vendredi 1 juin 2018

Suite du précédent.

"J’ai entendu à la radio, il y a assez longtemps, le président de l’association des roller-skaters de Paris menacer un représentant de la Préfecture de police de dissoudre l’association si la Préfecture ne permettait pas que les roller-skaters aillent à leur gré, en masse, par milliers, hors des voies précédemment convenues avec la Préfecture. Il ajouta fièrement (pride d’abord) « Le roller c’est la liberté ». Voilà l’enculiste. Quelle élévation d’esprit. Quelle haute idée de la liberté. Parmi les causes du nihilisme, Nietzsche relève, du fait du manque d’une espèce supérieure (les Napoléon se font rares) : « L’espèce inférieure, — "troupeau", "masse", "société" — désapprend la modestie et enfle ses besoins jusqu’à en faire des valeurs cosmiques et métaphysiques. Par là l’existence tout entière est vulgarisée. » (Le nihilisme européen, manuscrit, Nice, 1886) En effet puisque voilà que le roller c’est la liberté. Existe-t-il une valeur plus cosmique et métaphysique que la liberté et un besoin plus vulgaire que le roller ? L’enculisme, comme son nom l’indique, c’est la liberté d’enculer. Enculez-vous les uns les autres. Houellebecq a raison : à côté de ça, la gendarmerie est un humanisme (il est vrai que Houellebecq ne l’entend pas ainsi : il oppose l’humanisme de la gendarmerie à la barbarie des commandos islamistes). Je comprends également quelle liberté Houellebecq dit haïr. Mais cette liberté, qui menaçait de sévir mille ans, malgré les apparences, n’est pas immuable. Le passé la rattrape, cette partie du passé qu’elle n’a pas encore réussi à détruire complètement (on ne saurait penser à tout. Nobody’s perfect.) De même que Cuvier put reconstituer un mammifère fossile à partir d’une seule omoplate, Ben Laden est capable de reconstituer cette merdeuse société à partir d’un seul patineur à roulette ou d’un seul pédé marié et de tirer la conclusion qui s’impose. Un tel monde doit disparaître."

Les remarques d'hier m'ont remis en mémoire le concept d'enculisme, créé par Jean-Pierre Voyer - lequel comme Jean Clair n'hésite pas à citer Balzac et sa description du glissement progressif, non du plaisir, mais des Français vers la petitesse, morale comme architecturale. L'enculisme, c'est l'équivalent agressif de "ces traits de lésine et de méfiance" qu'évoquait Jean Clair. C'est le petit qui veut enculer tout le monde comme s'il était W. Buffet ou G. Soros. Ce n'est pas que ces gens-là soient très estimables ; mais le problème devient plus grave quand tous les petits merdeux occidentaux cherchent à les imiter. A côté de ça, oui, la gendarmerie est un humanisme...

Une remarque sur la dernière phrase de la citation de Jean-Pierre Voyer (que vous trouverez ici : http://leuven.pagesperso-orange.fr/dire.htm#pendant) : la comparaison entre Cuvier et Ben Laden est boiteuse, puisque Ben Laden ne cherche pas à "reconstituer cette merdeuse société à partir d’un seul patineur à roulette ou d’un seul pédé marié". Il tire au contraire "la conclusion qui s’impose. Un tel monde doit disparaître." L'erreur, que j'ai aussi commise, fut de croire, à partir de cet accord sur l'idée qu'un tel monde devait disparaître, il pouvait y avoir un cousinage entre le combat de Ben Laden, ou de tout musulman qui combat en tant que musulman, avec ce que pourrait être le nôtre. (Comme je l'écrivais en tête d'un long article méchant sur Dantec, les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis.) 


En gros : il est trop tard pour refaire l'histoire, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire.