mardi 23 avril 2019

Respect de la singularité de la nudité.

(Rohmer, catholique, curieux, passionné notamment d’architecture, aurait certainement eu des choses à dire sur Notre-Dame et ce qui va en advenir.)

Une citation prise dans l’entretien sur Rohmer avec Ludovic Maubreuil et Pierre Cormary, mais il faut évidemment tout lire (j’ai quelques réserves sur certaines remarques de P. Cormary, mais pas le temps de les émettre, et puis nous sommes un vieux couple maintenant, cela peut attendre…) : 

"Le cinéma de Rohmer n’est pas bourgeois, c’est pourquoi il ne cherche jamais à transgresser mais bien à transmettre. Transmettre par exemple que la représentation du nu ne saurait être sans conséquence. Jamais Rohmer ne montre un nu avec la même franchise, la même innocence, qu’un visage ou un paysage. Cette faille esthétique bat en brèche la vulgate de l’époque, laquelle voudrait que les toutes les images soient égales, inoffensives, montrées avec la même neutralité, la même objectivité bienveillante. De toute évidence, il n’en est rien : certaines résistent !"

L. Maubreuil - l’ensemble se trouve ici : https://comptoir.org/2019/04/11/a-la-recherche-du-paradis-francais-deric-rohmer/?fbclid=IwAR1uWhqNBZ3-zg6yKBr9QwUkTuTvXZnx3VPbVp5HoskU8hdOUiHJlb_Q7eY


lundi 22 avril 2019

"D'antico amor sentí la gran potenza..."

Restons en Europe méditerranéenne, ce n'est pas le pire endroit pour la spiritualité : j’ai lu le chant XXX du Purgatoire, auquel faisait référence Jean Starobinski dans une livraison récente. Je ne vous en citerai qu’un seul bref passage, l’apparition de Béatrice, en français d’abord (traduction J. Risset) - les couleurs de la flamme vive dont il est question sont le vert, le blanc et le rouge / l’Espérance, la Foi, la Charité : 


"…m’apparut une dame, sous un vert manteau, 
vêtue des couleurs de la flamme vive. 
Et mon esprit, qui depuis si longtemps 
n’avait pas été, en sa présence, 
brisé et tremblant de stupeur, 
sans l’avoir encore reconnue de mes yeux, 
par la vertu secrète qui venait d’elle, 
sentit la puissance de l’ancien amour."

En italien ensuite et surtout :

"…donna m’apparve, sotto verde manto
vestita di color di fiamma viva.
E lo spirito mio, che già cotanto 
tempo era stato ch’a la sua presenza
non era di stupor, tremando, affranto, 
sanza de li occhi aver piú conoscenza, 
per occulta virtú che da lei mosse, 
d’antico amor sentí la gran potenza."



La suite est une belle engueulade de la part de Béatrice, je vous encourage à y jeter un oeil, si comme moi vous êtes profane en matière de Divine comédie. A demain, si Dieu nous prête vie ! 

dimanche 21 avril 2019

"La claire valeur cognitive, faiseuse de science, créatrice de certitude…"

A propos de Platon : 

"Cependant, on resterait dupe de trop belles images, si l’on négligeait de se demander, très précisément, si ce qui fut son grand moyen d’explication et de démonstration n’avait pas commencé par agir dans l’esprit de Platon lui-même comme instrument de connaissance et de découverte. Ce dialogue écrit, ce dialogue parlé n’est-il pas né, par sa logique naturelle, du trouble intérieur et du débat silencieux dans lesquels la question et la réponse, l’objection et la réplique, la contradiction et les divers efforts de conciliation, bref, tous les mouvements que suscite le dialogue, eussent d’abord joué, comme à fleur de pensée, pour en cerner l’objet et le circonscrire, afin de permettre de le pénétrer où il faut ? Le nom de maïeutique pris au pied de la lettre pourrait nous empêcher de sentir cela, qui est flagrant. 

Ces conversations éternelles ne seraient pas ce qu’elles sont si l’on se contentait d’y admirer des échanges de vues ou des chocs d’opinions entre hommes mortels, dont le plus sage n’aurait fait qu’un métier de guide ou de maître. Nous devons y trouver aussi l’écho distinct, la trace claire d’une lutte qu’avait soutenue pour son compte, au mystère secret de sa personne intime, l’esprit même du maître, lorsque son verbe encore muet cherchait à se définir pour s’articuler. Le drame serait moins vif, l’action moins passionnée si, avant d’accoucher les autres, Platon ne s’était accouché lui-même. C’est pour s’en éclaircir et pour mieux arrêter son propre jugement qu’il confrontait ainsi aux lumières uniques d’une conscience attentive tant de thèses diverses, sur le théâtre intérieur ! 

Si l’on veut bien y réfléchir, peu d’instruments de recherche et de découverte égalent ce loyal usage et ce maniement désintéressé de la Discussion. Sans doute le vieil organum est facilement corrompu dès que les passions s’en mêlent, ou les préjugés, ou les opinions ; à plus forte raison quand les idées servent d’engin de bataille aux intérêts, car cela dégénère en un parlementarisme philosophique de faible valeur. A l’état pur, quelle merveille ! Ceux qui l’ont assimilée à un jeu d’esprit lui font une injustice amère. On blasphème (et je connais trop de plaisant qui osa ce brocard impie) quand on se permet de se plaindre que les Dialogues ne « soient pas en vers ». Cela en revient à en oublier la claire valeur cognitive, faiseuse de science, créatrice de certitude. Pour railler dignement Platon ou se donner le droit de le contredire, il faudrait éviter de commencer par le méconnaître. Hiérophante, soit ! Mage, si vous voulez ! D’abord et surtout passionné du vrai : un héros de la connaissance. 

Personne ne méconnaîtra ni l’importance ni, en beaucoup de cas, la sûreté de ses réponses au questionnaire général de l’Esprit et de l’Âme. Quand sa solution n’est pas bonne, le problème subsiste, soit dans la forme où il l’a posé, soit fortement marqué de lui. Souvent il l’a vu le premier, c’est lui qui l’a inscrit en tête du Recueil des doutes, des questions et des curiosités. Il va de soi que l’on éprouve un malin plaisir à l’entendre développer, avec un sérieux augural, quelques-unes de ses erreurs les mieux établies. Nous aimons à le voir contredit, rabroué, corrigé de la main des disciples et des amis qui eurent le coeur de ne pas le préférer à la vérité [allusion, m’apprend l’éditeur, "à l’Éthique à Nicomaque, dans laquelle Aristote écrit qu’on doit faire passer la vérité avant l’amitié."]. Mais, revers ou disgrâce, il n’est en point humilié ni diminué, semble-t-il. Et même le simple mortel reprend quelque courage quand il expérimente auprès d’un aussi grand homme que le Vrai soit, comme il le disait du Beau, d’une approche si difficile ! Ainsi arrive-t-il de mieux comprendre et de mieux admirer tous ces endroits où, les idées en lutte se posant, s’opposant, se disposant, se composant sur leurs propres vertus internes et d’après le degré de force que confère à chacune la mesure de l’évidence, l’intègre Vérité en sort au grand jour, toute claire. 

Très précisément parce que Platon n’avait cessé de l’aiguiser et de la perfectionner au service des vrais amis de la Sagesse, cette belle arme du Dialogue n’a plus fait de progrès après lui. L’arc d’Ulysse ! Ses successeurs n’en ont tiré aucun avantage nouveau, cela a été avoué pour un Cicéron, un Joseph de Maistre, un Renan. Entre eux et lui, la différence aura tenu, presque toujours, à ce qu’ils eurent l’air de poursuivre l’unique dessein d’une démonstration personnelle, sur un air d’apologie ou de polémique. Mais, lui, qu’il attaque ou qu’il défende, semble dire aux idées qu’animent son souffle et sa vie : - Allez, luttez, mesurez-vous, c’est à chacune de vous de faire sa preuve ! et si, par un coup du hasard ou par sa perfidie de sophiste-poète, il nous a laissés dans l’incertitude quant au sens de l’issue accordée au duel, nous demeurons flottants entre l’irritation de l’incertitude et son charme, tant la demi-lumière elle-même fait encore entrevoir de belles belles dépouilles et convoiter de plus douces proies ! 

Ce dernier inconvénient a été ressenti avec vivacité par nos écoles du Moyen Âge, toujours attentives à l’autorité d’une solution et qu’imprégnait à fond l’autre Maître, celui du Lycée [Aristote, de nouveau]. Cependant, si mal connu qu’y fût Platon, l’intérêt de son processus et de sa méthode n’y était pas ignoré ni contesté. A voir les choses d’un peu haut, l’exposé thomiste en dérive en quelque manière : avec son alternance de négation et d’objection (ad primum sic proceditur) et de réponses dogmatiques appuyées sur le sed contra, le mécanisme de la Somme transcrit dans une sorte de musique réglée le libre cours des argumentations platoniques : l’opposition et la réplique ont été mises au pas, mais elles luttent pour l’existence aussi loyalement et aussi vivement que les personnages vivants de Phédon et du Banquet. La perte pour l’art y est compensée par un gain réel de la connaissance.

On ne conteste aucun progrès ultérieur quand on tente d’imaginer ce que la première méthode, toute guerrière, procura de clarté, limpide ou trouble encore, au plus humain et au plus divin des esprits. 

Tout le monde en a profité. A la lettre, le monde entier. Païens et chrétiens, juifs et arabes, schismatiques et catholiques, classiques et romantiques se sont instruits, nourris de lui : il serait donc assez. ingrat de limiter la dette morale de l’univers à la zone de l’imagination et du sentiment. Platon demeure au premier rang de ceux qui personnifient ce qu’il y a de plus dépouillé, de plus simple et de plus général dans les catégories de la pensée pure."


C. Maurras, Les vergers de la mer, 1937. 

samedi 20 avril 2019

"Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’Occupation."

Vous connaissez sans doute ce célèbre paradoxe de Sartre - qui, mine de rien, approchait à sa manière une vérité d’importance relative aux différences entre catholicisme et protestantisme et/ou kantisme : peut-être est-il plus aisé d’être libre quand la règle vous est extérieure, et qu'elle vous offre des marges de jeu, que lorsque vous devez vous plier à des injonctions dont vous êtes plus ou moins l’inventeur, le créateur, l’initiateur… (C’est d’ailleurs pour cela que la nouvelle Occupation, en cours de mise en place, nous laissera moins « libres » que celle dont parlait Sartre, puisque nous sommes supposés en être les acteurs à la fois dynamiques et dociles, et dynamiques parce que dociles.)

Je vous parle de ça dans la mesure où cette phrase m’est revenue en mémoire devant le spectacle, que je suis enfin allé voir, de Notre-Dame telle qu’en elle-même l’incendie l’a découverte. Jamais je ne l’ai vue aussi belle que maintenant, tel fut mon premier sentiment, comme si son état de faiblesse actuelle la grandissait encore. - Et puis, entre nous, cette flèche manquante ne me manque pas trop, même si les grues des travaux et investigations actuellement présentes empêchent de se faire une idée concrète de ce que serait notre cher édifice sans la symbolique phallique Viollet-le-Ducienne…


 - Finalement, j’ai trouvé une autre citation, une phrase d’Emmanuel Berl que je trouve lumineuse, donc vous aurez aujourd’hui deux livraisons pour le prix, si j’ose dire, d’une, joyeuses Pâques : 

"A mesure que le progrès se développe, il se démasque. Il vise beaucoup moins le bonheur que la puissance."

Vous êtes prévenus ! 

vendredi 19 avril 2019

"Si la crainte ne fermait les bouches devant un arbitraire puissant..."

"L’ignorance est l'ignorance. Nul droit à croire quelque chose n'en saurait dériver." (S. Freud). 


L'esprit encore secoué par les absurdités que je peux lire ici et là, les projets déments de nos gouvernants concernant la rénovation d’un édifice dont ils ne peuvent bien sûr comprendre à quel point il les dépasse et les juge, 

 - nous croyons toujours spontanément que le bon sens va à un moment ou un autre l’emporter ; mais quand on a un logiciel précis dans le cerveau, c’est avec ce logiciel que l’on filtre, examine, étudie tous les événements, même les plus inattendus : il n’est donc hélas guère surprenant que ce soit avec leurs lunettes de post-modernes maçonnisés que ces crapules voient la situation. La sagesse populaire, plus lapidaire et moins politique, le formule ainsi : "Quand on est con, c’est pour la vie."

L’esprit encore secoué, disais-je, je tombe sur ces lignes de Maurras sur Antigone et Créon. Le parallèle entre ce tyran et Macron n’a pas besoin d’être souligné plus d’une fois, et encore : vous en jugerez. - Attendons Antigone comme d’autres attendaient Godot, ou comme Simone Weil attendait Dieu, ou comme certains attendaient le Messie… ; ou produisons-la nous même, antigonons-nous ! 

"Créon a contre lui les dieux de la Religion, les lois fondamentales de la Cité, les sentiments de la Cité vivante. C’est l’esprit même de la pièce. (…) Ce que [Sophocle] veut nous montrer, c’est le châtiment du tyran qui a voulu s’affranchir des lois divines et humaines

Antigone en a bien le sentiment. Dès le début, parlant de son dessein à sa soeur, en se prévalant de la beauté de l’acte, elle déclare refuser de manquer à la Loi souveraine que respectent les dieux. Lorsque le tyran lui reproche de préférer ce qu’elle aime à la patrie, c’est lui qui parle, c’est lui qui nous est montré prenant sa folie pour de la sagesse, et qui veut identifier son jugement particulier aux nécessités du salut public : toute la suite du drame va démontrer le contraire par la conséquence même de la mauvaise action de Créon qui détruira la Cité au lieu de la maintenir, ruinera l’Autorité et la Royauté au lieu de les sauver. (…)

Ce n’est pas un Chef que fait parler Sophocle, ce n’est pas un homme d’État, c’est le tyran au sens moderne, le despote, égaré par le vertige du pouvoir. Sur quoi le Choeur se plaint que l’homme soit sujet à toujours confondre les lois issues de frêles mains humaines avec les lois des dieux qui sont inébranlables. Il va jusqu’à conclure que le gouvernement d’un homme ainsi fait n’est pas bienfaisant pour la Ville, pour la Patrie. (…)

Que répond Antigone au premier interrogatoire ? Que l’arrêt de Créon n’était pas légal. Il n’avait pas été promulgué par Zeus, ni enregistré par Dikè. Un simple édit, même royal, n’est pas assez fort pour infirmer les principes inécrits, ces données synthétiques de l’Ordre, ces hautes traditions des Autels, des Foyers, des Tombeaux, dont nul ne connaît l’origine et auxquels la simple décision « d’un homme » ne peut se comparer. S’il la prend pour une folle, il se trompe : c’est lui qui est fou. Elle le lui dit. Ce qui l’enrage encore. Le Choeur a peur, Antigone affirme cependant devant lui que tous, ici, l’approuveraient si la crainte ne fermait les bouches devant un arbitraire puissant. Créon veut invoquer l’opinion publique des Thébains : « Ils voient comme comme moi, répond-elle, ils ne parlent que pour te plaire… » (…)

Le caractère tyrannique du rôle de Créon s’accuse et s’accentue encore. Le poète lui fait dire des paroles impies : d’un chef, il faut exécuter tous les ordres, petits ou grands, justes ou non ! Après s’être déchaîné contre l’indiscipline et l’anarchie, ce possédé se retourne et s’insurge, en fait, contre la justice, qui est l’un des principes et des fins de son autorité. (…) Hémon [fils de Créon et amoureux d’Antigone] demande à son père de ne pas s’en tenir à sa propre pensée, sa pensée isolée, ni à son sentiment unique

« Telle est la voix du peuple entier de Thèbes, insiste Hémon.  
 - Alors, reprend le père, c’est le peuple qui va commander ?…»

Sur quoi, le jeune homme ose se tourner vers le Choeur et le prend à témoin que son père parle comme un enfant ! Le tyran argue de son droit sur la Cité. Le jeune homme répond qu’on ne peut pas régner sur un pays désert. 

« Tu discutes ton père !
 - Tu manques à la piété.
 - Je maintiens mon pouvoir. 
 - Tu bafoues les dieux. 
 - Tu es asservi par une femme. 
 - Je ne suis pas, du moins, asservi par le Mal… » (…)

Antigone marche à la mort : Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ses dernières paroles ont été pour protester qu’elle n’a violé aucune loi : « On l’accuse d’impiété, elle, la Piété même ! »

C’est alors que surgit un personnage qui, s’il restait le moindre doute sur la question, en trancherait les derniers noeuds. Figurons-nous, un quart d’heure après le supplice de Jeanne d’Arc, quelqu’un comme le Pape de Rome venant dire aux Anglais : « Oui, c’est bien cela, vous avez brûlé une Sainte ! »

Le devin Tirésias remplit ici ce rôle théologique : il vient affirmer à Créon, conformément au cri de la Ville, que le Ciel est contre lui, qu’il court à de nouveaux désastres, que les augures et les présages le condamnent, lui ! (…)

Ce qui ne manque pas de déchaîner, pour la dernière fois, les cris de fureur de Créon. Tirésias, qui fut son bon conseiller et son pontife dévoué, est traité de vendu, bravé, défié, bafoué, ce qui amène une sorte d’excommunication solennelle, dans laquelle le Pouvoir religieux fait connaître au Pouvoir civil, sorti de son cadre, tiré de son échelon, que l’expiation directe va commencer : un homme de la propre chair de Créon va périr parce qu’il a privé le mort des funérailles dues, parce que son impiété a violé les « dieux d’en bas » sur lesquels n’ont de pouvoir ni les hommes, ni même les dieux d’en haut : les Érinyes déchaînées feront entendre des cris d’horreur et de fureur jusque dans le foyer de Créon. 

Menaces effrayantes ! Elles ébranlent Créon, elles le retournent, il est trop tard. Antigone s’est tuée dans son tombeau, Hémon manque de tuer son père, et se tue lui-même. Le messager qui fait le récit conclut que pareil manque de sagesse est pour les hommes le pire des maux. Rien de plus exact. Contre la religion, contre les dieux, contre les lois fondamentales de la Cité et de la race et, je répète, contre son propre pouvoir, contre la mesure de la raison ou le bien de l’État, Créon est le type accompli de l’insurrection. (…)"



("Antigone vierge-mère de l’ordre", 1944, je n’ai pas signalé toutes mes coupures.)


jeudi 18 avril 2019

"Cette nuit cruelle / Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle…"

Le début et quelques passages du texte de J. Starobinski, Mémoire de Troie. Je ne vous fais pas la leçon ni de grands discours, il s’agit dans ma perception de ce texte d’une rêverie dont la mélancolie est plus ou moins douce selon les moments et les aspects, je vous laisse profiter de la clarté du pédagogue : 

"Par un grand récit dans le récit, Virgile, dans l’Énéide, remonte aux commencements de la destinée de Rome. Pour satisfaire la curiosité de Didon, la reine de la terre d’Afrique où la tempête l’a jeté, Énée raconte son histoire à partir de la nuit où Troie fut détruite. La mémoire que Virgile attribue à son héros prend la destruction pour origine. C’est une histoire de bruit et de fureur. Et le célèbre récit s’annonce comme le retour d’une douleur que les mots ne peuvent traduire. « Infandum regina jubes renovare dolorem » : « Tu nous ordonnes, reine, de raviver une douleur indicible. » (II, vers 1). La remémoration elle-même est objet d’horreur (« animus meminisse horret », II, 12). La parole se déclare en défaut, inapte à retracer les malheurs traversés. (…)

L’épopée de Virgile a offert à la littérature européenne l’un des grands modèles de l’ouverture simultanée sur un passé remémoré et sur un futur où l’action va se porter. Cette double ouverture gagne en évidence lorsque Énée descendu aux Enfers, au sixième chant, rencontre des figures du passé - son père Anchise, Didon suicidée - et les âmes qui s’apprêtent à entrer dans la vie, futurs vivants, héros qui se sacrifieront pour la patrie. Il entend des pleurs et des musiques, les vagissements des enfants morts et les chants religieux des bienheureux. Des voix annonciatrices donnent figure à l’empire qui se construira. La descente aux Enfers fait pénétrer le héros virgilien au noeud des temps. Dans les stations successives de son voyage souterrain, il apprend les châtiments de ceux qui ont été jugés, et il voit l’essaim des âmes dont le destin est annoncé sans être encore accompli. Les ascendants troyens et les descendants romains habitent les mêmes bosquets. Virgile s’affirme là comme le poète qui sait comment s’abouchent le passé et le futur. 

Et quand apparaît Virgile au premier chant de la Commedia, Dante le désigne en lui faisant déclarer : « Ju fus poète et je chantai le juste / fils d’Anchise qui vint de Troie / quand l’orgueilleuse Illion fut tout en flammes. » [Dans la note que J. Starobinski insère pour indiquer qu’il utilise la traduction de Jacqueline Risset, il précise : "A maintes reprises, Dante impute à Troie le péché d’orgueil."] Se trouve ainsi justifiée sa qualité de guide initial du grand voyage cosmothéologique, dans un rôle qui s’apparente à celui que l’Énéide attribue à la Sybille du sixième chant. En partance pour un mouvement qui s’apparente sciemment à celui de la descente aux enfers de l’épopée latine, la Divine Comédie est un voyage entre passé et avenir, à partir du « milieu du chemin ». L’enjeu n’est pas de fonder un empire, mais de recevoir la révélation de la justice de Dieu, puis d’accéder à la connaissance aimante - à la vision béatifique. Virgile, le poète païen, n’accompagne Dante que jusqu’au seuil du paradis terrestre (Purgatoire, XXX), quand avec Béatrice apparaît la clarté divine. (…) Le voyage de Dante aura pour terme non les murailles d’une capitale temporelle, mais la contemplation de la « lumière souveraine ». 

Une suture s’accomplit, au chant XXX du Purgatoire, par la vertu de deux citations latines : pour les lecteurs qui ont la mémoire des contextes, une étroite liaison s’établit entre les vers latins de l’Énéide, d’une part, où Anchise, qui a assisté à l’incendie de Troie, annonce l’avenir de Rome jusqu’aux funérailles de Marcellus, et d’autre part les paroles de l’évangile de Matthieu qui font partie du rituel de la messe. Les « messagers de la vie éternelle » saluent l’arrivée de Béatrice en chantant successivement « Benedictus qui venit » (Matthieu XXI, 9) et « Manibus, oh, date lilia plenis » (Énéide, VI, 883). Par le pouvoir de la poésie, une mémoire historique fictive s’ajoute aux images qu’invente et soutient une foi actuelle. Mais au contraire du récit d’Énée qui commençait par déclarer le langage inapte à dire toute la souffrance éprouvée, c’est à exprimer la plus haute jouissance que Dante se voit contraint de renoncer : « Ô comme le dire est faible et qu’il est court / à ma pensée !, si court, devant ce que j’écris, / que dire “peu” ne suffit pas » (Paradis, XXXIII, 121-123)."

Il est bien sûr tentant de théoriser et de généraliser sur le temporel et le spirituel, l’inexprimable de la souffrance et de la destruction chez le païen, de la connaissance béatifique chez le chrétien, broder sur la place de la femme dans les deux cas…, mais ne nous laissons pas tenter, et contentons-nous pour finir d’une dernière citation, qui malgré sa beauté littéraire ne peut je crois me donner la matière d’une livraison complète, mais qui nous servira ici de coda. Place à Racine : 

"La nuit de Troie, dans la mémoire de la captive, a été la scène du meurtre, du rapt et de la prise d’otage Les paroles d’Andromaque (Acte III, sc. VIII) sont parmi les plus beaux vers de Racine : 

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle. 
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, 
Entrant à la lueur de nos palais brûlants, 
Sur tous mes frères morts se faisant un passage, 
Et de sang tout couvert excitant au carnage. 
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, 
Dans la flamme étouffée, sous le fer expirants."



mercredi 17 avril 2019

Tout pour moi devient allégorie... de la chute.

Un bel article de J. Starobinski, qu’il est difficile de synthétiser ou de citer, "Mémoire de Troie", me donnait à rêver sur notre destin potentiel de Troyens. Lesquels ont fini en flammes, comme vous vous en souvenez. Une petite minorité de survivants a fondé rien moins que Rome - c’est ce que dit la légende, et il faut ici suivre John Ford et "print the legend" -, mais que pourrions-nous fonder, nous, dans ce monde surpeuplé ? J’ai commencé  lundi midi la lecture de ce texte comme une continuation de mes échappées maritimes, et c’est, de Troie à Notre-Dame, la thématique du feu qui s’est imposée à moi.

Jean Starobinski cite Le Cygne, de Baudelaire, lequel commence par une apostrophe à la troyenne Andromaque. "Dans Le Cygne, ce grand poème de la mémoire, l’occasion traitée par Baudelaire est la surprise qu’a été l’apparition d’un cygne, « évadé de sa cage » sur le champ de ruines du « vieux Paris » que l’on est en train d’abattre". Je relis le début de ce poème, j’avais complètement oublié que s’y trouvait une phrase superbe que les situationnistes répétaient souvent : 

"Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve, 
Pauvre et triste miroir où jadis resplendit 
L'immense majesté de vos douleurs de veuve, 
Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

A fécondé soudain ma mémoire fertile,
Comme je traversais le nouveau Carrousel.
Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
Change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel)…"


Plus loin, cette strophe, sorte de vade mecum du décliniste parisien : 

"Paris change ! mais rien dans ma mélancolie
N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs."


Penser que c’est à des gens comme Hidalgo et Macron que va incomber la responsabilité de la restitution de quelque chose qui les dépasse, qu’ils sont incapables de comprendre, et que leur fatuité médiocre les encourage à considérer avec condescendance… De quoi dégueuler, vraiment, comme disait Léo Ferré. 


 - A la toute fin du poème réapparaît le thème marin, que de mon côté je n’ai pas perdu de vue - mais où notre éventuel Exodus pourrait-il nous mener ? 

"Je pense aux matelots oubliés dans une île,
Aux captifs, aux vaincus !... à bien d'autres encor !"

mardi 16 avril 2019

"Notre-Dame, c’est la perfection !"

Je vais citer Ma Dame ce soir… Elle m’expliquait ce matin qu’il y a quelques années, des analyses avaient été faites sur la structure de notre cathédrale, et que ces analyses avaient révélées que la structure globale avait été si bien pensée que le bois n’y travaillait pas, n’était pas sujet à tension dans un sens ou un autre, que tout y était depuis des siècles d’un équilibre parfait. Cette information, qui m’a évidemment fait tout de suite penser à la philosophie de Thomas d’Aquin, m’a laissé rêveur : même si cela fait longtemps que j’ai compris que, dans tous les sens du terme, il était beaucoup plus légitime de parler de civilisation pour le Moyen Age chrétien que pour ce que devient de plus en plus notre époque, je ne m’attendais pas à le constater aussi du point de vue de l’équilibre et de l’harmonie globale, caractéristiques que l’on accole plutôt spontanément au Grand Siècle. - Mais il est vrai que notre histoire médiévale nous est de plus en plus mal connue, et que votre serviteur n’a pas jusqu’ici pris le temps de combler ce type de lacunes. 


Un peu d’émotion plus explicite pour conclure, le tropisme « opéra classique » étant toujours prêt à se manifester en de pareilles circonstances, avec le merveilleux Ave Maria du dernier acte d’Otello (Verdi, merci pour lui), il s’agit tout de même dans cette histoire de culte marial, qu’on le veuille ou non. - Pas de commentaires supplémentaires ce soir. Méritons que Dieu nous protège…



lundi 15 avril 2019

"Hausser ma langue maternelle..."

Un petit détour du côté de Ronsard ce soir, avec ces charmants vers sur sa propre inventivité et son rapport à la langue : 

"Adonques pour hausser ma langue maternelle, (…)
Je fis des mots nouveaux, je rappellay les vieux
Si bien que son renon je poussay jusqu’au cieux : 
Je fis d’autre façon que n’avaient les antiques
Vocables composés, et frases poétiques."


La nouveauté et l’ancienneté, principe généralisable. Pour ce qui est de la profusion ou de la simplicité, il s’agit plus d’un mouvement de balancier : le XVIIe classique est grand parce que le XVIe et le XVIIe baroque lui ont ouvert la voie d'une simplicité qui n'est pas fadeur ou vide. - Quant à la légendaire modestie ronsardienne…

dimanche 14 avril 2019

Prolégomènes à une théorie de la décadence française du point de vue maritime...

Le temps me manque aujourd’hui pour vous reproduire l’extrait de l’anthologie de S. Leys que j’avais en tête - d’autant que j’ai des commentaires à faire, je ne peux donc me contenter de faire fonction de copiste, il faut travailler… Je me contente d’un autre extrait, plus court, et qui n’est pas sans rapport avec les thèses que je vous soumettrai sous peu : 

"Napoléon souffrait du mal de mer. Quelle importance ? Après tout, Jules César et (ce qui est plus remarquable) l’amiral Nelson en étaient également affligés. Mais ce qui est grave, c’est qu’il avait une profonde aversion pour les choses de la mer. Ses amiraux l’exaspéraient, car, en invoquant les mystérieux impératifs techniques de leur métier, ils pouvaient constamment opposer à ses ordres des objections devant lesquelles il demeurait sans réponse. 

Si Napoléon avait réussi à se doter d’une marine à moitié aussi efficace que celle dont Colbert pourvut Louis XIV, le sort de l’Empire et la face de l’Europe en auraient été changés. En ce sens, Waterloo commence à Trafalgar."

Chateaubriand, dans son brillant pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, faisait à l’Empereur le même reproche. - A bientôt pour une vue plus large et synthétique de ces questions ! 


(Je reproduis la suite de la notice de S. Leys, pour le fun : "Sauf indication contraire, tous les textes datés que l’on trouvera ci-dessous proviennent du prodigieux livre d’André Malraux (probablement le chef-d’oeuvre de Malraux : il ne contient pas une seule ligne de lui) : Vie de Napoléon par lui-même." [Gallimard, 1930, réédité en 1991])

samedi 13 avril 2019

"Loin de l’exaltation ingénue."

Passionnante, l’anthologie de Simon Leys, mais je vais revenir à un autre fil, pour parler comme M. de Villiers…, qui n’est pas sans rapport d’ailleurs avec certaines idées de François de Sales dans le texte d’hier. Il s’agit, pour aller vite, de notre relation à la beauté du monde, à la fois en tant que telle (question théologico-philosophique, d’où la thématique païenne n’est pas absente, notons-le), et depuis l’avènement de la modernité (question esthético-politique), modernité dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas charitable envers la beauté, qu’elle fait même tout pour la détruire, processus toujours en cours. (Les vieux habitués savent que depuis le début de ce blog j’ai tendance à assimiler modernité et post-modernité, ce qui était déjà d’ailleurs un point de vue catholique, je n’en avais alors aucune conscience). 

A la rencontre de ces thématiques, les méditations de Starobinski sur la prise en charge de l’expression de la beauté du monde par la poésie à partir de la Renaissance (première modernité…). Je vous ai cité il y a quelque temps un texte de lui sur Y. Bonnefoy. Quelques lignes de Martin Rueff, préfacier et éditeur de La beauté du monde, justement, le recueil d’articles de J. Starobinski dans la collection "Quarto", vont nous permettre de poursuivre dans cette direction : 

"On sera peut-être surpris par la place occupée par la poésie dans cette anthologie. C’est que, pour exhausser la beauté du monde, le poète est requis - et, requis, il nous requiert. Une longue fidélité unit Jean Starobinski aux poètes de la tradition - elle va d’Homère et Virgile à Jouve, Bonnefoy, Jaccottet et Celan. Ce point est singulier. S’il existe quelque chose comme une école de Genève - celle qui irait de Thibaudet à nos jours et dont les grands maîtres furent Marcel Raymond, Jean Rousset, mais aussi Albert Béguin ou Jean-Pierre Richard - ces belles pièces rapportées -, et, plus proches de nous, Michel Jeanneret ou Laurent Jenny, elle se signale par le rôle que tous les critiques qui s’en réclament accordèrent au poème dans leur enseignement et dans leur recherche, dans leurs paroles vives ou écrites. Le contraste est saisissant : ni Roland Barthes ni Gérard Genette ne firent confiance au poème. Les plus grands gestes de la poétique française finirent par évacuer le poème. On pourrait dire les raisons de cette défiance. On en mesure les conséquences (l’une, inattendue, est que le poème devint en France l’affaire des philosophes). Pour le maître de l’école de Genève, le poète est le préposé à la beauté du monde.

Dans le dialogue de Platon qui traite de l’origine des mots, le Cratyle (416b), Hermogène et Socrate se tournent vers l’étymologie difficile à saisir du mot kalon - le beau. Selon un jeu de mot puissant, l’origine du mot beau serait l’appel de la pensée, car appeler se dit kalein. La pensée appelle et ce qu’elle appelle, ce sont des beautés (ta kala). La beauté appelle. Nous qui sommes accoutumés à penser la beauté du monde comme une rencontre ou un choc visuel, tournons-nous un instant vers la nature de son appel car il nous fait entendre la nécessité des oeuvres. Hermis, un commentateur du Phèdre - autre dialogue de Platon -, écrit :  « C’est pourquoi beau, kalon, se dit du fait d’appeler vers soi-même les amants. » Nous n’avons pas de difficulté à penser la beauté de l’amant comme un appel, irrésistible, prolongé, et difficile parfois à formuler. Dans le Banquet, ce dialogue qui scelle parmi les plus importantes paroles de l’Occident sur l’amour, Platon explique que la vision amoureuse d’un corps « engendre de beaux discours ». Les Pères de l’Église sauront donner une origine à la beauté du monde - c’est le Verbe divin qui appelle les choses à être."

Et, deux pages plus tôt dans le même texte : 


"C’est sous le titre La Beauté du monde, la littérature et les arts que nous avons recueilli un ensemble d’études voué à célébrer les expressions artistiques par lesquelles les hommes scellent leur pacte avec la beauté du monde, se nourrissent d’elle et la rehaussent quand tant d’autres l’abaissent, seuls ou en groupes. C’est en effet de pacte qu’il faut parler - d’un pacte qui signifie la croyance aussi à la force des oeuvres de création. Jean Starobinski aura traversé le siècle de la destruction des hommes, qui fut aussi celui de la tentative de faire disparaître leurs traces et d’abolir leurs oeuvres. Au chant II de son grand poème L’Africa, Pétrarque distingue trois morts que même les hommes illustres sont appelés à connaître : leur mort physique, la destruction de leur tombeau - c’est-à-dire l’effacement de ceux qui devaient se souvenir du mort -, la mort enfin qui frappera leur livre - iam sua mors libris aderit. Il ne pouvait pas imaginer, au XIVe siècle, que cette mort pourrait frapper l’ensemble du monde des oeuvres. Loin de l’exaltation ingénue, la célébration de la beauté du monde est une tâche et une mission."

vendredi 12 avril 2019

"Son saint amour, contre tous les assauts du monde…"

Je n’avais certes pas prévu de retrouver certaines de mes obsessions actuelles - les gâchis récurrents de l’histoire de France, jusqu’à l’Apocalypse final (proche, imminent, fatal ?) ; le regard vers Dieu - dans une anthologie consacrée à la mer dans la littérature française, mais l’on sait bien qu’il est caractéristique des obsessions de se retrouver, si ce n’est partout, en tout cas là où ne les attend pas… Voici donc une page de saint François de Sales, dont j’avoue qu’elle m’a ravi (lettre à Madame de Chantal, 5 décembre 1608) :

"Je considérais l’autre jour ce que quelques auteurs disent des alcyons, petits oiselets qui pondent sur la rade de la mer. C’est qu’ils font des nids tout ronds, et si bien pressés, que l’eau de la mer ne peut nullement les pénétrer ; et seulement au-dessus il y a un petit trou par lequel ils peuvent respirer et aspirer. Là dedans ils logent leurs petits, afin que, la mer les surprenant, ils puissent nager en assurance, et flotter sur les vagues sans se remplir ni submerger ; et l’air qui se prend par le petit trou sert de contrepoids, et balance tellement ces petits pelotons et ces petites barquettes, que jamais elles ne renversent.

Ô ma fille ! que je souhaite que nos coeurs soient comme cela bien pressés, calfeutrés de toutes parts ; afin que si les tourmentes et tempêtes du monde les saisissent, elles ne les pénètrent pourtant point, et qu’il n’y ait aucune ouverture que du côté du ciel, pour aspirer et respirer à notre Sauveur ! Et ce nid, pour qui sera-t-il fait, ma chère fille ? Pour les petits poussins de celui qui l’a fait pour l’amour de Dieu, pour les affections divines et célestes. 

Mais pendant que les alcyons bâtissent leurs nids, et que leurs petits sont encore tendres pour supporter l’effort des secousses des vagues, hélas ! Dieu en a le soin, et leur est pitoyable, empêchant la mer de les enlever et saisir. Ô Dieu ! ma fille, et donc cette souveraine bonté assurera le nid de nos coeurs pour son saint amour, contre tous les assauts du monde, où il nous garantira d’être assaillis. Ah ! que j’aime ces oiseaux qui sont environnés d’eaux, et ne vivent que de l’air ; qui se cachent en mer, et ne voient que le ciel ! Ils nagent comme poissons, et chantent comme oiseaux ; ce qui plus me plaît, c’est que l’ancre est jetée du côté d’en haut, et non du côté d’en bas, pour les affermir contre les vagues. Ô ma soeur ! ma fille ! le doux Jésus veuille nous rendre tels, qu’environnés du monde et de la chair, nous vivions de l’esprit ; que, parmi les vanités de la terre, nous visions toujours au ciel ; que, vivant avec les hommes, nous le louions avec les anges ; et que l’affermissement de nos espérances soit toujours en haut et au paradis !"


Ce qui s’appelle savoir user de la métaphore… - Ce n’est par ailleurs pas saint François qui aurait soutenu que les catholiques et l’Église doivent s’adapter au monde, à son évolution, etc.blablabeurk. A demain !