samedi 18 août 2007
mardi 14 août 2007
La fermeture.

Je retombe sur quelques phrases de Muray - qui sont parfois des citations d'autres auteurs -, je vous les livre, faites circuler...
"Le monde n'est pas pourri jusqu'à l'os, comme le prétendent les protestants de toutes les religions, c'est-à-dire les écologistes de tous les siècles. La Nature n'est pas intégralement corrompue, la faute originelle n'a pas annulé notre libre arbitre. Le pardon est à portée de main, et ce sont les hommes, non Dieu, qui rêvent sans cesse aux procès et aux tribunaux.
Ce n'est pas que le Mal n'existerait pas, ou serait négligeable, au contraire, mais pourquoi s'abandonner à cette faiblesse de prêter une force propre à la Nuisance radicale ? Le Mal n'est un être que si on le veut bien, c'est-à-dire si on l'appelle à tue-tête, et notamment en n'arrêtant pas de le dénoncer. Le Mal n'est Quelqu'un que si on en fait tout un plat en refusant d'en rire parce qu'on préfère jouir de le prendre au sérieux. Le démon se sent menacé chaque fois qu'on l'oublie cinq minutes, il connaît par cœur le puéril catéchisme de la pub : qu'on parle de lui, en bien, en mal, mais qu'on en parle, ça ne va pas plus loin. Etre, pour lui, c'est d'abord être dénoncé."
"Une espèce de marée noire musicale beurre aujourd'hui les rives du monde. Tous les jours, des gens qui ne toléreraient pas que vous leur fumiez sous les narines vous soufflent leurs préférences aux oreilles."
Bernanos : "Ce que vos ancêtres appelaient des libertés, vous l'appelez déjà des désordres, des fantaisies."
"[Bernanos : ]« Ce préjugé est même poussé si loin que nous supporterions volontiers d'être esclaves, pourvu que personne ne puisse vanter de l'être moins que nous.» Et encore : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »
Il se souvenait d'une période déjà très lointaine où certains Français s'étaient révoltés devant l'innovation policière des empreintes digitales, et où on leur avait fait honte de leur frilosité. « Comment ! leur a-t-on dit, mais vous n'êtes pas des criminels ! Cette réforme admirable ne vous concerne donc pas ! Au contraire : en visant les malfaiteurs, elle accroît votre sécurité ! L'ennui, commentait Bernanos, c'est que la notion de "criminalité" s'était alors prodigieusement élargie... »"
Rubens, sur les Anglais - donc sur les Américains : "amis des dieux et ennemis de tout le monde."
Deux phrases de Tocqueville :
- l'Inquisition n'a "jamais pu empêcher qu'il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L'empire de la majorité fait mieux aux Etats-Unis : elle a ôté jusqu'à la pensée d'en publier."
- "Ce que je reproche à l'égalité, ce n'est pas d'entraîner les hommes à la poursuite de jouissances défendues, c'est de les absorber entièrement à la recherche des jouissances permises."
"On a pu voir tout ce qui avait été libéré de ses anciens maîtres se retrouver aussitôt précipité dans le néant (le sexe libéré des "tabous" et des "interdits moraux" explosant dans la pornographie comme une étoile qui meurt ; le prolétariat libéré de son servage et cessant d'exister comme classe ; le temps lui-même "délivré" catastrophiquement par le loisir généralisé de l'antique fardeau de la chronologie)."
Ce texte a été écrit en 1984, les notes entre crochets sont de 1997 :
"Balzac a écrit toute sa vie ce que les notaires savaient mais qu'ils ne savaient pas écrire ; je crois qu'on peut désormais essayer d'écrire ce que les médecins savent mais qu'ils ne diront pas, ça nous changera. Et ce que les médecins savent, ce qu'il y a à savoir sur le savoir des médecins, au bout du compte, dans le fond du fond, vertigineusement, ça concerne la place presque effacée du Père (de l'homme) atteignant le dernier chapitre de l'histoire de sa destitution ; conservée, au mieux, comme spectateur passif dans la nouvelle Trinité composée du Médecin, de la Mère candidate et de l'Enfant à faire consister ["Je me dois aujourd'hui d'ajouter à cette Trinité une quatrième personnage : l'inventif, l'infatigable Législateur. L'appétit de lois et la prolifération des lois, pour la plupart nuisibles ou inutilisables, ne sont que des conséquences de la disparition radicale de la loi symbolique (le Père)."] ; réduit au rôle sympathique, définitif et hébété, de père nourricier. Si, plus ou moins, depuis toujours, la partie masculine de l'espèce a pu se raconter qu'elle avait comme saint modèle Dieu le Père en personne, elle va devoir réduire ses prétentions d'urgence, à des personnages moins dominants comme Zacharie, par exemple, ou saint Joseph, ces mâles discrets, qui font ce qu'on leur dit de faire quand on le leur dit et qui disparaissent sans bruit, dans les textes, au moment où, la volonté d'enfants s'étant réalisée, on n'a plus besoin d'eux... ["Dans ce domaine comme dans tant d'autres, les choses sont allées à un train d'enfer. Treize ans plus tard, on peut noter que la destitution du mâle (du père) s'est elle aussi accélérée. Un nouveau rôle lui est désormais proposé, une nouvelle mission lui est assignée : celle de devenir une femme comme les autres ; et, si possible, une mère."]"
Concluons tristement :
"Le sida, c'est ce qui reste du sexe quand celui-ci a disparu."

Libellés : Balzac, Bergman, Bernanos, Boudard, Bruegel, Festivus, G. Björnstrand, I. Thulin, Muray, Rubens, Tocqueville
lundi 13 août 2007
Où sont les femmes...
Chez Bergman, dans le temps, et un peu comme le "jeune Godard" on a pu avoir l'impression de les y découvrir.

Godard "croyait que le cinéma serait éternel parce que lui se croyait éternel au début. C'est un sentiment bien humain que d'espérer que son art meure avec soi, qu'on soit le dernier de son art. Voilà une présomption qui ne peut toucher l'écrivain : moi je suis sûr que la littérature continuera après moi. C'est ce qui a pu faire croire que le cinéma, comme le jazz toujours, étaient des arts mineurs. Quelle chance pour Godard de se penser fermeur du cinéma, gentleman-fermeur ! De fermeur à tueur il n'y a qu'un coup de feu. Pour Dominique de Roux, qui espérait beaucoup en Godard, c'est bien le tueur du cinéma. Dominique disait encore plus justement : "Le ver est dans son propre fruit." C'est assez bien vu. A force d'avoir voulu détruire le cinéma, le cinéma est mort, alors on assiste aux larmes sincères et désolées, regardez-le bien : il a tout à fait l'attitude du gosse penaud qui a cassé son jouet. "Je ne voulais pas la mort du cinéma !" Trop tard...

Tout ce qui lui reste à faire c'est de recoller les morceaux. Ce sont les derniers films de Godard. Réussis une fois sur deux." (M.-E. Nabe, 1989)
"Je me retrouve à parler de Godard alors que ça devrait être le contraire ! Avec son snobisme, c'est impossible. C'est justement ce qui va mal : les jeunes artistes sont obligés d'y aller de leurs petites dettes envers les "maîtres" qui ont proclamé en leur temps l'iconoclastie !

Que Godard ne me connaisse pas est dommage pour la culture française d'aujourd'hui ! Qu'il ne nous fasse pas ensuite le coup de la communication. Il est toujours à se plaindre que les gens ne se parlent pas, mais avec sa peur méprisante il préfère aller s'humilier devant "Marguerite", selon les rites de sa classe, bâiller devant la grande soeur maternaliste qui sait tout. Il a tellement peur de l'écriture ! Il est si complexé par ça ! Tant pis pour lui. Il croit que ça suffit de prendre les Rita Mitsouko, sans les utiliser, dans son dernier film pour être à jour avec notre époque et en même temps il va se réchauffer dans les jupes de la ringardissime Duras.
Laissons-les se branler ! Godard - l'oeuvre de Godard - vaut mieux que ça, mais il ne le sait pas."

Le maître et l'héritier faisant le paon devant l'art dubitatif ?
"Mon drame, c'est que j'ai toujours tout osé dire aux femmes. D'où vestes et camouflets. Mais aussi bonnes surprises et même - disons-le, extases. J'ai osé leur dire qu'elles manquaient principalement de panache et que les trente années de féminisme "libérateur" qu'elles venaient de vivre les avaient encagées plus encore que les deux mille ans de machisme précédents. En leur donnant ce qu'elles croyaient vouloir (une femme sait-elle vraiment ce qu'elle veut ?), on leur a enlevé le désir de tout. Les hommes, culpabilisés, se trouvent face à des multitudes d'infibulées de la passion, des excisées du délire d'aimer, toujours plus revêches et frustrées. J'ai osé leur dire qu'elles puaient l'impuissance et que, à force de jouer aux pimbêches bêcheuses, les femmes allaient finir à la casse comme de vieilles voitures fatiguées. A qui la faute ? A la psychanalyse d'abord, à la féminisation des abrutis qui leur servent d'hommes ensuite. C'est-à-dire à tous ceux qui n'osent plus dire que la plupart d'entre elles, par idéologisation de leur sexualité, ont renoncé à jouir et surtout à faire jouir. Pour moi, les seules femmes respectables aujourd'hui plus que jamais, sont les putains. Je les aime toutes comme des saintes et je suis leur ange gardien. Il n'y a plus qu'en elles que résident un espoir, une délivrance, un sens de la tragédie qui revilisera les hommes s'ils ont encore l'honnêteté d'aller vers elles. Je prépare un livre sur les femmes, sorte d'écrin pulpeux dont l'apologie de la prostitution sera le bjou, quelque chose comme le clitoris précieux d'un sexe en voie de disparition." (M.-E. Nabe, "La femme est un con", 1998)

"La France d’avant 14 et d’après 14, c’est différent. Avant 14, c’est des somnambules, après c’est des analystes. Alors ils tombent dans la série Sartre, Camus… Ils croient qu’il vaut mieux “ penser ” ! Tandis qu’en 14, il y avait un devoir, et on le faisait. (…) Il y avait la vertu. Les femmes étaient vertueuses, les hommes étaient braves et travailleurs. Sans ça, c’étaient des monstres. Il y avait la putain, il y avait le bordel, on l’a supprimé aujourd’hui… (...) “ La civilisation de l’Europe tient sur un trépied : un pied c’est le bistrot, l’autre l’église et le troisième le bordel ! ” Evidemment, un trépied, ça tient ! On a supprimé le bordel, maintenant tout tombe ! (…) Il n’y a pas de bordel ! Comme ça on ne respecte plus nos femmes, nos filles…" (L.-F. Céline, 1957 ; la phrase en italiques est attribuée par lui à des amis sud-américains.)


Godard "croyait que le cinéma serait éternel parce que lui se croyait éternel au début. C'est un sentiment bien humain que d'espérer que son art meure avec soi, qu'on soit le dernier de son art. Voilà une présomption qui ne peut toucher l'écrivain : moi je suis sûr que la littérature continuera après moi. C'est ce qui a pu faire croire que le cinéma, comme le jazz toujours, étaient des arts mineurs. Quelle chance pour Godard de se penser fermeur du cinéma, gentleman-fermeur ! De fermeur à tueur il n'y a qu'un coup de feu. Pour Dominique de Roux, qui espérait beaucoup en Godard, c'est bien le tueur du cinéma. Dominique disait encore plus justement : "Le ver est dans son propre fruit." C'est assez bien vu. A force d'avoir voulu détruire le cinéma, le cinéma est mort, alors on assiste aux larmes sincères et désolées, regardez-le bien : il a tout à fait l'attitude du gosse penaud qui a cassé son jouet. "Je ne voulais pas la mort du cinéma !" Trop tard...

Tout ce qui lui reste à faire c'est de recoller les morceaux. Ce sont les derniers films de Godard. Réussis une fois sur deux." (M.-E. Nabe, 1989)
"Je me retrouve à parler de Godard alors que ça devrait être le contraire ! Avec son snobisme, c'est impossible. C'est justement ce qui va mal : les jeunes artistes sont obligés d'y aller de leurs petites dettes envers les "maîtres" qui ont proclamé en leur temps l'iconoclastie !

Que Godard ne me connaisse pas est dommage pour la culture française d'aujourd'hui ! Qu'il ne nous fasse pas ensuite le coup de la communication. Il est toujours à se plaindre que les gens ne se parlent pas, mais avec sa peur méprisante il préfère aller s'humilier devant "Marguerite", selon les rites de sa classe, bâiller devant la grande soeur maternaliste qui sait tout. Il a tellement peur de l'écriture ! Il est si complexé par ça ! Tant pis pour lui. Il croit que ça suffit de prendre les Rita Mitsouko, sans les utiliser, dans son dernier film pour être à jour avec notre époque et en même temps il va se réchauffer dans les jupes de la ringardissime Duras.
Laissons-les se branler ! Godard - l'oeuvre de Godard - vaut mieux que ça, mais il ne le sait pas."

Le maître et l'héritier faisant le paon devant l'art dubitatif ?
"Mon drame, c'est que j'ai toujours tout osé dire aux femmes. D'où vestes et camouflets. Mais aussi bonnes surprises et même - disons-le, extases. J'ai osé leur dire qu'elles manquaient principalement de panache et que les trente années de féminisme "libérateur" qu'elles venaient de vivre les avaient encagées plus encore que les deux mille ans de machisme précédents. En leur donnant ce qu'elles croyaient vouloir (une femme sait-elle vraiment ce qu'elle veut ?), on leur a enlevé le désir de tout. Les hommes, culpabilisés, se trouvent face à des multitudes d'infibulées de la passion, des excisées du délire d'aimer, toujours plus revêches et frustrées. J'ai osé leur dire qu'elles puaient l'impuissance et que, à force de jouer aux pimbêches bêcheuses, les femmes allaient finir à la casse comme de vieilles voitures fatiguées. A qui la faute ? A la psychanalyse d'abord, à la féminisation des abrutis qui leur servent d'hommes ensuite. C'est-à-dire à tous ceux qui n'osent plus dire que la plupart d'entre elles, par idéologisation de leur sexualité, ont renoncé à jouir et surtout à faire jouir. Pour moi, les seules femmes respectables aujourd'hui plus que jamais, sont les putains. Je les aime toutes comme des saintes et je suis leur ange gardien. Il n'y a plus qu'en elles que résident un espoir, une délivrance, un sens de la tragédie qui revilisera les hommes s'ils ont encore l'honnêteté d'aller vers elles. Je prépare un livre sur les femmes, sorte d'écrin pulpeux dont l'apologie de la prostitution sera le bjou, quelque chose comme le clitoris précieux d'un sexe en voie de disparition." (M.-E. Nabe, "La femme est un con", 1998)

"La France d’avant 14 et d’après 14, c’est différent. Avant 14, c’est des somnambules, après c’est des analystes. Alors ils tombent dans la série Sartre, Camus… Ils croient qu’il vaut mieux “ penser ” ! Tandis qu’en 14, il y avait un devoir, et on le faisait. (…) Il y avait la vertu. Les femmes étaient vertueuses, les hommes étaient braves et travailleurs. Sans ça, c’étaient des monstres. Il y avait la putain, il y avait le bordel, on l’a supprimé aujourd’hui… (...) “ La civilisation de l’Europe tient sur un trépied : un pied c’est le bistrot, l’autre l’église et le troisième le bordel ! ” Evidemment, un trépied, ça tient ! On a supprimé le bordel, maintenant tout tombe ! (…) Il n’y a pas de bordel ! Comme ça on ne respecte plus nos femmes, nos filles…" (L.-F. Céline, 1957 ; la phrase en italiques est attribuée par lui à des amis sud-américains.)

Libellés : A. Camus, Bergman, Céline, clitorisation, de Roux, Duras, E. Dahlbeck, G. Björnstrand, G. Lindblom, Godard, H. Andersson, I. Thulin, Nabe, Rita Mitsouko, Sartre



