mardi 3 avril 2007

Rien de nouveau sous le soleil (qui se lève à l'Est). - Knocking on Heaven's door.

Certains ont des yeux pour voir. J'avais cité en juin 2005 des sentences prophétiques de Marx ("Il ne s'agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l'Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins proche, le niveau européen au niveau chinois...", 1867) et Engels ("La concurrence chinoise, dès qu'elle sera massive, aura vite fait d'aggraver à l'extrême la situation chez vous [aux Etats-Unis] comme chez nous, et c'est ainsi que la conquête de la Chine par le capitalisme poussera vers sa chute le capitalisme en Europe et en Amérique.", 1894) sur la Chine et l'avenir du capitalisme, voilà ce que je trouve chez Gobineau, lequel écrivait en 1856 à Tocqueville (Oeuvres t. II, "Pléiade", 1983, p. 955) :

"Vivrons-nous, commercialement, financièrement parlant, aux dépens de l'Asie ? Sucerons-nous sa substance ? Non, ce sera elle qui nous épuisera à la longue (...) La rapacité au gain, l'économie dans l'intérieur des familles, la sobriété extraordinaire, le bas prix des salaires, ce sont là des avantages contre lesquels nous ne pourrons jamais lutter, et eux, le jour où nous leur aurons fait des routes, où nous leur donnerons le pouvoir de placer des capitaux, sans risquer de les voir enlevés, dans des fabrications où ils excellent, ils nous donneront des cotonnades, des soieries, des produits agricoles [heureusement il y a la PAC !], tout ce que nous voudrons comme nous le voudrons, à des prix si bas qu'il nous faudra renoncer à la lutte."

Rappelons que Castoriadis ne dira pas autre chose, un siècle et demi plus tard.

Un conseil donc à tous ceux qui cherchent comment exister : jouez les Cassandre, il en restera toujours quelque chose...

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(Lequel est Tocqueville ? Lequel Gobineau ?)

En complément, l'expression par Gombrowicz d'un des rêves récurrents de la modernité :

"Il nous faut trouver un moyen pour nous sentir de nouveau - et dans le sens le plus profond du terme - aristocrates." (Journal, 1953, "Folio", p. 97.) Eh oui, il faut, il faut...

Il n'est pas innocent que Gombrowicz ne précise pas quel est ce "sens profond", il est lucide - et girardien - de sa part de formuler la question en termes de sentiments et non en termes de réalité. A suivre !

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mardi 21 juin 2005

Tout change et rien ne change.

L'anthologie de K. Papaioannou étant passionnante (cf. texte précédent), je m'en voudrais de ne pas en faire profiter mon public.

Voici tout d'abord quelques autres prophéties. La pagination renvoie à l'édition Gallimard, coll. "Tel" :

- "Il ne s'agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l'Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins proche, le niveau européen au niveau chinois...

A mesure qu'il développe le pouvoir productif du travail, le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus du travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, soit en augmentant en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l'homme par la femme, l'adulte par l'adolescent et l'enfant, un Yankee par trois Chinois." K. Marx, 1867, p. 193.

- "La concurrence chinoise, dès qu'elle sera massive, aura vite fait d'aggraver à l'extrême la situation chez vous [aux Etats-Unis] comme chez nous, et c'est ainsi que la conquête de la Chine par le capitalisme poussera vers sa chute le capitalisme en Europe et en Amérique." F. Engels, 1894, pp. 186-87.

- "Une sincère collaboration des nations européennes n'est possible que si chacune d'elles reste autonome chez elle." F. Engels, 1892, p. 208.

Ce qui suit relève de la seconde partie de cette anthologie. Certains des thèmes des bolcheviks puis de leurs descendants m'ont paru toujours actuels, en ce sens que leur rhétorique et leurs justifications sont utilisées avec le même aplomb par des gouvernants actuels, de France ou d'ailleurs.

- Lénine, peu syndicaliste : "La production est toujours nécessaire, pas la démocratie. La démocratie de la production engendre une série d'idées radicalement fausses." (1920, p. 324).

- G. Safarov, émissaire de Lénine au Turkestan, justifiant l'invasion de ce pays par l'URSS : "Dans l'Orient arriéré, le droit électoral généralisé et les "libertés formelles" ne sont pas applicables aux masses laborieuses qui ont subi durant des siècles la dictature féodale et l'obscurantisme spirituel et sont encore empêtrées dans les traditions féodales-patriarcales. L'intervention despotique dictatoriale de l'avant-garde avancée de la révolution est indispensable afin d'écarter du pouvoir tous les éléments oppresseurs-exploiteurs." 1922; p. 344.

- p. 390 : le décret du 15 décembre 1930 (sous Staline, donc) "stipule qu'un ouvrier cherchant du travail peut être contraint à accepter n'importe quelle tâche qui lui est offerte, dans n'importe quelle région."

- "Quelle est la cause des fluctuations de la main-d'œuvre ?

C'est l'organisation défectueuse des salaires, le système défectueux des tarifs, c'est le nivellement "gauchiste" dans le domaine des salaires.

Pour remédier à ce mal, il faut supprimer le nivellement et briser l'ancien système des tarifs. Pour remédier à ce mal, il faut organiser un système de tarifs, qui tienne compte de la différence entre le travail qualifié et le travail non qualifié, entre le travail pénible et le travail facile." J. Staline, 1931, pp. 391-92.

- "La tâche des syndicats est d'élever la productivité, d'augmenter le revenu national, de produire davantage, mieux et à meilleur marché." A. Zapotocky, président du Conseil (?) tchécoslovaque, 1952, p.409.

- dans le même ordre d'idées, peut-être se souvient-on du "prurit égalitaire" évoqué par le grand démocrate du Point C. Imbert. On lisait de même dans la Pravda de Bratislava en 1951 une dénonciation des "fâcheuses tendances égalitaristes des éléments retardataires." (p. 409)

- p. 443, on trouve le poème écrit par Brecht après l'écrasement de la révolution est-allemande de 1953, dans laquelle il conseille au gouvernement, s'il n'est pas content du peuple, "d'en élire un autre", formule souvent citée ou évoquée depuis le référendum du 29 mai.

- un texte satirique enfin, dont l'auteur est L. Kolakowski, publié en 1957, évoque ce que n'est pas le socialisme :
"Un Etat qui aimerait voir son Ministère des Affaires étrangères déterminer l'opinion politique de toute l'humanité (...)
Un Etat qui distingue difficilement une révolution sociale d'une agression armée." (p.491)

Evidemment, comparaison n'est pas raison, mais qui se sent morveux...

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