vendredi 22 janvier 2016

Le viol, c'est maintenant. - La gauche, ou la politique de l'autruche sodomisée.

Brunhilde protégée des réfugiés par son père

Dans le temps, les Allemands savaient protéger leurs filles...


"C'est une des formes les plus certaines d'une prochaine auto-destruction que cette complaisance à aimer sa perte qui caractérise les démocraties." (P. Morand, 1957)


"2016, année d'une plus grande lucidité et d'une plus grande humilité ?", demandais-je dans mon dernier texte de 2015. Il faut commencer par admettre que les autres, eux, ont au moins l'humilité de se battre pour, ou simplement de croire en quelque chose de plus grand qu'eux. Ils acceptent l'idée de ne pas voir de leurs propres yeux l'hypothétique victoire. Cela fait plus de 2000 ans que les Juifs, pour prendre l'exemple canonique, ne voient pas la victoire, cela ne les empêche pas d'y croire. - A tort j'espère, mais là n'est pas la question du jour. Il est plus aisé pour certains, manifestement, d'accepter la défaite que de se résoudre à ne pas être présent au moment de la victoire. Au point même semble-t-il de préférer la défaite immédiate à l'éventuelle victoire ultérieure. "Nous avons perdu une bataille, donc nous avons perdu la guerre", disent finalement ceux-là mêmes qui n'ont jamais assez de mépris pour les « munichois » ou les « collabos ». "Les attentats du 13 novembre ne sont que les premiers, il faudra s'y habituer." - Pourquoi cela ? Toutes les capitales du monde occidental ont-elles été victimes d'attentats réussis récemment ? Après le 11 septembre, les États-Unis ont-ils subi d'autres attaques meurtrières sur leur sol ? Les attentats seraient un phénomène naturel plus fatal que le réchauffement climatique ? C'est ce que l'on sous-entend par le lieu commun : "Nous entrons dans un cycle d'attentats, de guerre civile, de violence, etc.", un peu comme "une phase de perturbations pluvieuses va traverser la France d'Ouest en Est", couvrons-nous et attendons donc que cela passe.

Il est bien clair que de nouveaux attentats meurtriers peuvent avoir lieu à tout moment, là n'est pas la question, qui est celle de l'état d'esprit que ce genre de remarques révèle. Du réalisme revendiqué je crois qu'en effet on passe ainsi subrepticement à un fatalisme empreint de peur, et surtout de peur de s'exposer, de peur d'agir. J'irais même, intuitivement et sans preuves certes, jusqu'à prétendre que si l'on n'assiste pas en France à de réels mouvements populaires de masse - hormis manifestations d'un jour commanditées par l'État -, cela vient d'une peur diffuse que ces mouvements ne réussissent, c'est-à-dire ne débouchent sur quelque chose. Ce n'est pas pourtant que le pouvoir en France soit bien solide, ni que les policiers et militaires mettraient beaucoup d'entrain à le défendre ! - Déjà, en 68 - je tire ce récit d'un livre de J. Baynac, peut-être Mai retrouvé, je ne suis pas sûr -, lors d'une des premières grandes manifestations, les jeunes passèrent devant l'Assemblée nationale sans avoir, Baynac dixit, la moindre idée de s'en approcher ou de la menacer, parce que c'était pour eux hors sujet. La peur plus ou moins consciente des responsabilités chez des jeunes - et au premier chef ces jeunes-là, la génération du baby-boom, si supérieurs (en nombre) à leurs aînés - est certes humaine, mais ce refus inaugural peu explicité d'aller quelque part de précis en disait déjà assez long sur les perspectives de cette génération, dont il faut se demander si elle ne fut l'une des plus grégaires de l'histoire : allons n'importe où, mais allons-y ensemble…

N'importe où, nous y sommes. Les descendants des baby-boomers n'ont pas hérité l'enthousiasme de leurs parents, mais ils ont gardé d'eux cette sévérité profondément conservatrice à l'égard de tous les mouvements populaires actuels, qui ne valent pas, c'est bien connu, ceux du passé. C'est toujours trop beauf, trop populacier, pas assez pur théoriquement ou pas assez mélangé ethniquement, etc. - Pas de chance, donc, les autres, d'ici et d'ailleurs, n'ont pas ce même purisme théorique, ni cette crainte à la fois de l'échec et de la réussite qui est le meilleur allié du petit Valls.


- Valls : permettons-nous une parenthèse. Il faut une mauvaise foi de politicien professionnel et une haine démesurée de tout respect de la vérité, lorsque l'on appartient à un parti qui depuis trente ans crée méthodiquement en France les conditions d'une potentielle guerre civile, et qui continue à le faire, pour accuser les électeurs du Front national de vouloir la guerre civile. Le pyromane reproche aux brûlés de crier et de chercher de l'eau ! Mutatis mutandis, cela évoque les accusations de connivence avec l'Allemand portées après-guerre contre Maurras par des gens qui avaient été sourds à ses avertissements d'avant-guerre, qui ne l'avaient pas écouté lorsqu'il demandait des actions pour contrer la puissance de Hitler tant qu'elle était inférieure à la nôtre. Ce n'est pas qu'il n'y ait rien à redire concernant l'attitude de Maurras sous Vichy, ni bien sûr rien à redire concernant le Front national, mais ce genre de tactique, c'est de quoi dégueuler, vraiment - comme disait Léo.


Ceci étant dit, élargissons les perspectives. Admettons que nous soyons effectivement au début d'un cycle de longue durée et que l'Occident se soit résigné à laisser la place. L'Occident étant ici à entendre dans ce sens : l'Europe de l'Ouest et, peut-être, les États-Unis compris entre les deux côtes, si j'ose m'exprimer ainsi, les Juifs des networks de la Côte Est, comme ceux de Hollywood et du transhumanisme dictatorial en préparation dans la Silicon Valley, n'étant, eux, pas du tout en train de laisser la place. - Admettons donc cette idée, dont je ne dis pas qu'elle me convainque pleinement, mais dont il faut bien admettre qu'elle peut être soutenue par de nombreux arguments : faible natalité depuis longtemps, vitalité artistique proche du zéro, peur d'agir, culpabilité et haine de soi, incapacité à se protéger des invasions extérieures, parfois même encouragées au prétexte que les nouveaux arrivants sont différents : s'il suffit d'être différent pour être mieux, cela en dit long sur l'estime que l'on porte à soi-même… - Si un nouveau cycle commence, qui n'est pas le nôtre, s'il n'y a déjà plus rien à faire, il n'est pas, ou pas encore, interdit de réfléchir et de se demander à quoi nous laissons la place.

"Presque tous les peuples haïssent le reste du monde ; le seul peuple français l'aime assez pour vouloir lui communiquer ses propres maux", écrivait en 1934 Robert Poulet (qui était belge). La boutade est délectable et toujours actuelle, mais cela n'empêche pas les étrangers de nous communiquer aussi leurs maux : que l'on ajoute à cela la vieille tendance des démocraties à se déprécier, ainsi que le déplorait Morand - vieille tendance qui en dit long sur l'état d'esprit réel des citoyens d'un régime qui est censé être meilleur que les autres… -, on comprend pourquoi nous sommes aussi accueillants envers l'Islam, les migrants, tout ce qui vient des États-Unis, etc. Et c'est probablement un mélange de tout cela (fast-foods hallal et non hallal), chapeauté par une dictature financière à prolongements transhumanistes - le corps de l'homme ne rapporte pas encore autant qu'il le devrait -, que nos seigneurs et maîtres ont en tête. Une France balkanisée et divisée, où il y aurait assez de loisirs peu chers d'un côté, de moyens de contrôle de l'autre, pour que tout le monde, sur fond de guerre civile larvée - A. Badiou parlait quelque part des États-Unis comme d'une "guerre civile permanente", c'est ce qui s'installe chez nous, gangs et dealers jouant ici, toutes choses égales d'ailleurs, le rôle des « jaunes » et des briseurs de grève du passé -, pour que tout le monde reste chez soi, salarié ou chômeur - l'esclave salarié et l'esclave chômeur assisté se ressemblent de plus en plus, à tous les niveaux -, avec autant de désir pour la nouveauté pondue par le système, qui sera toujours un moyen d'asservissement supplémentaire, que de peur de tout changement. - Le changement, c'est plus maintenant, le changement, c'est plus jamais.

Petite parenthèse - j'écris au moment du sommet (de surréalisme) de Davos : il est assez plaisant d'entendre des gens dire pis que pendre - et avec raison - de quelque chose d'aussi dégueulasse que cette réunion des représentants des 1% plus riches de la planète pour décider comment prendre encore plus d'argent à tous les autres, à tous les pauvres ("C'est l'ensemble des pauvres, dans tous les pays, qui détient les plus immenses richesses. On ne peut rien faire d'un peu grand sans les pauvres.", R. Poulet encore), il est plaisant disais-je d'entendre ces gens vous parler ensuite du réchauffement de la planète, des malheureux « réfugiés » (enfin, oui et non, depuis Cologne les féministes évitent le sujet - j'y reviendrai peut-être…), du conservatisme de l'odieux Poutine, etc., le tout en envoyant des SMS depuis un smartphone qui les espionne en permanence (en attendant de pouvoir se payer le modèle qui les espionnera encore mieux). Avec des ennemis comme cela, qui approuvent et financent les moyens idéologiques et matériels de leur propre asservissement, Davos n'a pas besoin d'amis.

(La vérité si je mens ! Écrivant ces lignes dans un pub qui diffuse l'inénarrable chaîne d' « information » continue BBC World News, je vois s'afficher un titre selon lequel, à Davos justement, le premier ministre israélien demande un plus grand contrôle de l'internet, une plus grande "cybersecurity". Sans commentaire !)


- L'avenir, je ne le connais pas. Je sais bien par ailleurs que je m'adresse à un public fort restreint (quoique les statistiques de mon blog semblent indiquer que j'ai quelques lecteurs en Russie, ce qui évidemment me ravit). Je m'efforce simplement d'essayer de convaincre mes lecteurs, comme je m'y efforce avec mes proches et les gens avec qui je parle, que si l'on peut porter de nombreuses critiques justifiées à l'égard de la civilisation qui est encore la nôtre, il serait pour le moins téméraire, dangereux et masochiste, de le faire sans se demander ce qui à l'heure actuelle a le plus de chances de la remplacer. Mais il est de fait que la simple idée de « ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain » - ou de « trier le bon grain de l'ivraie » - est accueillie par certains, quand je n'y mets pas la décontraction et l'humour semble-t-il nécessaires, comme une forme de sourde volonté discriminatoire.

Je ne parviens pas, d'un strict point de vue logique, à comprendre ce tour d'esprit - et encore une fois, de la part de gens intelligents -, qui consiste à penser que les autres, notamment musulmans, vont forcément rejoindre notre mode de vie et de pensée - qui donc est supposé être le meilleur, de façon évidente, manifeste -, tout en ne supportant pas le moindre éloge à l'égard du passé de notre civilisation (lequel doit pourtant être un peu pour quelque chose dans notre merveilleux modèle), ni la moindre critique explicite à l'égard du mode de vie ou de pensée de ces autres, qui doivent pourtant détester ce mode de vie, puisqu'ils sont censés vouloir avoir le nôtre... - Tant pis ! Si je suis parfois las ou déprimé, je ne suis pas dépressif ni névrosé. Ce qui se fait rare, les amis, ce qui se fait rare !


Brunhilde et le crépuscule des blancs

Comment l'esprit-il vient aux femmes ?

jeudi 14 janvier 2016

Au Bonnard du jour... (IV) Dieu et mon anarchisme. L'espoir fait vivre, l'optimisme tue.

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Une des rares photographies acceptables lorsque l'on tape sur Hitler-Google (images) : "L'idée du bien" - et on la trouve sur un article qui suggère vaguement que Humphrey, tout en se tapant mille femmes au cours de savie, aurait été effrayé par son homosexualité. 1000, oui, il y a de quoi avoir peur.


(Ajout d'un P.-S. le soir.)


Pendant la rédaction d'un essai que certains trouveront peut-être « pessimiste », « noir » ou même « décliniste », je tombe sur un beau texte d'Abel Bonnard, dans lequel il fait un sort à ce que l'on appelle l'optimisme. En voici l'essentiel. Le gouvernement dont il est question dans les premières lignes est probablement le Cartel des gauches, j'ignore si A. B. fait allusion à un épisode précis, à la volonté d'un ministre du cartel de s'attaquer à un membre de l'Institut, ce qui ne serait certes pas sans rappeler les penchants autoritaires du petit merdeux Valls, ou s'il s'agit d'une forme d'allégorie.

"Le moment où un gouvernement privé de sang-froid veut forcer une confiance qu'il n'a pas su obtenir, et où il poursuit jusque dans l'Institut l'expression indépendante d'une opinion autorisée, n'est sans doute pas mal choisi pour faire quelque réflexion sur ce qu'on appelle l'optimisme. Les louanges enflées qu'on fait si souvent de cette prétendue vertu ne sont pas d'un bon signe pour la valeur générale des esprits. La plupart de nos contemporains, parmi ceux mêmes qui se piquent d'avoir une vie intellectuelle, deviennent de moins en moins capables de supporter le dur climat, l'hiver rigoureux et sublime de la pensée. C'est là une nouveauté dans notre pays. L'immortel honneur de la France, c'est qu'on a toujours voulu y voir clair. La littérature française du XVIIe siècle n'aurait pas gardé le prix qu'elle a pour tout homme qui pense, si, au lieu des vues les plus pénétrantes, des observations les plus sévères, elle était remplie de faciles fanfares sur la bonté de l'homme et la certitude du progrès. L'optimisme, il est vrai, se fait jour dans les livres du siècle suivant, mais, même alors, où trouver plus de défiance de l'être humain, plus de sarcasmes de sa nature et de son destin que dans Voltaire ? L'optimisme triomphe chez les principaux romantiques, mais son triomphe ne se marque que par une confusion de la sensibilité et du raisonnement où le coeur et l'esprit perdent tous deux leur noblesse. Il n'y a pas de place pour l'optimisme sur les sommets de l'esprit. Est-ce Eschyle, est-ce Sophocle, est-ce Dante, est-ce Shakespeare ou Cervantès qu'on trouvera optimistes ? A ces hauteurs règne seul le désir de connaître et de savoir, sans aucun égard pour ce que cette connaissance pourra avoir ensuite d'agréable ou de douloureux. C'est cette héroïque passion du vrai, la plus noble qu'un homme puisse nourrir, que ceux qui ne sont pas capables de l'éprouver calomnient en l'appelant « pessimisme ».

Mais, dira-t-on, l'optimisme est nécessaire pour l'action. Cela est juste ; encore faut-il s'entendre. Sans doute, on ne peut agir sans confiance et sans espérance. Mais cette confiance et cette espérance, bien loin de brouiller notre vue des choses, doivent succéder à la connaissance que nous en avons prise, au lieu de se mêler à elle, et c'est précisément le propre des hommes bien trempés et faits pour l'action, que rien ne les excite autant à intervenir que la grandeur des difficultés qu'ils ont à vaincre. L'idée profonde de l'optimisme moderne, au contraire, si tant est qu'on puisse parler de profondeur en un pareil cas, c'est d'espérer que, grâce à une certaine chaleur de sentiments, on pourra triompher de difficultés qu'on n'a pas su mesurer. Il suffit de tirer au clair cette prétention pour en juger la valeur. L'optimisme des politiciens, en particulier, n'est pas autre chose que ce refus de connaître une réalité qui les gêne. Ils sont optimistes avant tout, afin de ne pas faire l'aveu de leurs fautes. Il va sans dire que la réalité se venge bientôt. L'erreur d'un temps qui se plaît à tout brouiller, c'est de vouloir mêler l'optimisme avec le conseil, c'est de faire de l'optimisme une preuve de courage et un gage de succès, alors qu'il est précisément le contraire. (…) Le pilote qui dirait qu'il n'y a plus à se soucier des brisants, et qu'il suffit de ne pas prévoir les tempêtes pour y échapper, on devine comment son bateau finirait." ("Réflexions sur l'optimisme", Le Solitaire du Toit, Société du Livre d'Art, 1928, pp. 41-45). Son bateau ne serait pas seulement battu par les flots, par les djihadistes et, bientôt, les migrants-braqueurs-violeurs musulmans que Soeur Anne Hidalgo ne voit pas venir, mais sombrerait, et nous avec.

C'est d'ailleurs, poursuivons dans ce genre de métaphores, d'autant plus grave dans certains cas de se montrer (ou le déclarer) d'un « irréductible » ou d'un « incurable » optimisme - incurable, c'est bien le mot, comme une maladie -, que les optimistes, a fortiori s'il s'agit de politiciens, qui n'ont pas moins de responsabilités sous le prétexte qu'ils se refusent à les assumer, sont comme de mauvais conducteurs sur un autoroute : leur imprudence peut être fatale aux conducteurs raisonnables et attentifs. Comme j'ai décidé, parmi d'autres résolutions pour 2016, de faire court, je m'arrête là dans mes raisonnements et comparaisons, non sans vous gratifier d'une nouvelle salve anarchisante ("L'anarchie, c'est l'ordre") de Bonnard :

"Aimer la réalité, c'est la plus saine et la plus noble des passions de l'intelligence, et nul ne peut vraiment la changer selon ses désirs, qui n'a pas commencé par l'aimer telle qu'elle est. Cependant il est plus d'esprits qu'on ne croit qui répugnent à lui déférer, et même à la regarder en face. Ils déguisent leur aversion comme ils peuvent, et cet amour de la justice jaloux et absolu dont se targuent tant de gens ne sert souvent qu'à couvrir la haine du monde et l'envie de le détruire. (…) Quant au personnel politique, son cas est particulier. Il semble que sa fonction même soit d'étudier le réel avant tout le monde. Mais il est, en fait, le dernier à l'apercevoir. Ceux qui le composent vivent dans un monde fermé, sur des conventions, des fictions, des partis pris. Leurs intérêts, leurs habitudes, leur rhétorique même les séparent des choses. Ils parlent sans cesse de progrès, parce que c'est le mot dont ils vivent : mais ils sont essentiellement des retardataires." (pp. 6-7)

Le progressisme est une forme de mépris, non seulement du réel, mais des classes populaires. C'est une des raisons pour lesquelles l'homme politique de gauche a du dictateur en lui. - J'espère revenir bientôt vous combler de sentences et de citations sur ce sujet et sur d'autres, mais les vieux habitués savent qu'entre ce que j'annonce et ce que je fais, il y a du jeu...


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Résultat cette fois de la recherche, un rien perverse j'admets : "L'idée du bien lesbienne" - un type qui faisait shabbat, la vérité si je mens, a mis en ligne cette image d'une des femmes de ma vie. Pour le meilleur et pour le pire, les femmes crient, et Marnie parmi elles.


P.S. Dans ce qui précède se trouve un lien vers une lettre ouverte signée par les Fils de France de Camel Bechikh, à l'attention d'Alain Minc, lequel se targue de faire preuve d'un « irréductible optimisme ». Difficile de ne pas repenser à l'ignoble Minc en lisant ce jour dans Le Solitaire du Toit cette sentence de Bonnard :

"L'optimiste est non pas toujours, mais souvent, un homme qui supporte avec courage les malheurs des autres. Il met un panache à son égoïsme ; il déguise en générosité son insouciance." (p. 113)


A bientôt !

mardi 15 décembre 2015

Ton deuil national et ton état d'urgence dans ton cul, salope ! (III et fin provisoire.)

Éternellement lié à la trahison...


Quand on voit les Français actuels et la difficulté des problèmes qui se posent et vont se poser à eux, on ne peut qu'être saisi d'angoisse… Continuons néanmoins, faisons ce que nous avons à faire, faisons ce que nous pensons savoir faire, le reste n'est pas en notre pouvoir. - J'ai rédigé le premier jet de ce texte publié en trois parties, deux jours après les attentats. La structure d'ensemble : les responsabilités des Français, celles des musulmans, celles des saboteurs -, s'est imposée très vite à mon esprit. Mais plus je relisais ou corrigeais ce que j'avais d'abord écrit sur les États-Unis, les socialistes, les maçonneries, et plus j'avais l'impression de chercher à excuser mes compatriotes (les vrais…).

"Ils sont fascinants, pourtant, ces moments immenses où un monde se soulève à la fois dur et docile, rigoureux et indécis, demandant à être compris dans ses tendances et achevé par nos volontés. Dans une si vaste occasion, je rencontre trop de gens, parmi les mieux intentionnés, qui ne voudraient s'engager dans une action que si on leur garantit d'avance tous les résultats" : ici comme ailleurs mon cher Abel Bonnard peut nous guider. Il semble en effet n'y avoir aujourd'hui pour nos contemporains que deux modes d'action politique, le djihadisme, dont les résultats sont en effet garantis pour l'engagé, qui part au ciel en morceaux et meurtrier ; le vote FN, qui offre encore manifestement la garantie de gêner certains, dont le pitoyable Manuel Valls, c'est mieux que rien. Mais tout cela est désespérément, justement, prévisible et prosaïque.

Depuis les attentats, les Français ont été assez logiques. Ils s'en sont remis au chef de l'État, qui a eu l'instinct politique (le corrézien a-t-il percé sous le socialiste ?) de se rappeler que sa fonction était entre autres d'assurer et représenter la pérennité du corps national, avant de signifier aux partis au pouvoir ce qu'ils pensaient de leurs capacités à exercer ce pouvoir, le tout sans vague de violence à l'égard de leurs « compatriotes » musulmans. Le risque est grand malheureusement de les voir s'arrêter là (cette phrase a été écrite entre les deux tours de scrutin). Dans le contexte actuel, cela ne peut suffire.


Le contexte actuel : la France est une république bananière en même temps qu'un pays en voie avancée de balkanisation. République bananière, cela signifie que sa classe politique est vendue à l'étranger. En voie de balkanisation, sous le poids évident de l'immigration massive.

Ici, je peux recopier quelques lignes de mon premier jet :

Peu de choses m'ont autant énervé ces deux derniers jours que les messages de soutien venant d'Outre-Atlantique. Ce pays (ou cette entité) fait tout pour détruire l'Europe et la vassaliser, ce pays (ou cette entité) n'est pas un allié. Que notre Président et une bonne part de nos « élites » soient à leur botte - soient des espions et des traîtres, utilisons les mots appropriés, ne suffit pas à justifier une alliance entre l'entité américaine libérale et des pays comme la France (ou l'Italie, ou même l'Allemagne…). Il faut être demeuré comme les jeunes Français actuels pour conclure de l'existence de bonnes séries télévisées et d'immeubles construits sur le modèle du "qui a la plus grosse" (les arabes musulmans saoudiens ayant intelligemment pris le relais de cette intéressante occupation…) à la supériorité et à la bienveillance de leur way of life messianique et carnassier. (Ici vous pouvez caser tout ce qui vous plaît dans les rubriques : consumérisme, culte de la croissance, écologie, etc. Les États-Unis sont le cancer de l'humanité. Plus que de la planète, même si c'est à la mode.) Quant à la solidarité bruyante de ces entreprises américaines qui ne paient pas d'impôt en France…

Pas de bol, donc, nos gouvernants sont pro-américains et immigrationnistes. Pas de bol - mais c'est logique -, les plus tocards, imbéciles et bornés des gouvernants, MM. Hollande et Valls, qui viennent à la suite d'une longue tradition de politiques médiocres dans l'histoire de France (le revers de la médaille de notre douceur de vivre ?), sont ceux-là mêmes qui doivent gérer une situation très difficile, alors qu'ils en sont en partie responsables. On dit souvent, j'ai pu l'écrire moi-même, je viens encore de le relire, que les Français valent mieux que leurs gouvernants : outre que le reproche peut paraître peu légitime lorsque l'on demande à ces gouvernants de tout faire à notre place, il me semble que, si le diagnostic est malgré tout valide, si vraiment les Français valent mieux que MM. Hollande, Valls, Sarkozy ou Mme Le Pen, le moment n'est peut-être pas trop mal choisi pour commencer à le montrer.

- Fin d'auto-citation. Bonnard, que nous retrouvons maintenant, s'en plaignait déjà dans Les Modérés : les Français s'enorgueillissent de ne pas être dupes de la balourdise ou de la malhonnêteté de leurs gouvernants (et ils semblent donc, si l'on en croit les élections en cours, suivre toujours cette ligne (qu'ils ont vite quittée, je rajoute ça au moment de mettre sous presse...)), mais cet orgueil reste inoffensif s'il se suffit à lui-même, et s'il permet de laisser les politiques ne pas assumer leurs responsabilités.


Le noeud du problème étant qu'une des rares voies qui semble se dégager pour nous se trouve précisément dans une sorte de retrait, au moins d'un point de vie spirituel, de la vie politique. Ceci par l'indifférence, par le mépris de tout ce qui vient de l'État. Bernanos l'avait compris, c'est un thème que je développerai d'une façon ou d'une autre à l'occasion, l'État est l'ennemi de la nation. Les exceptions prestigieuses du type de Richelieu ou de Gaulle, pour aller vite - et encore sont-elles justiciables d'analyses serrées -, ne peuvent cacher cette évidence, qui n'implique pas de remplacer l'État de droit par la loi de la jungle et la raison du plus fort - ce qui est déjà en grande partie fait par l'État lui-même, justement - mais doit pousser chacun à de tenter de mettre la loi à sa juste place. Il y a d'autres façons d'être français que grâce à un simple bout de papier tamponné, il y a d'autres façons de voir l'histoire de France passée et à venir que celle enseignée par la loi républicaine maçonnique. Il y a d'autres communautés dans lesquelles vivre que la communauté nationale violée par ceux qui en avaient la charge, les Français comme leurs gouvernants… (J. Rochedy l'évoque ici, avec plus de confort que moi). Il y a d'autres façons de résoudre ses conflits - parfois moraux ou sexuels - avec ses concitoyens que de leur faire des procès en permanence. Etc. - Bien évidemment, il y a danger à laisser à l'État de la place, lui qui, « urgence » à l'appui, en occupe toujours plus, mais le danger moral et spirituel est sans doute plus grand encore de continuer à croire que la place qu'il occupe déjà est en quelque manière normale et légitime. Soyons anarchistes au sens médiéval du terme, ce sera déjà un début… L'anarchisme conservateur de culture chrétienne, voilà l'avenir !

Finissons sur une généralité - puisqu'aussi bien, pour citer encore Bonnard, "quand il s'agit de tout refaire, on ne saurait tout préciser". J'ai évoqué il y a longtemps, dans un texte d'ailleurs consacré à nos rapports ambigus avec l'État, cette idée de Jacques Bouveresse, selon qui l'inconséquence serait comme « l'habitus moderne par excellence ». Des amis de djihadistes financés par notre propre ministre des affaires étrangères (ministre des affaires de l'étranger en France…) qui viennent tuer des Français, un Président qui passe son temps à cracher sur le concept de nation pour demander ensuite que l'on retrouve du goût au drapeau et à qui il faut 130 morts pour qu'il se souvienne qu'il est là pour aider et protéger, dans la mesure du possible, son peuple, au lieu de l'enfoncer à coup de traité transatlantique (par exemple), des Français qui rendent tout le monde responsable de tout sans se remettre eux-mêmes en question, une génération 68 bientôt dans la tombe mais qui aura vécu toute sa vie en lévitation heureuse, inconséquente et sûre d'elle - et qui elle, à la différence peut-être de F. Hollande, semble n'avoir toujours rien compris à rien… L'univers conceptuel de la franc-maçonnerie (pardon, des « Lumières »…) est lui-même une creuse rêverie sans appui dans le réel, et qui s'en vante. C'est toute notre civilisation d'ailleurs qui est en lévitation : si elle a été supérieure à la plupart des autres, position que je peux assumer, elle ne peut plus l'être que de façon résiduelle, parce qu'elle ne s'est pas encore cassé complètement la gueule, et parce que, par certains aspects, elle se situe encore un peu plus haut que les autres… Bref ! La liste est longue de tous ceux qui semblent séparer délibérément concepts et conséquences logiques de ces concepts. L'anarchisme conservateur logique ("Le royalisme, c'est l'anarchie plus un", disait Boutang), voilà l'avenir…

Tout ceci n'étant valable que si l'on attache quelque prix à la civilisation française, bien sûr. Mais là encore, soyons conséquents : si l'on n'est ni américain, ni maçon (c'est pareil), ni musulman, peut-on vraiment supposer que ce qui risque de la remplacer vaudra mieux qu'elle ? Que chacun pense à ces vieux gauchistes qui se plaignent que tout ce qui était lié à ce qu'ils ont cherché en 68 et après à détruire marche moins bien qu'avant, avant de répondre...

Dans mon premier texte de 2015, début janvier, je citais cette phrase d'un biographe de Maurras disant que celui-ci était très sensible au fait que "les civilisations sont mortelles, et à quel point les mauvaises décisions politiques se paient." J'ajoutai en guise de voeux de nouvelle année cette question : "2015, année où les mauvaises décisions politiques vont se payer ?" Il y a un mois, plus d'une centaine de personnes en ont payé le prix, ont commencé à régler la note. Il n'y a à l'heure actuelle aucune raison que cette liste, que cette note, ne s'allonge pas dans le futur. - Raison de plus pour faire des enfants, faire des enfants : les enfants, voilà l'avenir…


Sans titre


Il faudra revenir sur de nombreux points, bien entendu. 2016, année d'une plus grande lucidité et d'une plus grande humilité ?

samedi 21 novembre 2015

La guerre est dangereuse pour la santé et doit être consommée avec modération. - Ton deuil national et ton état d'urgence dans ton cul, salope ! (II)

Rêver plus traître - Détruisons plus grand...


Je me souviens d'une interview où cet homme si souriant et poli disait qu'il voulait être "ami avec tout le monde", ce qui m'avait tout de suite frappé comme un bel exemple de l'état d'esprit du mafieux qui sait qu'il a la main, que cela peut coûter cher de ne pas être son ami… Il faut toujours préférer les ordures bien de chez nous aux ordures venues d'ailleurs.


"Voilà qui nous amène à l'Islam. Allons-y franchement : il faut à la fois accepter le fait que l'Islam soit une religion, et assumer que c'est une religion de peu de valeur intellectuelle - sauf bien sûr pour les convertis occidentaux qui y apportent leur savoir occidental avec eux."

Je vous ai laissé la dernière fois sur cette phrase. Cette deuxième partie d'un texte qui est censé en comprendre trois va donc être consacrée à l'Islam. Ceci appelle, je n'avais pas assez insisté là-dessus dans mon premier jet, d'où des difficultés de rédaction que je vous épargne, ceci appelle quelques précisions d'ordre méthodologique.

Tout d'abord, on ne peut parler de l'Islam dans l'optique qui est la nôtre en oubliant :

1/ qu'il y a au moins 5 millions de musulmans, principalement d'arabes musulmans, dans ce qui est officiellement le territoire français ;

2/ que la France bombarde et tue, à l'étranger, des hommes et des femmes qui pour certains font partie de la force armée qui a revendiqué les attentats du vendredi 13 - des musulmans. La France a aussi ces dernières années bombardé et tué de nombreux musulmans qui ne faisaient pas partie de cette force armée, faisant en ces occasions bien plus de morts que ceux que nous avons pu compter la semaine dernière ;

3/ que des arabes musulmans officiellement français ont participé aux attentats du vendredi 13 contre ce que l'on est j'imagine supposé appeler leurs compatriotes.

Bref, avant d'être la guerre dont on nous rebat les oreilles (si les journalistes parisiens l'aiment tant que ça, pourquoi ne s'engagent-ils pas ? Ivan Rioufol serait au moins aussi (in)utile à la patrie sous l'uniforme qu'en bavant ses conneries simplistes !), la situation est un sacré bordel. - Ceci étant, il se trouve que ce bordel a, du coup, tendance à simplifier la rédaction d'un texte comme celui-ci, puisqu'il me permet de justifier le degré d'approximation dans lequel (un degré est un angle) je vais me situer. Il s'agit d'argumenter à partir de certains traits généraux de l'Islam, et des arabes musulmans dits français en particulier, rien de plus - mais rien de moins : que l'on ne me reproche pas d'avoir une approche « essentialiste », d'autant que le refus d' « essentialiser » est le plus souvent un refus de décrire, ou tout simplement de voir. Que l'on ne me reproche pas non plus de mettre des barrières, si je me contente de les décrire.

J'en reviens, renouons le fil avec la façon dont j'avais d'abord rédigé ces lignes, à ma phrase de transition : " Il faut à la fois accepter le fait que l'Islam soit une religion, et assumer que c'est une religion de peu de valeur intellectuelle."

Pour le premier point, cela signifie que l'on ne peut reprocher, ou que l'on ne devrait pas pouvoir reprocher à des esprits religieux de vouloir mener tout ou partie de leur vie conformément aux principes de leur religion. Être musulman n'implique pas d'être fondamentaliste, salafiste, voilée, ou de respecter toujours et parfaitement les principes de l'Islam (chaque société ses tensions, ses équilibres, ses tartuffes, etc.), mais on ne peut pas être musulman et franc-maçon - pardon, musulman et laïc, au sens de la laïcité française, de 1905 ou d'aujourd'hui, je vous renvoie à Pierre Manent sur ce thème.

- Tout au plus est-il éventuellement possible de trouver des arrangements viables entre eux et nous, espérons-le encore, et probablement dans la voie indiquée par Pierre Manent, laquelle oblige à réviser certains aspects de notre idéologie individualiste actuelle. Tout divisés qu'ils puissent être, les musulmans vivant en France forment une communauté culturelle et en grande partie ethnique, qui ne montre aucun signe d'évolution vers ce que nous entendons par le mot intégration. Traitons-les donc en communauté, puisque cela semble être leur souhait (voilà ce qui s'appelle être démocrate), et passons des accords explicites avec eux.

(Une incise : les individualistes modernes imaginent toujours que les communautés anciennes ou « archaïques » sont soudées et conformistes, alors qu'elles peuvent être traversées de conflits, de tensions, de violences même : simplement, il y a certaines choses que l'on n'y remet pas en question.)

Mais, et c'est le deuxième point, si l'on ne peut en bonne logique reprocher aux musulmans d'être religieux, on peut leur reprocher d'être cons. J'espère avoir assez insisté dans la première partie de ce texte (et, au fil des années, à ce comptoir) sur nos propres travers et la façon dont nous nous leurrons sur nous-mêmes, pour distribuer maintenant quelques mauvais points aux autres, ce qui sera aussi, dans une troisième livraison en principe, une façon de récapituler les obstacles, notamment externes, à la remise de notre pays sur ses pieds. (Oui, je reste dans le cadre national.)

On peut ici m'accuser de mettre de l'huile sur le feu, je répondrai, d'une part que je ne suis pas à l'origine de l'incendie, d'autre part que si on veut avoir une chance de l'éteindre ou de le circonscrire, il faut en prendre la mesure. D'ailleurs, petite digression, à partir du moment où des Français préparent des attentats contre d'autres Français, il est évidemment légitime de parler de guerre civile, mais :

- en être conscient ne signifie pas le souhaiter ;

- qu'il y ait guerre civile ne signifie pas que cette guerre civile doive s'envenimer et se généraliser. Pour ce que nous en savons et pouvons en deviner, il y a déjà assez de boulot comme ça. Encore une fois, que ceux qui n'ont que le mot de guerre en bouche aillent la faire eux-mêmes, si ça les fait tant jouir - au lieu de la faire faire par d'autres, suivez mon regard.

Ceci étant dit, il y a bien sûr des raisons objectives à cet état de guerre civile plus ou moins ouverte, et je cherche donc aujourd'hui ces raisons du côté des arabes musulmans.

Les arabes musulmans ne sont des gens comme nous qu'au sens minime où nous sommes tous faibles et pécheurs - ce qui, soit dit en passant, n'est pas rien et évacue toute question de race. Pour le reste, ils ne sont pas comme nous, nous ne sommes pas comme eux. Ils sont par exemple beaucoup plus capables de solidarités familiales que nous, peut-être même ne croient-ils pas sans y réfléchir à deux fois que le destin normal des vieux soient le mouroir collectif de la maison de retraite et son racket institutionnalisé. Plus liés que nous à la logique primordiale du don - contre-don ils n'ont pas totalement oublié les antiques condamnations de l'usure. Ils sont aussi plus généreux, même envers les infidèles, que nous - ce n'est certes pas bien difficile -, quitte à pousser cette générosité, dans des cas extrêmes récents, jusqu'à se faire sauter pour nous secouer un peu. Ils prennent certaines choses beaucoup plus au sérieux que nous - notamment dans les rapports hommes / femmes. Ils ne nous aiment pas, ni en tant que « croisés » ni surtout en tant qu'apostats (ce que les gauchistes qui ont été visés vendredi 13 finiront un jour par comprendre), et nous ne les aimons pas non plus (les attirances sexuelles plus ou moins avouables n'étant pas considérées à ce comptoir comme facteurs constitutifs d'une communauté ou de relations positives durables entre communautés).

- En soi, ce n'est pas grave, beaucoup de peuples ne s'aiment pas : la difficulté est qu'ils sont nombreux chez nous.

Ce pourquoi il est important de prendre conscience, et à l'encontre de ce qu'on peut lire partout, que notre problème principal n'est pas l'État islamique, mais les arabes musulmans qui vivent en France. - Je dois préciser ici que je pensais vous communiquer ces réflexions avant les attentats, dans l'intention de mettre au clair l'état des relations entre Français et immigrés (ou descendants d'immigrés). Ces attentats ne révèlent rien sur l'Islam « politique », comme s'il y avait un Islam non politique (il y a par contre des conceptions plus ou moins rigoureusement politiques de l'Islam, ou des politiques musulmanes plus ou moins extensives), les problèmes qu'ils n'ont pas fini de créer en France ne font que mettre en relief la question de l'immigration musulmane massive.

Question que l'on peut aussi aborder par ce biais : ce n'est pas parce que l'Occident a été et reste colonisateur et violent que les arabes musulmans n'ont pas un rapport particulier à la violence. Ce n'est pas parce qu'à certains arabes musulmans il ne reste que la violence (pourquoi, d'ailleurs ? Moins intelligents ou rusés que les autres ?) pour se faire entendre que leur recours à la violence serait purement extrinsèque ou stratégique. Il suffit de repenser à la façon dont dès les premiers temps l'Islam a conquis le Maghreb, sabre à la main, pour comprendre ce que je veux dire. "Ils ne comprennent que la force" : ce cliché des colons français, tout odieux qu'il soit à certains égards, a sa part de vérité. Il est bien évident que l'on juge les autres (et les arabes musulmans nous jugent autres, c'est l'Occident actuel qui ne comprend pas qu'il y ait des autres (ou que les "opprimés" ne soient pas tous de gauche), je vois bien en discutant autour de moi qu'une des clés du problème est là) à partir de ses propres critères, et que les arabes musulmans - encore plus depuis les attentats, et comment leur donner tort ? - nous jugent, de ce point de vue, bien faibles.

Ayons recours à la fable : "La raison du plus fort est toujours la meilleure". Lorsque La Fontaine l'écrit, c'est l'énoncé amer d'une vérité sur laquelle on ne peut faire l'impasse, vérité que dans le monde capitaliste contemporain on traduit par Qui paie commande (Saoudiens, Qatariens…). Certains Occidentaux ont tendance a croire que la raison du plus fort est toujours la pire, ce qui peut les obliger à d'amusantes contorsions théoriques pour savoir qui est le plus fort - comme s'il n'y avait pas plusieurs forts et plusieurs faibles, ou des forts qui soient faibles par certains aspects, etc. La sagesse des nations rappelle que l'on fait mieux entendre ses raisons lorsqu'on est fort mais que ce n'est pas une raison pour abuser de sa force. Les arabes musulmans ne sont pas étrangers à cette sagesse des nations, mais ils jouent avec leurs atouts, l'un d'entre eux étant un usage volontaire et confiant (la foi, c'est la confiance…) de la force, en l'occurrence de la violence.

Par rapport aux débats auxquels on assiste ces jours-ci, il faut donc je crois à la fois dire que les arabes musulmans ne sont pas bien sûr pas tous des terroristes, il s'en faut, et que l'Islam autorise plus facilement certaines formes de violence que d'autres religions - une violence où l'on paie de sa personne, je le redis. Il n'y a pas de rapport direct entre l'Islam et la violence terroriste au sens où le premier impliquerait la seconde - comme la nuée porte l'orage, pour reprendre la formule de Jaurès sur le capitalisme et la guerre -, mais ce n'est pas non plus un hasard si ce sont des arabes musulmans qui commettent ce genre d'attentats. (Précisons en passant que les premiers martyrs chrétiens, eux, ne se croyaient pas obligés de tuer quelques dizaines de personnes avant de mourir pour leur Dieu, et que de ce point de vue ils la mettent tout de même bien profond aux djihadistes).

Utilisons pour être encore plus clair - et pour glisser une petite cartouche du côté des Juifs, avant que les habitués de ce comptoir n'aient l'impression qu'à la suite des attentats je suis passé du côté d'Israël, à Dieu ne plaise - une comparaison avec le peuple élu. Le rapport des Juifs à ce est qui pour eux le monde extérieur, fondé sur la séparation raciale et la volonté de guider le reste de l'humanité, quoi que ce reste de l'humanité, c'est-à-dire presque toute le monde, puisse en penser (la démocratie est aimée par les Juifs pour ce qu'elle permet, pas pour elle-même, ce qui est tout à fait conséquent et logique de la part d'une minorité), ce rapport on le voit bien n'est pas le même que celui des arabes musulmans. Qui ont eux aussi ceci dit leur petit complexe de supériorité - c'est normal et sain (Lévi-Strauss vous le dirait), mais aussi, compte tenu de certaines de leurs carences intellectuelles, toujours un peu surprenant, voire ridicule.

"Une religion de peu de valeur intellectuelle", ai-je écrit. C'est un des éléments du tableau d'ensemble, votre serviteur n'y est pour rien. Que l'on ne balance pas d'exception visant à me montrer qu'un arabe musulman peut être intelligent, ce que je n'ignore pas, ou qu'un occidental de culture chrétienne peut être plus con qu'un arabe, le débat n'est pas là. Le fil conducteur, si vous voulez, c'est la façon dont nous pouvons communiquer avec eux, et réciproquement, puisque nous avons pour quelques décennies au moins un destin commun, voilà ma foi des lendemains qui chantent. Et il suffit, dans cette optique, d'en rester au niveau des généralités pour constater que l'Islam est plus fort question mystique et communion collective que question philosophie et curiosité (et sciences…), qui sont à tort ou à raison nos fiertés, et que cela ne facilite pas les échanges inter-culturels. - Je n'ai ceci dit pas l'intention de m'embarquer dans des discussions liées à ce que l'Islam a pu apporter à la civilisation, je ferai à ce sujet simplement remarquer qu'il est toujours assez paradoxal d'avoir ces discussions avec des gens de gauche (qui n'ont pas l'air de beaucoup fréquenter ces arabes musulmans avec lesquels ils disent n'avoir aucun problème…) pour qui la notion de longue durée, de tradition, d'identité est censée être caduque, et qui pourtant utilisent l'Islam médiéval pour demander qu'on respecte l'intelligence des arabes musulmans dits français du XXIe siècle (ce qui est un aveu a contrario de ce que cette intelligence n'est pas si manifeste dans la vie de tous les jours, dans l'usage).

Dernier point à ce sujet : je ne suis pas bien sûr que, contrairement à ce qui se dit toujours, l'Islam soit une religion universaliste. Certes il y a tout plein de musulmans indonésiens, certes n'importe qui, même la pire racaille ("Salauds de pauvres !"), peut en principe se convertir à l'Islam, mais dès que vous discutez avec des musulmans français, pas nécessairement arabes en l'occurrence, ils vous renvoient toujours votre ignorance de la langue arabe à la gueule. Je veux bien comprendre que le Coran soit plus beau et plus clair en arabe qu'en aucune autre langue, mais qu'est-ce qu'une religion universaliste qui n'est supposée être pleinement compréhensible (tout en se vantant d'être simple…) que dans une seule langue ? - Paradoxe aussi d'une religion prosélyte, mais qui vous est d'une certaine façon retirée par ses zélateurs si vous l'abordez de façon intellectuelle (et comment, au moins dans un premier temps, l'aborder autrement ?) - notamment par l'évocation des manipulations supposées que les orientalistes occidentaux ont ou auraient fait subir aux études sur l'Islam, autre dada (complotiste) des musulmans français avec qui j'ai pu parler. - Cela renvoie, plus fondamentalement, au fait que l'Islam n'a pas de clergé hiérarchisé énonçant ou rappelant le dogme. D'où le caractère surréaliste de certaines déclarations récentes, qui pourtant peuvent être, mais c'est aussi le problème, de bonne foi, certaines déclarations de musulmans fort peu « laïcs » nous expliquant que les attentats du vendredi 13 ne relèvent pas du « vrai Islam ». L'Islam existe à coup sûr, le « vrai Islam », c'est l'Arlésienne (c'est même la barrière que les musulmans mettent à nos efforts pour les comprendre, le "Tu ne peux pas comprendre" que j'ai souvent entendu dans ces circonstances me faisant en l'occurrence penser à l'incommunicabilité entre les sexes, qui n'est pas rien). Et cela ne simplifie pas notre problème, à nous Français de 2015… (Ni celui des musulmans, vu le temps qu'ils passent à se foutre sur la gueule. Rappelons ici une différence entre chrétiens et musulmans : on parle d'un bon ou d'un mauvais chrétien selon qu'il se conforme ou non au dogme. Les musulmans entre eux disent qui est un vrai musulman, chacun ayant ou pouvant avoir son avis sur la question.)


Résumons et achevons. Les arabes musulmans de nationalité française ne nous aiment pas (et je répète que je peux les comprendre), ils sont nombreux, ils suivent, plus ou moins, une religion dont l'apport intellectuel à l'histoire de l'humanité ne nous paraît pas proportionné à la fierté qu'ils en éprouvent - je suis désolé, cela fait partie du problème… Ils ont le nombre, la foi, la foi en l'avenir, la confiance des naïfs et la conscience de notre faiblesse. A moins de parvenir, dans la lignée donc d'un Pierre Manent, à des accords de communauté avec eux, accords qui permettraient aux plus calmes et sereins parmi eux d'avoir des arguments pour modérer les plus agités… nous ne sommes pas près de nous en sortir.

"Les religions sont différentes", ai-je écrit dans la première partie : cela veut dire d'une part - en direction des pro-laïcité plus ou moins avertis -, qu'elles ne se mélangeront jamais en une espèce de tout syncrétique, maçonnique et vaguement fraternel (et c'est tant mieux), d'autre part qu'elles ne sont pas non plus près de se réconcilier : tout au plus peut-on espérer qu'elles se respectent et se craignent, à l'ancienne, sur le mode du Si vis pacem para bellum ou de la guerre froide. A charge pour les intellectuels du type d'un Louis Massignon de dresser des passerelles au plus haut niveau théorique, qui n'est pas, faut-il le rappeler, celui des populations... Ce qui n'est pas une raison, bien évidemment, pour lancer ces populations les unes contre les autres.

(On l'aura compris, je dis ça pour les habitués qui m'ont suivi dans mes comparaisons entre Alain Soral et Marc-Édouard Nabe dans le temps, c'est une question sur laquelle je ne suis ni soralien ni nabien. - Petite note sur MEN en guise de P.S.)

J'ai évoqué le nombre, il est partie intégrante de la question, comme de la légitimité de certaines revendications des arabes musulmans. A partir du moment où ils sont numériquement majoritaires dans une zone, on ne voit pas pourquoi ils se gêneraient pour vivre selon leur mode de vie. - Ce qui renvoie à la question de l'immigration. Qui ne voit ici que cette immigration complique tout ? Ach, qui ne le voit pas encore a de bonnes chances de le voir dans les années à venir. Daech, c'est compliqué, l'immigration c'est compliqué, Daech plus l'immigration, il y a vraiment du boulot.

Je vous laisse là-dessus. Je reviens en principe dans une troisième partie évoquer quelques autres obstacles que les musulmans à une amélioration de la situation, obstacles externes comme internes. - En attendant, faites des enfants, faites des enfants…


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P.S. : Oui, au sujet de Marc-Édouard Nabe, je ressors mon numéro 2 de Patience, Septembre 2015, p. 15, et j'y lis, au sujet de la dessinatrice Coco ouvrant sous la menace la porte d'entrée de la rédaction de Charlie-Hebdo aux frères Kouachi : si Coco "avait connu un peu plus les manières des individus terroristes, elle aurait su qu'ils ne tuaient pas les femmes, ni les enfants, contrairement aux États terroristes (Israël et Cie) qui, eux, tirent dans le tas des civils. Mais Coco, comme les autres, avait trop de mépris pour l'islam qu'elle combattait avec son crayon de la liberté !… Elle ne savait pas, la pauvre Coconnasse, que les Arabes, même terroristes, ont un code d'honneur…" - Faut-il en déduire, comme un vulgaire complotiste, qu'il ne s'agissait pas ce vendredi 13 de vrais djihadistes ? Ou que, le déclin étant généralisé et avec lui la perte du sens de l'honneur, que les Arabes ne sont plus ce qu'ils étaient ? Ach, ça doit être la faute de l'Occident…

mardi 17 novembre 2015

Ton deuil national et ton état d'urgence dans ton cul, salope ! (I)

La traîtrise c'est maintenant


Première partie ce jour, la plus aisée. La suite j'espère bientôt, mais le temps passe si vite que le début de ce texte me semble déjà daté, trois-quatre jours après le premier jet... Bonne lecture !


Le foot, la musique, l'alcool… Le divertissement. On peut dire tout ce qu'on veut, ces gens-là ont le sens du symbole. Vendredi 13, France-Allemagne qui va jusqu'à son terme malgré les bombes… Drôle de visage du couple franco-allemand ! Même le nom du groupe qui jouait au Bataclan : Eagles of death metal - la mort métallique, oui, on peut le dire comme ça. Complétons le tableau avec la note juive de rigueur, le Bataclan abritant régulièrement des cérémonies visant à recueillir des fonds pour soutenir le brave soldat israélien que le monde non-occidental entier nous envie, et il n'y a plus qu'à conclure, une fois de plus, à la logique des arabes religieux.

(Difficile de ne pas citer ici ce texte cardinal écrit par le maître après les attentats de Madrid. Les quelques points de désaccord que je peux avoir avec ces thèses ne sont que peu d'importance par rapport à son effet, lorgnons du côté de Wittgenstein, thérapeutique.)

Il n'y a dans tout cela rien de surprenant : les arabes religieux frappent le peuple démocrate ennemi dans ses religions sécularisées (le sport), les arabes religieux frappent le peuple démocrate ennemi quand il boit des coups le week-end, comme si ce peuple n'était pas en guerre, ou comme si la guerre ne rien ne devait jamais changer à ses bonnes habitudes de - expression que le vieux Céline prononçait avec dégoût - « bons vivants » - dont certains sont désormais de bons morts, pour l'éternité des siècles et des siècles, jusqu'à la résurrection.

Ceci (les attaques) en payant comme d'habitude de sa personne, en sachant que l'on va y passer, qu'à la fin le mec y meurt : ces arabes religieux n'en sont pas encore à l'âge des drones. Ils peuvent même (erreur technique ?) crever quasiment gratuitement, comme ceux qui sont partis en fumée au Stade de France.


Bien évidemment, lorsque l'on se vit comme dépossédé par ses « représentants » mêmes de toute possibilité de participer à un choix collectif sur le présent et le futur de son pays, comme c'est mon cas et le cas de beaucoup de Français, on a quelques raisons de trouver que ces messieurs arabes religieux prennent un peu facilement la vulgate démocrate au mot, que cela fait longtemps que le peuple ici n'est plus rien, et que leurs actes ne sont pas sans parenté avec nos fameuses guerres d'ingérence.

Et certes il est tentant, dans cet ordre d'idées, de se dire que si les Français étaient un peu plus maîtres de leur destin, et avaient donc une politique extérieure plus conforme à leurs intérêts, s'ils n'avaient pas été filer du pognon et des armes à des arabes religieux qui ont ensuite participé à l'aventure de l'État islamique - de même que les Américains se sont repris quelques afghans rebelles dans la gueule de leurs deux tours à la con -, nous n'en serions pas là. Malheureusement, sans même mentionner le fait que pour quelques-uns de nos compatriotes il est trop tard, nous n'en savons rien. Manipulation de l'Empire ou pas, l'État islamique a des raisons tout à fait objectives de nous détester. Laurent Fabius a participé à armer ces arabes religieux, il est responsable et coupable (Fabius et le sang français, une longue histoire…), mais même sans Laurent Fabius ces attentats auraient pu avoir lieu.

Il serait par ailleurs utile d'avoir à l'esprit qu'il y a toujours du pétrole et du gaz naturel au Moyen-Orient : ce qui dans les années 70 était le seul facteur d'explication des conflits particuliers à cette zone semble avoir disparu des radars idéologiques au profit des explications d'ordre religieux. Il semble pourtant que les rivalités de ce point de vue entre la Syrie et le Qatar, puis entre la Russie et les États-Unis (et donc la France, en ce moment), sont à prendre en considération. Dieu sait que je pense du mal de nos gouvernants - je finirai là-dessus -, mais il faut bien reconnaître que tous les États riches et industrialisés sont ici dans la tourmente du besoin permanent d'énormes quantités d'énergie, et que céder des emblèmes bling-bling tels que le PSG ou le Crillon au Qatar ne suffit pas à garantir que ces besoins soient durablement satisfaits.

Autrement dit : avant de parler des États-Unis, des musulmans, du fondamentalisme, de la religion en général, il serait peut-être de bonne méthode comme de saine humilité de parler de nous. Il se trouve que j'avais prévu pour ce week-end un petit texte sur l'ascension programmée de Marine Le Pen. Le point de départ en était le constat qu'il était devenu, en quelques mois, possible et légitime de poser des questions sur l'immigration et l'Islam, sans être automatiquement considéré comme un participant moral rétroactif à la rafle du Vel' d'Hiv' et à l'extermination des Juifs d'Europe, mais que ce phénomène, qui en soi est une bonne nouvelle, ne devait pas conduire les Français à s'exonérer de leurs très nombreux défauts actuels. Pour résumer : ce n'est pas parce que les arabes musulmans nous font chier que les Français ne sont pas des cons. Je pensais notamment citer l'intéressant petit livre de Pierre Manent, Situation de la France. Je vais réutiliser tout cela à la lumière des attentats d'avant-hier et des réactions qu'ils ont suscitées.


La France est certes un merveilleux pays et l'art de vivre français une bien belle chose, mais on a un peu tendance à oublier, ici comme dans d'autres domaines, que cet art de vivre, dont les contours sont dessinés par certains rapports à la gastronomie, la gaudriole, les rapports entre les sexes, la capacité à profiter des bons moments de l'existence, etc., cet art de vivre que les Anglo-Saxons nous envient et avec lequel depuis deux jours il nous lèchent le cul - et cela semble plaire au Français de se faire lécher le cul par ceux qui passent leur temps à le défoncer, ça fait moins mal -, alors que depuis toujours ils font tout pour en détruire les fondations,

on a tendance à oublier que cet art de vivre n'est pas sorti tout armé des cuisses de la Liberté guidant le Peuple, mais d'une civilisation qui a sa propre histoire.

J'ai déjà cité cette phrase de Céline, qui j'espère m'épargnera et vous épargnera un long discours : " “ La civilisation de l’Europe tient sur un trépied : un pied c’est le bistrot, l’autre l’église et le troisième le bordel ! ”. Évidemment, un trépied, ça tient ! On a supprimé le bordel, maintenant tout tombe !" (la première partie est attribuée par lui à des amis sud-américains, le tout date de 1957). Sans entrer dans trop de détails, et encore moins évoquer la question du bordel, l'idée est que cet art de vivre est issu et fait partie d'une histoire dans laquelle la religion chrétienne, puis catholique, avait sa part : qu'il résulte d'un équilibre entre différentes forces à la fois solidaires et antagonistes. Je ne vais pas vous ressortir Louis Dumont, mais l'idée est celle-là : c'est aussi parce qu'il y avait des moines et des bonnes soeurs que l'on pouvait aller aux putes et même draguer les femmes mariées le coeur (un peu trop) léger.

Un art de vivre ne se suffit pas à lui-même. Votre serviteur ne jouera pas les prix de vertu, il aime la bière, le vin, la bonne chère et la bonne chair, il est très heureux que ses ancêtres lui aient légué une gastronomie et une certaine idée de la légèreté nécessaire aux rapports entre les sexes, mais jamais il ne lui viendra à l'esprit d'en faire le fin du fin de notre place sur terre ou le nec plus ultra de l'élévation de l'esprit humain. Les étrangers peuvent venir profiter de nos restaurants (agressés par la junk-food et les kebabs, chinois, etc.) et, à une époque, de nos bordels (le puritanisme est passé par là…), en séparant ces aspects de notre civilisation d'autres aspects, mais nous-même avons tort de croire pouvoir le faire, un art de vivre a besoin de soubassements. Le nôtre est actuellement en lévitation, exactement de la même manière, et pour des raisons analogues, que la bulle de nos finances publiques. Dans les deux cas, cela ne peut durer indéfiniment.

Disons-le différemment. S'il s'agit de pleurer des bobos qui allaient boire quelques coups avant d'en tirer un ou deux, et de vouloir impressionner le monde entier avec de telles « libertés » , on ne va pas aller loin. Il ne s'agit pas non plus, je crois malheureusement devoir le préciser, de plaider pour la réouverture des maisons closes et/ou de pousser les gens aller à la messe. Il s'agit de retrouver de nouveaux équilibres, les anciens ayant disparu - et pour cela, ne pas croire, ne plus croire que l'on puisse faire sans la religion, laquelle n'est jamais que l'expression des idéaux les plus élevés de l'homme, ou de croire que la religion a tort de se mêler des questions de lois ou de moeurs, alors que c'est évidemment l'une de ses fonctions. Si des équilibres nouveaux peuvent être trouvés, il est vraisemblable que ce sera dans l'articulation des tensions entre esprits religieux et athées, comme ce fut le cas en France depuis les guerres de religions et l'apparition sur notre sol de religions différentes. Car les religions sont différentes.


Voilà qui nous amène à l'Islam. Allons-y franchement : il faut à la fois accepter le fait que l'Islam soit une religion, et assumer que c'est une religion de valeur humaine certes, mais de peu de valeur intellectuelle - sauf bien sûr pour les convertis occidentaux qui y apportent leur savoir occidental avec eux.


A suivre... En attendant, faîtes comme les Palestiniens sous les bombes d'Israël : des enfants ! des enfants ! Croissez et multipliez !


La procréation c'est maintenant

samedi 25 juillet 2015

Fernand Braudel et la longue durée.

De même que, selon l'expert Warren Buffet, la lutte des classes continue, mais il n'y a plus que les riches qui la font, je cite de mémoire,

on peut écrire que les guerres de religion continuent, mais qu'il n'y a plus que les Juifs, les maçons et quelques musulmans pour les mener.

Dans les deux cas, le résultat n'est guère engageant, surtout lorsque l'on est du mauvais côté du manche. Mais comme pauvres et catholiques se sont mis à croire qu'il n'y avait plus de manche, ou que ce sont eux qui ont quelque chose à se reprocher dans l'affaire... On n'est pas dans la merde.

jeudi 30 avril 2015

Au Bonnard du jour... (III) Le réalisme politique et les démons.

Continuons, en attendant peut-être des analyses plus provocatrices (plus "Charlie"), à retranscrire du Bonnard. Si, comme le dit le maître, "tout ce qui est israélien est coupable", tout ce qui est aujourd'hui de gauche l'est autant, par bêtise, bassesse, haine des pauvres ou conformisme, qu'importe. (C'est vrai aussi pour ceux qui sont aujourd'hui de droite, mais ça tout le monde le sait.) Qu'Abel B. donc nous aide à affiner nos arguments contre les Caïn (catins ?) politiciens contemporains. Tout ce qui est maçon est coupable, tout ce qui est démocratiste (au sens où Maurras pouvait écrire : "La démocratie n'est pas un fait. La démocratie est une idée. (...) Le démocratisme seul existe ; il n'est pas de démocratie.". Un propos auquel Jacques Rancière devrait souscrire...) est coupable.

"Après les élections de 1885, [Jules Ferry] accuse les radicaux d'avoir fatigué le pays, en ne lui parlant que de réformes. Il félicite les paysans républicains de leur esprit conservateur, sans prévoir que la République le leur ôtera, et ainsi il fait preuve de cette inconséquence qu'ont manifestée après lui les plus honnêtes des républicains, quand ils sont réduits à espérer que leur pays gardera quelques-unes des qualités que leur parti travaille à lui enlever. (…) C'est une des lois les plus certaines de la politique que tout régime a un contenu d'idées et de sentiments qui, de son origine à sa fin, le forcent d'agir selon ce qu'il est : comme l'araignée, il tire de son ventre le réseau qu'il tend sur les choses, et cette fatalité n'est jamais plus rigoureuse, que lorsqu'il s'agit, comme c'est le cas pour la République française, d'un régime constitué dans les discordes civiles et né avec une âme de parti ; il ne lui est permis d'exister que selon soi-même. Il ne saurait devenir meilleur, s'il s'agit pour lui de devenir autre. La troisième République périra sans avoir changé, puisque changer, pour elle, ce serait déjà périr. Ce que Ferry essaya, d'autres l'avaient tenté avant lui. (…) Quand certains conservateurs, séduits par Thiers, acceptèrent de faire, selon la niaise expression de l'un d'eux, un essai loyal de la République, tandis qu'ils se targuaient d'être des hommes pratiques, en reconnaissant que la monarchie n'était plus possible en France, ils cédaient à la plus trompeuse des chimères, en s'imaginant qu'une République conservatrice le serait, et ils rêvaient ce régime selon les théories qui sont dans les livres, au lieu de le prévoir d'après les républicains qu'ils avaient sous les yeux. Le premier réalisme, en politique, est de connaître les démons qui sont cachés dans les mots. La République ne saurait exister en France hors des passions qu'elle a excitées. Sans doute, si l'on considérait l'histoire du régime actuel, jusqu'à cette affaire Dreyfus qui lui donna autant de vigueur qu'elle en ôta à la France, on verrait que souvent les modérés ont paru y gouverner, et il serait facile, en les opposant aux radicaux, de présenter cela comme la lutte de deux tendances contraires de la République. Mais nous ne croyons pas que cette interprétation soit exacte. Bien loin de monter du fond du régime, ces ministères modérés furent seulement, à sa surface, le dernier soupir d'un esprit venu du dehors, et comme la manifestation suprême de toutes les conceptions générales que la République allait détruire. Les hommes qui les formaient, tout en se croyant républicains, n'auraient rien eu à changer en eux pour servir un autre régime ; ils s'y seraient même sentis plus à l'aise, et si leur esprit de modération resta sans vigueur et sans vertu, ce fut précisément parce qu'il ne trouva dans la substance de la République rien qui pût le nourrir. En dépit des ménagements nécessaires et des adoucissements superficiels, la troisième République n'est que la continuation ou la reprise de la première : elle s'éloigne du réel par les mêmes chimères et s'y raccroche par les mêmes passions ; elle agit par les mêmes ressorts, détendus seulement. Elle est de la Révolution ralentie et de la Terreur délayée et il suffit d'un regard pour s'apercevoir qu'entre elles deux, les ressemblances foisonnent. C'est le même culte des mots abstraits, qui n'apporte rien à l'âme, mais ne coûte rien à l'envie, et préserve les petits esprits d'avoir à admirer réellement des supérieurs. C'est le même rôle donné à la délation ; c'est la même aversion pour les généraux, et la façon dont la Chambre s'arroge tous les pouvoirs ne fait que copier en grisaille l'omnipotence de la Convention. Les places et les faveurs se distribuaient sous le Directoire exactement selon les mêmes règles qui sont suivies à présent. Sans doutes les moeurs se sont amollies, mais elles pourraient, en un instant, reprendre leur ancienne cruauté ; que les circonstances deviennent critiques pour les hommes du parti dominant, leur premier mouvement est de se maintenir par la terreur.


Bête et méchant


Toute la France les a vus, dans un moment tragique [le 6 février 1934], faire la grimace de l'acte qu'ils n'ont pas osé accomplir et leur seul remords est sans doute d'avoir été timides.

Toutes ces ressemblances se résument en une seule : la troisième République, comme la première, résulte de la domination d'un parti." (Éd. Soral, pp. 20-23 ; Grasset, pp. 27-31. A noter de légères différences, sans atteinte au sens, mais tout de même les premières que je constate, entre l'édition Kontre Kulture et celle des années 30. Je suis la leçon de 1936).

On objectera que la Ve République n'est précisément pas la Troisième : c'est une des questions que je me pose en ce moment. Ce qui est certain, c'est que, si parenthèse gaulliste il y a eu, le « parti » évoqué par A. Bonnard, a tout fait depuis pour la refermer. Tout ce qui est maçon est coupable, tout ce qui est démocratiste est coupable, tout ce qui est de gauche ou de droite est coupable.


(La phrase de Maurras est citée, avec la coupure, par Jean Madiran dans son Maurras, Nouvelles Éditions Latines, 1992, p. 88 n.)

vendredi 20 février 2015

Au Bonnard du jour... (II) Trois jours avec Jacqueline Delubac comme revanche contre le destin incarné par les rats Hollande et Valls.

"Avant de critiquer les modérés, il n'est que juste de considérer les conditions où ils sont placés et de reconnaître qu'elles ne rendent pas leur rôle facile : ils sont chargés de représenter l'esprit de conservation, dans un système où on l'a d'abord déshonoré. Sans montrer en détail tout ce que vaut cet esprit-là, au moins faut-il marquer qu'il compte parmi ces sentiments fondamentaux sans lesquels aucune société noble ne peut exister ni se maintenir. Si l'on se représente que l'état de civilisation résulte d'un équilibre presque merveilleux, tant il est instable, entre des forces qui se composent momentanément, au lieu de s'opposer, si l'on a compris que le plus grand bienfait d'un pareil état est dans l'esprit d'humanité qu'il répand sur une société tout entière et qui tempère partout des imperfections qu'il ne sera jamais au pouvoir de personne de supprimer, si l'on prend garde qu'un pareil ensemble, aussi fragile qu'il est achevé, unit ses différentes parties par des rapports si délicats, si intestins, si mystérieux, qu'on doit toujours craindre de blesser son âme en l'attaquant sur un des points de son corps, alors, sans doute, on ne se croit pas condamné à l'inaction, mais on se sent obligé à la prudence. (…) Le premier bienfait d'une société policée est dans la stabilité qu'elle assure à tous, de sorte qu'il n'est pas un de ses membres, même parmi les moins favorisés, qui, dans le présent, ne se trouve le maître d'un peu d'avenir. Cette stabilité s'oppose à la folie du progrès, puisqu'elle substitue la jouissance d'un bien réel à la poursuite d'un bien imaginaire, mais loin d'être contraire aux améliorations véritables, elle seule les permet. On ne peut amender réellement que ce qu'on ne bouleverse pas sans répit et rien ne paraîtra plus insensé, un jour, qu'une société qui, dans les crises périodiques des élections, remettait elle-même en question les principes sur lesquelles elle était fondée et se privait, par ses propres soins, des biens que la continuité seule procure. Des progrès positifs ne seraient possibles que si l'on cessait de parler de progrès sans cesse, et sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, il faudrait quitter le mot, si l'on voulait retrouver la chose. Mais tout évidentes que soient ces idées, elles contredisent directement celles dont se nourrit la démocratie française. On sait qu'elle vit sur l'idéologie du mouvement : il s'agit d'avancer toujours et sans même savoir vers quoi. Dans ce système où les abandons sur toutes les pentes sont représentés comme des élans vers tous les sommets, et où, chaque fois qu'on tombe, on croit qu'on s'envole, les modérés sont chargés d'avance du rôle odieux : ils sont le parti de l'empêchement ; en face des hommes de gauche, débordant d'une prétendue générosité qui, non seulement ne leur coûte rien, mais leur rapporte même beaucoup, ils sont chargés de représenter l'égoïsme, quoiqu'ils ne soient en rien plus égoïstes que leurs adversaires ; dans cette grossière affabulation où la politique n'est qu'une parodie de la religion, il faut qu'ils fassent le rôle du Diable, et on apporte à ces chétifs, dans la coulisse, les cornes et les griffes postiches sans lesquelles ils n'auront pas la permission de monter sur scène."


A l'aide du précieux recueil d'"aphorismes et fragments", selon les termes de son concepteur Luc Gendrillon, Ce monde et moi (Dismas, 1991, p. 13), donnons l'occasion à notre ami Abel d'enfoncer le clou :

"Ils désespèrent de leur pays parce qu'ils savent ce qu'ils en ont fait."

"Attendre des politiciens qu'ils sauvent l'État, c'est demander aux rats de sauver le navire."

Phrase qui pourrait être de gauche, mais depuis le 11 janvier (je plaisante, nous le savions depuis longtemps - Pompidou, des sous, c'était déjà ça, in fine, Voyer forever...), nous avons appris que les gens de gauche attendent précisément des politiciens qu'ils sauvent l'État, et eux (les gens de gauche) avec, le reste peut crever. Même les Arabes, puisque finalement ils n'ont pas l'air d'être de gauche.


Quitte à être fleur bleue, je m'en voudrais de vous quitter sur une note trop caustique : je vous retranscris donc ce bel éloge, toujours par A.B., des femmes joyeuses et des amours de passage, des escapades qu'à la même époque un Guitry et sa belle Delubac savaient si bien illustrer ("Nous avons l'éternité devant nous. - Non, mieux que ça : trois jours !") :


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"On est injuste pour les femmes gaies. Tandis que la moindre boudeuse se fait la réputation d'avoir une âme, par son air de tout attendre sans être capable de rien donner, on ne loue pas assez celles qui gardent la force qu'il faut pour ouvrir dans nos jours des commencements et qui ont eu le courage d'écarter leurs propres ennuis, avant d'avoir l'art de chasser les nôtres. Elles nous rendent la netteté du présent. Elles nous donnent des instants intacts. Voilà le grand point. La vie dure peu, l'année passe vite, le mois est court et le jour plus bref encore, mais l'instant est immense. C'est le seul fragment du temps que nous ne partagions pas avec la pendule, et qui n'ait de dimensions que celles que nous lui donnons en le dilatant. (...) Nos instants sont les revanches que nous prenons sur notre destin."

(L'amour et l'amitié, Grasset, 1939, p. 35.) Ici je devrais faire une digression sur le danger de trop assimiler ces instants avec ceux de l'orgasme, ou sur de curieuses mais courantes confusions entre sexe et liberté, mais ce sera, peut-être, pour une autre fois.

jeudi 29 janvier 2015

Au Bonnard du jour... (I) La démocratie comme l'expression obscène des défauts que la France accepte sourdement de garder en elle.

Au diable l'Islam et ses relations avec la "France" ! Je vous développerai ça une autre fois, si Samuel Goebbels Padamalgame Valls nous le permet encore. Voici, ainsi que je l'évoquais avant que les frères Kouachi ne s'attaquent à la foi du Charbonnier, voici un extrait des Modérés d'Abel Bonnard, en l'occurrence les premières pages :

"Jamais la politique n'a autant pressé les Français : elle les harcèle et elle les mord ; elle distrait de leur labeur ceux qui vivaient hors de leur temps, mais qui ne sauraient travailler en paix dans une maison qui tremble ; elle émeut les généreux, elle inquiète les égoïstes ; les indifférents s'aperçoivent que rien ne peut plus durer par inertie et que laisser les choses aller, c'est accepter qu'elles n'aillent plus ; ceux à qui l'activité politique plaisait, à côté d'une vie dont elle ne troublait pas la routine, comme un débat où ils s'adonnaient à leur goût pour les idées creuses, et comme un combat où ils pouvaient détester agréablement leurs concitoyens, sont contraints de reconnaître que leur propre sort, maintenant, se décide en elle. Ceux qui ont été trop délicats pour s'en mêler doivent être assez courageux pour y intervenir. Elle marque l'endroit particulier où les Français de toutes les sortes doivent prouver leur valeur générale ; elle est le champ clos où se détermine leur destin.

Dans une conjoncture si difficile, il est naturel qu'il y ait beaucoup d'esprits effarés et de coeurs surpris. La réalité étreint un peuple qui a vécu sans se soucier de la saisir. La plupart répondent aux difficultés d'aujourd'hui avec leurs idées et leur personne d'hier. Les politiciens français, qui sont les plus arriérés de tous les hommes, recourent, pour se tirer d'affaire, aux antiques subterfuges qui leur ont si souvent servi ; mais, cette fois, tout est changé. (...) Çà et là, cependant, des âmes se lèvent, et il s'agit seulement de savoir si elles seront prêtes au moment fatal et si quelques hommes, chez nous, seront maîtres des événements, ou si les événements y seront les maîtres de tous les hommes.

Mais on n'a rien dit quand on a reconnu que les Français sont à présent forcés de se soucier de la politique. Tout est dans la façon dont ils s'y prendront. Si singulier que cela paraisse, s'intéresser à la politique, s'ils veulent le faire utilement, c'est d'abord, pour chacun d'eux, revenir à soi pour s'examiner ; c'est fixer en soi le principe des changements qu'on veut porter dans les choses ; c'est se rendre le citoyen d'un État qui n'existe pas encore ; ce n'est pas quitter une opinion pour une autre, c'est avoir déjà les qualités qu'on veut que la France acquière. Il faut reconnaître que peu d'entre eux prennent les choses de cette façon. Les meilleurs Français se trouvent aujourd'hui à la veille d'un grand effort et ils voudraient être au lendemain. La plupart croient rompre avec le régime dont ils se plaignent par quelques criailleries ; peu s'en faut qu'ils ne considèrent que cela suffit à le rejeter dans le passé : ils se trompent fort. Tout repoussé qu'il est par le coeur, tout condamné qu'il est par l'esprit, le régime actuel n'en reste pas moins implanté dans les choses, non seulement parce que ceux qui en profitent évoqueront tous les démons plutôt que de renoncer à leurs avantages, mais parce que beaucoup de ceux qui le critiquent sympathisent encore avec lui par toute une partie de leur nature. Il est fort bien de parler sans complaisance des politiciens, si la connaissance de ce qu'ils sont marque le point d'où l'on part vers ce qu'il faut être ; mais de les vilipender, sans qu'il en soit rien de plus, cela n'empêche pas de garder des défauts tout voisins des leurs, ni de partager avec eux la responsabilité dont on voudrait les accabler. (...) La France ne se sera rendue vraiment apte à se donner une meilleure organisation que lorsqu'elle regardera le régime dont elle se plaint comme l'expression obscène des défauts qu'elle a accepté de garder sourdement en elle, et comme la place visible où s'avoue un mal profond. Il la force à se voir dans ce qu'elle a de moins beau. Bien loin de nous plaire à opposer une nation pourvue de toutes les bonnes qualités à un régime chargé de toutes les mauvaises, fiction lâche et fausse qui ne mène à rien, nous ne devons pas craindre de connaître le régime et la nation l'un par l'autre. Assurément celle-ci déborde celui-là, par ce qu'elle a de plus haut et ce qu'elle garde de plus profond ; mais, entre ces extrêmes, il ne se peut pas qu'elle ne coïncide avec lui en beaucoup de points : même les plus vils des politiciens s'appuient sur une clientèle qu'ils ont, sans doute, contribué à corrompre, mais qui, par un touchant échange de bons offices, tend elle-même à les confirmer dans leurs vices ; d'autres députés, qui valent mieux sans valoir beaucoup, ne sont que l'expression trop fidèle de cette masse incertaine qui, loin de vouloir le bien, craint presque d'y aspirer. Seuls les plus nobles des Français seraient fondés à soutenir que, dans un pareil régime, ils n'ont pas de représentants ; encore peuvent-ils se reprocher de l'avoir trop facilement accepté, et se trouver liés à lui par tous les consentements inavoués de la mollesse et de la lassitude. Des hommes d'élite doivent toujours être plus portés à exagérer leur responsabilité qu'à la méconnaître et il leur sied d'être assez fiers pour se trouver coupables de tous les maux qu'ils ont permis. C'est par la critique d'un régime qu'elle ne peut pas conserver que la France doit connaître en elle les défauts qu'elle ne veut plus avoir." (Pp. 9-13 de l'édition Grasset de 1936 ; pp. 7-10 de l'édition Kontre Kulture).

Laissons parler notre côté Charlie et permettons-nous un seul commentaire, ou une seule paraphrase : "le régime..comme l'expression obscène des défauts que (la France) a accepté de garder sourdement en elle, et comme la place visible où s'avoue un mal profond" - l'anus du Président Hollande comme figure et symbole du sida du pays ?


A une prochaine fois mes amis, et bon courage à tous.

jeudi 15 janvier 2015

"Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le."

Il y a des gifles qui se perdent


Cet article va être composite. J'ai commencé à prendre des notes sur Charlie-Hebdo le lendemain de la tuerie. "L'histoire s'accélère", voilà un lieu commun dont nous avons pu cette semaine éprouver la véracité : le cadavre de Charb avait à peine fini de fumer que Bibi Netanyahou venait donner un sens particulier à une manifestation (pardon, un « rassemblement ») qui avait peut-être trop de sens différents (et pas toujours beaux à voir). Les frères Kouachi n'étaient pas encore autopsiés et Wolinski n'était pas encore enterré que Manuel Walls fêtait la liberté d'expression en envoyant Dieudonné en garde à vue, pendant que ce qui reste de l'armée française était mis au service exclusif d'une minorité. Bref, pour qui souhaite écrire avec un peu de recul, les temps sont difficiles...

N'ayant "pas le temps de faire court", pour paraphraser un grand journaliste mort il y a longtemps, il me semble donc que la solution la moins pire, comme on le dit à tort de la démocratie, est de retranscrire mes notes en leur adjoignant éventuellement quelques commentaires en italiques. Cela permet au moins de fixer - hélas pas sur le papier (les paroles informatiques s'envolent, les écrits restent)... - certaines remarques. Je me permets de signaler qu'il m'arrive de réagir plus directement aux événements sur mon fil Twitter (@Acafeducommerce).



"Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le."

C'est en repensant à cette phrase, lue durant ma jeunesse dans un bouquin déjà ancien de Wolinski, que j'ai compris ce que je pensais de l'événement d'hier. Je ne me souviens plus de quel bouquin il s'agissait, l'auteur y racontait une expédition en vélo pendant la guerre d'Algérie, à l'époque où lui et d'autres soutenaient le FLN. Un soir, donc - pendant un couvre-feu j'imagine -, Wolinski se fait contrôler par deux policiers. Moment d'angoisse, car dans sa sacoche se trouvent des tracts de Siné avec ce slogan peu charitable envers les forces de l'ordre, mais le dessinateur passe entre les gouttes, le contrôle est de pure routine, pas de fouille. "Si vous trouvez un flic blessé, achevez-le." : les tueurs d'hier n'ont fait en quelque sorte qu'appliquer ce principe, et c'est cette coïncidence, si le terme convient, qui m'a permis de démêler les fils de ce que je ressentais. J'avais un peu d'émotion, mais pas beaucoup. C'est en réalité parce que l'affaire, et sous réserve de révélations bouleversantes - je prends pour argent comptant ce qui nous est raconté sur les assaillants ; ce sont surtout de toutes façons les aspects psychologiques qui m'intéressent, et ceux-ci ne dépendent pas d'une éventuelle ou hypothétique manipulation -, l'affaire est intéressante par ses paradoxes, sans pourtant apporter pour l'heure quoi que ce soit de nouveau.

(Disons-le clairement : il n'est pour l'heure pas très palpitant de savoir si cette tuerie est un complot. Je ne crois pas trop à cette possibilité, sans l'exclure. Si elle se confirmait un jour, cela ne ferait que rendre encore plus triste et absurde une réalité qui l'est déjà beaucoup.)

Mais revenons à cette espèce de scène primitive qui m'est revenue à l'esprit. La génération dont l'un des deux derniers représentants, Wolinski, a été envoyé vite fait bien fait dans l'autre monde hier, alors que l'autre (Siné) agonise depuis des mois et des mois dans son fauteuil, cette génération a commencé sa vie politique en soutenant un pays étranger (admettons par facilité que le terme pays soit valide) contre le sien propre. Un pays arabo-musulman (dont il n'est en l'espèce pas complètement indifférent de noter qu'il est maintenant communément tenu pour responsable des derniers grands attentats terroristes en France avant celui d'hier, principalement celui dit du RER saint-Michel).

Vinrent les années 60, les querelles avec le pouvoir gaulliste, Mai 68, le bal tragique, les itinéraires plus ou moins divergents, Cabu à RécréA2, où je le découvrai vers 4-5 ans, la reformation du mythe et du groupe - sans Choron - après la première guerre du Golfe, l'évolution éditoriale vers une islamophobie de plus en plus proche des manoeuvres de l'impérialisme américano-(franco-)sioniste… Jusqu'au brutal clap de fin d'hier. Et, sauf preuve du contraire, la fin de partie a été sifflée par des arabo-musulmans, Français d'une certaine façon, mais pas beaucoup plus francophiles que les terroristes / résistants du FLN d'il y a plus de cinquante ans, que les futurs participants à Charlie-Hebdo soutenaient et dont ils - les tueurs - sont les enfants ou petits-enfants (Ajout du 15 janvier : ceci reste vrai, et est même peut-être encore plus vrai, si les Kouachi Brothers, comme les Blues du même nom, étaient orphelins, beauté du détail...).

Si j'insiste sur cet effet de boucle bouclée, c'est qu'il me semble que la vie politique de cette génération n'a été réelle que deux fois : au tout début - et quoi que l'on pense du fait de porter des valises pour le FLN, il y a fallait un certain courage - et hier. Je parle de la génération des principaux membres fondateurs, ce n'est pas nécessairement vrai de tous : Cavanna en camp, Choron en Indochine ont eu leur part de réel. Mais, si l'on parle du groupe Charlie-Hebdo en tant qu'entité et symbole, c'est la guerre d'Algérie qui ouvre son combat politique… pour le refermer assez vite. Je reprends la thèse souvent citée ici de François Ricard dans sa Génération lyrique, un des grands malentendus de l'histoire récente de nombreux pays occidentaux est que la génération du baby-boom a vécu sur l'idée qu'elle avait remporté de nombreuses victoires, alors même que ses combats ont eu lieu dans des pays très pacifiés et où les générations précédentes lui laissèrent tout de même les coudées franches. Charlie-Hebdo a pu être à l'avant-garde de certains de ces combats et prendre plus de coups, cela ne change pas ce diagnostic global d'un décalage entre la gloire que ses participants ont cru pouvoir tirer de leurs différentes aventures et la réalité des dangers qu'ils ont encourus. Pour le dire clairement : ils ont eu la belle vie. Je ne dis pas qu'ils l'ont volée, mais ils en ont bien profité, quitte à subir quelques dommages collatéraux (on fait l'apologie de la drogue et on vient pleurnicher à la télévision que sa fille est morte d'overdose), ils en ont tellement profité, dans tous les sens du terme, qu'ils sont petit à petit devenus des dignitaires d'un régime qu'ils étaient supposés détester. Protection policière de la part de ses flics qu'il fallait « achever », et maintenant union nationale en hommage à des gens qui n'aimaient pas la nation (et de la part de gens qui ne l'aiment pas plus), deuil national pour finir, n'en jetez plus.

(Note prise le 11 janvier au matin, trois jours donc après la rédaction du reste de ce texte, quelques heures avant la manifestation : de ce point de vue les pauvres juifs du magasin casher de la porte de Vincennes, plus « innocents » sans doute que les gens de Charlie-Hebdo, sont venus trop tard, médiatiquement parlant : pour une fois qu'il semble qu'il y ait de vraies raisons de crier à l'antisémitisme, les sionistes ne peuvent se faire entendre tant il y a déjà de bruit, c'est un comble ! - Ajout du 15 janvier : nos braves amis sionistes ont vite entrepris de corriger cette écoeurante anomalie.)

La France d'aujourd'hui, si cette expression a un sens, est bien fille de 68 pour ce qui est de l'État et du gouvernement, c'est vrai de Nicolas Sarkozy comme de François Hollande, il est tout à fait logique qu'elle honore ses anciens combattants.

Je me moque, mais je ne suis pas indifférent : je garde un souvenir ému de certains dessins de Wolinski, lorsqu'il évoquait ses rapports avec ces dames et avec sa femme, et si je n'ai aucune envie de rouvrir des livres de lui il faut respecter ses propres souvenirs. J'ai beaucoup plus de mal avec Cabu et son personnage du Beauf, qui est, sinon l'acte de naissance de ce que l'on appellerait aujourd'hui, hélas, le racisme anti-français, du moins un des grands moments de la cristallisation dans l'imaginaire français du Français comme un gros salaud alcoolique et colonialiste. Auquel on ne pouvait que préférer le gentil immigré opprimé.

- La vérité étant que ces gens qui ont aimé ou voulu aimer les immigrés et qui ont dit du mal des Français ont été abattus non par des Français mais par des Français-d'origine-immigrée. Tout cela est tragi-comique : ils ont soutenu il y a cinquante ans des Arabes contre des Français, ont gagné (confortablement, au moins à partir d'un certain stade, et surtout quand ils ont commencé à le souhaiter) leur vie en disant du mal des Français - et notamment des Français qui n'aimaient pas les Arabes ou ne voulaient pas trop d'Arabes en France - et à l'arrivée ce sont des Arabes qui les tuent, et des Français qui les pleurent…

- « Qui les pleurent » ? Mais qui lisait Charlie-Hebdo ? Pas grand-monde… Je ne vais pas perdre trop de temps à épiloguer sur le slogan "Je suis Charlie", mais s'il faut avouer que nous avons été nombreux à avoir été un peu Charlie à une époque, ne serait-ce que parce qu'il est sain d'être, ou de savoir parfois être, irrévérencieux et insolent, et de ce point de vue il y a effectivement une charge émotionnelle dans la tuerie d'hier, il faut aussi admettre, dans la droite ligne des paradoxes énoncés dans le paragraphe précédent, qu'il y a là beaucoup de chiqué.

(Ici je prie le lecteur d'avoir la force mentale de se figurer qu'au lendemain de la tuerie on pouvait encore faire trois pas dans la rue sans lire "Je suis Charlie" partout, que l'hystérie collective n'en était qu'à ses débuts. "Il faut bien reconnaître... beaucoup de chiqué...", voilà des formulations bien pâles en regard de la pornographie émotionnelle, merci Dieudonné, qui a suivi.)

J'ai parlé de "réel" à propos de la guerre d'Algérie et de la tuerie d'hier - là, les gars de Charlie-Hebdo ont pris du réel plein la gueule, certes. Il est temps de clarifier ce point. Le concept est casse-gueule, dans la mesure où, à part Dieu, personne ne peut embrasser tout le réel - d'où la tentation du coup de force théorique revenant à qualifier de réel ce qui vous arrange et à en exclure ce qui n'entre pas dans votre système théologico-politique. C'est une forme d'excommunication comme une autre… Essayons de ne pas tomber dans ce piège, et précisons donc notre propos. Sans aller jusqu'à faire de la mise en danger de sa vie un critère de réalité de l'activité, voire de la vie, justement, de tel ou tel, ce qui serait une forme de réductionnisme hégéliano-kojévien (laquelle reviendrait d'ailleurs à réduire la politique au fait de donner ou menacer de donner la mort, ce qui est un sous-texte commun à des gens dont les positions par ailleurs s'opposent), nous dirons qu'il y a pratique politique réelle lorsqu'il y a adversité réelle - ou, lorsque le réel vous résiste. Quand dans le réel il y a de l'altérité. Plus simplement : pour un combat, il faut au moins deux vrais combattants, entre qui les jeux ne sont pas faits à l'avance. - Sinon, comme disent les enfants, c'est trop facile. Aller jusqu'à écrire que les pontes de Charlie-Hebdo n'ont été confrontés au réel que par deux fois, lors de la guerre d'Algérie et quand ils se sont fait tuer, outre que ce ne serait factuellement vrai que pour Wolinski, et, par procuration, pour Siné, est donc abusif, mais a l'avantage de ramener les choses à des proportions plus justes tout en nous donnant un cadre d'analyse plus large.


J'ai arrêté ces notes, prises à la fois pour moi-même et pour vous, en ce point. La suite devait porter sur l'altérité musulmane par rapport à la société française. Ce n'est pas que ce sujet ne soit plus d'actualité quelques jours après, il s'en faut, mais je n'imaginais pas que le « Rassemblement » du 11 janvier allait produire l'image symbolique sidérante de plusieurs millions de gens de bonne volonté mais de peu d'intelligence politique en train de donner une sorte de blanc-seing, aux yeux du monde entier, à la dictature de l'UE et de la bien-pensance « mémorielle »... (Alors qu'il suffisait de prendre tous ces chefs d'État en otage, ils étaient devant, à portée de main, la Révolution n'a jamais été aussi proche, camarade !) Les Musulmans et les petits blancs dans mon genre sont dans la même galère, alors même que les dénominateurs communs entre eux et nous, n'en déplaise à Alain Soral, sont peu nombreux.

Difficile enfin de ne pas être quelque peu polémique, ou tout au moins de ne pas marquer pour finir quelque déception. A. Soral qui « balance » M.-É. Nabe comme un dérisoire contre-feu et comme si cela avait quelque importance par rapport aux événements en cours, M.-É. Nabe qui se tait... mais ne peut rien dire, après la publication de
Patience, qui ait quelque cohérence, sauf à se convertir à l'Islam, ou à avouer l'avoir fait ; Jacques Sapir qui va manifester en précisant bien qu'un jour-tu verras-n'importe où-guidés par le hasard les ignobles Hollande et Juncker paieront ; le vieux Siné, qui s'est enorgueilli toute sa vie d'être méchant et féroce et se trouve bien désarmé, et même quelque peu retombé en enfance ("C'est trop horrible, c'est trop inhumain...") devant des gens vraiment méchants et féroces, eux... Personne n'est certes parfait, mais on aurait souhaité - et je ne parle ici que des gens connus - un peu plus de lucidité et de sang-froid. Bibi Netanyahou s'est-il laissé emporter par ses émotions, lui ? Il a réagi en politique, comme c'était son devoir de le faire.

vendredi 2 janvier 2015

Bonne année, année Bonnard...

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(Celui dont je vais vous parler se situe à l'extrême-droite de cette photo d'écrivains de droite. Je découvre que Drieu a des faux airs du libraire-éditeur le Dilettante, ou l'inverse, le monde des écrivains et libraires est petit.)


Si vous saviez à quel point le temps m'est compté, chers amis, vous me feriez une pension, afin que je puisse travailler dans mon coin au lieu de m'épuiser à gagner de l'argent. L'argent, c'est amusant mais fatigant. A 43 ans depuis quelques jours je sens bien qu'il ne me reste plus beaucoup de temps, un vieillissement précoce m'a atteint, que seule une couche de graisse autour du menton dénonce, pour l'heure. Dans ma profession je suis un des jeunes qui montent, intérieurement je balance entre le fantôme et le pantin.

Bouffé par le pognon, AMG ? Dire le contraire serait mensonge, même si, en réalité, le moral est toujours là, c'est plus une forme de physique qui lâche. J'ai découvert un auteur important, cela n'arrive pas tous les jours, Abel Bonnard, l'enthousiasme que je peux éprouver à la lecture de ses livres étant hélas aussitôt connoté de mélancolie : cet homme avait raison il y a 70 ans et a été oublié depuis, et qu'il ait si j'ose dire encore plus raison maintenant n'est pas une bonne nouvelle pour le pays.

Les modérés, son livre le plus connu, a été récemment réédité par A. Soral. C'est un chef-d'oeuvre dont je pense - mais aurai-je / prendrai-je le temps ? - vous distiller quelques passages au fil des mois, une rubrique que l'on pourrait appeler "Le Bonnard du jour". J'ai régulièrement cité cette formule de Jean-Pierre Voyer, Dieu le bénisse, selon laquelle le fait même d'être au courant, pour quelqu'un comme lui, de l'existence de BHL, en disait long sur l'état des choses : on peut faire le même raisonnement, a contrario, sur le peu de reconnaissance dont jouit pour l'heure le travail de Bonnard. Je n'ai pas revu encore la présentation des Modérés par Alain Soral, mais il n'est pas sans intérêt de noter que ce livre est le moins « complotiste » qui soit, en ce sens que, d'une certaine façon, Bonnard n'y a pas besoin de l'hypothèse du complot pour expliquer pourquoi, depuis la Révolution dite française, les Français se font si facilement berner. - Par des minorités agissantes : la démocratie est la dictature des minorités, c'est tout simple, les mots en politique cachent ou disent le contraire de ce qu'ils prétendent. On retrouve là tout de suite du complot, si l'on veut, mais les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, ou, plus prosaïquement encore, si les Français se font si souvent et depuis si longtemps enculer c'est bien qu'ils ont le cul trop facile, qu'ils ne cessent de tendre l'autre fesse.

Quelque part dans ce livre, Bonnard parle de l'histoire de France comme interrompue, suspendue, par la Révolution. Je vous retrouverai ça, mais il est difficile de ne pas interpréter les XIXe et XXe siècles comme un cycle de luttes plus ou moins conscientes - et les minorités agissantes sont toujours plus conscientes que les majorités silencieuses, Simone Weil la sainte vierge l'a très bien expliqué - pour mettre fin ou au contraire entériner définitivement cette solution de continuité. De ce point de vue, les thématiques telles que celles du Grand Remplacement - que pourrait nous expliquer très bien la très peu sainte avorteuse Simone Veil, cheville ouvrière qui plus est du regroupement familial, on a les Juives que l'on mérite, passons... - prennent logiquement place dans cette sorte d'histoire de l'interruption de l'histoire de France. On en arrive au point où comprendre l'histoire de son pays revient presque à s'exclure de son présent, alors que ce devrait être le contraire !

(Une incise sur MM. Nabe et Soral, puisque ce fut l'un de mes thèmes récurrents. Je les suis toujours, ai notamment lu Patience, et ne suis pas du genre à oublier ou trop critiquer ceux envers qui j'estime avoir une dette intellectuelle. J'aimerais tout de même savoir pourquoi ils éprouvent le besoin, chacun à sa façon, de se dire catholiques, alors qu'ils le sont si peu. Personne ne les oblige à l'être, mais ne voient-ils pas qu'ils y perdent en crédibilité ?)

Bref, je vais essayer de vous détailler tout ça dans les mois qui viennent. Et pour commencer, je vais citer... un autre livre, mais dont le début m'a particulièrement touché. Il s'agit de la biographie de Maurras par Stéphane Giocanti :

"Comme ses aînés Taine et Renan, ou son ami Barrès, Maurras est hanté par le constat de la fragilité des choses humaines. La défaite de 1870, la Commune, l'occupation d'un tiers de la France par les troupes prussiennes, la perte de deux provinces lui font voir combien les civilisations sont mortelles, et à quel point les mauvaises décisions politiques se paient. Ébranlé dans sa jeunesse par l'image des catastrophes et des divisions, il a l'intuition de la nécessité, de la bonté et de la beauté de l'ordre, lorsque le génie humain y parvient." (Flammarion, 2007, p. 12). "L'ordre est le nom social de la beauté", surenchérit et synthétise Bonnard (Les modérés, Grasset, 1936, p. 263). Si le Vrai, le Beau et le Bien doivent s'unir, il est logique qu'en plus de tout l'erreur et François Hollande soient laids, ajoute en catimini votre serviteur.

2015, année où les mauvaises décisions politiques vont se payer ? Bises à tous !