vendredi 9 novembre 2018

"La foi concrète, la foi agissante, la foi qui reçoit de la charité son impulsion et sa forme..." Saint Paul, la foi et les oeuvres, III.

"Telle est la doctrine de saint Paul sur la justification par la foi. De prime abord, celle de saint Jacques semble aux antipodes. Le docteur des nations dit : « L’homme est justifié par la foi sans les oeuvres de la Loi », ou plus énergiquement encore : « L’homme n’est pas justifié par les oeuvres de la Loi mais bien par la foi de Jésus-Christ. » Le frère du Seigneur dit : « L’homme est justifié par les oeuvres et non par la foi seule. » Il y a plus : chacun appuie sa thèse sur le même exemple biblique et sur le même texte de l’Écriture : « Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. » Or tandis que Paul tire cette conclusion : « Si Abraham avait été justifié par les oeuvres il aurait lieu de se glorifier ; mais il n’en est pas ainsi devant Dieu », Jacques conclut à l’opposé : « Abraham notre père ne fut-il pas justifié par les oeuvres quand il offrit à Dieu son fils Isaac ? Vous voyez que la foi coopérait à ses oeuvres et que par ses oeuvres sa foi était consommée. » N’y a-t-il point là opposition irréductible, sinon contradiction flagrante ? L’on dit que Luther, dans un accès de jovialité bouffonne, promettait son bonnet de docteur à qui lèverait l’antinomie. Si, par moments, il appelait saint Jacques un brave homme, quoiqu’un peu borné, il traitait le plus souvent sa lettre d’épître de paille, ne contenant pas une syllabe digne du Christ. 

Les deux apôtres, tout en se servant des mêmes mots, ne parlent pas des mêmes choses. La foi de saint Paul est la foi concrète, la foi agissante, la foi qui reçoit de la charité son impulsion et sa forme ; la foi de saint Jacques est un simple assentiment de l’intelligence, comparable à celui que les démons eux-mêmes prêtent aux vérités évidentes [il s’agit là d’une comparaison de saint Jacques lui-même, note de AMG]. Il est manifeste que cet acte, qui est nécessaire et purement intellectuel, ne peut influer en rien sur la justification de l’homme. - Les oeuvres dont parle saint Paul sont les oeuvres qui précèdent la foi et la justice, principalement les oeuvres de la Loi dont il est question dans les controverses avec les judaïsants ; les oeuvres de saint Jacques sont les oeuvres qui suivent la foi et la justice, puisqu’il s’adresse à des chrétiens déjà en possession de la vie surnaturelle. - La justice dont parle saint Paul est la justice première, c’est-à-dire le passage de l’état de péché à l’état de sainteté, comme l’objet même de la polémique et les explications réitérées de l’Apôtre le prouvent surabondamment ; la justice de saint Jacques est la justice seconde, autrement dit l’accroissement de la justice, le développement régulier de la vie chrétienne. - En trois mots, Paul se place avant la justification de l’homme, saint Jacques après ; le premier parle de la foi vive, le second d’une foi qui peut être morte, qui est en tout cas inactive ; l’un déclare à l’infidèle que sans la foi il ne peut atteindre la justification, l’autre enseigne au chrétien à mettre sa conduite d’accord avec sa foi, car la foi seule ne lui suffit point."


Bien évidemment, je ne possède pas les connaissances suffisantes pour juger de la validité de cette démonstration d’ensemble ; au moins est-ce rationnel, cohérent, équilibré.