mercredi 5 septembre 2012

Prière aux nabiens.

Nabiens étant pris ici au sens large : il se trouve que depuis quelques jours le cas Nabe m'obsède, pour de multiples raisons. J'y reviendrai bien sûr, mais ce matin j'avais une question à poser à ceux et celles qui le lisent et me lisent : y a-t-il une scène dans son oeuvre - scène de fiction, de journal, etc., qu'importe - où on le voit prier ? J'ai l'impression que nous sommes devant un catholique qui ne prie pas, ce qui mérite investigation, mais autant ma mémoire défaillante que ma connaissance fragmentaire de ses livres font que je peux très bien me tromper. - Je précise pour les paranoïaques que je ne poursuis aucune fin maligne, comme d'habitude j'essaie de comprendre, et comme d'habitude je me mets dans tous mes états lorsque je ne comprends pas.


Le septième sceau

(Plus marrant que du Bergman...)




Si l'usage de la fonction "Commentaires" vous est de quelque manière problématique, vous pouvez m'envoyer directement un mail. Merci d'avance !

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dimanche 11 juillet 2010

Tu parles, Charles...

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Quelques citations du Général, comme ça, pour le plaisir et pour vous montrer que je pense à vous, en dépit de ma faible activité à ce comptoir ces derniers temps :

"La France ne peut être la France sans la grandeur."

"En France, la gauche trahit l'État et la droite trahit la Nation."

"Les Français sont des veaux ; ils font sous eux, et c'est de la bouse..."

"Il n'y a eu de France que grâce à l'État. La France ne peut se maintenir que par lui. Rien n'est plus capital que la légitimité, les institutions et le fonctionnement de l'État."

"La bourgeoisie est d'instinct contre le peuple, mais elle sait très bien, en revanche, utiliser les hommes politiques de gauche, avec qui elle peut dîner en ville. C'est parce qu'elle sait que je ne suis pas de ceux-là qu'elle me combat."

"Nos trouillardes « élites » sont éternellement semblables à elles-mêmes : elles ne cessent jamais de faire dans leur culotte... Jadis, par peur des bolcheviques, elles se sont frileusement jetées dans les bras des Boches, et ça a été la collaboration... Aujourd'hui [1968 : les riches placent de l'argent en Suisse et en Allemagne], elles reprennent la même direction : elles vont terrer leurs écus de l'autre côté du Rhin."

"Mes jeunes amis, vous n'avez encore rien fait tant que vous n'êtes pas morts pour la France."

"Il est vrai que dans cette Europe « intégrée », comme on dit, il n'y aurait peut-être pas de politique du tout ! Cela simplifierait beaucoup les choses !"

au sujet des Allemands : "Ces chevaliers du myosotis qui se font vomir leur bière."

1941 : "Nous savions bien que l'Allemand est l'Allemand. Nous ne doutions pas de sa haine ni de sa férocité."

1969, après son départ de la Présidence : "Que voulez-vous, Debré, on ne peut pas gagner toutes les batailles. Nous avons vaincu Vichy, nous avons vaincu l'OAS, nous avons vaincu la chienlit de 68, mais nous n'avons pas réussi à rendre les bourgeois nationaux."


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"Le marxisme n'est pas une chimère. Ni Lénine. Ni Staline. Ni d'ailleurs Mussolini. La chimère, c'est le marxisme des intellectuels qui n'ont pas lu Marx."

"Sexe, le sexe, ils n'ont plus que ça à la bouche... Quand ils prononcent ce mot-là, sexe, sexe, sexe, n'entendent-ils pas crisser les ciseaux sur leur peau ?"


INGRID BERGMAN HANTISE




"Le pays est solide, il en faut beaucoup pour l'abattre. Quand ça arrivera, je ne serai plus de ce monde ou trop vieux. Et ils diront : Ah ! si de Gaulle était encore là. Mais quand de Gaulle était là, ils se liguaient tous pour lui barrer le chemin..."


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mardi 20 novembre 2007

"La détestable humanité..." - Deux remarques.

(Léger ajout le lendemain.)


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"L'exigence d'Harmonie est toujours aussi neuve et vive qu'au siècle dernier. Communication de l'homme avec les espaces, vibration commune naturelle... Pour suppléer, bien entendu, à la déception du fait que l'acte sexuel n'a pas, c'est le cas de le dire, de débouché... Sans l'absence de sens attribuable au sexe, il n'y aurait pas de de croyance féroce à l'Harmonie. C'est-à-dire de volonté de communauté. De communautarisme."

(Exorcismes spirituels, t. 2, pp. 269-270)


Voilà donc pour commencer un petit complément à la livraison précédente (je vends la mèche : la photo, que je dois à M. Cinéma, vient de Cris et chuchotements, et ceux qui ont vu le film se souviennent sans doute que ce bout de verre ne contribue pas franchement à l'harmonie du couple ni de l'espèce.) Ceci posé, deux remarques, donc :

- "Le sacré n'est rien d'autre que ce qui tente, au nom des intérêts de l'espèce, d'empêcher l'individu de suivre ses intérêts d'individu" (p. 300-301) : voilà résumée par lui-même ce qui est sans doute la principale erreur de Muray, non pas tellement une dévalorisation par principe du sacré qu'une opposition trop stricte entre le sacré et l'individu. Dès qu'on lit ce dernier terme, il faut reprendre la distinction de Dumont entre l'individu comme agent empirique et l'individu comme valeur. A quoi s'ajoute ici, tout lecteur de Muray y est sensible, l'individu catholique, qui est lui-même sans doute un trait d'union entre "l'agent empirique" et "le sujet normatif des institutions" [Dumont], trait d'union à la fois logique et historique. Il serait un peu long et laborieux de le démontrer, mais je crois que dans la phrase de Muray, les deux occurrences du terme "individu" comportent des parts variables de ces trois concepts d'individu, et ce alors même que l'individu-valeur et l'individu-catholique sont bien évidemment teintés de sacré, et de sacré collectif.

Ce qui signifie que si Muray a de magnifiques pages sur les singularités des différents artistes et sur leur aspect indéniablement - et heureusement - rebelle à l'intégration communautaire d'une part, de cinglants diagnostics d'autre part sur les divers communautarismes et les masques qu'ils savent prendre, il est trop rapide de séparer ainsi individus et collectivités. A la limite, cette distinction n'est valable que pour les grands artistes - ce qui est une autre manière de dire qu'ils sont irreproductibles, à l'encontre du reste de l'espèce humaine, mais le simple fait que ces grands artistes ont disparu de nos jours, à une époque donc de sacré minable et mal assumé, amène à penser qu'il y a tout de même des communications entre les idéaux de la collectivité et les possibilités des individus qui la composent.

De ce point de vue le rejet du sacré est une conséquence de la faute méthodologique consistant à le séparer complètement des individus.

Je précise par ailleurs qu'il y a peut-être de grands artistes aujourd'hui en France, tout plein de merveilleux créateurs, sur lesquels de magnifiques thèses seront soutenues dans trente ans ; mais comme nous ne le savons pas, cela nous fait une belle jambe. (Dans cette optique, et je rejoins ici d'une certaine manière M. Maso, les derniers grands artistes sont des cinéastes - à chacun son étalon en la matière : Kubrick, Lynch, De Palma... A mon sens, Hitchcock. (D'ailleurs, il serait intéressant de le comparer à Rubens, en cherchant du côté de la réunion du monumental et de l'intime, du rôle des femmes, du gros cul d'Ingrid Bergman... A suivre ?))



J'en viens à ma deuxième remarque, liée à ce qui précède comme aux propos tenus dans ce café par Bernanos il y a peu - que peut-on reprocher au petit-bourgeois ? Finalement, pas de ne pas assez être humain, mais de n'être que humain (d'ailleurs, il est gentil, tolérant, ouvert..., ce que les premiers bourgeois n'étaient certes pas) - d'où, paradoxalement, qu'il soit, via son attachement à l'espèce humaine et à ce qui dans l'humain est espèce, assez animal, et fondamentalement grégaire. "Humain, trop humain" : trop est ici quantitatif, il n'y a que de l'humain, il n'y a de place pour rien d'autre, pas de "valeurs surhumaines", comme dit Bernanos. D'où le piège du petit-bourgeois : bien sûr qu'il est un homme comme nous, et que cela gêne quelque peu les tentations de génocide que l'on peut avoir son égard. Mais il n'est que cela, le salaud. Et l'on comprend bien que certains refusent avec violence de s'abaisser à ça.


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Un quai de métro ou de RER en période de grève n'a rien de bien différent de l'ordinaire, les troupeaux d'esclaves salariés sont juste un peu plus nombreux et un peu plus anxieux de se rendre sur le lieu de leur esclavage. Punis par où vous péchez - bien fait pour votre gueule !



(Ajout le 21.11.)
Oui, Dieu sait que je n'ai pas envie de démarrer une discussion sur les grèves, mais je profite de l'occasion : je suis parfois accusé, pour reprendre des termes historiquement connotés, de "dérive droitière". Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre, comme disait M. Chirac, mais, sans assimiler M. Souchet à une entité fantasmatique et monolithique qui serait "la droite", je dois avouer, à lire son récent billet d'humeur, que ma dérive, si elle existe, ne me rapproche guère de telles positions. Voir un critique des fonctionnaires (pourquoi pas ?) nous proposer comme modèle d'héroïsme les jeunes Américains et la révolution néo-conservatrice, soit un des plus beaux modèles de soumission, de masochisme et de servitude volontaire que l'espèce humaine ait mis au point, et Dieu sait (bis ; il est vrai qu'Il est là pour ça) qu'elle a parfois su se montrer inventive à ce niveau, lire un tel encouragement à l'enculage sous couvert d'exaltation de la liberté, cela laisse à la fois pantois et amusé. L'arnaque est vieille comme le "libéralisme économique", son niveau théorique digne d'une tirade de M. Besancenot. Nous sommes bien, nous sommes heureux !

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mercredi 22 août 2007

Après Wittgenstein, Saint Thomas.

C'est le titre d'un livre de Roger Pouivet, recommandé par V. Descombes himself, que je dois lire depuis quelques mois, et qui m'est revenu en tête à l'occasion de cette note.

Bref : en guise de complément à la série toujours en cours des "Fragments sur le holisme", je recopie ci-après le chapitre VI, intitulé "Le principe d'individuation", du livre de René Guénon
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), sans commentaires, en espérant que le lecteur pourra le suivre sans avoir pris connaissance des chapitres précédents. Si tel n'était pas le cas, cela serait une excellente raison pour vous de le lire (ainsi que La crise du monde moderne, par ailleurs.)



"Nous pensons en avoir dit assez, en vue de ce que nous nous proposons, sur la nature de l'espace et du temps, mais il nous faut encore revenir à la « matière » pour examiner une autre question dont nous n'avons rien dit jusqu'ici, et qui est susceptible de jeter quelque nouvelle lumière sur certains aspects du monde moderne. Les scolastiques considèrent la materia comme constituant le principium individuationis ; quelle est la raison de cette façon d'envisager les choses, et jusqu'à quel point celle-ci est-elle justifiée ? Pour bien comprendre ce dont il s'agit, il suffit en somme, sans sortir aucunement des limites de notre monde (car ici il n'est fait appel à aucun principe d'ordre transcendant par rapport à celui-ci), d'envisager la relation des individus à l'espèce : l'espèce, dans cette relation, est du côté de la « forme » ou de l'essence, et les individus, ou plus précisément ce qui les distingue à l'intérieur de l'espèce, du côté de la « matière » ou de la substance. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, étant donné ce que nous avons dit plus haut sur le sens du mot ειδος, qui est à la fois la « forme » et l'« espèce », et sur le caractère purement qualitatif de cette dernière ; mais il y a lieu de préciser encore davantage, et aussi, tout d'abord, de dissiper certaines équivoques qui pourraient être causées par la terminologie.

Nous avons déjà dit pourquoi le mot « matière » risque de donner lieu à des méprises ; le mot « forme » peut s'y prêter peut-être encore plus facilement, car son sens habituel est totalement différent de celui qu'il a dans le langage scolastique ; dans ce sens, qui est celui, par exemple, où nous avons parlé précédemment de la considération de la forme en géométrie, il faudrait, si l'on se servait de la terminologie scolastique, dire « figure » et non pas « forme » ; mais cela serait par trop contraire à l'usage établi, dont on est bien forcé de tenir compte si l'on veut se faire comprendre, et c'est pourquoi, chaque fois que nous employons le mot « forme » sans référence spéciale à la scolastique, c'est dans son sens ordinaire que nous l'entendons. Il en est ainsi, notamment, quand nous disons que parmi les conditions d'un état d'existence, c'est la forme qui caractérise proprement cet état comme individuel ; il va de soi, d'ailleurs, que cette forme, d'une façon générale, ne doit nullement être conçue comme revêtue d'un caractère spatial ; elle l'est seulement dans notre monde, parce qu'elle s'y combine avec une autre condition, l'espace, qui n'appartient proprement qu'au seul domaine de la manifestation corporelle. Mais alors la question qui se pose est celle-ci : parmi les conditions de ce monde, n'est-ce pas la forme ainsi entendue, et non pas la « matière », ou, si l'on préfère, la quantité, qui représente le véritable « principe d'individuation », puisque les individus en tant que tels sont conditionnés par elle ? Ce serait ne pas comprendre ce que les scolastiques veulent dire en fait quand ils parlent de « principe d'individuation » ; ils n'entendent aucunement par là ce qui définit un état d'existence comme individuel, et même ceci se rattache à un ordre de considérations qu'ils semblent n'avoir jamais abordé ; d'ailleurs, à ce point de vue, l'espèce elle-même doit être regardée comme étant d'ordre individuel, car elle n'est rien de transcendant par rapport à l'état ainsi défini, et nous pouvons même ajouter que, suivant la représentation géométrique des états d'existence que nous avons exposée ailleurs, toute la hiérarchie des genres doit être envisagée comme s'étendant horizontalement et non pas verticalement.

La question du « principe d'individuation » est d'une portée beaucoup plus restreinte, et elle se réduit en somme à celle-ci : les individus d'une même espèce participent tous d'une même nature, qui est proprement l'espèce même, et qui est également en chacun d'eux ; qu'est-ce qui fait que, malgré cette communauté de nature, ces individus sont des êtres distincts et même, pour mieux dire, séparés les uns des autres ? Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici des individus qu'en tant qu'ils appartiennent à l'espèce, indépendamment de tout ce qu'il peut y avoir en eux sous d'autres rapports, de sorte qu'on pourrait encore formuler la question ainsi : de quel ordre est la détermination qui s'ajoute à la nature spécifique pour faire des individus, dans l'espèce même, des êtres séparés ? C'est cette détermination que les scolastiques rapportent à la « matière », c'est-à-dire au fond à la quantité, suivant leur définition de la materia secunda de notre monde ; et ainsi « matière » ou quantité apparaît proprement comme un principe de « séparativité ». On peut d'ailleurs bien dire en effet que la quantité est une détermination qui s'ajoute à l'espèce, puisque celle-ci est exclusivement qualitative, donc indépendante de la quantité, ce qui n'est pas le cas des individus, du fait même que ceux-ci sont « incorporés » ; et, à ce propos, il faut avoir le plus grand soin de remarquer que, contrairement à une opinion erronée qui n'est que trop répandue chez les modernes, l'espèce ne doit en aucune façon être conçue comme une « collectivité », celle-ci n'étant rien d'autre qu'une somme arithmétique d'individus, c'est-à-dire, au contraire de l'espèce, quelque chose de tout quantitatif ; la confusion du général et du collectif est encore une conséquence de la tendance qui porte les modernes à ne voir en toutes choses que la quantité, tendance que nous retrouvons ainsi constamment au fond de toutes les conceptions de leur mentalité particulière.

Nous arrivons maintenant à cette conclusion : dans les individus, la quantité prédominera d'autant plus sur la qualité qu'ils seront plus proches d'être réduits à n'être, si l'on peut dire, que de simples individus, et qu'ils seront par là même plus séparés les uns des autres, ce qui, bien entendu, ne veut pas dire plus différenciés, car il y a aussi une différenciation qualitative, qui est proprement à l'inverse de cette différenciation toute quantitative qu'est la séparation dont il s'agit. Cette séparation fait seulement des individus autant d'« unités » au sens inférieur du mot, et de leur ensemble une pure multiplicité quantitative ; à la limite, ces individus ne seraient plus que quelque chose de comparable aux prétendus « atomes » des physiciens, dépourvus de toute détermination qualitative ; et, quoique cette limite ne puisse jamais être atteinte en fait, tel est bien le sens dans lequel se dirige le monde actuel.


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Il n'y a qu'à jeter un regard autour de soi pour constater qu'on s'efforce partout de plus en plus de tout ramener à l'uniformité, qu'il s'agisse des hommes eux-mêmes ou des choses au milieu desquelles ils vivent, et il est évident qu'un tel résultat ne peut être obtenu qu'en supprimant autant que possible cette distinction qualitative ; mais ce qui est encore bien digne de remarque, c'est que, par une étrange illusion, certains prennent volontiers cette « uniformisation » pour une « unification », alors qu'elle en représente exactement l'inverse en réalité, ce qui peut du reste paraître évident dès lors qu'elle implique une accentuation de plus en plus marquée de la « séparativité ». La quantité, insistons-y, ne peut que séparer et non pas unir ; tout ce qui procède de la « matière » ne produit, sous des formes diverses, qu'antagonismes entre les « unités » fragmentaires qui sont à l'extrême opposé de la véritable unité, ou qui du moins y tendent de tout le poids d'une quantité qui n'est plus équilibrée par la qualité ; mais cette « uniformisation » constitue un aspect du monde moderne trop important, et en même temps trop susceptible d'être faussement interprété, pour que nous n'y consacrions pas encore quelques autres développements."

- Suit le chapitre VII, "L'uniformité contre l'unité".




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samedi 18 août 2007

De Mauss à la grâce.

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"Mais la vie m'enseigne que nul n'est consolé en ce monde qui n'ait d'abord consolé, que nous ne recevons rien que nous n'ayons d'abord donné. Entre nous, il n'est qu'échange, Dieu seul donne, lui seul." (Bernanos)


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mercredi 15 août 2007

Solidarité mon cul.

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"Dans un monde qui essaie de diluer le Divin dans une sorte d'anonymat, il était inévitable que prospérât cette surestimation de l'humanitarisme qui fait attendre de l'aide humaine ce qu'elle ne peut pas donner. Et la bonté divine est si mystérieusement liée à la dureté divine qu'une époque qui entreprend de la distribuer en devançant la Providence fait resurgir du même coup parmi les hommes les plus vieilles réserves de cruauté." (Rilke, 1924)



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mardi 14 août 2007

La fermeture.

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Je retombe sur quelques phrases de Muray - qui sont parfois des citations d'autres auteurs -, je vous les livre, faites circuler...

"Le monde n'est pas pourri jusqu'à l'os, comme le prétendent les protestants de toutes les religions, c'est-à-dire les écologistes de tous les siècles. La Nature n'est pas intégralement corrompue, la faute originelle n'a pas annulé notre libre arbitre. Le pardon est à portée de main, et ce sont les hommes, non Dieu, qui rêvent sans cesse aux procès et aux tribunaux.
Ce n'est pas que le Mal n'existerait pas, ou serait négligeable, au contraire, mais pourquoi s'abandonner à cette faiblesse de prêter une force propre à la Nuisance radicale ? Le Mal n'est un être que si on le veut bien, c'est-à-dire si on l'appelle à tue-tête, et notamment en n'arrêtant pas de le dénoncer. Le Mal n'est Quelqu'un que si on en fait tout un plat en refusant d'en rire parce qu'on préfère jouir de le prendre au sérieux. Le démon se sent menacé chaque fois qu'on l'oublie cinq minutes, il connaît par cœur le puéril catéchisme de la pub : qu'on parle de lui, en bien, en mal, mais qu'on en parle, ça ne va pas plus loin. Etre, pour lui, c'est d'abord être dénoncé."


"Une espèce de marée noire musicale beurre aujourd'hui les rives du monde. Tous les jours, des gens qui ne toléreraient pas que vous leur fumiez sous les narines vous soufflent leurs préférences aux oreilles."


Bernanos : "Ce que vos ancêtres appelaient des libertés, vous l'appelez déjà des désordres, des fantaisies."


"[Bernanos : ]« Ce préjugé est même poussé si loin que nous supporterions volontiers d'être esclaves, pourvu que personne ne puisse vanter de l'être moins que nous.» Et encore : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Il se souvenait d'une période déjà très lointaine où certains Français s'étaient révoltés devant l'innovation policière des empreintes digitales, et où on leur avait fait honte de leur frilosité. « Comment ! leur a-t-on dit, mais vous n'êtes pas des criminels ! Cette réforme admirable ne vous concerne donc pas ! Au contraire : en visant les malfaiteurs, elle accroît votre sécurité ! L'ennui, commentait Bernanos, c'est que la notion de "criminalité" s'était alors prodigieusement élargie... »"


Rubens, sur les Anglais - donc sur les Américains : "amis des dieux et ennemis de tout le monde."


Deux phrases de Tocqueville :

- l'Inquisition n'a "jamais pu empêcher qu'il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L'empire de la majorité fait mieux aux Etats-Unis : elle a ôté jusqu'à la pensée d'en publier."

- "Ce que je reproche à l'égalité, ce n'est pas d'entraîner les hommes à la poursuite de jouissances défendues, c'est de les absorber entièrement à la recherche des jouissances permises."


"On a pu voir tout ce qui avait été libéré de ses anciens maîtres se retrouver aussitôt précipité dans le néant (le sexe libéré des "tabous" et des "interdits moraux" explosant dans la pornographie comme une étoile qui meurt ; le prolétariat libéré de son servage et cessant d'exister comme classe ; le temps lui-même "délivré" catastrophiquement par le loisir généralisé de l'antique fardeau de la chronologie)."


Ce texte a été écrit en 1984, les notes entre crochets sont de 1997 :

"Balzac a écrit toute sa vie ce que les notaires savaient mais qu'ils ne savaient pas écrire ; je crois qu'on peut désormais essayer d'écrire ce que les médecins savent mais qu'ils ne diront pas, ça nous changera. Et ce que les médecins savent, ce qu'il y a à savoir sur le savoir des médecins, au bout du compte, dans le fond du fond, vertigineusement, ça concerne la place presque effacée du Père (de l'homme) atteignant le dernier chapitre de l'histoire de sa destitution ; conservée, au mieux, comme spectateur passif dans la nouvelle Trinité composée du Médecin, de la Mère candidate et de l'Enfant à faire consister ["Je me dois aujourd'hui d'ajouter à cette Trinité une quatrième personnage : l'inventif, l'infatigable Législateur. L'appétit de lois et la prolifération des lois, pour la plupart nuisibles ou inutilisables, ne sont que des conséquences de la disparition radicale de la loi symbolique (le Père)."] ; réduit au rôle sympathique, définitif et hébété, de père nourricier. Si, plus ou moins, depuis toujours, la partie masculine de l'espèce a pu se raconter qu'elle avait comme saint modèle Dieu le Père en personne, elle va devoir réduire ses prétentions d'urgence, à des personnages moins dominants comme Zacharie, par exemple, ou saint Joseph, ces mâles discrets, qui font ce qu'on leur dit de faire quand on le leur dit et qui disparaissent sans bruit, dans les textes, au moment où, la volonté d'enfants s'étant réalisée, on n'a plus besoin d'eux... ["Dans ce domaine comme dans tant d'autres, les choses sont allées à un train d'enfer. Treize ans plus tard, on peut noter que la destitution du mâle (du père) s'est elle aussi accélérée. Un nouveau rôle lui est désormais proposé, une nouvelle mission lui est assignée : celle de devenir une femme comme les autres ; et, si possible, une mère."]"

Concluons tristement :

"Le sida, c'est ce qui reste du sexe quand celui-ci a disparu."


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lundi 13 août 2007

Où sont les femmes...

Chez Bergman, dans le temps, et un peu comme le "jeune Godard" on a pu avoir l'impression de les y découvrir.


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Godard "croyait que le cinéma serait éternel parce que lui se croyait éternel au début. C'est un sentiment bien humain que d'espérer que son art meure avec soi, qu'on soit le dernier de son art. Voilà une présomption qui ne peut toucher l'écrivain : moi je suis sûr que la littérature continuera après moi. C'est ce qui a pu faire croire que le cinéma, comme le jazz toujours, étaient des arts mineurs. Quelle chance pour Godard de se penser fermeur du cinéma, gentleman-fermeur ! De fermeur à tueur il n'y a qu'un coup de feu. Pour Dominique de Roux, qui espérait beaucoup en Godard, c'est bien le tueur du cinéma. Dominique disait encore plus justement : "Le ver est dans son propre fruit." C'est assez bien vu. A force d'avoir voulu détruire le cinéma, le cinéma est mort, alors on assiste aux larmes sincères et désolées, regardez-le bien : il a tout à fait l'attitude du gosse penaud qui a cassé son jouet. "Je ne voulais pas la mort du cinéma !" Trop tard...


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Tout ce qui lui reste à faire c'est de recoller les morceaux. Ce sont les derniers films de Godard. Réussis une fois sur deux." (M.-E. Nabe, 1989)

"Je me retrouve à parler de Godard alors que ça devrait être le contraire ! Avec son snobisme, c'est impossible. C'est justement ce qui va mal : les jeunes artistes sont obligés d'y aller de leurs petites dettes envers les "maîtres" qui ont proclamé en leur temps l'iconoclastie !


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Que Godard ne me connaisse pas est dommage pour la culture française d'aujourd'hui ! Qu'il ne nous fasse pas ensuite le coup de la communication. Il est toujours à se plaindre que les gens ne se parlent pas, mais avec sa peur méprisante il préfère aller s'humilier devant "Marguerite", selon les rites de sa classe, bâiller devant la grande soeur maternaliste qui sait tout. Il a tellement peur de l'écriture ! Il est si complexé par ça ! Tant pis pour lui. Il croit que ça suffit de prendre les Rita Mitsouko, sans les utiliser, dans son dernier film pour être à jour avec notre époque et en même temps il va se réchauffer dans les jupes de la ringardissime Duras.

Laissons-les se branler ! Godard - l'oeuvre de Godard - vaut mieux que ça, mais il ne le sait pas."


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Le maître et l'héritier faisant le paon devant l'art dubitatif ?


"Mon drame, c'est que j'ai toujours tout osé dire aux femmes. D'où vestes et camouflets. Mais aussi bonnes surprises et même - disons-le, extases. J'ai osé leur dire qu'elles manquaient principalement de panache et que les trente années de féminisme "libérateur" qu'elles venaient de vivre les avaient encagées plus encore que les deux mille ans de machisme précédents. En leur donnant ce qu'elles croyaient vouloir (une femme sait-elle vraiment ce qu'elle veut ?), on leur a enlevé le désir de tout. Les hommes, culpabilisés, se trouvent face à des multitudes d'infibulées de la passion, des excisées du délire d'aimer, toujours plus revêches et frustrées. J'ai osé leur dire qu'elles puaient l'impuissance et que, à force de jouer aux pimbêches bêcheuses, les femmes allaient finir à la casse comme de vieilles voitures fatiguées. A qui la faute ? A la psychanalyse d'abord, à la féminisation des abrutis qui leur servent d'hommes ensuite. C'est-à-dire à tous ceux qui n'osent plus dire que la plupart d'entre elles, par idéologisation de leur sexualité, ont renoncé à jouir et surtout à faire jouir. Pour moi, les seules femmes respectables aujourd'hui plus que jamais, sont les putains. Je les aime toutes comme des saintes et je suis leur ange gardien. Il n'y a plus qu'en elles que résident un espoir, une délivrance, un sens de la tragédie qui revilisera les hommes s'ils ont encore l'honnêteté d'aller vers elles. Je prépare un livre sur les femmes, sorte d'écrin pulpeux dont l'apologie de la prostitution sera le bjou, quelque chose comme le clitoris précieux d'un sexe en voie de disparition." (M.-E. Nabe, "La femme est un con", 1998)


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"La France d’avant 14 et d’après 14, c’est différent. Avant 14, c’est des somnambules, après c’est des analystes. Alors ils tombent dans la série Sartre, Camus… Ils croient qu’il vaut mieux “ penser ” ! Tandis qu’en 14, il y avait un devoir, et on le faisait. (…) Il y avait la vertu. Les femmes étaient vertueuses, les hommes étaient braves et travailleurs. Sans ça, c’étaient des monstres. Il y avait la putain, il y avait le bordel, on l’a supprimé aujourd’hui… (...) “ La civilisation de l’Europe tient sur un trépied : un pied c’est le bistrot, l’autre l’église et le troisième le bordel ! ” Evidemment, un trépied, ça tient ! On a supprimé le bordel, maintenant tout tombe ! (…) Il n’y a pas de bordel ! Comme ça on ne respecte plus nos femmes, nos filles…" (L.-F. Céline, 1957 ; la phrase en italiques est attribuée par lui à des amis sud-américains.)


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vendredi 10 août 2007

Il n'y a plus rien.

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"M. Grégoire : Ça vous inspire quelque chose, le sexe et le sacré, normalement oui ?

M.-E. Nabe : Oui, bien sûr. Evidemment, le sexe n'est pas sacré, mais en revanche, le sacré est sexuel, et c'est ce qui me passionne le plus."


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"On connaît la façon dont les choses se sont passées : la conjonction dans le même film d'une nudité pleine de bonheur et d'un regard-caméra accusateur illustre bien les deux pôles à partir desquels la modernité proprement godardienne, elle-même partie intégrante et constitutive de la modernité cinématographique maintenant disparue, s'est construite. Jean Seberg puis Anna Karina prendront ici la suite de Harriet Andersson, dans des oeuvres qui sans doute surpassent Monika. La maturité sexuelle de Bergman, nettement supérieure à celle du jeune Godard, a accéléré la maturité artistique de celui-ci." (S. Daney)




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"Je n'ai pas le courage de regarder en face le déshonneur de mon pays. Le mot de déshonneur me paraît lui-même sans proportion avec les événements et les hommes, je me demande si nous avions encore tant d'honneur à perdre." (G. Bernanos)

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mardi 7 août 2007

Guerre des sexes. Paix des braves. Faute de combattants ?

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"Vous savez, à part l'obsession des hommes pour le sexe, il n'y a rien de plus écoeurant que l'obsession des femmes pour l'amour." (M.-E. Nabe)


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"Ce qu'il y a de frappant, finalement, avec Bergman, c'est ce que ce fils de pasteur ait pu jouir autant, des femmes et avec les femmes. On peut penser que quelque part, ça l'a sauvé. Dans sa vie, et, ce qui est plus important pour nous, du point de vue du cinéma. Bibi Andersson, Liv Ullman, pour ne citer qu'elles, on dit qu'il les a créées, mais en fait il s'est nourri d'elles, il n'aurait rien été sans elles. Evidemment, quelqu'un comme Godard - plus grand du point de vue du cinéma, mais qui n'a pas trouvé d'aussi grandes dames sur son chemin - les a-t-il vraiment cherchées ? -, ça ne pouvait que le fasciner." (S. Daney)

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