mardi 18 décembre 2018

"Des pouvoirs féminins envahissants et indirects..."



Les citations de ces derniers jours viennent du livre de Marc Fumaroli consacré à Élisabeth Vigée Le Brun, Mundus Muliebris. Je n’ai pas encore lu ce livre, auquel renvoie E. de Waresquiel dans son étude sur le procès de Marie-Antoinette. Ayant parcouru cette introduction en forme de florilège de citations et les paragraphes qui suivent, j’ai décidé de vous les retranscrire. En bonne logique, voici donc le début du livre lui-même. La petite polémique qui a agité certains milieux ces derniers jours, au sujet d’une publicité Aubade, que certains trouvent osée, étant là pour rappeler, si besoin était, que certains sujets sont éternels : 

"Le lieu commun misogyne de la mode et du luxe féminin, corrupteurs des moeurs et ruine du bien public, a franchi les millénaires. Il aura été la pierre angulaire d’un monde masculin à la fois fasciné par le surplus féminin et anxieux de la contagion possible dans ses propres rangs. Ce paradoxe n’a jamais été si obsessionnel qu’en France, nation sous l’Ancien régime réputée à la fois pour l’architecture hiérarchique, centripète et masculine de sa monarchie administrative et pour l’exercice sans précédent, à l’abri de cet édifice, de pouvoirs féminins envahissants et indirects. Jamais cette double identité n’a été aussi critique et polémique que dans les décennies prérévolutionnaires. Étayé par l’éloge dithyrambique par Rousseau et Mably des mâles républiques antiques, la spartiate et la romaine, un réquisitoire anonyme et très largement partagé a été dressé contre un prétendu déséquilibre et même une inversion dans l’État monarchique entre un pouvoir et un ordre masculins censés être « absolus » et un mundus muliebris démesuré, qui aurait réussi, par des voies obliques, à les infecter, à les efféminer, à les paralyser aux dépens de la santé, de l’autorité et du prestige de la nation. Ce réveil virulent d’une misogynie politique, morale, sociale a pour boucs émissaires la reine Marie-Antoinette et sa portraitiste officielle, Élisabeth Louis Vigée Le Brun, dont tout le talent ne réussit pas à retourner en faveur de la reine une opinion publique devenue irréconciliable, et dont l’artiste subit elle-même les éclaboussures ignominieuses. 

Pendant ces années qui firent époque, l’art de peindre français sera travaillé d’un côté par le souci potentiellement révolutionnaire, qu’incarne David, de s’arracher au mundus muliebris parisien et de restituer toute sa dignité « à l’antique » (…), à la hauteur de la grande Histoire politique, et de l’autre côté, par l’ambition toute conservatrice, de la part de Mme Vigée Le Brun, de porter, dans la continuité de la tradition française, l’art mineur du portrait à la hauteur d’une peinture d’histoire monarchique." 


Nous retrouverons David dans le livre d’Emmanuel de Waresquiel. Il n’y a bien sûr aucune conclusion à tirer de tout cela, je ne sais même pas ce que M. Fumaroli (est-il inopportun de rappeler, dans ce contexte, son homosexualité ?) va raconter dans son livre. Mais s’il y a un sujet où il est légitime de jouir de l’impossibilité de légiférer d’un seul point de vue logique, n’est-ce pas celui des relations entre les sexes ?