lundi 16 juillet 2018

"Autorité ne veut pas dire : punir."

Surpris ? Voici la phrase de Léon Daudet dans son contexte : 

"Autorité ne veut pas dire : punir. Autorité, cela signifie : n’être pas contraint de punir. Il y a des moments, dans la famille comme dans l’État, où il est nécessaire de sévir, et alors, pour sévir moins longtemps, il est bon de sévir fortement. Car ces moments doivent être abrégés le plus possible."

Plus clair tu meurs. 


Et à la page d’avant, la démocratie : "cette machine à dépeupler…"

dimanche 15 juillet 2018

Un minimum...

Retour à Léon Daudet (1922) : 

"[Quinet] est, comme Michelet, un type de dément aux dehors bourgeois et logiques, qui joint la platitude à l’extravagance, à la façon de Saint-Simon, de Fourier, de Victor Considérant. Ce qui est remarquable et, en un certain sens, consolant, c’est qu’un temps, muni de pareils docteurs, n’ait pas abouti à des hécatombes pires que celles que nous avons subies. Il faut que notre pays ait la tête solide, pour avoir résisté à de pareilles lumières, et s’en être tiré avec un minimum de cinq invasions en 130 ans. Avec des conducteurs et pilotes nourris et imbibés de Hugo, de Michelet, de Quinet, de Rousseau, etc., nous avions droit à une invasion tous les dix ans. La bêtise est plus cruelle que la méchanceté."


Et avec, entre autres, un « docteur » comme Trotsky et sa révolution permanente pour inspirer, encore et toujours, nos « pilotes », nous avons maintenant l’invasion permanente. Pratique. 

samedi 14 juillet 2018

La prunelle de vos yeux.

Les citations qui suivent sont extraites du livre de P.-F. Paoli, L’imposture du Vivre-ensemble de A à Z, 2017. Ouvrage d’ailleurs moins agressif que son titre ne pourrait sembler l’indiquer, mais ce n’est pas le sujet. 

Nature, culture, animalité et humanité… - H. Arendt : 

"La « nature » de l’homme n’est « humaine » que dans la mesure où elle ouvre l’homme à la possibilité de devenir quelque chose de non-naturel par excellence, à savoir un homme."

Féminisme et progressisme… - G. Flaubert : 

"L’affranchissement du prolétaire selon la Vatnaz n’était possible que par l’affranchissement de la femme. Elle voulait son admissibilité à tous les emplois, la recherche de la paternité, un autre code, l’abolition ou tout au moins une « réglementation du mariage plus intelligente ». (…) Il fallait que les nourrices et les accoucheuses fussent des fonctionnaires salariées par l’État ; qu’il y eût un jury pour examiner les oeuvres des femmes, des éditeurs spéciaux pour les femmes, une école polytechnique pour les femmes !" (La coupure est de moi.)



La nation comme sécurité contre l’uniformité et l’invasion… - Jean-Paul II : 

"Veillez par tous les moyens à votre disposition sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-la comme la prunelle de vos yeux… (…) Protégez-la ! Ne permettez pas qu’elle devienne la proie de quelque intérêt politique ou économique." (1980, la coupure est de M. Paoli). 

vendredi 13 juillet 2018

Pas assez humbles pour vivre et transmettre....

Je me suis déjà fait ce genre de réflexion, mais Pierre Manent a pour lui la clarté et la brièveté : 

"Je suis très surpris de la léthargie des Européens qui semblent consentir à leur propre disparition. Pis, ils interprètent cette disparition comme la preuve de leur supériorité morale."

Si le suicide d’un individu est un péché mortel, que dire du suicide d’une civilisation, a fortiori s’il se fait par orgueil, péché capital ? 


Un autre citation, de Maurras, cette fois-ci, qui complète assez bien le tableau : "La démocratie est la gestion de la dégénérescence."

En ce sens, nul doute que MM. Hollande et Macron, ou Mme Merkel, soient de vrais démocrates. 

jeudi 12 juillet 2018

Après la mélancolie d'hier, place à un peu d'espoir.

Espoir certes paradoxal, nous sommes chez Bloy. Mais après tout, il n’est pas impossible que la vérité soit paradoxale, et que le catholicisme soit son prophète…

"Humble et grand Moyen Âge, époque la plus chère à tous ceux que les clameurs de la Désobéissance importunent et qui vivent retirés au fond de leurs propres âmes !

Les trois derniers siècles ont beaucoup fait pour le raturer ou le décrier, en altérant par tous les opiums les glorieuses facultés lyriques du vieil Occident. Il existe même un courant nouveau d’historiens critiques et documentaires, de qui cette besogne odieuse est le permanent souci. 

Mais je vois bien que les Mille ans de pleurs, de folies sanglantes et d’extases continueront de couler à travers les doigts des pédants, aussi longtemps que le coeur humain n’aura pas cessé d’exister ; et c’est une remarque étrange que les Juifs sont, en somme, les témoins les plus fidèles et les conservateurs les plus authentiques de ce candide Moyen Âge qui les détestait pour l’amour de Dieu et qui voulut tant de fois les exterminer. 

J’évoquais, en commençant, le souvenir de ces malpropres et sublimes individus qu’il me fut donné de contempler à Hambourg, - animaux si bien conservés dans leur purin, si intacts, si prodigieusement immaculés de tout ce qui n’était pas la vermine des ascendants ou des proches, que j’eus l’angoisse de me sentir en présence du même troupeau qui faisait vomir les gens nés sous le règne de Philippe Auguste ou de Frédéric Barberousse et disséminés sous la terre ou dans les sillons des cieux, depuis tant de générations qu’ils sont morts en se souvenant de la mort du Christ. 

J’entrevis l’énorme grandeur de ces temps lointains où la militante Église qui avait dompté l’univers et dont les pieds d’Immaculée Conception se posaient sur le cou des rois, broyait pourtant sa puissance contre un peuple de vermisseaux, qui lui résistait sans jamais mourir. 

On eût pu dire, semble-t-il, que cet obstacle impossible à vaincre l’avertissait, en pleine victoire, de sa condition précaire d’épousée d’un Dieu sanglant à qui tout avait résisté…"


Le salut par les Juifs

mercredi 11 juillet 2018

"La langue qui nous a constitués."

J’ai très peu lu Richard Millet. Peut-être ai-je tort, mais je ne corrigerai pas tout de suite cette éventuelle lacune : je papillonne assez comme cela d’auteur en auteur et de livre en livre, un peu pour apporter quelque variété dans mes citations quotidiennes, beaucoup par enthousiasme et tempérament… Quoi qu’il en soit, j’ai été sensible à ces extraits, lesquels proviennent eux aussi du livre de Muriel de Renvergé : 

"Il est singulier d’écrire dans une époque barbare. Il l’est bien davantage de considérer l’enténèbrement du monde qui résulte non seulement de l’obsolescence des formes littéraires mais de la mort de la langue qui nous a constitués."

Écrire en français, c’est de plus en plus écrire dans une langue qui semble vouée à devenir une langue morte… A ce sentiment nauséeux et quelque peu suicidaire s’ajoute ce paradoxe que c’est en partie parce qu’il a arrêté de s’appuyer sur ces langues mortes que sont le grec, et surtout le latin, qui l’a tellement constitué, que le français dépérit et risque de les rejoindre au cimetière. 

"Plus encore que les arts du visible, qui subissent la coupe réglée de l’Art contemporain ou du cinéma formaté, ou que la musique savante, menacée de régressions néoacadémiques, la littérature porte témoignage de l’excès du mal, du mal comme excès, et de l’excès en tant qu’il est la condition d’une chance : celle d’échapper à la pesanteur morale et culpabilisatrice du social. Le mal comme chance de la littérature ?"

Cela fait un certain temps que je l’ai remarqué à part moi : seul un art solitaire comme la littérature, qui au moins au moment de la conception ne subit pas le diktat des institutions financières (essayez de faire un film avec des musulmans du quotidien ou des militants LGBT tels qu’en eux-mêmes le dogmatisme stupide et féroce les constitue, vous aurez du mal à avoir un visa du CNC…), peut évoquer le réel, notre réel, cette souffrance mélancolique qui est d'une certaine manière le dernier lien entre nous. Et pour un Français, vue l’importance de la littérature dans notre identité, on a l’impression d’un possible retour au sources. Mais cela n'est pas un donné : 

"Quelques solitaires se dressent contre cette doxa de la non-valeur en soi. La violence du défaut de sens ouvre à une situation de guerre. Nous sommes les premiers guerriers après avoir été les derniers écrivains."

La sémantique guerrière est ici capitale. Écrire un livre au lieu d’agir ; s’enrichir, comme un Baverez ou un Zemmour, en écrivant un livre décliniste dont les droits d’auteur pourront éventuellement payer un exil dans un pays accueillant au moment où cela se gâtera ici, voilà les écueils les plus évidents. Jean-Pierre Voyer réfléchissait dans le temps à ces écrivains qui avaient connu la guerre, comme Stendhal ou Tolstoï - deux types humains pour le moins différents -, je me dis que les jeunes Français conscients du désastre (ils sont de plus en plus nombreux) et qui veulent agir par la plume ne peuvent décemment le faire que s’ils agissent aussi par la castagne - et bien sûr cela rendrait service à leur style. "France, mère des arts, des armes et des lois" : Du Bellay, au moment où la littérature française acquiert la conscience d'être française, avait bien compris que la précision artistique et le courage physique (ainsi que le goût de la justice, et qu’est-ce qu’une justice qui n’a pas la force de s’appliquer ?) étaient loin de s’exclure. 

Une dernière citation, qui ne dit rien que mes lecteurs ne sachent déjà, mais la répétition est l’âme de l’enseignement…


"Je veux dépasser la haine par le combat : la noblesse du combat, celui des idées, bien sûr, à condition qu’on puisse les exprimer, est tout ce qui reste aux peuples de l’Europe face à l’immigration massive de peuples incompatibles avec leur génie et qui vont jouer le droit contre le sang, l’idéologie contre la tradition, tout en maintenant leur propre sang comme droit absolu, en me niant comme sang."

mardi 10 juillet 2018

Vous aurez ma haine...

"Il me manque encore quelques haines. Je suis certain qu’elles existent."

J’ai repensé à cette phrase mise en exergue de son Mea culpa par Céline, en découvrant ces lignes d’un écrivain dont j’ignorais qu’il fût capable de cette violence : 

"La tragédie provoquée par [Anders Breivik] constitue la préfigure de la guerre civile qui tôt ou tard va ensanglanter l’Europe, annonce ce qui se produira le jour où les Européens, las d’être submergés par une émigration porteuse d’une tradition étrangère à la culture gréco-romaine et chrétienne qui est la leur, basculeront d’un coup dans la rage, la violence."

G. Matzneff, qui évoque aussi l’attitude de "notre intelligentsia", qui "se prétend voltairienne, mais en réalité (…) rêve, consciemment ou inconsciemment, de voir Notre-Dame transformée en mosquée."


Cité par Muriel de Rengervé dans un petit livre sur Richard Millet et l’affaire provoquée par son Éloge littéraire d’Anders Breivik. - Ce qui est piquant dans cette période où les anti-fascistes sont de plus en plus agressifs et le système de plus en plus combinard, c’est qu’il est de plus en plus facile de comprendre pourquoi, dans les années trente, des gens ont été, à des degrés divers, séduits par le fascisme. Quoi qu’il en soit, comment expliquer ce « rêve » de voir « Notre-Dame transformée en mosquée » ? Je regardais ce matin M. J.-C. Buisson évoquer la réaction pour le moins perplexe de Maurras devant la construction, au moins en partie financée par l’État français, de la mosquée de Paris, par une République laïque, quelques années après des persécutions anti-chrétiennes, et je m’interrogeais sur cette fraternité, c’est bien le mot, entre les idéologies franc-maçonne et musulmane, sans lui trouver une cause convaincante. Un ennemi commun, le catholicisme, tout simplement ? Un jeu de dupes entre des gens qui ont pour pratique depuis toujours de mentir à tous ceux qui ne sont pas de leur camp ? Une répartition des rôles plus ou moins instinctive, du type « la tête et les jambes », les maçons pour les grands discours, les Arabes pour la menace physique ? Tout cela, même mis bout à bout, ne me semble pas suffire. - A suivre…

lundi 9 juillet 2018

"Et ce règne sera le règne de l’Injustice…" (et des Fake news gouvernementales)

Je cite ces lignes, sur lesquelles je tombe par hasard, autant pour leur intérêt propre que rapport à leur auteur : 

"Les journalistes ne sont pas seulement injustes. Ils rendent ceux qui les lisent injustes. Ils les rendent méchants. Ils leur donnent envie de dire le lendemain qu’un de leurs prochains qu’on croyait bon est méchant… Je crois bien qu’ils régneront un jour. Et ce règne sera le règne de l’Injustice. En attendant que le gouvernement devienne injuste, que les lois deviennent injustes, que l’injustice existe en fait, ils préparent ce jour-là en faisant régner par la calomnie, le goût du scandale et de la cruauté dans tous les coeurs."


Marcel Proust…

dimanche 8 juillet 2018

"La France ne peut être la France sans la grandeur."

Il y a quelques années, j’avais interprété ainsi cette phrase de Charles de Gaulle : la conscience malheureuse que la France n’est pas un pays qui peut supporter le juste milieu. Soit elle excelle, soit elle tombe dans des travers absurdes qui laissent les étrangers pantois. (Là où d’autres pays, par exemple les pays scandinaves, s’accommodent très bien d’être tout simplement tranquilles, paisibles, calmes, etc.) Si nous ne sommes pas portés par un élan, nous ne valons rien. Je constate en tombant sur cette phrase de Prévost-Paradol que dès le Second Empire cette idée circulait, certes formulée ici comme une généralité :

"Il n’y a point de milieu pour une nation qui a connu la grandeur et la gloire entre le maintien de son ancien prestige et la complète impuissance."


(Cité par Raymond Aron.) 

samedi 7 juillet 2018

Brève du samedi matin.

"Je ne connais pas de film aussi bête, aussi démagogique et aussi dérisoire que Les tontons flingueurs qui plaît tant aux esprits forts de l'extrême-droite française."

Et pas seulement à eux... Ce film poussif est devenu, au fur et à mesure il est vrai que la qualité de la production française diminuait, un point de ralliement qui m'a toujours semblé, vu son peu d'intérêt, sa complaisance, et, pour le coup, son machisme débile et facile, bien mal choisi. D'où ma satisfaction lorsque j'ai découvert ces lignes de Michel Marmin. - A part ça, bon week-end !

vendredi 6 juillet 2018

"La religion et la famille sont les deux pires ennemis du progrès."

Écrivait Gide, qui voyait critique là où nous verrions plutôt éloge. Cette phrase de son Journal est citée par Arnaud Imatz (Droite / gauche, pour sortir de l’équivoque), lequel ajoute : 

"Depuis Platon, les forgeurs d’utopies, ces modèles imaginaires de sociétés aux gouvernements parfaits, si chers au totalitaristes de gauche, rêvent d’enlever aux parents l’éducation des enfants, qui, disent-ils, appartiennent à la République avant d’appartenir à la famille."


Platon, oui, même s’il faut que je lise les textes où il parle de ça, c’est d’une tristesse… J’essaie ceci dit de changer de thème dans les prochains jours !

jeudi 5 juillet 2018

"J’ai Moix, déjà."

Rigolons un peu avant de commencer : 




"Les « chances » ne pourraient être « égales » qu'entre des enfants qui dès leur naissance auraient été traités comme des orphelins, uniformément enrégimentés dans les mêmes pouponnières, les mêmes maternelles, les mêmes collèges. On n'y arrivera jamais. Peut-être même ne le voudrait-on pas. Mais en poussant aveuglément dans ce sens, on disqualifie et détruit peu à peu toutes les inégalités protectrices qui dans la famille, l'école et la cité, développent la vie humaine et assurent une civilisation." Jean Madiran, je l’ai déjà cité ici (http://cafeducommerce.blogspot.com/2016/06/il-ny-avait-rien-quun-peu-de-vase-leo.html). Difficile de ne pas y repenser en lisant, je sui tombé dessus via E&R, les délires de M. Moix (source  http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/yann_moix_avoir_des_enfants_la_pire_chose_qui_pourrait_m_arriver_342695), en continuité avec les sujets évoqués à votre comptoir préféré ces derniers jours : 

Avoir des enfants, "Ce serait la pire chose qui pourrait m’arriver, confesse l'auteur de Naissance. J’ai moi, déjà. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir vivre avec des jeunes femmes parce qu’elles avaient des enfants. Faits par d’autres, certes, mais faits par elles. Je préfère quand même quand il n’y a aucun lien."

"Je suis inadapté à la famille. Je déteste en voir, en croiser. La notion de famille m’agresse. Quand il y a plusieurs personnes d’une même famille dans une pièce, tout cet ADN regroupé me donne la nausée. Pour moi, être à table avec ses parents, c’est déjà de l’inceste. Quand mes amis ont des enfants, je ne les vois plus jusqu’à ce qu’ils en soient libérés."

"C’est des liens du sang que sont venus le racisme, la monarchie absolue, estime-t-il. La vraie révolution, la vraie égalité totale, ce serait de mélanger les bébés à la naissance comme dans La vie est un long fleuve tranquille. On devrait interdire aux parents d’élever leurs enfants biologiques. Cette manière de placer son ego dans sa chair me donne le vertige."

Il n’y a pas grand-chose à commenter à cette litanie d’horreurs, dont on ne sait pas trop à quelles point elles sont dans l’esprit de celui qui les profère des provocations. Quelques brèves remarques : 

 - "La vraie révolution, la vraie égalité totale…" L’époque est certes à la simplification, mais beaucoup de révolutionnaires des deux siècles passés auraient tiqué tout de même à cette identification pure et simple de la révolution et de l’égalité, beaucoup d’entre eux auraient plus aisément assimilé révolution et justice. Évidemment, votre serviteur, lorsqu’il rêvasse à une révolution, y voit plutôt une restauration de ce que J. Madiran appelle les « inégalités protectrices »…

 - Il n’y a pas besoin d’être homosexuel pour être LGBT (et, heureusement, tous les homosexuels, même parmi les jeunes, ne sont pas LGBT) : M. Moix livre ici un discours qui rejoint tout à fait les thèses développées hier sur le rapport très problématique de certains à l’idée d’un rapport entre le rapport sexuel, le plaisir sexuel, et la reproduction. (Je découvre qu’il a rendu hommage à une actrice qui lui plaisait beaucoup lorsqu’il était jeune, en évoquant toute la « semence » qu’il avait « répandue » en pensant à elle. Difficile de ne pas trouver cette formulation révélatrice. Et j’emprunte à un ami (à qui j’emprunte beaucoup, mais s’il est trop fainéant pour écrire lui-même…) le rappel de ce qui arrive dans la Bible à Onan, lequel, au lieu de féconder Madame, préfère pratiquer le coïtus interruptus et « répandre sa semence » à même le sol : Dieu (en l’occurrence Yahvé, celui de BHL, le patron de M. Moix) le foudroie (ce qui rappelle une vieille blague sur le bossu : l’exécute, plutôt) derechef.)


 - Enfin, il est difficile de ne pas être sensible au mélange de narcissisme et de haine de soi-même ("J’ai moi, déjà." - ainsi que je l’ai suggéré dans mon titre, il y a là de quoi se lancer dans une exégèse lacanienne.) qui transpire de ces lignes, et que l’on peut attribuer à de nombreux individus postmodernes à la noix - pardon, à la Moix. Cela rappelle le mot de Hegel : "La naissance des enfants, c’est la mort des parents." Je ne dis pas qu’il faille être courageux pour avoir des enfants, parce qu’en réalité on ne sait pas ce qui nous attend, et que tout le monde n’y réfléchit pas, mais il faut tout de même s’aimer assez pour avoir envie de transmettre quelque chose, et être assez modeste pour savoir que la personne à qui on va transmettre va vous chasser, d’une certaine manière, de même que vous avez chassé vos parents. Le raisonnement ici est analogue à celui concernant l’animalité hier, M. Moix fait tout le contraire : il se hait trop pour se reproduire, s'aime trop pour accepter de reculer d’un rang. - Qu’il se rassure, cela fait longtemps que, dans l’esprit de beaucoup, il est au dernier rang. Et, après tout, s'il ne transmet rien de lui aux générations futures (ce n'est pas par ses livres que cela risque de se produire), lesdites générations ne s'en porteront pas plus mal.

mercredi 4 juillet 2018

Cachez ce sein qui fait de vous une femme...

Quelques remarques supplémentaires, de François Bousquet et de votre serviteur, sur Michel Foucault, son image, sa postérité. Ces lignes se situent au début du livre : 

"Il aura été le premier en date des philosophes LGBT (et le seul qui qui ne soit pas expressément l’un de ces militants étriqués qui depuis ont fait florès). Plus grand mort que vivant. C’est aujourd’hui la star incontestée des labos de recherche, le coproducteur de la théorie du genre, le gourou de Judith Butler, de la Gay Pride et des pédagogues ; accessoirement, l’auteur en sciences humaines le plus cité dans le monde. (…) Sa parole a été pieusement recueillie dans une montagne de hadiths, les Dits et Écrits du prophète, quatre volumes d’entretiens, de conférences et d’articles, qui vont fixer dans le marbre le seul Foucault autorisé. L’évangéliste des minorités, l’icône homosexuelle béatifiée après son décès, en 1984, des suites du sida. Depuis cette date, il monopolise le champ éditorial."

"On ne peut s’empêcher d’admirer malgré tout le courage qui a animé de bout en bout cette vie et lui confère une dignité stoïcienne. « Le courage est toujours original », dit Wittgenstein. (…) Il a payé de sa personne, souvent à prix coûtant, ses choix. Il y avait chez lui un héroïsme de la pensée. En un temps, le nôtre, où l’homosexualité ne produit guère plus que des petits soldats et des inquisiteurs [et des hommes-blancs-qui-ne-sont-ni-hommes-ni-blancs, nous avons encore progressé depuis l’écriture de ce livre en 2015, note de AMG], il est bon de rappeler qu’elle façonnait dans les âges antérieurs des hommes pour le coup supérieurs, affranchis des chapelles, sans prévention, d’une liberté inconditionnelle, lesquels hommes se sont d’abord élevés contre leur milieu (un milieu qu’on qualifierait aujourd’hui par commodité d’homophobe ou de réac), avant de s’en faire les ultimes défenseurs. Du dernier Pasolini, à qui l’on doit des textes implacables sur l’amnésie identitaire qui allait affecter le monde postmoderne (d’où la demande d’identités parodiques : l’homosexualité, la jeunesse…) aux inclassables Pierre Gripari et Guy Hocquenghem, auteurs, pour le premier, de la Patrouille du conte, fable génialissime sur le politiquement correct, et, pour le second [dont il me semble me souvenir, pour revenir brièvement aux thèmes d’avant-hier, qu’il avait déclaré un jour, en faisant allusion au sale caractère de notre sainte nouvellement panthéonisée, qu’il n’aurait pas aimé être déporté dans un camp où Simone Veil fût kapo, note de AMG], de la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, libelle endiablé contre leurs trahisons de soixante-huitards. C’était avant que les gays ne s’embourgeoisent et ne marient devant le maire. (…) Foucault n’entrait assurément pas dans cette catégorie. (…) Il sentait le soufre et se faisait l’avocat de l’infamie, comme Jean Genet, à ceci près que Genet n’allait pas ensuite prêcher ex cathedra dans le temple du savoir - le Collège de France. Pas de tentation académique chez ce dernier. Toutes les ambiguïtés de Foucault sont résumées dans ce grand écart. A travers lui, l’hérésie - dont les « sexualités hérétiques », celles qui s’enseignent dans les boudoirs sadiens et les backrooms californiens - allait déboucher sur une nouvelle orthodoxie."

A vingt ans à peu près, soit il y a maintenant… plus de vingt ans, j’ai beaucoup lu Foucault. Tous ses livres, enthousiasmé par l’Histoire de la folie, Surveiller et punir, La volonté de savoir (le premier que j’ai découvert). Touché par Naissance de la clinique. Plus désarçonné par Les mots et les choses, l’Archéologie du savoir, L’ordre du discours, les deux derniers cités étant peut-être bien sans le moindre intérêt ni contenu. Et un peu ennuyé par les deux derniers tomes de l’Histoire de la sexualité. Lorsque parut le premier tome des Dits et Écrits, j’ai été déçu de ce qui s’y trouvait, et crois bien n’avoir pas dépassé les cinquante premières pages, d’où mon intérêt pour la réflexion de F. Bousquet sur leur statut et leur officialisation de Foucault comme « évangéliste des minorités » et « icône homosexuelle ». Je ne l’avais pas senti - et j’avais été naïf de ne pas le sentir - à l’époque, mais de toutes façons ce n’était pas ce qui m’intéressait chez Foucault : la séduction de son style mise à part, j’y trouvais une certaine générosité envers les plus laissés-pour-compte de l'histoire, ainsi qu'une conception du pouvoir qui me semblait plus riche que ce que l’on trouvait d’ordinaire dans la théorie politique. Conception que certes l’on peut trouver en partie paranoïaque, mais avec laquelle un Pierre Boutang par exemple ne dédaignait pas de discuter, et qui ne me semble pas vraiment infirmée par les dérives actuelles (et à venir). 

Enfin, il y avait un malentendu profond, que d’autres passages du livre de François Bousquet m’ont permis de formuler sur le tard, malentendu dont la clarification d’une part me fait comprendre une partie de mon intérêt pour Foucault, en l’occurrence surtout pour La volonté de savoir, d’autre part confirme certaines de mes idées (et pas seulement les miennes), sur la théorie du genre et ses hommes-blancs-qui-ne-sont-ni-hommes-ni-blancs. "Il n’y a pas à libérer le sexe, il l’est déjà depuis fort longtemps. C’est du sexe qu’il convient de se libérer." Ces phrases de Bousquet glosant Foucault, ce sont les thèses principales de La volonté de savoir, livre dans lequel il est montré que la bourgeoisie du XIXe était beaucoup plus obsédée par le cul que la France de l’Ancien Régime (comme disait à peu près Baudelaire, avant la Révolution, on ne foutait pas moins, mais on savait foutre sans se prendre la tête), et qui apparurent au jeune homme très obsédé que j’étais comme une libération, pour le coup : il n’y a pas que le sexe dans la vie, ce n’en est peut-être même pas le centre. (J’ai déjà d’ailleurs noté il y a longtemps que beaucoup de livres « gauchistes » des années 70, s’ils avaient été moins pleins d’a priori, auraient, par-delà leur critique du XIXe siècle et du capitalisme, retrouvé les vertus de l’Ancien Régime et/ou du Moyen Age.) C’est ainsi que je lus, sans bigoterie aucune, La volonté de savoir.

Il est bien évident que l’habitué des backrooms SM qu’était Foucault avait autre chose en tête que moi - ce qui n’infirme pas d’ailleurs la thèse principale du premier tome de l’Histoire de la sexualité. Cela m’amène au deuxième point annoncé. Certaines formules de Foucault, citées par F. Bousquet, comme « la sexualité sans sexe » pouvaient m’apparaître comme une manière plus tranquille et raffinée de baiser, avec notamment un goût pour et une valorisation des préliminaires et des caresses buccales données et reçues (goût qui ne m’a jamais quitté, plus de vingt ans après…). Il est clair que chez Foucault comme chez les adeptes de la théorie du genre et les hommes-blancs-qui-ne-sont-ni-hommes-ni-blancs, il ne s’agit pas de ça, mais il apparaît aussi de plus en plus clairement qu'il s'agit, tout simplement, d’une haine du corps en général et de leur corps en particulier. C’est paradoxal certes, même si le goût de ces personnes pour les tatouages, scarifications, pratiques masochistes, et tout ce que l’on voit maintenant avec les transsexuels, en est une première indication. Il faut aller plus loin. "Le sexe, c’est le sexe et autre chose que le sexe", écrivais-je souvent il y a quelques années, pour signifier que le sexe est animal et est aussi autre chose. C’est cette part animale, la plus innocente d’une certaine manière d’ailleurs, que nos amis LGBTetc. ne peuvent supporter, c’est l’idée que le sexe puisse donner la vie qui les fait gerber, d’où ce paradigme de « sexualité sans sexe ». Tous les LGBT ne sont pas végan, ou engagés dans la lutte pour la condition animale, mais il n’est pas indifférent que l’on assiste en même temps à une défense des animaux qui, dépassant le souci légitime de limiter les souffrances que nous pouvons leur faire endurer, fait comme si les animaux étaient des humains, et à une offensive LGBT et transhumaniste qui cherche à séparer de plus en plus le sexe de la reproduction et l’homme de son caractère animal. Tout le contraire de ce qu’il faut faire, en somme. (On pourrait évoquer aussi l’intérêt des LGBT pour la promotion de l’avortement, qui ne devrait aucunement les concerner.)


Ce qui est amusant dans l’histoire, si comme F. Bousquet, et il a raison, on garde en tête la différence de stature entre Foucault et ceux qui aujourd’hui se réclament de lui, c’est que ceux-ci d’un certain point de vue se situent tout à fait dans la lignée de ce qu’il décrivait dans La volonté de savoir : ils sont à la fois obsédés et dépassés par le sexe (ou la sexualité), ils veulent se libérer d’oppressions plus ou moins imaginaires ou plus ou moins nécessaires alors qu’ils ne pensent qu’à ça, ne parlent que de ça, et du coup, comme le célèbre homme-blanc-qui-n’est-ni-homme-ni-blanc, ils accusent les autres, finalement, d’avoir des yeux pour voir et des mots pour nommer. D’où d’ailleurs ces attaques sans fin, et qui ne pourront en avoir tant qu’on écoutera ces gens-là (la soumission à la doxa et même à l’écriture inclusive d’un parfait macho hétérocentré comme D. Schneidermann en étant un exemple révélateur…), puisqu’il faut tout centrer sur le symbolique, les perceptions, les assignations, etc. - tout cela au fond par impossibilité d’accepter ces deux faits simples : la majorité de l’humanité jouit encore du fait de l'introduction d'une verge dans un vagin ; et cette jouissance-là peut avoir des conséquences, et des conséquences bénéfiques, une vie de plus. On comprend qu'à certains cela donne le vertige. 

mardi 3 juillet 2018

Je n'ai pas eu le temps de finir un autre texte sur M. Foucault et F. Bousquet.

Par conséquent, un peu de Suarès : 

"La paresse est la prostitution de l'homme. Qui dégoûte les hommes du travail, les avilit. Les travaux forcés sont moins dégradants que le cirque. Le travail bien fait est la seule noblesse de ceux qui ne sauraient prétendre à aucune autre. Que feront les prolétaires, s'ils ne travaillent pas ? Ils se prostitueront à tous les instincts. Aimer ce qu'on fait, et le faire le mieux possible, tout est là. Quand un Lafargue prône la paresse, c'est la matière qui prêche la matière. Tout conformiste est matérialiste en son fond." 

(Je n'ai pas signalé mes assez nombreuses coupures.)

lundi 2 juillet 2018

M. Foucault : "La migration est un investissement, le migrateur est un investisseur."

`


"Les passions nous bouleversent, la syntaxe française est incorruptible, disait Rivarol." L'écriture inclusive, c'est vraiment la syntaxe sodomisée par les passions. 




Bonne nuit les petits ! 





D'un génocide l'autre, comme aurait pu dire Louis-Ferdinand, qui s'y connaissait dans la dialectique persécuteur-persécuté...



Après ce week-end d’infamie et de culture de la mort à tous les étages, quelques extraits du petit livre de François Bousquet sur Michel Foucault.

"Libéré, le sexe est devenu néolibéral. Ici aussi…, le libertaire a fait le lit du libéral dans l’une de ces habituelles ruses de la raison hégéliennes. Côté pile, fétichisme de la marchandise ; côté face, fétichisation du cul. Résultat : l’obscénité sature l’espace public. Ainsi a-t-on progressivement glissé d’une civilisation dominée par la frustration (le névrosé classique vivant dans le registre de la jouissance différée) vers une civilisation dominée par la perversion, qui faisait les délices de Foucault (le consommateur compulsif jouissant immédiatement). (…) Comme à l’accoutumée, ce dernier se défendra d’avoir joué un rôle dans ce retournement, alors qu’il en avait été l’un des principaux protagonistes. Responsable, mais pas coupable."

"D’un bout à l’autre de son oeuvre, Foucault met en scène la progressive dépossession de la souveraineté, sa captation par les luttes minoritaires : les homos, les féministes, les passifs, les actives, les clitoridiennes, les dominé(e)s de tout poil, qui maîtrisent désormais le champ symbolique des interdits - le contrôle de ce qui est licite et illicite - après avoir conquis l’univers de la mode et de la culture, l’industrie de la publicité et celle du divertissement. Étudier Foucault, c’est inlassablement mettre à nu les stratégies de ces cultures naguère marginales. Ou comment les pratiques minoritaires (quelques-uns) vont contraindre les usages majoritaires (presque tous) par un flicage permanent. Car sur quoi s’exercent aujourd’hui les procédures de contrôle ? L’homophobie présumée, la suspicion de machisme, le racisme subliminal. Le coupable, c’est le mâle (mal) blanc occidental hétérocentré, à l’inconscient raciste, homophobe et phallocrate, qui va faire l’objet d’une castration lexicale, textuelle et finalement juridique, à défaut d’être chimique. N’est-ce pas là la version masculine d’une nouvelle chasse aux sorcières ? 

La tyrannie du minoritaire a pris le pouvoir. Elle n’est pas seulement l’oeuvre d’une élite technocratique ou financière, elle est le travail quotidien des nouvelles féodalités qui amendent les lois et restaurent dans les interstices une société de privilèges. (…)


Rien d’étonnant à ce que Foucault ait été l’un des premiers intellectuels à prendre fait et cause pour les migrants. Le professeur au Collège de France laissait l’indignation au pétitionnaire qui battait le pavé parisien avec les étrangers, pendant que, revêtu de son autorité académique, il prêchait en chaire le catéchisme néolibéral de la mobilité humaine (hantise des sociétés disciplinaires, bénédiction des sociétés ouvertes), peu importe qu’elle crée un marché du travail low cost et dicte sa loi du dumping social au peuple. « La migration est un investissement, le migrateur est un investisseur », qui vient grossir les rangs des armées de réserve du capital (voilà qui nous éloigne un peu plus de Marx), opérant « des choix d’investissement pour obtenir une amélioration dans les revenus » dixit le professeur Foucault dans le plus pur galimatias des théories du capital humain. Au patronat de démanteler l’État-providence, trop coûteux ; à l’extrême-gauche d’abattre l’État-nation, trop archaïque. Foucault a joué un rôle de premier plan dans cette alliance à front renversé. Dans son sillage, la lutte contre les discriminations se substituera à la lutte des classes ; le lexique de l’exclusion prendra le pas sur celui de l’exploitation ; et la parité chassera l’égalité de l’agenda des ex-gauchistes. Ils seront dorénavant « pluriels », « motivé-e-s », « solidaires », « sans » - et bientôt « trans ». Soyez réalistes, demandez l’impossible au néolibéralisme !"

dimanche 1 juillet 2018

"La société se polarise comme jamais."


"C'est au moment où on veut bannir le mot race que la question raciale resurgit au cœur de la vie politique, à travers l'action des groupuscules identitaires d'extrême-gauche, dont les Indigènes de la République sont emblématiques. La mouvance indigéniste entend achever la décolonisation en dénationalisant la France, ce qui implique à la fois sa soumission et sa conversion à un multiculturalisme qui veut non seulement réintroduire la race dans le débat public, mais qui veut en faire la catégorie fondatrice de la citoyenneté et de la représentation. Elle pousse à une racialisation des appartenances qui accule ensuite au séparatisme racial revendiqué, comme on le voit avec la multiplication des « rencontres non-mixtes pour personnes racisées » dans le milieu universitaire, pour emprunter les termes de la novlangue diversitaire. En fait, si on se penche un peu sur les textes de référence de cette mouvance, on constate qu'elle cultive un racisme antiblanc décomplexé. S'il y a une tentation raciste en France, elle vient de là."

« Racisés » par qui ? La question du complément d'agent absent est ici plus subtile que d'habitude, puisque ce sont ceux-là mêmes qui emploient le terme « racisés » qui sont dans une problématique racialiste, en accusant ceux qui se contentent de voir qu'il y a des noirs, des blancs, des arabes, des hommes, des femmes, etc. et ainsi de suite, en accusant sans preuve ceux qui ont des yeux pour voir, d'être racistes. J'y reviendrai, si Dieu me prête vie. 


"On peut aussi voir dans l'idéologie diversitaire qui a fait du politiquement correct son régime de censure médiatique une poursuite de la tentation totalitaire qui hante la modernité et qui se présente aujourd'hui sous un nouveau visage. (…) Nous recommençons à rêver de l'homme nouveau, mais il s'agit cette fois de l'homme sans préjugés, délivré de ses appartenances, de sa culture, de ses désirs et du vieux monde auquel il était encore lié. Le politiquement correct a pour vocation d'étouffer la part du vieux monde encore vivante en lui pour lui permettre d'enfin renaître après son passage dans la matrice diversitaire, purifié et prêt à embrasser une nouvelle figure de l'humanité, délivrée de cette préhistoire morbide qu'aura été l'histoire de l'Occident. Car pour que l'humanité nouvelle advienne, on doit d'abord en finir avec l'Occident en général et l'Europe en particulier."

Retournons la phrase, cela devient un slogan : c'est à l'Europe (non exclusivement) de faire que cette nouvelle humanité, encore plus détestable (Baudelaire, la détestable humanité... toute ma jeunesse) que l'ancienne, n'advienne pas. 

"Sur le plan philosophique, le politiquement correct repose sur une inversion radicale du système normatif de notre civilisation, qui doit désormais neutraliser et déconstruire son noyau existentiel, pour se définir désormais à partir de ceux et celles qu'elle aurait historiquement exclu, qui sont désormais investis d'une charge rédemptrice quasi-religieuse.

Concrètement, le politiquement correct repose aujourd'hui sur une culture de la surveillance généralisée : tout ce qui entre en contradiction avec l'orthodoxie diversitaire est dénoncé et monté en scandale par des groupuscules à la psychologie milicienne qui se comportent comme des professionnels de l'indignation - et il s'agit d'une profession rentable."

"La gauche idéologique est-elle capable de s'imaginer un adversaire qui ne soit pas un ennemi du genre humain? Sa tentation, à laquelle toujours elle cède, c'est la croisade morale pour chasser de la cité ceux qui ne souscrivent pas à ses dogmes. Elle ne croit pas au pluralisme politique : elle distingue entre l'avant-garde, qu'il faut célébrer, et dans laquelle elle se reconnaît, et l'arrière-garde, assimilée au bois-mort de l'humanité, dont il ne faut pas s'encombrer et qui est de toute façon condamnée par le sens de l'histoire. Au fond d'elle-même, elle croit à la vertu politique de l'ostracisme. Ce qui la menace, toutefois, c'est qu'une part de plus en plus importante de la population se fiche désormais des campagnes de salissage médiatique. Plus encore : plus les médias désignent à la vindicte publique un homme ou une idée, plus cette frange de la population s'y identifie. La société se polarise comme jamais."

"Nos sociétés, avec raison, sont prêtes à s'ouvrir à une pluralité de modes de vie, c'est la grandeur des sociétés libérales, mais n'ont pas particulièrement envie d'être transformées en un grand camp de rééducation idéologique à ciel ouvert avec des sermonneurs sur toutes les tribunes qui les accusent d'être arriérées."

"Pour que la politique soit civilisée, ou du moins, pour qu'on contienne sa charge polémique, elle doit s'inscrire dans un monde commun, qui transcende nos désaccords les plus profonds. Ce cadre, c'était la nation. Quand elle se décompose, c'est une psychologie de guerre civile qui remonte à la surface."


J’ai mis en évidence la remarque "la société se polarise comme jamais", car c’est ce qui me frappe beaucoup ces derniers temps : entre les Français de droite et les proches de la France insoumise - sans même évoquer la contre-société des cités, et les "puisque ces événements nous échappent, feignons d’en être les organisateurs" de LREM -, l’écart des positions devient abyssal, au point que l’on se demande ce qui peut encore permettre à ces gens-là de communiquer. Certes, je le sais bien, on peut continuer à discuter sur fond de positions philosophiques irréconciliables, on peut même croire que l’on est plus d’accord, ou moins en désaccord, que ce n’est réellement le cas, mais en période de polarisation, il y a un moment où ces ambiguïtés rassurantes et plus ou moins volontaires ne peuvent plus cacher la fracture qui s’est créée. 


Ceci étant, on n’oubliera pas, en étant nous-même un exemple, qu’à force de comprendre à quoi ressemble réellement, le plus souvent hélas, ou en tout cas avec le plus d’influence nuisible sur ses pairs et sur ses non-pairs, un jeune-défavorisé-des-quartiers-difficiles ou un musulman-du-quotidien, certains gens de gauche entament une révision nécessaire de leurs a priori, et donc, de ce fait, s’ouvrent à la communication avec leurs compatriotes « beaufs » ou « fachos ». Mais la fuite en avant des autres, évoquée par M. Bock-Côté, et notamment de certains élus, ne laisse pas d’inquiéter. 

samedi 30 juin 2018

Léon Bloy aux esclaves salariés, aux esclaves chômeurs, aux migrants qui viennent chercher notre esclavage...

La formule est connue et j’ai dû la citer dans le temps, mais il me semble pas inutile de vous l'offrir à l’aurore d’un week-end de début juillet, de match de football, de « canicule », de limitation de vitesse pour les automobilistes, etc. :


"Le travail est la prière des esclaves, la prière est le travail des hommes libres."

vendredi 29 juin 2018

N’endurer aucun martyre et n'évangéliser que très peu de musulmans...

La puissance de Léon Bloy est telle que lorsqu’il dresse le portrait des ecclésiastiques consensuels de la fin du XIXe, on a l’impression qu’il fixe le cadre dans lequel tous leurs successeurs, comme happés par la violence de son style et la pertinence de son jugement, vont comme malgré eux se glisser. On peut dire que ces remarques sont toujours actuelles, mais l’effet produit par ces lignes me semble plus fort : à leur lecture, on se dit que les gens qui ont le renoncement au coeur s’y soumettent d’eux-mêmes, quand bien même ils ne les connaissent pas, et se dirigent vers la case que Bloy leur a assignée. 

Voici le premier extrait, un portrait du Père Didon, auteur d’un livre sur l’Allemagne qui ne semble pas plus du goût de Bloy que ne l’était de celui de L. Daudet (livraison du 15 juin dernier) l’importation de la philosophie kantienne en France : 

"Le Père Didon est un avaleur de formules comme on est un avaleur de sabres, et Dieu sait si notre siècle est fertile en formules !

Cet homme a tout englouti, tout engouffré. La divinité de la science, l’infini des connaissances humaines, la suprématie absolue de l’intelligence, l’égalité de l’homme et de la femme par l’instruction, le triomphe de l’expérimentalisme, la tolérance sage, le respect de toutes les croyances, l’harmonie de la science et de la foi, l’installation terrestre de la paix et de la fraternité, etc. ; toutes ces viles rengaines écaillées et poussiéreuses, bonnes tout au plus à conditionner un boniment électoral, il nous les rapporte d’Allemagne, dans un livre de néant dont l’unique supériorité est le plus effrayant ennui qui puisse être senti par des hommes."

Le Père Monsabré maintenant, qui officiait à Notre-Dame, rien moins : 

"C’est un robinet d’eau tiède en sortant, glacée quand elle tombe. Et il lui faut toute une année pour nous préparer ces douches !

Il se trouve des naïfs que cette vacuité stupéfie. Mais c’est comme cela qu’on les fabrique tous, depuis longtemps, les annonciateurs du Verbe de Dieu ! 

Une glaire sulpicienne qu’on se repasse de bouche en bouche depuis deux cents ans, formée de tous les mucus de la tradition et mélangée de bile gallicane recuite au bois flotté du libéralisme ; une morgue scolastique à défrayer des millions de cuistres ; une certitude infinie d’avoir inhalé tous les souffles de l’Esprit-Saint et d’avoir tellement circonscrit la Parole que Dieu même, après eux, n’a plus rien à dire. Avec cela, l’intention formelle, quoique inavouée, de n’endurer aucun martyre et de n’évangéliser que très peu de pauvres ; mais une condescendante estime pour les biens terrestres, qui réfrène en ces apôtres le zèle chagrin de la remontrance et les retient de contrister l’opulente bourgeoisie qui pavonne au pied de leur chaire. Tout juste la dose congrue - presque impondérable - de bave amère sur les délicates fleurs du Grand Livre, pour lesquelles fut inventée la distinction laxative du précepte et du conseil. Enfin l’éternelle politique régénératrice, l’inamovible gémissement sur les spoliations de la Libre Pensée et l’incommutable anxiété de péroraison sur l’avenir présumé de la chère patrie… Quand on entend autre chose, c’est qu’on a la joie d’être sourd ou l’irrévérencieuse consolation de dormir."


La messe est dite !