lundi 24 décembre 2007

"I am ecstatic..."

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Pour vous aider à passer cette dure journée... Cela m'a mis plus de deux ans pour retrouver la citation exacte, mais la voici, en v.f. et en v.o. (je rappelle que Shikse désigne en yiddish toute femme non juive) :

- "Shikses ! En hiver (...), je fais du patin à glace sur le lac d'Irvington Park. Dans la lumière déclinante des fins d'après-midi pendant la semaine, puis toute la journée, les samedis et les dimanches lumineux et piquants, je décris des cercles et des cercles sur mes patins derrière les shikses qui habitent Irvington, l'agglomération qui s'étend au-delà de la limite où s'arrêtent les rues et les maisons de mon amical et rassurant quartier juif. Je sais où habitent les shikses d'après le genre de rideaux que leurs mères pendent aux fenêtres. (...)

A l'époque de Noël, quand je ne vais pas en classe et peux aller patiner le soir sous les lumières, j'aperçois les arbres qui clignotent derrière les rideaux des « Gentils ». Pas dans notre rue - à Dieu ne plaise ! - ni dans Leslie Street ou Schley Street ou même à Fabian Place, mais comme je m'approche de la frontière d'Irvington voici un goy, et là un autre, et puis un troisième - puis je me trouve alors dans Irvington et c'est tout simplement abominable : non seulement il y a dans chaque salon un arbre qui flamboie outrageusement mais les maisons elles-mêmes sont festonnées d'ampoules électriques multicolores qui vantent les mérites du christianisme, et des phonographes déversent dans la rue le cantique Silent Night comme si - comme si ? - s'il s'agissait de l'hymne national, et sur les pelouses enneigées sont disposées de petites figurines découpées évoquant la scène dans la crèche - de quoi vous donner sincèrement la nausée. Comment est-il possible qu'ils croient à cette merde ? Pas seulement les enfants mais des adultes aussi se tiennent plantés là dans la neige et se penchent en souriant vers ces bouts de bois de quinze centimètres de haut qu'on appelle Marie, Joseph et le petit Jésus - et les petites vaches et les chevaux découpés sourient aussi ! Bon Dieu ! L'idiotie des Juifs tout au long de l'année, et puis l'idiotie des goyim en ces jours de vacances ! Quel pays ! Comment s'étonner que nous soyons tous tant que nous sommes à moitié dingues !

Mais les shikses, ah les shikses, c'est encore autre chose. Entre les odeurs de la sciure mouillée et de la laine humide dans le ponton surchauffé et la vue de leurs mousseuses chevelures blondes cascadant sous leurs fichus et leur bonnets, je reste en extase. Au milieu de ces filles gloussantes aux joues rosies, je boucle mes patins avec des doigts faibles et tremblants puis sors dans le froid et, à leur suite, descends sur les pointes la passerelle de bois inclinée et m'élance sur la place derrière leur troupe virevoltante - un bouquet de shikses, une guirlande de filles de « Gentils ». Je suis à ce point subjugué que mon désir est au-delà de l'érection. Ma petite bite circonsise se ratatine tout bonnement de vénération. A moins que ce ne soit de crainte. Comment peuvent-elles être si somptueuses, si éclatantes de santé, si blondes ? Le mépris que m'inspirent leurs croyances est plus que neutralisé par mon adoration pour leur aspect extérieur, pour leurs gestes, leurs façons de rire et de parler - les vies qu'elles doivent mener derrière ces rideaux goyische ! Peut-être l'explication tient-elle à leur orgueil de shikses..." (Folio, pp. 198-200)


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"Shikses ! In winter (...), I ice-skate on the lake in Irvington Park. In the last light of the weekday afternoons, then all day long on crispy shining Saturdays and Sundays, I skate round and round in cercles behind the shikses who live in Irvington, the town across the city line from the streets and houses of my safe and friendly Jewish quarter. I know where the shikses live from the kinds of curtains their mothers hang in the windows. (...)

At Chrismastime, when I have no school and can go off to ice-skate at night under the lights, I see the trees blinking on and off behind the gentle curtains. Not on our block - God forbid ! - or on Leslie Street, or Schley Street, or even Fabian Place, but as I approach the Irvington line, here is a goy, and there is a goy, and there still another - and then I am in Irvington and it is simply awful : not only is there a tree conspicuously ablaze in every parlor, but the houses themselves are outlined with colored bulbs advertising Christianity, and phonographs are pumping « Silent Night » out in the street as though - as though ? - it were the national anthem, and on the snowy lawns are set up little cut- out models of the scene in the manger - really, it's enough to make you sick. How can they possibly believe this shit ? Not just children but grownups, too, stand around on the snowy lawns smiling down at pieces of wood six inches high that are called Mary and Joseph and little Jesus - and the little cut-out cows and horses are smiling too ! God ! The idiocy of the Jews all year long and then the idiocy of the goyim on these holidays ! What a country ! Is it any wonder we're all of us half nuts ?

But the shikses, ah, the shikses are something else again. Between the smell of damp sawdust and wet wool in the overheated boathouse, and the sight of their fresh cold blond hair spilling out of their kerchiefs and caps, I am ecstatic. Amidst these flushed and giggling girls, I lace up my skates with weak, trembling fingers, and then out into the cold and after them I move, down the wooden gangplank on my toes and off onto the ice behind a fluttering covey of them - a nosegay of shikses, a garland of gentile girls. I am so awed that I am in a state of desire beyond a hard-on. My circumcised little dong is simply shriveled up with veneration. Maybe it's dread. How do they get so gorgeous, so healthy, so blond ? My comtempt for what they believe in is more than neutralized by my adoration with the way they look, the way they move and laugh and speak - the lives they must lead behind these goyische curtains ! Maybe a pride of shikses is more like it..." (Vintage, 1999, pp. 142-145)


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Bonnes bourres !

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mercredi 7 mars 2007

"Tout va trop vite...

(Ajout le 9.03)



...et tout change sans crier gare.", chantaient Stone et Charden ("Heureusement il y a toi / Tu ne changes pas / Tu as toujours la même tête. / Toi, tu ne changes pas / T'es comme le prix des allumettes.") - Troyat, Baudrillard, Barre, Bush, Sarkozy, Royal..., on ne sait plus où donner de la plume. Heureusement il y a elle !

De mauvais esprits - des démons - y verraient de l'incitation au calembour lepéniste sur les différents usages du four, me souffle mon inconscient freudien, lourdement plombé de meaux (d'esprit), manifestement hanté par Lanzmann, c'est répugnant - et encore Mauricette (et son rapport au père) m'a-t-elle heureusement distrait quelque temps d'inavouables rêveries suggérés par M. Cinéma dans son commentaire du texte précédent, une bonne partie de la ma journée d'esclave salarié s'étant passée, Wagner à l'oreille ("Mein lieber schwann..."), hier, à imaginer ce que pouvaient être des rapports avec la fille du père - il faut dire qu'une des premières femmes nues qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie, après ma mère, fut Pierrette Le Pen en couverture du Canard enchaîné - ça vous pose un homme. Bon, il est des détails (aïe, Le Pen, encore...) qu'il vaut mieux passer sous silence, - "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire", comme disait un ancien camarade de classe de Hitler (la légende dit d'ailleurs que Wittgenstein n'avait pas arrêté de martyriser le petit Adolf à l'école - petites causes, grands effets ? -, mais je n'en garantis pas la véracité).


Il y eut une autre femme avant Pierrette (avant ma mère ?) - un célèbre livre de Norman Mailer trônait dans la bibliothèque maternelle, et a occupé quelques heures de ma vie :


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Cette photo ne s'y trouve pas, mais elle correspond à mon souvenir. - Les hommes juifs, les femmes blondes, Le Pen au milieu de tout ça... Voilà quelques choses inconnues, voilà comment se forme l'univers d'un gamin ! - Une prochaine fois je vous montrerai que le vrai responsable est Mitterrand. Bonne journée !




(Ajout le 9.03)


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J'ai adoré Portnoy quand je l'ai lu, m'identifiant sans peine à ce juif libidineux cherchant à baiser les Etats-Unis en même temps que les shiksa (femmes goy) américaines - comme si, quelque part, les femmes blanches n'étaient pas de mon monde. A ceux qui ne l'ont pas lu, et bien que cela remonte déjà à une bonne dizaine d'années, je ne peux que le recommander.

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lundi 28 novembre 2005

Au café du commerce...

...on évoque toutes sortes de sujets, sur lesquels on n'hésite pas à émettre des opinions définitives.


Aujourd'hui : pourquoi ce sont les fridolins qui ont été nazis, et pas nous.

Malgré la troublante insistance des intellectuels allemands depuis trois siècles à traiter la majorité de leurs compatriotes de parfaits abrutis, il me semble que la bêtise teutonne ne doit pas être tous comptes faits bien plus grande que la connerie hexagonale. Freud (non, je n'ai pas lu Freud, je ne me dédis pas si vite, c'est Muray qui le cite) a écrit des Allemands que c'était un peuple "mal baptisé", en ce sens qu'ils n'ont jamais été vraiment catholiques, ce qui expliquerait notamment que la Réforme soit née là-bas. Admettons. Quoi qu'il en soit, il me semble évident que si les Allemands ont si longtemps cherché "l'âme allemande", c'est qu'ils ne la trouvaient pas, ceci entre autres parce qu'ils leur manquaient l'issue du catholicisme latin. Je veux dire par là que pour qui est troublé de ce que le catholicisme soit une religion venue d'Orient - des Juifs en l'occurrence, mais dans l'imaginaire collectif pas seulement : utilisons comme Paul Morand le nom générique et euphémique de "Levantin" -, donc une religion de pouilleux basanés - tout à fait les Levantins de Morand -, et de ce que cette religion ait très largement contribué à la définition de notre identité... ; eh bien pour un Français il y a toujours la possibilité d'assimiler le catholicisme aux Romains, à "nos cousins Italiens", et à court-circuiter l'origine judéo-orientale de cette religion (au passage, Céline n'a pas tort de noter quelque part qu'il faut vraiment être con comme un Drumont pour être à la fois catholique et antisémite). Au lieu que les Allemands n'ont pas cette solution et sont donc obligés d'être plus cohérents avec la recherche de leurs origines s'ils veulent prendre leurs distances avec leurs racines catholiques. Ce qui serait cohérent avec les faits : ils ont été nazis, nous n'avons été "que" vichyssois.


A dire vrai, il y a au moins une autre possibilité, qui eut son heure de gloire au XIXe siècle, fut notamment adoptée par Richard Wagner, et qui permet d'éviter l'objection de Céline : séparer le catholicisme du judaïsme, pour en l'occurrence le rattacher au bouddhisme, à "l'esprit indo-européen", faire pencher le catholicisme dans la direction de l'ascétisme, du renoncement. Wagner, au moins cohérent dans son projet, cherchait vers la fin de sa vie à prouver que le Christ n'était pas juif. Dois-je préciser que ses arguments n'étaient pas tout à fait convaincants ? Ceci dit, ça ne m'empêche pas d'écouter du Wagner à peu près tous les jours depuis six mois, mais là n'est pas le problème.

Pourquoi les Italiens deviennent-ils racistes ? On sait qu'entre autres nombreux mérites - les pâtes, le bon cinéma, les femmes, la culture populaire, la Sicile, Verdi, Verdi, encore Verdi, et un peu Paolo Maldini - les Italiens avaient ce titre de gloire de n'avoir jamais, même au piteux temps mussolinien, créé de mouvement d'ensemble raciste. Il semblerait que cela change (un vrai point commun avec les Corses, pour le coup). Le café du commerce, n'ayant jamais peur de dire une connerie, suggère comme explication à cette regrettable évolution - remettant sine die un examen de cette hypothèse -, que le catholicisme tend à ne plus être le catholicisme, ou à l'être de moins en moins, et qu'il est donc moins armé pour faire obstacle à une idéologie raciste qu'il n'a pu l'être. Cette dernière remarque peut surprendre, mais s'il est vrai que l'on peut citer les lois espagnoles de pureté du sang ou tel ou tel débat sur l'âme des sauvages pour montrer que le catholicisme n'est pas exempt de tout reproche à ce sujet, il me semble que ces exemples restent minoritaires sur une histoire qui dure depuis maintenant plus de vingt siècles. Quant à l'évolution actuelle du catholicisme, il faut bien avouer que ses efforts pour être "moderne" me rendent très méfiant, d'autant plus que le fait qu'il fût en décalage avec l'époque commençait en revanche à me le rendre sympathique.


Les commerçants se mettent à installer leurs décorations de Noël. Portnoy, dans le roman éponyme, fâché avec sa judéité, disait tout de même qu'il lui suffisait de voir les catholiques acheter leurs sapins débiles et installer leurs épouvantables crèches pour avoir envie, un instant fugace, de se réconcilier avec la tradition dont il était issu. Comme je le comprends ! Mais sans doute Noël est-il plus païen que catholique.

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