vendredi 27 mai 2011

Anthropology. (Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, II.) - (Nigger of the day, XII.)

Pas vraiment de texte construit aujourd'hui, quelques pistes et prolongements des posts précédents.

Un peu de poésie pour commencer :

"Ris donc, monstre hominien, ris si tu en as encore le courage, tu n'as qu'à persévérer dans la voie que tu suis sur le globe en ces jours, et, réellement, cette ère ne passera pas que tu ne deviennes minuscule et coriace comme l'habitant des termitières qui est ton digne ancêtre et dont tu suis l'exemple. Contemple où tu es et sache que ton progrès matériel n'est pas un vain mot. Perfectionne tes machines, rationalise ton travail. Spécialise-toi, ta physiologie suivra et te transformera bientôt en l'outil de tes voeux. Rappelle-toi, voici, je te donne un signe à quoi tu reconnaîtras si je dis vrai : dans peu de temps tu ne rêveras plus. Alors, conséquence obscure pour toi et néanmoins fatalement directe tu perdras toute conscience individuelle. Tu deviendras une partie inconsciente, un engrenage de ta machine sociale et, sans sursaut, tu atteindras ton but suprême de cellule indivise d'un organisme rationnel comme les fourmis, comme les abeilles. Et comme elles tu raccourciras et du durciras. Et tu seras insecte." (R. Gilbert-Lecomte, "L'horrible révélation… la seule", Le Grand Jeu, n°3, 1930)

Peut-être peut-on relier cela à ce que disait Karl Kraus sur la façon dont la presse a pu, quotidiennement, tuer la sensibilité et l'imagination, créant ainsi les conditions mentales d'une boucherie comme la Grande Guerre. Cela n'a rien de fleur bleue ou de mièvre, c'est le simple constat qu'une certaine atrophie de la sensibilité, se manifestant aux niveaux de l'imagination et du rêve, est aussi une atrophie morale. Autant qu'il me souvienne, il y a quelque chose d'équivalent chez Chesterton dans son apologie des contes de fées comme leçons pratiques de morale et, donc, de complexité.

A propos de Chesterton, citons une fois encore sa théorie sur le christianisme, lequel aurait "surmonté la difficulté de concilier deux contraires en les gardant tous deux et en les gardant tous deux en toute leur violence" : en retranscrivant de nouveau ce texte la dernière fois, je me faisais la remarque que c'est précisément sur ce point qu'a travaillé Simone Weil, qu'elle s'est efforcée de dialectiser de nouveau cette opposition des « deux contraires », de les concilier « en les gardant tous deux et en les gardant tous deux en toute leur violence », mais en cherchant tout de même leur unité, là où la « conciliation » évoquée par Chesterton n'est qu'une juxtaposition : pleine de sens pour la société, ou la civilisation, où elle s'est produite, mais juxtaposition tout de même. Retrouver une unité en préservant la « violence » de ces contraires, en ne réintroduisant pas sournoisement un affadissement de ces contraires, ce n'est peut-être pas le point de vue de Dieu, mais c'est une tâche qui relève sans doute, au moins partiellement, du surhumain - et le surhumain, ça crève... Il est en tout cas logique, si la piste d'interprétation que je propose ici a un sens, que Simone Weil y ait peu à peu épuisé sa force vitale.

Puisque je parle de Simone Weil, voici un texte que j'avais à coeur de vous faire lire ou relire, tant, d'une part, j'y retrouve des idées qui me sont chères, tant, d'autre part, il est exemplaire de sa façon si directe de relier des questions dites sociales et des questions fondamentales de la condition humaine :

"Le temps et le rythme sont le facteur le plus important du problème ouvrier. Certes le travail n'est pas le jeu : il est à la fois inévitable et convenable qu'il y ait dans le travail de la monotonie et de l'ennui, et d'ailleurs il n'est rien de grand sur cette terre, dans un aucun domaine, sans une part de monotonie et d'ennui. Il y a plus de monotonie dans une messe en chant grégorien ou dans un concerto de Bach que dans une opérette. Ce monde où nous sommes tombés existe réellement ; nous sommes réellement chair ; nous avons été jetés hors de l'éternité ; et nous devons réellement traverser le temps, avec peine, minute après minute. Cette peine est notre partage, et la monotonie du travail en est seulement une forme. Mais il n'est pas moins vrai que notre pensée est faite pour dominer le temps, et que cette vocation doit être préservée intacte en tout être humain. La succession absolument uniforme en même temps que variée et continuellement surprenante des jours, des mois, des saisons et des années convient exactement à notre peine et à notre grandeur. Tout ce qui parmi les choses humaines est à quelque degré beau et bon reproduit à quelque degré ce mélange d'uniformité et de variété ; tout ce qui en diffère est mauvais et dégradant. Le travail du paysan obéit par nécessité à ce rythme du monde ; le travail de l'ouvrier, par sa nature même, en est dans une large mesure indépendant, mais il pourrait l'imiter. C'est le contraire qui se produit dans les usines. L'uniformité et la variété s'y mélangent aussi, mais ce mélange est l'opposé de celui que procurent le soleil et les astres ; le soleil et les astres emplissent d'avance le temps de cadres faits d'une variété limitée et ordonnée en retours réguliers, cadres destinés à loger une variété infinie d'événements absolument imprévisibles et partiellement privés d'ordre ; au contraire l'avenir de celui qui travaille dans une usine est vide à cause de l'impossibilité de prévoir, et plus mort que du passé à cause de l'identité des instants qui se succèdent comme les tic-tac d'une horloge. Une uniformité qui imite les mouvements des horloges et non pas ceux des constellations, une variété qui exclut toute règle et par suite toute prévision, cela fait un temps inhabitable à l'homme, irrespirable." (S. Weil, "Expérience de la vie d'usine. Lettre ouverte à Jules Romains", 1941, repris dans l'édition « Quarto », Gallimard, 2008 [1999], p. 208.)

Ce qui, incidemment, me permet d'émettre cette idée sur M.-É. Nabe : en tant qu'écrivain, que travailleur, il sait certainement fort bien qu'il y a de l'ennui dans le travail, et que c'est tout à fait sain, mais j'ai souvent pensée qu'il y avait une part de lui qui refusait, d'un point de vue plus général, cette idée. Mon hypothèse est qu'il a connu, si ce n'est le paradis, du moins l'éternité, en tombant dans le jazz quand il était petit, et qu'il voit toujours le monde en partie du point de vue de cette expérience précoce de l'éternité. En tant que « mélange d'uniformité et de variété », ce que l'on peut dire sans doute de toute musique, il est clair que le jazz occupe une place bien particulière, où la « variété » et l'imprévisibilité sont plus grandes que dans d'autres formes musicales : à partir d'une certaine « uniformité » - les mêmes thèmes toujours repris, une certaine structure de base -, le jazz est un dispositif de création d'imprévisibilité. Il me semble qu'avoir connu très jeune, et très profondément, cette exaltation, a donné à Nabe sa faculté d'adaptation au nouveau et à la variété sous toutes ses formes, qui fait qu'il est toujours là, et, comme j'ai pu le signaler il y trois mois, qu'il ne fait pas vieux con ; en même temps, il me semble parfois demander trop, du point de vue de l'intensité des émotions, à ses contemporains ; ou, disons-le autrement, il n'a peut-être pas assez de reconnaissance vis-à-vis de l'humanité moyenne et de la noblesse des « travaux et des jours ». Étant par ailleurs entendu, bien sûr, que si personne ne demande à l'humanité plus que ce qu'elle est spontanément prête à donner, on risque vite de s'ennuyer à mourir, etc.

Ceci étant dit, une petite pause, dans le sujet :





et, puisque nous brodons aujourd'hui sur les fondamentaux de l'humaine condition, parlons de sexe - et, incidemment, il le faut bien, de M. Dominique Strauss-Kahn.

Posons d'abord le cadre fondamental de l'analyse :

"C'est le processus explicatif habituel qui doit être inversé : l'inférieur se déduit du supérieur, le supérieur explique l'inférieur. L'instinct physique procède d'un instant métaphysique. Le désir primordial, c'est le désir d'être ; c'est, précisément, une impulsion métaphysique, dont l'instinct biologique d'autoconservation et l'instinct de reproduction sont des « précipités », des matérialisations qui créent, sur leur plan, leurs propres déterminismes physiques. Partant de l'ivresse hyperphysique, d'une exaltation transfiguratrice et analogique, la phénoménologie de l'éros humain trouve sa limite inférieure dans l'orgasme proprement charnel d'ordre génésiaque : on arrive ensuite aux formes de sexualité spécifiques aux animaux." (J. Evola, Métaphysique du sexe, 1958, L'Age d'Homme, 2006, p. 74)

Le désir est métaphysique avant que d'être physique. Evola insiste sur l'aspect magnétique du désir au sens large, avant que de faire une distinction primordiale :

"Au sujet des états qui se manifestent dans la composition la plus profonde de l'individu, il faut, en règle générale, faire une différence entre le cas de l'union effective d'un homme et d'une femme sur la base du magnétisme et de la polarité, et le cas de ce qu'on pourrait appeler un usage concerté des corps en vue d'un but finalement auto-érotique, assez peu dissemblable de la masturbation, donc pour parvenir au simple spasme organique, à travers une satisfaction individuelle, soit de l'homme, soit de la femme, soit des deux, sans une communion et une compénétration effectives. Cette dernière situation est, au fond, celle qui se réalise lorsqu'on est tourné vers la seule « recherche du plaisir », lorsque le « principe de plaisir » domine l'union, au point de lui conférer ce caractère extrinsèque dont nous avons parlé lorsque nous avons contesté que ce principe soit le mobile le plus profond de l'eros. Dans ce cas l'amant est affecté d'une espèce d'impuissance ; il ne jouit que pour soi, ignorant la réalité de l'autre être, sans parvenir à ce contact avec la substance intime, subtile et « psychique » de l'autre, qui, seul, peut alimenter une intensité dissolvante et propitiatoire d'extase. Il est possible que l'emploi, dans la Bible, de l'expression « connaître » une femme au sens de la posséder, renvoie à l'orientation opposée dans l'étreinte [la bonne orientation, celle de « l'union effective », AMG], tandis qu'il est intéressant de noter que dans le Kâma-sûtra (II, 10), l'union avec une femme de caste inférieure, prolongée seulement jusqu'à ce que le plaisir de l'homme soit satisfait, est appelée « la copulation des eunuques »." (Ibid., pp. 126-27) -

Point n'est besoin sans doute d'épiloguer sur la manière dont cela fait penser à la sexualité de DSK, si elle est bien celle que l'on nous décrit ces jours-ci. Au passage, signalons que, dans ce cas, l'intéressé n'a aucune titre à se vanter d' « aimer les femmes » : il aime surtout, manifestement, sa propre bite, ce qui est à la portée de tout un chacun, et ne l'empêche pas de n'être, métaphysiquement parlant, qu'un eunuque. Passons.

Dans le même ordre d'idées, quelques pages plus haut, Evola lors d'une incise évoque l'"état d'identification et d'amalgamation [de] deux êtres - en l'absence duquel l'union sexuelle n'est guère plus qu'une rencontre en vue d'une satisfaction quasi masturbatoire, réciproque et solitaire…" (p. 120) : on ne saurait mieux dire, la réciprocité n'étant ici que celle du contrat, du donnant-donnant (que l'on retrouve sous une forme aberrante dans certaines modes contemporaines).

- ce qui me permet ici, pour finir, d'apporter, ce que je voulais faire depuis longtemps, un complément à une thèse de Laurent James sur le sexe comme "pourvoyeur de valeurs absolument révolutionnaires et radicalement anti-modernes" : "la rencontre métaphysique entre deux êtres (une chose que le pouvoir cherche à détruire par tous les moyens, puisqu’il ne peut pas le contrôler), et une certaine connaissance de soi-même apte à maîtriser son désir de « libération dionysiaque de l’élément action », comme l’écrit Julius Evola dans La doctrine aryenne du combat et de la victoire." En réalité, il est bon que je ne relise ce texte qu'après avoir lu, pour la première fois, Evola, cela m'évite de me tromper sur ce que L.J. veut dire. Je souhaiterais simplement ajouter que « le pouvoir » a tout de même un moyen de nuire à cette force « révolutionnaire » de la rencontre sexuelle. Il suffit de regarder ces vidéos d'amateurs sur Youporn ou autres, où d'authentiques couples font l'amour à la manière d'un film de cul, ou de glaner certains témoignages de rencontres où l'un des partenaires a eu la mauvaise surprise de découvrir qu'il n'était pas en train de faire l'amour à un être humain mais à une caricature de « star du X », pour sentir que via le porno une contre-force nuisible à ce qu'il peut y avoir d'authentique dans une union se glisse de plus en plus, me semble-t-il, dans l'intimité des couples. Et certes, la distinction que fait Evola entre « l'union effective d'un homme et d'une femme » et l'« usage concerté des corps en vue d'un but finalement auto-érotique, assez peu dissemblable de la masturbation » n'a pas attendu le porno sur internet pour être valide, l'union effective a certainement toujours été plus rare que l'usage concerté : il n'en reste pas moins regrettable que certains phénomènes contemporains poussent à accroître encore ce déséquilibre.

- Je vous laisse, boulot boulot, menuise menuise. A plus !

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samedi 26 février 2011

"Tout est là." (Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, I.)

Retouché


"On ne peut pas mettre en structure n'importe quoi ou n'importe comment, pas plus qu'on ne peut réaliser n'importe quel mariage… La plupart des structuralistes emploient le mot « structures » au pluriel, ce qui est une aliénation majeure. Dès lors toutes les fantaisies sont possibles et on retombe dans un dévergondage sans doute différent de celui de la poésie banale mais qui n'en est pas moins un dévergondage. La vraie question n'est d'ailleurs pas de poser le problème de la communication en soi, même sous une forme dialectique, mais de saisir si on peut trouver un interlocuteur, c'est-à-dire un pôle de structure répondant à sa propre polarité, et en l'espèce une femme capable de recevoir son message et de lui délivrer en échange le sien. C'est cela le vrai problème. Traiter de la communication dans le concret et non dans l'abstrait…

- Il faudra trouver des êtres suffisamment réceptifs pour capter ce rayonnement dont vous parliez.

A la fois réceptifs et rayonnants eux-mêmes, pour qu'il y ait échange, et échange clair.

- Au fond, on retombe dans votre problème de sociétés secrètes.

Si on veut. La société secrète est créée pour mettre de la transparence dans un petit groupe d'hommes. Le monde en lui-même, dans sa globalité, est opaque. On essaie alors d'isoler un petit domaine transparent au milieu de l'opacité du monde. Mais la société secrète la plus élémentaire et la plus transparente est encore le couple, s'il est réussi.

- On retrouve ici la notion de ce qu'on appelle, dans le christianisme, le « prochain ».

En toute rigueur, puisque tout être est sensible à l'ineffable, tout être est mon prochain. Mais c'est ici qu'un problème de choix se pose, ce qui est bien, en passant, le drame du christianisme. Démocratique par sa mystique, il est aristocrate par sa gnose, et il ne peut faire tenir cela ensemble. De même, en amour, tout homme qui progresse ne peut pas ne pas devenir sélectif.

[AMG : ce qui ne doit pas se comprendre du seul point de vue de l'apparence extérieure, il s'en faut. Nabe disait qu'en mûrissant on élargissait ses préférences, qu'on ne se contentait plus d'un seul type de femme. J'approuve, mais justement : les préférences « purement physiques » peuvent être plus diverses à quarante ans qu'à seize ans, lorsqu'on croit n'aimer que les petites brunes aux bleus, mais cette diversité inclut, ou peut inclure, une recherche plus profonde et plus sélective d'un type précis de femme, dont on sent l'existence chez telle ou telle, par-delà leurs formes différentes de beauté.]

Sous son aspect concret, le problème de la communication se pose ainsi : Quelle Marguerite va trouver devant lui (et en lui) le nouveau Faust ? J'ai toujours été intuitivement conduit par cette notion, plus ou moins consciente, que le prochain était quelque chose de rare et de difficile à toucher et que réellement le prochain signifiait quelque chose dans la littérature religieuse : le prochain c'était et ce n'était pas l'ensemble des hommes, il fallait concevoir différents échelons, différents cercles concentriques à franchir. Et, une fois encore, c'est l'amour sexuel qui est, à cet égard comme à bien d'autres, l'expérience-clé, car la communication, à ce moment-là, est posée comme énigme et comme mystère, et l'on se comprend ou l'on ne se comprend pas ! L'amour est extrêmement sélectif ! Il est sélectif par nature quand il se veut réellement bien fait !


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Je ne crois pas à la force de l'amour absolument indifférencié pour une humanité globale et indistincte. Je n'ai pas envie de faire l'amour avec n'importe quelle femme, et je m'en flatte ! Je ne considère pas cela comme une marque d'impuissance. Au contraire, ce que je considérerai comme une marque de force ce sera la connaissance même des règles de cette sélectivité, et la vérification de leur valeur, dans l'acte même. L'amour est avant tout le moyen de qualifier et de sur-qualifier de l'énergie, aussi bien d'un côté que de l'autre !

- On finit alors par arriver à une certaine infaillibilité ?

Non ! On n'est jamais infaillible, parce que le corps n'est jamais complètement connu et maîtrisé. Le corps peut toujours vous trahir, à tout instant, le corps est même ce qui vous trahit en permanence, si on le pousse à l'extrême de ce qu'on voudrait qu'il soit ! Je dirai même que l'érotisme, dans sa meilleure définition, est constitué par l'ensemble des recettes destinées à pousser le corps à ne pas trahir, à reculer la limite où cette trahison apparaît, et même à cacher cette trahison aux consciences faibles. Toute la littérature érotique au fond est une compilation de moyens qui vont du plus physique au plus spirituel, de la morsure et du baiser en passant par l'envoûtement intellectuel, mais font tous partie d'un ensemble dont l'acte sexuel est, si vous voulez, l'intégration. Seulement, au-delà de ces recettes que l'amour d'ailleurs réinvente sans cesse et ajuste au mieux, il y a un problème d'échange dont cet ajustement, dans l'instant même, indique bien qu'il est à chaque fois un problème nouveau. A travers les diverses femmes de notre expérience, nous cherchons non pas la femme idéale, mais l'essence la plus haute de la féminité. Où est-elle et qu'en attendons-nous ? Est-elle partout ou est-elle seulement quelque part ? Et que devenons-nous si nous la trouvons ? Tout est là."

R. Abellio, 1966. (J'ai un peu retouché le début du texte à fins de clarté.)


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mercredi 30 décembre 2009

Le 601e post.

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Photographie piquée comme souvent chez « Magic Sutpen », et dont je dois bien admettre qu'elle me semble d'un exceptionnel érotisme (Joan Blondell et Bette Davis). Par-delà la réussite du cadrage et la richesse thématique, une certaine conjonction de l'artifice et du naturel, j'imagine.

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vendredi 4 décembre 2009

When tomorrow comes... (Erotomania)

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Voici mes réponses au questionnaire de M. Cinéma. Je me suis aperçu petit à petit que je trichais ou galégeais sur un certain nombre de réponses, et parlais beaucoup de moi. J'ai noté un jour, à ce propos, en laissant un commentaire à M. Toujours-aussi-Maso, que je me débraguettais beaucoup plus chez les autres que chez moi : c'est après tout normal pour un tenancier, qui ne va pas raconter sa vie à ses clients, mais peut bien se le permettre de temps à autre chez... les autres. Que l'on considère donc que ceci est comme déposé chez M. Cinéma. Par ailleurs, certaines questions - ce n'est pas une critique - étant ambiguës, j'ai préféré ne pas me tourmenter trop longtemps sur leur signification. J'évite enfin les photographies, pour cette fois.


1- Quel est votre plus ancien souvenir d'émoi érotique ayant un lien avec le cinéma ?

La découverte dans la bibliothèque de ma mère, vers 7-8 ans, de la Marylin de Norman Mailer, notamment les photographies où l'on distingue ses seins derrière un tissu assez transparent. Je ne sais pas à quel point on est influencé dans l'ensemble de sa vie sexuelle par ses premières découvertes, je me méfie des reconstructions a posteriori, mais je dois constater qu'aujourd'hui encore si je devais choisir une actrice comme représentant « la femme », c'est vers Marylin que je me tournerai - ceci même si je suis tombé amoureux de bien d'autres actrices, fort différentes.

Autre souvenir lointain, plutôt vers 11-12 ans : une photographie en noir et blanc, dans Télérama, de B.B. allongée sur un lit, un bout de drap couvrant son sexe (Et Dieu créa la femme ?). Je me souviens très clairement m'être demandé ce qu'il y avait en-dessous du drap. Et bien sûr, c'est une question à laquelle je n'ai pas encore trouvé de réponse vraiment satisfaisante.

2- Quels films (un par décennie depuis les années 20) représentent pour vous le summum de l'érotisme ?

La question la plus difficile, peut-être, allons-y à l'instinct, sans scrupule à oublier des chefs-d'oeuvre :

Les deux orphelines.

Cette sacrée vérité.

Lumière d'été.

Vertigo - impossible de ne pas le citer, impossible d'imaginer une vie dans laquelle je n'aurais pas rencontré ce film.

Pas de printemps pour Marnie, cette suite maudite et sublime de Vertigo, que je n'ai vue que deux fois avec dans les deux cas une émotion démesurée et que je n'ai plus osée revoir depuis plus de quinze ans.

Le diable probablement et La marquise d'O.

Let there be rock et Pauline à la plage (en gros, gardez un Rohmer pour l'une de ces deux décennies, et enlevez le film de votre choix).

Le Val Abraham.

Quatre nuits avec Anna ? Je ne l'ai pas vu, mais il faut faire une place à Skolimowski, dont l'érotisme, notamment dans Deep end, m'a toujours beaucoup touché. Et puis je suis court sur les années 90 et 2000...

3- Quelle acteur/actrice a su vous montrer la plus belle chevelure ?

Je ne peux ici que tricher : la fille dont j'étais amoureux en classe de première, derrière qui je me trouvais en maths, m'a laissé un souvenir indélibile en se passant la main dans les cheveux : j'ai encore dans mon corps la trace de la sensation, à proprement parler électrique, éprouvée en voyant quelques-uns de ses cheveux retomber doucement après être restés un merveilleux instant suspendus en l'air, et il n'y a aucun souvenir cinématographique qui approche cette émotion.

4- Les plus beaux pieds ?

Les pieds de Machiko Kyo enlevant ses chaussons pour marcher au supplice à la fin de L'impératrice Yang-Kwei-Fei.

5- Si tout comme dans La Rose pourpre du Caire, un personnage devait sortir de l'écran et vous accompagner quelques jours avant de disparaître à jamais, qui serait-il ?

Toute modestie bue, la Marylin des Misfits, à la fois pour sa beauté si sublime et si émouvante, et parce que personne dans le film, ni les personnages ni malheureusement (ce tocard partouzard surfait de) John Huston, ne réussit à l'aimer autant qu'elle le mérite. Tout le monde lui répète qu'elle est très belle - au cas où cela ne se verrait pas - mais personne ne l'aime vraiment : je comblerais volontiers moi-même cette lacune.

6- Quelle est votre scène de pluie préférée ?

Peut-être une scène qui n'existe pas : je me souviens d'un beau texte de Vecchiali sur Demy, où il disait que celui-ci était capable de réussir mieux que personne une scène du genre « les amants se retrouvent sous la pluie et s'embrassent ». Sauf grossière erreur de ma part, Demy n'a jamais tourné cette scène, mais j'en ai une version dans mon cerveau, les grands travellings des Parapluies de Cherbourg avec la pluie en plus, et une Deneuve un peu plus mûre - pas virginale, pour être clair. L'amant reste dans le flou - ce doit être moi.

7- Y a-t-il une musique de film qui saurait accompagner vos ébats amoureux ?

Je pourrais à la rigueur m'imaginer batifoler au son des musiques de Vertigo et du Mépris, mais qui prête attention à un fonds sonore pendant qu'il fait l'amour ? En revanche, rejouer avec ma douce la scène inaugurale, primitive, du Mépris, musique à l'appui, pourrait être amusant.

8- Avez-vous vu dans un film un vêtement que vous aimeriez porter ou offrir ?

Je pourrais m'en tirer par une pirouette en disant que les vêtements sont faits pour être enlevés, le fait est que je sèche... Disons que Jane Russell porte d'ordinaire si bien ce qu'elle porte qu'on a envie de le lui arracher !

9- Existe-t-il une actrice de films pornographiques que vous aimeriez voir dans un film d'un autre genre ?

Est-ce tricher que de répondre que, spontanément, ce qui me vient à l'esprit est plutôt de tourner moi-même des films pornos avec certaines femmes de ma connaissance ? Ou, l'un n'empêche pas l'autre, de faire l'amour avec certaines belles actrices X ? De fait, une actrice porno n'apporte a priori rien à un film traditionnel, sauf à le faire devenir porno, et dans ce cas, n'est-ce pas plus excitant avec une femme qui n'a pas pour occupation courante d'accueillir des éjaculations faciales ?

10- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre odorat ?

J'ai toujours trouvé que la scène du Professeur où Alain Delon enfouit goulûment et désespérément son visage dans les cuisses de la belle Sonia Petrova sentait vraiment et délicieusement la chatte.

11- Si vous pouviez prolonger une séquence soudain interrompue, quelle porte fermée rouvririez-vous, quel rideau tiré écarteriez-vous ou quel panoramique s'esquivant vers le décor anodin, redresseriez-vous ?

Comme d'autres, je trouve cette question difficile, ou paradoxale. Ma réponse sera donc un rien ambivalente : la très érotique scène lesbienne de The killing of Sister George, où une femme mûre se met à déshabiller la belle jeune endormie est formidablement sensuelle, on râle qu'elle soit interrompue... mais il était difficile qu'elle dure plus longtemps : le réveil de la jeune, qui si mes souvenirs sont bons interrompt les attouchements en cours, est à la fois une frustration, un accomplissement naturel de la scène, et le signe de la maîtrise d'Aldrich, grand cinéaste s'il en fût.

12- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle poitrine ?

Mon érotisme ayant pendant longtemps - pendant mon pucelage ? - été plus centré sur les seins que sur les fesses (j'irais parfois jusqu'à soutenir que l'on ne découvre vraiment le cul des femmes qu'une fois qu'on en a prise une en levrette), j'aurais tendance à me cacher derrière ou dans toutes les belles poitrines auxquelles je peux penser... J'avoue avec un rien de honte, parce qu'une part de moi a une vraie haine pour le porno, que le souvenir des seins de « Laure Sainclair » me bouleverse toujours.

13- Les plus belles dents ?

BB, Lauren Bacall et ma femme.

14- Vous êtes enfermé jusqu'au matin, avec le partenaire de jeu de votre choix, dans un musée berlinois qui a reconstitué des centaines de décors de films. Lequel choisissez-vous pour votre nuit ?

Ce n'est pas berlinois, mais germano-polonais (je n'aurais sans doute pas eu cette idée sans une telle référence géographique) : Adam et Eve recréent l'humanité depuis Auschwitz - qui ne me suggère pas un film particulier, mais hante le cinéma (et un peu trop la critique de cinéma).

15- Quel est pour vous le mot, la phrase ou le dialogue le plus empreint de sensualité ?

Sensualité, je ne sais pas si c'est le mot, mais j'adore la réplique de la coiffeuse dans Vertigo, avant la fin de la « retransformation » de Kim Novak, quand James Stewart donne des conseils précis : "The gentleman certainly does know what he wants."

16- Quelle est votre scène de douche préférée ?

Difficile d'éviter Psycho et Pulsions. Sinon, ce n'est pas vraiment érotique, mais j'aime bien l'utilisation du Requiem de Fauré par Vecchiali quand N. Silberg prend sa douche dans Corps à coeur.

17- Existe-t-il une actrice que vous aimeriez-vous voir dans un film pornographique ?

D'une certaine manière, toutes celles que j'ai désirées. Mais d'une certaine manière seulement, et, si j'ose dire, pas « pour de vrai ».

18- Quel film et/ou quel cinéaste vous paraît le moins érotique ?

L'inepte Amant, bien sûr, mais à peu près toutes les scènes supposées érotiques du cinéma français depuis vingt ans pourraient figurer ici. Pauvre France !

19 - Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer le plus beau ventre ?

L'érotisme cinématographique du ventre dénudé est assez récent et correspond à un cinéma que je ne connais pas nécessairement bien. Je dirais celui de Françoise Dorléac dans Les demoiselles de Rochefort.

20- Les plus belles mains ?

Bergman ayant souvent (trop ?) insisté sur l'attirance des femmes pour les mains d'hommes, je pense par associations d'idées et contrecoup aux mains de l'admirable Liv Ullmann. Le souvenir du gant enlevé de Gilda revient tout de suite à l'esprit. Gloria Grahame, aussi... Autant demander quelle actrice on préfère !

21- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre goût ?

Je n'arrive pas à retrouver le nom de ce film produit par L. von Trier, film que je n'avais pas trouvé très intéressant, mais qui comporte une scène célèbre d'amour dans une cuisine. Le fait qu'il s'agisse d'un vrai porno (intello et branché, certes, mais tout de même) permettait d'y aller franco dans le mélange sexe-nourriture. En même temps j'aime trop la bouffe et l'odeur des femmes pour avoir vraiment envie de les mélanger - et tant pis si ce n'est pas le sens exact de la question. (Odorat et goût étant mêlés, spécialement en matière érotique, je renvoie à la question 10 et au fumet présumé de Sonia Petrova).

22- Quelle est votre comédie musicale préférée ?

Dans ce contexte, cela revient à demander quelle est la comédie musicale la plus érotique. Tous en scène est moins érotique que d'autres (notamment Phantom of the paradise - Jessica Harper ! - voire aussi ce film musical qu'est Suspiria), mais on aura du mal à faire mieux que le numéro Astaire-Charysse sur la fin - qui donne d'ailleurs une des plus belles scènes des Histoire(s) du cinéma.

23- En inversant le principe de La Rose pourpre du Caire, si vous pouviez pénétrer dans un film, lequel choisiriez-vous ?

Encore une fois, vu le contexte, cela revient logiquement à choisir un des films de la question 2. Que Kim Novak me permette donc de la suivre dans son itinéraire, en n'oubliant pas de me laisser, s'il est besoin « a second chance »...

24- Quelle est votre scène muette entre deux amants préférée ?

En anticipant sur la question suivante, je pourrais répondre la scène finale des Temps modernes. Dans le cinéma parlant, je pense à ma réponse à la question 4. Allez, la sortie de la chute d'eau à la fin de Johnny Guitar.

25- Quel film vous a toujours semblé manquer d'une ou de plusieurs séquences érotiques ?

Je n'en vois pas... Même sans sexe, un bon film est toujours érotique. C'est vraiment un exemple absurde, mais imagine-t-on Les temps modernes avec une scène érotique, alors même que Paulette Goddard y est extraordinairement sexy ? Dans un autre genre, l'érotisme homophile à la fois discret et dégoulinant des films de Melville y perdrait beaucoup si l'auteur s'était senti obligé d'y faire figurer une scène d'amour classique. Le sexe (« hétérosexuel ») chez Melville est une sorte d'hygiène, qui lui permet comme à ses personnages de ne s'occuper par ailleurs que de ce qui les intéresse, en l'occurrence des histoires d'hommes. Se forcer à filmer une scène érotique aurait autant coûté à Melville que cela aurait perturbé l'équilibre, disons psycho-sexuel, de son univers.

On ne ressent donc pas nécessairement le manque d'une scène spécifique. En revanche, j'ai en horreur les films soi-disant pudiques, où ça ne couche pas, et qui de fait sont anti-érotiques au possible. Je pense notamment au Sautet avec Dussolier et Auteuil (Un coeur en hiver, i.e. Une bite au congel), ou à Lost in translation : ce n'est pas une scène précise qui manque, mais le fait d'éviter la rencontre des corps qui rejaillit en chaque cas sur tout le film.

26- Quel est pour vous le plus beau plan de femme ou d'homme endormi ?

Je ne me souviens pas de la scène de Bus Stop à laquelle M. Cinéma fait référence, mais il me semble que Marylin dort encore de façon fort envoûtante dans les déjà cités Misfits.

27- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle nuque ?

Au risque que mes souvenirs soient inexacts : Anna Karina chez Godard.

28 - Le plus beau sexe ?

Puissance du fantasme autant que hommage rendu à la Sale histoire de Eustache, j'ai l'impression qu'il y en aurait beaucoup... Pour rester dans le domaine du « réel », la jolie motte de Isabelle Huppert nue devant son père gentiment alcoolo, Mastroianni, qui la lui farfouille doucement avec une tendresse paradoxalement pudique, et conclut rêveusement : "Tu es devenue une vraie femme..." (Ferreri, Histoire de Piera).

29- Vous prenez miraculeusement, au sein d'un film, la place d'un potentiel partenaire sexuel : lequel ?

Joker ? Question fort ambiguë, d'autres que moi l'ont noté. Je n'ai pas aimé Mulholland drive, mais peux rêver me retrouver à la place de l'une des deux (ou des deux, pour ainsi dire) actrices dans leur grande scène saphique.

30- Quelle voix vous a le plus troublé au cinéma ?

Bacall, Russell, Grahame, Novak, Monroe... Parély, Demazis, S. Simon, Deneuve... Il y en a trop. Un clin d'oeil à Juliet Berto, dont paradoxalement je ne retrouve pas en mémoire la voix à l'instant présent !

31- Y a-t-il un film classé X, dont vous aimeriez découvrir le remake sans aucune scène pornographique ?

Rêves de cuir, pour voir ce qu'il resterait de son dispositif sans scènes hard, et Entrez vite, vite, je mouille... de Bouyxou, que je n'ai jamais vu et imagine donc un peu, nécessairement, sans connaître son côté porno, ce qui n'est pas évident vu son titre... Drôle de question !

32- Quelle est votre scène de danse préférée (hors comédies musicales) ?

Je triche un peu mais pas vraiment, tout en liant cette question à la question 11 : les premiers pas de danse esquissés l'air de rien par F. Astaire et C. Charysse, avant qu'ils ne se mettent à danser dans le parc : si leur numéro est magnifique, ces tout premiers pas me laissent à chaque fois sans voix.

33- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer les plus belles fesses ?

Je rejoins sans peine Nightswiming sur ce coup, la scène où Ben Gazzara contemple les fesses d'Ornella Muti dans Conte de la folie ordinaire m'avait transporté. Mais pour splendides que soient ces fesses, elles ne font pas tout : il y a l'amour mélancolique que Gazzara leur porte, l'atmosphère de la plage, la lumière... J'ai toujours voué une grande affection à Ferreri, toutes choses égales d'ailleurs, depuis que j'ai découvert cette scène (et, plus tard dans « mon » temps, celle évoquée à la question 28).

34- Le plus beau sourire ?

Je ne suis même pas sûr qu'elle sourie beaucoup dans ce film, mais je pense à Jacqueline Bisset dans La nuit américaine. Et à la réflexion, je me dis qu'elle ne sourit pas, mais que l'on passe le film à attendre de sa beauté mélancolique un sourire radieux qui serait le plus beau, le plus paradisiaque jamais vu.

35- Existe-t-il un plan, une séquence ou un film qui aient réussi à vous émoustiller sans avoir à priori été conçus à cet effet ?

Il y a maintenant un certain nombre d'années, j'ai tourné un court-métrage (assez influencé par Jean-Claude Guiguet, paix à son âme) interprété par deux jolies actrices. Le tournage s'est dans l'ensemble très bien passé, si bien passé que lors d'une prise d'une scène de dispute (purement verbale, il n'y avait pas de contact physique entre les filles), j'étais si content de la façon dont mes actrices jouaient que j'en ai eu une bonne érection. En toute honnêteté, il m'a toujours semblé depuis que ce n'était que la réussite du jeu des comédiennes qui m'avait ainsi stimulé, et qu'il en aurait été de même si la scène avait concerné deux petits vieux édentés. Je ne sais trop s'il y a une morale à en tirer - une théorie de la relativité des érections ? - ou si cela répond vraiment à la question.

36- Quelle actrice ou quel acteur aimeriez-vous voir grimé en l'autre sexe ?

Vaste question, M. Cinéma ayant ici me semble-t-il quelque peu botté en touche.. Pour les femmes, Claudia Cardinale et Jeanne Moreau ont montré ce que l'on pouvait tirer du travestissement, je n'ai pas moi-même d'idée à soumettre. Pour les hommes, on peut d'une certaine manière - car il est plutôt heureux qu'il ne l'ait pas fait, pour des raisons comparables à celles que je décrivais au sujet du cinéma de Melville, auquel il est lié - rêver à un Delon travesti.

37- Quel regard-caméra vous a le plus ému ?

J'ai failli oublier cette question... Pour changer des grands classiques (Monika, Les 400 coups, La dolce vita...), je dirais que le train arrivant en gare de La Ciotat nous regarde depuis toujours.

38 et 39- Quel réalisateur est selon vous le mieux parvenu à filmer l'acte sexuel (hors films pornographiques) ? Est-ce le même que celui que vous considérez comme le plus grand maître en érotisme ?

Je mêle ces deux questions parce que rien ne me vient à l'esprit pour la première [ajouté le soir : il y a bien le Numéro deux de Godard, mais c'est plus un film sur la vie sexuelle quotidienne d'un couple : ça ne diminue pas son mérite, mais on n'y trouve pas une scène bouleversante de coït] et parce que je reste marqué par l'idée d'André Bazin selon laquelle on ne peut vraiment filmer le sexe et la mort. A la limite, le magnifique strip-tease de Rebecca Romijn-Stamos dans la Femme fatale de De Palma pourrait être une réponse à la question 38, mais il ne s'agit justement pas d'un acte sexuel, « seulement » de ce qui précède. Tout en renvoyant à la question 2, je dirais sans originalité que Mizoguchi, Bunuel, Bresson, Rohmer, Ophüls, Lubitsch, parfois Lang et Truffaut, et tant pis pour ceux que j'oublie (Hawks-Ford-Walsh notamment), ont contribué à la formation de ma sexualité, ce dont, quelle que soit celle-ci, je ne peux leur être que reconnaissant. Citons Freud (beurk ?) pour conclure : "celui qui débarrasserait l'humanité de la sexualité serait considéré [à tort] comme un héros..." Péché originel forever !


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