samedi 13 octobre 2012

Fume, c'est du réel...

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Si le Président était présidente à l'occasion, est-ce que cela changerait quelque chose à certaines de ses analyses ? Je me faisais cette réflexion à la suite des éloges qu'Alain Soral fait des textes de son Félix Niesche, qu'il est pour le moins exagéré, et je suis gentil, de comparer à Léon Bloy - j'allais dire que celui-ci n'avait rien fait à Alain Soral, mais ce n'est peut-être pas vrai, justement. Même pour un esprit aussi enclin à admirer que le mien, les envolées de Bloy ont quelque chose d'insultant, du genre : "Je te remets à ta place, petit, tu ne seras jamais capable de faire ça, n'essaie même pas."

Vu de l'extérieur, on finit donc par se dire que F. Niesche est un pseudo pour A. Soral, ou que celui-là est le Radiguet de celui-ci. Je ne vois pas d'autre explication à cet acharnement à le « pousser » autant, le Président ayant par ailleurs le jugement critique généralement assez sûr. Il n'y a que l'orgueil ou le désir pour fausser ainsi le jugement.

Je reformule donc ma question initiale : est-ce qu'une éventuelle faiblesse homo du quinquagénaire Soral changerait quelque chose à certaines de ses analyses ? A coup sûr, ce serait amusant par rapport à la virilité exhibée, du genre "c'est moi qui pisse le plus loin", du Président, à coup sûr certains musulmans seraient décontenancés (mais ils en savent beaucoup sur l'homosexualité et son déni, les cochons), à coup sûr ça ne changerait pas tout, mais le personnage que le Président s'est bâti au fil du temps ne fait-il pas partie à quelque degré de ce qu'il dit ?

Cette question générale du rapport entre la vie d'un homme et ses idées vaut évidemment aussi pour Marc-Édouard Nabe. En lisant, récemment, L'âge du Christ, je pensais : soit l'auteur évolue au cours du temps, soit il se contredit, soit je le lis mal, soit il y a quelque chose que je n'ai jamais compris dans ce qu'il écrit. Or, le moins que l'on puisse dire, et c'est sans doute un élément important dans ma perplexité, est que dans les livres de MEN il y a circulation entre les propos de l'auteur et la façon dont il se présente.

Mais allons tout de suite au passage qui me tarabuste :

"Moi aussi j'en aurais bavé. J'en aurais bavé de ne pas avoir souffert ! Je ne vois que Dieu pour avoir créé une créature aussi peu souffrante que moi ! A trente-trois ans, je n'ai jamais si peu souffert. Je ne souffrais déjà pas beaucoup mais aujourd'hui c'est le sommet ! Rien, pas une once de douleur, pas la plus petite affliction. Tout va parfaitement bien. C'est l'année de l'extase pure ! Le délice des délices ! La béatitude absolue. Tout bonheur est ridiculisé par ma joie. Je suis en pleine forme, comme Catherine de Sienne ! Seuls les enscoutés imaginent les mystiques pataugeant dans la souffrance. Je suis sûr que Marthe Robin se régalait de ne pas sortir de son lit de « douleur » et de bouffer une hostie tous les trois ans. Quand on est dans la mystique, on n'a plus mal. Mon côté soufi m'empêche de chercher le malheur à tout prix pour justifier je ne sais quel sacrifice extorqué, par intimidation, par une Église tristement visible. On trouve encore du plaisir à se mortifier : c'est louche. Moi, je ne veux aucun plaisir, de l'extase seulement ! Dieu n'exige qu'un sacrifice : celui du Moi, c'est-à-dire de la personnalité égoïste, contente ou mécontente d'elle, de l'orgueilleux système individuel de l'homme qui organise sa vie en fonction de ses défauts et de ses qualités tout autant misérables.

Pour souffrir, il faut avoir un corps, et je n'ai pas de corps. Je n'ai qu'un sexe, je ne suis qu'un sexe. Sans le sexe, je serai [sic ?] définitivement débarrassé de tout ce qui me retient parfois hors de l'extase. On dit que je ne sacrifie rien, mais je sacrifie volontiers ma chasteté pour la Gloire du Seigneur ! Jouir - sexuellement jouir - est le meilleur moyen de ne pas déflorer l'extase par le plaisir. L'escroquerie, en matière religieuse, est de chercher dans l'extase la satisfaction que les athées trouvent dans le sexe.


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Je sais, j'ai déjà utilisé cette photo, mais il est difficile de ne pas y avoir de nouveau recours à cet instant précis.


Tous les mystiques le disent, Ibn'Arabi, saint Jean de la Croix et les autres : si le croyant trouve du plaisir dans sa pratique, il n'est plus croyant. L'âme du derviche ne se grise pas de le faire danser. La sexualité n'a rien à voir avec la spiritualité. Voilà pourquoi concentrer tout le plaisir dans le sexe, permet de ne plus en trouver du tout dans toutes les autres formes malsaines de névrose religieuse : goût immodéré du sacrifice ; prières indécentes d'imploration ; extatismes flous ; mortifications débiles… Les phénomènes charismatiques (stigmates, bilocation, inédie, nimbes, fragrance, lévitation) appartiennent davantage au folklore fantastique qu'à la mystique transcendante. L'extase est un état permanent. C'est un « don » de Dieu. On n'atteint pas l'extase, on naît dans l'extase. Pour certains, ce peut être même une croix. Il n'y a rien de très marrant à être sans cesse coupé de la réalité par l'extase. Moi, ça me ravage. Heureusement, je me suis trouvé le sexe - parfait cilice pour me ramener un peu au réel, comme une bouée qui m'empêche de me noyer totalement dans cette mer de béatitude émotionnelle aux mille vagues giclant de joie qu'est ma vie religieuse." (L'âge du Christ, Rocher, 1992, pp. 109-111)

J'ai d'abord ressenti ce texte comme une sorte d'attaque personnelle, une attaque contre mes formules fétiches : le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe ; le sexe est métaphysique ; le monde tourne autour d'un axe métaphysique, dont le sexe est une des principales manifestations. Finalement, en le relisant pour le retranscrire, je constate que ce n'est pas tellement le cas. Fume, c'est du belge : Jean-Pierre Voyer, détournant cette formule à l'occasion du 11 septembre, faisait dire à Ben Laden, à l'attention du peuple américain : fume, c'est du réel. Poursuivons : suce, c'est du réel, jouis, c'est du réel. Que le sexe soit un moyen de découvrir quelque chose du réel ne l'empêche aucunement d'être métaphysique. Mais le plus beau vagin du monde ne peut donner que ce qu'il a - et c'est déjà pas mal -, il ne faut pas lui en demander plus. Clarifions par rapport au texte de MEN : une chose est de ne pas confondre sexualité et spiritualité, et à ce niveau, dans les grandes lignes je souscris à ce que je viens de retranscrire ; une autre chose est de purement et simplement renvoyer le sexe au réel, à un réel certes agréable, mais évident, prosaïque, quotidien. La réalité objective n'étant pas de nature matérielle - autre formule fétiche, ©Borella -, le sexe est bien évidemment le sexe et autre chose que le sexe. Il ne donne pas la clé, il n'est pas le mode le plus élevé de la connaissance, mais il est un mode de connaissance.

Difficile à communiquer, c'est bien le problème. De ce point de vue, on peut dire qu'il est impossible d'être nabien - alors qu'il est possible d'être soralien. Je préfère, si vous me permettez ce mot très plat, l'oeuvre de Marc-Édouard Nabe à celle d'Alain Soral, mais je me qualifierais beaucoup plus aisément - encore une fois, avec des réserves - de soralien que de nabien. Et certes il y a des nabiens, leur saint patron lui-même s'en agaçait à l'époque de la réédition du Régal par Dominique « Dilettante » Gaultier, mais le terme n'a pas de signification cohérente autre que celle d'être un fan des livres de MEN. Sinon cela revient à vouloir être Nabe à la place de Nabe, ou jouir comme Nabe à la place de Nabe.

- D'où la figure, évoquée dans Alain Zannini, de l'amisexuel :

"Ah ! Je me demandais ce que j'avais fait à la Sainte Vierge pour me retrouver toujours confronté à des amis d'une telle homosexualité symbolique… Hector, Marc, Stéphane, et tant d'autres ! Je n'ai eu que ça autour de moi ! Ceux que j'appelle les « amisexuels ». L'amisexuel pénètre dans le sexualité de son ami sans être son amant. La complicité, l'affectivité, l'intimité même ne lui suffisent pas : il veut entrer dans le désir que son ami a pour le reste du monde (et dont lui-même est exclu, par principe). La tragédie de l'amisexuel, c'est que c'est toujours l'autre qui jouit du monde et jamais lui." (p. 444)

La tragédie du nabien, c'est que c'est toujours Nabe qui jouit du monde, et jamais lui. L'auteur ne peut pas vraiment se plaindre d'être « confronté » à des amisexuels, il les a d'une certaine façon créés par son écriture et l'élaboration de son personnage littéraire.

Et les nabiennes ? Peut-être, oui, y a-t-il un sens du mot nabienne, plus intéressant que la fan énamourée qui se demande quel effet cela fait de se faire sauter par Nabe.


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A elles de répondre, je ne vais pas creuser le sujet plus avant.


- Quel sujet, d'ailleurs ? Toujours le même, essayer de comprendre quelque chose à la différence des sexes, à son statut et à son rôle dans le monde moderne, voire son rôle éventuel dans la disparition à venir de ce monde moderne - ce qu'on peut appeler Apocalypse. Les textes de MEN sont une des voies d'accès pour ce sujet, que je ne peux guère aborder qu'ainsi, par petites touches, en utilisant le travail des autres. Il faut d'ailleurs noter - ou répéter - que l'auteur de L'âge du Christ, au moins en 1992, voyait l'Apocalypse derrière nous, durant la Seconde guerre mondiale. Mais ceci - n'est certes pas une autre histoire, ni même un autre sujet (enfin, c'est la question : est-ce un autre sujet ?) -, ceci, nous y reviendrons à une autre occasion.

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lundi 3 septembre 2012

Bonne rentrée à tous !

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(Moi, ça va, merci. Quelques légers problèmes à résoudre du côté de l'existence de Dieu, mais je reviens bientôt. Priez, baisez, lisez, ne travaillez jamais...)

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samedi 25 août 2012

"L'inexplicable victoire de la Marne..."

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"Oracle sur Damas.
Voici Damas ôtée du nombre des villes,
elle est devenue une ruine écroulée." (Isaïe, XVII, 1)

"Guénon l'a souligné, la Syrie est la « Terre du Soleil » (Sûryâ en sanskrit signifie le soleil), dont la capitale est, selon Flavius Josèphe, « Héliopolis », la « Cité solaire »." (J. Borella, Lumières de la théologie mystique, p. 37.)

Un prophète juif qui veut détruire Damas, un philosophe proche de Guénon insistant sur l'importance pour la Tradition, en l'occurrence sous son aspect chrétien, de cette même Damas, je voudrais donner une coloration disons religieuse à ce qui se passe actuellement en Syrie que je ne m'y prendrais pas autrement qu'en accolant ces deux citations, la première que j'ai retrouvée dans un vieux texte, la seconde qui m'a bien sûr frappé en lisant le livre de J. Borella. Tel n'est pas néanmoins tout à fait mon propos. Au demeurant, je ne suis pas sûr d'avoir un « propos ». Mais enchaînons :

"Je n'ai cessé de réfléchir, depuis soixante années, sur le lien du temps avec l'Éternité. Et entre tous les auteurs que j'ai lus sur ce problème, de Platon à Bergson, à Heidegger, je n'ai jamais trouvé un « prophète » semblable à Léon Bloy : car toujours, ouvrant au hasard un de ces livres, je le trouvais coïncidant avec la vision que Dieu, dans son éternité, a sur notre « existence temporelle » qu'il voit tout d'un coup, en un éclair fulgurant. Bergson me disait : “Notre vie est un point indivisible.” Léon Bloy seul m'a aidé à saisir, tenter de saisir dans l'Éternel cet indivisible point.

Une seconde raison que j'ai d'aimer Léon Bloy, c'est qu'il m'a fait mieux comprendre ce que j'avais trouvé chez Leibniz, à savoir : que le plus haut point de l'optimisme est celui où il coïncide avec le plus haut point de pessimisme ; ou : que la voie vers le meilleur passe par le pire. Felix culpa!... Qui, plus que Léon B. s'est réjoui des catastrophes ? Qui est le plus capable, en ce XXe siècle, de nous préparer aux catastrophes, avec sérénité ? (...)

Ni Bergson ni Teilhard de Chardin ne m'ont fait pressentir ce qui s'accomplissait presque sous leurs yeux : la fin de l'idée de Progrès, l'apparition du second feu, le feu nucléaire susceptible de mettre fin à la vie sur cette planète... Or Léon Bloy y était préadapté ! Comme un Nietzsche chrétien, un Dostoïevski catholique (et plus que Claudel ou Bernanos), Léon Bloy m'enseigne la paix dans les tempêtes ; et, jusque dans les flammes du Bazar, il voit le feu de la Charité. Il sera plus actuel en l'an 2000 qu'il ne l'est en 1987... (...)

J'ai longuement réfléchi en philosophe sur le mystère de Marie. Mais je n'ai pas trouvé dans une littérature innombrable d'ouvrage comparable à Celle qui pleure. Pourtant, Bloy approchait de la Pureté absolue, à partir de l'impureté. Mais seule, comme le disait S. Weil la pureté peut comprendre la souillure. Et peut-être faut-il avoir traversé la luxure pour sentir l'abîme qui nous sépare de la Pureté suprême."

(Lettre de Jean Guitton publiée dans le Cahier de l'Herne consacré à Bloy, 1987, pp. 230-231. J'ai opéré quelques légères modifications en sus des coupures signalées.)

"L'an 2000" : Dieu écrivant droit avec des lignes courbes, je veux dire par là que toujours décalage et surprise il y aura, il faut lire 2001 et cette espèce d'hommage et de défi à Bloy que fut le 11 septembre - ceci restant vrai d'ailleurs (voire étant encore plus vrai ? quel défi en tout cas pour l'exégète !) même si le 11 septembre est faux.

La phrase de Guitton que j'ai soulignée est à la fois ce qui m'intéresse et me pose problème. Notons d'abord que les deux formulations ne sont pas strictement équivalentes, ou du moins qu'elles ne le sont que si nous savons exactement ce qu'est le « pire ». Mais si nous le savions, ça serait trop facile, il suffirait de l'attendre pour que ça aille mieux... Le pire, on le voit naïvement selon « l'image trop belle du plongeur qui, d'un vigoureux coup de pied, remonte à la surface », alors qu'en matière spirituelle, "atteindre le fond, cela ne veut rien dire" (G. Perec) : en ce domaine on peut toujours faire pire.

Autre illusion, réconfortante peut-être, mais dangereuse car prenant la forme d'un déni de réalité, l'idée du "C'est trop gros pour être vrai." Oui, l'invasion de l'Irak c'était trop gros pour être vrai, celle de la Libye aussi, maintenant la Syrie... L'existence d'Israël, ce n'est pas trop gros pour être vrai, peut-être ? C'est tout le monde moderne qui est trop gros pour être vrai, on ne voit pas en quoi cela l'empêche d'exister ! Avec certes un mode d'existence peut-être contradictoire qui contribue à son caractère fantomatique et à ses évidentes impulsions auto-destructrices, mais en attendant - pas longtemps ? - il est là, bien là, bien carré dans notre cul... Il n'y a hélas pas de critère d'infamie, de point limite de bassesse à partir duquel le réel rebrousserait automatiquement chemin et reprendrait la bonne direction. L'Apocalypse est possible.

- En même temps (celui de l'Éternité ?), "ça serait trop facile", justement, car si nous étions dûment informés que « le pire » est arrivé (sans se presser), nous n'aurions rien à décider : d'une certaine façon il faut décider que nous en sommes arrivés au pire - ce qui implique qu'il y ait au moins un concept du pire, même si nous avons le tort de trop prêter à ce concept.

Autrement dit et par conséquent, nous, c'est-à-dire les gens que cela intéresse, nous devons établir un diagnostic sur le fait d'être arrivé ou non au « pire », diagnostic qui peut être erroné, et agir en conséquence, cet agir pouvant par ailleurs n'avoir à peu près aucune influence sur rien, a fortiori si la situation est vraiment grave, désespérée...

En admettant maintenant qu'il est possible de n'avoir "aucune influence sur rien" ! Toujours dans le Cahier de l'Herne, Christian Jambet attribue à Bloy cette thèse :

"L'ensemble de l'histoire humaine est comme un livre, dont le moindre énoncé a sa nécessité propre. L'événement le plus mince affectant le plus obscur des vivants peut avoir les plus lointaines et les plus graves conséquences." (p. 223) Et C. Jambet d'illustrer cette idée par la citation suivante : "Le temps n'existant pas pour Dieu, l'inexplicable victoire de la Marne a pu être décidée par la prière très humble d'une petite fille qui ne naîtra pas avant deux siècles." (Méditations d'un solitaire en 1916.)

On peut trouver cette idée farfelue ou extrême, mais, ainsi que je l'ai noté il y a déjà quelques années, à partir d'un certain niveau de réflexion sur le hasard et les probabilités on parvient à des considérations qui n'ont rien d'incompatible avec une forme de providentialisme. On peut partir de Bolzano et Musil et arriver à Bloy.

Ceci dit, outre ce léger détail que si le temps n'existe pas pour Dieu, il existe pour nous - quitte à ce que nous le laissions trop exister, mais une question à la fois (j'allais écrire, chaque chose en son temps...) -, ceci dit, notre problème reste entier. Ce n'est d'ailleurs pas aujourd'hui que nous le résoudrons.

Tentons néanmoins le poser le plus clairement possible. Revenons à la phrase de Jean Guitton, on y trouve deux niveaux d'appréhension :

- l'appréhension subjective de l'observateur, son optimisme et son pessimisme ;

- l'appréhension objective que l'on peut avoir de la situation - en termes soraliens, jusqu'où va-t-on descendre ?

Que l'on puisse être à la fois très optimiste et très pessimiste, voire que ces deux sentiments se nourrissent paradoxalement l'un l'autre, j'y souscris pleinement, j'en suis la preuve vivante - et d'ailleurs je ne ne suis pas le seul.

Mais articuler cet état d'esprit, qui fait partie notons-le de l'état objectif du monde, à une analyse de cet état objectif du monde, analyse pouvant permettre de mieux comprendre ce qu'il serait souhaitable de faire, même à très petite échelle, non seulement ce n'est pas évident, mais ce peut être piégeux. A l'extrême limite de la conception bloyenne de la providence ou du principe de Bolzano on aboutit au fatalisme oriental, en tout cas si l'on confond le "C'était écrit" avec le "C'est déjà écrit". - Mais ce point, connu, n'est pas encore exactement ce que je cherche à mettre en évidence. Il ne s'agit pas non plus d'évoquer simplement ce que l'on appelle « l'énergie du désespoir ».


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- Il s'agit, finalement, de refuser l'articulation de Jean Guitton entre ce que j'ai appelé deux niveaux d'appréhension. Je me rends compte qu'une bonne partie de ce que je viens d'écrire s'inscrit en faux contre la juxtaposition par Guitton de ces deux « niveaux ». Attention, je ne dis pas qu'il n'y a aucune passerelle possible entre eux, et ne m'apprête pas à dire qu'il faut agir sans réfléchir. Mais ce qu'il faut, justement, c'est être à la fois atrocement optimiste et atrocement pessimiste, ceci, finalement, quelle que soit l'analyse que l'on fait de la situation. La formulation de J. Guitton m'a induit en erreur : à la généralité selon laquelle "le plus haut point de l'optimisme est celui où il coïncide avec le plus haut point de pessimisme" il importe de substituer une manière de maxime morale qui impliquerait d'être en permanence aussi désespéré et aussi espérant que possible, welcome back Léon Bloy - et voilà pourquoi il ne s'agit pas simplement de « l'énergie du désespoir ».

Ce qui revient finalement, au christianisme tel que le voit Chesterton, je vous ai souvent cité ces phrases : le christianisme aurait "surmonté la difficulté de concilier deux contraires en les gardant tous deux et en les gardant tous deux en toute leur violence" - the difficulty of combining furious opposites, by keeping them both, and keeping them both furious... Et ce que je m'efforçais de comprendre et faire comprendre (pléonasme ?), c'est en quoi Guitton avait raison et se trompait à la fois, et se trompait parce qu'il avait raison.

"Que l'on puisse être à la fois très optimiste et très pessimiste, voire que ces deux sentiments se nourrissent paradoxalement l'un l'autre, j'y souscris pleinement", viens-je d'écrire, mais je suis tombé dans le même genre d'imprécision que J. Guitton : ces deux sentiments (ou états d'esprit) ne se nourrissent l'un l'autre que s'ils ne se nourrissent pas l'un l'autre, c'est ça le point (G ?), il est là, le voilà. Il faut cuire les deux aliments séparément pour que le plat ait une chance d'être bon. - Ceci sans d'ailleurs être sûr qu'on le mangera un jour.

Évidemment, je pourrais tout réécrire, ce serait probablement plus clair - mais peut-être moins intéressant. Résumons-nous donc, avec de nouveau Chesterton à l'appui :

"Il est exact que l'Église a dit à certains hommes de combattre et à d'autres de ne pas combattre ; et il est exact que ceux qui combattaient frappaient comme la foudre et ceux qui ne combattaient pas restaient figés comme des statues. Tout cela signifie simplement que l'Église préférait utiliser ses surhommes et utiliser ses tolstoïens. Il doit y avoir quelque chose de bien dans la vie des combattants puisque tant d'hommes bien ont aimé être soldats. Il doit y avoir quelque bien dans l'idée de non-résistance puisque tant d'hommes bien semblent aimer être quakers. Tout ce que fit l'Église fut d'empêcher - autant que possible - l'une de ces deux choses bonnes d'évincer l'autre. Elles ont existé côte à côte. (...) Et il arrivait que cette pure douceur et cette pure violence se rencontrent et justifient leur jonction ; le paradoxe de tous les prophètes s'accomplissait et dans l'âme de saint Louis le lion reposait près de l'agneau. Mais n'oubliez pas que ce texte a été interprété trop à la légère. Pour beaucoup, en particulier pour les adeptes de Tolstoï, le lion qui repose à côté de l'agneau devient semblable à un agneau. Mais ce serait de la part de l'agneau une annexion brutale, un acte d'impérialisme. L'agneau absorberait tout bonnement le lion au lieu de se faire dévorer par lui. Le vrai problème qui se pose est celui-ci : un lion peut-il reposer près de l'agneau et retenir sa royale férocité. Tel est le problème que l'Église a abordé ; tel est le miracle qu'elle a accompli."

Après avoir signalé que le hasard me fait publier ce texte le jour même de la saint Louis, j'insisterai donc une dernière fois sur la difficulté du jour : il s'agit de réunir en sa personne ce que Chesterton estime que l'Église a pu réussir au niveau de la société, il s'agit d'être à la fois terriblement lion et terriblement agneau. Soyons précis : il faut être terriblement pessimiste et terriblement optimiste tout le temps, et être capable d'être terriblement lion et terriblement agneau selon l'analyse que l'on fait de la situation. Il suffit de le dire...

Au vrai, je l'ai déjà souligné à propos de Simone Weil - j'avais laissé l'extrait du texte de Jean Guitton où il évoque une de mes vierges préférées à la fois parce que ça me faisait plaisir et parce que je me disais que ces idées sur la pureté et la souillure posaient le même genre de problèmes -,

je l'ai signalé à propos de Simone Weil, disais-je : elle s'est efforcée je crois d'aller en elle-même vers ce genre d'unité des contraires sans jamais oublier que ces contraires sont des contraires... J'avais écrit que c'était presque surhumain.

Cela peut aussi rendre fou. Paraphrasons Woody Allen en guise de mot de la fin : Bloy a pu se sentir parfois devenir fou, Simone Weil mourir en partie pour ne pas devenir folle, et moi-même je ne me sens pas toujours très bien.


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(Vous trouverez des problèmes du même genre ici.)

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vendredi 23 mars 2012

Rêve d'amour.

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Suite aux réflexions en cours relatives au désir d'Apocalypse qu'il me semble découvrir chez mes contemporains, je tombe, toujours chez Chesterton, sur un passage consacré à la fin du paganisme, dans lequel le génial catholique francophile anglais exprime l'idée qu'à partir d'un certain stade l'homme païen sent que sa religion n'est qu'artifice - ou n'est plus qu'artifice :

"La religion rustique qui faisait le bonheur de la vie des champs avait trahi son intime faiblesse, au fur et à mesure que la société se faisait plus complexe : elle s'était contentée d'apparences, et l'être lui faisait défaut. Le monde avait passé sa jeunesse à se griser de fables et à s'amouracher d'images ; il avait fait la fête sans souci du lendemain. (...) Je ne crois pas... que la mythologie commence par l'érotisme, mais je suis persuadé qu'elle doit en finir par là ; de fait, c'est ce qui arriva, et plus la poésie devint luxurieuse, plus la luxure devint fangeuse. Vice grec, vices orientaux [?], vieux démons sémites [?], tous les maléfices et toutes les perversions s'abattirent sur l'imagination romaine comme des mouches sur un fumier.

On se lasse de tout, surtout de « faire semblant », et l'heure vient immanquablement où l'enfant en a assez de jouer au voleur et au sauvage, et se met à tourmenter le chat (...). Cette satiété produit dans tous les paradis artificiels le même résultat, qui consiste à doubler la dose. L'homme cherche des péchés nouveaux et d'inédites obscénités, il s'abandonne aux plus sales pratiques et aux pires folies des superstitions orientales (...). Le somnambule cherche le réveil dans le cauchemar." (L'homme éternel, 1925, Plon, coll. "Le roseau d'or", 1927, pp. 287-89)

C'est évidemment à cette dernière phrase que je voulais en venir. Je ne développe pas plus avant, puisque j'ai justement écrit récemment ce que j'avais à écrire sur le sujet.

Tout au plus ajouterai-je qu'il m'arrive de penser qu'après tout vivre une période de décadence n'est peut-être pas si terrible que ça. "Nous aurons eu la mauvaise partie..." : certes, à tout prendre mieux vaut vivre dans une époque faste que de sentir le sol se fendre sous nos pas un peu plus rapidement chaque jour, comme c'est le cas en ce moment. Mais être témoin de la disparition en cours de « l'homme de gauche », par exemple, c'est un luxe... Plus généralement, se sentir contemporain d'un moment où l'humanité risque de tester ses potentialités à se massacrer, ce n'est peut-être pas bandant, mais on se dit que ça risque d'être instructif. L'enfer, c'est pour bientôt, on va voir à quoi ça ressemble - en sachant bien que l'on ne peut y rester simple témoin.

J'espère que vous comprenez que cet état d'esprit n'est pas le même que celui, « kojévien », que je critiquais dans ma dernière chronique de l'Apocalypse à venir. Je ne souhaite rien, et ne me découvre certes pas le goût du sang. En revanche, oui, j'ai une certaine impatience : si tout doit disparaître, que ce soit pour bientôt, je n'ai pas envie de passer les dix ou vingt prochaines années dans cette atmosphère mollassonne et « somnambule », comme dit Chesterton, pour être un vieux con apeuré au moment où ça s'écroulera vraiment.

Bon, ceci dit, mon frère se marie en grande pompe ce week-end, ce qui signifie, d'une part que j'ai plein de choses à faire et dois vous laisser, d'autre part et surtout que la vie pendant ce temps continue, ce qui j'imagine n'est pas plus mal.


"Alors les nations craindront le nom de Iahvé
et tous les rois de la terre ta gloire ;
quand Iahvé rebâtira Sion,
qu'il y apparaîtra dans sa gloire,
il se tournera vers la prière des dépouillés,
il ne méprisera pas leur prière.

Que cela soit écrit pour la génération future
et que peuple régénéré célèbre Iah !"

(Psaume CII)

Shalom !

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jeudi 1 mars 2012

"Qu'on me donne l'envie..."

"Faut qu' ça saigne
Faut qu' les gens ayent à bouffer
Faut qu' les gros puissent se goinfrer
Faut qu' les petits puissent engraisser
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les mandataires aux Halles
Puissent s'en fourer plein la dalle…"

(Les joyeux bouchers.)

"Cornegidouille ! Nous n'aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines ! Or je n'y vois d'autre moyen que d'en édifier de beaux édifices bien ordonnés."

(Ubu enchaîné.)


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"Statu quo impossible, alternative impensable : tel pourrait se résumer l'état d'esprit qui prévalait dans l'Europe de 1914. Trop de tensions accumulées, trop d'oppositions à l'oeuvre, entre les États, entre les classes, trop de changements en cours, dans l'économie, dans la géographie, dans les moeurs, pour que les choses puissent continuer sur leur lancée et conserver longtemps encore leur physionomie familière dont on sentait bien, au regard de cet abîme potentiel du futur, qu'elle s'était au total maintenue, en dépit des bouleversements phénoménaux amenés par le siècle de l'histoire et de l'industrie. Jetant un regard en arrière, Péguy pouvait constater, sans grand risque d'être démenti : « Le monde a plus changé au cours des trente ans qui viennent de s'écouler qu'au cours des deux millénaires depuis le Christ. [L'Argent, 1913] » Ce n'était encore rien par rapport à ce que laissait pressentir le moindre regard vers l'avant. Impossible, en même temps, d'imaginer ce qui pouvait sortir de ce chaudron en ébullition. Autre chose, mais quoi ? Comment se représenter l'irreprésentable, c'est-à-dire une rupture avec le présent telle qu'on ne puisse lui attribuer de contenu défini ? Même la perspective eschatologique du Grand Soir pâlit d'apparaître encore trop déterminée. L'attente grandit, tandis que la capacité de prédiction recule. Entre un passé dont l'appui se dérobe et un avenir gros d'un insaisissable renouvellement du monde, l'histoire semble en suspens.

Il n'est pas exclu que cette expectative fébrile ait joué un rôle dans le déclenchement du conflit. Les conditions étaient réunies, avec le face-à-face explosif des deux systèmes d'alliances. On a décrit cent fois le noeud fatal qui s'était formé entre le désir de revanche français, les aspirations allemandes à la « politique mondiale », la machine aveugle de l'expansionnisme russe, la vulnérabilité agressive du conglomérat austro-hongrois et le refus britannique de toute hégémonie continentale, comme de toute remise en question de sa suprématie navale. Il n'empêche que ce réseau serré de contraintes eût pu fonctionner comme un corset, destiné, au final, à contenir et à neutraliser les rivalités et les passions guerrières qu'il exacerbait par ailleurs. C'est ce qu'escomptaient quelques observateurs parmi les plus avertis [par qui, demanderait Coluche], sur la foi de la manière dont les crises répétées qui avaient secoué ce fragile équilibre s'étaient chaque fois apaisées. La légèreté des gouvernants, leur myopie devant les suites de leurs actes, l'impéritie des diplomates, l'engrenage des plans de mobilisation, la méconnaissance générale de ce qu'allait réellement être cette guerre préparée de si longue main ne suffisent pas à expliquer le dérapage de l'été 1914. Il a fallu autre chose pour précipiter la soustraction des événements au contrôle d'un mécanisme qui avait, en somme, fait ses preuves. Il a fallu l'intervention d'un facteur subjectif, d'autant plus mystérieux que manifestement partagé. Quelque chose entre l'envie d'en finir avec une attente insupportable, le recours à une épreuve décisive en forme d'ordalie et l'appel de l'abîme. L'inconscience n'est pas exclusive d'une obscure fascination pour ce qu'on ne veut pas voir, d'une attraction magnétique pour ce qu'on redoute de découvrir de l'autre côté." (M. Gauchet, A l'épreuve des totalitarismes, pp.7-8 - il s'agit de l'incipit et des premiers paragraphes du livre.)

Quand un auteur pour lequel vous avez une certaine estime écrit quelque chose que vous avez déjà pensé et à plusieurs reprises exprimé (voici le lien le plus ancien sur ce thème), vous avez tendance à être d'accord avec lui… quitte d'ailleurs à extrapoler un peu : j'ai en tout cas été sensible aux échos contemporains de cette présentation de l'Europe de 1914 avant son Holocauste.

"Le sang n'a pas coulé, il ne s'est donc rien passé.", tel fut paraît-il le « résumé » de Mai 68 par Kojève. En 1914 comme maintenant, plus encore maintenant, on a le sentiment que ce qu'on appellera faute de mieux « les gens » se comportent comme s'ils souscrivaient à cette phrase. Que l'on peut bien sûr retourner : pour qu'il se passe quelque chose, il faut que le sang coule. Faut qu'ça saigne… Notre ami Homo Occidentalus est en train de réussir cette prouesse étonnante qui consiste à s'enculer soi-même par tous les trous : il a fait semblant que des guerres ne soient pas de vraies guerres (l'OTAN contre la Serbie), qu'il n'y avait que les autres, les salauds, qui faisaient de vraies guerres, ça a encore marché récemment en Libye, en attendant de voir ce qui se passe pour la Syrie… et il entre en même temps dans une autre logique, au contraire eschatologique, sacrificielle et masochiste, celle que l'on voit à l'oeuvre au sujet de l'Iran, une sorte de logique du pire et de la catastrophe, de la catastrophe inouïe qui seule redonnerait un peu de « réalité » au monde qui nous entoure. Pour utiliser la formule de Lacan selon laquelle "le réel, c'est l'impossible", on dira ici qu'il faut passer (ou qu'il semble qu'il faille passer) par l'impossible pour retrouver un peu de réel.

Ces choses sont toujours un peu compliquées. Le pékin moyen n'est pas un va-t-en-guerre, il a d'autres chats à fouetter que l'Iran et n'en souhaite certes pas la destruction ; pourtant je crois que les manoeuvres atlantistes, sionistes, « impériales », etc., ne pourraient tout simplement pas se produire si elles ne répondaient pas quelque part à un désir assez communément partagé de simplification des choses, "l'envie d'en finir avec une attente insupportable", joints à une conscience que si on saute ce pas on ne pourra pas revenir en arrière, et que donc, je me répète, le réel va revenir…

Ce pourquoi, soit dit en passant, si les avertissements et craintes d'Alain Soral concernant l'advenue possible d'une situation de combat binaire entre « eux » et « nous », d'une situation où l'on sera sommé de choisir son camp, ont leur pertinence, peut-être ont-elles tendance à méconnaître ce fond, ce fond de sauce, si j'ose dire, ce désir de clarifier enfin un peu les choses - et de les clarifier façon Kojève

Soit dit en passant bis, il n'est pas tout fait inintéressant de constater qu'en ce point nous pourrions aller dans deux directions opposées. Marcher aux côtés d'Alain Soral et du modèle du juif talmudique, sans pitié, qui d'une part utilise ce qu'on peut appeler les composantes archaïques du désir de violence (régler les problèmes par le sang ; avoir besoin d'un ennemi pour souder la communauté, etc.) pour asseoir sa propre domination ; et qui, d'autre part, est lui-même profondément imprégné de ce modèle violent et vengeur - par opposition (je rappelle que je ne fais ici que suivre les propos du président d'E&R dans ses vidéos des derniers mois) aux capacités chrétiennes de pardon. - A l'opposé, on peut prendre le chemin d'un René Girard, assimiler ces idées de violence et de vengeance à l'humanité pré-chrétienne en général, et considérer que c'est avec l'Ancien Testament, non certes d'une façon linéaire, que se met petit à petit en place un autre modèle, que le juif nommé Jésus viendra finalement incarner.

Peut-être d'ailleurs ai-je ici le tort de trop souscrire à la caricature qu'il arrive à Alain Soral de donner de lui-même sur ce thème, peut-être peut-on plutôt, ainsi que l'écrivait récemment Laurent James dans la lignée de Céline, M.-É. Nabe et, donc, A. Soral lui-même en certaines occurrences, s'interroger sur le rapport compliqué et fluctuant des Juifs au judaïsme et à la façon dont celui-ci s'est construit au fil du temps, pour déboucher quand même sur une autre religion...

Bref ! C'est toujours la même chose : d'un côté on a l'impression que l'on peut très bien traiter tous ces problèmes - que l'on peut résumer, pour bien centrer notre sujet du jour, par la question : quel réel y a-t-il en dehors de la violence ? - sans devoir se retrouver dans les questions empoisonnées de judaïsme et d'antisémitisme ; d'un autre côté on n'a pas fait trois pas dans la description qu'Israël se pointe, et que c'est reparti pour un tour… Il n'y a rien à faire, on peut retourner le problème dans tous les sens, les Juifs ne sont pas comme les autres - en partie d'ailleurs parce qu'ils sont comme les autres ! Question juive…

A ce sujet, dans une interview récente (commentée ici par le maître), Emmanuel Todd glisse, en évoquant les rapports ambigus des Français à l'Allemagne : "De même que l'antisémitisme et le philosémitisme constituent deux versions d'un excès d'intérêt, pathologique, pour la question juive…" - Quand un auteur pour lequel vous avez une certaine estime écrit quelque chose que vous avez déjà pensé et à plusieurs reprises exprimé … E. Todd confirme d'ailleurs ici l'existence de cette « question ».

Que je n'aborderai pas plus avant ! Résumons-nous. En utilisant les échos par rapport à l'actualité la plus brûlante du diagnostic général de Marcel Gauchet sur l'état d'esprit des Européens avant la Grande guerre, j'ai suggéré que dans nos rapports compliqués avec l'Apocalypse à venir on retrouvait d'une part un désir du pire, d'autre part des idées et comportements que l'on qualifiera faute de mieux d'« archaïques », comme si finalement « les gens » étaient au fond d'accord avec l'idée de Kojève qu'il faut que le sang coule pour qu'il se passe quelque chose.

C'est une idée fausse et quelque peu naïve, mais dont la part de vérité est indéniable. Quitte à tomber, dans ce qu'un commentateur appelait récemment des "réflexions souvent très amples dans la critique verbale mais sans la moindre conclusion pratique", j'essaierai une prochaine fois, de trouver d'autres explications et interprétations à la crise, à l'aide notamment du bon vieux précepte : "La réalité objective n'est pas de nature matérielle" (sur lequel vous trouverez des éclaircissements ici et ). Précepte dont le caractère abstrait ne doit certes pas masquer le potentiel à la fois explicatif et érotique, cela en partie parce que ceci. A bientôt - juste avant la nuit...


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P.S. E&R publie ce texte sur l'Islande qui, du fait de ma connaissance « par alliance » du pays, me semble je l'avoue, plein de fantasmes. Si l'« alliance » en question fait un petit effort et me donne les arguments précis pour le prouver, je transmettrai, à vous comme à l'auteur de ce texte.

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mercredi 15 février 2012

(Personnel.)

Merci beaucoup, je potasse ce (difficile) sujet derechef !


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Si du moins on m'en laisse le temps...

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lundi 30 janvier 2012

"Un grand effondrement silencieux, une énorme déception tacite..."

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"Si jamais un homme ordinaire a affirmé que les sujets dont traitaient Ibsen et Maupassant, ou leur franc-parler, l'ont scandalisé, cet homme a menti. La conversation moyenne de la moyenne des hommes dans toute la civilisation moderne, quels que soient leur classe sociale ou leur domaine, est telle que Zola n'aurait jamais osé l'imprimer. Et l'habitude d'écrire ainsi sur le sujet n'a rien de nouveau. Au contraire, c'est la pruderie et le silence de la période victorienne qui sont restés neuf, quoiqu'ils soient sur le déclin. La tradition d'appeler un chat un chat remonte très loin dans notre littérature et elle a duré très longtemps. Mais la vérité, c'est que l'honnête homme ordinaire, quelque vague que fût l'expression de ses sentiments, n'était ni dégoûté ni même ennuyé par la franchise des écrivains modernes. Ce qui le dégoûtait, et à juste titre, ce n'est pas la présence d'un réalisme explicite, mais l'absence d'un idéalisme explicite. Le sentiment religieux, sincère et vigoureux, ne s'est jamais opposé au réalisme ; au contraire, la religion était le réalisme même, la brutalité même, et l'on s'y traitait de tous les noms. Voilà toute la différence entre une évolution récente du non conformisme et le grand puritanisme du XVIIe siècle. La particularité des puritains, c'était qu'ils ne se souciaient aucunement de la décence. Les journaux non-conformistes modernes se distinguent en supprimant précisément les noms et adjectifs par lesquels les fondateurs du non-conformisme se distinguèrent en les proférant aux rois et aux reines. Mais si la principale revendication de la religion était de parler explicitement du mal, ce que tout le monde revendiquait, c'était qu'elle parle explicitement du bien. Ce qui déplaît, et à bon droit, me semble-t-il, dans la grande littérature moderne dont Ibsen est emblématique, c'est que l'oeil qui peut percevoir le mal devient d'une clairvoyance inquiétante, alors que celui qui perçoit le bien s'obscurcit de plus en plus au point d'être aveuglé par le doute. (…) Selon la religion, le genre humain est déchu une fois et, en tombant, il a acquis la notion du bien et du mal. Et voilà que nous sommes tombés une seconde fois, et qu'il ne nous reste plus que la notion du mal.

Un grand effondrement silencieux, une énorme déception tacite, s'est abattu de nos jours sur notre civilisation nordique. Toutes les époques précédentes se sont tuées à la tâche et ont été crucifiées dans leur tentative de comprendre réellement ce qu'est la vraie vie, et ce qu'était réellement l'homme de bien. Une portion définie du monde moderne est arrivée indubitablement à la conclusion que ces questions n'ont pas de réponse, que ce que nous pouvons faire, tout au plus, c'est de placer quelques pancartes aux endroits manifestement dangereux pour empêcher les hommes, par exemple, de se soûler à mort ou d'ignorer l'existence de leurs voisins. (…)

Toutes les phrases et tous les idéaux populaires d'aujourd'hui sont des échappatoires pour se dérober au problème du bien. Nous adorons parler de « liberté », et dès que nous en parlons, nous évitons toute discussion sur le bien. Nous adorons parler du « progrès », et nous évitons ainsi une discussion sur le bien. Nous adorons parler d'« éducation », autre manière d'éviter une discussion sur le bien. L'homme moderne déclare : « Abandonnons tous ces critères arbitraires et embrassons la liberté. » Ce que l'on peut rendre en toute logique par : « Ne décidons pas ce qui est bon, mais considérons qu'il est bon de ne pas en décider. » Il dit : « Assez de vos vieilles formules, je suis pour le progrès. » C'est-à-dire, logiquement rendu : « N'établissons pas ce qui est bon, mais établissons s'il y a moyen d'en avoir davantage. » Il dit : « Ce n'est ni dans la religion, ni dans la morale, mon ami, que réside l'avenir de la race, mais dans l'éducation. » Ce qui, exprimé clairement, signifie : « Nous ne pouvons décider ce qui est bon, mais donnons-le à nos enfants. » (…) A quoi bon engendrer un être humain tant qu'on n'a pas établi à quoi sert d'être un homme ? Vous lui transmettez simplement un problème que vous n'osez pas résoudre vous-même. (…)


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Le cas de la conversation générale sur le « progrès » est (…) un cas extrême. Tel qu'on l'énonce aujourd'hui, le terme « progrès » n'est qu'un comparatif dont nous n'avons pas fixé le superlatif. Nous confrontons tous les idéaux de religion, de patriotisme, de beauté ou de plaisir bestial avec la solution idéale du progrès, autrement dit nous confrontons toute éventualité d'obtenir une chose que nous connaissons avec l'éventualité d'obtenir beaucoup plus d'une chose dont personne ne sait rien. Le progrès bien compris a en effet un sens très respectable et très légitime. Mais quand on l'utilise par opposition à un idéal moral défini, il est ridicule. Il est loin d'être vrai que l'idéal de progrès doit être opposé à celui de la finalité éthique ou religieuse, c'est même le contraire qui est vrai. Personne ne doit se mêler d'utiliser le mot « progrès » s'il n'a pas un credo bien défini et un code moral irréfutable. Personne ne peut être progressiste sans doctrine, et je dirais presque que personne ne peut être progressiste sans être infaillible, ou du moins sans croire en quelque infaillibilité. Car le terme même de progrès indique une direction, et dès que nous avons le moindre doute sur la direction, nous avons le même degré de doute sur le progrès. Depuis le commencement du monde, aucune époque n'a peut-être eu moins le droit d'utiliser le mot « progrès » que la nôtre."

- G. K. Chesterton, Hérétiques (1905) - éd. Climats (c'est-à-dire édité par Jean-Claude Michéa, qui j'imagine souscrit sans peine à de telles lignes), 2010, pp. 29-35.


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jeudi 8 décembre 2011

Ciorana.

Un peu de Cioran, pour nous changer de la fesse (nous y reviendrons !).

"Pour le bien général, il vaut mille fois mieux s'occuper de soi-même que des choses qui regardent les autres." (Ce qui nous ramène à la fesse... et que les citations qui suivent vont presque toutes contredire !)


Mme de Staël écrit au sujet de Mirabeau : "Cet homme, qui brava souvent l'opinion publique, mais soutint toujours l'opinion générale." Cioran ajoute : "Cela s'applique à Sartre tout spécialement."

"Il y a quelque chose de pire que l'antisémitisme : c'est l'anti-antisémitisme." Ceci est écrit en 1965… C'est d'ailleurs peut-être une phrase à prendre très au sérieux.

(Oui : s'il y a des Juifs (et il y en a !), il est inévitable qu'il y ait de l'antisémitisme. Vouloir le supprimer, d'une part est impossible (exactement au même titre que des gens n'aiment pas les Anglais, les Français, les Arabes..., exactement au même titre que d'autres aiment les Anglais, les Français, les Arabes, et, donc, les Juifs (Heil Fassbinder !), d'autre part revient à donner trop de pouvoir aux Juifs en question. Après, bon, quand c'est l'antisémite qui a trop de pouvoir...)

"Nietzsche me fatigue. Ma lassitude va parfois jusqu'au dégoût. On ne peut accepter un penseur dont l'idéal se se place aux antipodes de ce qu'il était. Il y a quelque chose d'écoeurant chez le faible qui prône la vigueur, chez le faible sans pitié. Tout cela est bon pour les adolescents."

"Je viens de lire sur la « maladie de l'angoisse » un article de René Guénon, empreint du plus intransigeant dogmatisme. Est-il possible d'écrire avec tant d'assurance et avec un orgueil d'autant plus condamnable qu'on fait profession d'impersonnalité, qu'on dénonce avec vigueur et à chaque fois le moi ?

Il y eut en France, dans la première moitié du siècle, trois esprits intraitables, aussi différents que possible, mais qui, au nom de l'Intelligence, se sont révélés d'un fanatisme outrancier : Maurras, Benda, Guénon. Trois maniaques de l'Intelligence."

"Je suis sûr que la « civilisation » doit disparaître, mais ne vois pas par quoi on pourrait la remplacer."

"Les Français ont tous les défauts, sauf un : ils ne sont pas obséquieux. Ils l'ont assez démontré pendant l'Occupation ; je n'en ai vu aucun qui, dans la rue ou ailleurs, se soit aplati devant l'occupant ou qui ait pris un air servile (la Collaboration est tout autre chose ; les collaborateurs se sont vendus : cela est différent). C'est là où les Français ont une nette supériorité sur les Allemands, lesquels, dès qu'ils sont battus, deviennent rampants. Mais même en dehors de la défaite, ils sont toujours à plat ventre devant un supérieur hiérarchique : leur obéissance est à base de lâcheté civile et non de consentement à l'ordre."

- passons sur ce que Cioran dit des Allemands : son témoignage sur l'Occupation est intéressant (quand bien même on contesterait son diagnostic sur les collaborateurs), en ce que c'est un témoignage spontané, noté par l'auteur pour lui-même, en ce que, de plus, cet auteur ne se prive pas de critiquer les Français quand l'occasion s'offre à lui. Cela ne suffit pas à en faire une vérité établie, mais invite à ne pas uniquement retenir de cette période ce que le regretté (par moi, en tout cas) Paul Yonnet appelait la « mythologie noire » de l'Occupation.

"Comme je disais à un collabo que les Juifs avaient été les agents les plus efficaces de la culture allemande, il m'a répondu : « Les Allemands ont détruit leur plus grand capital. »"

(J'écrivais quelque chose de proche il y a six ans... J'étais déjà plus intéressé (obsédé ?) par les Juifs que je ne voulais l'admettre !)

"Les Juifs ne sont pas un peuple, mais une destinée."

(Ceci expliquant en partie cela...)



"J'ai hérité d'un corps dont je ne sais plus que faire. Ah ! ces parents qui ne surent s'abstenir."



"Beau temps ; une multitude considérable. Fourmilière démente, insensée. Vivement le Jugement dernier !"

- C'est pour bientôt, Emil, c'est pour bientôt !



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Profitons des derniers moments...

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vendredi 11 novembre 2011

Chacun fait ce qu'il lui plaît. - Mon Dieu j'peux même pas jouir...

"Ni par le péché, ni par la misère il n'est diminué, ce libre arbitre ; il n'est pas plus grand chez le juste que chez le pécheur ni plus plein chez l'ange que dans l'homme." (Bernard de Clairvaux, De gratia e libero arbitrio)




Pourquoi, malgré les « indignés » et autres « 99% », aussi peu de révolte, finalement ? Pourquoi, alors que la situation est tout de même limpide - cf. Todd, Lordon, Jorion, etc. -, aussi peu d'action ? A chaque plan de « rigueur » on se fait un peu plus enculer, et alors que ça fait un peu plus mal à chaque fois, on se défend à peine, quelques cris tout au plus… Après tout, ce n'est pas parce que l'occidental a bouffé comme un porc pendant des années qu'il doit accepter qu'on l'en punisse en l'empêchant de chier.

Il y a à cela plusieurs raisons, pas toutes mauvaises, certaines circonstancielles : en France, la tenue assez proche de l'Élection parmi les élections, celle dont on continue à espérer qu'elle puisse changer quelque chose en mieux pour le pays - alors que depuis longtemps elle ne fait que provoquer le pire. Il y a une conscience du caractère illusoire de la violence : tout le monde sait bien que pendre Nicolas Sarkozy à un étal de boucher ne ferait pas beaucoup avancer le schmilblick. Ce qui est à la fois lucide et proche de la résignation. De même que le refus de l'action violente oscille entre sagesse, intelligence tactique (ne pas donner d'armes au pouvoir) et pusillanimité. Il y a la relative habileté dudit pouvoir : on ne va pas manifester pour payer ses clopes et son resto moins cher. Il y a, je-sais-que-je-me-répète-mais-c'est-parce-que-j'ai-raison, un sourd désir que les choses se règlent d'elles-mêmes.

Et puis, à la jonction de certaines de ces motivations, il y a, c'est ça qui m'amuse ce matin, un reste de décence chez nos citoyens-consommateurs. On aurait au moins autant de raisons aujourd'hui qu'il y a quarante ans de crier "Pompidou / Sarkozy, des sous !", mais on répugne à le faire. « Nous » savons bien que notre mode de vie ne vaut guère la peine d'être défendu. Une accro à la mode, et il y en a, deviendra peut-être hystérique si le monde évolue de telle manière qu'elle ne puisse plus satisfaire ses « besoins », on a quelque peine à imaginer une manifestation de ces consommatrices en manque pour le rétablissement de leurs droits. - Ce n'est pas tout à fait impossible, mais on voit bien que le passage de la frustration personnelle à l'action collective, tout de même chargée d'histoire, n'est pas évident. "Pompidou, des sous !", c'était un peu la vérité des « Trente glorieuses », l'aveu de ce qu'on voulait vraiment. On le veut toujours, en tout cas on s'y accroche, mais on a du mal à le dire tout haut. C'est heureux, certes, mais c'est aussi, entre autres, ce qui permet à nos élites bien-aimées de continuer à augmenter la taille du godemichet - i.e. leur patient travail de vol des ressources de la population. C'est en partie parce que nous avons une certaine décence que l'on se fait de plus en plus enculer par les enculistes. Peut-être vous souvenez-vous de ce texte au début de la Recherche, où Proust explique que dans une conversation entre un imbécile et un homme intelligent celui-ci a souvent le dessous, parce qu'il ne peut prendre le temps de démonter tous les contre-sens et toutes les stupidités proférés par l'imbécile. Il y a de cela ici : le reste d'humanité que l'on peut trouver chez l'Homo Occidentalus le dessert pour l'instant plus qu'autre chose.

- Ce qui d'ailleurs explique à la fois pourquoi ceux qui manifestent le font en parlant d'un « autre monde » (tube de l'éternel groupe Téléphone, devenu Portable, puis Smartphone…), donc en dépassant - au moins en paroles - ce côté « je défends ce qui reste de mon bas de laine », et pourquoi ils sont, pour l'instant, aussi peu nombreux : on les soupçonne volontiers de ne pas être aussi désintéressés qu'ils le prétendent et éventuellement le croient. Cercle vicieux de l'absence de confiance, en soi et en les autres. Si je vais défiler, moi, c'est au moins autant pour défendre mon bout de canapé que parce que je crois qu'un autre monde est possible, donc il doit en être de même pour ceux qui défilent, donc c'est un peu la honte de les rejoindre, etc.

Ces remarques et intuitions, que je soumets à votre jugement, n'amènent à aucune conclusion. C'est la réalité qui s'en chargera, comme toujours !






P.S. La fin de mon texte consacré à Alain Zannini et L'enculé me laisse un peu sur ma faim concernant le travail romanesque de MEN dans son dernier livre. J'essaierai d'y revenir, mais mon attention a été attirée par les remarques de Laurent James sur le même sujet, publiées le lendemain de ma note. Je n'ai pas le temps de développer ça aujourd'hui, mais il me semble qu'une fois encore L.J. aborde, sous un autre angle, les mêmes problèmes que votre serviteur. (Ma rapide allusion au concept « post-moderne » était d'ailleurs dans mon esprit une allusion directe à la précédente intervention de Laurent James.) Les distinctions des différentes sortes de chaos ne sont pas éloignées je crois, sous un angle plus général, de mes réflexions sur l'identité du personnage Nabe dans Alain Zannini. Et les dernières phrases :

"Le monde post-moderne repose intégralement sur la crise, c’est son moteur premier. Ce qu’il faut, c’est réinventer une manière d’être seul, retrouver une solitude qui soit à l’opposé de la solitude de l’homme corporellement mêlé à la foule. Etre seul sans soi avec Dieu, et non pas seul avec les autres sans Dieu. La nécessité révolutionnaire, pour moi aujourd’hui, consiste à fuir tout espoir démobilisateur pour, au contraire, retrouver le sens du désespoir mobilisateur.",

si elles méritent réflexion, se trouvent à l'exacte jonction des préoccupations nabiennes, telles qu'il m'a semblé pouvoir les décrire, et du phénomène collectif que j'ai cherché aujourd'hui à expliquer.

Après, il n'y a plus qu'à : qu'est-ce que l'apocalypse, qu'est-ce que la solitude, que vient et que peut faire ma bite là-dedans... Il y a encore de quoi s'amuser !

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dimanche 6 novembre 2011

Des bites de MEN, DSK et AMG par temps de crise(s). (Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III bis.)

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Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, I.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, II.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III.




"Sa musique est au présent pour toujours…"

"Et Laura, novice à Lisieux, fit cette nuit-là quelque chose que je n'avais jamais vu aucune femme faire : elle se caressa le clitoris en s'humectant le doigt avec des larmes prises directement dans ses yeux. En quelques secondes elle râla, presque douloureusement devant moi qui la regardait comme une sainte, sans la toucher.

Son cri fut solennel. Tout le carmel en trembla, même s'il devait depuis un siècle en avoir entendu d'autres ! Les cloîtres sont des châteaux de branlette. Un spectre hante chaque corps de soeur. Une des milliards de preuves que Dieu existe est que des femmes peuvent tourner toute leur vie autour de son absence jusqu'à ce que sa présence leur soit jouissive. Dans une désintégration sublime de l'avenir et du passé, elles vivent au présent éternel." (Alain Zannini, Éditions du Rocher, 2002, p. 396)

"Les Putes sont des métaphysiciennes en action, car elles ne travaillent que sur le présent éternel, comme au théâtre." (Ibid., p. 503)



La question n'est pas : comment vivre sans détruire ? La question est : comment vivre sans faire autre chose que détruire ? Le roman Alain Zannini est une tentative de réponse en acte à cette question. D'abord un constat de tout ce que Nabe a pu détruire autour de lui et en lui durant les années 90, puis une promesse d'un « Nabe nouveau », un peu comme le Beaujolais, sauf qu'il s'agit aussi d'Alain Zannini, le « vrai nom » de Nabe (le vrai nom est-il le nom de naissance ou le nom que l'auteur s'est donné, par lequel il a été connu, par lequel il est devenu un personnage littéraire de sa propre oeuvre ?). Promesse sur laquelle s'achève le roman, promesse pas nécessairement convaincante - mais il est vrai qu'en le lisant en 2011 on se dit plus qu'il a fallu encore quelques années à l'auteur, et la rédaction d'un autre épais roman, presque une décennie plus tard, L'homme qui arrêta d'écrire, pour parvenir, au moins dans son oeuvre publiée, à une forme d'apaisement qui rappelle, donc, ce que le narrateur d'Alain Zannini nous annonçait dans les derniers chapitres.

« Tragédie » est peut-être, j'y reviendrai en conclusion, un mot trop fort, « problème » est à coup sûr trop faible : disons que la contradiction dans laquelle se débat Nabe (l'appeler ainsi, sans son prénom, c'est considérer l'individu-auteur-narrateur-personnage littéraire tout ensemble ; si j'utilise nom et prénom, il s'agira plus de l'auteur), c'est qu'il construit (en tout cas, donne vie) et détruit avec les mêmes outils, à savoir sa bite et son stylo. Deux des thématiques principales qui traversent Alain Zannini sont les aventures extra-conjugales de Nabe, les moments de jouissance comme les scènes affreuses ou pénibles, et les conséquences de la publication du Journal dans les années 90 - ou comment les personnages de la vie réelle supportent - c'est-à-dire, pour la grande majorité d'entre eux, ne supportent pas - d'être devenus des personnages littéraires. Sachant bien - et ne se demandant pas du tout ici qui est le plus à plaindre de l'auteur ou de ses proches - qu'il en est de même pour l'auteur que pour celles et ceux qui gravitent autour de lui : Nabe fait jouir (les femmes, les lecteurs), il fait du mal (aux femmes, à certains de ses lecteurs), il jouit et se fait du mal (aussi bien en se coltinant aux femmes qu'avec ses amis, et en écrivant sur ceux-ci et celles-là). Les 800 pages du roman sont une suite de petites morts, aussi bien les orgasmes de Nabe et de ses maîtresses (certaines scènes, notamment avec Diane Tell, ne manquant pas de susciter des érections intempestives chez le lecteur, ce qui, dans le métro, fut parfois gênant… passons), que dans les relations de Nabe avec les autres, et dans les relations de Nabe avec lui-même.

"J'ai fait ça toute ma vie : m'empêcher de me suicider…" (p. 489) : à coups de petites morts, de jouissances et d'attentats, lutter contre la tentation de la « vraie mort » - par ailleurs bien présente dans le roman. L'orgasme est à la fois célébration de la vie, célébration narcissique de soi-même (oui, tout de même), et moment d'oubli du temps comme de soi. Cela est vrai de tous ceux qui ont des orgasmes, mais tout le monde n'est pas personnage littéraire comme Nabe, et encore moins personnage dont une partie de l'existence pour le lecteur vient justement de ces orgasmes (ce pourquoi d'ailleurs il n'est pas insignifiant que certaines scènes érotiques fassent effectivement bander le lecteur). Ajoutons tout de suite que, contrairement à ce que souhaiteraient les proches de Nabe, il est tout à fait impossible d'imaginer son Journal repeint en rose, c'est-à-dire avec seulement les scènes positives, la baise réussie d'un côté, les conversations souriantes avec Sollers de l'autre… Je n'ai fait que parcourir les tomes du Journal, mais je pense avoir au moins compris que c'était tout ou rien : si on veut la vérité, il faut la prendre en entier.

Alain Zannini raconte précisément le moment - qui prend des années - où « c'est trop » : "« Je », que j'attiferais bien en permanence de guillemets tant je ne peux plus le supporter tel qu'il est, tel que les autres croient qu'il est, ou plutôt tel qu'il a été complice de ce que tous voulaient qu'il soit…" (p. 14) Mais comment retrouver une unité de sa personne sans tomber dans le nombrilisme, comment la retrouver en continuant de baiser et d'écrire, quand la façon dont on a baisé, écrit, et écrit qu'on baisait a fini par donner ce « Je » insupportable pour celui-là même qui l'a construit, décrit, vendu ? La solitude est une étape, elle ne peut suffire : "Ô solitude ! Quelle maîtresse parfaite ! S'il n'y avait pas moi, de temps en temps, pour me rappeler que j'existe, je serais le plus heureux des hommes. Seul sans soi : voilà le paradis." (p. 50) De même, il est nécessaire de rappeler des distinctions importantes : "Si chaque individu admettait que tout lui parle, et que s'en apercevoir c'est vivre mieux pour soi-même et pour les autres, il n'y aurait plus personne pour traiter les attentifs de prétentieux. Tout rattacher non pas à soi mais à sa vie, c'est se donner une chance de trouver cette fameuse unité que tous les êtres recherchent. Tout est à portée de main… Un signe n'est pas là pour flatter l'ego, mais pour l'envoyer se bouger le cul sur la piste de danse de la vérité universelle !" (p. 19) ; nécessaire, mais pas suffisant.

Si solutions il y a, et solutions finalement il y aura, elles doivent être combinées. Écrire la baise différemment, déjà : la première fois que Nabe pénètre une femme dans le récit au présent de Alain Zannini (dont l'action, je le rappelle, se déroule à Patmos dans la deuxième moitié de l'année 2000) est l'occasion de généralités d'un ton différent du récit des prouesses de l'enculeur en série des années 90, telles qu'elles sont relatées au fil des 800 pages ("Je ne me vante pas, c'est la vérité qui se vante pour moi. (p. 50)" : oui et non) :

"C'était vide et abstrait... C'était le contraire du corps, et ce n'était pas l'âme. C'était avant tout ce qu'on peut imaginer. Une ouverture béante, béate, bêtasse. La plaie impansable. La fissure incomblable. L'incolmatable brèche. Le non-lieu du non-dit où l'on n'en finit pas de recommencer à se finir. Gouffre suicidesque." (p. 233)

Expérience primitive et petite mort répétée… L'autre pivot pour sortir du cercle vicieux dans lequel Nabe, lui-même vicieux, s'est retrouvé pris, c'est bien sûr la destruction du Journal, qui clôt le roman. Je me suis longtemps dit, et l'ai peut-être écrit, que cette destruction était fictive, qu'il fallait que Marc-Édouard Nabe la proclame pour retrouver des relations un peu plus « normales » avec les autres. Ce dernier point est évident, et d'ailleurs évoqué par l'auteur de (et dans) L'homme qui arrêta d'écrire, mais je me rends compte, après la lecture d'Alain Zannini, roman de la genèse de la destruction du Journal - création / destruction, toujours -, que le plus important n'est pas que M.-É. Nabe ait détruit son journal ou qu'il ne l'écrive plus, c'est qu'il ne le publie plus. Ce qui ne l'a certes pas empêché, ces dix dernières années, de régler ses comptes avec certains de ses amis ou ex-amis, ni de se mettre en scène, mais le cercle vicieux évoqué au début de ce paragraphe semble, pour l'heure, rompu.

(Parenthèse sous forme d'hypothèse (ou le contraire) : je n'ai pas lu Printemps de feu, qui n'a pas bonne réputation. Il se peut que ce qui pose problème dans ce livre est que la sortie du cercle n'y soit pas faite, que malgré l'intérêt pour la politique (qui n'est pas nouveau chez MEN, mais qui devient la base des livres du début des années 2000 : Alain Zannini est publié juste après Une lueur d'espoir et avant Printemps de feu et J'enfonce le clou) Marc-Édouard Nabe y succombe au péché de rester « Nabe ». Je laisse les connaisseurs de ce livre juger de l'éventuelle fécondité de cette hypothèse.)


Respirons le temps d'une pause, et ajoutons quelques remarques annexes. J'ai évoqué dans mon précédent texte sur MEN les rapports entre jouissances esthétiques, extases religieuses, sadisme et masochisme chez Nabe. Le moins que l'on puisse dire est que Alain Zannini confirme amplement ces intuitions : "Si je sens que je peux bénéficier d'une situation quelle qu'elle soit, j'en saborde le profit." (p. 432) ; "Quelquefois, avec mon zorroïsme, mon jugementisme-dernier et toute ma christiquerie sado-sado, je me demandais comment elle pouvait me supporter…" (p. 637), etc., je pourrais en enchaîner d'autres.

L'idée est que Nabe jouit à la fois contre la destruction, ne serait-ce que celle du temps qui passe, et par la destruction. D'où l'importance du thème du présent éternel, que j'ai illustré par les citations qui ouvrent ce texte, et qui lui aussi est susceptible d'applications dans les domaines érotique, esthétique et littéraire. Miles Davis, bien que mort, est éternellement vivant et présent, les carmélites se noient dans un présent perpétuel de masturbation sacrée, les relations client-Pute (la majuscule vaut pour les prostituées du club que Nabe fréquente dans les années 90 et qu'il vénère), de par l'instantanéité du rapport commercial, sont toujours au présent… Et l'écriture du Journal : fixer le soir ce qui s'est passé durant la journée, le fixer de nouveau quelques années plus tard par la publication (sur l'importance de laquelle Nabe insiste, par exemple p. 218), c'est comme ériger une statue - un « devoir de mémoire » ? - à ce qui a été, une fois, le présent. Par définition, bien sûr, il n'y a pas de présent perpétuel. Mais il peut y avoir, eh oui, des moments de présent perpétuel…


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…recherchés notamment par le héros-narrateur du dernier roman de MEN, L'enculé. Vous n'aurez pas besoin d'une longue démonstration pour constater que les thèmes dont j'ai essayé de dégager l'importance dans Alain Zannini sont toujours présents dix ans plus tard (c'est le présent perpétuel !) :

"Ces jeunes d'aujourd'hui, de France ou d'Amérique, pas un pour relever le niveau de l'autre. Des pépères et des mémères à 20 ans : ils ne pensent qu'à construire leur avenir. Construire leur prison, oui ! Ils ne savent pas vivre. Construire ! Ils n'ont pas compris que vivre c'est détruire au contraire, et détruire l'avenir en particulier. Tout miser sur le présent. Quand j'ai essayé d'enseigner ça à mes enfants et aux copains de mes enfants, ils m'ont traité de soixante-huitard. Pas du tout, j'ai horreur de mai 68. Les gauchistes, merci bien ! En revanche, « jouir sans entraves », ça c'est un programme. Et pas politique, vital !" (pp. 16-17)

Dans l'émission de radio où il présente son livre, MEN approuve la suggestion de David Abiker selon laquelle il se serait identifié à DSK. (Notons au passage, pour s'en féliciter, que le crétin de service Birenbaum a détesté le livre : rien que de très logique.) A l'entendre sans avoir lu L'enculé, on ne mesure pas à quel point DSK y est « nabisé ». Outre des détails comme le dégoût des capotes (p. 102 de L'enculé), nombre de citations de ce roman dont DSK est le narrateur sont du Nabe tout craché :

"J'adore faire ça avec une pute, car c'est le summum de la vérité entre un homme et une femme : tout, tout de suite !" (p. 209) -

"Les pépins, ils n'ont pas tardé à arriver… Il n'y a que les débuts qui méritent d'être vécus, car ils ressemblent à des morts." (idem.)

Sans compter le beau passage que je vous ai servi à part la dernière fois.

En fait, il y a (au moins) deux DSK dans ce roman. Le patron du FMI, salaud notoire, présenté sous un angle ma foi assez proche de ce qu'un Soral pourrait faire. Et le baiseur, plongé dans le présent - et qui d'ailleurs avoue (p. 206) ne pas avoir le sens des dates -, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il fascine MEN : ce n'est pas que celui-ci en fasse un portrait à charge ou à décharge, qu'il l'innocente ou qu'il l'accable, c'est qu'il s'y reconnaît (rappelons d'ailleurs que Nabe est l'auteur d'une tentative de viol dans Alain Zannini) - et, du coup, le tire dans son sens, que ce soit, donc, par rapport à ce qu'est un désir, ou pour dire du mal des socialistes depuis toujours honnis. - En revanche, dans la mesure sans doute où le thème a déjà été exploité par les éditorialistes, MEN n'abuse pas des métaphores christiques au sujet de DSK (on en trouve des exemples plus ou moins explicites pp. 98, 149, 195), alors qu'elles surabondent dans Alain Zannini, où le moindre monticule est vite qualifié de Golgotha…



Comme il ne s'agit pas de faire un compte rendu de L'enculé en tant que tel, mais de continuer à tenter de voir quels sont les thèmes fondamentaux des textes de MEN et comment ils sont structurés les uns par rapport aux autres, je concluerai ces quelques notes sur un dernier rapprochement avec Alain Zannini : ce sont des romans, tout simplement, des romans drôles et tragiques.

"…Voyant qu'elle avait affaire à quelqu'un de sérieux, c'est-à-dire à un rigolo qui prenait tout au tragique…" (Alain Zannini, p. 153) ; "Ce sont les situations les plus tragiques qui sont les plus marrantes." (L'enculé, p. 32) : ce qui est tragique est souvent aussi dérisoire, et suscite donc le rire. Les tourments du solitaire Nabe à Paris dans les années 90 ou à Patmos en 2000, les affres du patron du FMI, tout aussi solitaire, durant toute sa vie de chasseur de culs et à partir du 14 mai 2011, sont de réels tourments mais sont aussi matière à rire, ceci parce que cela et vice-versa. Il y a un côté « anarchiste-sacrificateur » chez les deux narrateurs, une façon presque religieuse de désacraliser le sacré. C'est d'ailleurs, à certains égards et sans tout mélanger, une tendance du monde moderne (ou post-moderne, si l'on veut). - On notera ceci dit que MEN n'a pas vraiment creusé le côté apocalyptique, non de DSK, mais de la symbolique de la chute du patron du FMI en temps de crise mondiale, alors que le thème de l'apocalypse était omniprésent dans Alain Zannini. Une colère biblique, dixit DSK, est bien présente (p. 234), colère biblique due à l'amoralité américaine, c'est-à-dire moderne, mais elle ne me semble pas tourner à l'Apocalypse. - Il se peut d'ailleurs que de ce point de vue l'actualité aille encore plus vite que ce roman pourtant singulièrement près de son sujet.

Quoi qu'il en soit, je n'ai pu m'empêcher de trouver, dans la plus belle formule du livre, une sorte de guide ou de sagesse pour la crise, et/ou l'après-crise :

"A la fin de mon discours, je suis descendu de l'estrade et j'ai foncé sur elle (…), j'ai piqué son numéro et l'ai appelée une heure après. Pourquoi attendre que le désir se fane, pour ces connes de convenances ? C'est si puissamment fragile, un désir. Qu'y a-t-il de plus beau dans la vie ?" (p. 209)


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mardi 23 août 2011

Sans trop de commentaires. (Ajout le lendemain.) - Nigger of the day, XII.

"Un jour, un jour viendra pour l'univers où toutes ses lois seront bouleversées ; le pôle austral écrasera toutes les étendues libyennes."

Sénèque, Hercule à l'Oeta - cité par Simone Weil en 1942, lu par bibi hier. Bon, c'est plutôt le pôle septentrional qui « bouleverse les lois », y compris celles qui sont censées être les siennes, mais cela m'a bien sûr fait sourire à la lecture. J'ajouterai que S. W. repense ici à Sénèque alors qu'elle est en pleine méditation sur la notion de fin du monde.

Lue quelques minutes après, cette autre phrase, dans la célèbre lettre qu'elle adressa à Bernanos après avoir découvert Les grands cimetières sous la lune : "Les humiliations infligées par mon pays me sont plus douloureuses que celles qu'il peut subir." (1938, p. 409 de l'édition « Quarto »)

État d'esprit d'autant moins partagé par mes contemporains que :

"Une atmosphère lourde, opaque, étouffante s'est établie sur le pays, de sorte que les gens ont le cafard et sont mécontents de tout, mais d'autre part sont disposés à encaisser n'importe quoi sans protestations et même sans surprise." (ébauche de lettre à son frère en 1939, avant le début de la guerre, citée par S. Pétrement p. 509 de La vie de Simone Weil)

A encaisser n'importe quoi, à faire encaisser aux autres n'importe quoi, à croire n'importe quoi. Évoquant L'enracinement, S. Pétrement rappelle que S. W., dans son projet de société future, y "juge nécessaire (...) qu'on interdise toute propagande de parti et aussi toute pression d'un groupe sur ses propres membres pour imposer certaines opinions (c'est-à-dire toute pression exercée en vertu de la notion d'orthodoxie). Elle conseille aussi que soient créés des sortes de tribunaux devant lesquels on pourrait citer tout écrivain ou journaliste qui aurait soit publié sciemment des mensonges, soit publiés des erreurs qu'il pouvait facilement éviter." (p. 655)

- si tous les cocus avaient des clochettes... Sur le même sujet, Thierry Meyssan disait il y a peu la même chose.

L'Occident est mort, mais il tue encore !



(Ajout le 24.08.11)
Certaines conclusions à ce qui précède étaient implicites, mais un autre texte de S. W., lu hier, les formulant mieux que je ne saurais le faire, je reprends la plume pour laisser la parole au maître (à la "maitresse" ? ça fait école primaire ou SM...) :

"Dès que la vérité disparaît, l'utilité aussitôt prend sa place. (...)

Depuis longtemps déjà, dans tous les domaines sans exception, les gardiens en titre des valeurs spirituelles les avaient laissé se dégrader, par leur propre carence et sans nulle contrainte extérieure. Une sorte de crainte nous empêche de le reconnaître, comme si nous risquions ainsi de porter atteinte à ces valeurs elles-mêmes : mais loin de là, dans la période peut-être fort longue de douleur et d'humiliation où nous nous sommes engagés, nous ne pouvons retrouver un jour ce qui nous manque que si nous sentons de toute notre âme à quel point nous avons mérité notre sort. Nous voyons la force des armes asservir de plus en plus l'intelligence, et la souffrance rend aujourd'hui cet asservissement sensible à tous : mais l'intelligence s'était déjà abaissée jusqu'à l'état de servitude avant d'avoir personne à qui obéir. Si quelqu'un va s'exposer comme esclave sur le marché, quoi d'étonnant qu'il trouve un maître ?" (Réflexions à propos de la théorie des quanta, 1942, pp. 591-92 de l'édition « Quarto ».)



Et tant que nous y sommes, ajoutons ce « syllogisme de l'amertume » de Herr Cioran, relu hier : s'il n'est pas du même niveau, il est assez amusant, voire potache (ce qu'il écrit ferait, soit dit en passant, hurler de rage le baron Evola, mais ne nous dispersons pas) :

"Pourra-ton méridionaliser les peuples graves ? L'avenir de l'Europe est suspendu à cette question. Si les Allemands se remettent à travailler comme naguère, l'Occident est perdu ; de même si les Russes ne retrouvent pas leur vieil amour de la paresse. Il faudrait développer chez les uns et les autres le goût du farniente, de l'apathie et de la sieste, leur faire miroiter les délices de l'avachissement et de la versatilité.

...A moins de nous résigner aux solutions que la Prusse, ou la Sibérie, infligerait à notre dilettantisme." (1952 - p. 771 de l'édition « Quarto ».)

Il manque bien sûr les Américains à ce tableau, mais soixante après, il sonne pour le moins juste.


Un peu de dégoût pour finir :



Billie holiday Strange fruit






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jeudi 11 août 2011

"Qui ceci, qui cela."

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Quelques brèves (de comptoir, bien sûr) :

- il semble qu'il y ait, comme cela arrive de temps à autre, un problème avec la fonction "Commentaires". Vous pouvez m'envoyer vos réactions par mail, en précisant de quel « post » vous parlez, je les intégrerai dans le corps du texte, le temps que la situation se rétablisse.

- ce qui fonctionne, en revanche, ce sont les statistiques fournies par M. Blogspot, et qui m'ont récemment permis de découvrir qu'un site lié au Monde me classait à la jonction même entre la droite et l'extrême-droite. Cela m'était déjà arrivé il y a cinq ans (!!!!!! - je ne sais pas si le temps existe, mais il passe, l'enflé) : un truc du même genre - le lien ne donne plus rien, la Toile l'a absorbé - me cataloguait aussi droite.

- à ce sujet, avant de revenir sur ces classements, une digression : cela faisait un certain temps que je le pensais à part moi, l'archiviste Emmanuel Ratier le confirme de son côté dans son entretien avec Égalité & Réconciliation : les informations diffusées sur Internet ont une durée de vie bien inférieure à celle assurée, malgré d'éventuelles vicissitudes matérielles, par l'imprimé. Je dirais même plus, Internet n'a rien d'éternel en soi et pourrait très bien disparaître un jour ; à tout le moins, être suspendu ou redémarrer à zéro, toutes les informations que l'on y trouve disparaissant dans les poubelles de l'Histoire en un autodafé sans équivalent. Je ne saurais par conséquent trop vous encourager à faire une copie des textes que vous aimez, et, pour les blogueurs, que vous écrivez. Ne venez pas râler en cas de problème...

- Bibi à droite, donc. Il y a plusieurs remarques à faire. D'abord, la démarche de ces sites. Outre qu'ils ne vous consultent pas, ce qui pourrait éviter des malentendus, ils semblent pratiquer par recoupements, tant à partir des liens entrants et sortants qu'à partir des auteurs évoqués, et il est de fait que je cite plus souvent Maurras que Marx en ce moment. A ce compte, on pourrait classer des chasseurs de fachos frénétiques comme P.-A. Taguieff et C. Fourest à l'extrême-droite - ce qui d'ailleurs, dans le cas du premier, est une hypothèse que j'aimerais bien mettre à l'épreuve un jour, mais passons.




J'ai rédigé ces lignes il y a quelques jours, suivies d'autres, bavardes et vides, sans parvenir à voir d'où venait la difficulté. Simple susceptibilité de la part d'un ancien gauchiste, qui ne voudrait pas reconnaître qu'il a évolué, comme beaucoup d'autres ? Mais je suis très content d'avoir évolué, au contraire, sans que cela m'oblige à me considérer « de droite ».

En réalité (laissons là les italiques), il y avait plusieurs causes à mon embarras. Certaines sont de l'ordre de la cuisine interne et peu intéressantes pour vous. D'autres relèvent de problèmes plus généraux. Et c'est finalement la conjonction entre les petits problèmes boursiers de ces derniers jours et l'annonce par M. Cinéma qu'il allait s'efforcer de trouver une « nouvelle formule » (on se croirait à Télérama...), qui m'a permis de mieux comprendre ce sur quoi je butais.

Il me semble que nous autres blogueurs - et j'insiste sur le fait que cela ne concerne pas qu'un blogueur orienté sur la politique, même dans un sens large, comme Bibi, mais aussi un cinéphile comme M. Cinéma, voire une skyblogueuse se demandant si elle doit coucher dès le premier soir - sommes actuellement pris entre deux mouvements contradictoires.

A partir du moment où vous avez l'ambition de réfléchir à certaines questions, il arrive un jour où le support du blog, avec tous ces avantages, vous limite plus qu'il ne vous stimule. Ce n'est pas tant l'habitude de l'alimenter assez régulièrement qui vous prend du temps par rapport à d'autres travaux de fond : c'est, plus profondément, qu'à force de touiller et retouiller certaines questions, vous pouvez avoir, à la fois soudainement et non soudainement, l'impression d'approcher de quelque chose de nouveau - et vous vous sentez à l'étroit dans votre costume de blogueur. Vous devinez confusément que si vous essayez de mieux préciser les contours de ce qui vous apparaît « nouveau », vous risquez fort de vous lancer dans un travail qui, matériellement, peut très bien être publié en plusieurs épisodes sur le blog, mais qui nécessite un engagement personnel, avec ce que cela suppose en termes d'heures de travail volées à la vie familiale et conjugale, que l'on ne sent pas nécessairement à même de fournir. (Sans compter, vanitas..., que dans ce cas-là on se verrait bien publié sous la forme d'un « vrai livre », merde...)

Pour continuer avec ma métaphore habituelle du comptoir : vous êtes le patron d'un café, vous faites un peu les mêmes plats chaque jour, mais avec des variations, des nouveaux ingrédients, vous apprenez vous-même de nouvelles manières d'accorder les aliments. Et un jour, à force, il vous semble que vous n'êtes pas loin de créer une nouvelle recette vraiment intéressante. Pas loin et en même temps très loin, parce que pour être à la hauteur de ce que vous imaginez être cette idée il vous faut sinon fermer votre enseigne, du moins réduire considérablement ses horaires d'ouverture, et changer votre rythme de vie habituel.

Cela m'était déjà arrivé une fois, lorsque je travaillais à ma série sur le concept de « nature humaine », série qui, il n'y a pas de hasard, plaisait particulièrement à M. Cinéma : j'avais le sentiment de toucher à un « truc » - mais n'ai pas poussé mon avantage. Non seulement j'en ai toujours gardé une forte rancune contre moi-même, mais j'y ai appris que dans ces cas-là le train ne repasse pas : l'effort que je devrais faire aujourd'hui pour reprendre possession (presque au sens charnel d'ailleurs, on s'imprègne et on possède des concepts autant peut-être qu'on peut le faire d'une femme) de ces idées, ne serait pas impossible à fournir, mais cela me serait bien plus difficile que si j'avais alors continué sur ma lancée.

Bref ! Vous l'aurez compris, je n'ai pas envie de rater cette fois le train Simone Weil - le problème ici, par rapport aux descriptions générales que je viens de vous soumettre, étant que cette chère juive antisémite a poussé très loin la cohérence entre ses idées et son mode de vie, et que donc il ne s'agit pas seulement de jouer avec des concepts, aussi intéressants fussent-ils.

Je ne suis pas en train de vous annoncer une conversion, un départ dans le désert pour y méditer, ni même une suspension d'activité. Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire. Mais j'ai idée, en revanche, que mes problèmes ne sont pas que les miens, d'où l'intérêt potentiel de les mettre sur la table.


D'autant que, c'est le deuxième mouvement contradictoire que je vous annonçais plus haut, il y a en ce moment, et cela nous concerne donc tous, une telle concentration d'événements (je préfère cela à « accélération de l'actualité ») que l'on se sent quelque peu impuissant à l'affronter. Ça craque de toutes parts, on le voit bien, on a de bonnes raisons de s'en réjouir, et dans le même temps on a du mal à ne pas être inquiet sur ce que cela peut donner. Je vous la fais rapide sur ce thème, le maître ou M. Defensa vous en parleront mieux que moi.

Mais le fait est là : au moment même où j'ai besoin de temps, et d'abord, sans préjudice des réponses que je peux trouver, de temps de réflexion par rapport à mes propres réflexions, je sens que les efforts qu'il faut produire par ailleurs pour comprendre à peu près ce qui se passe et, surtout, ce qui risque de se passer, sont de plus en plus grands. En poussant le raisonnement, on peut dire que ça tombe bien : puisque le support du blog ne permet ni de coller à la compréhension du monde tel qu'il se défait et se refera peut-être, ni de transmettre des idées que l'on espère être plus originales qu'à l'accoutumée, alors autant mettre la clé sous la porte, sans regret. Le blog aurait fait son temps. Mais l'on voit bien que ces idées « plus originales » ne peuvent avoir de valeur que si leur auteur a quelque « compréhension du monde » : blog ou pas blog, le problème reste entier.


Restons-en là pour aujourd'hui. Je vous laisse juges de décider à quel point les questions que j'ai exposées me concernent plus particulièrement ou sont vécues d'une manière analogue par d'autres - blogueurs ou non blogueurs, faut-il le préciser.

Et finissons avec une petite coda, dont je vous prie de ne pas surinterpréter la provenance biblique. Après le match d'hier soir, j'ai rouvert mon Nouveau Testament et suis vite retombé sur ces lignes célèbres (le mot est faible), tirées de la première Épitre aux Corinthiens, dont la thématique « maussienne » m'a frappé :

"Quant à ce que vous m'avez écrit, il est bon pour l'homme de ne pas s'attacher de femme.

Mais par crainte de la prostitution [généralisée, note de AMG], que chacun ait sa femme et chacune son mari.

Que le mari rende à la femme son dû et de même la femme, à son mari.

Ce n'est pas la femme qui a pouvoir sur son propre corps, c'est son mari ; et de même, ce n'est pas le mari qui a pouvoir sur son propre corps, c'est sa femme.

Ne vous privez pas l'un de l'autre, sinon d'un commun accord et pour un instant, pour vaquer à la prière ; et remettez-vous ensemble de peur que le Satan ne vous éprouve par votre incontinence.

Ce que je vous dis est une concession et non un ordre.

Je voudrais que tous les hommes soient comme moi, mais chacun a de Dieu son propre don : qui ceci, qui cela." (VII, 1-7)

La suite est délectable, malheureusement je ne peux la retranscrire et c'est regrettable, ça vous aurait fait lire un peu... Bref, je ne vais pas recopier tout saint Paul.

A bientôt !

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mardi 2 août 2011

Des priorités logiques et de leurs conséquences.

Un peu à la façon dont Maurras souligne avec fermeté qu'une idée n'a pas à être généreuse ou gentille, mais vraie, Evola, dans un texte écrit en 1940 ("L'Angleterre et la déchéance de l'idée d'Empire"), met utilement les points sur les i, et rappelle que l'enculisme n'est pas mauvais parce qu'il est méchant ou injuste, mais qu'il est injuste parce qu'il est faux, repose sur une conception erronée de la nature humaine (etc., cf. épisode précédent) :

"Malheureusement, la sensibilité de nos contemporains a été comme anesthésiée par le matérialisme triomphant, si bien qu'elle considère tout au plus - y étant amenée uniquement par l'instinct et par les effets de conséquences matérielles catastrophiques - qu'un monde contrôlé par la ploutocratie bourgeoise est un monde d'injustice. Mais parler d'injustice est aussi vague qu'indéterminé. C'est d'une dégradation et d'une usurpation qu'il conviendrait de parler - tout le reste n'étant que simple conséquence -, dégradation et usurpation par rapport à une conception supérieure du droit et à une légitimation plus haute de la puissance (...). Que la puissance se définisse par la richesse, par l'or, et que les nations « puissantes » ainsi conçues, sans aucun titre de supériorité, contrôlent le monde et y fassent la pluie et le beau temps - ceci est beaucoup moins une « injustice » que quelque chose d'absurde, d'anormal, d'irrationnel. C'est une situation analogue à celle d'un corps dans lequel les fonctions de la vie végétative animale, en s'hypertrophiant, tendraient à prendre la direction du tout, s'assujettissant toute autre force, toute autre faculté : il s'agit d'un phénomène purement pathologique et tératologique." (in Essais politiques, Pardès, 1988, p. 91-92)

De ce point de vue, cela est aussi clair que logique, et même d'une simplicité, c'est le cas de le dire, biblique : qui a vécu par l'enculisme périra par l'enculisme.

D'ailleurs, en cas de crise, "dans le meilleur des cas, il s'agira de combattre par désespoir, pour sauver sa peau, voire ses biens, car les démocraties ploutocratiques font songer à celui qui, placé devant l'alternative de donner sa bourse ou sa vie, préfère finalement risquer celle-ci." (Les hommes au milieu des ruines,, p. 134) - ceci est écrit en 1965.

Ces raisonnements et remarques amènent à penser que notre monde va se juger lui-même, que l'on saura à la « fin », en tout cas s'il y en a une, à quel point il était mauvais : qu'il ne parvienne pas à se redresser, à remettre les choses en ordre, que la « fatalité » de la crise l'emporte, et la messe sera dite : ce monde n'était fait que pour s'autodétruire. Ce qu'il pouvait avoir de bon étant, ce sera alors prouvé, en portion bien trop congrue par rapport à ce qu'il avait de mauvais, il n'y aura pas à le regretter.

- Le pire, ou le plus drôle, étant que tout le monde le sait et que cette crise finale, comme l'était la lutte dans le temps, cette crise, je le maintiens, est comme un « obscur objet du désir » pour nous. Ce que nous souhaitons au fond, c'est que cette crise - « systémique », pour parler comme M. Defensa - soit tellement grave qu'elle ne nous laisse plus d'excuses, de même qu'elle ne laissera pas d'échappatoire à nos « élites » usurpatrices, comme dit Evola : seul un choc d'une exceptionnelle gravité pourrait dessiller les yeux fermés par le dogmatisme et les croyances utopiques des Sarkozy et autres enculés. Les choses deviendraient tellement simples que la médiocrité intellectuelle de ceux-ci ne serait plus un obstacle : il n'y aurait de toutes façons plus le choix - donc pas de possibilité de se tromper une n-ème fois.

Tel me semble être, si l'on en juge par ce que l'on perçoit des équilibres des forces politiques et morales à l'heure actuelle, en France tout au moins, l'espèce de pari de nos contemporains : que notre monde devienne si abominable qu'il n'ait pas d'autre solution que de parvenir à se sauver. La conscience même de la nullité de ce monde autorisant à ne rien faire pour le changer : c'est un paradoxe, mais aussi un certain réalisme de ce que la « force qui va » de ce monde permet concrètement à ceux qui voudraient lutter à contre-courant : pas grand-chose. Ce que la forme de défaitisme contenue dans ledit paradoxe ne risque certes pas d'améliorer...

Reste que l'issue de ce pari - empreint de « désespoir » et non de valeurs positives, comme le notait Evola - est des plus incertaines : pour reprendre les termes du baron, il s'agit de risquer sa vie plutôt que sa bourse, en espérant que la peur alors éprouvée pour sa vie permettra (comment ?) de la sauver - et tant qu'à faire, de sauver la bourse par la même occasion - quitte à rogner un peu sur celle-ci, ce qui de toutes façons est le cours actuel des choses. Le beurre et l'argent du beurre, toujours... Ce n'est pas gagné.

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