mardi 2 août 2011

Des priorités logiques et de leurs conséquences.

Un peu à la façon dont Maurras souligne avec fermeté qu'une idée n'a pas à être généreuse ou gentille, mais vraie, Evola, dans un texte écrit en 1940 ("L'Angleterre et la déchéance de l'idée d'Empire"), met utilement les points sur les i, et rappelle que l'enculisme n'est pas mauvais parce qu'il est méchant ou injuste, mais qu'il est injuste parce qu'il est faux, repose sur une conception erronée de la nature humaine (etc., cf. épisode précédent) :

"Malheureusement, la sensibilité de nos contemporains a été comme anesthésiée par le matérialisme triomphant, si bien qu'elle considère tout au plus - y étant amenée uniquement par l'instinct et par les effets de conséquences matérielles catastrophiques - qu'un monde contrôlé par la ploutocratie bourgeoise est un monde d'injustice. Mais parler d'injustice est aussi vague qu'indéterminé. C'est d'une dégradation et d'une usurpation qu'il conviendrait de parler - tout le reste n'étant que simple conséquence -, dégradation et usurpation par rapport à une conception supérieure du droit et à une légitimation plus haute de la puissance (...). Que la puissance se définisse par la richesse, par l'or, et que les nations « puissantes » ainsi conçues, sans aucun titre de supériorité, contrôlent le monde et y fassent la pluie et le beau temps - ceci est beaucoup moins une « injustice » que quelque chose d'absurde, d'anormal, d'irrationnel. C'est une situation analogue à celle d'un corps dans lequel les fonctions de la vie végétative animale, en s'hypertrophiant, tendraient à prendre la direction du tout, s'assujettissant toute autre force, toute autre faculté : il s'agit d'un phénomène purement pathologique et tératologique." (in Essais politiques, Pardès, 1988, p. 91-92)

De ce point de vue, cela est aussi clair que logique, et même d'une simplicité, c'est le cas de le dire, biblique : qui a vécu par l'enculisme périra par l'enculisme.

D'ailleurs, en cas de crise, "dans le meilleur des cas, il s'agira de combattre par désespoir, pour sauver sa peau, voire ses biens, car les démocraties ploutocratiques font songer à celui qui, placé devant l'alternative de donner sa bourse ou sa vie, préfère finalement risquer celle-ci." (Les hommes au milieu des ruines,, p. 134) - ceci est écrit en 1965.

Ces raisonnements et remarques amènent à penser que notre monde va se juger lui-même, que l'on saura à la « fin », en tout cas s'il y en a une, à quel point il était mauvais : qu'il ne parvienne pas à se redresser, à remettre les choses en ordre, que la « fatalité » de la crise l'emporte, et la messe sera dite : ce monde n'était fait que pour s'autodétruire. Ce qu'il pouvait avoir de bon étant, ce sera alors prouvé, en portion bien trop congrue par rapport à ce qu'il avait de mauvais, il n'y aura pas à le regretter.

- Le pire, ou le plus drôle, étant que tout le monde le sait et que cette crise finale, comme l'était la lutte dans le temps, cette crise, je le maintiens, est comme un « obscur objet du désir » pour nous. Ce que nous souhaitons au fond, c'est que cette crise - « systémique », pour parler comme M. Defensa - soit tellement grave qu'elle ne nous laisse plus d'excuses, de même qu'elle ne laissera pas d'échappatoire à nos « élites » usurpatrices, comme dit Evola : seul un choc d'une exceptionnelle gravité pourrait dessiller les yeux fermés par le dogmatisme et les croyances utopiques des Sarkozy et autres enculés. Les choses deviendraient tellement simples que la médiocrité intellectuelle de ceux-ci ne serait plus un obstacle : il n'y aurait de toutes façons plus le choix - donc pas de possibilité de se tromper une n-ème fois.

Tel me semble être, si l'on en juge par ce que l'on perçoit des équilibres des forces politiques et morales à l'heure actuelle, en France tout au moins, l'espèce de pari de nos contemporains : que notre monde devienne si abominable qu'il n'ait pas d'autre solution que de parvenir à se sauver. La conscience même de la nullité de ce monde autorisant à ne rien faire pour le changer : c'est un paradoxe, mais aussi un certain réalisme de ce que la « force qui va » de ce monde permet concrètement à ceux qui voudraient lutter à contre-courant : pas grand-chose. Ce que la forme de défaitisme contenue dans ledit paradoxe ne risque certes pas d'améliorer...

Reste que l'issue de ce pari - empreint de « désespoir » et non de valeurs positives, comme le notait Evola - est des plus incertaines : pour reprendre les termes du baron, il s'agit de risquer sa vie plutôt que sa bourse, en espérant que la peur alors éprouvée pour sa vie permettra (comment ?) de la sauver - et tant qu'à faire, de sauver la bourse par la même occasion - quitte à rogner un peu sur celle-ci, ce qui de toutes façons est le cours actuel des choses. Le beurre et l'argent du beurre, toujours... Ce n'est pas gagné.

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dimanche 26 août 2007

"Il faut le système, et il faut l'excès." Le mysticisme vient après, pas avant.

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Ce qui suit d'une part a un côté l'homme-qui-a-vu-l'homme-qui-a-vu-l'ours, en traduction qui plus est, d'autre part répète des choses connues, mais l'intérêt en l'occurence est que cela vient de Pier Paolo Pasolini, soit quelqu'un que l'on peut difficilement soupçonner d'être "réactionnaire". Il évoque ici le livre Hindouisme et bouddhisme, non pas de Max Weber, mais d'Ananda Coomaraswamy (dans l'oeuvre duquel, notons-le au passage, R. Guénon a souvent puisé) :

"En réalité, le caractère réactionnaire de la religion hindoue est une erreur d'optique, comme l'observe Ananda Coomaraswamy. Et il a raison : l'Eglise catholique n'était pas réactionnaire au Moyen Age. La culture du suzerain et celle du paysan étaient la même. (...) La résignation ne vaut pas moins que la révolte, dans une société bien sûr essentiellement non contradictoire : où le fils prend le rôle du père et l'obéissance qui - dans les sociétés antiques - conduit à cela, est la dignité suprême. L'assimilation au père avec la reprise de ses devoirs, qui deviennent ainsi héréditaires, est la cause première de la division de la société en castes, selon le croyant Ananda Coomaraswamy. Certes, ce n'est pas la seule, mais quelle importance ? Ceux qui supportaient et vivaient cette forme archaïque de« division du travail » y croyaient fermement et l'acceptaient : un « univers humain » ne compte que vu de l'intérieur. En outre, d'après le texte d'Ananda Coomaraswamy, nous apprenons une chose surprenante.



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Il n'est pas vrai qu'un individu soit lié à sa caste de la naissance à la mort. Il peut échapper à ce déterminisme social - qui nous paraît si impardonnablement injuste - à travers « l'éveil ». L'Eveillé, qui parvient au quatrième et dernier degré de connaissance, c'est-à-dire à l'apathie et à la mort vivante, et qui vit dans le dénuement total peut provenir de la caste des gouvernants et prêtres, mais peut provenir aussi de la caste des parias. Ce qui donne l'égalité et la liberté, c'est la sainteté, c'est-à-dire la libération de la conscience du bien et du mal, et l'abandon non seulement des biens de la vie, mais aussi du rituel religieux et de la théologie elle-même ! L'enseignement suprême (pour nous) de la religion indienne est en effet le suivant : « Une Eglise ou une société qui ne fournirait pas les moyens pour s'affranchir de ses propres institutions, qui empêcherait ses membres de se libérer d'elle, réduit à néant sa suprême raison d'être. »"

(Descriptions de descriptions, Rivages-Poche, 1995, pp. 116-117, trad. modifiée. Le livre d'A. Coomaraswamy est publié chez Gallimard, coll. "Idées", 1980. Je souligne.)



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mardi 24 janvier 2006

Il fut un temps où j'aimais bien les pédés.

Genet, Fassbinder, Pasolini, Biette, Nick Ray... Vecchiali, encore vivant. Je ne parle même pas de Proust. Et puis un jour on découvre la joie minable des dérisoires d'Act Up, lesquels ont réussi à faire condamner un élu de droite pour deux ou trois bêtises :

"Si nous demandons à ce qu’il n’y ait plus d’impunité pour les injures homophobes, c’est bien qu’elles ont un impact extrême dans nos vies et sur l’ensemble de la société, surtout quand elles sont tenues par une personnalité publique, élue de la République, de surcroît. En nous traitant d’inférieurEs, de " menace pour la survie de l’humanité " ou de " sectaires ", des gens comme Christian Vanneste légitiment les discriminations et les agressions à notre égard ; ils entretiennent un contexte homophobe qui nourrit le mépris de soi, la sursuicidalité chez les gays ; enfin, ils excluent nos revendications légitimes du débat démocratique."

Pauvres petits... J'imagine Fassbinder ressentir un "impact extrême" dans sa vie parce qu'un con de droite dit du mal de l'homosexualité. Un pareil aveu de faiblesse frise le ridicule. Et prétendre que cet impact soit aussi extrême sur la société relève du pur fantasme : je ne dois pas être le seul à avoir découvert ces déclarations à cause de Act Up.

J'imagine Biette écrire "inférieurEs", code de langage peut-être non sexiste mais certainement non français.

Pasolini, qui n'aimait pas les staliniens, aurait sans doute apprécié le détournement de la phrase sur la "menace pour la survie de l’humanité" : M. Vanneste avait seulement déclaré que si tous les hommes devenaient homosexuels cela poserait quelques problèmes pour la reproduction du genre humain. Ce n'est pas bien finaud, mais ce n'est pas la même chose que de voir dans les homosexuels une réelle "menace".
Une pensée enfin pour Proust découvrant le terme de "sursuicidalité"... Assassins !

La vie est tout de même mal faite. Les pédés qui ne portent pas de capotes - choix que l'on n'est pas obligé de suivre, mais qui dénote une certaine volonté - mourront plus tôt que les pédés citoyens. Et Act Up de nous donner quelques frissons :

"Il est urgent, au-delà de la nécessaire répression de ces propos de mettre en place une politique de prévention de l’homophobie ambitieuse et cohérente."


Ça promet.







Sur un sujet proche : Actualités, deuxième partie. Mais cette fois-ci je ne vais pas envoyer de mail à Act Up pour tenter d'ouvrir un débat, je n'ai pas 12000 euros en poche.

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