dimanche 3 juin 2018

Sursum corda - avec Thérèse d'Avila.

"Ce sont de hautes faveurs, mes soeurs, que nous devons ici considérer et comprendre, puisque nous devons les demander à Dieu. Considérez d’abord un point absolument certain pour moi. Ceux qui arrivent à la perfection ne demandent pas à Dieu d’être délivrés des travaux, des tentations, des persécutions, ni des combats. C’est là une autre preuve absolument sûre et des plus évidentes qu’ils sont dirigés par l’esprit de Dieu, et qu’ils ne sont point dans l’illusion, quand ils regardent comme venant de sa main la contemplation et les grâces dont ils sont favorisés. Aussi, je le répète, ils désirent plutôt les épreuves, ils les demandent et ils les aiment. Ils ressemblent aux soldats, qui sont d’autant plus contents qu’ils ont plus d’occasions de combattre, parce qu’ils espèrent un butin plus copieux ; s’ils n’ont pas ces occasions, ils doivent se contenter de leur solde, mais ils voient que par là ils ne peuvent pas s’enrichir beaucoup [et le goût du danger, dans tout cela ? Question de AMG.] Croyez-moi, mes soeurs, les soldats du Christ, c’est-à-dire ceux qui sont élevés à la contemplation et s’occupent d’oraison, ne voient jamais arriver assez tôt l’heure de combattre. Ils ne redoutent jamais beaucoup les ennemis déclarés ; ils les connaissent ; ils les savent sans force contre ceux que Dieu arme de sa force ; ils sortent toujours vainqueurs du combat et riches de butin ; jamais ils ne prennent la fuite devant eux. Ceux qu’ils redoutent, et ils ont raison de les redouter et de demander au Seigneur d’en être délivrés, ce sont les traîtres, les démons qui se transforment en anges de lumière, ou les ennemis qui se déguisent jusqu’à ce qu’ils aient causé les plus grands ravages dans l’âme. Ceux-ci ne se font point connaître ; mais ils sucent notre sang peu à peu et font disparaître les vertus, de telle sorte que nous tombons dans la tentation sans même nous en apercevoir. Voilà les ennemis, mes filles, dont nous devons souvent prier et supplier le Seigneur de nous délivrer, en récitant le Notre Père ; demandons-lui qu’il ne permette pas que nous succombions à la tentation, ni que nous soyons victimes de l’illusion ; conjurons-le de nous découvrir le poison ; en un mot, que nous ennemis ne nous empêchent pas de voir la lumière et la vérité."


(Rapport à ce qui a pu être dit ces derniers temps (et avant) sur le Notre Père, nous sommes ici bien loin de la traduction qui vient d’être modifiée : "Ne nous soumets pas à la tentation.")