jeudi 30 avril 2015

Au Bonnard du jour... (III) Le réalisme politique et les démons.

Continuons, en attendant peut-être des analyses plus provocatrices (plus "Charlie"), à retranscrire du Bonnard. Si, comme le dit le maître, "tout ce qui est israélien est coupable", tout ce qui est aujourd'hui de gauche l'est autant, par bêtise, bassesse, haine des pauvres ou conformisme, qu'importe. (C'est vrai aussi pour ceux qui sont aujourd'hui de droite, mais ça tout le monde le sait.) Qu'Abel B. donc nous aide à affiner nos arguments contre les Caïn (catins ?) politiciens contemporains. Tout ce qui est maçon est coupable, tout ce qui est démocratiste (au sens où Maurras pouvait écrire : "La démocratie n'est pas un fait. La démocratie est une idée. (...) Le démocratisme seul existe ; il n'est pas de démocratie.". Un propos auquel Jacques Rancière devrait souscrire...) est coupable.

"Après les élections de 1885, [Jules Ferry] accuse les radicaux d'avoir fatigué le pays, en ne lui parlant que de réformes. Il félicite les paysans républicains de leur esprit conservateur, sans prévoir que la République le leur ôtera, et ainsi il fait preuve de cette inconséquence qu'ont manifestée après lui les plus honnêtes des républicains, quand ils sont réduits à espérer que leur pays gardera quelques-unes des qualités que leur parti travaille à lui enlever. (…) C'est une des lois les plus certaines de la politique que tout régime a un contenu d'idées et de sentiments qui, de son origine à sa fin, le forcent d'agir selon ce qu'il est : comme l'araignée, il tire de son ventre le réseau qu'il tend sur les choses, et cette fatalité n'est jamais plus rigoureuse, que lorsqu'il s'agit, comme c'est le cas pour la République française, d'un régime constitué dans les discordes civiles et né avec une âme de parti ; il ne lui est permis d'exister que selon soi-même. Il ne saurait devenir meilleur, s'il s'agit pour lui de devenir autre. La troisième République périra sans avoir changé, puisque changer, pour elle, ce serait déjà périr. Ce que Ferry essaya, d'autres l'avaient tenté avant lui. (…) Quand certains conservateurs, séduits par Thiers, acceptèrent de faire, selon la niaise expression de l'un d'eux, un essai loyal de la République, tandis qu'ils se targuaient d'être des hommes pratiques, en reconnaissant que la monarchie n'était plus possible en France, ils cédaient à la plus trompeuse des chimères, en s'imaginant qu'une République conservatrice le serait, et ils rêvaient ce régime selon les théories qui sont dans les livres, au lieu de le prévoir d'après les républicains qu'ils avaient sous les yeux. Le premier réalisme, en politique, est de connaître les démons qui sont cachés dans les mots. La République ne saurait exister en France hors des passions qu'elle a excitées. Sans doute, si l'on considérait l'histoire du régime actuel, jusqu'à cette affaire Dreyfus qui lui donna autant de vigueur qu'elle en ôta à la France, on verrait que souvent les modérés ont paru y gouverner, et il serait facile, en les opposant aux radicaux, de présenter cela comme la lutte de deux tendances contraires de la République. Mais nous ne croyons pas que cette interprétation soit exacte. Bien loin de monter du fond du régime, ces ministères modérés furent seulement, à sa surface, le dernier soupir d'un esprit venu du dehors, et comme la manifestation suprême de toutes les conceptions générales que la République allait détruire. Les hommes qui les formaient, tout en se croyant républicains, n'auraient rien eu à changer en eux pour servir un autre régime ; ils s'y seraient même sentis plus à l'aise, et si leur esprit de modération resta sans vigueur et sans vertu, ce fut précisément parce qu'il ne trouva dans la substance de la République rien qui pût le nourrir. En dépit des ménagements nécessaires et des adoucissements superficiels, la troisième République n'est que la continuation ou la reprise de la première : elle s'éloigne du réel par les mêmes chimères et s'y raccroche par les mêmes passions ; elle agit par les mêmes ressorts, détendus seulement. Elle est de la Révolution ralentie et de la Terreur délayée et il suffit d'un regard pour s'apercevoir qu'entre elles deux, les ressemblances foisonnent. C'est le même culte des mots abstraits, qui n'apporte rien à l'âme, mais ne coûte rien à l'envie, et préserve les petits esprits d'avoir à admirer réellement des supérieurs. C'est le même rôle donné à la délation ; c'est la même aversion pour les généraux, et la façon dont la Chambre s'arroge tous les pouvoirs ne fait que copier en grisaille l'omnipotence de la Convention. Les places et les faveurs se distribuaient sous le Directoire exactement selon les mêmes règles qui sont suivies à présent. Sans doutes les moeurs se sont amollies, mais elles pourraient, en un instant, reprendre leur ancienne cruauté ; que les circonstances deviennent critiques pour les hommes du parti dominant, leur premier mouvement est de se maintenir par la terreur.


Bête et méchant


Toute la France les a vus, dans un moment tragique [le 6 février 1934], faire la grimace de l'acte qu'ils n'ont pas osé accomplir et leur seul remords est sans doute d'avoir été timides.

Toutes ces ressemblances se résument en une seule : la troisième République, comme la première, résulte de la domination d'un parti." (Éd. Soral, pp. 20-23 ; Grasset, pp. 27-31. A noter de légères différences, sans atteinte au sens, mais tout de même les premières que je constate, entre l'édition Kontre Kulture et celle des années 30. Je suis la leçon de 1936).

On objectera que la Ve République n'est précisément pas la Troisième : c'est une des questions que je me pose en ce moment. Ce qui est certain, c'est que, si parenthèse gaulliste il y a eu, le « parti » évoqué par A. Bonnard, a tout fait depuis pour la refermer. Tout ce qui est maçon est coupable, tout ce qui est démocratiste est coupable, tout ce qui est de gauche ou de droite est coupable.


(La phrase de Maurras est citée, avec la coupure, par Jean Madiran dans son Maurras, Nouvelles Éditions Latines, 1992, p. 88 n.)

vendredi 20 février 2015

Au Bonnard du jour... (II) Trois jours avec Jacqueline Delubac comme revanche contre le destin incarné par les rats Hollande et Valls.

"Avant de critiquer les modérés, il n'est que juste de considérer les conditions où ils sont placés et de reconnaître qu'elles ne rendent pas leur rôle facile : ils sont chargés de représenter l'esprit de conservation, dans un système où on l'a d'abord déshonoré. Sans montrer en détail tout ce que vaut cet esprit-là, au moins faut-il marquer qu'il compte parmi ces sentiments fondamentaux sans lesquels aucune société noble ne peut exister ni se maintenir. Si l'on se représente que l'état de civilisation résulte d'un équilibre presque merveilleux, tant il est instable, entre des forces qui se composent momentanément, au lieu de s'opposer, si l'on a compris que le plus grand bienfait d'un pareil état est dans l'esprit d'humanité qu'il répand sur une société tout entière et qui tempère partout des imperfections qu'il ne sera jamais au pouvoir de personne de supprimer, si l'on prend garde qu'un pareil ensemble, aussi fragile qu'il est achevé, unit ses différentes parties par des rapports si délicats, si intestins, si mystérieux, qu'on doit toujours craindre de blesser son âme en l'attaquant sur un des points de son corps, alors, sans doute, on ne se croit pas condamné à l'inaction, mais on se sent obligé à la prudence. (…) Le premier bienfait d'une société policée est dans la stabilité qu'elle assure à tous, de sorte qu'il n'est pas un de ses membres, même parmi les moins favorisés, qui, dans le présent, ne se trouve le maître d'un peu d'avenir. Cette stabilité s'oppose à la folie du progrès, puisqu'elle substitue la jouissance d'un bien réel à la poursuite d'un bien imaginaire, mais loin d'être contraire aux améliorations véritables, elle seule les permet. On ne peut amender réellement que ce qu'on ne bouleverse pas sans répit et rien ne paraîtra plus insensé, un jour, qu'une société qui, dans les crises périodiques des élections, remettait elle-même en question les principes sur lesquelles elle était fondée et se privait, par ses propres soins, des biens que la continuité seule procure. Des progrès positifs ne seraient possibles que si l'on cessait de parler de progrès sans cesse, et sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, il faudrait quitter le mot, si l'on voulait retrouver la chose. Mais tout évidentes que soient ces idées, elles contredisent directement celles dont se nourrit la démocratie française. On sait qu'elle vit sur l'idéologie du mouvement : il s'agit d'avancer toujours et sans même savoir vers quoi. Dans ce système où les abandons sur toutes les pentes sont représentés comme des élans vers tous les sommets, et où, chaque fois qu'on tombe, on croit qu'on s'envole, les modérés sont chargés d'avance du rôle odieux : ils sont le parti de l'empêchement ; en face des hommes de gauche, débordant d'une prétendue générosité qui, non seulement ne leur coûte rien, mais leur rapporte même beaucoup, ils sont chargés de représenter l'égoïsme, quoiqu'ils ne soient en rien plus égoïstes que leurs adversaires ; dans cette grossière affabulation où la politique n'est qu'une parodie de la religion, il faut qu'ils fassent le rôle du Diable, et on apporte à ces chétifs, dans la coulisse, les cornes et les griffes postiches sans lesquelles ils n'auront pas la permission de monter sur scène."


A l'aide du précieux recueil d'"aphorismes et fragments", selon les termes de son concepteur Luc Gendrillon, Ce monde et moi (Dismas, 1991, p. 13), donnons l'occasion à notre ami Abel d'enfoncer le clou :

"Ils désespèrent de leur pays parce qu'ils savent ce qu'ils en ont fait."

"Attendre des politiciens qu'ils sauvent l'État, c'est demander aux rats de sauver le navire."

Phrase qui pourrait être de gauche, mais depuis le 11 janvier (je plaisante, nous le savions depuis longtemps - Pompidou, des sous, c'était déjà ça, in fine, Voyer forever...), nous avons appris que les gens de gauche attendent précisément des politiciens qu'ils sauvent l'État, et eux (les gens de gauche) avec, le reste peut crever. Même les Arabes, puisque finalement ils n'ont pas l'air d'être de gauche.


Quitte à être fleur bleue, je m'en voudrais de vous quitter sur une note trop caustique : je vous retranscris donc ce bel éloge, toujours par A.B., des femmes joyeuses et des amours de passage, des escapades qu'à la même époque un Guitry et sa belle Delubac savaient si bien illustrer ("Nous avons l'éternité devant nous. - Non, mieux que ça : trois jours !") :


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"On est injuste pour les femmes gaies. Tandis que la moindre boudeuse se fait la réputation d'avoir une âme, par son air de tout attendre sans être capable de rien donner, on ne loue pas assez celles qui gardent la force qu'il faut pour ouvrir dans nos jours des commencements et qui ont eu le courage d'écarter leurs propres ennuis, avant d'avoir l'art de chasser les nôtres. Elles nous rendent la netteté du présent. Elles nous donnent des instants intacts. Voilà le grand point. La vie dure peu, l'année passe vite, le mois est court et le jour plus bref encore, mais l'instant est immense. C'est le seul fragment du temps que nous ne partagions pas avec la pendule, et qui n'ait de dimensions que celles que nous lui donnons en le dilatant. (...) Nos instants sont les revanches que nous prenons sur notre destin."

(L'amour et l'amitié, Grasset, 1939, p. 35.) Ici je devrais faire une digression sur le danger de trop assimiler ces instants avec ceux de l'orgasme, ou sur de curieuses mais courantes confusions entre sexe et liberté, mais ce sera, peut-être, pour une autre fois.

jeudi 29 janvier 2015

Au Bonnard du jour... (I) La démocratie comme l'expression obscène des défauts que la France accepte sourdement de garder en elle.

Au diable l'Islam et ses relations avec la "France" ! Je vous développerai ça une autre fois, si Samuel Goebbels Padamalgame Valls nous le permet encore. Voici, ainsi que je l'évoquais avant que les frères Kouachi ne s'attaquent à la foi du Charbonnier, voici un extrait des Modérés d'Abel Bonnard, en l'occurrence les premières pages :

"Jamais la politique n'a autant pressé les Français : elle les harcèle et elle les mord ; elle distrait de leur labeur ceux qui vivaient hors de leur temps, mais qui ne sauraient travailler en paix dans une maison qui tremble ; elle émeut les généreux, elle inquiète les égoïstes ; les indifférents s'aperçoivent que rien ne peut plus durer par inertie et que laisser les choses aller, c'est accepter qu'elles n'aillent plus ; ceux à qui l'activité politique plaisait, à côté d'une vie dont elle ne troublait pas la routine, comme un débat où ils s'adonnaient à leur goût pour les idées creuses, et comme un combat où ils pouvaient détester agréablement leurs concitoyens, sont contraints de reconnaître que leur propre sort, maintenant, se décide en elle. Ceux qui ont été trop délicats pour s'en mêler doivent être assez courageux pour y intervenir. Elle marque l'endroit particulier où les Français de toutes les sortes doivent prouver leur valeur générale ; elle est le champ clos où se détermine leur destin.

Dans une conjoncture si difficile, il est naturel qu'il y ait beaucoup d'esprits effarés et de coeurs surpris. La réalité étreint un peuple qui a vécu sans se soucier de la saisir. La plupart répondent aux difficultés d'aujourd'hui avec leurs idées et leur personne d'hier. Les politiciens français, qui sont les plus arriérés de tous les hommes, recourent, pour se tirer d'affaire, aux antiques subterfuges qui leur ont si souvent servi ; mais, cette fois, tout est changé. (...) Çà et là, cependant, des âmes se lèvent, et il s'agit seulement de savoir si elles seront prêtes au moment fatal et si quelques hommes, chez nous, seront maîtres des événements, ou si les événements y seront les maîtres de tous les hommes.

Mais on n'a rien dit quand on a reconnu que les Français sont à présent forcés de se soucier de la politique. Tout est dans la façon dont ils s'y prendront. Si singulier que cela paraisse, s'intéresser à la politique, s'ils veulent le faire utilement, c'est d'abord, pour chacun d'eux, revenir à soi pour s'examiner ; c'est fixer en soi le principe des changements qu'on veut porter dans les choses ; c'est se rendre le citoyen d'un État qui n'existe pas encore ; ce n'est pas quitter une opinion pour une autre, c'est avoir déjà les qualités qu'on veut que la France acquière. Il faut reconnaître que peu d'entre eux prennent les choses de cette façon. Les meilleurs Français se trouvent aujourd'hui à la veille d'un grand effort et ils voudraient être au lendemain. La plupart croient rompre avec le régime dont ils se plaignent par quelques criailleries ; peu s'en faut qu'ils ne considèrent que cela suffit à le rejeter dans le passé : ils se trompent fort. Tout repoussé qu'il est par le coeur, tout condamné qu'il est par l'esprit, le régime actuel n'en reste pas moins implanté dans les choses, non seulement parce que ceux qui en profitent évoqueront tous les démons plutôt que de renoncer à leurs avantages, mais parce que beaucoup de ceux qui le critiquent sympathisent encore avec lui par toute une partie de leur nature. Il est fort bien de parler sans complaisance des politiciens, si la connaissance de ce qu'ils sont marque le point d'où l'on part vers ce qu'il faut être ; mais de les vilipender, sans qu'il en soit rien de plus, cela n'empêche pas de garder des défauts tout voisins des leurs, ni de partager avec eux la responsabilité dont on voudrait les accabler. (...) La France ne se sera rendue vraiment apte à se donner une meilleure organisation que lorsqu'elle regardera le régime dont elle se plaint comme l'expression obscène des défauts qu'elle a accepté de garder sourdement en elle, et comme la place visible où s'avoue un mal profond. Il la force à se voir dans ce qu'elle a de moins beau. Bien loin de nous plaire à opposer une nation pourvue de toutes les bonnes qualités à un régime chargé de toutes les mauvaises, fiction lâche et fausse qui ne mène à rien, nous ne devons pas craindre de connaître le régime et la nation l'un par l'autre. Assurément celle-ci déborde celui-là, par ce qu'elle a de plus haut et ce qu'elle garde de plus profond ; mais, entre ces extrêmes, il ne se peut pas qu'elle ne coïncide avec lui en beaucoup de points : même les plus vils des politiciens s'appuient sur une clientèle qu'ils ont, sans doute, contribué à corrompre, mais qui, par un touchant échange de bons offices, tend elle-même à les confirmer dans leurs vices ; d'autres députés, qui valent mieux sans valoir beaucoup, ne sont que l'expression trop fidèle de cette masse incertaine qui, loin de vouloir le bien, craint presque d'y aspirer. Seuls les plus nobles des Français seraient fondés à soutenir que, dans un pareil régime, ils n'ont pas de représentants ; encore peuvent-ils se reprocher de l'avoir trop facilement accepté, et se trouver liés à lui par tous les consentements inavoués de la mollesse et de la lassitude. Des hommes d'élite doivent toujours être plus portés à exagérer leur responsabilité qu'à la méconnaître et il leur sied d'être assez fiers pour se trouver coupables de tous les maux qu'ils ont permis. C'est par la critique d'un régime qu'elle ne peut pas conserver que la France doit connaître en elle les défauts qu'elle ne veut plus avoir." (Pp. 9-13 de l'édition Grasset de 1936 ; pp. 7-10 de l'édition Kontre Kulture).

Laissons parler notre côté Charlie et permettons-nous un seul commentaire, ou une seule paraphrase : "le régime..comme l'expression obscène des défauts que (la France) a accepté de garder sourdement en elle, et comme la place visible où s'avoue un mal profond" - l'anus du Président Hollande comme figure et symbole du sida du pays ?


A une prochaine fois mes amis, et bon courage à tous.

jeudi 15 janvier 2015

"Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le."

Il y a des gifles qui se perdent


Cet article va être composite. J'ai commencé à prendre des notes sur Charlie-Hebdo le lendemain de la tuerie. "L'histoire s'accélère", voilà un lieu commun dont nous avons pu cette semaine éprouver la véracité : le cadavre de Charb avait à peine fini de fumer que Bibi Netanyahou venait donner un sens particulier à une manifestation (pardon, un « rassemblement ») qui avait peut-être trop de sens différents (et pas toujours beaux à voir). Les frères Kouachi n'étaient pas encore autopsiés et Wolinski n'était pas encore enterré que Manuel Walls fêtait la liberté d'expression en envoyant Dieudonné en garde à vue, pendant que ce qui reste de l'armée française était mis au service exclusif d'une minorité. Bref, pour qui souhaite écrire avec un peu de recul, les temps sont difficiles...

N'ayant "pas le temps de faire court", pour paraphraser un grand journaliste mort il y a longtemps, il me semble donc que la solution la moins pire, comme on le dit à tort de la démocratie, est de retranscrire mes notes en leur adjoignant éventuellement quelques commentaires en italiques. Cela permet au moins de fixer - hélas pas sur le papier (les paroles informatiques s'envolent, les écrits restent)... - certaines remarques. Je me permets de signaler qu'il m'arrive de réagir plus directement aux événements sur mon fil Twitter (@Acafeducommerce).



"Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le."

C'est en repensant à cette phrase, lue durant ma jeunesse dans un bouquin déjà ancien de Wolinski, que j'ai compris ce que je pensais de l'événement d'hier. Je ne me souviens plus de quel bouquin il s'agissait, l'auteur y racontait une expédition en vélo pendant la guerre d'Algérie, à l'époque où lui et d'autres soutenaient le FLN. Un soir, donc - pendant un couvre-feu j'imagine -, Wolinski se fait contrôler par deux policiers. Moment d'angoisse, car dans sa sacoche se trouvent des tracts de Siné avec ce slogan peu charitable envers les forces de l'ordre, mais le dessinateur passe entre les gouttes, le contrôle est de pure routine, pas de fouille. "Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le." : les tueurs d'hier n'ont fait en quelque sorte qu'appliquer ce principe, et c'est cette coïncidence, si le terme convient, qui m'a permis de démêler les fils de ce que je ressentais. J'avais un peu d'émotion, mais pas beaucoup. C'est en réalité parce que l'affaire, et sous réserve de révélations bouleversantes - je prends pour argent comptant ce qui nous est raconté sur les assaillants ; ce sont surtout de toutes façons les aspects psychologiques qui m'intéressent, et ceux-ci ne dépendent pas d'une éventuelle ou hypothétique manipulation -, l'affaire est intéressante par ses paradoxes, sans pourtant apporter pour l'heure quoi que ce soit de nouveau.

(Disons-le clairement : il n'est pour l'heure pas très palpitant de savoir si cette tuerie est un complot. Je ne crois pas trop à cette possibilité, sans l'exclure. Si elle se confirmait un jour, cela ne ferait que rendre encore plus triste et absurde une réalité qui l'est déjà beaucoup.)

Mais revenons à cette espèce de scène primitive qui m'est revenue à l'esprit. La génération dont l'un des deux derniers représentants, Wolinski, a été envoyé vite fait bien fait dans l'autre monde hier, alors que l'autre (Siné) agonise depuis des mois et des mois dans son fauteuil, cette génération a commencé sa vie politique en soutenant un pays étranger (admettons par facilité que le terme pays soit valide) contre le sien propre. Un pays arabo-musulman (dont il n'est en l'espèce pas complètement indifférent de noter qu'il est maintenant communément tenu pour responsable des derniers grands attentats terroristes en France avant celui d'hier, principalement celui dit du RER saint-Michel).

Vinrent les années 60, les querelles avec le pouvoir gaulliste, Mai 68, le bal tragique, les itinéraires plus ou moins divergents, Cabu à RécréA2, où je le découvrai vers 4-5 ans, la reformation du mythe et du groupe - sans Choron - après la première guerre du Golfe, l'évolution éditoriale vers une islamophobie de plus en plus proche des manoeuvres de l'impérialisme américano-(franco-)sioniste… Jusqu'au brutal clap de fin d'hier. Et, sauf preuve du contraire, la fin de partie a été sifflée par des arabo-musulmans, Français d'une certaine façon, mais pas beaucoup plus francophiles que les terroristes / résistants du FLN d'il y a plus de cinquante ans, que les futurs participants à Charlie-Hebdo soutenaient et dont ils - les tueurs - sont les enfants ou petits-enfants (Ajout du 15 janvier : ceci reste vrai, et est même peut-être encore plus vrai, si les Kouachi Brothers, comme les Blues du même nom, étaient orphelins, beauté du détail...).

Si j'insiste sur cet effet de boucle bouclée, c'est qu'il me semble que la vie politique de cette génération n'a été réelle que deux fois : au tout début - et quoi que l'on pense du fait de porter des valises pour le FLN, il y a fallait un certain courage - et hier. Je parle de la génération des principaux membres fondateurs, ce n'est pas nécessairement vrai de tous : Cavanna en camp, Choron en Indochine ont eu leur part de réel. Mais, si l'on parle du groupe Charlie-Hebdo en tant qu'entité et symbole, c'est la guerre d'Algérie qui ouvre son combat politique… pour le refermer assez vite. Je reprends la thèse souvent citée ici de François Ricard dans sa Génération lyrique, un des grands malentendus de l'histoire récente de nombreux pays occidentaux est que la génération du baby-boom a vécu sur l'idée qu'elle avait remporté de nombreuses victoires, alors même que ses combats ont eu lieu dans des pays très pacifiés et où les générations précédentes lui laissèrent tout de même les coudées franches. Charlie-Hebdo a pu être à l'avant-garde de certains de ces combats et prendre plus de coups, cela ne change pas ce diagnostic global d'un décalage entre la gloire que ses participants ont cru pouvoir tirer de leurs différentes aventures et la réalité des dangers qu'ils ont encourus. Pour le dire clairement : ils ont eu la belle vie. Je ne dis pas qu'ils l'ont volée, mais ils en ont bien profité, quitte à subir quelques dommages collatéraux (on fait l'apologie de la drogue et on vient pleurnicher à la télévision que sa fille est morte d'overdose), ils en ont tellement profité, dans tous les sens du terme, qu'ils sont petit à petit devenus des dignitaires d'un régime qu'ils étaient supposés détester. Protection policière de la part de ses flics qu'il fallait « achever », et maintenant union nationale en hommage à des gens qui n'aimaient pas la nation (et de la part de gens qui ne l'aiment pas plus), deuil national pour finir, n'en jetez plus.

(Note prise le 11 janvier au matin, trois jours donc après la rédaction du reste de ce texte, quelques heures avant la manifestation : de ce point de vue les pauvres juifs du magasin casher de la porte de Vincennes, plus « innocents » sans doute que les gens de Charlie-Hebdo, sont venus trop tard, médiatiquement parlant : pour une fois qu'il semble qu'il y ait de vraies raisons de crier à l'antisémitisme, les sionistes ne peuvent se faire entendre tant il y a déjà de bruit, c'est un comble ! - Ajout du 15 janvier : nos braves amis sionistes ont vite entrepris de corriger cette écoeurante anomalie.)

La France d'aujourd'hui, si cette expression a un sens, est bien fille de 68 pour ce qui est de l'État et du gouvernement, c'est vrai de Nicolas Sarkozy comme de François Hollande, il est tout à fait logique qu'elle honore ses anciens combattants.

Je me moque, mais je ne suis pas indifférent : je garde un souvenir ému de certains dessins de Wolinski, lorsqu'il évoquait ses rapports avec ces dames et avec sa femme, et si je n'ai aucune envie de rouvrir des livres de lui il faut respecter ses propres souvenirs. J'ai beaucoup plus de mal avec Cabu et son personnage du Beauf, qui est, sinon l'acte de naissance de ce que l'on appellerait aujourd'hui, hélas, le racisme anti-français, du moins un des grands moments de la cristallisation dans l'imaginaire français du Français comme un gros salaud alcoolique et colonialiste. Auquel on ne pouvait que préférer le gentil immigré opprimé.

- La vérité étant que ces gens qui ont aimé ou voulu aimer les immigrés et qui ont dit du mal des Français ont été abattus non par des Français mais par des Français-d'origine-immigrée. Tout cela est tragi-comique : ils ont soutenu il y a cinquante ans des Arabes contre des Français, ont gagné (confortablement, au moins à partir d'un certain stade, et surtout quand ils ont commencé à le souhaiter) leur vie en disant du mal des Français - et notamment des Français qui n'aimaient pas les Arabes ou ne voulaient pas trop d'Arabes en France - et à l'arrivée ce sont des Arabes qui les tuent, et des Français qui les pleurent…

- « Qui les pleurent » ? Mais qui lisait Charlie-Hebdo ? Pas grand-monde… Je ne vais pas perdre trop de temps à épiloguer sur le slogan "Je suis Charlie", mais s'il faut avouer que nous avons été nombreux à avoir été un peu Charlie à une époque, ne serait-ce que parce qu'il est sain d'être, ou de savoir parfois être, irrévérencieux et insolent, et de ce point de vue il y a effectivement une charge émotionnelle dans la tuerie d'hier, il faut aussi admettre, dans la droite ligne des paradoxes énoncés dans le paragraphe précédent, qu'il y a là beaucoup de chiqué.

(Ici je prie le lecteur d'avoir la force mentale de se figurer qu'au lendemain de la tuerie on pouvait encore faire trois pas dans la rue sans lire "Je suis Charlie" partout, que l'hystérie collective n'en était qu'à ses débuts. "Il faut bien reconnaître... beaucoup de chiqué...", voilà des formulations bien pâles en regard de la pornographie émotionnelle, merci Dieudonné, qui a suivi.)

J'ai parlé de "réel" à propos de la guerre d'Algérie et de la tuerie d'hier - là, les gars de Charlie-Hebdo ont pris du réel plein la gueule, certes. Il est temps de clarifier ce point. Le concept est casse-gueule, dans la mesure où, à part Dieu, personne ne peut embrasser tout le réel - d'où la tentation du coup de force théorique revenant à qualifier de réel ce qui vous arrange et à en exclure ce qui n'entre pas dans votre système théologico-politique. C'est une forme d'excommunication comme une autre… Essayons de ne pas tomber dans ce piège, et précisons donc notre propos. Sans aller jusqu'à faire de la mise en danger de sa vie un critère de réalité de l'activité, voire de la vie, justement, de tel ou tel, ce qui serait une forme de réductionnisme hégéliano-kojévien (laquelle reviendrait d'ailleurs à réduire la politique au fait de donner ou menacer de donner la mort, ce qui est un sous-texte commun à des gens dont les positions par ailleurs s'opposent), nous dirons qu'il y a pratique politique réelle lorsqu'il y a adversité réelle - ou, lorsque le réel vous résiste. Quand dans le réel il y a de l'altérité. Plus simplement : pour un combat, il faut au moins deux vrais combattants, entre qui les jeux ne sont pas faits à l'avance. - Sinon, comme disent les enfants, c'est trop facile. Aller jusqu'à écrire que les pontes de Charlie-Hebdo n'ont été confrontés au réel que par deux fois, lors de la guerre d'Algérie et quand ils se sont fait tuer, outre que ce ne serait factuellement vrai que pour Wolinski, et, par procuration, pour Siné, est donc abusif, mais a l'avantage de ramener les choses à des proportions plus justes tout en nous donnant un cadre d'analyse plus large.


J'ai arrêté ces notes, prises à la fois pour moi-même et pour vous, en ce point. La suite devait porter sur l'altérité musulmane par rapport à la société française. Ce n'est pas que ce sujet ne soit plus d'actualité quelques jours après, il s'en faut, mais je n'imaginais pas que le « Rassemblement » du 11 janvier allait produire l'image symbolique sidérante de plusieurs millions de gens de bonne volonté mais de peu d'intelligence politique en train de donner une sorte de blanc-seing, aux yeux du monde entier, à la dictature de l'UE et de la bien-pensance « mémorielle »... (Alors qu'il suffisait de prendre tous ces chefs d'État en otage, ils étaient devant, à portée de main, la Révolution n'a jamais été aussi proche, camarade !) Les Musulmans et les petits blancs dans mon genre sont dans la même galère, alors même que les dénominateurs communs entre eux et nous, n'en déplaise à Alain Soral, sont peu nombreux.

Difficile enfin de ne pas être quelque peu polémique, ou tout au moins de ne pas marquer pour finir quelque déception. A. Soral qui « balance » M.-É. Nabe comme un dérisoire contre-feu et comme si cela avait quelque importance par rapport aux événements en cours, M.-É. Nabe qui se tait... mais ne peut rien dire, après la publication de
Patience, qui ait quelque cohérence, sauf à se convertir à l'Islam, ou à avouer l'avoir fait ; Jacques Sapir qui va manifester en précisant bien qu'un jour-tu verras-n'importe où-guidés par le hasard les ignobles Hollande et Juncker paieront ; le vieux Siné, qui s'est enorgueilli toute sa vie d'être méchant et féroce et se trouve bien désarmé, et même quelque peu retombé en enfance ("C'est trop horrible, c'est trop inhumain...") devant des gens vraiment méchants et féroces, eux... Personne n'est certes parfait, mais on aurait souhaité - et je ne parle ici que des gens connus - un peu plus de lucidité et de sang-froid. Bibi Netanyahou s'est-il laissé emporter par ses émotions, lui ? Il a réagi en politique, comme c'était son devoir de le faire.

vendredi 2 janvier 2015

Bonne année, année Bonnard...

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(Celui dont je vais vous parler se situe à l'extrême-droite de cette photo d'écrivains de droite. Je découvre que Drieu a des faux airs du libraire-éditeur le Dilettante, ou l'inverse, le monde des écrivains et libraires est petit.)


Si vous saviez à quel point le temps m'est compté, chers amis, vous me feriez une pension, afin que je puisse travailler dans mon coin au lieu de m'épuiser à gagner de l'argent. L'argent, c'est amusant mais fatigant. A 43 ans depuis quelques jours je sens bien qu'il ne me reste plus beaucoup de temps, un vieillissement précoce m'a atteint, que seule une couche de graisse autour du menton dénonce, pour l'heure. Dans ma profession je suis un des jeunes qui montent, intérieurement je balance entre le fantôme et le pantin.

Bouffé par le pognon, AMG ? Dire le contraire serait mensonge, même si, en réalité, le moral est toujours là, c'est plus une forme de physique qui lâche. J'ai découvert un auteur important, cela n'arrive pas tous les jours, Abel Bonnard, l'enthousiasme que je peux éprouver à la lecture de ses livres étant hélas aussitôt connoté de mélancolie : cet homme avait raison il y a 70 ans et a été oublié depuis, et qu'il ait si j'ose dire encore plus raison maintenant n'est pas une bonne nouvelle pour le pays.

Les modérés, son livre le plus connu, a été récemment réédité par A. Soral. C'est un chef-d'oeuvre dont je pense - mais aurai-je / prendrai-je le temps ? - vous distiller quelques passages au fil des mois, une rubrique que l'on pourrait appeler "Le Bonnard du jour". J'ai régulièrement cité cette formule de Jean-Pierre Voyer, Dieu le bénisse, selon laquelle le fait même d'être au courant, pour quelqu'un comme lui, de l'existence de BHL, en disait long sur l'état des choses : on peut faire le même raisonnement, a contrario, sur le peu de reconnaissance dont jouit pour l'heure le travail de Bonnard. Je n'ai pas revu encore la présentation des Modérés par Alain Soral, mais il n'est pas sans intérêt de noter que ce livre est le moins « complotiste » qui soit, en ce sens que, d'une certaine façon, Bonnard n'y a pas besoin de l'hypothèse du complot pour expliquer pourquoi, depuis la Révolution dite française, les Français se font si facilement berner. - Par des minorités agissantes : la démocratie est la dictature des minorités, c'est tout simple, les mots en politique cachent ou disent le contraire de ce qu'ils prétendent. On retrouve là tout de suite du complot, si l'on veut, mais les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, ou, plus prosaïquement encore, si les Français se font si souvent et depuis si longtemps enculer c'est bien qu'ils ont le cul trop facile, qu'ils ne cessent de tendre l'autre fesse.

Quelque part dans ce livre, Bonnard parle de l'histoire de France comme interrompue, suspendue, par la Révolution. Je vous retrouverai ça, mais il est difficile de ne pas interpréter les XIXe et XXe siècles comme un cycle de luttes plus ou moins conscientes - et les minorités agissantes sont toujours plus conscientes que les majorités silencieuses, Simone Weil la sainte vierge l'a très bien expliqué - pour mettre fin ou au contraire entériner définitivement cette solution de continuité. De ce point de vue, les thématiques telles que celles du Grand Remplacement - que pourrait nous expliquer très bien la très peu sainte avorteuse Simone Veil, cheville ouvrière qui plus est du regroupement familial, on a les Juives que l'on mérite, passons... - prennent logiquement place dans cette sorte d'histoire de l'interruption de l'histoire de France. On en arrive au point où comprendre l'histoire de son pays revient presque à s'exclure de son présent, alors que ce devrait être le contraire !

(Une incise sur MM. Nabe et Soral, puisque ce fut l'un de mes thèmes récurrents. Je les suis toujours, ai notamment lu Patience, et ne suis pas du genre à oublier ou trop critiquer ceux envers qui j'estime avoir une dette intellectuelle. J'aimerais tout de même savoir pourquoi ils éprouvent le besoin, chacun à sa façon, de se dire catholiques, alors qu'ils le sont si peu. Personne ne les oblige à l'être, mais ne voient-ils pas qu'ils y perdent en crédibilité ?)

Bref, je vais essayer de vous détailler tout ça dans les mois qui viennent. Et pour commencer, je vais citer... un autre livre, mais dont le début m'a particulièrement touché. Il s'agit de la biographie de Maurras par Stéphane Giocanti :

"Comme ses aînés Taine et Renan, ou son ami Barrès, Maurras est hanté par le constat de la fragilité des choses humaines. La défaite de 1870, la Commune, l'occupation d'un tiers de la France par les troupes prussiennes, la perte de deux provinces lui font voir combien les civilisations sont mortelles, et à quel point les mauvaises décisions politiques se paient. Ébranlé dans sa jeunesse par l'image des catastrophes et des divisions, il a l'intuition de la nécessité, de la bonté et de la beauté de l'ordre, lorsque le génie humain y parvient." (Flammarion, 2007, p. 12). "L'ordre est le nom social de la beauté", surenchérit et synthétise Bonnard (Les modérés, Grasset, 1936, p. 263). Si le Vrai, le Beau et le Bien doivent s'unir, il est logique qu'en plus de tout l'erreur et François Hollande soient laids, ajoute en catimini votre serviteur.

2015, année où les mauvaises décisions politiques vont se payer ? Bises à tous !

mercredi 12 novembre 2014

A Dhimmi, Dhimmi et demi...

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Dans les émissions de télévision consacrées à l'Islam de France et d'ailleurs, les Juifs parlent entre eux, et entre eux seuls le plus souvent, de ce qu'est l'Islam, de ce qu'il devrait être, de la façon dont il devrait évoluer, si tant est qu'il est puisse évoluer, etc.

Dans les émissions de télévision consacrées à Éric Zemmour, il n'y a pas que des Juifs, c'est gentil, les Français comptent un peu plus que les musulmans semble-t-il, mais la donne ne change guère. Le débat se résume à cela : nous jouons Français de culture catholique contre musulmans (et réciproquement), nous allons continuer à le faire, on ne change pas une équipe qui gagne, mais faut-il redistribuer les rôles du gentil et du méchant ? Paris vaut bien une messe, transformer le musulman en djihadiste vaut bien de réhabiliter un peu Vichy, voilà ce que Léa Salamé ne peut ou ne veut pas comprendre. C'est une question d'expérience, de dosage, où le roué quinquagénaire en remontre à la petite jeunette bien-pensante : il faut dédiaboliser d'un côté pour mieux diaboliser de l'autre.

Autrement dit, le débat télévisé autour du livre de Zemmour n'est pas un débat sur la reconstruction de la France, ou sur ce que les musulmans peuvent penser des accusations graves qui y sont lancées contre eux, mais un débat tactique à ciel ouvert, si j'ose dire : est-ce qu'on échange le musulman pour le Français, oui ou non ?

(Au sujet de cette éventuelle reconstruction, on peut écouter ce que dit le vieux droitard Lesquen des considérations d'Éric Zemmour sur le mort de notre pays. Certes les vieux catholiques plus ou moins antisémites peuvent bicher en voyant que c'est encore un Juif qui rafle le jackpot en écrivant ce qu'ils répètent depuis 30 ans en étant traités de fachos, mais le débat est aussi plus sérieux. A la limite, ce que dit Zemmour se résume à l'idée qu'il n'y a plus grand chose à faire en France en ce moment et que le plus intelligent est de laisser les gens se foutre sur la gueule, avant de revenir une fois le paysage dégagé.)

Je ruminais un peu tout cela, la vision de la dernière vidéo des deux drôles m'a donné le petit coup de pouce nécessaire (et apporté quelques précisions sur le bouquin de M. Zemmour). Ceci étant précisé, j'ajouterai que si les musulmans étaient moins cons (contradiction dans les termes ?), ils se convertiraient au catholicisme. Mais enfin, les Français sont assez cons pour le renier, alors bon, même si je n'en pense pas moins je la ferme.

A part ça, je lis les Modérés, d'Abel Bonnard, et je n'aurais certes pas imaginé que le livre d'une tapette collabo de droite me semble, non seulement émouvant, mais le livre le plus "de gauche" que j'aie lu ces dernières années. Comme quoi si Dieu écrit droit avec des lignes courbes, la fidélité à ses convictions peut vous amener dans des endroits inattendus.

lundi 8 septembre 2014

Où sont les vierges d'antan ?

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- 2 juives sur 3, ne venez pas me parlez d'antisémitisme, même si la Marie de Botticelli n'est pas très levantine... Une femme doit-elle être vierge pour jouer un vrai rôle en politique, j'entends par là un rôle différent de ce qu'un homme pourrait faire ? Politique étant entendu en un sens large, certes - la Vierge Marie, ce n'est pas très démocratique et politicien -, mais c'est précisément ce sens large qui nous intéresse, la vraie « métapolitique » peut après tout se situer là, dans cette idée, que l'on peut exprimer :

- de façon polémique : la seule politique féminine qui soit différente d'une politique dite « masculine » serait faite par des vierges - j'ai une petite idée de la raison, mais pas assez précise pour que je me permette déjà de la formuler ;

- de façon positive et quelque peu messianique : seule une nouvelle vierge peut incarner ce qui serait encore la France. Tant pis pour les bourgeoises conservatrices, tant pis pour Mme Belghoul, tant pis pour les actrices porno reconverties (?) dans le féminisme, il faut autre chose, d'à la fois organique - un hymen - et spirituel, soit exactement la connexion que notre époque refuse.

Après, oui, il s'agit de l'application d'un modèle ancien - mais quand on voit ce que donnent les modèles actuels...

vendredi 6 juin 2014

Happy birthday.

L'anniversaire du Débarquement, c'est celui de la colonisation de la France par les États-Unis ; lesquels aimeraient bien, comme les soldats du même nom, que cela coïncide avec le début de la colonisation de la Russie.

Après, il est vrai que nous étions en 1944 légèrement colonisés par l'Allemagne, et que nous avons été nous-même fourrer notre civilisation ailleurs. Mais de là à être contents de se prendre en permanence l'inlassable pervers polymorphe Oncle Sam dans le cul depuis 70 ans...

lundi 26 mai 2014

Je dis ça, je dis rien.

Trente ans d'antifascisme pour en arriver là... Trente ans de pédagogie pro-UE pour en arriver là... Je veux bien que l'élève Popu soit con, têtu et xénophobe tendance fascisante, mais je serais l'un de ses professeurs, je me poserais des questions sur le contenu comme le style de mon enseignement.

mardi 20 mai 2014

Il n'y a peut-être pas de "Complot Judéo-Maçonnique"...

...mais il y a eu et il y a de nombreux complots judéo-maçonniques. Tous ne sont pas d'égale importance, tous ne sont pas éternels - celui-ci par exemple n'a pas résisté à l'épreuve du temps :





(ceci en admettant que Simone Veil soit juive, mais bon, croyons-la sur parole...),


il y a eu et il y a des complots de ce genre, disais-je, et c'est bien naturel puisque le judaïsme est entre autres choses une maçonnerie et que la démocratie est le règne des maçonneries. L'expression complot judéo-maçonnique ne fait que désigner une évidence, l'erreur - à base de réductionnisme, volontaire ou non, intéressé ou non - étant de croire que derrière ces conspirations il y a une seule et gigantesque conspiration, quelque part. - Et ces complots ne sont pas tous efficaces, et même ils peuvent entrer en conflit entre eux. Mais la démocratie, du moins la démocratie moderne dans la grande majorité de ses manifestations, c'est le règne des réseaux, des maçonneries, des féodalités - ces féodalités qui, à l'encontre de celles de l'Ancien Régime, n'ont de devoir de réciprocité que de façon purement interne (le renvoi d'ascenseur) et pas vis-à-vis de Popu et des enculés de la terre.


La vraie question - bonjour à Étienne Chouard - serait plutôt celle-ci : comment imaginer une démocratie sans complots, juifs, maçons, judéo-maçonniques, protestants, catholiques, féministes, homosexuels, homosexualistes, syndicalistes... ? - Imaginer, le mot est peut-être révélateur : ce serait là une oeuvre d'imagination.

mercredi 2 avril 2014

La France est un pays de flics.

Tombé par hasard sur le face-à-face télévisé entre MM. Philippot et Valls au moment de la chasse au Dieudonné, je m'étais amusé à couper le son de la télévision : cela m'avait permis de bien voir le contraste entre le regard calme et posé de l'un et l'intense et haineuse colère de l'autre. - Ajoutons pour le fun que le Philippot est un petit pédé, maqué si j'en crois une rumeur ancienne à un juif du Crif, mais c'est presque trop beau pour être vrai... En tout cas, pour les stéréotypes, puisqu'il paraît qu'il faut les éradiquer dans tous les domaines, quitte à éradiquer les paires de couilles et les clitoris avec, pour les stéréotypes du type fasciste / républicain et toutes connotations collatérales, on repassera.

Un agité malsain comme premier ministre, ma foi, au point où nous en sommes... Un menteur avéré, un sioniste revendiqué (Samuel Valls, me souffle un ami), ce n'est pas bien choquant non plus, allez, au moins les choses sont claires. MM. Dieudonné et Soral vont faire de plus en plus figure de contre-pouvoir, ou s'y essayer.

- Non, ce qui me frappe, c'est le nombre de flics socialistes qui sont devenus premier ministre ou président. Certes à droite il y eut récemment l'exemple Sarkozy, mais entre le briseur de grèves Clemenceau, l'intense passage par l'Intérieur de François Mitterrand durant la guerre d'Algérie, et donc, le briseur de familles Valls, cela commence à faire comme une tradition. Tous de surcroît colonialistes, notons-le. Rappelons aussi la figure de Jules Moch et des morts ouvriers (dans un contexte, il est vrai, marqué par les manipulations de la CGT) de 1947 - je découvre d'ailleurs, je l'ignorais, que ce brave ministre de l'Intérieur autorisait des avions américains à passer au-dessus de la Corse pour aller apporter des armes aux courageux guerriers de l'Irgoun, décidément... Colonialiste et terroriste, tout pour plaire. Avec à l'arrivée une gueule de Hitler sémite, c'est logique - ou c'est juste l'époque.





La gauche est donc décidément plus maligne en la matière que la droite, Nicolas Sarkozy excepté : Charles Pasqua n'est jamais devenu premier ministre. - Quoi qu'il en soit, et au risque de tomber moi-même dans certains stéréotypes, j'avoue m'être dit, en apprenant que ce voyou était nommé à Matignon, que c'était là un pas vers l'instauration officielle (et démocratique, cela va sans dire, et sans guillemets) de la dictature en France. Nous verrons bien.

Tout cela n'est d'ailleurs pas nouveau. Je me faisais récemment la réflexion, en lisant cette interview de Jean Bricmont, dans laquelle il rappelle que "malgré l’idée qu’elle se fait d’elle-même, la France n’est pas un pays très libéral en matière de débat d’idées" et qu'elle a envoyé nombre d'écrivains en prison, je me faisais la réflexion que si d'illustres écrivains français ont écrit sur la tolérance, c'est bien qu'il y avait de ce point de vue un manque plus criant en France qu'ailleurs. L'hystérie du crétin Valls, pour mâtinée qu'elle soit de nervosité et de mauvaise foi sioniste, n'est pas dans cette perspective une grande nouveauté, à défaut d'être une bonne nouvelle.

mercredi 1 janvier 2014

Qu'est-ce qu'il faut pour être heureux ?




On trouve régulièrement employé, dans les canards d'État, le terme « viral » au sujet de la propagation de la quenelle. Eh oui, ça se développe, mais ce n'est pas parce que l'on désigne cette contagion par un terme péjoratif que l'on met un frein au phénomène.

Soyons clairs, la quenelle, c'est comme les Bonnets rouges, Marine Le Pen, certains aspects du soralisme, il ne s'agit pas de crier à l'extase. On se contente d'enregistrer ce qui peut nuire au monde en place, et de se réjouir lorsque ces nuisances augmentent. On rappellera aux amateurs de mythologies politiques, tendance nostalgie gauchisante, que les mouvements sociaux ont et ont eu des débuts et des évolutions, que le présent n'est pas le temps du mythe. On ajoutera pour les hégéliens-kojéviens anti-Dieudonné ou anti patrons de PME que le Bien peut être produit par le Mal. (Ou que Dieu écrit droit avec des lignes courbes…)

Mais revenons à la quenelle. Son grand atout est d'être incontrôlable. D'Anelka au pékin moyen, tout le monde peut s'y mettre, et je suis le premier à le souhaiter, avec quelques restrictions que ce billet de changement d'année va détailler.


S'il est hors de doute qu'il y a dans l'esprit de son créateur une dimension antijuive - laquelle mériterait d'être étudiée, mais je connais trop mal Dieudonné pour le faire -, il est tout aussi évident que pour la majorité (je n'ai pas écrit pour tous) des quenelliers qui postent sur Facebook les photos de leurs exploits, c'est le fist-fucking anal au « Système » qui compte, pas les Juifs. De la part de ceux-ci, je veux dire de ceux parmi les Juifs qui ces dernières semaines réagissent au « virus », tout englober dans le cadre de l'antisémitisme est au mieux une réaction émotionnelle exagérée et naïve, au pire une manipulation consciente.

Et une manipulation révélatrice, quand même : on pense à ceux qui accusent d'antisémitisme ou de négationnisme les personnes qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, créant ainsi un rapport entre ces attentats et Israël, ou admettant implicitement un tel rapport, que l'Américain ou le Français qui se pose des questions n'avait peut-être pas en tête. - En faisant semblant de croire que tout quenellier est un farouche antisémite, que le virus de la quenelle est une résurgence de l'éternel antisémitisme français combiné à l'indécrottable antijudaïsme des Arabes, en faisant mine de croire, contre l'évidence, que la quenelle se réduit à cela, on finit par admettre que s'attaquer au « Système », c'est s'attaquer aux Juifs. Voilà qui est manifestement antisémite, désolé.

(Ce n'est pas étonnant, puisque les Juifs ont toujours été les plus grands antisémites. Qu'ils veuillent avoir le monopole de l'antisémitisme, comme d'autres auraient souhaité avoir celui du coeur, ceci est une autre histoire. - Une histoire d'élection, évidemment : les Juifs sont aussi le peuple élu de l'antisémitisme, qui chez les goys ne peut être qu'une passion vulgaire et dégradante. Sinon, le goy serait à égalité avec le juif - et, comme dit Brassens dans un autre contexte, tout serait à recommencer.)

On remarquera de surcroît la ténacité des Jakubowicz et autres à imposer leur vision, masochiste, antisémite et teintée d'un pincée de Zyklon-B, de la quenelle, la conception que s'en fait l'auteur (récemment détaillée dans cet intéressant entretien) étant comptée pour rien. Comme disait Badiou un jour, au : "C'est nous qui décidons qui est Juif et qui ne l'est pas" de Goebbels (à l'adresse de Fritz Lang) a succédé le "C'est nous qui décidons qui est antisémite et qui ne l'est pas" des sionistes, dans les deux cas l'intéressé n'a qu'à fermer sa gueule.





Par-delà cette courte analyse de l'inconscient des uns et des autres, ne soyons pas faux culs. Tout cela est aussi une lutte de pouvoir. Les « élites » juives sionistes se sentent menacées par la quenelle, elles ripostent, c'est de bonne guerre, et elles ripostent à leur manière - ce n'est pas d'aujourd'hui que ces « élites », comme les élites en général, sont cyniques et hypocrites. Certains rebeus un peu névrosés (pléonasme ?) en profitent pour régler des comptes, Soral et Dieudonné inventorient leurs troupes et doivent bien avoir quelques rêves de prises de pouvoir et de purges - ce qui là aussi est de bonne guerre. (Et Nabe va bientôt tirer dans le tas, passons, ce n'est pas encore d'actualité.)

Mais pour nous qui n'avons aucune ambition de pouvoir, nous exprimons ce voeu pour la nouvelle année : un développement exponentiel de la quenelle partout en France, ce qui rendra fous Cukierman et Cie, mais d'une quenelle déjudaïsée. Accentuer la dimension « anti-système », laisser l'autre à ceux que ça intéresse, vrais antisémites (il y en a...) et activistes sionistes. - Histoire de forcer ceux-ci à admettre l'équivalence dénoncée par ceux-là, Juifs sionistes = pouvoir, histoire qu'ils continuent à la revendiquer, qu'il soient même quasiment les seuls à le faire - sauf à devoir fermer leur gueule. Une quenelle devant une synagogue de temps à autre, je veux bien, mais aussi devant les mosquées (la religion la plus con, c'est quand même, comme disait l'autre…), les ministères, les préfectures, la Bourse (aïe, c'est antisémite, on n'en sort pas), etc. Même les églises si ça vous fait plaisir et ferait plutôt mal au coeur à l'agnostique chrétien - ou au croyant d'un strict point de vue logique - que je suis.

Et bien sûr devant tout homme politique autre qu'un brave maire qui essaie de faire survivre sa localité : si la quenelle est un salut nazi inversé, rêvons au prochain 14 juillet, nouveau Nuremberg, où toute la France Black-Blanc-Beur - militaires du défilé compris, allons-y - saluera le collabo Hollande d'une quenelle de masse, en un ordonnancement à faire mouiller dans sa culotte et sa tombe Leni Riefenstahl, mais dans un esprit anarchiste et paillard. Notre Président n'aura plus qu'à déporter tous ces antisémites dans la chambre de Gaza, et la boucle sera bouclée !


On rigole, mais par-delà ces intéressants aspects métaphysiques et pratiques, il y a quelque chose d'un peu bouffon et dérisoire, au regard de ce que peut parfois avoir de désespérant l'humaine condition, avec la question juive, et il n'est pas malsain de le mettre en relief de temps à autre. Woody Allen a toujours plus fait contre l'antisémitisme que Bernard-Henri Lévy. Et c'est quand on commence à prendre tout ça trop au sérieux, "à bloquer les comptes et compter les Bloch", comme disait son lointain prédécesseur français Tristan Bernard, que le paysage s'assombrit.


Pour finir, en guise de meilleurs voeux, la réconciliation nationale d'un pédé d'origine juive (Reynaldo Hahn) et d'une Parisienne au « coeur français et au cul international » :





Bonne année !

vendredi 6 décembre 2013

Mandelananas.

Le moment tant redouté est arrivé. J'y pensais de temps en temps, me demandais s'il valait mieux que cela arrive tôt ou tard. Mais je le savais, cela ne pouvait pas bien tomber. - A peine ai-je écrit cela que j'en prends le contrepied : le plus tôt l'idole Mandela crevait, le plus tôt on aurait une chance de voir se dissiper le halo religieux qui l'entoure depuis si longtemps. Après les hommages à la con et vides de sens qui vont pleuvoir, peut-être y aura-t-il enfin la place pour un discours équilibré, en tout cas plus politique que superstitieux et totémique.

Ce n'est pas que le monde décérébré dans lequel nous évoluons, tous plus ou moins zombies, ait nécessairement tort de vénérer cet homme, même si susciter l'adoration de fous se croyant innocents n'est pas en soi un très bon signe : c'est que ce monde ne sait pas pourquoi il le vénère. Bonne conscience à peu de frais, vague haine de l'homme blanc colonisateur, rousseauisme paternaliste, etc., faites votre choix.

Puisqu'on parle de shoah.. Il sera malheureusement plus difficile de se débarrasser des autres totems de la religion moderne, les victimes de l'extermination hitlérienne, les pauvres étant déjà morts et pouvant donc servir éternellement (avec la complicité objective, je ne le dirai jamais assez, de quelqu'un comme Faurisson). Laissez les morts enterrer les morts, nom de Dieu !

samedi 16 novembre 2013

Veille technologique de la pensée fasciste.

Lu l'autre jour le « Soral & Naulleau ». Sentiment mitigé. Quelques remarques :

- le moins que l'on puisse dire est que Naulleau en prend pour son grade. Pas tant pour sa posture d'intellectuel de gauche lettré qui cite des auteurs étrangers pas toujours très connus - cela peut agacer, ce n'est pas un crime - que parce qu'il ne peut répondre grand-chose aux accusations de Soral, lorsque celui-ci lui reproche de se protéger. Je ne connais pas bien Naulleau et ne risque donc pas de le soupçonner des pires avanies, mais si l'on veut discuter avec Soral il faut accepter de parler de sionisme, et ne pas donner l'impression, comme il le fait, d'éviter ce sujet que l'on ne saurait voir. Or, s'il est possible que Soral surestime le rôle du sionisme dans la vie politique française, s'il est sûr qu'il veut ouvrir trop de portes avec sa clé anti-juive, il est bien évident qu'aucune analyse un tant soit peu sérieuse de l'état de notre pays ne peut faire l'économie de la prise en compte du poids qu'y ont pris les sionistes. Je comprends bien que l'on hésite à s'embarquer là-dedans, que l'on soit ou non ancien éditeur devenu chroniqueur de télévision, car on a l'impression de quelque chose d'un peu glauque, lugubre. Se mettre à lister des Juifs, oui, cela gêne, je comprends bien. Mais Attali et BHL ne se gênent pas, eux, pour dire aux Français ce qu'ils doivent faire. Et ce n'est ni la faute de Naulleau, ni celle de Soral, ni la mienne si, pour prendre un exemple volontairement très vulgaire, le plateau des "Enfants de la télé" peut être occupé par 90% de Juifs et 10% d'époux de Juive. Remarquer cela ne conduit pas nécessairement à Auschwitz d'un point de vue logique, il s'en faut ;

- du coup, Naulleau se condamne à ne l'emporter que sur des points mineurs. Il met mal à l'aise Soral sur l'histoire de Pennequin, membre du FN qui semble avoir aidé Cahuzac pour l'ouverture de son fameux compte, mais si cette histoire, que j'ignorais, n'est pas anodine, elle est tout de même secondaire par rapport à la question du positionnement du FN en regard du système bipartite actuel. De même, on peut condamner que des propos homophobes (il faudrait mettre des guillemets tant ce mot ne veut, stricto sensu, rien dire, mais passons) aient été proférés lors des manifestations contre le mariage pour tous, cela reste moins important que de savoir si cette loi est bonne. (Ceci est écrit par quelqu'un qui est plutôt contre cette loi mais qui ne la juge pas aussi importante que cela. Je m'expliquerai à l'occasion sur le sujet.)

- d'où la question : pourquoi les généralités sur les Juifs de Soral auraient-elles une légitimité, quand bien même on en discuterait la véracité, alors que celles de Naulleau sur les opposants au mariage pour tous ou les liaisons louches de certains membres du FN seraient de peu de portée ? C'est là l'intérêt réel qu'aurait pu avoir cette confrontation, si les duellistes avaient décidé de creuser le sujet au lieu de ne l'aborder qu'en passant : quel rapport entre l'individu et le groupe ? Ce rapport est-il le même pour toutes les communautés (en donnant à ce mot un sens très large) ? A la décharge de Naulleau, on admettra que certaines exagérations soraliennes sur les Juifs peuvent donner l'impression, par contrecoup, qu'il n'y a pas de sujet, que l'aborder, même avec de bonnes intentions, ne peut que rendre con, bref, qu'il n'y a pas de question juive. Pas de bol, il y en a une, et complexe. S'il est parfaitement stupide de dire du mal de tous les Juifs, s'il est bien délicat de déceler des traces d'un « esprit juif » dans tout ou partie de ce que font au quotidien les Juifs (de France, d'Europe, d'Amérique, tous ?…), il est en revanche indiscutable que le mode de transmission des composantes de ce que l'on appellera pour aller vite l'identité juive, ainsi que la situation souhaitée et pensée par de nombreux représentants de cette identité, comme extérieure (et extérieure par le haut) au reste du monde, dessinent un particularisme plus fort que pour d'autres identités religieuses ou culturelles. J'ai remarqué moi-même au fil du temps des généralisations abusives de la part de Soral, cela ne signifie pas que toute généralisation en ce domaine soit illégitime - les Juifs qui nous expliquent que les Juifs ont toujours tout inventé, la démocratie, l'universel, l'humanisme, le monothéisme, la tolérance, voire l'intelligence, le feu (mal leur en prit !) et l'orgasme, ne se privent pas, eux, de généraliser.

Ce que l'on peut aussi formuler de cette façon : même si l'esprit de corps que l'on peut constater tout de même aisément entre les Juifs - ce qui n'exclut pas les coups de pute internes à la communauté, ces gens sont tout de même de très humains pécheurs - n'était effectivement que la conséquence de l'inexplicable instinct de haine des goys à leur égard, même si les Juifs n'étaient au fond malgré quelques petits défauts pittoresques qu'innocence et bonté, cet esprit de corps suffirait déjà à les différencier et à justifier d'énoncer quelques généralités - plus ou moins vraies - à leur endroit. Il suffit de remplacer Juifs par Corses et goys par continentaux pour voir à quel point tout cela relève du simple bon sens.

- cette question juive se compliquant de la question sioniste, d'une manière non unilatérale - quoique souvent très directe -, on voit l'importance du problème, pour nous pauvres goys français. A titre personnel de nombreuses autres questions m'intéressent plus, mais je n'ai pas inventé Anne Sinclair, laquelle a il faut donc l'avouer tout à fait raison de s'en prendre à Naulleau et de lui reprocher de donner une légitimité au discours de Soral (j'aime beaucoup la thèse selon laquelle celui-ci "ne touchait plus grand monde", chutzpah mon amour), puisqu'en dernière instance on ressort de la lecture de ce livre avec l'idée qu'il y a là des choses à creuser, avec ou contre Soral. (Il est vrai que je suis en train de les creuser de mon côté, sans faire de listes, je rassure mes amis de gauche - ici aussi, rendez-vous "à l'occasion").


Au seuil d'une anthologie des écrits de l'auteur de La France juive, publiée dans les années 60 par l'antisémite gauchiste bien connu Jean-François Revel, Édouard Drumont ou l'anti-capitalisme national, Emmanuel Beau de Loménie soutient que Drumont a écrit de bien meilleures choses que son best-seller anti-juif, sa réflexion s'étant peu à peu étendue à d'autres cercles et ayant dépassé un certain judéo-centrisme. J'ignore si cela est vrai, mais j'ai parfois l'impression que Soral suit le chemin contraire, ce que le début de ses Coups d'épée dans l'eau - pardon, de son Anthologie, semble confirmer. Ainsi que je le rappelais dans le temps, un monde sans Juifs resterait un monde de pécheurs. Mais un monde sans sionistes serait aussi, très probablement et au moins pour quelque temps, un monde plus sûr.


Quelques autres remarques avant de nous quitter :

- Soral nous fait une « Finkie », lorsqu'il critique Imre Kertesz, qu'il n'a pas plus lu que l'autre malade n'avait vu le film de Kusturica qu'il avait attaqué (proverbe antisémite mais humaniste, ou le contraire : à Finkie, Finkie et demi) ;

- Soral a bon goût puisqu'il met en exergue de son Anthologie des phrases élogieuses de Jean-Pierre Voyer le concernant. Heureuse surprise pour bibi !

- mais Soral, s'il ne manque pas de sens de l'humour, ne peut rivaliser en la matière avec le juge des référés du tribunal de Bobigny qui a accepté le voeu de la Licra de caviarder un livre qui d'une part est par certains côtés - ceux que l'on comprend - un chef-d'oeuvre, d'autre part est disponible depuis toujours, d'autre d'autre part enfin est considéré par une bonne partie de ses lecteurs, qu'ils l'en louent ou le lui reprochent, comme philosémite, j'ai nommé bien sûr Le Salut par les Juifs. Une France sans Licra resterait une France de pécheurs, mais serait tout de même une France un peu moins surréaliste.

- finissons par Bloy, d'ailleurs, ou recommençons par Bloy, puisqu'aussi bien la première idée qui m'est venue en refermant les Dialogues désaccordés est que tout cela manquait tout de même de transcendance. Il ne fallait certes pas trop y croire. Mais la transcendance est aussi un moyen de lutte - c'est peut-être d'ailleurs ça, d'une certaine façon plus ou moins consciente, que la Licra reproche, in fine, à Bloy. Comme disait Boutang, "Le premier travail de la reconstruction sera métaphysique", on ne sort pas de là. (Et je n'en sors pas, et je ne m'en sors pas.)


dimanche 29 septembre 2013

Humour maurrassien, en passant.

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"Il ne suffit pas de déployer de la force, matérielle et morale, pour faire acte d'autorité.

L'autorité n'est pas composée de deux mille hommes d'armes, surtout quand leur chef demande à composer. L'autorité n'est pas non plus un décret de condamnation rendu de très bonne foi, mais sur des citations fausses et sur des interprétations erronées. Il faut aussi avoir raison."


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dimanche 1 septembre 2013

I've heard there was a secret chord / That David played, and it pleased the Lord / But you don't really care for music, do you?

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"Il y aurait pire : ce serait l'illusion que la société par nous héritée, puis empirée, est compatible avec une légitimité quelconque, qu'un État légitime peut être greffé ou plaqué sur cette désolante pourriture. Mais, si corrompue qu'elle soit par le mal universel de l'usure, chaque enfant d'une race et d'une langue, chaque nouveau-né recommence l'énorme aventure, retrouve la chance de tous les saluts ; le tissu premier de la politique, la source et l'objet du pouvoir sauveur, c'est la naissance. Chaque naissance dans une famille est le modèle idéal et réel des renaissances nationales ; l'apparition effective d'une telle renaissance exige la conjonction d'un état de la corruption ploutocratique avec une décision de rétablissement de la nature politique et du droit naturel. Que cette conjonction doive être héroïque, cela résulte de l'extrême contrainte exercée, à l'âge moderne, par l'extrême artifice, et par les techniques d'avilissement. Le noyau naturel de notre présence terrestre est attaqué de telle sorte que la nature même ne peut plus être que l'objet d'une reconquête. Que cette reconquête puisse demeurer pacifique est probablement une illusion dont les écologistes sérieux ne soutiennent pas la vraisemblance.

Une théorie du pouvoir associée à une foi politique doit prévoir quelle entropie elle peut supporter et risquer, et quelle « néguentropie » elle apporte avec elle, comme toute décision vivante. Il doit - on est tenté de dire il va - y avoir un moment où survivre dans cet état de pourriture apparaîtra, dans un éclair, comme indigne et impossible. Cette prévision ne diffère de celle des marxistes que par les sujets de l'impossibilité vécue : là où les marxistes les délimitaient comme prolétariat victime du salariat, nous reconnaissons en eux les Français (et les diverses nations d'Europe selon une modalité particulière), en tant qu'hommes empêchés de vivre naturellement, soumis à des objectifs étatiques tantôt fous, tantôt criminels. Quelques-uns parmi eux, sont capables de guetter la conjonction libératrice, mais, à l'instant élu la communauté tout entière, par l'effet de l'universelle agression qu'elle a subie, peut être capable de consentir à la décision, d'initier un nouvel âge héroïque [allusion à Vico, AMG]. Les philosophes, s'ils se délivrent de leur préjugé que l'Esprit doit être sans puissance et que tout pouvoir est mauvais y pourront jouer un rôle moins absurde, finalement, que celui de Platon à Syracuse. Une manière de rendre vaine l'opposition de l'individualisme et du collectivisme, telle qu'en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. Notre société n'a que des banques pour cathédrales ; elle n'a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs » ; il n'y a, d'elle proprement dite, rien à conserver."

P. Boutang, Reprendre le pouvoir, Sagittaire, 1977, pp. 241-243. J'ai pratiqué un certain nombre de coupures, sans les signaler, dans ce texte qui conclut le livre, à des fins de clarté d'une part, pour lui donner une cohérence hors de ses aspects proprement chrétiens d'autre part. Ce n'est pas que les aspects en question me dérangent, mais c'est qu'ils appellent une discussion propre. Alors que ce qui m'intéresse dans ce passage est le décalage évident, quarante ans ou presque après sa publication, entre la justesse de ses diagnostics et ses talons d'Achille : outre que, contexte chrétien ou pas, la notion de décision, a fortiori si le terme est souligné par l'auteur, comme pour lui donner une force qu'il ne contient pas suffisamment, m'a toujours paru relever de la prophétie se voulant auto-réalisatrice, on voit bien que, depuis 1977, ce qui nous sert d'État s'est chargé et se charge encore de faire en sorte que l'on ne puisse plus parler, en France, d'un « enfant d'une race et d'une langue », et par voie de conséquence d'une « renaissance nationale » (sur la notion de race française, vous pouvez lire ou relire ce texte). Un autre passage du livre de Boutang est révélateur à cet égard, mais je m'arrête là, il ne s'agissait, comme promis, que de vous donner un signe de vie, ou de vous passer le bonjour. - Et de souhaiter que François Hollande crève dans d'atroces souffrances, aussitôt que possible, mais cela va sans dire.

lundi 1 juillet 2013

Lepénisation des esprits.

Égalité (?) et réconciliation


"Histoire juive qui me fut racontée par un Juif : Dans un conseil d'administration, trois Juifs et deux chrétiens. L'affaire marche bien. Les Juifs critiquent et aiguillonnent le gâtisme des chrétiens. Les deux chrétiens meurent et sont remplacés par des Juifs. L'affaire périclite. Les Juifs sont réduits à se critiquer entre eux, ils se chamaillent et se perdent." (Extrait du Journal 1939-1945 de Drieu la Rochelle, Gallimard, coll. "Témoins", 1972, p. 159)

Sur ce, à la rentrée pour un nouveau signe de vie ?

lundi 20 mai 2013

Touche pas à mon pote.

Reviens, Léon, j'ai le même à la maison


Pas mécontent de le trouver, celui-là. Tiré à 1000 exemplaires, dont 850 ont été saisis sur plainte de la société gérant les droits, laquelle a trouvé cette publication plus choquante que le fait qu'un « cinéaste » américain profane mon enfance au nom de son « désir »... - voici donc un des 150 survivants, un des 150 rescapés de l'holocauste juridique, de l'autodafé administratif.


Je vous laisse, une nouvelle amie, Jeanne d'Arc, m'attend. Encore une qu'un bûcher n'a pu faire complètement disparaître, il s'en faut.

jeudi 11 avril 2013

Comment reconnaître l'antijuif ?

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(Sinon, je me suis mis à écouter Otis Redding. Portez-vous bien !)

dimanche 3 février 2013

...

Soldatinconnu


J'apprends - en me mêlant des affaires des autres - qu'un blog non alimenté pendant un certain temps peut disparaître de la toile. Cette perspective me remplit d'horreur, bien que certains collègues aient pu rester inactifs des mois durant, sans que leurs écrits ne se dissolvent dans le trou noir du web.

Quoi qu'il en soit, je me permettrai donc, à toutes fins utiles, de mettre en ligne une photographie de temps à autre, pour éviter que mes textes ne soient l'objet d'un tel holocauste. Par devoir de mémoire, en quelque sorte.

samedi 15 décembre 2012

"Va, vecchio John, / Va per la tua via..."

Commençons par une constatation aux frontières de la lucidité et de la pusillanimité : il faut parfois plusieurs motifs convergents pour prendre une décision là où une seule raison, pourtant bonne, ne suffit pas. Il s'agit en l'occurrence aujourd'hui de la fermeture définitive de mon comptoir.

Ayant à la fois le sentiment de vous devoir quelques explications et de ne rien vous devoir - un auteur, quel que soit son niveau, écrit quand il veut -, je ferai bref, d'autant que j'ai déjà pu ces derniers temps évoquer, de façon plus ou moins directe et plus moins ironique, les soucis qui me travaillaient à cet égard.

Dieu sait que ce blog m'a permis d'évoluer, et de façon je crois intéressante, sur de nombreux points, mais depuis un certain temps il est à la fois, et c'est ce qui a rendu la décision d'aujourd'hui difficile à prendre, à la fois un facteur de perpétuation de cette évolution et un frein à cette évolution. Mettre par écrit ses hypothèses et questionnements est une bonne chose, le faire régulièrement et sous forme bloguesque, autrement dit et malgré la longueur de certains de mes textes, sous forme brève, finit par entraver la recherche personnelle en cours.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis conscient de cela. C'est devenu un peu plus pénible au fil du temps, sans donc, ainsi que je l'annonçais en préambule, que cela soit suffisant à me faire fermer boutique. A ce processus interne se sont ajoutées des considérations d'ordre plus privé. Disons que l'économie (ach, dans un blog voyeriste, le mot devait figurer une dernière fois !) générale de ma petite existence et la gestion des différentes recherches qui sont les miennes ont fini d'une part par être gênée par l'existence de ce blog, d'autre part par me retirer toute joie à l'idée d'y rédiger un texte - ce que ma précédente livraison pouvait laisser transparaître.

Or le modeste mais réel succès de mon comptoir est je crois pour une part non négligeable dû au plaisir parfois communicatif qu'avait le tenancier à y faire partager ou connaître ses idées (et celles des autres). Le barman n'est certes pas obligé de boire avec ses clients, mais il est tenu de les servir poliment, faute de quoi la faillite est proche. Autant l'éviter.

Ce qui ne veut pas dire que je cesse toute activité d'écriture. Le fil twitter, par exemple, n'a quant à lui pas de raison d'être coupé, quoique je ne sache pas à quel degré et comment, désormais, je l'utiliserai. Je ne vois par ailleurs pas pourquoi je n'irai plus laisser de commentaire chez les autres - même si le fait que je n'ai jamais voulu être sur Facebook me limite dans les participations à des discussions. Enfin et bien sûr, il n'est pas dit que je ne publie pas quelque chose un jour. Ceux qui souhaitent en être prévenus (et qui sont patients : il n'y a rien dans les tuyaux, que ce soit sous forme de manuscrit ou de contact avec des éditeurs) peuvent m'envoyer un mail pour que je les prévienne si tel heureux événement se produisait.

J'arrête d'écrire parce que je n'ai pas le temps ni l'envie d'écrire mais entre autres pour mieux écrire et quelque chose de plus long ? Il y a de ça - d'où que ma décision ait tardé. Mais il faut parfois fermer sa gueule quelque temps pour mieux parler après.

Merci à tous ceux qui ont pris la peine de me lire. Je n'efface pas ce blog, les pièces à conviction, positive ou négative, sont à disposition de tous. - Et puisqu'en France tout finit par des chansons, que l'on a encore le droit - un peu trop, même - de boire de l'alcool, que, n'oublions pas la politique ni l'apocalypse à éviter, le rare espoir contemporain vient de Russie, finissons par une chanson à boire russe.





Et puisque j'ai toujours eu du mal à conclure comme à choisir, que l'Italie mal en point m'émeut plus que la fière Russie, que la métaphysique et les rapports hommes-femmes (est-ce pareil oui ou non, nom de nom ?) m'émeuvent plus que la politique slave, finissons par une chanson à boire italienne...





A la vôtre !

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lundi 3 décembre 2012

Le Sabbat.

Souvenirs d'une jeunesse orageuse. La livraison du jour sera principalement composée de citations de ce livre très agréable, où l'on découvre, lorsque comme moi on le lit assez tardivement, l'origine de nombreux jugements et anecdotes célèbres sur des écrivains comme Proust ou Cocteau. Mais, justement et au contraire, je laisse tomber pour aujourd'hui les saillies plus ou moins amènes de Maurice Sachs envers des prédécesseurs ou collègues, pour vous livrer plutôt des extraits sur des sujets divers, sans autre cohérence que l'ordre dans lesquels on les trouve à la lecture de cette chronique de la France de l'entre-deux-guerres. J'utilise l'édition que l'on trouve dans la peu charismatique collection "L'imaginaire" de Gallimard, et rappelle que ce livre a été écrit en 1939. - En route !

"J'espère que [la] lecture [de ce livre] contribuera, pour si peu que ce soit, à exaspérer chez les jeunes gens qui la feront, le goût de deux révoltes : celle contre l'ordre, contre le désordre ; car il faut passer par l'une d'abord, par l'autre ensuite avant d'être homme." (p. 12)

"Le collège n'acceptait qu'une proportion de 10% d'élèves juifs. Cela déjà me parut effrayant, comme si un corps sain se permettait sciemment quelques microbes, mais pas trop, pour n'en pas mourir. Les Israélites étaient d'ailleurs aussi bien vus que d'autres au collège, car ces garçons des très grandes familles avaient tous un peu de sang juif dans leurs veines et beaucoup d'argent juif dans les banques familiales. Mais je ne me sentais même pas en grande communion avec mes coreligionnaires, car eux, de bonnes familles portugaises, ou des grandes banques françaises, s'enorgueillissaient d'être Juifs ou se sentaient séparés, mais un peu supérieurs. Leurs parents leur avaient dit qu'ils étaient de la race élue. On ne m'avait rien dit de pareil. Ma famille était libre-penseuse et républicaine avec acharnement. On n'y parlait jamais de religion. On ne m'avait même pas prévenu qu'il y avait de par le monde des croyances différentes. Je ne savais pas, aussi fou que cela paraisse, que le Christ était venu et que l'Antique Église de ma race avait donné le jour à une Église Nouvelle dont la majorité des disciples allait pouvoir me haïr au nom de leur gentillesse." (p. 31)

"[Max Jacob] me rendit d'abord le signalé service de m'encourager à écrire un livre, que je n'ai jamais publié, mais qui me fit beaucoup de bien à écrire. (C'est extraordinaire comme cela vous vide de vos humeurs, la composition d'un roman ! On y sue ses amertumes exactement comme on transpire ses acidités en faisant de la culture physique. C'est sans doute pour cela que tout le monde écrit de nos jours : par hygiène, notre époque étant la plus hygiénique que notre civilisation ait connue ; mais les livres étant écrits, il est recommandé de ne pas les publier, car toute publication engendre des humeurs nouvelles)." (p. 149)

"Je n'ai eu que quatre maîtresses depuis que j'ai l'âge de virilité ; c'est peu en regard des innombrables garçons avec lesquels j'ai fait l'amour, et pour dire vrai, je le regrette. Je sens constamment tout ce qui me manque, à vivre sans femmes, et qu'une connaissance extrême, corporelle de l'humanité ne s'acquiert qu'auprès d'elles." (p. 164)

"...si on n'appelle pas bonheur une niaise image où le confort dispute la timbale à la sensiblerie." (p. 177)

"Ce que j'aimais tant dans l'alcool, c'était le brouillard qu'il faisait monter entre la conscience et soi, grâce auquel on se dissimulait à soi-même. Et ce que je détestais c'était le besoin de boire à heure fixe. Je me saoulais trop souvent pour oublier que je ne pouvais pas ne pas me saouler." (p. 193)

Sur les États-Unis, et notamment les cercles cultivés, ou se voulant tels, parmi lesquels M. Sachs a fait une tournée de conférences durant les années 20 :

"On sentait qu'il y avait dans ce pays comme un crime de réfléchir, qu'on oubliait avec beaucoup d'alcool ; et, trait assez curieux et que nous comprenons mal ici : ces excentriques se ressemblent ; dès qu'une petite originalité les a fait sortir du milieu dans lequel ils sont nés (originalité qui consiste en somme à aimer les arts plutôt que les affaires), ils adoptent ce qu'on pourrait appeler, à défaut de mieux, une originalité collective, font groupe pour être pareils et s'habillent « pas comme tout le monde » de la même façon. Il n'est rien au demeurant d'aussi irritant que cette façon d'être élus nombreux, ni d'aussi ridicule, mais j'ai sans doute mauvaise grâce à trouver des défauts à des personnes dont j'ai partagé la vie. (...)

Ce qu'on buvait aux États-Unis, pendant la prohibition, est inimaginable, il n'était même pas choquant de voir dans les meilleurs salons des hommes et des femmes ivres morts : cela ne s'appelait plus se tenir mal, mais braver une loi inique. On avait condamné l'alcool qui détruisait la santé du peuple : la condamnation risquait de détruire celle des classes moyennes." (p. 227-228, je me suis permis deux corrections de ponctuation.)

Cette originalité collective étant une réminiscence, ou une redécouverte de l'originalité banale de Baudelaire, que nous avions de notre côté nommé paradoxe de Tocqueville.

C'est tout pour cette semaine.

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dimanche 25 novembre 2012

Prophylaxie métaphysique...

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"Quelque chose attire la chair vers le divin ; autrement comment pourrions-nous jamais être sauvés (…) Si le désir charnel était seulement mauvais, ceux qui l'éteignent dans la débauche, pour en libérer leur pensée, n'auraient pas tort, au moins par rapport à eux-mêmes."

Paradoxal hommage de la vertu au vice, signé Simone Weil (citée par Pierre Boutang, Apocalypse du désir, p. 209. La coupure est de P. Boutang), laquelle ajoute aussitôt : "C'est parce qu'il [le désir charnel] est si précieux qu'il ne faut pas le satisfaire." Ce qui est abuser, mais c'est aussi durement logique. Si les saints passent pour avoir fini (pas forcément commencé) par mener une vie chaste, ce n'est pas un hasard. Mais je n'ai pas nécessairement d'aspirations à la sainteté. - Je ne sais pas.

Dans un passage de son livre (pp. 209-212), peu de temps après cette citation, Pierre Boutang dit sur la sexualité humaine des choses à la fois personnelles et générales, dans lesquelles j'avoue m'être reconnu. Pour aujourd'hui, je voudrais surtout insister sur quelques points. Dans l'économie du livre de Boutang, il s'agit du début du chapitre dans lequel, après avoir attaqué différentes conceptions du désir, de Hegel à Deleuze pour le dire vite, l'auteur commence à exposer la sienne propre.

Pour ce faire, il part d'une vieille photographie de lui petit enfant, presque encore bébé, en train de sourire à sa mère, laquelle le tenait dans ses bras, pour lui donner confiance, tout en n'apparaissant pas elle-même (elle est recouverte d'une étoffe) sur la photographie. Si je ne méprends pas sur les intentions de l'auteur, à propos duquel j'ai lu récemment qu'il avait toujours eu le sentiment, qu'il était malheureusement le seul à partager, d'être parfaitement clair, l'important ici est un certain balancement entre la pureté et l'impureté de la situation, telle que Boutang adulte peut la juger lorsqu'il regarde cette photographie. L'enfant sourit, d'un sourire d'avant le mensonge, d'un sourire d'« enfant à qui personne encore n'a menti », et ceci en partie en raison, si ce n'est d'un mensonge, du moins d'un « artifice », cette mère à la fois présente et absente, sans qui la photographie de l'enfant en confiance et souriant n'aurait pu se faire, mais qui se cache, se dissimule. Cette image…

"…ne donne le sentiment d'aucun désir, prononce seulement un équilibre naturel et précaire, d'une nature au seuil du désir, libérée du besoin et de l'inquiétude, pas de l'interrogation, et pour cela objet de désir. Lorsque j'avoue que j'aurai passé ma vie à rechercher cela seul, et dans le visage humain, je n'ignore pas à quels moments la sexualité s'en mêle, et qu'Éros ne se satisfait pas de laisser être le monde dans un état dans un regard plus pur que le vôtre. Pourtant, s'il y a eu le sourire originel - dont le diable sait très bien s'emparer, voyez « La chambre de cristal » de Blake - le désir ne l'oubliera jamais entièrement, ou ne sera jamais hors de son atteinte. Je ne connais pas de vrai désir sans un sourire, au seuil entre l'absence et la présence, et j'ai appris que tout le corps sourit avec le visage. (…)

Encore une fois, la sexualité n'est pas absente de cette quête du sourire - du moins ai-je connu peu d'êtres pour qui elle le soit restée. (…) Le sourire serait clairement le propre de l'homme. (…) Si le désir va au sourire, le sexus, inventé par les Latins pour dire la « section » entre mâles et femelles (et c'était un mot neutre à l'origine) que les Grecs ignoraient et appelaient « physis », pour relier au lieu de séparer, ne décide en rien du désir. Comment alors le désir sexuel et ce désir du sourire, de la présence mystérieuse déposée sur le visage et dans le corps de l'autre, peuvent-ils se rencontrer, s'unir sans que vacillent la terre et le ciel ? Simone Weil que l'on imagine souvent très peu disposée à le comprendre, et à y voir un fait essentiel - mais nous aurons recours à elle (…) car elle aura été, chez les modernes, la femme la plus « savante dans les choses de l'amour » - Simone Weil proclame que « quelque chose attire la chair vers le divin », et que, réciproquement, « il n'est pas entre notre pouvoir d'admirer un être humain chez qui il n'apparaît aucune beauté sensible d'aucune espèce. »"

Ajoutons que, dans le même passage, évoquant cette situation « première, originelle », Boutang en parle comme une situation de confiance, mot qu'il relie à l'utilisation par le « réaliste empirique » Platon du terme pistis pour désigner "la « foi » naturelle dans les choses, qui ne sont ni des reflets ni des fantasmes."


A vingt ans je suis tombé follement et très bêtement amoureux d'une fille juste pour le sourire qu'elle m'avait adressé la première fois que je la quittai devant chez elle ; aujourd'hui encore, après bientôt quinze ans de vie commune, certains sourires de ma femme me bouleversent toujours autant, si ce n'est, parfois, plus qu'à nos débuts. Autant dire que j'ai été sensible à cette approche, qui n'est pas peut-être le fin mot de Boutang sur le désir humain, mais qui me semble un point de départ fécond. Je résume ce que j'en ai compris et ce que je souhaite en retirer pour la livraison de ce jour.

Ces idées sont un peu complexes, et c'est ce qui les sauve, d'une part de la mièvrerie, d'autre part de la banalité. Si je passe mon temps à vous répéter que le sexe est le sexe et autre chose que le sexe, ce que Simone Weil dit à sa façon dans la phrase par laquelle j'ai commencée - même si elle a voulu, pour sa propre voie, atteindre cet « autre chose » sans passer par le sexe -, le dispositif théorique ici construit par Pierre Boutang revient à dire, dans le même esprit, que le désir est à la fois pur et impur.

Pur parce qu'il est issu d'une situation de confiance originelle que l'on cherche à retrouver ("Il n'y a pas de réelle sexualité enfantine ni d'Oedipe sexuellement désirant, mais la sexualité adulte est enfantine pour toute une part" (p. 215) où elle "tente de s'accorder" avec l'esprit de cette situation de confiance), impur parce que le désir et la quête du sourire sur le visage de celle que l'on aime / aimera ne garantit pas l'absence d'artifice. A la base, dans la scène primitive de Boutang, il y a l'artifice de la mère, à la fois présente et absente. J'insiste là-dessus, c'est un artifice, pas un mensonge : la situation n'est pas mensongère à la base, elle n'est pas viciée, mais elle est en partie artificielle. Et de même que la mère est à la fois présente et absente, le sourire est "au seuil entre l'absence et la présence", il donne tout - sinon pourquoi tomber amoureux d'un sourire ? pourquoi le rester quinze ans après ? -, et rien - sinon, pourquoi ce lien avec le désir charnel, pourquoi "tout le corps sourit-[il] avec le sourire ?"

Qu'on le comprenne, cette insistance sur le sourire de la femme aimée ne verse dans aucun sentimentalisme, le lien avec le désir charnel est d'emblée présent. Quitte à ce qu'il faille, d'un côté, se méfier de certains pièges, comme, c'est le thème étudié immédiatement après par Boutang, l'inceste, les relations frère-soeur, les relations qui se rapprochent d'une relation frère-soeur, ou les relations qui, j'extrapole un peu par rapport à ce qu'écrit P. Boutang, qui finissent par se fonder sur l'identité plus que sur la rencontre. Quitte à ce qu'il faille, d'un autre côté, et plus tardivement, dépasser le stade sexuel ou s'en éloigner, le Platon du Banquet pointant ici le bout de son nez. - Mais cette insistance rappelle en même temps l'aspect « métaphysique » ou « divin », comme l'on voudra, du désir humain.

C'est pour cela, notons-le au sujet d'un passage que j'ai cité avec des coupures nécessaires pour la clarté de mon propos du jour, mais qui ne contribuent pas, en revanche, à la clarté du propos de P. Boutang, c'est pour cela que celui-ci peut écrire : "Comment alors le désir sexuel et ce désir du sourire, de la présence mystérieuse déposée sur le visage et dans le corps de l'autre, peuvent-ils se rencontrer, s'unir sans que vacillent la terre et le ciel ?" Ce n'est pas la femme qui est divine, elle ne l'est ni plus ni moins que l'homme, là-dessus je suis d'un égalitarisme d'une simplicité biblique, c'est la rencontre de l'homme et de la femme qui l'est.

Au passage encore, et pour en finir avec cette première approche, on notera que celle-ci peut expliquer les sentiments mêlés que l'on ressent couramment à propos de la représentation de l'acte sexuel, sous quelque forme - littéraire, picturale, cinématographique, même musicale (Chostakovitch…) - et dans quelque esprit - poétique, allusif, paillard, pornographique - que ce soit. Ne peuvent qu'y figurer, toujours, cette pureté primordiale et cette impureté humaine. On peut aussi mettre ces idées en rapport avec les textes de Marc-Édouard Nabe que je vous citais récemment.



Ne sachant quand je pourrai faire une autre livraison, je commente très brièvement ici-même la dernière vidéo du Président. Deux remarques :

- s'il se plaint de coups bas (j'y reviens dans la deuxième remarque), le Président peut aussi admettre qu'il faut parfois le soutenir contre lui-même. Sa dévalorisation, par ailleurs bassement machiste, du roman (23e minute) au profit du concept d'un côté, de la poésie de l'autre, est, je suis désolé, d'une grande stupidité. Le roman brasse aussi les concepts, à sa façon bien particulière et qui est précisément difficile à définir parce que sinon, on n'aurait pas besoin d'écrire ces romans… Je vous renvoie au Proust de Vincent Descombes, et tant pis pour le Président s'il préfère Félix Niesche à Proust, tous les goûts sont dans la « nature » ;

- j'avais évoqué à deux reprises sur la foi de quelques intuitions l'éventuelle homosexualité du Président : il semblerait, vu le discours de ce dernier, que le sujet soit évoqué par d'autres sur le net, ce que j'ignorais quant à moi. Comme je l'ai fait surtout, outre le plaisir de faire chier mon monde, parce que je trouvais amusant qu'un gars qui clame sa virilité, se vante de ses sept cents conquêtes (ce qu'il refait dans cette vidéo, non sans goujaterie me semble-t-il vis-à-vis de sa femme) et traite volontiers ses adversaires de fiottasses, puisse se laisser tenter par les amitiés particulières ; comme, par ailleurs, et ceci étant dit, je me fous complètement de ce qu'il fait de son temps libre, je ne me sens pas visé par la riposte du Président. Je « répondrai » seulement que, d'une part, l'on ne peut pas se permettre de balancer des coups bas à certains (je pense notamment à une évocation hors de propos, ou justifiée seulement par l'antijudaïsme de A. Soral, sur la « sexualité déviante » de Woody Allen) et se plaindre d'en recevoir ; d'autre part, que si l'on se réclame de Weininger et de son étude Sexe et caractère, qui essaie précisément de traiter des liens entre la sexualité d'un individu et sa personnalité, il est tout à fait légitime pour certains d'envisager sous cet angle le « caractère » du Président.

Ce qui signifie : si on choisit un terrain, l'adversaire (ou, en l'occurrence, le témoin tel que bibi) a toute légitimité pour répondre sur ce terrain. Dans le même ordre d'idées, les "Femen", qui croient, si j'ai bien compris, à l'égalité absolue entre hommes et femmes, ne peuvent se plaindre, pour celles qui se sont fait tabasser à la manifestation contre le mariage homosexuel, de s'être pris des coups. Les lâches qui les ont frappées n'en sont pas moins lâches ni méprisables, mais ils n'ont fait, d'une certaine manière, qu'accepter, cela les arrangeait bien, l'arme choisie par les "Femen".

Bon dimanche !

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