au-delà des frontières politiques de celui-ci. La vie nationale ne devint un principe dissolvant pour la communauté des peuples que lorsqu'elle commença à être exploitée comme moyen pour des fins politiques, à savoir quand l'État dominateur et centralisateur fit de la nationalité la base de sa force d'expansion. On eut alors l'État nationaliste, germe de rivalité et sources de discordes.

…Chez quelques peuples considérés jusqu'à présent comme coloniaux, le processus d'évolution vers l'autonomie politique, que l'Europe aurait dû guider avec prévoyance et attention, s'est rapidement transformé en explosion de nationalismes avides de puissance. Il faut avouer que ces incendies imprévus, au détriment du prestige et des intérêts de l'Europe sont, au moins partiellement, le fruit de son mauvais exemple."


Caution d'infaillibilité s'il en est à mes propres propos, puisque cela vient du pape Pie XII, en 1954. Un an plus tard - il s'agit de messages de Noël -, le même Pie ajoutait :

"Les peuples de l'Occident, spécialement de l'Europe, ne devraient pas, sur l'ensemble des questions dont il s'agit, demeurer passifs dans un regret stérile du passé ou s'adresser des reproches mutuels de colonialisme. Ils devraient au contraire se mettre à l'oeuvre de façon constructive, pour étendre, là où cela n'aurait pas encore été fait, les vraies valeurs de l'Occident, qui ont porté tant de bons fruits dans d'autres continents. Plus ils tendront à cela seulement, plus ils aideront les libertés des peuples jeunes, et plus ils demeureront eux-mêmes préservés des séductions du faux nationalisme. Celui-ci est en réalité leur véritable ennemi, qui les exciterait un jour les uns contre les autres, au profit d'un tiers."

Ici bien sûr Alain Soral sent son gland antisioniste frémir, mais là n'est pas l'essentiel : dans la France contemporaine on est plus nationaliste que patriote, on part en guerre contre la terre entière, y compris la France elle-même… Là où le patriote traditionnel - serait-on tenté d'écrire si le mot patriote n'était connoté Révolution française, mais c'est justement là que le mensonge prend toute son ampleur - ne veut pas de mal aux autres pays, se contentant de penser, plus ou moins consciemment, que le sien vaut au moins aussi bien que les autres, et même souvent mieux. Nous n'avons plus le droit de penser cela, et c'est justement à ce moment que nous attaquons tout le monde ! Sachant que dans cette phrase le premier nous est celui de la nation, le second celui de l'État, à qui nous (la nation) n'avons jamais demandé de renverser Khadafi, d'aller donner du fric et des armes aux islamistes syriens, ou de s'en prendre à Poutine, liste non exhaustive.


- Ces textes de Pie XII sont cités par l'excellent Jean Madiran dans son excellent recueil d'Éditoriaux et chroniques (Dominique Martin Morin, 1983, pp. 200-201). Le même Madiran écrivait, en juillet 1962, à propos de la façon dont le pouvoir gaulliste (ou le pouvoir américano-gaulliste ?) avait traité les Français d'Algérie :

"Renoncer à nos droits ?

En soi, cela est théoriquement possible et quelquefois généreux : mais à la condition que celui qui renonce à un droit soit celui qui le possède. Or les droits français en Algérie n'étaient pas seulement ceux de l'État français. Ils étaient aussi ceux de la nation française d'Algérie : et l'État n'était pas le maître de ces droits-là, l'État n'en était pas le possesseur, l'État n'avait pas licence d'en disposer souverainement. D'ailleurs l'État n'a pas tellement renoncé à ses droits : il a gardé, ou cru garder, ses droits sur le pétrole et sur les bases, et il n'a sacrifié, selon la conception qu'il s'en fait, ni ses intérêts économiques, ni ses intérêts stratégiques : il pense même les avoir mieux assurés, ce qui est, en intention du moins, le contraire d'un renoncement. Ce n'est surtout pas son intérêt ni son droit que l'État néglige : c'est à son devoir qu'il a tourné le dos. Le dégagement est explicitement un dégagement à l'égard des charges et des obligations. L'État se dégage de son devoir envers les hommes.

Les hommes, il les considère en somme non pas comme des communautés vivantes ayant leurs droits propres, mais comme des fonctionnaires à ses ordres.

C'est cette conception aberrante de la vie sociale qui est sans doute la racine du drame.

Les chrétiens, les musulmans et les juifs d'Algérie qui se déclarent « fidèles à la France » et qui veulent « demeurer français », à vrai dire l'État n'a pas omis de les prendre en considération. Mais il les a considérés comme des individus selon la définition de Renan, des individus nés orphelins, vivant fonctionnaires et mourant célibataires, transportables et interchangeables à merci. Il a considéré qu'il pouvait les déplacer et les rappeler comme on déplace un préfet et comme on rappelle un ambassadeur.

Et quand il a vu que ça ne marchait pas, quand il a constaté que les Français d'Algérie étaient autre chose que des fonctionnaires à ses ordres, il les a traité comme on traite - et même comme on ne traite pas - des fonctionnaires félons.

L'État a prétendu renoncer en Algérie à des droits, ceux de la société, qui ne sont pas à la disposition de l'État, et qui au contraire imposent à l'État des devoirs, et des « charges », et des « obligations », d'une nature différente de celles qui sont énumérées dans le statut des fonctionnaires. L'État a ignoré que la nation française d'Algérie avait seule qualité pour éventuellement renoncer aux droits qui sont les siens. Il ne s'agissait même pas de la consulter : la nation française d'Algérie avait en la matière beaucoup plus qu'une voix consultative. Personne ne peut à sa place disposer des droits qui sont les siens, personne ne peut les supprimer sans son aveu et sans son consentement. Que si l'État y prétend néanmoins, c'est alors exactement ce que Pie XII a nommé l'absolutisme d'État.

On peut assurément « rapatrier » un corps expéditionnaire.

On peut « reclasser en métropole » un fonctionnaire.

Mais traiter ainsi une communauté nationale, c'est une violence sans nom." (pp. 193-194)


Vous me serez d'autant plus reconnaissant de vous citer un tel texte que je ne suis pas suspect d'indulgence excessive à l'égard de certains de ceux qui composèrent cette nation française d'Algérie. Leur apport économico-culturel à la nation française de France ne me semblant pas d'une grande richesse spirituelle. Passons. Il est vrai que l'on n'a jamais considéré ici qu'être une victime était un brevet de sainteté -

mais ce n'est justement pas parce que je partage avec le Général certaines inimitiés qu'il faut fermer les yeux sur la nature des procédés qu'il a employés... pourquoi, d'ailleurs ? A l'école (maçonnique...) on évoquait un supposé « sens de l'histoire » pour expliquer que la décolonisation était une fatalité, et que ça valait bien un mensonge du style "Je vous ai compris" pour ne pas s'éterniser en vaines querelles, etc.

- Sauf que ces « vaines querelles » gangrènent maintenant la métropole elle-même ! - A Hegel, Hegel et demi : on pourrait opposer au sens-de-l'histoire-dans-notre-cul le principe selon lequel la raison d'être, c'est le résultat (eh oui, j'ai changé sur pas mal de points depuis 2005 mais je suis toujours voyeriste...). Et dans la mesure où le résultat qui se dessine sous nos yeux comme prochain visage de la France, c'est, en somme, le Quick hallal, l'américanisation et l'islamisation en même temps et pour le même prix, eh bien le retour de de Gaulle au pouvoir avec l'aval de la CIA, puis le lâchage de ce qui restait de l'Empire français (le lâchage de cette partie de l'Empire, la IVe République atlantiste ne pouvait l'assumer, il fallait l'homme du 18 juin pour cela), la victoire militaire de l'armée française sur le terrain présentée comme une victoire du FLN (d'où 50 ans de schizophrénie de part et d'autre), le début ensuite de l'immigration musulmane de masse, etc., tout cela fait sens, de l'histoire ou pas, mais sens qui nous pète maintenant à la gueule.

- Quoi qu'il en soit du rôle exact de de Gaulle dans l'histoire, vous aurez compris à quel point les propos de J. Madiran s'appliquent aussi aux migrants actuels. Là encore, l'État se décharge de ses devoirs et obligations envers la nation française, cette vieille emmerderesse. - Mais il faut avouer que celle-ci a bien du mal à garder de sa noblesse, après deux siècles de passes en tous genres...

En démocratie, finalement, dès que l'on quitte le niveau de la politique locale, on peut parier sans risque de se tromper que les hommes politiques sont nos ennemis.

mercredi 27 avril 2016

Pleurons un peu avec les fascistes visionnaires.

Paru en 1960 chez Fasquelle, Le Romantisme fasciste de Paul Sérant étudie les positions de six écrivains français durant l'Occupation : Chateaubriant, Bonnard, Céline, Drieu, Rebatet et Brasillach. J'en extrais quelques citations pour l'édification des jeunes et des moins jeunes.


Bernanos : "La Chrétienté a fait l'Europe. La Chrétienté est morte. L'Europe va crever, quoi de plus simple ?" (Les Grands cimetières sous la lune, 1938, p. 155, cité ici p. 285).

Céline, sur les Français : "Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c'est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c'est marre. C'est des débris qu'ont des droits. Un pays ça finit en « droits », en droits suprêmes, en droits à rien, en droits à tout, en droits de jaloux, en droits de famine, en droits de vent." (Les beaux draps, 1941, p. 49, cité ici p. 194)

Drieu : "La France a acquis une dimension de rêvasserie extraordinaire. Elle rêve encore. Elle rêve sur les Allemands qui sont là, sur les Anglais qui n'y sont pas, sur les Russes et les Américains qui sont au diable. Hier, quand les Anglais étaient là, elle ricanait… Aujourd'hui, elle les aime puisqu'ils sont redevenus un objet de rêve. Elle se crispe contre les Allemands, et Dieu sait que si demain les Anglais, les Américains revenaient… Dieu sait comme nous les aimions en 1918. C'est la même chose dans la politique intérieure : molle guerre civile où nous nous défendions indéfiniment. Beaucoup d'antifascistes et d'anticommunistes, peu de communistes et de fascistes - des vrais. Nous feignons d'aimer quelque chose surtout pour mieux craindre et détester la chose d'en face. De là les lamentables échecs du 6 février 1934 et des journées de juin 1936." (p. 173, il s'agit si ma mémoire ne me trahit pas d'un article paru durant l'Occupation). Drieu le dit explicitement : il y a en France plus d'antifascistes et d'anticommunistes que de fascistes et de communistes (cité p. 286). Je vous laisse faire les parallèles avec les « fascistes », les antifascistes, les musulmans et les « islamophobes » d'aujourd'hui.

Un dialogue Sérant / Drieu pour finir, les guillemets n'étant pas toujours d'une grande clarté, je n'en peux mais, P. Sérant a été un peu approximatif sur le coup :

"Quant à la France… Drieu est chaque semaine plus sombre, plus amer au sujet de son avenir. Rappelant le reproche de ceux qui lui disaient en 1940 : « On ne fait pas une révolution sous le regard de l'occupant », il s'écrie avec véhémence : mais la France est occupée depuis des années et des années ! Elle l'était en 1871, elle l'était quand Drumont écrivait La France juive, elle l'était pendant la guerre de 1914, par trois millions d'Allemands et par quatre millions d'alliés divers, elle n'a cessé de l'être par trois ou quatre millions d'étrangers, elle l'a été par les Juifs, par les Allemands, les Anglais, les Américains, les Russes… « La France sera occupée demain, comme elle l'est aujourd'hui. Les Anglais et les Américains ont annoncé à tous les échos du monde qu'ils occuperaient l'Europe, toute l'Europe, longtemps. D'abord pour la conquérir, ensuite pour l'organiser, ensuite pour la garder ; et sans doute aussi pour la défendre… contre les Russes. Et ce qui ne sera pas occupé par les Anglais et les Américains le sera par les Russes. Qui sait… par les Chinois. » De Gaulle lui-même s'est trouvé dans l'obligation de commencer sa révolution en Algérie sous l'oeil des alliés : « Allié » ou « ennemi », l'occupant est toujours un occupant. »" (Article "Fatalité française" paru dans Révolution nationale le 31 juillet 1943, cité ici p. 215.)

Même dans la « qualité » de ses occupants, la France baisse. On peut toujours décliner...

mercredi 30 mars 2016

A nos amours ! (Principes d'une révolution nationale réussie, I).

Elle serait encore plus relapse aujourd'hui.


"Ne croyons pas avoir touché le fond. Le pire est toujours possible. Nous descendons toujours." (Jean Madiran, il y a trente ans...)


Un point s'impose. Il y a plus de trois ans, ayant le sentiment que tenir ce comptoir finissait par m'être plus nuisible que profitable, je décidai de le fermer, me contentant depuis d'envoyer un signe de vie de temps à autre. La découverte de l'oeuvre de Bonnard à la fin de l'année 2014 me permettant de vous communiquer certaines réflexions, la plupart personnelles, par le biais d'un styliste nettement plus doué que moi.

Vinrent alors les attentats de novembre 2015. La consternante irresponsabilité des hommes de pouvoir français, d'une certaine façon couronnée par ces attentats, apogée - pour l'heure - de décennies de soumission de la France à, d'une part, tout ce qui n'est pas elle, d'autre part, tout ce qu'il y a de plus bas en elle, cette irresponsabilité, aux tendances de surcroît de plus en plus dictatoriales, avait de quoi me pousser à reprendre la lutte, à ma modeste échelle. Mais un autre phénomène a joué, auxquels peut-être mes rares lecteurs (j'en profite pour préciser que si je me mets à râler sur la minceur de mon lectorat, ce n'est pas parce que je me serais mis à y attacher une importance narcissique, mais parce que je me sens plus dans l'urgence et dans l'action que ce n'était le cas auparavant) ont été sensibles depuis que je suis revenu régulièrement aux affaires. C'est cette évolution que je souhaitais clarifier aujourd'hui, avant que d'aller plus loin.

On peut la résumer par son caractère le plus manifeste : alors que les femmes nues et accueillantes composaient l'ordinaire de l'iconographie ici utilisée, elles ont cédé la place à des vierges, souvent des Saintes Vierges. - Le fait est que le lecteur déjà ancien de Boutang et de Chesterton que je suis a continué à enrichir sa connaissance du christianisme et du catholicisme durant ces derniers mois et qu'il lui a bien fallu constater que le corpus doctrinal du catholicisme - d'avant Vatican II s'entend, j'y reviens plus bas -, d'une part et pour le dire vite n'était pas une théorie de pédés, d'autre part apportait nettement plus de réponses et d'éléments d'analyse que je ne pouvais l'imaginer aux questions que la dégringolade actuelle suscite.

Depuis la Révolution française jusqu'à l'avènement de la République en France, les catholiques ont eu le temps et les moyens de réfléchir aux causes lointaines de ces événements. De l'abbé Barruel à Mgr Delassus en passant par la Revue internationale des sociétés secrètes et les encycliques papales sur le sujet, ils ont amassé une documentation, aujourd'hui actualisée par quelqu'un comme Pierre Hillard, une documentation qui seule permet d'expliquer aussi bien le sionisme que Vatican II, l'homosexualité expliquée aux enfants que l'immigration massive, les curés pédophiles que les instituteurs pédophiles (et pourquoi ceux-ci sont nettement moins scandaleux que ceux-là, même s'ils sont plus nombreux), l'absence de révolte des gouvernants, notamment européens, par rapport au rouleau compresseur capitaliste, etc. Je dis que les catholiques traditionnalistes sont les seuls à avoir toutes ces clés, parce que, si dans d'autres corpus de valeur, comme ceux de la Nouvelle Droite d'un côté, d'Étienne Chouard, de Jean Bricmont et de certains héritiers du Foucault de Surveiller et punir de l'autre, on peut trouver beaucoup d'analyses intéressantes, ces catholiques n'ont pas de rivaux sérieux lorsqu'il s'agit d'articuler raisons philosophiques et sociologiques, et analyses des mouvements, personnes et sectes qui ont propagé et continuent à propager des idées qui dès l'origine se trouvaient (et se trouvent encore) principalement dirigées contre eux.

- La Nouvelle Droite a moins de raisons de s'intéresser aux sectes juives et maçonniques, qui attaquent une Église qu'elle-même n'aime pas. D'où qu'elle soit plus intéressante sur les aspects philosophiques de la modernité que sur certaines modalités concrètes d'action de cette modernité, et qu'elle ait quelque peine me semble-t-il à opposer un point de vue cohérent au point de vue lui très cohérent, au moins en pratique, de ces sectes. Quant aux gauchistes libertaires intelligents comme É. Chouard et J. Bricmont, je pense qu'ils sont aussi "maçonnisés" spirituellement que j'ai pu l'être pendant longtemps et ne pensent pas à aller chercher du côté du catholicisme des réponses aux questions qu'ils se posent. Ajoutons que, si l'extrême-droite est en train de basculer par certains aspects du côté d'un sionisme anti-arabe, la gauche, elle, a toujours peur de parler de "sectes juives et maçonniques", comme si c'était déjà là de l'hitlérisme.

Eh bien non ! Je ne vais pas partir aujourd'hui dans de grandes démonstrations, mais s'il y a des choses sûres, c'est que les francs-maçons ont toujours été avant tout anti-catholiques, et qu'ils se sont alliés, pour abattre et infiltrer l'Église, à des juifs, lesquels, il faut le rappeler aux innocents, professent une religion dans laquelle le Christ fait à peu près figure d'ennemi public numéro 1, fût-il un charlatan décédé une bonne fois pour toutes - ce dont tous ces gens ne doivent d'ailleurs pas être si sûrs, vu leur acharnement contre ladite figure. - Cela, dois-je le préciser, n'implique pas que tous les Juifs soient partie prenante de ces actions contre l'Église et sa fille aînée (ou, ce qu'il reste de l'Église et ce qu'il reste de sa fille aînée) la France.


Djihadistes féminines ?


C'est ici qu'il faut évoquer Vatican II. Il y a quelque chose d'évident au novice que je suis, précisément parce qu'il est novice et voit les choses de l'extérieur : c'est avec Vatican II que le catholicisme, pour reprendre l'expéditive terminologie utilisée plus haut, devient une religion de pédés, celle que nous avons connus étant gamins, avec ces vieux tremblotants qui passent leur temps à s'excuser de tout et de rien et de rechercher le "dialogue" avec n'importe qui sur n'importe quel sujet, au lieu de donner l'impression qu'ils croient à quelque chose, et que ce quelque chose - une bonne nouvelle... - doit être annoncé au monde entier. (Boutang remarquait que depuis la Révolution l'Église avait commis l'erreur stratégique de se concentrer sur sa "clientèle" féminine et enfantine, ce qui avait déjà contribué à donner une image par trop féminisée de la religion catholique.)

(De là que des gens comme Jean-Pierre Voyer ou votre serviteur aient pu à un moment éprouver une certaine fascination, si ce n'est pour l'Islam, au moins pour certains guerriers musulmans. A ce sujet, je n'ai pas relu le texte que j'avais écrit dans le temps contre Maurice Dantec. Je pense que le parti pris sioniste de Dantec avait contribué à me voiler la valeur de certaines de ces critiques contre l'Islam. Aujourd'hui, je suis très confortablement (théoriquement parlant, parce que cela risque de devenir une position difficile à défendre dans la France de 2016...) anti-sioniste et anti-Islam : une fois qu'on est les deux à la fois, si j'ose m'exprimer ainsi, on s'aperçoit que c'est très facile, et qu'être anti-Islam n'amène pas à changer d'avis sur la réalité des crimes perpétrés par les Israéliens sur la personne des Palestiniens.)

J'ai dit que je voyais les choses de l'extérieur - ce qui m'évite d'ailleurs les troubles de conscience des catholiques pratiquants vis-à-vis de Vatican II et de ses effets. Bien que baptisé je ne suis en effet pas croyant - et n'ignore pas que, du coup, pour un bon catholique, lequel croit à un ensemble de dogmes indissolublement liés les uns aux autres, ma position, même énoncée ici de façon encore très générale, ne peut pas être cohérente. L'avenir dira à quel point cette incohérence pourra ou non être gênante.


Quoi qu'il en soit, voici maintenant une sorte de seconde partie. J'avais envisagé depuis deux semaines environ la mise en ligne d'un texte attachant de Pol Vandromme - belge, et francophile, cet homme avait tous les torts... - sur Pierre Boutang, paru pour la première fois en 1960. L'actualité terroriste et éditoriale (une biographie de Boutang vient de sortir) aidant, mon emploi du temps d'hommes d'affaires occupé étant ce qu'il est, je ne retarde pas plus cette mise en ligne.


"Pierre Boutang doit être un de nos derniers aventuriers - au sens que Péguy donnait à ce mot en l'appliquant aux pères de famille nombreuse. (…)

Ce qui domine tout dans l'oeuvre de Boutang, c'est la constatation que les hommes sont d'ici et non d'ailleurs, qu'ils naissent dans des cités que leurs aïeuls ont fondées, que ces cités ont leurs lois propres, particulières (incursion de AMG : voilà bien une forme de respect des différences), que ces lois sont rendues sensibles par des relations terrestres auxquelles on ne peut se soustraire et qui nous déterminent dès l'enfance (celle du père au fils, par exemple, qui s'insinue au coeur de la conception monarchiste), qu'enfin elles doivent être respectées pour composer la figure concrète et comme éternelle de l'être vivant.

D'une part, il y a un ensemble de choses étrangères à l'humeur, à la préférence, à l'opinion, qui nous sont imposées et qui nous font ainsi plutôt qu'autrement ; et d'autre part il y a les raisons que la petite Antigone portait dans son coeur. Entre le fascisme qui pervertit le nationalisme en le coupant de l'enseignement grec, en le privant de freins, de sens du fini ; et la démocratie qui bégaye les certitudes d'Antigone en les isolant des réalités fondamentales où elles doivent s'enraciner et dès lors en s'épuisant vainement à concilier les notions de justice et de liberté, il existe une solution intermédiaire. Quand on est assez humble pour s'incliner devant les faits de la naissance et de la mort - et le nationalisme ainsi entendu, c'est le refus de la démesure, de l'orgueil et d'une volonté de puissance sans contrôle (AMG encore : depuis que nous acceptons d'être inféodés au nationalisme des autres, nous sommes plus en guerre qu'avant, depuis que nous sommes moins nationalistes français nous sommes plus va-t-en guerre...) - quand en même temps on est assez sage pour se soumettre aux volontés d'Antigone, on peut redécouvrir et éprouver de nouveau ce qui assurait les assises des anciens royaumes, cette légitimité dont l'image la plus souveraine, et qui brille encore dans les mémoires parmi la majesté dorée des oriflammes, a été fournie par le sacre de Reims. Ce sacre signifiait que l'Église avouait l'impossibilité de déduire une politique de principes théologiques et que le roi de son côté renonçait à agir contre les lois non écrites.

L'exercice de la politique et de la littérature est enveloppé, chez le philosophe platonicien qu'est Pierre Boutang, par le déroulement de paraboles, de mythes grandioses. Il ne s'agit pas d'images, de symboles poétiques, d'accessoires du folklore alimentant d'évanescentes nostalgies ; mais d'un pressentiment du sacré et que tout ici-bas est cérémonie. Dans les temps qui sont ceux des grands barbares systématiques et des vieux empires arrivés à la fin de la décadence, l'action de Pierre Boutang n'a pas d'autre objet que de transmettre aux hommes les rites dont on leur a désappris la pratique, ce goût du cérémonial qui restitue les majestés oubliées, les magies délaissées, les signes et les formes des hiérarchies naturelles.

(AMG, note ajoutée le lendemain de la publication de ce texte : "Tout ici-bas est cérémonie". Je vous retranscrirai à l'occasion un beau texte de Bonnard sur la poésie de l'Ancien Régime (et sur la dramatique, y compris d'un point de vue politique, absence de poésie de la démocratie parlementaire), je note ici que cette idée que P. Vandromme prête à un philosophe platonicien et catholique s'exprime par les mêmes termes que l'accord fondamental de l'anthropologie voyeriste. Le post-situationnisme autoritaire et débonnaire reste donc dans nos préoccupations. Mais n'anticipons pas, et revenons à Pol.)

Pierre Boutang combat le monde moderne. Il s'attaque à son principe même parce que sa fonction semble bien être d'effacer la trace de ces cérémonies dans lesquelles étaient enfouies à peu près toute la vérité de l'homme et la poésie du monde. Jadis, en des temps où l'instruction n'était pas obligatoire (AMG : mort aux franc-maçons !), le sommeil des enfants, les veillées près de la cheminée familiale étaient comme bercés par les merveilles intactes d'histoires transmises de génération en génération, avec les souvenirs, les bahuts, les gravures et les quinquets. On peut se faire une idée de la richesse de cette littérature en lisant les volumes de Pourrat où se trouve recueilli le trésor des contes. A présent, on n'invente plus de récits dans l'arrière-cuisine des maisons de pierre. La tradition populaire, qui sculpta de si purs joyaux, a disparu. Ce qui l'a remplacée, ce sont les romances des radios, les images qui sautillent sur l'écran des appareils de télévision, les journées vaincues par l'ennui et qui se traînent sur la route des vacances. Des techniques insanes ont été mises au point pour abrutir méthodiquement le peuple. Le monde moderne n'a pas pitié du pauvre. Voilà le crime qui ne lui sera pas pardonné.

(…) Comme Bloy et comme Bernanos, Pierre Boutang s'indigne parce que le monde moderne a humilié les pauvres en les assommant de niaiseries, de divertissements infâmes, en souillant cette naïveté associée au plaisir de connaître qui les inclinaient jadis à nommer pour leur plaisir les bêtes, les choses, les gens du premier jardin, et qui les rendaient exactement pareils à des enfants. (…)

Pour que les relations entre les hommes d'une même cité s'appuient non sur la force, mais sur une délicatesse patiente, sur un état qui soit impitoyable avec les profiteurs et charitable avec les pauvres (AMG : le contraire du monde actuel), Pierre Boutang gifle les coquins de ses invectives, comme Bernanos entrait en colère contre les imbéciles. Ses cris de rage sont des cris de tendresse. Il condamne, et il croit que personne n'est irrécupérable. Il est violent, et sa politique repose sur le compromis. Il fait l'apologie de la guerre, en citant Joseph de Maistre et Proudhon, et il est l'un des seuls pacifistes raisonnables et tranquilles de la presse parisienne. Il abomine les bafouillages humanitaires, et il adore Hugo. Il est partisan de la peine du mort, il souhaite le retour du bourreau, pour procurer une forme humaine au châtiment qu'inflige la société, et il récolte les signatures lorsque Rebatet est menacé du poteau d'exécution." (La Droite buissonnière, 2010 (1960), Dualpha, pp. 31-38.)


Une attitude que l'on mettra en parallèle avec celle de personnes qui sont de manière explicite opposées à la peine de mort, mais qui regrettent de temps à autre qu'elle ne soit pas rétablie pour tel ou tel qu'ils n'aiment pas.

A bientôt les amis !


(Spécial dédicace à ma fille...)
Des certitudes de la petite Antigone...

lundi 7 mars 2016

Au Bonnard du jour... (V) Puissance et politesse.

Coincée entre Copé et Valls, la France s'ennuie


Il s'agit aujourd'hui d'une sorte de fable de La Fontaine sur l'envie, laquelle n'est pas pour rien classée parmi les péchés capitaux. Je ferai plus âpre une prochaine fois, même s'il suffit de savoir lire entre les lignes pour comprendre ce que je peux avoir en tête en vous faisant partager la connaissance de ce texte plutôt léger mais si tristement actuel. Bonne lecture !


"C'est une injustice de prétendre que les députés ne font rien. Il est vrai qu'ils ne s'occupent guère des périls qui nous pressent, mais ils sentent qu'il faudrait prendre des décisions, et ils veulent les prendre sur d'autres sujets. L'un d'eux propose que tous ceux qui font précéder leur nom d'un titre nobiliaire soient sujets à une taxe ; un autre, plus radical, demande que la mention de ces titres soit interdite dans tous les actes publics. Quels réformateurs ! Au moment où tant de dangers menacent l'État et les particuliers, quand des questions énormes semblent s'imposer aux législateurs, n'est-ce pas une belle chose qu'il en y ait pour s'inquiéter à l'idée qu'il existe encore des ducs et des princes ? Quelle impatience pour ce qui n'importe pas ! Quelle indifférence pour ce qui presse !

En vérité, on reconnaîtra là un nouveau trait de cette haine du passé de la France que nous avons, quant à nous, tant de peine à comprendre, et même à concevoir. En quoi un beau nom et un beau titre peuvent-ils blesser une âme qui a le bonheur de n'être pas née envieuse ? Nous voyons encore, sur ces noms dorés, sourire le génie noble et aimable de l'ancienne France. Ils la rapprochent de nous, ils parlent d'autant plus à notre imagination qu'ils nous rappellent moins des illustrations particulières que tout un monde à la fois illustre et léger, où la politesse était comme la pudeur de la puissance, un temps où le sceptre de la France ne pesait pas plus à l'Europe qu'un rayon. Et comme ces titres ne s'accompagnent plus d'aucun avantage matériel, on ne voit guère par où ils peuvent irriter l'envie. Ils sont les restes fragiles, à la fois pompeux et vains, d'un passé qui devrait être cher à tous les Français. De quels sentiments faut-il être animé, pour avoir envie de briser ces vases de verre ?

Si encore il s'agissait de revenir à une simplicité spartiate, j'avoue que, pour ma part, ces mesures ne me plairaient pas davantage, car je préfère à cette simplicité des rapports plus subtils : mais j'admirerais peut-être ces législateurs vertueux. Mais ce n'est pas du tout à cela que nous tendons. Jamais la vanité des individus n'a été plus vive, et le monde de la politique n'est pas l'endroit où elle se montre le moins. Les gens qui gouvernent n'ont pas toujours beaucoup de tenue : mais, s'ils sont souvent débraillés, ils ne sont presque jamais simples. Ceux qui ont été ministres quelques jours en gardent le nom toute leur vie. Presque tous les autres sont présidents, sans qu'on sache toujours ce qu'ils ont présidé. Beaucoup soudent leur prénom à leur nom, pour n'être pas confondus avec le vulgaire. Va-t-on taxer aussi ce trait d'union ? En vérité, si les Français sont à ce point égalitaires, c'est précisément parce que chacun d'eux brûle de prendre l'avantage sur les autres. L'égalité, pour eux, c'est le départ de la course. Ils veulent être égaux pour commencer : ce sont des égalitaires perpétuellement avides de distinction. Napoléon avait bien vu cela ; il s'était fait sur le caractère des Français quelques idées très justes, sinon très subtiles, grâce auxquelles il avait sur eux une prise extrêmement forte. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas au moment où la vanité individuelle se manifeste en tant de façons et où tant d'autres soins requièrent les faiseurs de lois, qu'il s'agit de faire la guerre aux vieux titres. Ils nous rappellent un temps où la France était très grande, et, si extraordinaire que cela paraisse, sans qu'il y eût en France de politiciens." ("Les vases de verre", in Le Solitaire du Toit, pp. 83-86)

"Où le sceptre de la France ne pesait pas plus à l'Europe qu'un rayon..." : Abel pousse un peu. Ach, à l'heure où certains Caïn nous rejouent, sur le mode moderne, la France juive, ce n'est pas bien grave. La démocratie, c'est moderne, la démocratie c'est à la fois la dictature et la voie vers la dictature, la démocratie, c'est l'enfer. A bientôt !


On a le désir qu'on mérite

mercredi 24 février 2016

L'égalité des sexes n'aura jamais lieu.

Avec son masque anti-fasciste, J. Sapir est protégé.


Oui, quelques remarques - sans aucun rapport avec le titre, que j'ai mis pour faire plaisir à l'auteur de ces lignes - à propos du dernier numéro de Causeur, pardon, d'Éléments (ça commence à se ressembler un peu).

- Ce n'est pas que je veuille à proprement parler faire une recension de ce numéro, que je n'ai d'ailleurs pas encore lu in extenso : j'aimerais autant adresser certaines remarques à cette valeureuse revue que la prendre comme point de départ de quelques réflexions générales.


D'abord, je tiens à citer cette réponse de Pierre Manent, dans l'entretien qu'il accorde à Éléments au sujet de son livre, avec lequel je vous bassine depuis quelques mois, Situation de la France, lorsque son interlocuteur parle du « spectre de la guerre civile » :

"On s'habitue un peu trop à évoquer cette éventualité. Préférerions-nous nous laisser glisser vers la catastrophe plutôt que de faire tous les efforts pour la prévenir ? Je nous trouve d'ailleurs trop indulgents pour nos gouvernements successifs. Leurs défaillances dans la protection des Français sont pourtant graves et répétées. J'ai peur que nous consentions à des massacres périodiques plutôt que de réclamer du gouvernement qu'il soit à la hauteur des enjeux." Ce qui est proche de ce que je vous disais la dernière fois. Statistiquement, on a individuellement peu de chances, surtout si l'on n'habite pas à Paris ou dans une grande ville, de se faire canarder ou exploser par des djihadistes, il est donc plus commode pour les paresseux que nous sommes de se parer d'un discours fataliste que de consacrer du temps à cette tache il est vrai peu aisée et sans garantie de réussite, "prévenir la catastrophe". Notre trop grande indulgence à l'égard des gouvernants est peut-être d'abord complaisance à l'égard de notre propre veulerie. - Je suis par ailleurs bien sûr d'accord avec P. Manent sur l'ardeur mise par certains (j'apprends que Ivan s'en-va-t'en-guerre-pour-les-autres Rioufol va sortir un livre appelé La guerre civile qui vient : "vient" en anglais c'est le même mot que jouir, Ivan en asperge déjà son caleçon en soie) à prophétiser une guerre civile (je rappelle que je n'en nie pas la potentialité, ni même l'actualité).

(Par ailleurs, contrairement à ce que dit I. Rioufol, ce ne sont pas les islamistes qui sont les premiers à vouloir la guerre civile, mais ceux qui ont encouragé les islamistes à s'implanter en France, ou qui ont laissé des musulmans, dont certains salafistes, etc., s'implanter en France. Au jugement dernier Julien Dray sera plus condamné que Tariq Ramadan.)


- De ce point de vue, l'idée directrice du numéro d'Éléments, comme quoi "L'avenir n'est écrit nulle part", me semble relever d'un sain état d'esprit. Je suis plus sceptique sur la manière d'« ouverture à gauche » qui permet certes à la revue, à travers des interviews de Michel Onfray et Jacques Sapir, d'élargir son audience et d'essayer de contribuer à la création d'un front anti-libéral, anti-capitaliste, anti-Forme capital, anti-UMPS, etc., mais dont je ne suis pas certain que, menée ainsi, elle soit politiquement productive ni intellectuellement intéressante. D'abord parce que les interviews en question, entre un M. Onfray toujours aussi préoccupé par l'image qu'il donne et un J. Sapir désespérément matérialiste, se lisent avec ennui. Ensuite et surtout parce qu'il y a un côté à la fois faux cul et approximatif dans cette approche. Il y a une thèse d'ensemble, un fil directeur dans Éléments, j'y souscris sans peine : par rapport et par opposition au refus de toute limite qui est celui du capitalisme, il faut retrouver un sens des limites, de la mesure, de la finitude. Que l'on retrouve cette idée dans à peu près tous les articles, dont les sujets sont pourtant censés être variés, donne à penser que l'idée en question ouvre tout de même un peu trop de portes théoriques pour être tout à fait honnête, mais, plus profondément, renvoie à son aspect essentiellement négatif, au moins dans la façon dont elle est communément exprimée dans la revue.

Ici comme souvent à ce comptoir, je m'efforce de tenir ensemble des positions que l'on estime souvent contradictoires, faute de les considérer avec suffisamment de rigueur. En l'occurrence, je ne pense pas du tout qu'Alain de Benoist soit un dangereux fasciste qui s'avance et s'enfonce comme un coin dans la contestation dite de gauche, masqué par la protection de l'étendue de sa culture intellectuelle et une forme de neutralité humaniste. Mais, à l'inverse, je lui reproche d'avancé masqué par le flou qu'il entretient sur ses propres positions. Le stratège ici nuit au penseur - à moins qu'il ne permette au penseur de moins penser, je ne sais pas. Il en est d'Éléments comme de n'importe quelle revue politique, ou de n'importe quel programme politique : on ne peut pas être simplement « anti ». On est « anti » à partir de certaines valeurs, les valeurs étant des définitions, et par conséquent, à un moment où un autre, des affirmations, ce qui n'a pas de rapport direct avec la structure grammaticale de leurs formulations ("Tu ne tueras point" implique quelque chose d'affirmatif sur la vie). Or, la thèse anti-capitaliste que tous les participants à Éléments reprennent à leur compte n'est pas suffisante en tant que telle. Outre que le capitalisme ne s'est pas toujours aussi nettement manifesté que dans la période actuelle par son caractère illimité, il faut aussi dire pourquoi on se doit ou se devrait de faire l'éloge de la finitude. La finitude de certains païens, les sceptiques à la Marc-Aurèle par exemple, n'est pas du tout la même chose que la finitude résultant du péché originel : surtout, la conception des limites que ces deux types de finitude entraînent ne sont pas faites pour se rejoindre. Pour le dire rapidement, la finitude chrétienne a quelque chose d'une prise d'élan vers l'infini, elle est une forme paradoxale d'incitation à repousser ses limites à partir d'une modestie première, ce qui n'a pas grand-chose de commun avec un certain sens païen de la mesure, de la clôture, du refus de l'excès (Heil Chesterton, apologétique chrétien, je cite mes sources, je n'ai pas trouvé mieux sur le sujet).

On peut répondre que, par rapport aux innombrables dégâts provoqués par le capitalisme actuel, ces distinctions doivent passer à l'arrière-plan et qu'une sorte d'union des hommes de bonne volonté non capitalistes est plus urgente que de s'attarder sur des questions qui semblent quelque peu secondaires aux individus plus ou moins « sortis de la religion » d'aujourd'hui (A. de Benoist a souvent cité Marcel Gauchet). Sans compter que faire entrer l'Islam (et donc certains musulmans français en qui l'on voit des alliés potentiels) dans ces cadres est pour le moins incommode. Tout cela se tient, je peux aisément admettre l'intérêt politique des malentendus constructifs. Il manque néanmoins ici une articulation logique. On ne peut décrire le capitalisme seulement par les dégâts illimités qu'il commet : si pour une raison, technologique par exemple, il en commettait moins et se mettait à tourner plus rond, deviendrait-il moralement plus admissible ? Il n'y a pas à douter que beaucoup des lecteurs « de gauche » et « de droite » d'Éléments le penseraient, ou à tout le moins n'auraient guère de raisons théoriques de ne pas le penser.

Ceci - ou ce type de raisonnement - est valable aussi pour la vision qu'Alain Soral nous propose de la France des années 50 et du début des années 60 : que la période ait pu être pour beaucoup agréable à vivre, je veux bien, mais elle a conduit aux années 70. Après tout, une bonne part des revendications émises par les jeunes de Mai 68 revenait à demander à leurs parents le droit de se comporter comme eux, mais plus tôt et avec moins d'hypocrisie (ou de sagesse, c'est selon). Et comme l'État - et l'État gaullien si cher à Alain Soral - leur avait donné la possibilité technique, grâce à la pilule, et légale, en légalisant la contraception, de baiser dans tous les sens comme leurs aînés, mais avec moins de risques de gamins, donc moins de mariages plus ou moins forcés, moins de contraintes, moins de divorces aussi (ceci avant que le mariage ne revienne à la mode), d'une part on comprend que ces jeunes aient manifesté leur impatience, d'autre part on ne voit pas ce que leurs parents - qui traînaient de surcroît le poids de la défaite de 40 et de tout ce qui s'ensuivit, mais ceci est peut-être une autre histoire - pouvaient bien leur répondre. - D'ailleurs, ils ne répondirent finalement pas grand-chose.

(Mai 68 eût-il eu lieu sans la pilule - la pilule qui fait déborder le vase… -, c'est une vraie question. Il est d'autant plus aisé de clamer la légitimité de la baise universelle lorsqu'on n'a plus à se poser la question des conséquences du coït - ceci avant que le Sida, ou ce qui en tient lieu, ne vienne rappeler à l'espèce humaine (et d'abord aux représentants les plus bestiaux de cette espèce, comme dirait Manny Pacquiao) que le sexe est le sexe et autre chose que le sexe… Dans cette optique le pourtant catholique de Gaulle se serait suicidé avec cette pilule - comme d'autres se suicident en avalant une pilule à l'arsenic… Qui vit en agent double meurt en agent double ?)

- Tant que j'y suis à dire du mal du Général, je remarquerai une autre inconséquence chez ce catholique proclamé, sa difficulté bien connue à pardonner à ses adversaires vaincus. Pardonner n'est pas plus aisé à un catholique qu'à un autre, mais il est censé avoir plus à coeur de surmonter ce genre de difficulté. Passons pour ce jour.

(Le sexe n'est que le sexe, c'est vrai pour les animaux… et les homosexuels ? Oui, mais dans le sens inverse de ce qu'ont compris les gens aux propos de Manny Pacquiao : le sexe homosexuel est déconnecté de la possibilité de la reproduction, c'est précisément en quoi il lui manque l'ambivalence de l'union normale, qui se débat si j'ose dire avec l'aspect animal de la chose (encore une histoire de finitude, soit dit en passant). Si M. Pacquiao choque, ce n'est pas parce qu'il n'aime pas les pédés, c'est parce que, à travers sa comparaison avec les animaux, il touche du doigt ce fait que dans notre univers de contraception presque 100% efficace, de déconnexion du sexe d'avec la reproduction (qui deviendra peut-être, du coup, un jour, un univers sans sexe, d'ailleurs, puisque l'espèce se reproduira sans s'unir…), nous baisons tous plus ou moins comme des pédés… et que nous n'aimons pas qu'un boxeur philippin nous y fasse inconsciemment penser.)


Bon, j'étais parti pour un petit détour par de Gaulle et Soral, et je me suis laissé entraîner… Revenons à notre idée principale du jour, telle que la lecture d'Éléments me l'a suggérée : il importe, autant bien sûr que faire se peut, de ne pas confondre un moment historique, ou une conjoncture par définition momentanée, avec une vérité logique. Je pourrais d'ailleurs le formuler à partir des questions écologiques : être anticapitaliste parce que notre planète souffre des dommages que l'économie capitaliste, dans son fonctionnement actuel, lui cause, c'est une position sentimentale et d'un point de vue conceptuel insuffisante. Car là encore, si le système parvient, grâce à quelques innovations technologiques lucratives, à être plus « respectueux de l'environnement », à partir de quel angle de vue pourra-t-on alors critiquer le capitalisme ?


En clair : si le capitalisme est une monstruosité anthropologique et morale en tant que tel, il n'est pas réformable. Tout au plus peut-on souhaiter qu'il soit contenu dans ses effets les plus destructeurs, tant qu'il ne cède pas la place à un système, non pas plus humain, mais humain. Si le capitalisme est une monstruosité parce qu'il a des effets monstrueux, il se peut qu'il soit réformable. A la lecture d'Éléments - ou, en tout cas, des thèmes les plus ressassés par les auteurs des articles des deux derniers numéros -, on ne voit pas à partir de quelles notions morales absolues le capitalisme est jugé. Et ceci n'est pas qu'une objection de théoricien en chambre, tant le système capitaliste a pu être capable - et certes ce n'est pas en ce moment sa qualité la plus visible… - de battre en retraite, même sur des points importants, et même en protestant vertement, aussi longtemps que l'essentiel était préservé : la structure capitaliste des esprits - laquelle, sous le nom de mondialisation, gagne encore et toujours du terrain.


La vierge toujours t'aura déjà jugé.


P.S. aux lecteurs de Jean-Pierre Voyer, et notamment de sa correspondance avec Serge Latouche (cité dans ce numéro d'Éléments - à toutes fins utiles, je signale que l'idée que "l'économie n'existe pas" est de J.-P. Voyer…) dans Hécatombe. Au cours de cette controverse, J.-P. Voyer insiste sur le caractère intrinsèquement dégueulasse de la condition de salarié, ou, c'est justement la même chose, d'esclave salarié. Ce à quoi S. Latouche lui répond qu'en tant que professeur plutôt bien payé et qui travaille sur ce qui l'intéresse il ne voit pas en quoi il est un esclave. Avec Mme El Khomri (la France, colonie marocaine…), il est probable que beaucoup d'esclaves salariés vont mieux comprendre en quoi ils sont esclaves, mais il faut insister là-dessus : l'esclavage était déjà là. Plus supportable, il est vrai, mais déjà là. Le système était déjà dégueulasse, avec Mme El Khomri il sera, si l'on peut dire, mieux dégueulasse. Jean-Pierre Voyer avait raison il y a trente ans, Serge Latouche avait tort il y a trente ans. La vérité ne varie pas.

vendredi 22 janvier 2016

Le viol, c'est maintenant. - La gauche, ou la politique de l'autruche sodomisée.

Brunhilde protégée des réfugiés par son père

Dans le temps, les Allemands savaient protéger leurs filles...


"C'est une des formes les plus certaines d'une prochaine auto-destruction que cette complaisance à aimer sa perte qui caractérise les démocraties." (P. Morand, 1957)


"2016, année d'une plus grande lucidité et d'une plus grande humilité ?", demandais-je dans mon dernier texte de 2015. Il faut commencer par admettre que les autres, eux, ont au moins l'humilité de se battre pour, ou simplement de croire en quelque chose de plus grand qu'eux. Ils acceptent l'idée de ne pas voir de leurs propres yeux l'hypothétique victoire. Cela fait plus de 2000 ans que les Juifs, pour prendre l'exemple canonique, ne voient pas la victoire, cela ne les empêche pas d'y croire. - A tort j'espère, mais là n'est pas la question du jour. Il est plus aisé pour certains, manifestement, d'accepter la défaite que de se résoudre à ne pas être présent au moment de la victoire. Au point même semble-t-il de préférer la défaite immédiate à l'éventuelle victoire ultérieure. "Nous avons perdu une bataille, donc nous avons perdu la guerre", disent finalement ceux-là mêmes qui n'ont jamais assez de mépris pour les « munichois » ou les « collabos ». "Les attentats du 13 novembre ne sont que les premiers, il faudra s'y habituer." - Pourquoi cela ? Toutes les capitales du monde occidental ont-elles été victimes d'attentats réussis récemment ? Après le 11 septembre, les États-Unis ont-ils subi d'autres attaques meurtrières sur leur sol ? Les attentats seraient un phénomène naturel plus fatal que le réchauffement climatique ? C'est ce que l'on sous-entend par le lieu commun : "Nous entrons dans un cycle d'attentats, de guerre civile, de violence, etc.", un peu comme "une phase de perturbations pluvieuses va traverser la France d'Ouest en Est", couvrons-nous et attendons donc que cela passe.

Il est bien clair que de nouveaux attentats meurtriers peuvent avoir lieu à tout moment, là n'est pas la question, qui est celle de l'état d'esprit que ce genre de remarques révèle. Du réalisme revendiqué je crois qu'en effet on passe ainsi subrepticement à un fatalisme empreint de peur, et surtout de peur de s'exposer, de peur d'agir. J'irais même, intuitivement et sans preuves certes, jusqu'à prétendre que si l'on n'assiste pas en France à de réels mouvements populaires de masse - hormis manifestations d'un jour commanditées par l'État -, cela vient d'une peur diffuse que ces mouvements ne réussissent, c'est-à-dire ne débouchent sur quelque chose. Ce n'est pas pourtant que le pouvoir en France soit bien solide, ni que les policiers et militaires mettraient beaucoup d'entrain à le défendre ! - Déjà, en 68 - je tire ce récit d'un livre de J. Baynac, peut-être Mai retrouvé, je ne suis pas sûr -, lors d'une des premières grandes manifestations, les jeunes passèrent devant l'Assemblée nationale sans avoir, Baynac dixit, la moindre idée de s'en approcher ou de la menacer, parce que c'était pour eux hors sujet. La peur plus ou moins consciente des responsabilités chez des jeunes - et au premier chef ces jeunes-là, la génération du baby-boom, si supérieurs (en nombre) à leurs aînés - est certes humaine, mais ce refus inaugural peu explicité d'aller quelque part de précis en disait déjà assez long sur les perspectives de cette génération, dont il faut se demander si elle ne fut l'une des plus grégaires de l'histoire : allons n'importe où, mais allons-y ensemble…

N'importe où, nous y sommes. Les descendants des baby-boomers n'ont pas hérité l'enthousiasme de leurs parents, mais ils ont gardé d'eux cette sévérité profondément conservatrice à l'égard de tous les mouvements populaires actuels, qui ne valent pas, c'est bien connu, ceux du passé. C'est toujours trop beauf, trop populacier, pas assez pur théoriquement ou pas assez mélangé ethniquement, etc. - Pas de chance, donc, les autres, d'ici et d'ailleurs, n'ont pas ce même purisme théorique, ni cette crainte à la fois de l'échec et de la réussite qui est le meilleur allié du petit Valls.


- Valls : permettons-nous une parenthèse. Il faut une mauvaise foi de politicien professionnel et une haine démesurée de tout respect de la vérité, lorsque l'on appartient à un parti qui depuis trente ans crée méthodiquement en France les conditions d'une potentielle guerre civile, et qui continue à le faire, pour accuser les électeurs du Front national de vouloir la guerre civile. Le pyromane reproche aux brûlés de crier et de chercher de l'eau ! Mutatis mutandis, cela évoque les accusations de connivence avec l'Allemand portées après-guerre contre Maurras par des gens qui avaient été sourds à ses avertissements d'avant-guerre, qui ne l'avaient pas écouté lorsqu'il demandait des actions pour contrer la puissance de Hitler tant qu'elle était inférieure à la nôtre. Ce n'est pas qu'il n'y ait rien à redire concernant l'attitude de Maurras sous Vichy, ni bien sûr rien à redire concernant le Front national, mais ce genre de tactique, c'est de quoi dégueuler, vraiment - comme disait Léo.


Ceci étant dit, élargissons les perspectives. Admettons que nous soyons effectivement au début d'un cycle de longue durée et que l'Occident se soit résigné à laisser la place. L'Occident étant ici à entendre dans ce sens : l'Europe de l'Ouest et, peut-être, les États-Unis compris entre les deux côtes, si j'ose m'exprimer ainsi, les Juifs des networks de la Côte Est, comme ceux de Hollywood et du transhumanisme dictatorial en préparation dans la Silicon Valley, n'étant, eux, pas du tout en train de laisser la place. - Admettons donc cette idée, dont je ne dis pas qu'elle me convainque pleinement, mais dont il faut bien admettre qu'elle peut être soutenue par de nombreux arguments : faible natalité depuis longtemps, vitalité artistique proche du zéro, peur d'agir, culpabilité et haine de soi, incapacité à se protéger des invasions extérieures, parfois même encouragées au prétexte que les nouveaux arrivants sont différents : s'il suffit d'être différent pour être mieux, cela en dit long sur l'estime que l'on porte à soi-même… - Si un nouveau cycle commence, qui n'est pas le nôtre, s'il n'y a déjà plus rien à faire, il n'est pas, ou pas encore, interdit de réfléchir et de se demander à quoi nous laissons la place.

"Presque tous les peuples haïssent le reste du monde ; le seul peuple français l'aime assez pour vouloir lui communiquer ses propres maux", écrivait en 1934 Robert Poulet (qui était belge). La boutade est délectable et toujours actuelle, mais cela n'empêche pas les étrangers de nous communiquer aussi leurs maux : que l'on ajoute à cela la vieille tendance des démocraties à se déprécier, ainsi que le déplorait Morand - vieille tendance qui en dit long sur l'état d'esprit réel des citoyens d'un régime qui est censé être meilleur que les autres… -, on comprend pourquoi nous sommes aussi accueillants envers l'Islam, les migrants, tout ce qui vient des États-Unis, etc. Et c'est probablement un mélange de tout cela (fast-foods hallal et non hallal), chapeauté par une dictature financière à prolongements transhumanistes - le corps de l'homme ne rapporte pas encore autant qu'il le devrait -, que nos seigneurs et maîtres ont en tête. Une France balkanisée et divisée, où il y aurait assez de loisirs peu chers d'un côté, de moyens de contrôle de l'autre, pour que tout le monde, sur fond de guerre civile larvée - A. Badiou parlait quelque part des États-Unis comme d'une "guerre civile permanente", c'est ce qui s'installe chez nous, gangs et dealers jouant ici, toutes choses égales d'ailleurs, le rôle des « jaunes » et des briseurs de grève du passé -, pour que tout le monde reste chez soi, salarié ou chômeur - l'esclave salarié et l'esclave chômeur assisté se ressemblent de plus en plus, à tous les niveaux -, avec autant de désir pour la nouveauté pondue par le système, qui sera toujours un moyen d'asservissement supplémentaire, que de peur de tout changement. - Le changement, c'est plus maintenant, le changement, c'est plus jamais.

Petite parenthèse - j'écris au moment du sommet (de surréalisme) de Davos : il est assez plaisant d'entendre des gens dire pis que pendre - et avec raison - de quelque chose d'aussi dégueulasse que cette réunion des représentants des 1% plus riches de la planète pour décider comment prendre encore plus d'argent à tous les autres, à tous les pauvres ("C'est l'ensemble des pauvres, dans tous les pays, qui détient les plus immenses richesses. On ne peut rien faire d'un peu grand sans les pauvres.", R. Poulet encore), il est plaisant disais-je d'entendre ces gens vous parler ensuite du réchauffement de la planète, des malheureux « réfugiés » (enfin, oui et non, depuis Cologne les féministes évitent le sujet - j'y reviendrai peut-être…), du conservatisme de l'odieux Poutine, etc., le tout en envoyant des SMS depuis un smartphone qui les espionne en permanence (en attendant de pouvoir se payer le modèle qui les espionnera encore mieux). Avec des ennemis comme cela, qui approuvent et financent les moyens idéologiques et matériels de leur propre asservissement, Davos n'a pas besoin d'amis.

(La vérité si je mens ! Écrivant ces lignes dans un pub qui diffuse l'inénarrable chaîne d' « information » continue BBC World News, je vois s'afficher un titre selon lequel, à Davos justement, le premier ministre israélien demande un plus grand contrôle de l'internet, une plus grande "cybersecurity". Sans commentaire !)


- L'avenir, je ne le connais pas. Je sais bien par ailleurs que je m'adresse à un public fort restreint (quoique les statistiques de mon blog semblent indiquer que j'ai quelques lecteurs en Russie, ce qui évidemment me ravit). Je m'efforce simplement d'essayer de convaincre mes lecteurs, comme je m'y efforce avec mes proches et les gens avec qui je parle, que si l'on peut porter de nombreuses critiques justifiées à l'égard de la civilisation qui est encore la nôtre, il serait pour le moins téméraire, dangereux et masochiste, de le faire sans se demander ce qui à l'heure actuelle a le plus de chances de la remplacer. Mais il est de fait que la simple idée de « ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain » - ou de « trier le bon grain de l'ivraie » - est accueillie par certains, quand je n'y mets pas la décontraction et l'humour semble-t-il nécessaires, comme une forme de sourde volonté discriminatoire.

Je ne parviens pas, d'un strict point de vue logique, à comprendre ce tour d'esprit - et encore une fois, de la part de gens intelligents -, qui consiste à penser que les autres, notamment musulmans, vont forcément rejoindre notre mode de vie et de pensée - qui donc est supposé être le meilleur, de façon évidente, manifeste -, tout en ne supportant pas le moindre éloge à l'égard du passé de notre civilisation (lequel doit pourtant être un peu pour quelque chose dans notre merveilleux modèle), ni la moindre critique explicite à l'égard du mode de vie ou de pensée de ces autres, qui doivent pourtant détester ce mode de vie, puisqu'ils sont censés vouloir avoir le nôtre... - Tant pis ! Si je suis parfois las ou déprimé, je ne suis pas dépressif ni névrosé. Ce qui se fait rare, les amis, ce qui se fait rare !


Brunhilde et le crépuscule des blancs

Comment l'esprit-il vient aux femmes ?

jeudi 14 janvier 2016

Au Bonnard du jour... (IV) Dieu et mon anarchisme. L'espoir fait vivre, l'optimisme tue.

3b7ae777f9f926d5935578175d6c8930

Une des rares photographies acceptables lorsque l'on tape sur Hitler-Google (images) : "L'idée du bien" - et on la trouve sur un article qui suggère vaguement que Humphrey, tout en se tapant mille femmes au cours de sa vie, aurait été effrayé par son homosexualité. 1000, oui, il y a de quoi avoir peur.


(Ajout d'un P.-S. le soir.)


Pendant la rédaction d'un essai que certains trouveront peut-être « pessimiste », « noir » ou même « décliniste », je tombe sur un beau texte d'Abel Bonnard, dans lequel il fait un sort à ce que l'on appelle l'optimisme. En voici l'essentiel. Le gouvernement dont il est question dans les premières lignes est probablement le Cartel des gauches, j'ignore si A. B. fait allusion à un épisode précis, à la volonté d'un ministre du cartel de s'attaquer à un membre de l'Institut, ce qui ne serait certes pas sans rappeler les penchants autoritaires du petit merdeux Valls, ou s'il s'agit d'une forme d'allégorie.

"Le moment où un gouvernement privé de sang-froid veut forcer une confiance qu'il n'a pas su obtenir, et où il poursuit jusque dans l'Institut l'expression indépendante d'une opinion autorisée, n'est sans doute pas mal choisi pour faire quelque réflexion sur ce qu'on appelle l'optimisme. Les louanges enflées qu'on fait si souvent de cette prétendue vertu ne sont pas d'un bon signe pour la valeur générale des esprits. La plupart de nos contemporains, parmi ceux mêmes qui se piquent d'avoir une vie intellectuelle, deviennent de moins en moins capables de supporter le dur climat, l'hiver rigoureux et sublime de la pensée. C'est là une nouveauté dans notre pays. L'immortel honneur de la France, c'est qu'on a toujours voulu y voir clair. La littérature française du XVIIe siècle n'aurait pas gardé le prix qu'elle a pour tout homme qui pense, si, au lieu des vues les plus pénétrantes, des observations les plus sévères, elle était remplie de faciles fanfares sur la bonté de l'homme et la certitude du progrès. L'optimisme, il est vrai, se fait jour dans les livres du siècle suivant, mais, même alors, où trouver plus de défiance de l'être humain, plus de sarcasmes de sa nature et de son destin que dans Voltaire ? L'optimisme triomphe chez les principaux romantiques, mais son triomphe ne se marque que par une confusion de la sensibilité et du raisonnement où le coeur et l'esprit perdent tous deux leur noblesse. Il n'y a pas de place pour l'optimisme sur les sommets de l'esprit. Est-ce Eschyle, est-ce Sophocle, est-ce Dante, est-ce Shakespeare ou Cervantès qu'on trouvera optimistes ? A ces hauteurs règne seul le désir de connaître et de savoir, sans aucun égard pour ce que cette connaissance pourra avoir ensuite d'agréable ou de douloureux. C'est cette héroïque passion du vrai, la plus noble qu'un homme puisse nourrir, que ceux qui ne sont pas capables de l'éprouver calomnient en l'appelant « pessimisme ».

Mais, dira-t-on, l'optimisme est nécessaire pour l'action. Cela est juste ; encore faut-il s'entendre. Sans doute, on ne peut agir sans confiance et sans espérance. Mais cette confiance et cette espérance, bien loin de brouiller notre vue des choses, doivent succéder à la connaissance que nous en avons prise, au lieu de se mêler à elle, et c'est précisément le propre des hommes bien trempés et faits pour l'action, que rien ne les excite autant à intervenir que la grandeur des difficultés qu'ils ont à vaincre. L'idée profonde de l'optimisme moderne, au contraire, si tant est qu'on puisse parler de profondeur en un pareil cas, c'est d'espérer que, grâce à une certaine chaleur de sentiments, on pourra triompher de difficultés qu'on n'a pas su mesurer. Il suffit de tirer au clair cette prétention pour en juger la valeur. L'optimisme des politiciens, en particulier, n'est pas autre chose que ce refus de connaître une réalité qui les gêne. Ils sont optimistes avant tout, afin de ne pas faire l'aveu de leurs fautes. Il va sans dire que la réalité se venge bientôt. L'erreur d'un temps qui se plaît à tout brouiller, c'est de vouloir mêler l'optimisme avec le conseil, c'est de faire de l'optimisme une preuve de courage et un gage de succès, alors qu'il est précisément le contraire. (…) Le pilote qui dirait qu'il n'y a plus à se soucier des brisants, et qu'il suffit de ne pas prévoir les tempêtes pour y échapper, on devine comment son bateau finirait." ("Réflexions sur l'optimisme", Le Solitaire du Toit, Société du Livre d'Art, 1928, pp. 41-45). Son bateau ne serait pas seulement battu par les flots, par les djihadistes et, bientôt, les migrants-braqueurs-violeurs musulmans que Soeur Anne Hidalgo ne voit pas venir, mais sombrerait, et nous avec.

C'est d'ailleurs, poursuivons dans ce genre de métaphores, d'autant plus grave dans certains cas de se montrer (ou le déclarer) d'un « irréductible » ou d'un « incurable » optimisme - incurable, c'est bien le mot, comme une maladie -, que les optimistes, a fortiori s'il s'agit de politiciens, qui n'ont pas moins de responsabilités sous le prétexte qu'ils se refusent à les assumer, sont comme de mauvais conducteurs sur un autoroute : leur imprudence peut être fatale aux conducteurs raisonnables et attentifs. Comme j'ai décidé, parmi d'autres résolutions pour 2016, de faire court, je m'arrête là dans mes raisonnements et comparaisons, non sans vous gratifier d'une nouvelle salve anarchisante ("L'anarchie, c'est l'ordre") de Bonnard :

"Aimer la réalité, c'est la plus saine et la plus noble des passions de l'intelligence, et nul ne peut vraiment la changer selon ses désirs, qui n'a pas commencé par l'aimer telle qu'elle est. Cependant il est plus d'esprits qu'on ne croit qui répugnent à lui déférer, et même à la regarder en face. Ils déguisent leur aversion comme ils peuvent, et cet amour de la justice jaloux et absolu dont se targuent tant de gens ne sert souvent qu'à couvrir la haine du monde et l'envie de le détruire. (…) Quant au personnel politique, son cas est particulier. Il semble que sa fonction même soit d'étudier le réel avant tout le monde. Mais il est, en fait, le dernier à l'apercevoir. Ceux qui le composent vivent dans un monde fermé, sur des conventions, des fictions, des partis pris. Leurs intérêts, leurs habitudes, leur rhétorique même les séparent des choses. Ils parlent sans cesse de progrès, parce que c'est le mot dont ils vivent : mais ils sont essentiellement des retardataires." (pp. 6-7)

Le progressisme est une forme de mépris, non seulement du réel, mais des classes populaires. C'est une des raisons pour lesquelles l'homme politique de gauche a du dictateur en lui. - J'espère revenir bientôt vous combler de sentences et de citations sur ce sujet et sur d'autres, mais les vieux habitués savent qu'entre ce que j'annonce et ce que je fais, il y a du jeu...


Capture+d%E2%80%99e%CC%81cran+2015-08-24+a%CC%80+16.09.29


Résultat cette fois de la recherche, un rien perverse j'admets : "L'idée du bien lesbienne" - un type qui faisait shabbat, la vérité si je mens, a mis en ligne cette image d'une des femmes de ma vie. Pour le meilleur et pour le pire, les femmes crient, et Marnie parmi elles.


P.S. Dans ce qui précède se trouve un lien vers une lettre ouverte signée par les Fils de France de Camel Bechikh, à l'attention d'Alain Minc, lequel se targue de faire preuve d'un « irréductible optimisme ». Difficile de ne pas repenser à l'ignoble Minc en lisant ce jour dans Le Solitaire du Toit cette sentence de Bonnard :

"L'optimiste est non pas toujours, mais souvent, un homme qui supporte avec courage les malheurs des autres. Il met un panache à son égoïsme ; il déguise en générosité son insouciance." (p. 113)


A bientôt !

mardi 15 décembre 2015

Ton deuil national et ton état d'urgence dans ton cul, salope ! (III et fin provisoire.)

Éternellement lié à la trahison...


Quand on voit les Français actuels et la difficulté des problèmes qui se posent et vont se poser à eux, on ne peut qu'être saisi d'angoisse… Continuons néanmoins, faisons ce que nous avons à faire, faisons ce que nous pensons savoir faire, le reste n'est pas en notre pouvoir. - J'ai rédigé le premier jet de ce texte publié en trois parties, deux jours après les attentats. La structure d'ensemble : les responsabilités des Français, celles des musulmans, celles des saboteurs -, s'est imposée très vite à mon esprit. Mais plus je relisais ou corrigeais ce que j'avais d'abord écrit sur les États-Unis, les socialistes, les maçonneries, et plus j'avais l'impression de chercher à excuser mes compatriotes (les vrais…).

"Ils sont fascinants, pourtant, ces moments immenses où un monde se soulève à la fois dur et docile, rigoureux et indécis, demandant à être compris dans ses tendances et achevé par nos volontés. Dans une si vaste occasion, je rencontre trop de gens, parmi les mieux intentionnés, qui ne voudraient s'engager dans une action que si on leur garantit d'avance tous les résultats" : ici comme ailleurs mon cher Abel Bonnard peut nous guider. Il semble en effet n'y avoir aujourd'hui pour nos contemporains que deux modes d'action politique, le djihadisme, dont les résultats sont en effet garantis pour l'engagé, qui part au ciel en morceaux et meurtrier ; le vote FN, qui offre encore manifestement la garantie de gêner certains, dont le pitoyable Manuel Valls, c'est mieux que rien. Mais tout cela est désespérément, justement, prévisible et prosaïque.

Depuis les attentats, les Français ont été assez logiques. Ils s'en sont remis au chef de l'État, qui a eu l'instinct politique (le corrézien a-t-il percé sous le socialiste ?) de se rappeler que sa fonction était entre autres d'assurer et représenter la pérennité du corps national, avant de signifier aux partis au pouvoir ce qu'ils pensaient de leurs capacités à exercer ce pouvoir, le tout sans vague de violence à l'égard de leurs « compatriotes » musulmans. Le risque est grand malheureusement de les voir s'arrêter là (cette phrase a été écrite entre les deux tours de scrutin). Dans le contexte actuel, cela ne peut suffire.


Le contexte actuel : la France est une république bananière en même temps qu'un pays en voie avancée de balkanisation. République bananière, cela signifie que sa classe politique est vendue à l'étranger. En voie de balkanisation, sous le poids évident de l'immigration massive.

Ici, je peux recopier quelques lignes de mon premier jet :

Peu de choses m'ont autant énervé ces deux derniers jours que les messages de soutien venant d'Outre-Atlantique. Ce pays (ou cette entité) fait tout pour détruire l'Europe et la vassaliser, ce pays (ou cette entité) n'est pas un allié. Que notre Président et une bonne part de nos « élites » soient à leur botte - soient des espions et des traîtres, utilisons les mots appropriés, ne suffit pas à justifier une alliance entre l'entité américaine libérale et des pays comme la France (ou l'Italie, ou même l'Allemagne…). Il faut être demeuré comme les jeunes Français actuels pour conclure de l'existence de bonnes séries télévisées et d'immeubles construits sur le modèle du "qui a la plus grosse" (les arabes musulmans saoudiens ayant intelligemment pris le relais de cette intéressante occupation…) à la supériorité et à la bienveillance de leur way of life messianique et carnassier. (Ici vous pouvez caser tout ce qui vous plaît dans les rubriques : consumérisme, culte de la croissance, écologie, etc. Les États-Unis sont le cancer de l'humanité. Plus que de la planète, même si c'est à la mode.) Quant à la solidarité bruyante de ces entreprises américaines qui ne paient pas d'impôt en France…

Pas de bol, donc, nos gouvernants sont pro-américains et immigrationnistes. Pas de bol - mais c'est logique -, les plus tocards, imbéciles et bornés des gouvernants, MM. Hollande et Valls, qui viennent à la suite d'une longue tradition de politiques médiocres dans l'histoire de France (le revers de la médaille de notre douceur de vivre ?), sont ceux-là mêmes qui doivent gérer une situation très difficile, alors qu'ils en sont en partie responsables. On dit souvent, j'ai pu l'écrire moi-même, je viens encore de le relire, que les Français valent mieux que leurs gouvernants : outre que le reproche peut paraître peu légitime lorsque l'on demande à ces gouvernants de tout faire à notre place, il me semble que, si le diagnostic est malgré tout valide, si vraiment les Français valent mieux que MM. Hollande, Valls, Sarkozy ou Mme Le Pen, le moment n'est peut-être pas trop mal choisi pour commencer à le montrer.

- Fin d'auto-citation. Bonnard, que nous retrouvons maintenant, s'en plaignait déjà dans Les Modérés : les Français s'enorgueillissent de ne pas être dupes de la balourdise ou de la malhonnêteté de leurs gouvernants (et ils semblent donc, si l'on en croit les élections en cours, suivre toujours cette ligne (qu'ils ont vite quittée, je rajoute ça au moment de mettre sous presse...)), mais cet orgueil reste inoffensif s'il se suffit à lui-même, et s'il permet de laisser les politiques ne pas assumer leurs responsabilités.


Le noeud du problème étant qu'une des rares voies qui semble se dégager pour nous se trouve précisément dans une sorte de retrait, au moins d'un point de vie spirituel, de la vie politique. Ceci par l'indifférence, par le mépris de tout ce qui vient de l'État. Bernanos l'avait compris, c'est un thème que je développerai d'une façon ou d'une autre à l'occasion, l'État est l'ennemi de la nation. Les exceptions prestigieuses du type de Richelieu ou de Gaulle, pour aller vite - et encore sont-elles justiciables d'analyses serrées -, ne peuvent cacher cette évidence, qui n'implique pas de remplacer l'État de droit par la loi de la jungle et la raison du plus fort - ce qui est déjà en grande partie fait par l'État lui-même, justement - mais doit pousser chacun à de tenter de mettre la loi à sa juste place. Il y a d'autres façons d'être français que grâce à un simple bout de papier tamponné, il y a d'autres façons de voir l'histoire de France passée et à venir que celle enseignée par la loi républicaine maçonnique. Il y a d'autres communautés dans lesquelles vivre que la communauté nationale violée par ceux qui en avaient la charge, les Français comme leurs gouvernants… (J. Rochedy l'évoque ici, avec plus de confort que moi). Il y a d'autres façons de résoudre ses conflits - parfois moraux ou sexuels - avec ses concitoyens que de leur faire des procès en permanence. Etc. - Bien évidemment, il y a danger à laisser à l'État de la place, lui qui, « urgence » à l'appui, en occupe toujours plus, mais le danger moral et spirituel est sans doute plus grand encore de continuer à croire que la place qu'il occupe déjà est en quelque manière normale et légitime. Soyons anarchistes au sens médiéval du terme, ce sera déjà un début… L'anarchisme conservateur de culture chrétienne, voilà l'avenir !

Finissons sur une généralité - puisqu'aussi bien, pour citer encore Bonnard, "quand il s'agit de tout refaire, on ne saurait tout préciser". J'ai évoqué il y a longtemps, dans un texte d'ailleurs consacré à nos rapports ambigus avec l'État, cette idée de Jacques Bouveresse, selon qui l'inconséquence serait comme « l'habitus moderne par excellence ». Des amis de djihadistes financés par notre propre ministre des affaires étrangères (ministre des affaires de l'étranger en France…) qui viennent tuer des Français, un Président qui passe son temps à cracher sur le concept de nation pour demander ensuite que l'on retrouve du goût au drapeau et à qui il faut 130 morts pour qu'il se souvienne qu'il est là pour aider et protéger, dans la mesure du possible, son peuple, au lieu de l'enfoncer à coup de traité transatlantique (par exemple), des Français qui rendent tout le monde responsable de tout sans se remettre eux-mêmes en question, une génération 68 bientôt dans la tombe mais qui aura vécu toute sa vie en lévitation heureuse, inconséquente et sûre d'elle - et qui elle, à la différence peut-être de F. Hollande, semble n'avoir toujours rien compris à rien… L'univers conceptuel de la franc-maçonnerie (pardon, des « Lumières »…) est lui-même une creuse rêverie sans appui dans le réel, et qui s'en vante. C'est toute notre civilisation d'ailleurs qui est en lévitation : si elle a été supérieure à la plupart des autres, position que je peux assumer, elle ne peut plus l'être que de façon résiduelle, parce qu'elle ne s'est pas encore cassé complètement la gueule, et parce que, par certains aspects, elle se situe encore un peu plus haut que les autres… Bref ! La liste est longue de tous ceux qui semblent séparer délibérément concepts et conséquences logiques de ces concepts. L'anarchisme conservateur logique ("Le royalisme, c'est l'anarchie plus un", disait Boutang), voilà l'avenir…

Tout ceci n'étant valable que si l'on attache quelque prix à la civilisation française, bien sûr. Mais là encore, soyons conséquents : si l'on n'est ni américain, ni maçon (c'est pareil), ni musulman, peut-on vraiment supposer que ce qui risque de la remplacer vaudra mieux qu'elle ? Que chacun pense à ces vieux gauchistes qui se plaignent que tout ce qui était lié à ce qu'ils ont cherché en 68 et après à détruire marche moins bien qu'avant, avant de répondre...

Dans mon premier texte de 2015, début janvier, je citais cette phrase d'un biographe de Maurras disant que celui-ci était très sensible au fait que "les civilisations sont mortelles, et à quel point les mauvaises décisions politiques se paient." J'ajoutai en guise de voeux de nouvelle année cette question : "2015, année où les mauvaises décisions politiques vont se payer ?" Il y a un mois, plus d'une centaine de personnes en ont payé le prix, ont commencé à régler la note. Il n'y a à l'heure actuelle aucune raison que cette liste, que cette note, ne s'allonge pas dans le futur. - Raison de plus pour faire des enfants, faire des enfants : les enfants, voilà l'avenir…


Sans titre


Il faudra revenir sur de nombreux points, bien entendu. 2016, année d'une plus grande lucidité et d'une plus grande humilité ?

samedi 21 novembre 2015

La guerre est dangereuse pour la santé et doit être consommée avec modération. - Ton deuil national et ton état d'urgence dans ton cul, salope ! (II)

Rêver plus traître - Détruisons plus grand...


Je me souviens d'une interview où cet homme si souriant et poli disait qu'il voulait être "ami avec tout le monde", ce qui m'avait tout de suite frappé comme un bel exemple de l'état d'esprit du mafieux qui sait qu'il a la main, que cela peut coûter cher de ne pas être son ami… Il faut toujours préférer les ordures bien de chez nous aux ordures venues d'ailleurs.


"Voilà qui nous amène à l'Islam. Allons-y franchement : il faut à la fois accepter le fait que l'Islam soit une religion, et assumer que c'est une religion de peu de valeur intellectuelle - sauf bien sûr pour les convertis occidentaux qui y apportent leur savoir occidental avec eux."

Je vous ai laissé la dernière fois sur cette phrase. Cette deuxième partie d'un texte qui est censé en comprendre trois va donc être consacrée à l'Islam. Ceci appelle, je n'avais pas assez insisté là-dessus dans mon premier jet, d'où des difficultés de rédaction que je vous épargne, ceci appelle quelques précisions d'ordre méthodologique.

Tout d'abord, on ne peut parler de l'Islam dans l'optique qui est la nôtre en oubliant :

1/ qu'il y a au moins 5 millions de musulmans, principalement d'arabes musulmans, dans ce qui est officiellement le territoire français ;

2/ que la France bombarde et tue, à l'étranger, des hommes et des femmes qui pour certains font partie de la force armée qui a revendiqué les attentats du vendredi 13 - des musulmans. La France a aussi ces dernières années bombardé et tué de nombreux musulmans qui ne faisaient pas partie de cette force armée, faisant en ces occasions bien plus de morts que ceux que nous avons pu compter la semaine dernière ;

3/ que des arabes musulmans officiellement français ont participé aux attentats du vendredi 13 contre ce que l'on est j'imagine supposé appeler leurs compatriotes.

Bref, avant d'être la guerre dont on nous rebat les oreilles (si les journalistes parisiens l'aiment tant que ça, pourquoi ne s'engagent-ils pas ? Ivan Rioufol serait au moins aussi (in)utile à la patrie sous l'uniforme qu'en bavant ses conneries simplistes !), la situation est un sacré bordel. - Ceci étant, il se trouve que ce bordel a, du coup, tendance à simplifier la rédaction d'un texte comme celui-ci, puisqu'il me permet de justifier le degré d'approximation dans lequel (un degré est un angle) je vais me situer. Il s'agit d'argumenter à partir de certains traits généraux de l'Islam, et des arabes musulmans dits français en particulier, rien de plus - mais rien de moins : que l'on ne me reproche pas d'avoir une approche « essentialiste », d'autant que le refus d' « essentialiser » est le plus souvent un refus de décrire, ou tout simplement de voir. Que l'on ne me reproche pas non plus de mettre des barrières, si je me contente de les décrire.

J'en reviens, renouons le fil avec la façon dont j'avais d'abord rédigé ces lignes, à ma phrase de transition : " Il faut à la fois accepter le fait que l'Islam soit une religion, et assumer que c'est une religion de peu de valeur intellectuelle."

Pour le premier point, cela signifie que l'on ne peut reprocher, ou que l'on ne devrait pas pouvoir reprocher à des esprits religieux de vouloir mener tout ou partie de leur vie conformément aux principes de leur religion. Être musulman n'implique pas d'être fondamentaliste, salafiste, voilée, ou de respecter toujours et parfaitement les principes de l'Islam (chaque société ses tensions, ses équilibres, ses tartuffes, etc.), mais on ne peut pas être musulman et franc-maçon - pardon, musulman et laïc, au sens de la laïcité française, de 1905 ou d'aujourd'hui, je vous renvoie à Pierre Manent sur ce thème.

- Tout au plus est-il éventuellement possible de trouver des arrangements viables entre eux et nous, espérons-le encore, et probablement dans la voie indiquée par Pierre Manent, laquelle oblige à réviser certains aspects de notre idéologie individualiste actuelle. Tout divisés qu'ils puissent être, les musulmans vivant en France forment une communauté culturelle et en grande partie ethnique, qui ne montre aucun signe d'évolution vers ce que nous entendons par le mot intégration. Traitons-les donc en communauté, puisque cela semble être leur souhait (voilà ce qui s'appelle être démocrate), et passons des accords explicites avec eux.

(Une incise : les individualistes modernes imaginent toujours que les communautés anciennes ou « archaïques » sont soudées et conformistes, alors qu'elles peuvent être traversées de conflits, de tensions, de violences même : simplement, il y a certaines choses que l'on n'y remet pas en question.)

Mais, et c'est le deuxième point, si l'on ne peut en bonne logique reprocher aux musulmans d'être religieux, on peut leur reprocher d'être cons. J'espère avoir assez insisté dans la première partie de ce texte (et, au fil des années, à ce comptoir) sur nos propres travers et la façon dont nous nous leurrons sur nous-mêmes, pour distribuer maintenant quelques mauvais points aux autres, ce qui sera aussi, dans une troisième livraison en principe, une façon de récapituler les obstacles, notamment externes, à la remise de notre pays sur ses pieds. (Oui, je reste dans le cadre national.)

On peut ici m'accuser de mettre de l'huile sur le feu, je répondrai, d'une part que je ne suis pas à l'origine de l'incendie, d'autre part que si on veut avoir une chance de l'éteindre ou de le circonscrire, il faut en prendre la mesure. D'ailleurs, petite digression, à partir du moment où des Français préparent des attentats contre d'autres Français, il est évidemment légitime de parler de guerre civile, mais :

- en être conscient ne signifie pas le souhaiter ;

- qu'il y ait guerre civile ne signifie pas que cette guerre civile doive s'envenimer et se généraliser. Pour ce que nous en savons et pouvons en deviner, il y a déjà assez de boulot comme ça. Encore une fois, que ceux qui n'ont que le mot de guerre en bouche aillent la faire eux-mêmes, si ça les fait tant jouir - au lieu de la faire faire par d'autres, suivez mon regard.

Ceci étant dit, il y a bien sûr des raisons objectives à cet état de guerre civile plus ou moins ouverte, et je cherche donc aujourd'hui ces raisons du côté des arabes musulmans.

Les arabes musulmans ne sont des gens comme nous qu'au sens minime où nous sommes tous faibles et pécheurs - ce qui, soit dit en passant, n'est pas rien et évacue toute question de race. Pour le reste, ils ne sont pas comme nous, nous ne sommes pas comme eux. Ils sont par exemple beaucoup plus capables de solidarités familiales que nous, peut-être même ne croient-ils pas sans y réfléchir à deux fois que le destin normal des vieux soient le mouroir collectif de la maison de retraite et son racket institutionnalisé. Plus liés que nous à la logique primordiale du don - contre-don ils n'ont pas totalement oublié les antiques condamnations de l'usure. Ils sont aussi plus généreux, même envers les infidèles, que nous - ce n'est certes pas bien difficile -, quitte à pousser cette générosité, dans des cas extrêmes récents, jusqu'à se faire sauter pour nous secouer un peu. Ils prennent certaines choses beaucoup plus au sérieux que nous - notamment dans les rapports hommes / femmes. Ils ne nous aiment pas, ni en tant que « croisés » ni surtout en tant qu'apostats (ce que les gauchistes qui ont été visés vendredi 13 finiront un jour par comprendre), et nous ne les aimons pas non plus (les attirances sexuelles plus ou moins avouables n'étant pas considérées à ce comptoir comme facteurs constitutifs d'une communauté ou de relations positives durables entre communautés).

- En soi, ce n'est pas grave, beaucoup de peuples ne s'aiment pas : la difficulté est qu'ils sont nombreux chez nous.

Ce pourquoi il est important de prendre conscience, et à l'encontre de ce qu'on peut lire partout, que notre problème principal n'est pas l'État islamique, mais les arabes musulmans qui vivent en France. - Je dois préciser ici que je pensais vous communiquer ces réflexions avant les attentats, dans l'intention de mettre au clair l'état des relations entre Français et immigrés (ou descendants d'immigrés). Ces attentats ne révèlent rien sur l'Islam « politique », comme s'il y avait un Islam non politique (il y a par contre des conceptions plus ou moins rigoureusement politiques de l'Islam, ou des politiques musulmanes plus ou moins extensives), les problèmes qu'ils n'ont pas fini de créer en France ne font que mettre en relief la question de l'immigration musulmane massive.

Question que l'on peut aussi aborder par ce biais : ce n'est pas parce que l'Occident a été et reste colonisateur et violent que les arabes musulmans n'ont pas un rapport particulier à la violence. Ce n'est pas parce qu'à certains arabes musulmans il ne reste que la violence (pourquoi, d'ailleurs ? Moins intelligents ou rusés que les autres ?) pour se faire entendre que leur recours à la violence serait purement extrinsèque ou stratégique. Il suffit de repenser à la façon dont dès les premiers temps l'Islam a conquis le Maghreb, sabre à la main, pour comprendre ce que je veux dire. "Ils ne comprennent que la force" : ce cliché des colons français, tout odieux qu'il soit à certains égards, a sa part de vérité. Il est bien évident que l'on juge les autres (et les arabes musulmans nous jugent autres, c'est l'Occident actuel qui ne comprend pas qu'il y ait des autres (ou que les "opprimés" ne soient pas tous de gauche), je vois bien en discutant autour de moi qu'une des clés du problème est là) à partir de ses propres critères, et que les arabes musulmans - encore plus depuis les attentats, et comment leur donner tort ? - nous jugent, de ce point de vue, bien faibles.

Ayons recours à la fable : "La raison du plus fort est toujours la meilleure". Lorsque La Fontaine l'écrit, c'est l'énoncé amer d'une vérité sur laquelle on ne peut faire l'impasse, vérité que dans le monde capitaliste contemporain on traduit par Qui paie commande (Saoudiens, Qatariens…). Certains Occidentaux ont tendance a croire que la raison du plus fort est toujours la pire, ce qui peut les obliger à d'amusantes contorsions théoriques pour savoir qui est le plus fort - comme s'il n'y avait pas plusieurs forts et plusieurs faibles, ou des forts qui soient faibles par certains aspects, etc. La sagesse des nations rappelle que l'on fait mieux entendre ses raisons lorsqu'on est fort mais que ce n'est pas une raison pour abuser de sa force. Les arabes musulmans ne sont pas étrangers à cette sagesse des nations, mais ils jouent avec leurs atouts, l'un d'entre eux étant un usage volontaire et confiant (la foi, c'est la confiance…) de la force, en l'occurrence de la violence.

Par rapport aux débats auxquels on assiste ces jours-ci, il faut donc je crois à la fois dire que les arabes musulmans ne sont pas bien sûr pas tous des terroristes, il s'en faut, et que l'Islam autorise plus facilement certaines formes de violence que d'autres religions - une violence où l'on paie de sa personne, je le redis. Il n'y a pas de rapport direct entre l'Islam et la violence terroriste au sens où le premier impliquerait la seconde - comme la nuée porte l'orage, pour reprendre la formule de Jaurès sur le capitalisme et la guerre -, mais ce n'est pas non plus un hasard si ce sont des arabes musulmans qui commettent ce genre d'attentats. (Précisons en passant que les premiers martyrs chrétiens, eux, ne se croyaient pas obligés de tuer quelques dizaines de personnes avant de mourir pour leur Dieu, et que de ce point de vue ils la mettent tout de même bien profond aux djihadistes).

Utilisons pour être encore plus clair - et pour glisser une petite cartouche du côté des Juifs, avant que les habitués de ce comptoir n'aient l'impression qu'à la suite des attentats je suis passé du côté d'Israël, à Dieu ne plaise - une comparaison avec le peuple élu. Le rapport des Juifs à ce est qui pour eux le monde extérieur, fondé sur la séparation raciale et la volonté de guider le reste de l'humanité, quoi que ce reste de l'humanité, c'est-à-dire presque toute le monde, puisse en penser (la démocratie est aimée par les Juifs pour ce qu'elle permet, pas pour elle-même, ce qui est tout à fait conséquent et logique de la part d'une minorité), ce rapport on le voit bien n'est pas le même que celui des arabes musulmans. Qui ont eux aussi ceci dit leur petit complexe de supériorité - c'est normal et sain (Lévi-Strauss vous le dirait), mais aussi, compte tenu de certaines de leurs carences intellectuelles, toujours un peu surprenant, voire ridicule.

"Une religion de peu de valeur intellectuelle", ai-je écrit. C'est un des éléments du tableau d'ensemble, votre serviteur n'y est pour rien. Que l'on ne balance pas d'exception visant à me montrer qu'un arabe musulman peut être intelligent, ce que je n'ignore pas, ou qu'un occidental de culture chrétienne peut être plus con qu'un arabe, le débat n'est pas là. Le fil conducteur, si vous voulez, c'est la façon dont nous pouvons communiquer avec eux, et réciproquement, puisque nous avons pour quelques décennies au moins un destin commun, voilà ma foi des lendemains qui chantent. Et il suffit, dans cette optique, d'en rester au niveau des généralités pour constater que l'Islam est plus fort question mystique et communion collective que question philosophie et curiosité (et sciences…), qui sont à tort ou à raison nos fiertés, et que cela ne facilite pas les échanges inter-culturels. - Je n'ai ceci dit pas l'intention de m'embarquer dans des discussions liées à ce que l'Islam a pu apporter à la civilisation, je ferai à ce sujet simplement remarquer qu'il est toujours assez paradoxal d'avoir ces discussions avec des gens de gauche (qui n'ont pas l'air de beaucoup fréquenter ces arabes musulmans avec lesquels ils disent n'avoir aucun problème…) pour qui la notion de longue durée, de tradition, d'identité est censée être caduque, et qui pourtant utilisent l'Islam médiéval pour demander qu'on respecte l'intelligence des arabes musulmans dits français du XXIe siècle (ce qui est un aveu a contrario de ce que cette intelligence n'est pas si manifeste dans la vie de tous les jours, dans l'usage).

Dernier point à ce sujet : je ne suis pas bien sûr que, contrairement à ce qui se dit toujours, l'Islam soit une religion universaliste. Certes il y a tout plein de musulmans indonésiens, certes n'importe qui, même la pire racaille ("Salauds de pauvres !"), peut en principe se convertir à l'Islam, mais dès que vous discutez avec des musulmans français, pas nécessairement arabes en l'occurrence, ils vous renvoient toujours votre ignorance de la langue arabe à la gueule. Je veux bien comprendre que le Coran soit plus beau et plus clair en arabe qu'en aucune autre langue, mais qu'est-ce qu'une religion universaliste qui n'est supposée être pleinement compréhensible (tout en se vantant d'être simple…) que dans une seule langue ? - Paradoxe aussi d'une religion prosélyte, mais qui vous est d'une certaine façon retirée par ses zélateurs si vous l'abordez de façon intellectuelle (et comment, au moins dans un premier temps, l'aborder autrement ?) - notamment par l'évocation des manipulations supposées que les orientalistes occidentaux ont ou auraient fait subir aux études sur l'Islam, autre dada (complotiste) des musulmans français avec qui j'ai pu parler. - Cela renvoie, plus fondamentalement, au fait que l'Islam n'a pas de clergé hiérarchisé énonçant ou rappelant le dogme. D'où le caractère surréaliste de certaines déclarations récentes, qui pourtant peuvent être, mais c'est aussi le problème, de bonne foi, certaines déclarations de musulmans fort peu « laïcs » nous expliquant que les attentats du vendredi 13 ne relèvent pas du « vrai Islam ». L'Islam existe à coup sûr, le « vrai Islam », c'est l'Arlésienne (c'est même la barrière que les musulmans mettent à nos efforts pour les comprendre, le "Tu ne peux pas comprendre" que j'ai souvent entendu dans ces circonstances me faisant en l'occurrence penser à l'incommunicabilité entre les sexes, qui n'est pas rien). Et cela ne simplifie pas notre problème, à nous Français de 2015… (Ni celui des musulmans, vu le temps qu'ils passent à se foutre sur la gueule. Rappelons ici une différence entre chrétiens et musulmans : on parle d'un bon ou d'un mauvais chrétien selon qu'il se conforme ou non au dogme. Les musulmans entre eux disent qui est un vrai musulman, chacun ayant ou pouvant avoir son avis sur la question.)


Résumons et achevons. Les arabes musulmans de nationalité française ne nous aiment pas (et je répète que je peux les comprendre), ils sont nombreux, ils suivent, plus ou moins, une religion dont l'apport intellectuel à l'histoire de l'humanité ne nous paraît pas proportionné à la fierté qu'ils en éprouvent - je suis désolé, cela fait partie du problème… Ils ont le nombre, la foi, la foi en l'avenir, la confiance des naïfs et la conscience de notre faiblesse. A moins de parvenir, dans la lignée donc d'un Pierre Manent, à des accords de communauté avec eux, accords qui permettraient aux plus calmes et sereins parmi eux d'avoir des arguments pour modérer les plus agités… nous ne sommes pas près de nous en sortir.

"Les religions sont différentes", ai-je écrit dans la première partie : cela veut dire d'une part - en direction des pro-laïcité plus ou moins avertis -, qu'elles ne se mélangeront jamais en une espèce de tout syncrétique, maçonnique et vaguement fraternel (et c'est tant mieux), d'autre part qu'elles ne sont pas non plus près de se réconcilier : tout au plus peut-on espérer qu'elles se respectent et se craignent, à l'ancienne, sur le mode du Si vis pacem para bellum ou de la guerre froide. A charge pour les intellectuels du type d'un Louis Massignon de dresser des passerelles au plus haut niveau théorique, qui n'est pas, faut-il le rappeler, celui des populations... Ce qui n'est pas une raison, bien évidemment, pour lancer ces populations les unes contre les autres.

(On l'aura compris, je dis ça pour les habitués qui m'ont suivi dans mes comparaisons entre Alain Soral et Marc-Édouard Nabe dans le temps, c'est une question sur laquelle je ne suis ni soralien ni nabien. - Petite note sur MEN en guise de P.S.)

J'ai évoqué le nombre, il est partie intégrante de la question, comme de la légitimité de certaines revendications des arabes musulmans. A partir du moment où ils sont numériquement majoritaires dans une zone, on ne voit pas pourquoi ils se gêneraient pour vivre selon leur mode de vie. - Ce qui renvoie à la question de l'immigration. Qui ne voit ici que cette immigration complique tout ? Ach, qui ne le voit pas encore a de bonnes chances de le voir dans les années à venir. Daech, c'est compliqué, l'immigration c'est compliqué, Daech plus l'immigration, il y a vraiment du boulot.

Je vous laisse là-dessus. Je reviens en principe dans une troisième partie évoquer quelques autres obstacles que les musulmans à une amélioration de la situation, obstacles externes comme internes. - En attendant, faites des enfants, faites des enfants…


giovanni-bellini-femme-a-sa-toilette-1515-detail-copie-1


P.S. : Oui, au sujet de Marc-Édouard Nabe, je ressors mon numéro 2 de Patience, Septembre 2015, p. 15, et j'y lis, au sujet de la dessinatrice Coco ouvrant sous la menace la porte d'entrée de la rédaction de Charlie-Hebdo aux frères Kouachi : si Coco "avait connu un peu plus les manières des individus terroristes, elle aurait su qu'ils ne tuaient pas les femmes, ni les enfants, contrairement aux États terroristes (Israël et Cie) qui, eux, tirent dans le tas des civils. Mais Coco, comme les autres, avait trop de mépris pour l'islam qu'elle combattait avec son crayon de la liberté !… Elle ne savait pas, la pauvre Coconnasse, que les Arabes, même terroristes, ont un code d'honneur…" - Faut-il en déduire, comme un vulgaire complotiste, qu'il ne s'agissait pas ce vendredi 13 de vrais djihadistes ? Ou que, le déclin étant généralisé et avec lui la perte du sens de l'honneur, que les Arabes ne sont plus ce qu'ils étaient ? Ach, ça doit être la faute de l'Occident…