jeudi 22 juin 2017

"Mais force est de constater que tel n'était pas l'avis de Dieu..."

"En distinguant le contenu du dogme de la forme canonique que l'Église lui a donnée, nous n'entendons cautionner aucun principe d'une remise en cause permanente de cette forme, comme il est d'usage aujourd'hui. Au contraire, nous croyons que la forme canonique fixée par l'Église est en fait - sinon en droit - le seul moyen d'accéder à une intelligence certaine et objective de son contenu, pour autant que cela est possible. C'est pourquoi nous paraît à quelques égards inconsidérée la déclaration de Jean XXIII dans son discours d'ouverture du IIe Concile de Vatican (11 octobre 1962), concernant la doctrine catholique ; il affirme en effet sans rien plus : « Il importe que cette doctrine certaine et immuable, soit étudiée et exposée selon les méthodes qu'exige la conjoncture présente. Autre en effet est la substance de l'antique doctrine du dépôt de la foi, et autre est la formulation de son revêtement ». Propos inconsidérés parce que, sous une apparence classique, ils introduisent un principe révolutionnaire. La distinction de la substance de la foi et des formes qui l'expriment est traditionnelle. Les théologiens parlent de l'immutabilité substantielle du dogme ; en droit, l'Église garde le pouvoir, si besoin est, de modifier leur forme, alors même qu'elle a a été antérieurement et solennellement définie - bien qu'en fait cela ne se soit jamais produit. Mais encore faut-il qu'elle se propose effectivement de le faire et qu'elle en exprime publiquement l'intention. Or, Jean XXIII affirme explicitement le contraire : « Le punctum saliens de ce Concile n'est pas la discussion de tel ou tel thème de la doctrine fondamentale de l'Église ». On doit en conclure logiquement qu'aux yeux du pape, toucher à la forme des dogmes ne relève pas de la dogmatique : étonnante inconscience des problèmes philosophiques que posent les rapports de la forme et du fond. Car il devrait être évident que la distinction de la substance et de la forme d'un dogme, ne saurait être, quoad nos, c'est-à-dire du point de la vue de la connaissance humaine, envisagée de telle sorte que nous pourrions séparer réellement la substance du dépôt de la formulation dont elle est est dite être « revêtue ». L'image du « revêtement » est d'ailleurs discutable. La formulation dogmatique n'est pas un vêtement dont l'Église habillerait la nue vérité du dogme, comme une fillette habille et déshabille sa poupée. La formulation dogmatique, voulue et donc garantie par le Saint Esprit, est un signe d'orientation pour l'intelligence théologique, elle définit le mode selon lequel la Sagesse divine veut nous donner accès au mystère en tant que tel, parce qu'Elle seule sait ce qui est bon pour nous, et qu'ainsi nous sommes assurés, non de voir le mystère dans son essence - ce qui excède la capacité ordinaire de l'intelligence - mais au moins de regarder dans la bonne direction. A défaut de ce signe d'orientation, de ce symbole de la foi, ou nous ne savons pas où regarder, ou, ce qui est plus grave, nous ne regardons pas dans la bonne direction et nous théologisons (ou « métaphysiquons ») sur un objet qui, en réalité, n'est pas celui dont nous croyons parler. Tout ce que nous pouvons faire, relativement à ces symboles dogmatiques, c'est de les interpréter théologiquement, c'est-à-dire de les comprendre d'abord, de les expliquer ensuite selon les besoins des auditoires et des temps. Mais il n'est pas possible de les formuler au gré de ce qu'on pense être une compréhension plus profonde, laquelle, d'ailleurs, sous peine d'arbitraire - et donc d'illégitimité - ne saurait avoir d'autre point de départ que la formulation canonique elle-même.

Cela ne signifie évidemment pas que les formulations dogmatiques descendent du Ciel toutes formées. Comme le corps du Christ qui est tiré de la substance humaine de Marie, les formulations dogmatiques sont tirées des cultures humaines, particulièrement de la culture grecque. Elles sont donc marquées d'une certaine contingence et tributaires de la philosophie qui, formellement parlant, est chose grecque. Certains estimeront sans doute que tel autre langage spéculatif eût été mieux approprié : le langage du vedânta par exemple. Mais force est de constater que tel n'était pas l'avis de Dieu, puisque c'est Dieu Lui-même qui s'est incarné en un lieu et un temps où la révélation abrahamique se conjoignait à la tradition philosophique des Grecs, ce dont témoigne irréfutablement la décision johannique de nommer le Fils Logos. Il faut en conclure - Dieu sachant ce qu'Il fait - que nul autre langage n'était plus apte à exprimer les vérités de la foi que celui de la tradition philosophique. D'autre part, en assumant certains éléments de cette tradition, la foi chrétienne les a consacrés et rendus canoniques. Dès lors, ces formes culturelles, contingentes à quelques égards (tout ce qui se dit ainsi, pour cette raison même, pourrait se dire autrement), acquièrent une déterminité normative. Ces formes spéculatives furent d'abord, nous le reconnaissons, et l'histoire de leur élaboration hésitante nous le confirme, des manières de comprendre parmi d'autres également possibles ou même provisoirement retenues et finalement rejetées. Comment s'en étonner ? L'histoire de Dieu est écrite avec des hommes et des mots humains. On se représente parfois l'élaboration dogmatique de la doctrine chrétienne comme une histoire dirigée. Dans un centre caché, des Supérieurs plus ou moins inconnus, sachant ce qu'il faut dire et comment le dire, agissent en connaissance de cause et prennent chaque fois les décisions qu'impose le moment cyclique. Cette vue est imaginaire et ne satisfait que notre goût pour les “machinations ésotériques”. En réalité, mis à part les cas, assez rares, où le Saint Esprit « parle par ses prophètes », les hommes, fussent-ils évêques ou papes, ne savent pas a priori ce qu'il faut dire pour répondre aux questions qui se posent, ni comment il faut le dire. Ils ne connaissent, en toute certitude, que ce qui a été enseigné directement par le Christ ou par les Apôtres à qui a été confié le dépôt de toute la révélation et qui possèdent donc l'intégralité de la science dogmatique. Mais le mode selon lequel cette science est communiquée comporte toujours une part d'implicite, puisque, par définition, aucune forme n'épuise son objet. Par conséquent se présentera toujours également la nécessité, lorsque cet implicite n'est plus entendu et que surgissent les incompréhensions, d'avoir à expliciter avec autorité les points litigieux et restés latents du dépôt de la foi. L'Église alors entre en recherche, s'efforçant d'entendre la foi commune, c'est-à-dire universelle ou catholique, et de l'exprimer à l'aide des ressources des cultures humaines, celles du moins dont elle a l'expérience.

Il y a donc une genèse historique des formulations conciliaires : d'abord « manières de comprendre », elles deviennent « modes canoniques d'exposition », et Dieu ne dicte pas aux Père conciliaires ce qu'ils doivent décider. De même celui qui aurait pu, de l'extérieur, observer la grossesse de Marie et la formation de l'Enfant dans son sein n'y eût rien vu que de naturel : un développement semblable à celui de toutes les grossesses humaines ; et cependant c'était le fruit du Saint Esprit. Une fois paru, cet homme Jésus, en tout semblable aux hommes, était pourtant unique : nouvel Adam, son humanité devient normative et révélatrice. Ainsi, mutatis mutandis, des décisions conciliaires. Et c'est pourquoi, dans leur forme même, elles doivent être regardées comme pratiquement immuables.

Nous résumerons notre pensée en disant qu'en matière dogmatique, il faut distinguer le mystère en soi qui se ramène, en fin de compte, à tel “aspect” de la Réalité divine, la formulation dogmatique, élaborée par l'Église, qui donne à contempler le mystère selon le mode humain d'expression voulu par le Saint Esprit, et l'interprétation développée par l'intelligence théologique sur la base consacrée de sa formulation dogmatique. Sans doute y a-t-il une part d'interprétation dans toute formulation, puisqu'elle est d'origine humaine. Mais cette part est minimale dans la mesure même où son élection par le Magistère ecclésial au titre de forme dogmatique, l'arrache à sa contingence culturelle, à son enracinement dans le terreau d'un langage particulier, lui confère une sorte de virginité sémantique et, finalement, en la consacrant, la transfigure."

Jean Borella (on peut être à la fois anti-Vatican II et anti-complotiste.)

mercredi 21 juin 2017

La promotion de l'homosexualité est synonyme de décadence, mais la promotion de la « virilité » aussi.

Si je mets des guillemets à virilité et pas à homosexualité, c'est d'une part que le second concept est nettement plus établi et clair que le premier ; d'autre part que ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai quelque réserve à l'égard de ceux qui parlent de virilité à tout bout de champ.

Quoi qu'il en soit, je retombe dans mes fichiers sur des remarques de Pierre Boutang relatives au Banquet de Platon, qu'il a très clairement traduit. Il y évoque le personnage de Pausanias, qu'il compare à l'un de ses contemporains, Roger Peyrefitte : des pédés mondains et cultivés, intelligents et sympathiques, qui testent et comparent les garçons de tous pays, dans une optique de raffinement érotique non exempte, il s'en faut, de misogynie. Il se trouve que Pausanias est aussi un contempteur de la décadence, et P. Boutang n'a pas de mal à montrer la part de cohérence de ces actes et discours :

"Son cas n'est pas rare : toutes les décadences sont misogynes, remontent, en un histrionisme héroïque, vers l'âge d'or purement viril ; au début il ne s'agit que d'une réaction contre les abus de la maternité ou féminité reine : Proudhon contre les « femmelins » ; puis les obstacles sont levés, lentement, et l'Éros ouranien, selon Pausanias ou Peyrefitte, se déclare et corrompt la société à tous ses niveaux. Le Banquet, bien que les intéressés s'y soient trompés très souvent, réagit contre cette misère, sans prétendre la déshonorer absolument ni l'extirper : il n'y a pas trace de misogynie, au contraire, chez Platon, et l'invincible résistance de Socrate aux provocations d'Alcibiade, autant que le principe, posé et révélé par Diotime, d'une liaison nécessaire d'Éros avec la fécondité naturelle ou spirituelle, sont le signe d'une attitude assez rare, contraire à l'esprit de son temps et qui, en cela aussi, comme le pensait Simone Weil, prophétise le christianisme."

C'est un point sur lequel Boutang et votre humble serviteur sont assez nabiens : la féminisation et l'homosexualisation de la société sont allées de pair, et il arrive que pour réagir à l'une de ces tendances (et pour suggérer au passage qu'on a une grosse bite ; rien que de poser le problème en ces termes est un problème) l'on encourage l'autre. - C'est des homosexuels et non des Juifs que l'Abbé Grégoire aurait dû écrire qu'il faut les considérer en tant que personnes et ne rien leur céder en tant que peuple, ni même en tant que couple, et je fais exprès de corriger sa formulation.

mardi 20 juin 2017

S. Giocanti cite Boutang qui cite Maurras.

Dans une lettre à Boutang (alors en pleine déprime), Maurras "revient à sa conception entropique de la démocratie, comme force consommatrice de la civilisation. « Même si cet optimisme était en défaut, et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, la démocratie (…) étant devenue irrésistible, c'est la mort, c'est le mal qui doivent l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires. Ce qu'il y a de bien et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. »

Cité par Boutang dans son Maurras, p. 647, je ne sais pas si la coupure est de Boutang ou de Giocanti. Il se peut que j'aie déjà aussi cité cette phrase, je ne m'en souviens plus, mais comme en ce moment plus on voit Macron et plus on repense à Maurras...

lundi 19 juin 2017

Rappel de quelques fondamentaux de l'universalisme chrétien. "Pacifiant par Lui, dans le sang de sa croix..."

C'est un texte un rien touffu, mais pas confus, du grand Jean Borella. J'avais prévu d'ailleurs quelque chose de sensiblement plus dense et de plus important du même Borella, mais ce sera j'espère pour une autre fois. Bons Champs-Élysées, bon ramadan, bon Jupiter... Saint Paul, c'est une autre bière.

"L'universalité de l'annonce (kerygma) du mystèrion ne répond donc pas essentiellement à un désir de prosélytisme, au besoin qu'éprouverait l'Apôtre Paul de voir le tout le monde “faire comme lui”, par une sorte de volonté hégémonique d'éliminer les différences. Encore moins s'agit-il d'une exigence extrinsèque ou quasi-accidentelle du genre : “il se trouve que le christianisme est une religion universaliste”. Mais, ce que nous dit S. Paul, c'est qu'il a pris conscience de la véritable dimension de ce mystèrion christique, de sa véritable nature. Et il y a là quelque chose de tellement extraordinaire, de tellement inouï, que le Juif hellénisé qu'est Saül, savant parmi les savants ès sciences religieuses, en a été bouleversé de fond en comble, terrassé de lumière, empli d'une révélation stupéfiante : si le kérygme du Christ Jésus est « pour tous les hommes », c'est parce que dans ce Christ réside le mystèrion de la religio universalis, le secret de l'Alliance universelle de toute chose avec toute chose et avec Dieu. En Lui « ceux qui étaient loin » sont devenus « proches », car c'est « Lui qui des deux mondes en a fait un seul, renversant le mur qui les séparait » (Ep., II, 13-15), si bien qu'en Lui « il n'y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni masculin ni féminin » (Gal., III, 28). Et cette religio universalis, cette alliance universelle à laquelle sont appelés tous les hommes, découle de la nature même du Christ, et constitue l'essence même de sa fonction dans l'histoire universelle du salut. Si c'est par le Christ « qu'il a plu à Dieu de réconcilier toutes choses en les menant vers Lui, pacifiant par Lui, dans le sang de sa croix, ce qui est de la terre comme ce qui est des cieux » (Col., I, 20), c'est parce que « en Lui habite corporellement le plérôme de la Déité » (ibid., II, 9). Voilà « le mystèrion tenu caché aux siècles et aux générations et qui maintenant a été manifesté », le mystèrion dont Paul est « le ministre » (ibid., I, 25-26) et qu'il a mission de faire connaître."

dimanche 18 juin 2017

"Ils parlaient de la Shoah qui avait été sanctifiée, mais eux ils sanctifiaient la liberté d'expression, c'était pas mieux."

M.-É. Nabe, « ils » étant en l'occurrence Dieudonné et B. Gaccio. On peut même se demander si les deux « sanctifications » n'ont pas été contemporaines. Liberté d'expression pour tout le monde, sauf pour les révisionnistes. Liberté d'expression pour tout le monde, surtout pour mettre en doute les chambres à gaz. C'est souvent comme ça avec les principes, plus ils sont généraux et moins on les énonce sans arrière-pensées. - Dans les premières années de ce blog je remarquais que l'existence de R. Faurisson n'était pas sans rendre quelque service à C. Lanzmann, et réciproquement.

samedi 17 juin 2017

Ma coiffeuse et Simone Weil rendent hommage à Helmut Kohl.

"Si les Le Pen sont fascistes de père en fille et pour toujours, pourquoi est-ce que nous discutons avec les Allemands ? Ils ont été nazis une fois, ils doivent donc l'être toujours. Pourquoi une réconciliation ici, et aucune possibilité de réconciliation là ?" (2017)

"La force de l'Allemagne dans l'Europe contemporaine est incontestable et date déjà de loin. Si le sens de l'organisation, du travail efficace et de l'État, possédé à un degré supérieur, implique un droit surnaturel à coloniser autrui - et a-t-on jamais justifié autrement la colonisation ? - une grande partie du territoire européen peut être regardée comme surnaturellement destinée à une colonisation allemande ; notamment l'Italie, l'Espagne, l'Europe centrale, la Russie ; le cas de la France est différent, mais moins que nous n'aimerions le croire. De ces territoires, l'Italie et l'Espagne semblent bien déjà être à peu près réduites à cette situation, restituant ainsi à Hitler, la Flandre et l'Amérique exceptées, l'empire de Charles Quint. Un pays si méthodique et si dévoué, une fois pris par l'exaltation mystique de la volonté de puissance, conduit par un chef qui joint les avantages d'une demi-hystérie à tous ceux d'une intelligence politique au plus haut point lucide et audacieuse, peut aller loin." (1939)

vendredi 16 juin 2017

Après 847 pp. de lecture du dernier livre de M.-É. Nabe,

mon subconscient me demande expressément de le citer : "Tout me dégoûte dans ce livre ! Tout ! Ce monde, Moix, Blanrue, les Arabes, Dieudonné, Laïbi, les Israéliens, Soral, l'auteur, ses stratégies littéraires, tout !"

Dans un second temps, répliquerai-je audit subconscient, il faut faire le tri entre le dégoût et la déception. On peut guère être déçu par Y. Moix. Et le dégoût ressenti envers l'auteur/narrateur/personnage ou envers A. Soral n'est pas le tout du jugement que je peux porter sur eux. Et de plus, cher subconscient, tu as bien aimé tout de même la petite tunisienne qui couche avec l'auteur tout en se prenant des coups dans la gueule à la place de MM. Soral et Dieudonné.

Certes, admet le subconscient. Mais ce livre pue quand même la merde. - Et là, ma foi, je n'ai rien à objecter.

jeudi 15 juin 2017

Celle-là je l'ai sans doute déjà citée, mais je retombe dessus et elle est toujours vraie.

"C'est par dévouement aux libertés réelles que nous excluons absolument tout libéralisme : comme c'est par respect et amour du peuple que nous excluons toute démocratie."

L'abbé Garnier.

mercredi 14 juin 2017

"On peut seulement se demander pourquoi les Français, livrés à eux-mêmes..."

En 1988, Jacques Laurent publie Le français en cage, ouvrage dans lequel il s'efforce de défendre une conception libérale de l'évolution de l'usage de la langue, contre les fétichistes du détail qui prennent le Littré pour un dogme et l'usage de par contre ou de se rappeler de comme une hérésie digne du bûcher. L'auteur doit pourtant vite constater que certaines évolutions sont aussi inattendues que difficiles à contrôler.

"J'aime bien avérer transitif direct dans un sens voisin de vérifier, de prouver, mais le lecteur a peu à peu perdu la pratique de cette forme qui le déconcerte et la défendre héroïquement serait assez oiseux. Cependant le participe passé est accepté par nos contemporains sans difficulté. Stendhal écrivait : « Il fut bientôt avéré que les Français ne guillotinaient personne », et l'on pourrait écrire cette phrase de nos jours sans troubler le public. C'est s'avérer qui pose un problème empoisonnant. Cette forme est récente ; elle ne figure pas dans le Littré et je me demande quels maladroits l'ont introduite ou réintroduite dans l'usage, car elle a entraîné ce verbe à sa perte. Alors que s'avérer devrait signifier « se faire reconnaître pour vrai », l'obscur génie qui ne demande qu'à pervertir la langue a décidé d'en faire un synonyme de se révéler, de sorte que de bons auteurs n'hésitent pas à écrire qu' « une hypothèse s'est avérée fausse » et que s'avérer employé stupidement supplante se révéler en vertu d'une loi analogue à celle qui constate que la mauvaise monnaie chasse la bonne.

Dans les années cinquante, la jeunesse qui fréquentait les ciné-clubs tentait d'acclimater c'est terrible dans le sens de « c'est merveilleux ». Ce qui avait réussi avec formidable, qui a définitivement perdu son ancien pouvoir, a échoué avec terrible. On peut seulement se demander pourquoi les Français, livrés à eux-mêmes, éprouvent le besoin de confondre la peur et l'admiration.

Génial et débile utilisés à tort sans nécessité demeurent dans le langage parlé. Se borner à éviter leur irruption dans le langage écrit. Évident employé négativement a pris le sens de « difficile ». Exemplaire : « Gravir l'Everest en plein hiver ce n'est pas évident. » Tout se passe comme si le mot juste, parce qu'il est trop juste, soulevait le coeur des jeunes qui, pressés de s'approprier la langue en la modifiant pour le plaisir, la saccagent innocemment - imités aussitôt par les moins jeunes - et réussissent à la fois à exterminer difficile et à faire oublier la portée pourtant unique et irremplaçable d'évident. Voilà un cas où le laxisme serait insupportable. Par la radio et la télévision, à travers les colloques et les interviews, ce n'est pas évident, qui est un danger public, risque actuellement de passer dans l'écriture et certains dictionnaires, s'ils ne l'ont pas encore fait, sont sur le point de l'avaliser. Il n'est pas trop tard pour tenter, en la ridiculisant, d'éliminer cette impardonnable nouveauté. Moralité de cet examen : il y a du neuf utile et (ou) agréable et du neuf qui est malheureux.

Instinctivement, chaque génération veut apposer sa marque sur son époque, proclamer son existence et son pouvoir ; les vieux, au contraire, considèrent tout nouveau mot ou même tout sens nouveau accordé à un terme ancien comme des agressions qui visent à les expulser du monde auquel ils sont habitués, à les exiler avant de les effacer. Ils freinent avec ressentiment alors que les jeunes accélèrent en toute gaieté, d'où le conflit d'une résistance et d'un mouvement qui pourrait aboutir à un heureux équilibre."

Je ne ferai qu'un seul commentaire, pour regretter une nouvelle fois que le ridicule ne tue plus, même les expressions fautives, grotesques, paradoxales, nuisibles.

mardi 13 juin 2017

Les valeurs de la raie publique.

"Même en ne comptant que les inscrits, avec une abstention historique de 51,29 %, En Marche ! n’engrange que 13,43 %. Moins de la moitié des électeurs participent : il est des assemblées, dans la vie civile, où l’on jugerait ce quorum trop faible pour prendre des décisions. C’est pourtant bien ce qui va se passer dans « l’Assemblée suprême ». Et, mode de scrutin oblige, Emmanuel Macron va, in fine, très probablement rafler 75 % des sièges… avec moins de 14 % des voix. Tout est normal."

G. Cluzel, ici.

lundi 12 juin 2017

"Violente même lorsqu'elle semble douce…" - Pierre Boutang, suite encore.

Ou plutôt flashback, car ce texte se situe, dans l'Ontologie du secret, tout de suite avant la phrase que j'ai citée il y a deux jours :

"Le troisième moment, celui de la « substitution », serait celui que Vico appelle âge humain. Ce mot de substitution nous a paru utile en ce qu'il indique un projet jamais complètement réalisé, où l'homme, qui soumet et « commet » les énergies du monde, se substitue au Créateur, et cesse d'adorer pour attendre et exiger. (…) Dans la vie personnelle, il coïnciderait avec l' « ingratitude », l'âge ingrat, qui revient plusieurs fois dans la vie, après les années de croissance et de création. L'homme, ou l'adolescent, se situe au centre du monde, et cesse d'adorer, et, simultanément, cessant de créer et de rejoindre, il instaure ou accepte des procédés de substitution dans les choses mêmes ; c'est aussi le moment de la liberté formelle, de la généralisation, et de l'usage spontané du fonctionnel.

Après la substitution se trouverait nécessairement le « châtiment » - nous préférons ce mot à celui de décadence, et le prenons en son sens, non seulement éthique, de préparation, violente même lorsqu'elle semble douce, à un nouveau cycle du devenir. En lui se décompose le mixte institué dans la période de substitution ; l'homme y devient « même pas ainsi », doutant de sa propre nature et niant son origine divine, pure fonction de fonctions. C'est dans une telle direction que, par exemple, Josef Schumpeter a décrit une dissolution concevable du capitalisme industriel : non, comme chez Marx, sous le poids de ses contradictions, mais parce que sa partie cachée - les vertus précapitalistes et chrétiennes qui le sous-tendaient secrètement - se dissiperait sans retour.

Sans retour, du moins, si le capitalisme n'était qu'un accident ou élément d'une totalité sociale appelée à se réformer ou réinventer dans un nouvel âge héroïque."

dimanche 11 juin 2017

Boutang, suite.

"La civilisation en train de se construire consacre l'image en sacrifiant l'écrit, la parole et le secret."

Mixons cette phrase et celle d'hier. La civilisation capitaliste (oxymore), telle qu'elle s'exprime dans le candidat Macron du "manifeste et de l'actuel purs", "sans appartenances", est un civilisation sans secret, sans intimité, sans vie intérieure, pour reprendre les termes de Bernanos. Et c'est aussi une civilisation qui détruit le secret, la parole et l'écrit, par l'image. C'est là ce qu'il faut comprendre : si cette civilisation est aussi, en plus de cela et avec cela, protestante, ce n'est pas par amour de l'image (le protestantisme a vite prouvé qu'il n'aimait pas les images), mais par haine du secret et obsession du visible. Notre civilisation, ou société, avec les guillemets de rigueur, n'est pas une société de l'image, elle est une société du visible - ce qui va d'ailleurs très bien avec son côté exhibitionniste. Et pour revenir à Macron : exhibition, transparence, même combat.

Si encore cela rendait les rapports entre personnes plus vrais ! Je ne fais pas l'apologie du secret en tant que tel, je rappelle l'importance de la possibilité d'avoir des secrets - au sujet desquels on peut ou non nourrir de la culpabilité. La vérité ne s'oppose pas au secret, mais au mensonge, la transparence s'oppose au secret, pas au mensonge ; transparence et vérité ne sont pas sur la même ligne logique.

samedi 10 juin 2017

"Il n'est pas exclu que l'on puisse vivre, ou tenter de vivre, sans appartenances, dans le manifeste et l'actuel purs : simplement ce serait une vie sans secret."

Pierre Boutang. Le temps me manque pour vous dévider les conséquences d'une telle phrase, ce sera pour demain. Si Dieu me prête vie.

vendredi 9 juin 2017

"L'enfer est pavé de bonnes intentions, surtout quand ces pavés sont ceux de 68 !"

M.-É. Nabe, dans son dernier opus (magnum ?), Les porcs, et dans un des meilleurs chapitres, consacré à la fois aux conneries sionistes sur le Darfour et au scandale de « L'arche de Zoé », le kidnapping adoptif de petits tchadiens, dix ans déjà, personne ne rajeunit.

Une autre du même livre et du même chapitre, mais pas du même auteur. Pour des raisons que j'ignore et que MEN ne précise pas, Gilbert Collard fut l'avocat des voleurs d'enfants, ce qui provoqua, mort aux avocats, ce morceau de bravoure :

"Cette affaire relève d'une maladroite folie d'amour pour tirer les enfants du malheur du Darfour. Il n'y a pas eu d'enlèvements. [Et pour cause, les voleurs se sont fait choper avant d'avoir complètement réussi à voler (les enfants, et par avion), note de AMG.] Ce qu'on peut concéder, c'est qu'il y a eu un irrespect anarchique d'un formalisme humanitaire."

Ce qu'on peut aussi concéder, c'est qu'il faut un drôle de cerveau pour accoucher d'un telle formule.

jeudi 8 juin 2017

Une bénédiction pour les peuples...

"Que la question fondamentale concernant l'Être soit historique, cela signifie que son fondement est déjà posé avec notre réalité-humaine historique, jusqu'ici advenue et encore à advenir. A-t-on la volonté de cette Histoire, a-t-on assez de force pour la porter et en accomplir la destinée, ce sera chaque fois dans la mesure respective de cette volonté et de cette force, que la première et ultime question de la philosophie assurera sa veille, répandant l'éclat du feu et y faisant transparaître la figure de toutes choses.

Par la traduction, le travail de la pensée se trouve transposé dans l'esprit d'une autre langue, et subit ainsi une transformation inévitable. Mais cette transformation peut devenir féconde, car elle fait apparaître en une lumière nouvelle la position fondamentale de la question ; elle fournit ainsi l'occasion de devenir soi-même plus clairvoyant et d'en discerner plus nettement les limites.

C'est pourquoi une traduction ne consiste pas simplement à faciliter la communication avec le monde d'une autre langue, mais elle est en soi un défrichement de la question posée en commun. Elle sert à la compréhension réciproque en un sens supérieur. Et chaque pas dans cette voie est une bénédiction pour les peuples."

Heidegger. A noter que dans cette traduction par le phénoménologue-islamologue Henry Corbin, c'est l'expression « réalité-humaine » qui exprime le fameux Dasein, que l'on traduit plus habituellement désormais par être-là, ou qu'on ne traduit plus du tout, tant pis pour la clairvoyance et la bénédiction des peuples. M. Beaussart a pourtant depuis longtemps prévenu des dangers de confusion mentale et psychologique autour de la notion de Dasein, de perte de sens de cette expression dans la bouillie cosmopolite qui répugnait à juste titre à Heidegger.

mercredi 7 juin 2017

"Rappelons un peu les événements...

"Rappelons un peu les événements : Monsieur Gide en était encore à se demander tout éperdu de réticences, de sinueux scrupules, de fragilités syntaxiques, s’il fallait ou ne fallait pas enculer le petit Bédouin, que déjà depuis belle lurette le Voyage avait fait des siennes… J’ai pas attendu mes 80 ans pour la découvrir l’inégalité sociale. A 14 ans, j’étais fixé une bonne fois pour toutes. J’avais dégusté la chose…"

"Ils se régalent plus qu’en falsifis… Ils prennent l’eau de Javel pour de l’eau de source… et ils la trouvent bien préférable ! infiniment supérieure ! Ils sont rythmés à l’imposture. Évidemment, en conséquence, malheur ! bordel ! à l’indigène qui pourrait se faire remarquer par quelque don original, par une petite musique à lui… un petit souffle de tentative ! il deviendra tout de suite suspect, détesté, honni parfaitement par ses frères de race. C'est la loi des pays conquis que rien ne doit jamais secouer la torpeur de la horde esclave… Tout doit retomber au plus tôt… dans les ruminations d'esclaves…"

"La France matérialisée, parfaitement mufflisée, parfaitement subjuguée, par la bassesse juive, alcoolisée jusqu’aux moelles, mesquinement resquilleuse, vénale, absolument stérilisée de tout lyrisme, malthusienne par surcroît, est vouée la destruction, au massacre enthousiaste par les Juifs."

"Jusqu’à la fin des âges le Juif nous crucifiera pour venger son prépuce. C’est écrit… C’est gai !…"

mardi 6 juin 2017

Honni soit qui mal y pense...

"S'éloigner ainsi du corporel doit certainement être bon, puisque tant de spirituels le disent ; mais, à mon avis, il faut que l'âme soit très avancée ; car, jusque-là, c'est clair, il faut chercher le Créateur par les créatures."

Thérèse d'Avila, Livre de la vie.

lundi 5 juin 2017

Rebatet cite Maurras (de manière apocryphe ?).

"La sottise est sans honneur", phrase mise en exergue aux Décombres, non certes sans moquerie vis-à-vis du vieux chef sourd de l'A.F. Je rêvassais tout à l'heure à ce que pourrait être l'équivalent en 2017 desdites Décombres, cette citation, si adaptée à l'arrogance stupide et à la trahison tranquille de nos « élites » (Anne Hidalgo, merde !!!!), m'est vite revenue à l'esprit. - Après, il est possible que ces dites et redites Décombres, ce soient les Arabes qui les composent, et que cela ne relève plus de la littérature. Il est possible que, au moins pour un temps, la littérature soit trop petite par rapport aux événements. Nous cherchons trop, vieux réflexe français et scolaire, la grandeur de notre époque dans ses reflets littéraires.

dimanche 4 juin 2017

"La solution, si solution il y a...

...réside probablement dans un retour aux sources du christianisme. J'entends par là, aussi, les sources païennes du christianisme. Ce qui fait que le christianisme se définit en s'opposant à quelque chose de fort. Vider le christianisme de ses formes modernes de mièvrerie, lui injecter un certain vitalisme, païen, nietzschéen, spenglérien, etc. Et dans le même temps, retourner à la composante sacrificielle du christianisme, religion du sacrifice altruiste et suprême, religion de tout ce qui est difficile : l'espérance quand tout semble perdu, le pardon à ceux à ceux que l'on souhaiterait plutôt tuer ou envoyer en prison, etc. Si l'on n'est que païen, on peut retomber dans le cycle éternel de la vendetta ; si l'on persiste dans la voie du catholicisme post-conciliaire, on flotte dans la trompeuse irréalité de l'irénisme - plus dure sera la chute ! - sans par ailleurs faire montre du moindre courage ; enfin, si l'on ne se remet pas soi-même en question, ses croyances, ses actions, son mode de vie, comment peut-on être sûr d'avoir correctement analysé la situation ? En matière théologico-politique plus que dans d'autres, l'observateur fait partie du diagnostic."

T. Dushebaiev (le philosophe, pas le handballeur). J'avais déjà prévu cette citation pour aujourd'hui, elle est malheureusement plus pertinente que je ne l'aurais souhaité. Quant à la phrase de J. Freund citée hier sur l'ennemi qui vous constitue comme ennemi, que vous le vouliez ou non...

samedi 3 juin 2017

Le rap de la Nouvelle Droite. - Je lis sur Twitter / Cet' phras' de Spengler...

"La vie nous laisse le choix entre victoire et défaite, jamais entre guerre et paix."

Un complément utile (apocryphe ?) au diagnostic de J. Freund que tout le monde cite en ce moment, y votre serviteur, "Comme tous les pacifistes, vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi. Or c’est l’ennemi qui vous désigne."

Ceci étant et comme souvent avec la configuration Nouvelle Droite, ce n'est pas le dernier mot.

vendredi 2 juin 2017

"Dès que la vérité disparaît, l'utilité aussitôt prend sa place, car toujours l'homme dirige son effort vers quelque bien."

Simone Weil. Avec Simone, ça ne rigole pas :

"Dans la période peut-être fort longue de douleur et d'humiliation où nous sommes engagés, nous ne pouvons retrouver un jour ce qui nous manque que si nous sentons de toute notre âme à quel point nous avons mérité notre sort. Nous voyons la force des armes asservir de plus en plus l'intelligence, et la souffrance rend aujourd'hui cet asservissement sensible à tous ; mais l'intelligence s'était déjà abaissée jusqu'à l'état de servitude avant d'avoir personne à qui obéir. Si quelqu'un va s'exposer comme esclave sur le marché, quoi d'étonnant qu'il trouve un maître ?"

jeudi 1 juin 2017

"Le péché des péchés - le péché entre tous irrémissible : l'anachronisme."

Lucien Febvre, historien, écrit cela dans l'introduction à son livre sur Le problème de l'incroyance au XVIe siècle. Nous sommes en 1947. Et deux pages plus loin :

"Comment ne pas être étonné de la façon dont nos contemporains s'obstinent, sous prétexte de les justifier, à dégrader les grands hommes auxquels ils rattachent, non sans raison, la genèse du monde moderne ? Ils ne sont satisfaits que s'ils en font des pleutres. Les seuls pleutres d'un siècle peuplé de héros qui payèrent de leur vie, allègrement, leur attachement à des vérités d'ailleurs contradictoires. A étaler cette lâcheté supposée, à satisfaire ainsi leur haine de l'esprit et de sa grandeur - certains goûtent une joie qu'ils ne dissimulent guère. Il leur faut un Lefèvre retenu sur la pente glissante de l'hérésie par sa seule prudence de vieillard timoré. Il leur faut un Érasme refusant de rejoindre un homme et des doctrines [Luther et le protestantisme, note de AMG] contre quoi - nous le savons - s'insurgeait toute sa nature d'homme, uniquement - ils le disent - par amour de sa quiétude, et désir d'éviter de rudes persécutions [je crois me souvenir que L. Febvre était lui-même protestant, note de AMG]. Et de quel ton hautain tant d'hommes, qui semblent peu familiers avec les hardiesses de l'esprit, ne reprochent-ils point au protégé de Marguerite, à l'ami de Thomas More, ce qu'ils daignent, les jours d'indulgence, n'appeler que leurs « timidités » ? - A l'autre bout du siècle, il leur faut un Montaigne poltron, fuyant la peste et les dangers publics. Entre deux, un Rabelais claqué sur son Panurge : plaisantin, rusé, écornifleur cynique, total incrédule - mais dissimulant pour rendre à l'Église les politesses requises. Ou bien (c'est la version nouvelle) un Rabelais fanatique, violemment insurgé non seulement contre l'Église catholique mais contre la croyance chrétienne en tant que telle : d'ailleurs masqué, et par peur. Comme si la peur était, ici-bas, la compagne naturelle (et louable) de l'intelligence et de la raison ?"

Peut-être serez-vous comme moi sensible aux échos murayiens (avec ou sans i ?) d'un tel texte. Bonnard dans les années 20 et 30 déplorait cette tendance à diminuer rétrospectivement les grands hommes, cette façon qu'a l'individu démocratique, au sens anthropologique du terme, à projeter ses petitesses et ses peurs sur les hommes des âges non démocratiques. Muray quant à lui saura lier explicitement cette tendance et le goût de l'anachronisme - péché irrémissible… -, montrer et démontrer leur articulation, seulement suggérée par L. Febvre.

A qui nous redonnons la parole pour finir ; et si la formulation est un rien pompeuse, l'idée (je pense surtout à celle qui est exprimée entre parenthèses) me semble juste :

"A ces fantaisies d'une histoire médiocre, trop souvent dictées par des soucis personnels à des hommes perdus dans l'infini détail - substituer une conception plus vraiment humaine (la peur est de l'homme, mais plus encore le triomphe sur la peur) des conceptions spirituelles d'un siècle historique : l'ambition de ce livre."

La peur est humaine certes, mais en la dépassant on est encore plus humain. Ce qui me rappelle d'ailleurs la phrase que j'avais d'abord pensé citer aujourd'hui (pensé ou pensée ? l'accord se fait si le participe est suivi comme ici d'un infinitif ?), phrase lue dans l'Équipe de ce jour. Elle a pour cadre de départ le sport, mais on peut évidemment l'appliquer à d'autres activités humaines, la politique notamment :

"Tout le monde a un plan de jeu. Jusqu'au moment où vous vous prenez un pain dans la tronche." (Mike Tyson, cité par Mats Wilander, ce qui peut expliquer, la traduction aidant, le mélange entre les champs lexicaux du tennis et de la boxe.) Il y a la stratégie, et puis vous vous prenez, par exemple, de la « poudre de Perlimpinpin » dans la tronche...

mercredi 31 mai 2017

"Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison."

Je ne suis pas sûr de bien comprendre cette célèbre phrase de Chesterton, mais il faut avouer qu'elle s'applique exactement à la façon dont notre époque est logique dans sa folie :

"Mariage Posthume.

On apprend qu'Étienne Cardiles s'est marié à titre posthume avec Xavier Jugelé, le policier assassiné sur les Champ-Élysées le 20 avril dernier.

« La cérémonie s'est déroulée en petit comité en présence toutefois de plusieurs autorités. Ainsi, l’ancien président François Hollande a assisté à la cérémonie. Tout comme Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, et Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur. »

En France, le mariage à titre posthume est prévu et autorisé dans le but de légitimer les enfants à naître dont les pères étaient morts. Les effets du mariage remontent à la date du jour précédant celui du décès de l'époux. Ce mariage n’entraîne aucun droit de succession au profit de l'époux survivant et aucun régime matrimonial n'est réputé avoir existé entre les époux."

Lu ça ici. L'auteur de cette brève ajoute : "Enfant à naître ? Etienne Cardiles serait-il enceint ?", mais cette chute me semble presque superflue. - D'un certain point de vue (le mien, le bon), il se trouve que le mariage homosexuel n'existe pas. Le mariage, je suis P. Muray là-dessus, est la solution que l'humanité a trouvée pour protéger les enfants à naître du mépris que leurs parents, post-coitum, peuvent avoir pour les conséquences de l'acte commis. Avec les homosexuels, précisément, cette conséquence-là ne risque pas d'advenir. Donc, qu'ils se marient ou non devant le Maire, ma foi, cela me semble, toujours du même point de vue, le mien, le bon, totalement vide de sens.

Après, que dans son délire anti-discrimination, la société qui se trouve être celle dans laquelle malgré moi j'évolue, ne comprenne même plus ces choses-là, ne saisisse pas le ridicule et l'absurdité profonde d'une telle « cérémonie »... Parfois, on se demande ce qui est alors le plus courageux : rire ou pleurer ?

mardi 30 mai 2017

De la grammaire au service de la politique.

Julien Rochedy ayant tendance à retrouver régulièrement des arguments et des raisonnements de Jean Madiran, je nourris ses récents commentaires sur l'idée qu'il serait « grillé », commentaires qui accompagnent l'expression programmatique d'une volonté d'envoyer chier les journalistes, de quelques citations de Jean Madiran sur les mêmes thèmes :

"On le dit tellement, et partout, et c'est tellement facile : « Vous êtes trop marqué ». « Vous êtes politiquement marqué ». « Si vous étiez moins marqué ! » « Il faut ne pas être marqué pour être entendu... » Comme l'observerait Alexis Curvers, marqué est un passif, et il manque le complément d'agent. Marqué peut-être, mais par qui ? « Marqué » ou réputé tel, c'est un fait subi. Qui dispose du pouvoir de « marquer » ? et pourquoi ? et comment ? Dire à quelqu'un : vous êtes marqué, c'est comme lui dire : vous êtes assassiné. Fort bien : mais l'important, c'est qu'il y a eu assassinat, et de savoir qui est l'assassin ; et quel est ce système qui assassine moralement, ou psychologiquement ; ce système qui « marque » les gens comme du bétail - des ruminants. (...) L'important est enfin de savoir si l'on accepte ce système arbitraire et meurtrier, si l'on s'y plie, si on le subit sans rien dire, ou si l'on passe outre à ses oukases.

On n'est pas « marqué » comme on est blond, bègue ou myope. On a été marqué. Et habilement : d'une manière telle que chacun s'imagine être victime d'une injustice qui lui est personnelle, tandis que les autres, eux, sont « marqués » à juste titre. Si bien que chacun pour soi pense à se « démarquer » en se désolidarisant des autres « marqués » : au lieu de s'unir à eux pour faire sauter le système, ou du moins, dès maintenant, l'annuler pour ce qui dépend de nous, dans les zones et les domaines, même sociologiquement restreints, qui relèvent de notre seule autonomie.

Mais pour cela, il faut commencer par le courage d'être méprisé à l'intérieur de ce système méprisable, au lieu d'y plaider vainement sa cause. (...)

Et au lieu de ramper habilement aux pieds des marqueurs, au lieu de leur offrir des apaisements, des concessions et des garanties, il convient de renverser leurs tables, leurs piles d'étiquettes et leurs manigances. Au moins, et d'abord, les renverser moralement, les mettre hors la loi dans notre propre domaine, si réduit soit-il.

Quand un tribunal est illégitime, c'est renforcer son autorité arbitraire que d'aller plaider ou implorer son acquittement auprès de lui."

lundi 29 mai 2017

Dans la série "Les gens de gauche peuvent être de sacrés connards de droite",

je ne peux que souscrire au diagnostic de Pierre FdeSouche Sautarel :

"Les blancs se croient tellement supérieurs qu'ils banalisent et relativisent le racisme des autres races."

Racisme inconscient à double face : d'une part comme le racisme, c'est mal, ceux qui sont encore racistes, et qui nous sont donc inférieurs, vont forcément cesser de l'être (racistes) et devenir comme nous, antiracistes (je n'ai pas dit : égaux) ; d'autre part, comment imaginer qu'ils puissent être ou rester racistes envers des gens aussi parfaits que nous ?

Évidemment, que certains puissent mépriser les gens de gauche en raison même de leur antiracisme ("Ils ne s'aiment même pas eux-mêmes !"), qu'ils puissent instrumentaliser par ailleurs cet antiracisme ("Tu te sens coupable des méfaits de tes ancêtres ? Appuie la discrimination positive, les subventions... Comme de toutes façons tu te détestes toi-même, etc."), cela n'est pas toujours aisé à concevoir.

dimanche 28 mai 2017

Deux vers nostalgiques d'un auteur que je n'ai jamais lu.

"Et nous ne savons pas de plus réels bonheurs

Que les bonheurs cernés par le monde où nous sommes."

R. Brasillach, dans ses Poèmes de Fresnes. En réalité, j'ai lu Les sept couleurs durant mon adolescence, mais n'ai jamais été plus loin dans l'oeuvre de ce normalien déprimé, caricature de l'intellectuel à lunettes (et je suis intellectuel à lunettes), en même temps perdu dans un monde quelque peu séparé du nôtre. Il y aurait une typologie à faire de nos attirances pour les écrivains de droite dans notre jeunesse au sein d'un monde de gauche. Céline, j'en lisais beaucoup, mais sans trop vouloir m'identifier à un type sale et hirsute, à la fois persécuteur et persécuté, et qui avait quand même un rapport compliqué à la sexualité. Nimier... les belles bagnoles, à l'époque, ce n'était pas du tout un argument pour moi. Et le peu que j'ai essayé d'en lire m'est toujours tombé des mains. M. Marmin écrivait récemment que son oeuvre était surestimée, M.-É. Nabe écrivait moins récemment que c'est peu de temps avant sa mort que Nimier s'attelait à se débarrasser de ses préciosités de petit merdeux de droite (c'est ma formulation) pour des textes plus épurés et sincères. - Bref : jamais lu. Déon était déjà un vieux con, allait le rester encore longtemps - l'avait probablement toujours été. Morand, comme dans un autre genre Gombrowicz, était à mes yeux condamné par tous les petits merdeux de droite, précisément, qui l'encensaient.

Il y avait Drieu, tout de même : il avait fait la guerre, il se tapait des belles femmes, tout en se plaignant sans cesse de tout, de rien, et des femmes en particulier, dans une gravité un peu forcée mais néanmoins sincère sur le fond. Il s'était suicidé, cela flatte le romantisme de la jeunesse. Malheureusement, il n'écrivait pas très bien, rien à voir en tout cas avec Céline. Gênant ! - Il y aurait pu y avoir Rebatet, mais je ne me souviens pas quand j'en ai entendu parler pour la première fois. La connaissance de l'existence même des Deux étendards me vint je crois à la fois de la fréquentation des bouquinistes et de la lecture du Régal des vermines : sur le tard.

Pour résumer : si en France, comme le dit Thibaudet, la politique est à gauche et la littérature à droite, les auteurs dits de droite étaient quand même, pour un jeune homme bien plus littéraire que politique, un peu décevants. Encore, si Céline avait été un peu moins crade avec lui-même et un peu moins hygiéniste avec les femmes...

samedi 27 mai 2017

"Il en va de la gnose comme de la sainteté :

tous y sont appelés, mais peu d'intelligences possèdent cette qualité contemplative et pénétrante qui permet de comprendre les vérités révélées avec une profondeur et une rectitude qui les rend vivantes et dignes d'admiration. On pourrait dire des intelligences dépourvues de gnose : « regardant, elles regardent et ne voient pas ; entendant, elles entendent et ne comprennent pas » (Mc., IV, 2). Cette qualité gnostique est évidemment sans rapport direct avec l'habileté intellectuelle ou le savoir. Exemple moderne d'une intelligence vraiment gnostique quoique peu savante : sainte Thérèse de l'Enfant Jésus ; exemple ancien d'une intelligence incontestablement gnostique (et d'un savoir immense), quoiqu'elle ne fût pas celle d'un saint (reconnu) : Origène. Augustin ou Thomas d'Aquin unissent le savoir et la gnose à la sainteté."

Jean Borella, toujours clair.

vendredi 26 mai 2017

"Les Anglais et les Allemands étaient une nation avoir d'avoir un État...

..., alors qu'en France l'État a précédé la nation." Ce n'est pas textuellement prononcé dans la dernière intervention de Julien Rochedy, mais je me permets de condenser en une phrase cette idée, qui m'inspire deux corrections, l'une à mon endroit, l'autre à l'attention de J. Rochedy :

- une de mes ritournelles du moment, vous ne l'ignorez pas, est le thème : "L'État est l'ennemi de la nation". Il est probable que ceci va hélas devenir de plus en plus vrai dans les prochaines années. Et si je le répète aussi souvent, c'est d'une part pour aider ceux qui me lisent à prendre conscience qu'au rebours de notre tradition nationale il faut s'efforcer de compter de moins en moins sur l'État et de plus en plus sur soi-même et ses proches ; d'autre part afin de bien marquer qu'en notre douce France les forces impérialistes n'avaient qu'à prendre le contrôle de l'État pour contrôler la majorité du pays, ce qui est moins vrai dans des États moins centralisés, plus bordéliques, moins étatiques, etc.

Ajoutons à ces causes principales, que ce thème, que j'ai emprunté à Bernanos, qui rappelait que ce n'était pas d'aujourd'hui que le peuple français était plus enraciné que ses élites, s'accorde bien avec mes options anarchisantes, conseillistes, anti-bureaucratiques, etc. (bis). - Ceci étant, je ne crois pas avoir jamais précisé, depuis que j'ai entrepris de vous bercer de cette saine ritournelle, que je n'ignore certes pas que l'État a aussi joué un rôle pour le moins constructif, au fil des siècles, dans la construction du pays. A force de considérer la chose comme évidente on finit par l'omettre par trop systématiquement, je profite de l'occasion pour enfin réparer ce manque. En ajoutant, cela manque à ce que dit J. Rochedy, que l'Église a joué aussi un rôle déterminant dans l'histoire, et que tout cela renvoie aussi à ce que Jean de Viguerie appelait "les deux patries", soit deux conceptions de la nation, qui sont elles-mêmes liées à des conceptions différentes de l'État. (Digression : il se peut qu'un Marc-Édouard Nabe tire profit de la lecture du livre de Viguerie. Mais je note ça surtout pour moi, comme aide-mémoire pour un jour prochain.)

- par ailleurs, en ce qui concerne l'Angleterre J. Rochedy a probablement raison, il me semble en revanche qu'il commet une erreur par rapport à l'Allemagne, erreur qui consiste à avaliser le coup de force théorique des Prussiens, coup de force qui lui-même consiste à assimiler la Prusse (protestante) et l'Allemagne. Il est amusant que cela se situe dans une discussion dans laquelle Barrès est évoqué, Barrès qui a justement longtemps essayé - et échoué - de rapprocher Français et Rhénans, afin de jouer de l'opposition entre Rhénanie et Prusse, et de saper la volonté d'hégémonie de celle-ci sur l'Allemagne, si ce n'est l'Europe, tout entière. Et n'oublions la Bavière catholique, parfois francophile (au point qu'il y eut paraît-il des discussions pour la rattacher à la France à la fin du XIXe siècle...), la Bavière qui s'est encore récemment distinguée du reste de l'Allemagne par son peu d'enclin à accueillir des « réfugiés », je commence à ne plus pouvoir écrire ce mot sans rire.

jeudi 25 mai 2017

"Quand on ne sait pas quoi dire, on cite Valéry."

Disait la sagesse populaire... La preuve, ou par exemple :

"Je classe les esprits selon les exigences qu’ils s’imposent à eux-mêmes."

"Je sais ce que l’on souffre de n’être que soi."

mercredi 24 mai 2017

Bonnard et saint François d'Assise...

"Bien loin d'être des privations, les renoncements auxquels s'astreint François sont pour lui les conditions d'une vie ardente. C'est ainsi qu'il faut comprendre les trois voeux du frère Mineur. Le voeu d'obéissance a pour emblème un joug, mais, en vérité, il tend moins à asservir qu'à rendre le moine libre. (...) Le voeu de chasteté n'a pas d'autre sens que de permettre à François de tout aimer. C'est le désir qui empêche l'homme d'être libre. Tout homme qui réfléchit quelque peu sur sa propre vie ne peut s'empêcher de rêver en voyant ce qu'il a d'enthousiasme, de foi, d'allégresse, de chasteté, pris et retenu au piège d'un corps. En s'obligeant à la chasteté, François, qui resta toujours près de l'enfance, retrouvait l'indépendance ailée de l'âme enfantine, la façon insouciante dont elle se jette vers tout ce qu'elle aime.

Mais le chemin le plus brusque et le plus direct que François ait su s'ouvrir vers une vie sublime, c'est la façon absolue dont il a compris le voeu de pauvreté. Il a vu que rien n'infecte l'âme comme le fait de posséder et que c'est autour de ce point obscur que se noue et se ramasse la résistance de nos instincts les plus bas. Les biens et les liens, pour lui, c'est la même chose. L'homme ordinaire ne dépend pas moins de l'argent, s'il en possède que s'il en manque, il en porte aussi bien le joug comme avare que comme envieux. François échappe à ces laideurs par sa pauvreté radieuse. Ainsi s'achève la délivrance que les autres voeux avaient commencée."

mardi 23 mai 2017

"La littérature...

...la littérature est le seul moyen véritable d'accéder à la complexité du réel. Plus que par les sciences sociales."

Eugénie Bastié. L'idée pour être juste n'est pas nouvelle, mais le fait est qu'on la retrouve à plusieurs reprises et sous diverses plumes dans le nouveau numéro d'Éléments. Si j'ai choisi précisément cette formule, c'est parce que la sympathique Mademoiselle Bastié évoque le péché originel, ce qui dans Éléments n'est pas courant ; si j'ai choisi d'évoquer la récurrence de ce thème, c'est qu'elle me semble significative. Ainsi que le remarquait Marcel Gauchet dans la même revue (je l'avais précisément cité), le problème du poids du politiquement correct est le temps et l'énergie que l'on doit dépenser pour en démonter les chantages, manipulations, mensonges, etc., au lieu de se livrer à des réflexions plus profondes et plus originales, pour ceux du moins qui en sont capables. De fait, alors que l'étau du politiquement correct tend à se desserrer (ce qui n'est pas le cas de l'étau de la politique sur nos vies…), que plusieurs participants au dernier numéro d'Éléments évoquent la plus grande finesse et la plus grande capacité d'analyse de la littérature par rapport aux sciences humaines, cela peut sembler comme une possibilité de bonne nouvelle : la sensation partagée par plusieurs que l'on va peut-être enfin pouvoir se remettre vraiment au boulot.

En repensant par ailleurs à ce que j'ai écrit l'autre jour sur le type Marion Maréchal-Le Pen, je me disais qu'en cette période de promotion étatique de l'indifférentialisme et du transsexualisme actif ou passif (comme on dit pour le tabagisme), qu'une possibilité de renaissance spirituelle se fasse sous le signe de l'éternel féminin, ce serait ma foi comme une revanche de la nature. - Mais on peut aussi se dire qu'il est déjà trop tard, et que les sept plaies d'Égypte nous attendent.

lundi 22 mai 2017

Des carences de l'intellectuel égaré en politique.

"Mille intellectuels assis vont moins loin qu'un Président En Marche !" - Ceux qui réfléchissent à la politique sans en connaître tous les coups tordus, à titre d'amateurs, au-dessus de la mêlée, métapolitiquement, à leurs heures perdues, etc., ont quand même de bonnes chances d'être souvent en retard sur ceux qui font de la politique, dont c'est le métier, qui en connaissent tous les ressorts, et qui de surcroît font déjà les lois. Ce n'est pas très gai, mais ce n'est pas désespéré.

dimanche 21 mai 2017

"J’ai aimé les extrêmes par l’espoir d’y trouver un fixe."

Paul Valéry. Et une autre : "Je plie sous le fardeau de tout ce que je n’ai pas fait."

Bon dimanche !

samedi 20 mai 2017

"La victoire du féminisme en France...

...c'est MMLP devant ce gros con d'Apathie."

Un lecteur. Je m'empresse bien sûr de le relayer, même si je le trouve trop gentil envers M. Apathie. On prouve le féminisme - ou plutôt la dignité féminine - en marchant, somme toute.

(P. S. personnel : M. Altrad est en vacances, ce n'est pas encore cette année qu'il sera champion de France. Bien fait pour sa gueule.)

vendredi 19 mai 2017

"La haute flamme du pur amour..."

Non, il ne s'agit pas aujourd'hui de Marion Maréchal-Le Pen. Deux citations de Bernanos, la première issue du début de La France contre les robots :

La révolution "que nous annonçons se fera contre le système actuel tout entier, ou ne se fera pas. Si nous pensions que ce système est capable de se réformer, qu'il peut rompre de lui-même le cours de sa fatale évolution vers la Dictature - la Dictature de l'argent, de la race, de la classe ou de la Nation -, nous nous refuserions certainement à courir le risque d'une explosion capable de détruire des choses précieuses qui ne se reconstruiront qu'avec beaucoup de temps, de persévérance, de désintéressement et d'amour. Mais le système ne changera pas le cours de son évolution, pour la bonne raison qu'il n'évolue déjà plus ; il s'organise seulement en vue de durer encore un moment, de survivre. Loin de prétendre résoudre ses propres contradictions, d'ailleurs probablement insolubles, il paraît de plus en plus disposé à les imposer par la force, grâce à une réglementation chaque jour plus minutieuse et plus stricte des activités particulières, faite au nom d'une espèce de socialisme d'État, forme démocratique de la dictature."

Toute ressemblance, etc. La seconde est la suite du texte sur Bloy et la pauvreté que je vous livre par extraits (non coupés) de temps en temps :

"Cette société ne veut pas de pauvres, et il serait vraiment trop niais de croire que ce soit par sensibilité de coeur ou même d'entrailles, car nous la regardons agir, nous faisons le compte de ses charniers, de ses prisons, de ses camps de torture, de ses laboratoires de mort, et nous savons parfaitement que si l'Histoire nous en présente peut-être d'aussi féroces qu'elle, du moins n'en a-t-on jamais connu d'aussi volontaire et d'aussi lucide dans la férocité. La Société moderne ne veut pas de pauvres pour la même raison qu'elle ne voudrait pas de nobles, s'il lui restait assez d'honneur ou seulement de prestige pour faire des nobles. Elle ne peut comprendre que la pauvreté est aussi une libération [note de AMG : elle fait tout pour que ce ne soit plus une libération], que le sort de la liberté des hommes est mystérieusement lié dans ce monde à celui de la pauvreté [note de AMG : elle le comprend, justement, c'est pour ça qu'elle fait en sorte que ce ne soit plus une libération, que la misère remplace la pauvreté]. La Pauvreté fait des hommes libres, d'une certaine liberté innocente qui n'est évidemment pas celle des saints, c'est-à-dire des pauvres en esprit, des pauvres volontaires, des victimes volontaires de la pauvreté, mais qui suffit à entretenir parmi nous le feu couvant sous la cendre où, de génération en génération, s'élève tout à coup la haute flamme du pur amour. Car la liberté du saint n'est sans doute pas autre chose que la liberté du pauvre entièrement surnaturalisée, comme le fer dans la forge qui du rouge sombre passe au blanc."

jeudi 18 mai 2017

"Spirituellement..." Léo Ferré maréchaliste.

"Spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation."

L'enracinement... C'est beau comme du Simone Weil. (C'est du Marion Maréchal-Le Pen.) Ceux qui nous dirigent ne partagent plus le sort de ceux qu'ils dirigent, au point même de ne plus faire d'enfants. De même que les riches selon Chesterton sont déjà achetés depuis toujours, ces politiciens qui n'ont jamais fait d'enfants sont comme des traîtres apatrides depuis toujours (fait-on des enfants par amour de la patrie ? La réponse varie selon l'endroit et le moment. On peut aussi mieux comprendre l'importance de la patrie une fois que l'on a des enfants.) Et ils se gardent bien de goûter à ce qu'ils nous font subir, Marion Maréchal-Le Pen le souligne à juste titre. Ce n'est pas : "Qu'ils mangent de la brioche" (apocryphe ?), c'est : "Je mange de la brioche tout en faisant baisser la qualité du pain quotidien des pauvres. Et s'ils se plaignent trop, on fait venir des Arabes, des Soudanais ou des Afghans à leur place".

Bref, oui, c'est "profondément injuste", ou, comme disait Léo Ferré, "vraiment dégueulasse". Léo qu'il serait dommage de ne pas citer ici :

"Ton Style, c'est ton cul, c'est ton cul, c'est ton cul,

Ton Style c'est ma loi quand tu t'y plies, salope !

C'est mon sang à ta plaie, c'est ton feu à mes clopes,

C'est l'amour à genoux et qui n'en finit plus,

Ton Style, c'est ton cul, c'est ton cul, c'est ton cul..."


Il s'agit là plus que d'une grivoiserie (d'autant que s'il y bien quelque chose que je connais pas de Mme Maréchal Le Pen, c'est justement son cul) : de même que je me demandais fin janvier se situait l'intelligence certes problématique et pourtant indéniable de F. Ribéry, notre Léo national nous incite à nous interroger sur la nature du style de Mme Le Pen. Il est bien clair que si elle était moche (parlons français d'avant le politiquement correct), elle serait moins séduisante, ce qui est presque une tautologie. Et pourtant ce n'est pas parce qu'elle est jolie que le texte cité est, lui, séduisant. - Mais c'est là qu'est le "presque" de la phrase précédente : à l'heure où les personnalités politiques, à force de fadeur et de peur de choquer, ne ressemblent plus à rien, notre Président en est un exemple, en voilà une - une personnalité, il se trouve que c'est une femme - qui ressemble à un type, et cela fait partie de son style.

Que ce type soit celui de la jolie femme, c'est un coup de bol pour des gens comme moi, mais ce n'est, vous l'aurez compris, que secondaire. De toutes façons, elle s'en va, et Macron reste ! Ceinture pour tout le monde !

mercredi 17 mai 2017

Un peu de réconfort dans ce monde de brutes.

"Il a eu besoin de la médiation du serpent : le Malin peut séduire l'homme, il ne peut devenir homme."

Kafka. Un peu de réconfort, ai-je dit. Trois fois rien, c'est déjà quelque chose, disait l'autre.

mardi 16 mai 2017

Dialogue par sms sur la recherche des responsabilités dans la semi-réussite et le trois-quarts échec du Front National au deuxième tour.

Cet échange de sms (authentique, je n'ai fait que de légères corrections d'ordre stylistique) a pour toile de fond, plus précisément :

- une attaque à la Kalachnikov de Éric Zemmour à l'endroit de Marine Le Pen ;

- une réplique peu élaborée de Alain Soral et de ses amis ;

- la réponse, plus élaborée à défaut d'être vraiment convaincante, de Jacques Sapir, mis en cause nommément par Éric Zemmour (qui n'avait en revanche pas nommé Alain Soral).

Je n'avais lu que les deux premiers textes lorsque j'ai lancé la conversation que voici, je la restitue sur le mode du Neveu de Rameau, pour que ce soit clair.

Moi : "Pour Soral, la ligne Buisson, c'est bien, la ligne Zemmour, c'est pas bien. Je ne comprends pas tout."

Lui : "Pour Soral, les Juifs, c'est pas bien, sauf si ça dit beaucoup de mal des Juifs."

Moi : "Certes. Ceci étant, on aimerait savoir de quel point de vue Zemmour flingue autant Marine Le Pen."

Lui : "Sans doute considère-t-il, comme d'autres, que la droite nationale avait une occasion historique de briller, et qu'il y a quelque chose d'impardonnable dans cet amateurisme d'entre-deux-tours."

Lui : "C'est ma lecture charitable."

Moi : "Disons qu'il aurait pu aider plus, alors. Et la lecture non charitable ?"

Lui : "Zemmour est un bon juif qui espère l'éclatement du FN."

Moi : "Et là vous retrouvez en partie Soral."

Lui : "En effet."

Moi : "Qui y ajoute un supposé sionisme."

Lui : "On appelle ça une obsession."

Lui : "Ce qui ne veut pas dire qu'il a tort. Mais Israël n'est vraiment pas le sujet de prédilection de Zemmour."


L'idée première étant de montrer par l'exemple d'une conversation amicale que, pour citer une formule fameuse de Jean Renoir, "tout le monde a ses raisons", lorsqu'il s'agit d'expliquer, sinon la victoire d'Emmanuel Macron, sinon même la défaite de Marine Le Pen, du moins le sentiment à tort ou à raison prégnant ces jours-ci chez les résistants de droite, que la défaite prévisible de Marine Le Pen est finalement et surtout une défaite rédhibitoire, n'est en rien une victoire.

L'idée seconde étant, en laissant maintenant de côté Éric Zemmour et notre principe de citation quotidienne, de nous autoriser quelques remarques sur le sujet.

Tout d'abord, et là-dessus je mettrais volontiers dans le même sac MM. Zemmour, Soral et Sapir, il ne faut pas confondre objectifs politiques et thèmes de campagne. J'ai évoqué il y a quelques semaines, au sujet de quelqu'un comme Asselineau, l'idée que certains se montraient d'autant plus rigoureux et pointilleux dans le souverainisme qu'ils semblaient timorés sur les sujets d'immigration et d'identité. Mais on a parfois désormais l'impression qu'il faudrait choisir entre ces deux thèmes, être souverainiste ou identitaire. Pourtant, s'il peut être opportun d'un point de vue électoraliste de porter l'accent sur un de ces thèmes plutôt que sur l'autre, il est tout de même assez facile de comprendre que rien ne sert de dire merde à l'UE si c'est pour continuer à accueillir des centaines de milliers de personnes issues d'autres cultures que la nôtre chaque année ; pas plus que l'on ne risquera de retrouver un certain sens d'une destinée commune si les technocrates dit libéraux de Bruxelles continuent de nous dire quoi faire et avec quel argent le faire.

Cette première remarque pour ceux que j'ai appelés les résistants de droite, la seconde pour les résistants de tous les bords. (J'emploie cette terminologie bien sûr sans pathos, mais si tout ce qui a vraiment du pouvoir en France se réunit autour de M. Macron, et si celui-ci est bien ce qu'il paraît être, il est clair que ceux qui ne sont pas d'accord avec lui n'auront pas la partie facile dans les années à venir.) Cette remarque est une forme de consolation négative par rapport à la déprime évoquée plus haut : les choses ne peuvent pas s'arranger. Même si certaines réformes économiquement libérales de M. Macron pouvaient apporter certains fruits économiques - ce n'est pas que j'y croie beaucoup, mais pourquoi pas, si, au sens voyeriste, l'économie n'existe pas, tout est possible -, même si le chômage baissait, même si les pauvres avaient un peu plus de pognon, etc. - cela ne changerait rien au mal-être des Français. A la limite, il faudrait, comme tout le monde en ce moment, souhaiter "que Macron réussisse" : cela décantera les problèmes, cela montrera à MM. Mélenchon, Sapir et autres indécrottables matérialistes, que le problème principal n'était pas là.

Mais comme la façon la plus facile (sur le papier) de régler le problème principal est justement celle de MM. Macron et assimilés et celle que je refuse - la lente dissolution de la civilisation européenne dans un métissage général et consumériste, ce que je résume souvent par l'idée du Quick hallal comme synthèse de ce qui nous menace -... eh bien, au mieux, ce sera difficile.

lundi 15 mai 2017

Je suis Charlie ! "Si nous ne voulons pas être submergés par les bougnouls, soyons plus prolifiques qu'eux."

Wolinski... Feuilletant un petit livre de lui daté de 1981, je découvre des pensées parfois savoureuses :

"On devrait peut-être retourner au Moyen Age, au moins, en ce temps-là, on n'avait pas peur d'aller casser la gueule aux Arabes."

"Quand on sait que le communisme est une invention des Juifs, on ne peut être qu'antisémite."

"J'affirme que l'Afrique et le ramassage des ordures doivent être laissés aux Africains."

"J'aime bien les Arabes parce que, quand ils n'ont pas de travail, ils en profitent pour ne rien faire, ce qui fait qu'ils ne perdent jamais bêtement leur temps."

"J'aime mieux que les prisons soient pleines d'innocents que les rues pleines de coupables."

"Il y a une chose que je ne pardonnerai jamais aux étudiants, qui sont d'ailleurs des fils de bourgeois, c'est d'avoir persuadé d'honnêtes étrangers et de courageux travailleurs, parfaitement heureux de leur sort, qu'ils étaient victimes de la société bourgeoise." (en référence à mai 68)

"Dieu a créé l'homme et la femme, il n'a pas créé le jeune lycéen drogué et l'écolière croqueuse de pilules."

"Ce sont les circonstances qui mettent un homme providentiel au pouvoir, jamais des élections." Capice ?

"Il n'est pas bon pour le moral d'un pays de compter trop d'humoristes." (Nous en avons la preuve bien trop souvent…)

Et pour la bonne bouche, si j'ose dire :

"Il est difficile de montrer son cul sans baisser son froc."

dimanche 14 mai 2017

Un bon exemple d'idée chrétienne devenue folle.

"Je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin."

Julien Freund, cité par (l'horrible !) P.-A. Taguieff, je trouve cette mise au point ici. J'avais envisagé deux autres possibilités pour ce soir, mais ceci fera l'affaire, d'autant que j'ai un poisson à cuisiner et une vie de famille. - Bref : tendre l'autre joue est une chose, refuser l'hostilité dont vous êtes l'objet, au nom d'une concorde universelle dont votre ennemi n'a rien à faire, en est une autre, sa dérivation grotesque et masochiste. Masochiste au sens où votre ennemi, non seulement continue à vous combattre, mais se met en plus, si ce n'était pas le cas avant, à vous mépriser. La guerre continue, vous vous mettez en position de faiblesse. Et malheureusement, souvent, vous engueulez ceux de vos proches qui, eux, prennent au sérieux, l'hostilité de l'ennemi et entendent y répondre dans les règles. Si vous n'êtes pas un traître, vous en vous en rapprochez. La connerie mène à tout !