mercredi 28 juillet 2010

Figures de l'autodestruction : barbarie stérile et mesquinerie vérolée.

tumblr_l6427eDa301qzuh80o1_500


berlin-love-parade


275px-Le_Petit_Journal_-_Bazar_de_la_Charité


975C1C56-8B91-41B6-979A-B58ABEC4218F_w527_s


Avec l'âge les réflexes s'émoussent : on part en vacances en ayant vaguement entendu que des Festivus allemands se sont auto-génocidés, et on ne pense même pas à fourrer dans son sac le volume du Journal de Bloy où il s'enflamme au sujet de l'incendie du Bazar de la Charité. Tant pis ou tant mieux, cela m'épargnera en tout cas soit une retranscription de plus, soit de singer platement le maître, et n'empêche pas de se réjouir de l'événement - vous avez voulu fusionner, j'en suis fort aise, vos chairs sont mélangées maintenant. Métissage grandeur nature. - Partouze et charnier, même combat ! A humanité dégénérée, mort dégénérée.


Love_Parade_Pics_19


C'est peut-être le pire, d'ailleurs : non que ces gens soient morts, mais que ces décès soient aussi risibles, que ces gens soient morts dans un tel état de négation de ce qui peut faire l'humanité d'un homme, que l'on ne peut que constater à quel point leur cheminement a été logique, de leur suicide spirituel individuel par leur incorporation (terme mieux adapté que « participation ») à la Love Parade (comment écrire ces mots sans frémir ?), à cette mort par auto-piétinement collectif : ils sont morts comme ils ont vécu, dans l'anonymat, la régression sourire figé - l'homme-qui-rit pour toujours -, le tout-à-l'égout.


love-fest-2


LoveParade


crâne


Ces morts tristement réjouissantes n'étaient ni proprement méritées ni vraiment fatales (on peut bien s'amuser, c'est normal de nos jours, à chercher d'autres responsabilités que la bonne vieille ὕϐρις) : elles étaient et sont dans la logique des choses.



Un petit détour par Péguy maintenant (mon sac n'est pas vide, tout de même), qui exagère, qui se trompe en partie, mais qui a raison sur le fond :

"Des civilisations sont donc mortes. Parmi celles qui nous ont laissé quelques monuments, l'antique civilisation égyptienne, civilisation du Nil auteur et père, les civilisations du Tigre et de l'Euphrate, l'ancienne civilisation hébraïque, les anciennes civilisations phéniciennes, syrienne et carthaginoise. L'antique civilisation hellénique, partiellement sauvée de la barbarie et réinstallée au coeur du monde moderne par l'opération de la Renaissance, l'antique civilisation hellénique, la plus belle culture du monde, aujourd'hui succombe, définitivement, sous les coups de nos radicaux modernistes. Ce que n'avaient pu faire les hordes barbares issues de la Thébaïde, ce que n'avaient point obtenu tant d'invasions et tant d'altérations, tant de persécutions et tant de corruptions barbares, la disparition du grec, la suppression définitive de la culture hellénique, la mort, la finale mort du génie grec, ce sont aujourd'hui nos modernes scientistes, et nos contemporains anticléricaux qui en achèvent aujourd'hui la consommation. Et par eux le mythe et l'histoire d'Hypathie reçoit enfin son plein accomplissement. Sous cette réserve que l'ancienne Hellénie était menacée de succomber sous une barbarie féconde, et que nos modernes ont trouvé le moyen de la faire succomber sous une barbarie stérile." (Par ce demi-clair matin, 1905, "Pléiade", t. 2, pp. 104-105).

J'avais prévu de vous offrir ce petit texte avant que la Love Parade ne nous éclabousse de son sang mêlé, ce qu'écrit Péguy juste après s'y applique très bien :

"D'autres civilisations sont mortes. Cette civilisation moderne, le peu qu'il y a de culture dans le monde moderne, est elle-même essentiellement mortelle [si ce n'est suicidaire]. D'autant plus mortelle, d'autant plus exposée à la mort qu'elle est moins profonde, moins profondément enracinée au coeur de l'homme que ne le furent la plupart des anciennes civilisations, étant, à l'épreuve, beaucoup moins cultivée, beaucoup moins civilisée, beaucoup moins intérieure et beaucoup moins profonde.

Le sort de l'humanité est sans doute essentiellement précaire. Mais le sort de l'humanité n'a jamais été aussi précaire, aussi misérable, aussi menacé, que depuis le commencement de la corruption des temps modernes. Il est évident qu'au dix-huitième siècle par exemple la barbarie était refoulée beaucoup plus loin des bords sacrés qu'elle ne l'est aujourd'hui. Aujourd'hui de partout, guerres et massacres, et imbécillité, même laïque, la barbarie remonte. De partout monte l'inondation de la barbarie. Et les quatre cultures qui dans l'histoire du monde qui est enfin devenu le monde moderne aient seules réussi à refouler jamais la barbarie, la culture hébraïque, la culture hellénique, la culture chrétienne, la culture française, sont aujourd'hui également pourchassées. Les réactionnaires se sont chargées de l'une, et les radicaux se sont chargées des trois autres."

Il est important de bien comprendre, sans se lancer ce jour dans une telle entreprise, qu'une réflexion sur l'actualité de ce texte ne peut se faire qu'en gardant en pensée la distinction barbarie féconde - barbarie stérile (faute de quoi on revient à la vieille « défense de l'Occident », alors même que la première illustration, de quelque ampleur et qui ait donné raison à Péguy (tout en le tuant), du retour de la barbarie, fut aussi moderne qu'occidentale : la Grande Guerre), et en y ajoutant la dimension supplémentaire des combinaisons complexes des barbaries féconde et stérile au sein de la barbarie extérieure, dimension sensiblement plus importante aujourd'hui qu'en 1905. Le Chinois dont tout le monde craint (désire ?) le gros chibre est-il barbare ancien, ou barbare moderne ? - Pour le mal au cul qu'il risque de nous donner (ce n'est pas certain, soit dit en passant, n'en déplaise à Luc Ferry, mais lui désire vraiment l'arrivée du chibre en question, histoire de se venger de ce que ses « compatriotes » n'aient pas apprécié le sien à sa juste valeur lorsqu'il était ministre), cela ne change pas grand-chose, pour s'y habituer ensuite… ach, ma métaphore boîte : disons qu'il vaut mieux être conquis par une civilisation cultivée, avec laquelle on peut discuter, que par un clone étranger de notre propre « civilisation », que par une copie un peu rustre de ce que nous sommes nous-mêmes devenus, qui ne pense qu'à nous faire subir en plus grand ce que nous lui avons fait subir dans le passé - mal au cul garanti dans ce cas, on y revient !

(La façon dont les chantres de la mondialisation, qui comme par hasard sont souvent les mêmes qui nous expliquent les merveilleuses tendresses de la colonisation à l'occidentale, leur façon, disais-je, de nous faire frémir devant les horreurs d'une colonisation économique par les Chinois ou les Indiens (par les Japonais il y a trente ans), en dit long sur ce qu'ils savent être la réalité d'une colonisation.)



Une digression pour finir, dans l'ordre de la mesquinerie. Pierre Assouline, qui, coïncidence amusante ou sinistre, s'offusque de ce que Sarkozy traite mal les humanités classiques, sans se demander si l'origine du mal n'est pas bien ancienne, Pierre Assouline n'aime pas Lucien Rebatet, ce qui est son droit. Il regrette que l'édition récente des critiques de cinéma de celui qui signait François Vinneuil ne soit pas exhaustive, ce qui était (et est toujours) ma propre opinion. Le texte dans lequel il exprime ces idées est pourtant d'une mauvaise foi et d'une incohérence rares, au moins pour qui a lu ce volume et les justifications des éditeurs. De toutes façons, si vous éditez Rebatet avec les passages antisémites, vous êtes antisémite, si vous le rééditez sans ces passages, vous êtes antisémite. Dans les deux cas, il ne peut s'agir que de « réhabiliter » Rebatet - un crime sans doute... Comme si Lucien avait besoin d'être réhabilité ! On peut le détester, on peut ne pas vouloir le lire, il en faut plus qu'un peu de bave assoulinienne pour l'empêcher de prendre sa place, éminente, dans ce qu'on appelait à une époque, d'une appellation que P. Assouline cherche maladroitement, par le nom de son blog, à évoquer, la « République des Lettres ». Mais c'était une époque où il y avait des lettres en France, et s'il y en a encore, ce qui n'est pas prouvé, Pierre Assouline n'y est certes pour rien !

- Mais la comédie est peut-être bientôt finie, qui sait ?


Love_Parade_Pics_47


1220339488_540

Libellés : , , , , , , , , , ,

samedi 26 septembre 2009

J'aime le monde.

technoparadezk6


Le vrai, pas le journal, même si le premier contient, entre autres nombreux désagréments, la Techno Parade, et même si le second nous livre à ce sujet un réjouissant récit :


"Des bandes organisées de jeunes ont violemment perturbé la Techno-parade.


La fête a été gâchée. Samedi 19 septembre, la Techno-parade, rendez-vous des amateurs de musique électronique, a dû se disperser dans les rues de Paris une heure avant la fin prévue par les organisateurs. En queue du cortège qui a rassemblée 400 000 personnes, 100 000 selon la préfecture, des bandes de jeunes ont agressé les participants. Une grande discrétion a entouré ces incidents. Or, des policiers présents disent avoir été marqués par le caractère très organisé des violences commises.

En 2007 et en 2008, la Techno-parade, comme d'autres évènements festifs, avait déjà été la cible de bandes violentes. Cette fois, la police, tous services confondus, a procédé à 95 interpellations, soit quatre fois plus que l'année précédente. Mais surtout, les perturbateurs semblaient répondre à une tactique précise. "A partir du pont de Sully, des bandes organisées s'en sont pris aux gens, déplore Sophie Bernard, directrice de Technopole, l'association qui gère la manifestation. En accord avec la préfecture, nous avons donc pris la décision d'écourter."

Parmi ces perturbateurs, beaucoup de jeunes Noirs portaient un signe distinctif, une casquette blanche, une capuche ou un vêtement de couleur blanche. Ils sont visibles sur les vidéos amateurs qui circulent sur You Tube, récupérées et exploitées depuis par des sites d'extrême-droite. Ces images, prises notamment au pont de Sully, puis à partir des marches de l'Opéra Bastille, montrent des individus, souvent coiffés de casquettes blanches, s'immiscer violemment dans le cortège, frapper les participants et refluer au pas de course. Les rapports transmis à la hiérarchie policière n'insistent pas sur la présence d'un signe de reconnaissance entre agresseurs. Mais plusieurs policiers assurent avoir été confrontés à des jeunes qui agissaient en "groupes structurés, avec un chef qui désignait les objectifs".

"Cette année, c'était flagrant, ils étaient par groupes de 30 ou 40 en formation serrée", témoigne Lionel Azoulay, responsable de la société Blocks qui assure la sécurité des chars de la Techno-parade depuis son origine, en 1998. Il était sur place avec ses 180 agents de sécurité porteurs de T-shirt orange, qui se sont parfois affrontés aux jeunes. "Certains criaient 9-3 ! 9-3 !, d'autres 9-4 !, 9-4 ! et ils ne se sont pas tapés entre eux", poursuit M. Azoulay.

"PAS DE DÉGÂTS"

"Ils ont effectivement crié des numéros de département comme un signe de ralliement mais je ne pense pas qu'il y avait une organisation, nuance Jean-François Demarais, directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police. Ce n'était pas des casseurs au sens classique, il n'y a d'ailleurs pas eu de dégâts sur le parcours ; plutôt des jeunes venus faire de la « dépouille »." Parmi eux, quelques uns "avaient des sacs en plastique avec dix téléphones portables à l'intérieur".

Existerait-il une bande organisée qui se reconnaîtrait par un signe distinctif blanc ? Du côté de la SDIG (les anciens renseignements généraux), on indique travailler effectivement sur des "signes de reconnaissance" dans les bandes, "comme deux doigts tendus en forme de pistolet, mais pas encore sur une couleur blanche". L'association Technopole, qui s'apprête à communiquer sur ces violences, devrait bientôt rencontrer la préfecture de police." (Isabelle Mandraud)


"La fête a été gâchée...", quel pied ! Remarques en vrac au fil du texte :

- "Une grande discrétion a entouré ces incidents." : pourquoi ? Pour ne pas attiser de haines raciales, par peur que les jeunes n'osent plus aller dans de tels défilés de perdition, ou parce que c'est vraiment la honte ?

- "...les vidéos amateurs qui circulent sur You Tube, récupérées et exploitées depuis par des sites d'extrême-droite" : méfions-nous des raccourcis du Monde concernant l'extrême-droite, mais les sites dits identitaires sont effectivement friands de ce genre d'images. Malheureusement, pour eux comme pour nous, les jeunes « issus de l'immigration », aussi cons que les blancs, sont nombreux dans ce genre de manifestations


techno-parade-foule


, et c'est bien regrettable. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous, ils ont dû aussi se faire casser la gueule. Il est en tous cas amusant de voir des sites qui râlent sur la décadence française s'offusquer de ce que des Français (eh oui !) viennent perturber une telle manifestation de décadence ;

- "Ils ne se sont pas tapés entre eux..." : pas si cons, tout de même... bel aveu ceci dit, tant qu'ils se "tapent entre eux", tout le monde s'en fout. Ce qui il est vrai n'est pas anormal, car en de telles occasions ils se révèlent tout de même assez cons ;

- la « dépouille », "des sacs en plastique avec dix téléphones portables à l'intérieur" - bien que Le Monde ne soit pas très clair sur le sujet, c'est évidemment la fausse note dans cette histoire. Si, cette fois-ci, il n'y a pas lieu d'être choqué par le côté « meute » - la Technoparade est elle-même une meute, de bien plus grande importance, et ceux qui sont si contents d'y participer en nombre n'ont qu'à se défendre ; et puis, si on veut prendre le pouvoir dans la rue, il faut l'assumer, et affronter ceux qui ne sont pas d'accord... -, on peut regretter ces vols, qui font un peu tache, même s'ils ne semblent pas être la motivation première des combattants du 9-3 et du 9-4 ;

- un peu de politique pour finir : la « racaille » fait ici le boulot que devraient faire les prolos « classiques ». Je sais bien qu'il n'y en a plus beaucoup à Paris et qu'ils ont d'autres chats à fouetter, mais ils devraient comprendre que le monde qui quotidiennement les encule est le même que celui de la Technoparade, et qu'une bonne leçon de choses et de luttes des classes ne fait de mal à personne, surtout pas à la racaille - la vraie, sans guillemets - qui aime à défiler de la sorte (et à s'enfiler le soir, mais passons). J'y pensais au sujet des séquestrations de patrons : Popu est trop gentil en ce moment, Popu fait trop dans le symbole inoffensif - ce qui ne lui évite ni de se faire engueuler ni de se faire niquer -, Popu a du mal à assumer le fait qu'il peut ne pas être sympathique, qu'il n'est pas obligé d'être sympathique - ce qui n'est pas franchement le problème des jeunes du 9-3... Je ne suis pas en train de réclamer que les ouvriers lynchent leurs patrons : simplement, tant qu'ils n'oseront pas gêner vraiment, il n'y a pas de raisons que les riches se gênent, eux ;

- pas de femme nue ou déshabillée pour conclure (vous allez finir par ne venir ici que pour ça), mais le mot de la fin, par un ami de 93 ans - « 9-3 » ans, oui -, facho et antisémite comme il n'est pas permis, à qui je montrais hier cet article, me demandant ce qu'il en penserait. Après quelques instant de réflexion, il conclut sagement : "Heureusement, en France, nous avons toujours eu de très bonnes troupes coloniales."


Q2001231

- ce qui laisse Max Roach perplexe... (Photo piquée chez Tom, comme d'habitude.)

Libellés : , , , , ,

mardi 23 juin 2009

Straubien.

1


"...c'était la douceur savoureuse d'octobre, il l'emmenait quelquefois à la campagne un jour entier, toujours vers les forêts. Il n'avait jamais osé auparavant emmener une femme parmi les grands arbres. Il voulait la retirer des salons, des golfs, des restaurants. La France est un pays de forêts. Il y a encore autour de Paris, en tirant vers le nord ou vers l'ouest, de ces grands refuges. Là il aurait voulu la préparer au ton secrètement hautain des cathédrales, des châteaux et des palais qui sont les derniers points d'appui de la grâce, car les pierres ont mieux résisté que les âmes."

(P. Drieu la Rochelle, Gilles, 1939, deuxième partie, ch. V.)



"Un pays imaginaire - entre 1848 et 1917, entre la Chine et Cuba - avait surgi, au mois de mai, des pavés du Quartier Latin. Le Messie, répétait Maurice Clavel chaque matin dans Combat, était ressuscité sur les barricades. Mais en juin, on s'apercevait que le pays réel était aussi le pays légal. Finalement, au-delà des options politiques, une masse immense de Français restait attachée - comme aux États-Unis, comme en Grande-Bretagne - à l'ordre et à la loi. Telle était la surprise et, pour les enragés, le scandale. Ils avaient cru à une France idéale (celle des révolutions) et ils retrouvaient la « vraie » France, « petite, bourgeoise, xénophobe, raciste, nationaliste, réactionnaire, fasciste, religieuse, catholique, protestante ou juive ». La France des petites villes, vieillotte et sage, d'abord dépassée par l'éruption, lentement s'était ressaisie : elle s'était reconnue sur les Champs-Élysées, et elle allait confirmer dans son vote qu'elle était encore (pour combien de temps ?) la majorité."

(P. de Boisdeffre, Lettre ouverte aux hommes de gauche, Albin Michel, 1969, p. 111)


coffret



La citation sur la « vraie » France provient du livre de M. Daniel Cohn-Bendit, Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, Seuil, 1968 (évoquerait-il encore le judaïsme ainsi ?...). Il n'est pas certain que l'auteur y qualifie cette France qu'il décrit avec amour comme la « vraie », je n'ai pu le vérifier.

Quoi qu'il en soit de ce dernier point d'importance symbolique, il suffit de mettre en rapport cette brève analyse de P. de Boisdeffre et les résultats des élections européennes pour voir ce qui a changé depuis et en partie à cause de Mai 68 : entre de Gaulle et D. Cohn-Bendit il y avait de vraies différences, la « France des petites villes, vieillotte et sage » avait de bonnes raisons de suivre le premier et de ne pas aimer le deuxième qui, comme on peut le constater, le lui rendait bien. Alors qu'entre ceux que l'on a appelés, en faisant mine d'oublier la colossale abstention à ce scrutin, les deux vainqueurs des élections européennes, N. Sarkozy et D. Cohn-Bendit, il n'y a quasiment pas de différence. Je vous renvoie à cette récente interview d'Alain Soral, dans laquelle il compare D. Cohn-Bendit et J. Attali, vous constaterez par vous-même que Nicolas Sarkozy se fond avec allégresse dans ce même moule - qu'il faut bien qualifier d'anti-français, puisque ces gens-là proclament eux-mêmes fièrement, au mieux leur indifférence, au pire leur haine pour la France ! Résultat, la « France des petites villes... » soutient Nicolas Sarkozy en grande partie pour de mauvaises raisons, et ce n'est évidemment pas une situation saine.

Avec Drieu alors on peut se réfugier dans ce qui reste de la « grâce »... - mais c'était l'époque d'avant Festivus, on foutait alors la paix aux vieilles pierres, on ne se croyait pas alors obligé de les « valoriser » avec l'appui d'acteurs ratés, intermittents du spectacle en déshérence, qui nous empêchent de profiter, dans notre intimité, de l'oeuvre du passé.

Certes la grâce par définition ne se décrète pas, et se retrouvera ailleurs... Mais en attendant force est de constater que tout semble fait, c'est kafkaïen, peut-être pas pour que nous ne puissions plus rien éprouver, ce qui est sans doute impossible, mais pour que, de ce que nous éprouvons, nous ne puissions plus rien dire d'audible.


Klassenverhältnisse 1

Libellés : , , , , , , , , ,

mercredi 8 avril 2009

Ne travaillez jamais !

van-dyck-derision



En guise de remerciement amical à celui qui m'a offert le livre d'où sont issues les lignes qui suivent, et en attendant la troisième livraison de notre "Apologie de la race française...", voici aujourd'hui un texte qui, comme celui de Raymond Aron il y a peu, vaut autant par son contenu que par la surprise que peut causer la mise en rapport de ce contenu avec l'image que l'on a spontanément de l'auteur, chroniqueur au Figaro et à L'Express. Nous sommes en 1948.

"Ceci en tout cas n'est pas imaginaire : l'effort titanesque de la Russie soviétique pour atteindre en dix ans et pour dépasser la production des Etats-Unis. M. André Carrel, qui en revient, encore mal réveillé de son enchantement, assure aux lecteurs de L'Humanité que « l'ouvrier soviétique s'est tourné avec un optimisme joyeux vers sa fraiseuse, son four-martin, son marteau-piqueur, son tracteur, il a craché dans ses mains et il a dit : “On peut y aller !” »

Oui, bien sûr : sans la foi rien de grand ne s'accomplit en ce monde. Sans la foi stakhanoviste qui soulève l'élite de la classe ouvrière russe, le plan quinquennal n'aurait aucune chance d'être accompli en quatre ans. Il reste que pour violenter la matière, que pour la dompter dans un temps record, il a toujours fallu, au siècle de Chéops comme au siècle de Staline, qu'un petit nombre d'hommes fasse suer à des esclaves sans nombre leur suprême sueur. (...)

Et je resonge à ce forcené de dix-neuf ans, à ce Rimbaud qui s'enferme dans le grenier de sa mère, à Roche, au mois de mai 1873 ; j'entends sa protestation rageuse contre le travail forcé : « J'ai horreur de tous les métiers », balbutie cet ange furieux, dressé au seuil de l'ère industrielle. « Quel siècle à mains... Jamais je ne travaillerai. » C'est la révolte en quelque sorte viscérale, c'est le non serviam d'une humanité qui pressent sa condamnation au « rendement » forcé jusqu'à la mort pour le compte de divinités sans entrailles qui n'ont pas, comme les patrons en chair et en os, un mufle qu'elle puisse haïr : l'Etat, la race, le Parti.

Vers le même temps, un Genevois, Henri-Frédéric Amiel, écrivait [et c'est digne d'un primitif des Trobriand, foi de Genevois !] : « L'activité n'est belle que si elle est sainte, c'est-à-dire dépensée au service de ce qui ne passe pas. » Enfin, une troisième parole me revient : celle de cette vieille paysanne de chez nous à qui on demandait ce qu'elle faisait, toute la journée, assise sur une chaise dans l'église, et sans même prier, et qui répondit simplement : « Je Le vois et Il me voit. »

Ces êtres si différents les uns des autres : cet adolescent forcené dans le grenier de son enfance (...), ce protestant genevois, cette vieille femme illettrée, chacun dans son ordre, expriment d'avance la protestation des poètes et des saints qui refusent de tourner la meule pour le compte d'un maître étranger, qui exigent de rester les maîtres de leur âme, pour la sauver ou la perdre - librement."

François Mauriac, Le Figaro, 28 janvier 1948 ; repris dans La paix des cimes. Chroniques 1948-1955, Bartillat, 2009, pp. 14-16.


VanDyck


Figaro pour Figaro, c'est autre chose que du Rioufol... On pourrait d'ailleurs s'amuser à comparer ce dernier à son alter-ego Olivier Besancenot, tant les deux commettent le même genre d'erreur. Le premier s'inquiète de l'identité française et de son devenir, tout en voulant laisser les patrons faire ce qu'ils veulent - donc, de fait, utiliser de la main-d'oeuvre immigrée - et en semblant ignorer que s'il y a un pays occidental où l'Etat a joué un rôle constitutif dans l'élaboration de la Nation, c'est bien le nôtre ; le second veut un Etat-Providence fort, mais ne veut pas des frontières qui permettent à la puissance de l'Etat, lequel ne peut être seulement Providence, de s'exercer.

Laissons ces deux laborieux morpions gratter indéfiniment et en toute complémentarité de médiocres les mêmes zones d'ombre, et revenons à Mauriac, qui, comme Chesterton - un auteur que j'ai scandaleusement sous-utilisé, à charge de revanche -, a le bon goût de rappeler quelques « fondamentaux » chrétiens sur la liberté et l'esclavage. Cela m'intéresse aussi, incidemment, pour les ponts ainsi dressés entre tradition et modernité, et c'est en ce sens que j'ai évoqué en passant les Trobriand.

On peut toujours répondre que chez les « Argonautes » de Malinowski la Kula était une cérémonie officielle, qu'il y avait autant de conformisme là-bas qu'il y en a ici... et on aura je crois confondu deux choses : le besoin pour toute société d'être réglée par quelques valeurs cardinales, principielles (la difficulté je le rappelle pour la nôtre étant qu'une de ses valeurs est l'individualisme, qui lui-même est un puissant dissolvant de valeurs) ; la passivité de la masse, ou de la majorité des individus par rapport à ces valeurs. Ces deux caractéristiques n'ont pas de raison de différer beaucoup selon que l'on se trouve dans une société moderne ou une société traditionnelle : les grands hommes, quoi que l'on entende par là, sont par définition rares, et il ne nous semble pas que desserrer, au moins en apparence d'ailleurs (l'individualisme est une valeur forte), la contrainte des « valeurs cardinales » ait tellement rendu les masses moins passives que ça (c'est le paradoxe de Tocqueville).

Il serait déjà plus intéressant de constater que si conformisme il doit y avoir, celui des Trobriand nous semble nettement plus vivant que le nôtre, moins anxiogène, et évidemment moins destructeur. Ce qui nous fascine dans la Kula, c'est cette capacité à concilier des caractères agonistiques et une forme de paix sociale, capacité qui plus est sciemment organisée - alors que les époques intéressantes de la modernité (depuis la Renaissance) qui ont pu elles aussi être vivantes sans être chaotiques paraissent l'avoir fait par hasard, ou sans s'en rendre compte (la Belle Epoque, par exemple, j'y reviens sous peu).

Mais il serait plus original, pour le coup, de se demander (je l'avais fait incidemment dans le texte sur les « grands hommes » auquel je viens de faire allusion), si la notion même de conformisme (cf. infra) a le moindre sens concernant une société comme celle des Mélanésiens des Trobriand. Qu'il y ait là-bas des différences individuelles, des gens plus ou moins mous, plus ou moins dynamiques, plus ou moins concernés par la Kula, etc., certes oui (heureusement !). Et sans doute (peut-être Malinowski les évoque-t-il, je ne m'en souviens plus) y a-t-il des mauvais coucheurs boudant à l'occasion la Kula et pouvant en dire du mal. Mais quand une société vit autant dans le cérémonial et dans le rituel que celle-ci, un cérémonial et un rituel demandant de surcroît autant d'activité que la Kula (un rituel vivant ne peut s'accomplir mécaniquement, même s'il y a une part d'automatisme dans l'esprit de ceux qui sont habitués à l'appliquer), le terme de conformisme semble bien peu adapté - au point que l'appliquer au passé peut sembler une typique manoeuvre moderne, renvoyant sur les sociétés traditionnelles un mal en réalité secrété par les sociétés modernes.

Je précise à toutes fins utiles qu'il ne faut pas confondre le Mélanésien de Malinowski et Homo Festivus : la Kula peut certes être qualifiée de festive, elle n'emplit pas pour autant toute la vie du Mélanésien (elle n'est d'ailleurs pas son seul mode de commerce), qui sait très bien faire la part des choses à la routine, aux « travaux et aux jours ». C'est justement l'erreur, l'illusion - volontaire à quel point ? rappelons que c'est une illusion encouragée par certains pouvoirs publics -, l'illusion et même l'hallucination (anxiogène elle aussi) du Festivus de P. Muray, que de croire qu'il est possible de toujours vivre dans la fête - et, par ailleurs et en même temps, de faire l'impasse sur le rôle du commerce dans la société, plus important pourtant chez nous qu'aux Trobriand, où l'on avait justement su lui faire sa place en le codifiant sévèrement et en l'imbriquant, bonjour Polanyi, dans une organisation qui le dépasse.


AntoonVanDyckWillemII


Nous voilà loin de Mauriac - peut-être. Il serait intéressant, mais au-dessus de mes moyens actuels, de voir quelles sont les caractéristiques sociales qui permettent, suscitent, ou rendent improbable, l'émergence de la figure du saint.

Joyeuses Pâques !





P.S. Je découvre, c'est pain-bénit pour moi, que le terme conformiste, récent, est d'origine protestante. Voici ce qu'en dit le Robert (2006) :

Conformisme. 1904, de conformisme. Fait de se conformer aux normes, aux usages. Péj. Atttitude passive d'une personne qui se conforme aux idées et aux usages de son milieu.

Conformiste. 1666, angl. conformist. 1. Personne qui professe la religion de l'Eglise anglicane. 2. Qui se conforme aux usages, aux traditions, aux coutumes.


Dans le premier sens de « conformisme » et le sens de 2 de « conformiste », il n'y a pas de distinction à faire entre sociétés traditionnelles et modernes. Mais dans le sens péjoratif (le plus courant) de « conformisme », dont on voit bien la filiation avec le sens 1 de « conformiste » (génie de la langue ? Polémique catholique ? Le terme apparaît en tout cas pour désigner un mode d'obéissance intérieur à la règle : nous sommes cette fois en plein dans le paradoxe de Muray-Wittgenstein), non seulement il y a une rupture à faire, celle que je viens d'essayer d'analyser, mais on voit bien que les termes apparaissent avec la modernité, et même avec une des manifestations les plus importantes de la modernité, le protestantisme anglo-saxon. Sale race !



713px-Anthonis_van_Dyck_041




Sur un sujet proche : la place des lieux communs dans la tradition et dans la modernité.

Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,

mardi 14 août 2007

La fermeture.

bergmantrilogy-04


Je retombe sur quelques phrases de Muray - qui sont parfois des citations d'autres auteurs -, je vous les livre, faites circuler...

"Le monde n'est pas pourri jusqu'à l'os, comme le prétendent les protestants de toutes les religions, c'est-à-dire les écologistes de tous les siècles. La Nature n'est pas intégralement corrompue, la faute originelle n'a pas annulé notre libre arbitre. Le pardon est à portée de main, et ce sont les hommes, non Dieu, qui rêvent sans cesse aux procès et aux tribunaux.
Ce n'est pas que le Mal n'existerait pas, ou serait négligeable, au contraire, mais pourquoi s'abandonner à cette faiblesse de prêter une force propre à la Nuisance radicale ? Le Mal n'est un être que si on le veut bien, c'est-à-dire si on l'appelle à tue-tête, et notamment en n'arrêtant pas de le dénoncer. Le Mal n'est Quelqu'un que si on en fait tout un plat en refusant d'en rire parce qu'on préfère jouir de le prendre au sérieux. Le démon se sent menacé chaque fois qu'on l'oublie cinq minutes, il connaît par cœur le puéril catéchisme de la pub : qu'on parle de lui, en bien, en mal, mais qu'on en parle, ça ne va pas plus loin. Etre, pour lui, c'est d'abord être dénoncé."


"Une espèce de marée noire musicale beurre aujourd'hui les rives du monde. Tous les jours, des gens qui ne toléreraient pas que vous leur fumiez sous les narines vous soufflent leurs préférences aux oreilles."


Bernanos : "Ce que vos ancêtres appelaient des libertés, vous l'appelez déjà des désordres, des fantaisies."


"[Bernanos : ]« Ce préjugé est même poussé si loin que nous supporterions volontiers d'être esclaves, pourvu que personne ne puisse vanter de l'être moins que nous.» Et encore : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Il se souvenait d'une période déjà très lointaine où certains Français s'étaient révoltés devant l'innovation policière des empreintes digitales, et où on leur avait fait honte de leur frilosité. « Comment ! leur a-t-on dit, mais vous n'êtes pas des criminels ! Cette réforme admirable ne vous concerne donc pas ! Au contraire : en visant les malfaiteurs, elle accroît votre sécurité ! L'ennui, commentait Bernanos, c'est que la notion de "criminalité" s'était alors prodigieusement élargie... »"


Rubens, sur les Anglais - donc sur les Américains : "amis des dieux et ennemis de tout le monde."


Deux phrases de Tocqueville :

- l'Inquisition n'a "jamais pu empêcher qu'il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L'empire de la majorité fait mieux aux Etats-Unis : elle a ôté jusqu'à la pensée d'en publier."

- "Ce que je reproche à l'égalité, ce n'est pas d'entraîner les hommes à la poursuite de jouissances défendues, c'est de les absorber entièrement à la recherche des jouissances permises."


"On a pu voir tout ce qui avait été libéré de ses anciens maîtres se retrouver aussitôt précipité dans le néant (le sexe libéré des "tabous" et des "interdits moraux" explosant dans la pornographie comme une étoile qui meurt ; le prolétariat libéré de son servage et cessant d'exister comme classe ; le temps lui-même "délivré" catastrophiquement par le loisir généralisé de l'antique fardeau de la chronologie)."


Ce texte a été écrit en 1984, les notes entre crochets sont de 1997 :

"Balzac a écrit toute sa vie ce que les notaires savaient mais qu'ils ne savaient pas écrire ; je crois qu'on peut désormais essayer d'écrire ce que les médecins savent mais qu'ils ne diront pas, ça nous changera. Et ce que les médecins savent, ce qu'il y a à savoir sur le savoir des médecins, au bout du compte, dans le fond du fond, vertigineusement, ça concerne la place presque effacée du Père (de l'homme) atteignant le dernier chapitre de l'histoire de sa destitution ; conservée, au mieux, comme spectateur passif dans la nouvelle Trinité composée du Médecin, de la Mère candidate et de l'Enfant à faire consister ["Je me dois aujourd'hui d'ajouter à cette Trinité une quatrième personnage : l'inventif, l'infatigable Législateur. L'appétit de lois et la prolifération des lois, pour la plupart nuisibles ou inutilisables, ne sont que des conséquences de la disparition radicale de la loi symbolique (le Père)."] ; réduit au rôle sympathique, définitif et hébété, de père nourricier. Si, plus ou moins, depuis toujours, la partie masculine de l'espèce a pu se raconter qu'elle avait comme saint modèle Dieu le Père en personne, elle va devoir réduire ses prétentions d'urgence, à des personnages moins dominants comme Zacharie, par exemple, ou saint Joseph, ces mâles discrets, qui font ce qu'on leur dit de faire quand on le leur dit et qui disparaissent sans bruit, dans les textes, au moment où, la volonté d'enfants s'étant réalisée, on n'a plus besoin d'eux... ["Dans ce domaine comme dans tant d'autres, les choses sont allées à un train d'enfer. Treize ans plus tard, on peut noter que la destitution du mâle (du père) s'est elle aussi accélérée. Un nouveau rôle lui est désormais proposé, une nouvelle mission lui est assignée : celle de devenir une femme comme les autres ; et, si possible, une mère."]"

Concluons tristement :

"Le sida, c'est ce qui reste du sexe quand celui-ci a disparu."


brueghel_triumph-of-death

Libellés : , , , , , , , , , ,

jeudi 19 juillet 2007

"Comme cela leur revient de droit." Bonnes vacances !

Rien de tel sans doute que de se trouver dans le grand Nord pour goûter à sa juste valeur cette description du vieux quartier musulman ("Stamboul") de Constantinople en 1890 par Pierre Loti (Voyages, "Bouquins", p. 326) :


loti5


"Le même jour, vers quatre heures du soir, Stamboul par la pluie. Un orage depuis ce matin assombrissait l'air, et l'averse tombe décidément, torrentielle.

Sortant de la Sublime-Porte, je me réfugie, pour m'y abriter jusqu'à la fin de la journée, dans le labyrinthe du Grand-Bazar (car Stamboul, suivant l'usage d'Orient, a son "bazar", qui est comme une ville dans la ville, que des murailles entourent, et qui, le soir, ferme ses épaisses portes).

Il y fait sombre et triste, aujourd'hui, sous ce ciel plein d'eau et sous ces toitures de bois qui couvrent toutes les petites rues, laissant des gouttières suinter ; à travers une espèce de buée, de brouillard crépusculaire, on voit briller les étoffes dorées, les milliers de bibelots accrochés aux échoppes - et fourmiller les foules ; femmes tout de blanc voilées, hommes coiffés de bonnets rouges. Dieu merci ! il n'a guère changé encore, ce bazar. Dans des recoins connus, je retrouve les mêmes obscurs petits cafés, qui sont revêtus de leurs vieux carreaux de faïence persane aux étranges fleurs, et où servent depuis des années les mêmes vieilles petites tasses. On peut y faire les mêmes rêves qu'autrefois, en regardant, par la porte ouverte, la foule turque s'agiter dans le demi-jour fantastique des avenues. Du fond de ces retraites d'ombre, où l'on fume le tabac blond qui grise, tout ce mouvement, tout ce bruit semble, dans le lointain, comme un immense brouhaha de fantômes.


loti1


Voici cependant, hélas ! quelques essais nouveaux de boutiques à l'européenne, avec des devantures vitrées. Et voici même quelques bandes d'étrangers ahuris - touristes des agences, évidemment - qui passent en se serrant les coudes, promenés à toute vapeur par des guides effrontés. (Plus convaincus sont les touristes anglais : malgré leurs airs de marcher en pays conquis, je crois que décidément je les préfère aux Français gouailleurs, qui se plaignent des rues mal pavées, qui ne voient du bazar que les quelques articles de Paris étalés çà et là, et inclinent à penser que tous ces vieux marchands à turban, accroupis dans des niches, font venir leurs tapis du Bon Marché ou du Louvre.) Et ils partiront tous ayant vu Constantinople ; et ils crieront même à la mauvaise foi musulmane, parce qu'ils auront été volés, pillés (comme cela leur revient de droit) par la plèbe des guides et des interprètes - qui sont grecs, arméniens, juifs, maltais, tout ce qu'on voudra, mais jamais turcs. Les Turcs du peuple se font bateliers, ou manoeuvres, ou portefaix, mais ne se plient point au métier servile d'exploiteurs d'étrangers.

Je m'attarde à marchander de vieux bibelots d'argenterie - tandis que dehors le jour baisse et la pluie tombe toujours. De plus en plus désolé, ce bazar qui se vide, les affaires finies : le long des ruelles couvertes, si vieilles, les boutiques se ferment ; les marchands s'en vont comme les acheteurs, et l'obscurité grise descend dans ce labyrinthe, qui, la nuit, ne sera plus qu'un désert noir."


De Profundis !

Libellés : , ,

samedi 23 juin 2007

Où sont les femmes ?

101800_054



Feuilletant un peu de Muray, je tombe sur ce passage, qui me semble conclure, ou tout moins ponctuer la série de textes, situés quelque part entre la politique et l'érotisme, que j'ai placés ces dernières semaines sous le patronage de Sade ("Tout homme est un despote quand il bande", phrase que je connais d'ailleurs grâce au dit Muray) :

"Pour en revenir à cette solitude sexuelle d'Homo Festivus (...), elle ne peut être comprise que comme l'aboutissement de la prétendue libération sexuelle d'il y a trente ans, laquelle n'a servi qu'à faire monter en puissance le pouvoir féminin et à révéler ce que personne au fond n'ignorait (notamment grâce aux romans du passé), à savoir que la plupart des femmes ne voulaient pas du sexuel, n'en avaient jamais voulu, mais qu'elles en voulaient dès lors que le sexuel devenait objet d'exhibition, donc de social, donc d'anti-sexuel. Nous en sommes à ce stade. Dans une société maternifiée à mort (et où, pour être bien vu, il faut continuer à radoter que le féminin n'a pas sa place, est persécuté, écrasé, etc.), l'exhibitionnisme, où triomphent les jouissances prégénitales, devient l'arme fatale employée contre le sexuel, je veux dire le sexuel en tant que division ou différence des sexes (qualifiée de sources d'inégalités ou d'asymétries), et en tant que vie privée. L'exhibitionnisme est la forme sexuelle que prend aujourd'hui l'approbation des conditions actuelles d'existence.

C'est pour cela que je peux diagnostiquer, à partir des avalanches de parties de jambes en l'air qu'on nous montre ou qu'on nous raconte dans des livres, à la fois un désir forcené d'intégration sociale (par l'exhibition que réclame et même qu'exige cette société-ci) et une volonté plus forcenée encore de mort du sexuel adulte. Il n'y a aucune contradiction entre la pornographie de caserne qui s'étale partout et l'étranglement des dernières libertés par des "lois anti-sexistes" ou réprimant l'"homophobie" comme il nous en pend au nez et qui seront, lorsqu'elles seront promulguées, de brillantes victoires de la Police moderne de la Pensée.


T2490



C'est aussi la raison pour laquelle j'écris que s'exhiber et punir sont les deux commandements solidaires de notre temps." (Moderne contre moderne, Belles-Lettres, 2005, pp. 271-272).






J'en profite pour passer une annonce : j'ai entendu parler d'un texte de Lacan où il met en rapport Sade et Kant du point de vue du rapport à la Loi - donc à la règle. Si un lecteur peut me tuyauter à ce sujet...

Libellés : , , , , , ,

samedi 16 juin 2007

Concession à l'actualité. Des progrès du festivisme en milieu décomplexé.

Je trouve chez M. Radical - cet homme-là n'aime pas discuter, c'est dommage -, une intéressante vidéo sur la campagne électorale à Sarcelles. Il me semble que seule la dernière phrase de ce reportage incite à l'optimisme - à Sarcelles comme ailleurs, malgré tous ses défauts, le peuple vaut mieux que ses élus.

Cliquez donc ici.



J'ajoute :

- un rappel du contexte : selon Le Canard enchaîné, relayé par Guy "I love police" Birenbaum, la candidate UMP aurait déclaré - à un jury littéraire, nous dit-on, ce n'est pas d'une précision folle - : "Mon mari [contrairement à Mme Strauss-Kahn, dont le conjoint est un séducteur] peut dormir tranquille. Dans ma circonscription, il n'y a que des Noirs et des Arabes. L'idée de coucher avec l'un d'entre eux me répugne."

- une précision personnelle. Mme Noachovitch a comme tout un chacun ses goûts sexuels. A ma façon je la rejoins sur un point : si je trouve de nombreuses femmes noires extrêmement séduisantes, quelque chose en moi fait que je ne les vois pas dans mon lit, elles ne font pas partie de mon univers sexuel, voilà (les japonaises, malgré la fin de L'empire des sens, en revanche...).

4662_02

Bree.small

Je ne vois donc pas au nom de quoi les hommes arabes et noirs devraient absolument faire partie des fantasmes de cette dame. Maintenant, il y a la formulation, et il y a la position, si j'ose dire, de cette candidate à une fonction publique, qui ferait mieux d'apprendre à tenir sa langue (si j'ose dire bis), et à ne pas confondre goût intime et déclaration politique. Sans compter que ce qui vaut pour le Festivus de base vaut aussi pour la droite décomplexée et fière de l'être : on n'est jamais très beau à afficher sa pride.

Ceci posé, comme je ne suis si ni Noir ni Arabe, et que - influence baudelairienne ? - je commence à sentir se développer en moi, sur le tard, un certain goût pour les idiotes, peut-être que Mme Noachovitch et moi pourrions trouver un terrain d'entente... Faute de Rachida, qui m'a beaucoup déçu avec ses propos atrocement corrects sur la foi, on peut se rabattre sur Sylvie, monter avec elle dans son train, voir ce qui se passe en-dessous de sa ceinture... Vive la sincérité, vive le coeur ! La femme est l'avenir de l'homme - Aragon, Fallaci, Noachovitch, même combat !



La réalité dépasse la fiction.


Ben_Laden

Libellés : , , , , , , , , , ,

mardi 12 juin 2007

Promesses trahies.

Nicolas Sarkozy bizuté au G8 pour une bonne séance d'Apérobic ("Allez, Nico, un petit coup de plus, ça ne fera pas de mal... Alors Nico, tu es président maintenant, tu ne vas pas faire ta chochotte... Un petit footing demain et il n'y paraîtra plus... D'ici là, à Cécilia la gym, à toi le Tonic ! Et un dernier pour la route, Nico, les journalistes ne se rendront compte de rien... ") et faisant aux profs des cadeaux électoralistes que n'oseraient plus faire les socialistes,

Rachida, la belle Rachida, que l'on croyait avoir un sain rapport avec la trique, et qui déclare dans Tribune juive : "Ce qui me plaît dans la foi, c'est l'oecuménisme"...

Festivus et Ségolène Royal auraient-ils gagné ?

(Bon, attendons les mois à venir.)

Libellés : , , , , ,

lundi 30 avril 2007

Identité nationale.

Sur ce thème nous avons assisté à la tragi-comédie actuellement récurrente : une gauche empêtrée dans son matérialisme et qui croit la question résolue, face à une droite qui sent que des questions se posent mais ne peut se retenir de les aborder, trop souvent, par l'agression et la fermeture sur soi. Je sais bien que depuis le 1er tour quelqu'un comme Alain Soral passe pour le roi des opportunistes et des tocards, mais au moins a-t-il essayé de sortir de ce genre d'apories.

Quoi qu'il en soit, on ne peut qu'être frappé, dans ce contexte, par la lecture du chapitre 109 de L'homme sans qualités. Je rappelle que la Cacanie à laquelle il est fait allusion est la "multi-ethnique" Autriche-Hongrie. Quant à Bonadea, elle représente, disons, le type de la femme sensuelle et légère.

"La cause de toutes les grandes révolutions, cause plus profonde que leur prétexte, n'est pas dans l'accumulation de circonstances intolérables, mais dans l'usure de la cohésion qui favorisait la satisfaction artificielle des âmes. On pourrait citer à ce propos la formule d'un des plus fameux d'entre les premiers philosophes scolastiques, en latin "Credo ut intelligam" [Saint Augustin : Je crois afin de comprendre.], qui pourrait se traduire, un peu librement, en langage contemporain : "Seigneur mon Dieu ! accorde à mon esprit un crédit à la production !" Les credo humains ne sont probablement que des cas particuliers du crédit. En amour comme dans les affaires, dans les sciences comme dans le saut en longueur, on doit croire avant de pouvoir gagner ou atteindre son but ; comment cela ne serait-il pas vrai de la vie en général ? Son ordre peut être fondé sur ce qu'on voudra, il n'y en a pas moins toujours, par-dessous, un commencement de croyance en cet ordre, définissant, comme dans une plante, l'endroit où la croissance a commencé [d'où la redoutable question voyeriste : "Pourquoi le prestige est-il prestigieux ?"]. Quand cette croyance est épuisée, pour laquelle il n'y a ni justificatifs ni couverture, la banqueroute ne tarde pas ; les âges et les empires s'écroulent comme les affaires quand leur crédit est épuisé.

(...) La Cacanie était, dans l'actuel chapitre de l'évolution, le premier pays auquel Dieu eût retiré son crédit, le goût de vivre, la foi en soi et la capacité qu'ont tous les Etats civilisés de propager au loin l'avantageuse illusion qu'ils ont une mission à accomplir. C'était un pays intelligent, qui abritait des hommes civilisés. Comme tous les hommes civilisés de tous les pays du monde, ils erraient, l'âme irrésolue, dans un monstrueux tourbillon de bruit, de vitesse, de nouveautés, de litiges, enfin de tout ce qui fait le paysage optique et acoustique de notre vie. Comme tous les autres hommes, ils lisaient ou entendaient quotidiennement une douzaine de nouvelles qui leur faisaient dresser les cheveux sur la tête ; ils étaient prêts à en être troublés, à intervenir même, mais rien ne se passait, parce que quelques instants plus tard le trouble était déjà supplanté dans leur conscience par d'autres troubles. Comme tous les autres, ils se sentaient environnés de meurtres, de violences, de passions, de sacrifices, de grandeur, événements qui se déroulaient d'une façon ou d'une autre dans la pelote embrouillée autour d'eux ; mais ils ne pouvaient pas aller jusqu'à ces aventures, enfermés qu'ils étaient dans un bureau ou quelque autre établissement professionnel, et le soir, quand ils se trouvaient libres, la tension dont ils ne savaient plus que faire explosait en divertissements qui ne les divertissaient pas. A cela venait encore s'ajouter, chez les gens cultivés, quand ils ne s'adonnaient pas entièrement, comme Bonadea, à l'amour [ou, de nos jours, comme Catherine Millet, à la partouze], une autre chose : ils n'avaient plus le don du crédit et pas encore [cela a changé depuis] celui de la duperie. Ils ne savaient plus où aboutissaient leurs sourires, leurs soupirs, leurs pensées. A quoi avaient-ils souri ou pensé ? Leurs opinions étaient arbitraires, leurs penchants existaient depuis longtemps, pour toutes choses il y avait déjà, flottant dans l'air, un schéma préfabriqué dans lequel on se ruait, et ils ne pouvaient rien faire ou rien omettre de grand coeur, parce qu'il n'y avait pas de loi pour donner une unité. Ainsi l'homme cultivé était-il un homme qui sentait on ne sait quelle dette s'accroître sans cesse, qu'il ne pourrait plus jamais acquitter [On ne louera jamais assez le Nabe du Régal des vermines d'être sorti de ce schéma et d'avoir, au moins le temps d'un livre, brisé ce rapport de la culture à la dette]. Il était celui qui voyait venir la faillite inéluctable : ou bien il accusait l'époque dans laquelle il était condamné à vivre, encore qu'il prît autant de plaisir à y vivre que quiconque, ou bien il se jetait, avec le courage de qui n'a rien à perdre, sur la première idée qui lui promettait un changement.

Sans doute était-ce la même chose dans le monde entier, mais lorsque Dieu retira son crédit à la Cacanie, il fit encore ceci de particulier qu'il révéla à des nationalités entières les difficultés de la civilisation. Ces nationalités étaient installées sur le terrain cacanien commes des bactéries, sans se soucier autrement de la courbure du ciel ou des problèmes analogues, mais tout d'un coup elles se trouvèrent à l'étroit. Ordinairement, l'homme ne sait pas qu'il doit se croire plus qu'il n'est pour pouvoir être ce qu'il est [et en même temps mieux vaut qu'il reste humble, sinon Festivus débarque, c'est la quadrature du cercle] ; mais il faut au moins qu'il sente ce "plus" d'une manière ou d'une autre au-dessus et autour de lui ; et parfois, tout à coup, il peut en être privé. Alors, quelque chose d'imaginaire lui manque."

Suit un amusant tableau de l'attitude des "nationalités" (on n'en rajoutera pas j'espère sur le terme de "bactéries", quoi qu'il soit frappant) et de leurs rapports aux intellectuels cacaniens.

Pour donner une tonalité encore plus pessimiste à ce discours, rappelons que l'action du roman se situe en 1913-1914, jusqu'à la veille de la déclaration de la guerre qui verra disparaître une Autriche-Hongrie-"Cacanie" qui se croyait plus ou moins éternelle. Et à propos de pessimisme, j'aurais tendance, en guise de conclusion à compléter la formule de M.-E. Nabe, lequel écrivait en 1983 (Journal intime, t. 1, p. 31) : "C'est affreux de se sentir énergiquement pessimiste dans cet optimisme mou généralisé", par son inverse : "C'est affreux de se sentir énergiquement optimiste dans ce pessimisme mou généralisé." L'un n'empêche pas l'autre.

Dieu vous garde !

Libellés : , , , , , ,

vendredi 13 avril 2007

L'invention de Festivus par M.-E. Nabe en 1985.

"Montparnasse, ça ressemble maintenant un peu à Pigalle il y a vingt ans. La rue de Rennes, par exemple, c'est le pont de Galata ! C'est la même que Saint-Michel : racaille et magasins lumineux de fringues en soldes !

Il faut d'abord savoir éviter tous les forains qui encombrent le quartier, tous ces mendiants pas si mendiants, tous ces marchands qui, contre deux oboles, vous dispensent d'un chorus geignard au soprano faux. Il faut savoir passer entre les envolées d'oiseaux mécaniques, les pirouettes d'acrobates, les canards en bois, tous les spectacles à la bonne franquette, toute cette pantomine grotesque qui donne à Paris aujourd'hui un déprimant air de fête continuelle, l'allure sinistre de foire sympathique, de bombance piétonnière !" (Zigzags, Barrault, 1986, p. 75.)

On n'insistera pas sur la proximité avec les écrits de P. Muray des passages ici soulignés. Il reste à voir d'où vient exactement cette proximité : d'une prescience exemplaire chez M.-E. Nabe ? C'est possible. Mais quoi qu'il en soit cela n'exclut pas que cette tendance festive soit profonde, voire inhérente à la modernité. Muray lui-même la fit remonter à la Révolution, notamment au culte de l'Etre suprême et aux fêtes créées pour l'occasion. On arguera que l'on n'a pas attendu la modernité pour faire la fête, mais ce n'est pas la question : ce que Muray comme Nabe évoquent, c'est l'état de fête permanente.

Il se trouve que je suis tombé à quelques jours d'intervalle sur deux récriminations du même genre :

""Vieille Amérique reconstituée" à la porte Maillot, pour préluder aux fêtes du Centenaire de la Découverte. Rencontré un ami qui m'affirme qu'il n'y aura pas de profanations. Pauvre bonhomme qui ne conçoit pas la profanation par le ridicule ! Ce délire de reconstitution m'exaspère. Il montre si bien le néant d'un temps qui ne peut se regarder lui-même." (L. Bloy, Le mendiant ingrat, 14 mai 1892.)

"L'exploitation politique des cadavres est une tradition de la République." (L. Daudet, cité par M. G. Dantec, American black box, Albin Michel, 2007, p. 508.)

Même si les exemples ne manquent pas, Daudet exagère peut-être, mais la confrontation de ces deux critiques, et leur rapprochement avec Muray et Nabe nous ramènent à notre idée de l'instabilité, par définition, de la modernité. La fête plus ou moins permanente d'un côté, la reconstitution sans fin du passé mêlée à un culte plus ou moins sincère des morts de l'autre, tout cela est à la fois une recherche de repères (car les fêtes et les commémorations, il y eut toujours, cela fait partie de ce qui fait l'union d'une société avec elle-même) et auto-hallucination, onirisme morbide et plus ou moins conscient - ce que le culte moderne des morts, Muray le catholique n'avait pas manqué de le noter, nourrit en empêchant de tourner la page et d'aller de l'avant - à l'encontre du précepte biblique "Laissons les morts enterrer les morts."

Et il est évident qu'à partir d'un certain niveau d'obsession la critique du passé - colonialiste, collaborationniste... - est une forme de culte des morts - forme masochiste - si Clemenceau ou de Gaulle furent des substituts à Dieu le Père (lequel n'est pas mort et est moins clairement défini, donc pas commémoré en tant que tel), on en arrive à la situation d'une déesse France qui est à la fois mère nourricière, mère de tous nos maux, cadavre que l'on honore et profane, et parfois ceci parce que cela et cela parce que ceci. La modernité n'est pas seulement hallucinogène, elle est aussi masochiste. Deleuzienne donc, ce qui rappelle le diagnostic de Foucault comme quoi le XXIème siècle serait deleuzien ou ne serait pas. Ach, Foucault eut beau dire du bien de la révolution iranienne, il n'avait pas prévu M. Ben Laden !

- Ceci dit, O. Ben Laden étant à certains égards aussi moderne que n'importe quel occidental, le 11 septembre ne manque pas de dimensions masochistes et oniriques. Il aboutit même à la création, avec Ground zero, d'un nouveau culte des morts. On n'en sort pas. Par définition peut-être.

Libellés : , , , , , , , , ,

mercredi 11 avril 2007

Aucun rapport.

doc-23824



"Avez-vous éprouvé, vous tous que la curiosité du flâneur a souvent fourrés dans une émeute, la même joie que moi à voir un gardien du sommeil public, – sergent de ville ou municipal, la véritable armée, – crosser un républicain ? Et comme moi, vous avez dit dans votre cœur : « Crosse, crosse un peu plus fort, crosse encore, municipal de mon cœur ; car en ce crossement suprême, je t’adore, et je te juge semblable à Jupiter, le grand justicier. L’homme que tu crosses est un ennemi des roses et des parfums, un fanatique des ustensiles ; c’est un ennemi de Watteau, un ennemi de Raphaël, un ennemi acharné du luxe, des beaux-arts et des belles-lettres, iconoclaste juré, bourreau de Vénus et d’Apollon ! Il ne veut plus travailler, humble et anonyme ouvrier, aux roses et aux parfums publics ; il veut être libre, l’ignorant, et il est incapable de fonder un atelier de fleurs et de parfumeries nouvelles. Crosse religieusement les omoplates de l’anarchiste ! » "

[Ici, une note : "J'entends souvent les gens se plaindre du théâtre moderne ; il manque d'originalité, dit-on, parce qu'il n'y a plus de types. Et le républicain ! qu'en faites-vous donc ? N'est-ce pas une chose nécessaire à toute comédie qui veut être gaie, et n'est-ce pas là un personnage passé à l'état de marquis ?"]


167572014_1a7eae4390

[Photographie tirée d'une manifestation d'intermittents du spectacle... Le problème c'est que les "Républicains" d'aujourd'hui sont devenus comédiens, et qu'ils n'ont pas l'air d'avoir assez de tempérament pour se moquer d'eux-mêmes...]


"Ainsi, les philosophes et les critiques doivent-ils impitoyablement crosser les singes artistiques, ouvriers émancipés qui haïssent la force et la souveraineté du génie."

"Le doute, ou l’absence de foi et de naïveté, est un vice particulier à ce siècle, car personne n’obéit ; et la naïveté, qui est la domination du tempérament dans la manière, est un privilège divin dont presque tous sont privés.

Peu d’hommes ont le droit de régner, car peu d’hommes ont une grande passion.

Et comme aujourd’hui chacun veut régner, personne ne sait se gouverner."

"Il est une vaste population de médiocrités, singes de races diverses et croisées, nation flottante de métis qui passent chaque jour d’un pays dans un autre, emportent de chacun les usages qui leur conviennent, et cherchent à se faire un caractère par un système d’emprunts contradictoires."

[Pas de photographie ici. Un miroir te suffira, "hypocrite lecteur..."]

"Tel qui rentre aujourd’hui dans la classe des singes, même des plus habiles, n’est et ne sera jamais qu’un peintre médiocre ; autrefois, il eût fait un excellent ouvrier. Il est donc perdu pour lui et pour tous.

C’est pourquoi il eût mieux valu dans l’intérêt de leur salut, et même de leur bonheur, que les tièdes eussent été soumis à la férule d’une foi vigoureuse ; car les forts sont rares, et il faut être aujourd’hui Delacroix ou Ingres pour surnager et paraître dans le chaos d’une liberté épuisante et stérile.

Les singes sont les républicains de l’art, et l’état actuel de la peinture est le résultat d’une liberté anarchique qui glorifie l’individu, quelque faible qu’il soit, au détriment des associations, c’est-à-dire des écoles.

Dans les écoles, qui ne sont autre chose que la force d’invention organisée, les individus vraiment dignes de ce nom absorbent les faibles ; et c’est justice, car une large production n’est qu’une pensée à mille bras.

Cette glorification de l’individu a nécessité la division infinie du territoire de l’art. La liberté absolue et divergente de chacun, la division des efforts et le fractionnement de la volonté humaine ont amené cette faiblesse, ce doute et cette pauvreté d’invention ; quelques excentriques, sublimes et souffrants, compensent mal ce désordre fourmillant de médiocrités.


nabe_calanques_r


L’individualité, – cette petite propriété, – a mangé l’originalité collective ; et, comme il a été démontré dans un chapitre fameux d’un roman romantique, que le livre a tué le monument [allusion à Notre-Dame de Paris], on peut dire que pour le présent c’est le peintre qui a tué la peinture."

Baudelaire, Salon de 1846. Le texte complet de ce passage est disponible ici. Vive la France !

Libellés : , , , , ,

vendredi 9 mars 2007

Apocalypse - Misère de l'altermondialisme - Littérature et anthropologie.

Commençons par une citation d'ampleur quelque peu disproportionnée avec notre sujet - mais pourquoi se priver d'utiliser et d'exposer le talent des autres ?

"Cela se passait en 1945. L'Europe, dans la démence des jours de liberté et des ultimes batailles de la Lieutenance Nazie, tandis que fumait la Chancellerie, que s'achevait la Septième Symphonie de Bruckner, tandis que tout se déchaînait, subissait la prise, coups de force sur coups de force, tandis que les généraux russes couverts de vison entraient dans Prague, dans Buda, escortés de dromadaires chargés d'obus ; tandis que l'armée américaine dans ses ponchos de nylon, casquée d'acier, s'approchait pesamment de la Bavière et d'Ulm, derrière ses escadrons de chars, ses bulldozers ; tandis que sur le front d'Asie Tokyo Rose répétait d'une voix encore plus douce au G.I. en pleine jungle : "Hello boys... I hope you're having fun, because your wives at home are certainly having fun too with all those lucky guys...", la plus éclatante image de Rita Hayworth se balançait un instant au-dessus du Japon et la victoire remportée au prix de l'unique conflagration. Le XXè siècle, drakkar vert sur les flots de mazout, explosait dans un tourbillon d'étincelles, cent millions d'hommes, et c'était tout."

(D. de Roux, La mort de Céline, C. Bourgois, 1966, pp. 153-154).


Exprimer une déception revient à reconnaître une attente préalable - et pourtant je n'attendais pas grand-chose du nouveau Politis. Mais il était satisfaisant de voir que ce journal, avec ses qualités et ses limites, s'était sauvé tout seul, sans "l'aide" d'un Rothschild ou d'un BHL, en une certaine conformité avec son propos. Las, la première couverture de la nouvelle formule,


politis-prend-un-coup-de-jeune-avec-jamel-249x283


avec le visage rayonnant de cynisme fier de la souillon pro-Royal Jamel Debbouze - Javel de Bouse : la merde à l'intérieur, le désinfectant universel à l'extérieur, M. Propre-sur-lui, M. République française et Islam moderne à moi tout seul, M. "je-suis-un-meilleur-flic-que-Sarkozy", etc. -, cette première couverture avait sonné comme un avertissement : nous sommes maintenant comme des poissons dans l'eau dans la réalité virtuelle des contestataires qui aident le système à fonctionner. La revue veut désormais assurer ses arrières, à grands jets de vaseline sur tout ce qui passe. Et cette semaine,


arton518-319x271


à l'occasion de la pathétique "journée de la femme", l'appel à la si ridicule Clémentine "Je veux être Ségolène Royal à la place de Ségolène Royal" Autain (c'est la blanche derrière, oublions la rappeuse-à-l'air-à-moi-on-ne-la-fait-pas de service pour cette fois), quelle ambition, les putains modernes sont de sacrées donneuses de leçons, plus j'avale et plus je recrache (ah, la bi-phobie, ce douloureux problème !), un peu de folklore latino à la clé (la "Pasionaria"), confirme ce virage, ou cette actualisation d'une tendance déjà présente, ou cet aveu de soumission : on s'agenouille d'abord, on réfléchit après. Bref, et de nouveau sans prétendre découvrir la lune, on ne peut qu'être frappé par la coïncidence entre cette attitude et celle des différents leaders de l'altermondialisme ces derniers mois. Dans un cas comme dans l'autre, si j'avais versé de l'argent pour aider Politis, ou si j'avais eu le désir de voter pour une candidature "antilibérale", j'aurais de quoi déprimer. Mais, à mon tour d'avouer, ou d'expliciter l'implicite, si j'éprouve le besoin de m'énerver sur le sujet, c'est que, outre le plaisir de dire du mal des arrivistes modernes, de tels désirs m'ont à un moment ou un autre traversé l'esprit. Tous dans la même galère !


Pour conclure cette longue note de façon peut-être un peu plus constructive que ces plaisanteries de cour de récréation, poursuivons notre investigation des rapports entre littérature et anthropologie. Après Baudelaire, et plus anciennement, Dostoïevski (gosh ! je ne trouve pas la référence !), voici un passage de Musil (L'homme sans qualités, "Toujours la même histoire", ch. 39), que je livre à votre sagacité :

"Cette incertitude donnait au problème personnel d'Ulrich un vaste arrière-plan. Jadis, l'on avait meilleure conscience à être une personne qu'aujourd'hui. Les hommes étaient semblables à des épis dans un champ ; ils étaient probablement plus violemment secoués qu'aujourd'hui par Dieu, la grêle, l'incendie, la peste et la guerre ; mais c'était dans l'ensemble, municipalement, nationalement, c'était en tant que champ, et ce qui restait à l'épi isolé de mouvements personnels était quelque chose de clairement défini dont on pouvait aisément prendre la responsabilité. De nos jours, au contraire, le centre de gravité de la responsabilité n'est plus en l'homme, mais dans les rapports des choses entre elles. N'a-t-on pas remarqué que les expériences vécues se sont détachées de l'homme ? Elles sont passées sur la scène, dans les livres, dans les rapports des laboratoires et des expéditions scientifiques, dans les communautés, religieuses ou autres, qui développent certaines formes d'expérience aux dépens des autres comme dans une expérimentation sociale. Dans la mesure où les expériences vécues ne se trouvent pas, précisément, dans le travail, elles sont, tout simplement, dans l'air. Qui oserait encore prétendre, aujourd'hui, que sa colère soit vraiment la sienne, quand tant de gens se mêlent de lui en parler et de s'y retrouver mieux que lui-même ? Il s'est constitué un monde de qualités sans homme, d'expériences vécues sans personne pour les vivre ; on en viendrait presque à penser que l'homme, dans le cas idéal, finira par ne plus pouvoir disposer d'une expérience privée et que le doux fardeau de la responsabilité personnelle se dissoudra dans l'algèbre des significations possibles. Il est probable que la désagrégation de la conception anthropomorphique qui, pendant si longtemps, fit de l'homme le centre de l'univers, mais est en passe de disparaître depuis plusieurs siècles déjà, atteint enfin le Moi lui-même ; la plupart des hommes commencent à tenir pour naïveté l'idée que l'essentiel, dans une expérience, soit de la faire soi-même, et dans un acte, d'en être l'acteur. Sans doute y a-t-il encore des gens qui ont une vie tout à fait personnelle ; ils disent : "Nous étions hier chez tel ou tel", ou bien : "Nous faisons aujourd'hui ceci ou cela", et ils s'en réjouissent sans qu'il soit même nécessaire que ces phrases aient encore un contenu et un sens. Ils aiment tout ce qui est en contact avec leurs doigts, ils sont aussi "personne privée" qu'il est possible ; le monde, aussitôt qu'ils ont affaire à lui, devient "monde privé" et scintille comme un arc-en-ciel. Peut-être sont-ils très heureux ; mais d'ordinaire, cette sorte de gens paraît déjà absurde aux autres, sans qu'on sache encore bien pourquoi.


RM-delarue


Et tout d'un coup, devant ces considérations, Ulrich fut obligé de s'avouer, dans un sourire, qu'il était malgré tout ce qu'on appelle un "caractère", même s'il n'en avait aucun."


(Pour ceux que cela intéresse : mieux vaut choisir Furtwängler (qui s'y connaissait en apocalypse) ou B. Walter pour la 7è de Bruckner.)


P.S.1 : je m'absente de l'internet quelques jours. Au plaisir !

P.S. 2 : vive la liberté d'expression (note 2 de ce lien)...

Libellés : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

mardi 6 mars 2007

Réac(tif). (Ajout le 28.04.)

La vie sans Marc-Edouard Nabe ne serait fondamentalement pas moins belle, mais elle serait moins drôle, ainsi que le prouve son nouveau tract, disponible sur les murs de Paris (rue Gît-le-Coeur notamment)... mais pas encore sur son site, que je vous encourage donc à surveiller ces prochains jours, notamment si vous êtes déjà convaincu que je suis complètement lepénisé et soralisé.

Je sais, c'est une annonce un peu frustrante. Ceux qui en ont l'occasion peuvent se promener dans le quartier latin, même si, avec le beau temps, les touristes y pullullent - et lorsque l'on accélère le pas pour contourner leur rythme si tristement pachydermique, l'on risque fort d'être renversé par les innombrables joggeuses, un peu trop souvent blondes pour être toutes françaises d'ailleurs, que le réchauffement de la planète nous envoie sur le rable dès fin février début mars. On ne m'ôtera pas de l'idée que l'énergie corporelle n'est pas indéfiniment cumulable et que ces dames seraient mieux inspirées d'utiliser la leur à des activités plus agréables, plus amusantes, et, en principe, moins masochistes. Au lieu de quoi elles s'épuisent à être sérieuses, massacrent leur poitrine, et, plus généralement, s'échinent à ruiner le fragile équilibre entre chair et muscles qui fait leur charme, comme écrit quelque part, justement, Alain Soral, au lugubre profit de ceux-ci.

Encore dois-je peut-être m'estimer heureux que les températures "clémentes" n'aient pas encore fait refleurir le doux son des tam-tam, qui pour toujours m'empêchera de trouver vraiment sympathiques les élégants noirs glandeurs qui m'empoisonnent la vie avec ces laïus si paresseux. Ach, eux au moins gardent leur énergie pour la gaudriole, eux au moins aiment les femmes bien en chair - ce qui prouve de nouveau que les joggeuses se cassent le cul pour rien, il ne leur reste que les esclaves salariés blancs et impuissants pour peloter le peu qu'il en reste. Heureusement, le CRAN oeuvre sans relâche pour que les "noirs de France" rejoignent ce si enthousiasmant troupeau des esclaves salariés, loin des stéréotypes néo-coloniaux dont je suis si lamentablement solidaire.


(Avez-vous remarqué ces femmes grassouillettes se promenant fièrement dans la rue au bras d'un étalon noir, en permanence sur leurs gardes, comme une lionne surveillant ses enfants, face à toute tentative d'approche de la part d'une sportive de service ? Cela me rappelle, bien que le rapport soit j'en conviens un peu lointain, ce que raconte Hérodote sur je ne sais plus quelle peuplade barbare, qui avait un original système pour marier ses jeunes filles : les plus belles étaient mises aux enchères, et l'argent ainsi recueilli servait de dot aux plus laides. Tout le monde y gagnait quelque part, toutes les filles étaient mariées, l'avenir de la tribu était assuré. Pas mal, non ?)

Bon, je m'arrête, mais je ne suis pas responsable du beau temps ni du réchauffement de la planète. Lesquels ne sont pas non plus directement responsables de ce que les jeunes femmes se déshabillent au moindre rayon de soleil - ce qui fait que, l'hiver, on peut regarder avec plaisir les jolies filles, alors que, l'été, il faut aussi supporter les moches (je laisse les lectrices transposer selon leur point de vue. Par ailleurs, on ne m'otera pas non plus de l'idée que la libido ainsi investie dans la jouissance de se faire regarder est en partie perdue pour la consommation de l'acte).

Pas que les jeunes femmes, d'ailleurs, c'est aussi ça le drame. J'ai brièvement évoqué, il y a longtemps, le livre La génération lyrique de François Ricard, consacré à la génération du baby-boom. L'auteur y explique, notamment, que ce que l'on a appelé la révolution sexuelle a surtout consisté, les jeunes filles n'ayant jamais, par définition, eu du mal à trouver des partenaires de jeu (sauf peut-être aux pires heures du triomphe de la bourgeoisie, et encore), à convaincre leurs mères qu'il était de leur devoir moral, vis-à-vis de leur propre féminité, de rester dans la danse aussi longtemps que possible. Ma foi, si les efforts qu'elles doivent consentir pour cela leur apportent assez de plaisir(s) en retour, je n'ai rien à y redire. Mais les mamans peroxydées avec string apparent, l'été, honnêtement... Bon, allez, une journée d'esclave salarié m'attend. A bientôt !


(Ajout le 28.04.)
Concernant le rapport entre exhibitionnisme et libido, voilà ce que l'on trouve au détour d'une page de L'homme sans qualités (ch.109) :

"On peut d'ailleurs considérer comme une règle générale que les femmes qui soignent à l'excès leur apparence sont relativement vertueuses, le moyen usurpant la fin ; tout de même que les grands champions sportifs donnent de médiocres amants, des officiers d'allure particulièrement martiale de mauvais soldats, et que des têtes aux traits particulièrement intellectualisés se révèlent vides comme des cruches." Amen !

Libellés : , , , , , , , , ,

samedi 24 février 2007

Métaphores.

(Quelques inflexions girardiennes rajoutées le lendemain.)

Ajout le 3 mars.



Est-elle particulière à notre époque, cette faculté à rendre détestable et écoeurant ce qui est à l'origine de simple bon sens ? Maurice Papon était ce qu'il était, il n'y a pas vraiment de quoi être fier d'avoir été son compatriote, mais perdre du temps à aller cracher sur sa tombe et à faire tout un plat de ce qu'il soit enterré avec sa légion d'honneur... C'est symbolique dira-t-on - oui, c'est ce que l'on dit pour justifier les combats les moins dangereux et les plus inutiles, pour justifier son rôle de parasite lâche et mesquin, pour justifier que l'on combatte un passé qui n'est plus dangereux (un mort, rappelons-le) sans consacrer le peu que l'on a d'énergie, soit à des luttes plus fécondes, soit (l'alternative n'est pas exclusive), tout simplement, à vivre mieux.

Cette "polémique" - terme consacré pour donner une apparence de dangerosité à ce genre de débats insignifiants et policés - apparaît d'autant plus dérisoire lorsque l'on apprend, sous la plume de Balzac (Un début dans la vie, "Pléiade" 1976 t. 1, pp. 778 et 1480), que dans le temps - et ici nous sommes près de la création de la Légion d'honneur - le bon peuple de France , qui savait distinguer les symboles importants des hochets pour vaniteux, appelait les décorations, et notamment les plus élevées, des crachats. Tout dignitaire important se trouvait donc de facto "couvert de crachats" simplement parce qu'il acceptait ces breloques - il s'humiliait lui-même, il n'y avait plus qu'à se moquer de lui - si encore l'on y tenait. Satie restait dans cet état d'esprit d'impertinence relativement sereine, lorsqu'il se moquait du refus de Ravel de recevoir la légion d'honneur : "Il n'avait qu' à ne pas la mériter". L'excitation sur la décoration de Maurice Papon relève au contraire d'une fascination et d'une envie non avouées et d'autant plus haineuses - pas contradictoires, bien entendu, avec le fait de critiquer le principe même de la légion d'honneur. Un peu comme celles et ceux qui veulent pouvoir à la fois se gausser de l'institution du mariage et se scandaliser qu'elle ne soit pas ouverte aux couples gays.

Bref, dans le cas de Papon, on crache sur des crachats, on glaviote sur les glaviots, c'est meilleur pour la conscience que pour l'hygiène morale - et l'on finit par, paradoxalement, par contraste avec son active petitesse, faire ressortir la banale mais réelle humanité de ce qui n'est, en tout et pour tout, qu'un cadavre comme un autre.



Tant que l'on y est dans le politique, le psychologique, l'organique... Etre enculé ou être materné, telle serait l'alternative - non exclusive là aussi, puisque si ces deux passivités ne s'impliquent pas l'une l'autre, elles se complètent agréablement.

images

Aux abris !





(Ajout le 3 mars.)
Merci Baudelaire :

"Consentir à être décoré, c'est reconnaître à l'Etat ou au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, etc."

"Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion d'honneur. On n'en veut plus parce qu'elles se sont salies à certains hommes."

Fin de partie.

Libellés : , , , , , , , , , ,

samedi 3 février 2007

Démocratie, sadisme, masochisme (ou : pourquoi Jean-Marie Le Pen et moi-même avons déjà perdu).

"Un moment historique pour la France" - ainsi s'est exprimé le premier ministre au sujet de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Il s'agit en l'occurrence d'une légère erreur : le "moment historique" n'est pas la loi elle-même, mais l'absence de réactions des gens à une pareille mesure. "On râle, mais on obéit", titrait (je cite de mémoire) le Parisien. Il n'y a plus qu'en votant - et encore, rendez-vous dans trois mois - que les Français aient un peu de courage. Finalement, que Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal parachèvent leur évolution en esclaves-citoyens-fiers-de-l'être (un peu plus esclaves chez le premier, un peu plus citoyens (mettez des guillemets si ça vous chante...) chez la deuxième, mais bon, la distinction reste subtile), et qu'on n'en parle plus.


bunuel-098


Même la perspective d'un gros vote Le Pen semble d'un coup bien dérisoire et inutile. S'ils aiment la schlague, après tout, ce n'est pas par une petite révolte électorale tous les cinq ans que les Français vont parvenir à s'en dégoûter. Ach, sans doute faut-il faut laisser les gens à leur bonheur. Bonne bourre, donc !


bunuel-0992


Il est vrai qu'après réflexion, un doute peut apparaître - valait-il la peine de sacrifier son honneur et son égoïsme naturel au phallus de la collectivité ?


bunuel-099


A chacun sa réponse... En ce qui me concerne, j'ai arrêté de fumer, sauf exceptions festives, il y a des années, par manque d'argent. Si vous voulez me voir appliquer mes propres principes, envoyez des dons, pour les cigarettes (enfin, plutôt pour pipe ou cigares), et pour les amendes. Merci d'avance !

Libellés : , , ,

samedi 14 octobre 2006

Le post-moderne à travers les âges.

(Il se peut que le point de départ de ce qui suit se trouve déjà, peu ou prou, quelque part chez Bouveresse ou Descombes, mon cerveau me titille désagréablement à cet égard. Ce ne serait certes pas bien grave.)



"C'est que Swann arrivait à un âge dont la philosophie - favorisée par celle de l'époque, par celle aussi du milieu où Swann avait beaucoup vécu, de cette coterie de la princesse de Laumes où il était convenu qu'on est intelligent dans la mesure où l'on doute de tout et où on ne trouvait de réel et d'incontestable que les goûts de chacun - n'est déjà plus celle de la jeunesse (...)" (A la recherche du temps perdu, Pléiade 1987, t. 1, p. 275.)


Chacun ses goûts, on ne discute de rien, on se méfie de tout, on ne croit plus à la vérité, on méprise ceux qui y croient encore, on est fier de son propre néant, de son propre renoncement, on les exhibe avec contentement... C'est déjà le monde intellectuel français des années 60-70, "la condition postmoderne", c'est déjà l'affirmation contemporaine de soi-même et de ses goûts sexuels et/ou de ses origines ethniques comme pride infligée à tous. Le décadentisme des aristocrates inutiles de la fin du XIXè siècle comme lointain ancêtre des "subversions" gauchiste ou transgenre (aïe ! ce genre de mot fait mal à écrire).

Généralisons : il ne faudrait pas parler de post-modernisme, mais de sur-modernisme, ou d'accès de fièvre moderne. Ce genre de dérive conceptuelle et psychologique apparaît comme une conséquence assez naturelle de l'individualisme moderne (au sens anthropologique d'un Dumont). A partir du moment où l'individu est la source de tout, la tentation d'en rester à lui, ou d'en revenir toujours à lui, comme étalon et "mesure de toutes choses", cette tentation ne peut que revenir régulièrement, il est fatal que certains, nobles sans avenir ou révoltés sans conscience du passé, y cèdent de temps à autre. Il est plus gênant qu'ils cherchent à y entraîner les autres et leur fassent honte de leur confiance persistante, fût-elle mesurée et prudente, en la vérité.

On notera que ces phénomènes peuvent apparaître aussi bien à gauche qu'à droite, ce qui tendrait à confirmer leur caractère anthropologique. Et amène à penser que le clivage gauche-droite n'est pas aussi constitutif de la modernité que l'on tend à le penser (notamment, justement, d'un point de vue post-moderne). D'une part les positions définies par ce clivage ont beaucoup varié dans leur contenu depuis la Révolution française, d'autre part et surtout il est, au même titre que le "post-moderne", une conséquence possible et naturelle de la modernité, pas sa fondation : à gauche comme à droite se mettent en place des processus de réinjection (nécessaire, mais toujours, fatalement, plus ou moins inaboutie) du holisme dans l'individualisme moderne, en se tournant (expression volontairement vague, je ne peux ici que schématiser) vers l'avenir (à gauche) ou vers le passé (à droite). Que ces processus aboutissent à des visions du monde cohérentes et opposées, et l'on a un clivage net (communistes/catholiques en Italie). Que d'un côté ou de l'autre on lâche du lest, que l'on soit moins volontariste dans la recomposition du holisme, et l'on aboutit très vite au post-modernisme (Berlusconi). Dans ces moments-là évidemment le clivage tend à disparaître, ce que le discours post-moderniste encourage encore. Mais on voit bien qu'il y a là un continuum de possibilités conceptuelles, qui parfois se cristallisent en positions tranchées, et non pas un processus temporel où les périodes seraient dans leur nature différentes les unes des autres.

On se hasardera à remarquer, sans chercher à donner trop de portée à ce qui n'est pas un fait statistique rigoureux, que, de Robert de Montesquiou à Louis-Georges Tin en passant par Michel Foucault, les pédés semblent comme des poissons dans l'eau au sein de ce sauna exhibitionniste et relativiste.

Et bien sûr on accordera à ceux qui voient dans le post-modernisme un âge historiquement postérieur à la modernité, que ce soit pour eux une bénédiction ou un problème, que l'accès de fièvre actuel commence à durer longtemps. C'est que beaucoup de composantes de la modernité non seulement y trouvent leur compte mais ont noué alliance sur ces thèmes - d'où les "libéraux-libertaires". Mais comme le point de vue purement individualiste (ici au sens idéologique) est toujours aussi incohérent d'un point de vue anthropologique aujourd'hui qu'il y a deux cents ans, il semble prématuré de conclure d'un accès de fièvre prolongé à une modification totale de l'organisme. Mais il est vrai qu'il y a des maladies bénignes au départ, de banales infections, des démangeaisons, irritantes mais apparemment inoffensives, qui à force de n'être pas soignées deviennent, sinon mortelles, du moins fort dangereuses et handicapantes.

Libellés : , , , , , ,

jeudi 12 octobre 2006

Outlaw.

Il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien, il n'y a pas eu de génocide arménien...



Racailles, impuissants, gaucho-fachos, démons ("De la liberté absolue au despotisme absolu."), chiures... Pour tenter d'améliorer la situation du pays, il n'y a personne, pour donner des leçons aux autres à peu de frais, en supprimant au passage une liberté, même sans grand intérêt, là, tout le monde se retrouve ! Que Le Pen vous encule profond !

Je serais curieux de savoir combien des députés socialistes qui ont voté cette loi dérisoire, avaient voté la loi Gayssot, combien, surtout, avaient laissé Mitterrand contribuer au génocide rwandais. Fais ce que je dis...

Même dans l'opposition le PS devrait être génocidé.

Libellés : , , , ,

mercredi 9 août 2006

Rien de nouveau sous le soleil (monothéiste).

En lisant Le mendiant ingrat, premier tome du Journal de Léon Bloy, on tombe sur d'intéressantes et actuelles remarques.

- en 1893, Bloy écrit Le salut par les Juifs (que je n'ai pas lu), dans lequel il semble dans un premier temps reprendre à son compte les arguments antisémites d'un Drumont dans son best-seller La France juive, avant de renverser la perspective pour conclure au rôle capital des Juifs dans l'histoire passée comme dans l'histoire à venir (distinction que Bloy d'ailleurs relativise) et dans la venue du Sauveur. En date du 24 novembre, on lit ces lignes :

"Visite au Grand Rabbin, à qui j'avais fait passer, quelques jours auparavant, Le salut par les Juifs. Vainement, j'essaie de lui faire sentir l'importance de ma conclusion. Plus vainement encore, j'explique la violence de certaines pages par le dessine d'épuiser l'objection, méthode fameuse, recommandée par saint Thomas d'Aquin. Il tient, absolument, à ne voir que la lettre de ces violences et se désintéresse de la conclusion dont il n'a pas même daigné s'enquérir. Enfin, il m'oppose les lieux communs les plus abjects : apaisement, conciliation, etc. Ce successeur d'Aaron m'affirme qu'IL Y A DU BON DANS TOUTES LES RELIGIONS !!

Décidément, on est aussi bête et aussi capon chez les Juifs que les Catholiques."

Les discours auto-proclamés tolérants pris sur le fait ! "Il y a du bon dans toutes les religions", mais tout le monde s'en fout ! Une religion ne se fabrique pas comme un plat cuisiné, avec un peu de ceci, un peu de cela, et surtout une religion est nécessairement convaincue de sa propre supériorité - si un croyant ne croit pas à la vérité de sa foi, à quoi peut-il croire ?

Cela ne doit pas mener nécessairement à des guerres de religion (je reviens là-dessus d'ici quelques jours j'espère à propos de l'Islam), il importe seulement de rappeler qu'une religion a nécessairement une composante agressive et expansionniste, qui lui est plus ou moins essentielle (et j'admets sans peine que jusqu'en 1948 l'histoire universelle amenait bien plus à conclure à l'importance de cette composante dans l'Islam que dans le judaïsme (ce pourquoi de mauvais esprits se demandent s'il y a vraiment un rapport entre Israël et le judaïsme)), mais qui est toujours présente (comme dans la sexualité masculine, serais-je tenté d'ajouter, mais quittons le sujet aussi vite que nous l'avons abordé). Et donc l'intérêt est que ces religions se combattent plus par l'émulation et l'équilibre de leurs puissances (comme on disait au XIXè siècle, avant la grande boucherie de 14-18) que par l'affrontement à mort.

- En janvier 1895 :

"On parlait des Juifs. - Il n'y a que deux peuples aimés de Dieu, ai-je dit, le peuple Juif et le peuple Gaulois, le Lion et le Coq."

- Revenons maintenant en décembre 1892. Bloy écrit sur les attentats anarchistes - le terrorisme de l'époque. Il utilise notamment des extraits de son roman autobiographique Le désespéré. Mais laissons-lui la parole :

"Etre dissipé en une seconde, comme par le tonnerre, en consternant les multitudes, et terminer (...) une existence ordinairement remplie de cochonneries et de troubles ; obtenir même, à l'instar des plus illustres citoyens, des funérailles aux frais de l'Etat et le panégyrique d'un Président du Conseil, déclarant que "vous avez trouvé la mort au moment où vous remplissiez votre devoir, comme le soldat tombe sur le champ de bataille, en défendant le drapeau ; recevoir le "suprême adieu" du Conseil municipal et de la Préfecture de police, et laisser au monde cette impression qu'on fut l'holocauste sacrifié pour quelque chose d'infiniment grand !... Ah la Bonne Mort et l'enviable destin !

Car il n'y a pas à dire, c'est pour de sacrées et nobles choses que nous sommes tous invités aux expressives contredanses de l'anarchie : la Propriété, l'Argent, le droit de jouir, celui d'être des poltrons ou des imbéciles, et surtout le privilège facultatif de n'avoir aucune pitié des pauvres..."

"Les jouisseurs, à peu près sans nombre, qui ne se croyaient pas des canailles, avaient rêvé de s'accommoder avec l'Absolu divin et d'instituer, pour toute la durée des siècles, une mitoyenne morale. Mais l'Absolu a refusé de souscrire, et l'échéance des blagues étant venue, c'est la Panique tout en sueur qu'on entend cogner à la porte..."

"Ah ! vous enseignez qu'on est sur la terre pour s'amuser. Eh bien ! nous allons nous amuser, nous autres, les crevant de faim et les porte-loques. Vous ne regardez jamais ceux qui pleurent et ne songez qu'à vous divertir. Mais ceux qui pleurent, en vous regardant, depuis des milliers d'années, vont enfin se divertir, à leur tour, et - puisque la Justice est décidément absente, - ils vont, du moins, en inaugurer le simulacre, en vous faisant servir à leurs divertissements.

Puisque nous sommes des criminels et des damnés, nous allons nous promouvoir nous-mêmes à la dignité de parfaits démons, pour vous exterminer ineffablement.

Désormais, il n'y aura plus de prières marmonnées, au coin des rues, par des grelotteux affamés, sur votre passage. Il n'y aura plus de revendications, ni de récriminations amères. Nous allons redevenir silencieux...

Vous garderez l'argent, le pain, le vin, les arbres et les fleurs. Vous garderez toutes les joies de la vie, et l'inaltérable sérénité de vos consciences. Nous ne réclamons plus rien, nous ne désirons plus rien de toutes ces choses que nous avons désirées et réclamées en vain, depuis tant de siècles. Notre désespoir complet promulgue, des maintenant, contre nous-mêmes, la définitive prescription qui vous les adjuge !

Seulement, défiez-vous !... Nous gardons le FEU, en vous suppliant de n'être pas trop surpris d'une fricassée prochaine. Vos palais et vos hôtels flamberont très bien, quand il nous plaira, car nous avons attentivement écouté les leçons de vos professeurs de chimie et nous avons inventé de petits engins qui vous émerveilleront ! (...)

Après cela, si l'existence de Dieu n'est pas la parfaite blague que l'exemple de vos vertus nous prédispose à conjecturer, qu'il nous extermine, à son tour, qu'il nous damne sans remède, et que tout finisse ! L'enfer ne sera pas, sans doute, plus atroce que la vie que vous nous avez faite.

Mais, dans ce cas, il sera forcé de confesser devant tous ses Anges que nous aurons été ses instruments pour vous consumer...

Tel est le cantique des modernes pauvres, à qui les heureux de la terre - non satisfaits de tout posséder - ont imprudemment arraché la croyance en Dieu. C'est le Stabat des désespérés !"


Difficile de ne pas penser que M.-E. Nabe au moins, dans sa Lueur d'espoir écrite juste après le 11 septembre, n'a pas eu ces quelques lignes en tête. On pense aussi bien sûr à Festivus, on note que Ben Laden comme les anarchistes répugne aux revendications précises mais sait utiliser le potentiel technique de son ennemi, etc. La différence se fait sur la pauvreté ou la richesse des terroristes, et sur leur désir ou non de vivre la vie de ceux qu'ils tuent, sachant bien qu'il y a aussi une ironie de Bloy sur les motivations des "crevant de faim".

La classe !



Un peu d'Isaïe pour le plaisir du contrepoint. Je sais bien que l'on peut utiliser les citations bibliques à tort et à travers et ne cherche pas à prouver ici quoi que ce soit, mais tout de même, on ne peut se défendre de certains frissons en lisant quelques versets :

"Qui a projeté cela contre Tyr,
la distributrice de couronnes,
dont les commerçants étaient des princes,
dont les négociants étaient des gens honorés sur terre ?
C'est Iavhé des armées qui l'a projeté
pour porter atteinte à l'orgueil de toute une magnificence
et pour rendre misérables tous ceux qui étaient des gens honorés sur terre. (...)
Plus de chantier maritime désormais !" (XXIII, 8-10)

"Et le Liban s'écroule sous l'action d'un dieu puissant." (X, 34)

"L'esprit de l'Egypte se décomposera en son sein
et j'embrouillerai son conseil.
On s'adressera aux idoles, aux revenants,
aux nécromants et aux devins.
Je livrerai les Egyptiens à la main d'un dur maître
et un roi violent régnera sur eux,
oracle du Seigneur Iavhé des armées." (XIX, 3-4)

Et à venir ?

"Oracle sur Damas.
Voici Damas ôtée du nombre des villes,
elle est devenue une ruine écroulée." (XVII, 1)

Il est vrai aussi qu'Isaïe prophétise :

"Voici que je suscite contre eux les Mèdes [=les Iraniens]
qui ne songent pas à l'argent
et ne veulent pas de l'or.
Les arcs précipiteront à terre les jeunes gens ;
on n'aura pas pitié du fruit du ventre
et on ne s'apitoiera pas sur des fils." (XIII, 17-18)

mais ce n'est pas contre Israël, c'est contre Babel - en Irak donc, ce qui semble a priori un peu dépassé. Arrêtons là donc les parallèles, pour cette fois.


L'année prochaine à Jérusalem !

Libellés : , , , , , , ,