vendredi 9 octobre 2009

Au bal des faux culs et des vrais enculeurs...

Ajout le soir.

Ajout le 11.10.


Ce que l'on appelle « l'affaire Mitterrand » - et qui est en train de permettre au neveu de se faire un nom, lui qui n'avait qu'un prénom (le contraire de Sacha Guitry par rapport à son père, acteur célèbre : "Mon nom était fait, je me suis fait un prénom", ça c'est de la filiation...) - me semble appeler quelques précisions, d'ordre ponctuel ou d'ordre plus général.

J'ai regardé la télévision hier soir, ce qui est en soi un événement révélateur, j'ai avec moi un exemplaire de La mauvaise vie, commençons donc par le plus simple : Frédéric Mitterrand ment comme un arracheur de glands lorsqu'il ne parle que de relations avec des adultes consentants, et noie grossièrement le poisson lorsqu'il évoque - drôle d'exemple ma foi - un "boxeur de quarante ans" pour dire qu'il sait faire la différence entre un adulte et un mineur. Dans les passages incriminés (p. 290 sq.) règne en fait un certain flou, sur lequel je reviendrai, quant à l'âge des garçons du bordel décrit et fréquenté par F.M., mais ce qui est sûr, c'est que celui qu'après la description générale l'auteur s'envoie, s'il est peut-être majeur au sens occidental, est foncièrement, c'est sa principale qualité, jeune.

Frédéric Mitterrand a fini son « explication » par une condamnation solennelle du tourisme sexuel. Or, ce qui est intéressant lorsqu'on lit un peu La mauvaise vie (désolé Frédéric, je n'ai pas tout lu, j'ai vraiment autre chose à faire), c'est, pourquoi ne pas croire l'auteur, le caractère mécanique, routinier, et parfois innocent de l'activité des employés du bordel. On arguera que c'est décrit ainsi pour se dédouaner, montrer que « ce n'est pas si terrible que ça » : il se peut, mais il se peut aussi que les gens qui vivent de ça fassent autant qu'il est possible la part des choses, et il est par ailleurs bien évident que les bordels thaïlandais ne sont pas organisés n'importe comment : au contraire, ils semblent très organisés, comme le sont souvent les activités douteuses, où l'on craint les « dérapages ».

Ceci pour dire deux choses :

- à lire dans leur intégralité les fameux passages qui font en ce moment parler tout le monde (j'essaie de trouver un peu de temps pour les retranscrire, mais ce n'est pas gagné), on est surpris de constater que l'on se trouve devant, que ce soit ce qui est décrit ou les sentiments de l'auteur, quelque chose d'humain, d'ambigu. Frédéric Mitterrand est excité, il ne s'en cache vraiment pas, il s'en vante même trop, mais il est aussi conscient de sa petitesse, et c'est la dimension qui manque aux citations trop rapides de son texte.

Après, il y a une évidente dimension de complaisance, que la citation d'un pédophile célèbre (Gide), "on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments", ne fait qu'exacerber. Comme le rappelait un jour Éric Rohmer, qui se vantait, lui, d'essayer de faire du bon cinéma avec de bons sentiments (et qui y parvient !), ce lieu commun n'est pas le mot de la fin et a trop souvent servi, comme dans le cas présent, d'excuse à la fascination morbide. Autrement dit, qu'il y ait une dimension humaine dans le récit de Frédéric Mitterrand, c'est indéniable, et il était assez intéressant de voir cette dimension disparaître, puis resurgir fugitivement avant de s'évanouir complètement lors de la condamnation du tourisme sexuel, au gré de cette confrontation entre ce qui est de l'humain, fût-il assez misérable, et l'idéologie de l'Empire du Bien télévisuel. Et dans le même temps, c'est perceptible aussi bien dans le livre de F. M. que dans certaines façons de le défendre, par exemple celle de Bertrand Delanoë (ils me font rire à brandir leur honneur « sali », comme s'ils avaient encore un honneur qui puisse être sali, comme s'ils ne salissaient pas eux-mêmes ce mot en l'employant à tort et à travers...), on a trop l'impression que F. M. joue le « faute avouée est à moitié pardonnée », voire même (mais là, il faudrait lire tout son livre) qu'il compte que ses fautes lui seront d'autant plus pardonnées qu'il les aura d'autant plus bruyamment avouées, pour ne pas être, à tout le moins, gêné.

- j'ai évoqué l'Empire du Bien, notion due à Philippe Muray, et c'est aussi à Muray que l'on pense lorsqu'on lit les descriptions de La mauvaise vie et que l'on entend parler à n'en plus finir de tourisme sexuel. Car le bordel décrit par Frédéric Mitterrand fonctionne comme n'importe quelle entreprise touristique (ce même s'il est précisé que la clientèle de celui-ci n'est occidentale que de façon minoritaire), et l'on rejoint là ce qu'avait bien vu Muray : le tourisme sexuel est un tourisme comme un autre, et c'est justement pour cela qu'il choque, car il montre la vérité du tourisme - la prédation -, c'est justement pour cela qu'on en fait un tel plat, pour cacher cette vérité du tourisme en général. Les aspects routiniers que j'ai évoqués sont ceux de n'importe quelle entreprise touristique : ici on prête son corps, dans d'autres cas on prête des lieux (Notre-Dame, j'y reviens toujours), en ne voulant pas prêter son âme (oui, c'est la prostituée de Vivre sa vie de Godard...), et en la perdant souvent, sans s'en rendre vraiment compte.

N'allons pas trop loin, au risque de changer de sujet, mais hier soir on arrivait à un stade, lorsque Frédéric Mitterrand (comme d'ailleurs B. Delanoë dans son blog) condamnait sans appel le tourisme sexuel qu'il décrit non sans finesse dans son livre, à un stade où il se servait du caractère repoussoir de ce concept, pour se dédouaner (ou essayer...) de la culpabilité qu'il avait par ailleurs revendiquée !


Coupable de quoi, me dira-t-on ? Si les garçons sont majeurs, est-ce que Frédéric Mitterrand n'est pas juste complexé et un peu homophobe à sa manière, sans parler de ceux qui le condamnent ? Que lui reproche-t-on, finalement ?

D'abord, d'être ministre, et peut-être plus encore, d'avoir été nommé ministre. Mais c'est un aspect que je laisserai aujourd'hui complètement de côté.

Ensuite, la question, autour de laquelle tout le monde tourne sans oser vraiment l'aborder est celle de l'âge du capitaine, en l'occurrence plutôt des matelots. Comme il est évident, tout de même, que de savoir si les garçons utilisés par F. M. sont ou non majeurs au sens occidental est secondaire, le problème est : jusqu'à quel point sont-ils jeunes ? En quoi peut-on parler d'homosexualité, éventuellement vénale, honteuse et quelque peu colonialiste, en quoi peut-on parler de pure et simple pédophilie ?

Frédéric Mitterrand a déclaré que "il ne faut pas confondre homosexualité et pédophilie, ou alors on serait revenu véritablement à l’âge de pierre." Laissons parler le dictionnaire (Robert 2006, soit quelque temps après l'âge de pierre) :

- homosexuel : "Personne qui éprouve une attirance sexuelle plus ou moins exclusive pour les individus de son propre sexe." => gay, homophile, pédéraste.

- pédophile : "Qui ressent une attirance sexuelle pour les enfants. Spécialt. Pédéraste."

Deux définitions différentes, donc, mais un « lien », si j'ose dire, commun, le pédéraste. Que voici :

"1. Homme qui a des relations sexuelles avec de jeunes garçons => pédophile.
2. Par ext. Homme qui a des relations sexuelles avec d'autres hommes. => homosexuel."

La boucle est bouclée, la vie est belle, et voilà mon propos, qui n'est d'ailleurs qu'une évidence, confirmée par le Robert, mais une évidence qui gêne : s'il n'est pas question de confondre un homosexuel qui a des relations charnelles (un commerce charnel, pour parler comme le dictionnaire) avec des adultes consentants, et un pédophile qui viole des enfants, garçons ou filles, ou qui les achète, il reste que, depuis Platon (au moins, mais c'est un bon repère, explicite), l'amour de la jeunesse est une des composantes de la définition de l'homosexualité. C'est ce que le concept de pédérastie exprime, et que celui d'homosexualité a tendance, tendance parfois volontaire comme dans le propos de Frédéric Mitterrand que je viens de citer, à dissimuler.

Et de ce point de vue, force est de constater, au vu des passages de La mauvaise vie que j'ai pu lire, que l'auteur n'est pas pressé de préciser l'âge même approximatif des garçons - le terme lui-même n'est pas innocent - avec qui il prend son plaisir, et que par la suite la pédophilie joue dans son système de défense le même rôle que le tourisme sexuel. La dénonciation du mal absolu sert d'alibi pour une conduite dont la proximité avec le mal en question est par ailleurs éludée dans ce que j'ai lu du livre. Je paie des garçons thaïlandais pour les baiser, mais je ne pratique pas le tourisme sexuel (et d'ailleurs je suis plein de culpabilité, si ce n'est pas une preuve d'innocence, ça). Je ne précise pas quel âge ont ces garçons mais si vous m'entraînez du côté de la pédophilie, c'est un retour à l'âge de pierre - ou l'effet, comme l'a déclaré F. M. hier soir, de vos propres « fantasmes ».

Plus généralement, il faudra bien faire un jour l'histoire du refoulé pédophile des homosexuels français des années d'après-68. Michel Schneider évoque une pétition retentissante des années 70 signée par des intellectuels en vue de l'époque (il ne donne pas les noms...) demandant la dépénalisation des rapports sexuels entre adultes et mineurs, et il suffit de parcourir des vieux numéros de Libération du début des années 80 pour constater que les petites annonces homosexuelles y étaient illustrées de manière au moins pédérastique. Que ce que l'on appelle la communauté homosexuelle soit revenue de ce que l'on peut sans moralisme judéo-chrétien qualifier d'excès est une bonne chose, que cela se fasse par une diabolisation de certains permettant à d'autres de se dédouaner à bon compte en est une autre. (Au passage, avec tous les pédés fachos, éventuellement « païens », fans de l'Afrique du Nord, qui traînent au FN et dans ses environs, il est aussi assez piquant de voir d'une part Marine Le Pen attaquer Frédéric Mitterrand sous cet angle, d'autre part les bons gros couillons de l'UMP à l'électorat « traditionnaliste » le soutenir. La vie est belle, je vous dis !)

Encore plus généralement, et après je m'arrête, ce « refoulé pédophile » remonte à loin : j'ai ainsi été surpris de découvrir récemment (P. Yonnet, Le testament de Céline, pp. 69-72) que les faits reprochés à Oscar Wilde lors de ce fameux procès que l'on nous cite toujours comme une odieuse attaque du puritanisme victorien contre l'artiste homosexuel anticonformiste, que les faits reprochés à Wilde étaient, je cite P. Yonnet, "pédérastiques, nous dirions aujourd'hui pédophiliques", ce qui nuance tout de même un peu le tableau d'ensemble. (Ajoutons, toujours selon la même source et sans nous poser en procureur, que Gide, qui devait à l'entremise de Wilde, quelques mois avant l'emprisonnement de celui-ci, une nuit d'amour mémorable avec un « jeune garçon » d'Alger, ne leva pas le petit doigt pour le soutenir. Une mécanique sur laquelle Proust écrit des pages brillantes.)

Bref, avec ses particularités propres - un ministre en exercice, un climat flou, entre tolérance de n'importe quoi et condamnations sans appel de n'importe quoi -, « l'affaire Mitterrand » s'inscrit dans une longue histoire. Histoire humaine, histoire dont le protagoniste principal ne suscite guère l'admiration, histoire surtout où l'on souhaiterait que les anathèmes sur certaines pratiques ne permettent pas à trop de personnes de se dédouaner trop aisément de leurs propres travers - passés, présents ou futurs.



Un peu de belle prose pour finir, qui prouve au passage que l'on n'a pas attendu les révélations de Jean-Luc Barré - et qui aggrave le cas de Lacouture, ses mensonges par omissions et ses falsifications - pour savoir à quoi s'en tenir sur les moeurs de François Mauriac. N'attachez pas trop d'importance au propos (fort contestable), ni à l'auteur (clairement d'extrême-droite), c'est le style qui justifie cette citation :

"Aucun cas ne semblait être d'une plus dramatique clarté, pour un esprit chrétien, que celui de l'Espagne. Pourtant nous avions vu des catholiques illustres et même intolérants comme Mauriac et Bernanos devenir les détracteurs les plus acharnés et les plus fielleux de Franco. Ces défenseurs bénits des fusilleurs de Christs et des dynamiteurs de moines étaient habiles à travestir leurs humeurs et leurs perversités intellectuelles en algèbres casuistiques. (...) On peut invoquer la demi-folie de Bernanos qui dans les pires circonstances demeure du reste digne du nom d'écrivain, avec ses livres embrouillés par les fumées de l'alcool, mais que trouent soudain des pages puissantes, furieuses ou noires. L'autre, l'homme à l'habit vert, le bourgeois riche, avec sa torve gueule de faux Gréco, ses décoctions de Paul Bourget macérées dans le foutre rance et l'eau bénite, ces oscillations entre l'eucharistie et le bordel à pédérastes qui forment l'unique drame de sa prose aussi bien que de sa conscience, est l'un des plus obscènes coquins qui aient poussé dans les fumiers chrétiens de notre époque. Il est étonnant que l'on n'ait même pas encore su lui intimer le silence." (L. Rebatet, Les décombres, I, 2).

C'est le paradoxe, ou le miracle Rebatet : à côté de ce qui est, dans le contexte (1942), une forme d'appel au meurtre, l'éthique de l'esthète qui lui fait reconnaître les mérites d'écrivain de Bernanos. Nous y reviendrons !




Ajout le soir même.

Quelques découvertes faites cet après-midi :

- Beau joueur, homme de devoir ou orgueilleux rusé, Mauriac dans l'après-guerre signa les pétitions de soutien à Rebatet afin qu'il ne soit pas guillotiné. J'ignore si l'intéressé lui en sut gré, mais le geste doit être souligné ;

- cherchant en vain dans Big Mother de M. Schneider (Odile Jacob, 2002 ; j'utilise l'édition de poche, 2005) les références à cette énigmatique pédo-pétition, je suis tombé sur ce passage, qui résume une part de ce que je peux penser de l'homosexualité - sachant bien que ce qui suit n'interdit pas les histoires d'amour bouleversantes -, la fin de la citation me semblant s'appliquer assez bien au « courage » que notre bien-aimé Président a cru bon de voir dans le livre de son ministre de la Culture :

"« La totalité et l'homosexualité vont ensemble. En disparaissant, le sujet nie tout ce qui n'est pas de même nature que lui. » [l'homosexualité comme refus, éventuellement « païen », de la finitude humaine...], écrivait Adorno, l'un des rares philosophes à avoir pensé ce point de retournement par lequel la différence exacerbée débouche sur l'unique modèle et où l'active quête de son semblable conduit à une totale passivité. L'amour de soi emporte toujours plus qu'une indifférence à autrui et sa dimension agressive ne saurait être méconnue. Qui a besoin d'affirmer sa vie sexuelle, tous les ans au printemps lors de la Gay Pride, à cor et à cris, sinon ceux qui l'inscrivent sous le signe du même, de la fierté d'être soi et de n'aimer que soi ou ceux qui sont comme soi ? La Gay Pride n'est en réalité qu'une Penis Pride, dont le sexe féminin est exclu. Dans ce cas, le narcissisme s'accompagne de la dénégation de toute perte, et vise une plénitude de soi que voudraient faire accroire les termes de Gay Pride. Deux dénégations en deux mots. Gai ? Existe-t-il des homosexuels qui ne vivent leur sexualité sans y reconnaître la trace plus ou moins profonde de la malédiction, de l'échec et souvent de la mort ? (...) Fierté ? S'agit-il dans ces parades d'un combat pour la liberté des choix sexuels ? Celle-ci est acquise aujourd'hui. Affiche-t-on la fierté d'individus jusqu'alors dominés ? Si l'on regardait les choses en face, si l'on admettait que la culture homosexuelle masculine n'est plus marginale dans la France contemporaine, mais au contraire souvent valorisée comme son centre le plus branché, le plus mode, et qu'elle est même, dans certains milieux, dominante et source de discriminations ? L'outing à cet égard n'est pas un accident ou un dérapage de la « fierté » propre à l'homosexualité, mais un trait constituant de son rapport à la castration. Dénoncée chez l'autre ou énoncée pour soi-même, l'homosexualité prend toujours le public à témoin de l'intime et du sexuel par une sorte d'exhibition de la honte." (pp. 204-205)

- exhibition de la honte, c'est tout à fait le programme de Frédéric Mitterrand... Après tout, il est assez logique qu'un grand exhibitionniste comme notre (tout) petit président se retrouve dans la démarche de son ministre : Carla ou un glabre Thaï, quelle différence tant qu'on peut les montrer, en parler, s'en rengorger ?

Ach, ras-le-bol de toute cette pédalerie, de toutes ces exhibitions, finissons-en avec la seule sensualité pédérastique qui vaille, celle qui, grâce à Beaumarchais, Da Ponte et Mozart (la vraie Europe, pas celle du TCE !), a créé le seul travelo bandant - et pour cause, c'est une femme qui désire les femmes comme un homme, le pied, Chérubin, à qui je laisse très volontiers le mot de la fin - et du début, comme pour tout désir qui se respecte...







Ajout le 11.10.

Me relisant quelques minutes après avoir découvert que FM s'était fait « inviter » par M. Drucker (ah, la moralité publique en France sarkozyste, quel bonheur, quel exemple !), je me trouve bien indulgent avec l'intéressé. Avec l'âge, je ramollis... Il faut dire que si Frédéric Mitterrand est soutenu par Alain Finkielkraut (malgré mon envie, je ne dis rien sur lui, sinon il va encore crier au lynchage... je me rattraperai (salope, buse, lâche, criminel par sympathie, ici comme ailleurs !) à l'occasion), je suis de mon côté soutenu par Didier Lestrade, un des fondateurs d'Act Up, pas vraiment ma crèmerie, mais qui, sur l'affaire qui nous occupe, écrit ceci :

"Il faut arrêter de raconter des histoires. L’affaire Mitterrand nous concerne, nous aussi, en tant que gays, car nous sommes nombreux à décider des destinations touristiques en fonction des possibilités de sexe commercial qu’elles offrent. Toutes les modes successives ayant bénéficié des faveurs du tourisme gay ont pour base le tourisme sexuel : Miami, Puerto Rico, Cuba, Brésil, Argentine, Asie, Afrique du Sud, Turquie, Liban, Egypte, - sans mentionner le Maghreb et l’Europe de l’Est. Est-ce qu'on peut parler ici de ce qui se passe au Maroc depuis 30 ans??? Que ceci ne soit dit dans aucun média gay n’est pas très à l’honneur de notre capacité à commenter cette affaire. S’insurger contre le traitement médiatique de l’affaire en montant en épingle l’outrage causé par une manifestation supplémentaire d’homophobie à l’égard de Frédéric Mitterrand, c’est un peu juste, non ?

Derrière cette affaire, il y a encore notre rapport au capitalisme, à la consommation, au traitement des autres ethnies. Et le tourisme sexuel, il faut vraiment insister sur ce point, ne concerne pas uniquement les mineurs. Je suis persuadé que Frédéric Mitterrand n’est pas pédophile, mais je me doute qu’il est comme beaucoup d’homosexuels de sa génération, et de ma génération : émerveillé par la beauté des hommes jeunes. Quand on fait du tourisme sexuel, on est forcément plus riche que le tapin du coin, qu’il soit à Sao Paulo, à Puerto Rico, ou en banlieue parisienne. On participe à la colère imposée par un système basé sur une suprématie sociale. Et ça, si on n’est pas capable d’en parler dans les médias gays, dans les associations gays, alors que cela a provoqué (et encore aujourd’hui) des débats et les commentaires interminables dans les médias généralistes et sur Internet, alors cela veut dire que la réflexion s’arrête aux portes de la communauté gay."

et plus loin :

"Nous les connaissons tous, ces homosexuels aisés et populaires, qui vivent leur vie sexuelle grâce à la prostitution. Ils sont agents de stars, ils sont dans la mode et la chanson, et ils sont dans l’art. Et quand ils parviennent à des postes de pouvoir, nous voyons en eux notre propre ascension dans le pouvoir. Forcément, le ministère de la culture et de l’information possède une place déterminante dans les rouages de la politique. Et la communauté gay soutient un ministre, non pas parce qu’elle est convaincue que le tourisme sexuel dont il est question n’a pas eu lieu. Mais surtout parce que réfléchir sur cette affaire est suicidaire pour ceux qui oseront lever la voix."

- bon, ce n'est pas très bien écrit sur la fin, mais c'est Act Up, hein... Blague à part, cela m'a rappelé une scène - à Nulle part ailleurs, avec Antoine de Caunes, ça date - qui m'avait fait perdre toute illusion quant au thème des « gentils pédés » : un homosexuel séropositif ami de de Caunes, sans doute célèbre, mais dont je serais incapable de citer le nom, avait solennellement demandé aux homos atteints du sida qui partaient à l'étranger d'arrêter de se croire tout permis et de commencer à utiliser des capotes aussi là-bas. Qu'il faille ainsi supplier des gars de ne pas répandre la mort autour d'eux - et, on y revient, qui plus est chez des jeunes -, cela en disait long sur la moralité de certains (D. Lestrade évoque aussi ce problème).

Voilà, c'est fini jusqu'au prochain ajout...

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mardi 24 janvier 2006

Il fut un temps où j'aimais bien les pédés.

Genet, Fassbinder, Pasolini, Biette, Nick Ray... Vecchiali, encore vivant. Je ne parle même pas de Proust. Et puis un jour on découvre la joie minable des dérisoires d'Act Up, lesquels ont réussi à faire condamner un élu de droite pour deux ou trois bêtises :

"Si nous demandons à ce qu’il n’y ait plus d’impunité pour les injures homophobes, c’est bien qu’elles ont un impact extrême dans nos vies et sur l’ensemble de la société, surtout quand elles sont tenues par une personnalité publique, élue de la République, de surcroît. En nous traitant d’inférieurEs, de " menace pour la survie de l’humanité " ou de " sectaires ", des gens comme Christian Vanneste légitiment les discriminations et les agressions à notre égard ; ils entretiennent un contexte homophobe qui nourrit le mépris de soi, la sursuicidalité chez les gays ; enfin, ils excluent nos revendications légitimes du débat démocratique."

Pauvres petits... J'imagine Fassbinder ressentir un "impact extrême" dans sa vie parce qu'un con de droite dit du mal de l'homosexualité. Un pareil aveu de faiblesse frise le ridicule. Et prétendre que cet impact soit aussi extrême sur la société relève du pur fantasme : je ne dois pas être le seul à avoir découvert ces déclarations à cause de Act Up.

J'imagine Biette écrire "inférieurEs", code de langage peut-être non sexiste mais certainement non français.

Pasolini, qui n'aimait pas les staliniens, aurait sans doute apprécié le détournement de la phrase sur la "menace pour la survie de l’humanité" : M. Vanneste avait seulement déclaré que si tous les hommes devenaient homosexuels cela poserait quelques problèmes pour la reproduction du genre humain. Ce n'est pas bien finaud, mais ce n'est pas la même chose que de voir dans les homosexuels une réelle "menace".
Une pensée enfin pour Proust découvrant le terme de "sursuicidalité"... Assassins !

La vie est tout de même mal faite. Les pédés qui ne portent pas de capotes - choix que l'on n'est pas obligé de suivre, mais qui dénote une certaine volonté - mourront plus tôt que les pédés citoyens. Et Act Up de nous donner quelques frissons :

"Il est urgent, au-delà de la nécessaire répression de ces propos de mettre en place une politique de prévention de l’homophobie ambitieuse et cohérente."


Ça promet.







Sur un sujet proche : Actualités, deuxième partie. Mais cette fois-ci je ne vais pas envoyer de mail à Act Up pour tenter d'ouvrir un débat, je n'ai pas 12000 euros en poche.

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vendredi 23 décembre 2005

Actualités. (Ajouts le 19.01 et le 02.04.06)

Je me suis rarement autant tenu en courant des petites affaires de mon pays que depuis que je suis en vacances dans le grand nord. Voici donc quelques bons et mauvais points. Je groupe les références nécessaires en fin de message.


- Que des historiens et des intellectuels s'attaquent aux quatre lois staliniennes qui prétendent régir la recherche historique ne peut que me satisfaire. Dont acte donc, surtout pour d'aussi notables faux-culs que Jean Daniel, Pierre Nora, Pierre Vidal-Naquet (à qui la censure des négationnistes doit faire perdre une partie de son gagne-pain), Pierre Milza (directeur d'une thèse sporifique de Mme Igounet sur le négationnisme, aussitôt disponible au Seuil, présente dans vingt-six bibliothèques parisiennes... : tous les thésards n'ont pas cette chance), Elisabeth Publicis-Badinter, Jacques Julliard... Qu'eux et les autres pétitionnaires obtiennent un jour gain de cause, nous verrons, mais saluons cette initiative.


- Que Act Up rappelle les fondements lepénistes des politiques de Nicolas Sarkozy, très bien. Qu'ils en fassent une affiche choc, pourquoi pas ? Elle est même plutôt réussie. Que Nicolas Sarkozy, via son "photographe officiel", use ou laisse user de menaces judiciaires pour censurer cette affiche, c'est à coup sûr très méchant. On rappellera ou signalera tout de même deux ou trois choses :

1/Act Up a tout de suite capitulé devant la menace de poursuites, sans donner la moindre justification, laissant à d'autres le soin de diffuser l'affiche ;

2/dans le même temps, des militants de cette association ont été arrêtés, semble-t-il pour avoir collé ces affiches ("sans motif réel", nous dit-on sans nous en laisser juges). Bien que cela leur fasse une belle jambe, je les soutiens évidemment dans cette épreuve. Mais sauf erreur de ma part, Act Up a sérieusement réfléchi à une époque à dénoncer des politiciens de droite homosexuels qui avaient fait campagne contre le PACS. Beau comportement, ou belle velléité de comportement, à la fois flic et mouchard. Aujourd'hui encore, pour répondre à une attaque de P. Devedjian, ils ne trouvent rien de mieux à faire qu'à remonter à 1967... Bref, j'ai du mal à pleurer.

3/j'avais vaguement abordé le sujet dans un précédent message, je serai plus affirmatif aujourd'hui : Nicolas Sarkozy est plus dangereux que Jean-Marie Le Pen. Il est plus jeune, il a un grand parti derrière lui, une meilleure image, il fut pour l'agression américaine en Irak (mais sut se taire à l'époque), il s'est fait adouber par les organisations sionistes américaines, son projet politique est explicitement ultra-libéral (donc apatride), et, last but not least, il écorche ma langue natale à peu près à chaque fois qu'il ouvre la bouche (souvent).

Obligé de ménager son électorat traditionnaliste, cheval en fin de course, sans doute trop détesté pour avoir une chance de gouverner normalement, s'exprimant bien... Le Pen m'apparaît moins dangereux. C'est sans doute ce qui fait aussi qu'il n'a à peu près aucune chance d'être élu - au moins aurais-je essayé de montrer l'erreur (commune) d'Act Up : à la limite, il aurait fallu réaliser l'affiche inverse, Jean-Marie Le Pen appelant à voter Sarkozy.

Je précise :

Que personne n'est obligé d'aller voter.

Que si le sionisme de N. Sarkozy lui vaut d'importants soutiens (ainsi que le fait qu'en succédant à Charles Pasqua dans les Hauts-de-Seine, où se trouvent les sièges sociaux de la plupart des grandes entreprises, il a accédé à une position stratégique enviable), l'antisémitisme notoire de J.-M. Le Pen ne lui serait pas en tant que tel nécessairement un handicap de ce point de vue : M. Cukierman ne s'est-il pas un jour recommandé de Goebbels ?


Ach, pauvre France !




On trouvera sur l'Observatoire du communautarisme :

- une pétition d'historiens, avec des liens menant aux lois concernées ;

- une pétition d'intellectuels.

L'affiche d'Act Up est disponible sur Samizdat.

Act Up présente son action ici, expose les pressions subies depuis, répond ailleurs à P. Devedjian.

Je découvre en cherchant ces références un autre article, dans lequel ces petits branleurs se vantent d'assigner en justice un gars de l'UMP qui a tenu des propos homophobes. Je ne sais pas pourquoi ils crient contre les flics, ils en ont tous les réflexes. Finalement, que vos militants arrêtés se fassent sodomiser à coups de matraque, c'est tout ce qu'ils méritent !




(Ajout le 19.01.06) Deux remarques.

En ce qui concerne la thèse de Mme Igounet sur le négationnisme, il n'est peut-être pas inutile d'ajouter qu'un des problèmes concernant ce que l'on peut appeler "les forces en présence" est que les livres négationnistes sont interdits par la loi, alors que les livres sur le négationnisme - le cas de celui de Mme Igounet est d'autant plus frappant que son auteur n'est pas connu par ailleurs, mais on en dirait autant, par exemple, de l'aberrant et atterrant Avenir d'une négation d'Alain Finkielkraut - font l'objet d'une large diffusion. Ce qui est d'autant plus amusant que ceux-ci présentent le négationnisme comme un ennemi épouvantable et effrayant. On ne peut de plus qu'être frappé par cette forme de scandale, qui fait que des gens peuvent impunément en salir d'autres - lesquels peut-être méritent d'être salis, mais ce n'est pas tout à fait la question, justement -, citer, éventuellement déformer leurs propos, sans que les auteurs de ces propos puissent se défendre en aucune manière, sans que le lecteur n'ait, sauf gros efforts et moyens financiers, accès aux sources. On peut discuter de l'opportunité d'interdire les textes négationnistes - sachant bien qu'une soutenance de thèse à Lyon III et une édition par un entrepreneur privé ne sont pas nécessairement à placer sur le même niveau ; on ne peut que penser que, dans de telles conditions, trop écrire sur le négationnisme ferait passer n'importe quel onaniste pour un monstre de courage.


Après rédaction de ce texte, j'avais envoyé un mail à Act Up pour leur signaler son existence - la polémique n'exclut pas le dialogue. Ces braves gens ne m'ont pas répondu et, sauf erreur, n'ont pas fait mention de mes objections sur leur site. Enculés, passe encore, mais enculés staliniens, ça va commencer à faire beaucoup au jour du Jugement !


(Ajout le 02.04.06) Deux découvertes de ce jour trouvent place dans ce nouveau post-scriptum.

Cela ne concerne Act Up qu'indirectement, mais en regardant la quatrième de couverture d'un livre qui doit être sérieux puisqu'il est publié par Gallimard, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, d'un dénommé John Boswell (1985), j'ai appris que sur la fin du Moyen Age, au XIIIe siècle, les mœurs étaient devenues fort accoutumées à l'inversion, au point qu'elle était devenue un thème artistique courant et que chaque grande ville de France comptait alors un ou plusieurs bordels de garçons. Si j'ai bien compris, il semblerait que ce fût là le résultat d'un processus lent et global de "libéralisation", lequel fut suivi quelque temps après d'une réaction rigoriste. Ceci pour signaler que, si Boswell ne raconte pas de bêtises, la morale chrétienne, ou judéo-chrétienne, a tout de même su par moments s'accommoder de l'homosexualité et de son existence publique. Il n'y a pas dans l'histoire du christianisme qu'une longue chaîne de persécutions des pédés. Je l'ignorais.

Dans ces Actualités, j'avais d'une certaine manière joué Jean-Marie Le Pen contre Nicolas Sarkozy : cette brève de l'Observatoire du communautarisme montrant quel genre d'organisations le ministre de l'intérieur est prêt à cautionner, laisse rêveur et me renforce dans mon sentiment. Et il est à craindre que l'activisme irresponsable de ce genre de lobbies ne diminue pas avec la proximité de l'élection présidentielle à venir. Les avortons vont grouiller.

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