lundi 9 janvier 2012

Passage à l'acte... (Ajouts le 11 et le 12.01.)

A David P., tout de même.


"Je me retrouve dans le fait de rencontrer une femme et de pouvoir faire l'amour avec elle tout de suite, le jour même, dans une liberté totale. Ça m'est arrivé assez souvent et à DSK aussi j'imagine. C'est ce que tous les hommes rêvent de vivre, la plupart ne le font pas parce qu'ils n'ont pas l'occasion, la force, ou le courage et ne savent pas prendre le présent à bras-le-corps. Moi je n'ai rien à voir avec ce mec et sa brutalité me répugne, je suis beaucoup plus tendre comme amoureux du sexe, mais l'impulsion originelle, fondamentale, primordiale, est là chez moi aussi, évidemment."

"Beethoven, sa musique n'exprime que le manque de baiser, « je souffre de ne pas baiser », c'est ce que dit la Neuvième Symphonie, L'Hymne à la joie est en fait un hymne à la jouissance qui ne peut pas s'accomplir pour le pauvre Beethoven." - ce qui, toute révérence gardée (et même si j'ai de longue date une préférence pour la 7e), explique pourquoi c'est une partition qui malgré sa grandeur a toujours eu un côté officiel. M.-É. Nabe met sur ce point en rapport Mozart et Beethoven, à l'avantage du premier - pour en revenir à notre dernière apparition derrière notre comptoir, il est de fait à l'honneur de Mozart que l'on n'imagine guère un pouvoir officiel prendre pour hymne n'importe lequel des monuments d'allégresse sensuelle qui composent les Noces de Figaro, Chérubin qui bande pour n'importe quel jupon, Suzanne qui anticipe tranquillement (et avec un double-jeu tout féminin où mensonge et vérité se nourrissent l'un l'autre et se confondent presque, les amateurs comprendront) sur sa jouissance à venir, le soir dans un bois, la Comtesse surtout, la Comtesse dont il faut rappeler que malgré son titre de noblesse elle n'a pas 25 ans

- c'est une des tragédies de l'opéra, que les chanteuses - sans compter le fait qu'elles soient souvent un peu trop girondes, mais passons -, c'est une tragédie surtout de l'opéra mozartien, que les chanteuses n'arrivent à maturité vocale qu'à un âge, certes peu avancé, surtout dans notre société vieillissante..., mais qui est sensiblement supérieur à celui des héroïnes qu'elles incarnent. La Comtesse est une belle jeune femme, momentanément délaissée par un mari très queutard (nettement plus queutard et séduisant que Figaro, d'ailleurs), Fiordiligi et Dorabella surtout sont des petites pucelles de 16 ans à peine, à qui l'opéra Cosi fan tutte fait subir un dépucelage moral d'une grande violence...

...je vais revenir là-dessus, mais finissons avec cette chère Comtesse, dont les deux airs sont si évidemment des moments de masturbation - si évidemment que je comprends un peu qu'ils ne soient pas (à ma connaissance) mis en scène sous cette forme : à part les difficultés pratiques de la chanteuse à assurer la beauté du chant tout en se touchant, il y aurait là comme une sorte de trahison de la métaphore. En même temps, ça vaudrait le coup que les choses soient dites (et montrées), une fois... Comme le dit MEN dans Alain Zannini :

"Dans ma guerre contre le silence, j'ai remporté de belles victoires sur le fameux « ça ne se dit pas ». Telle ou telle chose n'a l'air de rien, mais si on la dit, elle en dit plus sur ce qui ne se dit pas que les non-dits qui croient toujours en dire plus que ce qu'ils ne disent pas !" (p. 762)

Je n'accepterais pas ce raisonnement dans tous les domaines sans quelques réserves, mais l'excellente interview de MEN à Hot Vidéo (que je m'en vais de ce pas acheter pour ma collection nabienne, ça fera bien dans la bibliothèque...), qui par ailleurs me semble utilement compléter mon récent bilan sur le porno

- encore un domaine où l'on retrouve cette ambiguïté du statut de Nabe (le personnage littéraire comme ce que l'on peut imaginer de l'individu lui-même) : d'un certain point de vue le monde irait mieux (et serait à coup sûr plus vivant...) s'il y avait plus de gens comme lui, d'un autre côté ce qui est valable pour lui ne peut dans l'état actuel des choses être généralisé à toute l'humanité. Concernant le porno, je suis pleinement d'accord, sur le fond (pour ce qui est des exemples qu'il cite, c'est autre chose... chacun ses érections !), avec ce qu'il dit ici, mais on voit bien que son expérience, hélas sans doute, n'est pas universalisable à l'heure actuelle.

cette excellente interview, disais-je, va dans le sens de cette franchise, et, de derrière mon petit comptoir je me solidarise totalement avec l'auteur de L'enculé, non seulement lorsqu'il déclare, de façon d'ailleurs « evolienne », que :

"Les femmes qui se connaissent elles-mêmes savent qu'elles sont fondamentalement « et putes et soumises » et que toute leur vie est un combat contre cette putasserie et cette soumission. Alors tant mieux si ça les a fait évoluer sur le plan social, mais fondamentalement, quand une femme est excitée dans votre lit, elle est et pute et soumise, et ça la fait jouir, je ne parle pas de l'homme qui jouira de ça, c'est elle qui jouira d'être pute et soumise. C'est la nature féminine qui est comme ça, et tant mieux, c'est ça qui est magnifique, splendide.",

mais aussi quand qu'il clame que de tels propos n'ont strictement rien de macho, au contraire... Ah, que les femmes appartiennent donc aux petits binoclards qui ne pensent qu'à ça, à ceux qui, à l'encontre de leurs contemporains « sportifs », mettent toute leur énergie physique dans la satisfaction de leur bite et de la chatte où celle-ci se trouve, et pas dans le jogging... - La malingrité comme signe d'une virilité qui sait ne pas se disperser, comme signe de la conscience de l'essentiel sexuel - et de la conscience de la conscience qu'ont les femmes de l'essentiel sexuel, un certain rapport entre votre langue et votre bite, if you see what I mean, le reste, biceps et billets de banque, s'ils peuvent jouer le rôle de lubrifiants, n'étant en comparaison qu'accessoires, le lubrifiant humidifie mais ne fait pas mouiller...

(Ajout le 11.01 : j'allais écrire "le lubrifiant n'est pas métaphysique", ce qui est vrai, mais l'argent, lui, l'est-il ? That is the question ! Le concept de fétichisme vient à l'esprit, mais ne résout pas le problème. Après tout, je connais des femmes qui sont sexuellement plus excitées par l'argent des hommes que par les hommes, on peut toujours se dire que c'est dommage pour elles, mais bon. L'argent et la sexualité ne sont pas ignorés de l'enfant, certes, j'ai assez de souvenirs de mes rapports avec Marylin dès l'école primaire pour ne pas le nier, il n'en reste pas moins que ce sont les deux problématiques centrales de l'âge adulte, au moins en notre monde : que l'on cherche à remplacer l'un par l'autre n'est déjà pas étonnant, mais que la métaphysique de l'un déteigne un peu sur l'autre ne l'est pas non plus...)

- Par parenthèse, il est amusant de constater qu'un philosophe au moins a pu vivre une vie sexuelle qui se rapproche assez de ce que M.-É. Nabe dit de la vie sexuelle de l'artiste dans son interview : je lisais hier le livre de Barbara Cassin et Alain Badiou, Heidegger, les femmes, le nazisme, la philosophie (Fayard, 2010), d'où il ressort que le lourd Martin a souvent fait avancer les aventures de ses concepts en même temps que celles de sa queue, le tout sous le regard, si j'ose dire, plus ou moins consentant de Madame Heidegger - qui, ceci dit, je l'ignorais, lui a quand même fait un enfant dans le dos, important très tôt un petit bâtard dans la famille, comme une vengeance précoce par rapport à toutes les infidélités qu'il allait lui infliger... Pauvre Martin, Pauvre Heidegger, il y a un côté Eyes wide shut dans l'affaire... A quand un porno, La vie sexuelle de Martin H. ?, le premier samedi du mois sur Arte, avec Michelle Wild dans le rôle de Hannah Arendt ?


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Bon, une dernière remarque avant que vous ne commenciez votre semaine d'esclave salarié ou de chômeur - bien enculé dans les deux cas, et pas dans le sens strausso-nabien... Je ne sais pas s'il existe des textes là-dessus, mais il y aurait toute une thèse à faire sur la notion de dépucelage à l'opéra, et notamment dans l'opéra le plus bourgeois, le verdien (Verdi, encore un qui savait profiter de la vie). Otello notamment me semble particulièrement retors de ce point de vue - quand le héros déniaise-t-il Desdemone ? Avant l'opéra, ou à la fin du premier acte ? Comment est-ce que cela peut s'accorder avec sa jalousie envers Cassio ? A moins d'admettre que Desdemone n'était plus vierge en rencontrant Otello, mais est-ce possible ? Etc. - Wagner est plus explicite, à la fin de Siegfried par exemple, où ça nique dès le rideau tombé. Mozart, dans un univers moins bourgeois encore que celui de Verdi, peut être plus direct, mais, comme je l'évoquais plus haut, au moins aussi subtil... Zerline notamment mériterait une étude à part, vierge symbolique dans le duo "La ci darem la mano", parfaitement pute, soumise (et rusée) avec son promis quelque temps après ("Batti Batti O bel Masetto / La tua povera Zerlina...")... Allez, champagne !






Ajout le 12.01 : à propos de Heidegger, et de sa propension à qualifier de "Sainte" les femmes avec qui il avait couchées, voici ce qu'écrit, dans l'essai déjà cité, A. Badiou :

"Toute femme peut être dite « sainte », en tant que toute femme est capable d'au moins un miracle, celui de sa nudité amoureuse. La psychanalyse a établi que ce miracle est au point où le corps féminin fait tout le réel du Phallus, cette clé de l'ordre symbolique. Le dévoilement féminin « réellise », osons le vocable, l'ordre symbolique tout entier. Concluons donc que l'usage du vocabulaire religieux [par Heidegger] n'est qu'une transcription anticipée de l'énoncé bien connu : « Girl is Phallus ». En sorte que finalement on a la formule : « Sainte = Phallus », laquelle est inapplicable au Saint." (p. 80)

Je n'ai pas assez de culture psychanalytique pour comprendre vraiment cette idée du Phallus comme « clé de l'ordre symbolique », mais j'ai bien aimé (et rigolé à) ce passage, dont on peut tout de même se demander s'il veut vraiment dire autre chose que l'idée, certes éminemment juste, qu'un phallus sans femme n'est pas vraiment un phallus. - Ceci dit, un des axes de l'essai d'A. Badiou et B. Cassin est justement la façon dont Heidegger enjolive, voire recrée totalement, sa vie quotidienne, à l'aide de la puissance de sa prose. Alors, pourquoi pas un peu de grands mots...

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dimanche 16 janvier 2011

Turpitudes humaines... Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II.




(Première partie.)


Je sais bien que nous sommes en période de crise, que des choses-très-graves peuvent se produire dans les mois à venir, que beaucoup de Français en bavent : tout cela est vrai, mais tout cela n'est pas toute la vérité, qui est, on y revient toujours, que l'humanité est une cérémonie, que l'humanité fait avec du sacré, du rituel, du jeu, du ludique. Bien sûr, on peut considérer que les différences culturelles ou religieuses ne sont pas importantes, que nous sommes tous pareils, avec deux bras et deux jambes, etc., et tous destinés à crever - mais à ce compte, rien n'est important, et on se fait chier comme la mort, justement. Je vous citais l'autre jour la phrase de Cioran : "Il faudrait renoncer à porter un jugement d'ordre moral sur qui que ce soit. Personne n'est responsable de ce qu'il est ni ne peut changer de nature. Cela est évident et tout le monde le sait. Pourquoi alors encenser ou calomnier ? Parce que vivre, c'est évaluer, c'est émettre des jugements, et que l'abstention, quand elle n'est pas effet de la lâcheté, exige un effort épuisant." Vivre, c'est évaluer, comparer, s'engueuler, s'amuser. Très généralement et très simplement : les choses sont à la fois importantes et pas importantes, et il faut en prendre son parti. Ce qui signifie : n'arrêter l'engueulade sous prétexte que tout cela n'a finalement que bien peu d'importance… ce sont là turpitudes humaines qu'un peu de sable efface… ne doit se faire qu'au dernier moment ou en tout cas le plus tard possible. Il est sain de prendre du recul, mais on ne peut tout le temps avoir le point de vue surplombant de Dieu ou indifférentiste du saint.

Poussons jusqu'au bout, afin que notre position soit claire par rapport à l'esprit représenté ici selon nous par Alain Soral et Égalité et réconciliation : s'entretuer ou se bouffer le nez entre communautés pour faire plaisir à certains riches-qui-le-sont-déjà-trop-et-qui-veulent-le-devenir-encore-plus, oui, il y a là quelque chose de déprimant et qui justifie que l'on fasse des efforts pour éviter que la situation ne s'envenime encore… Mais il faut bien garder à l'esprit que même sans les « professionnels de la domination triangulaire », pour reprendre une expression d'A. Soral en l'appliquant, pour notre part, à tous ceux qui veulent diviser pour régner, même sans eux, les gens s'engueuleraient, se fâcheraient, et heureusement ! - En revanche, et c'est ici que nous rejoignons cet « esprit », on peut penser qu'ils le feraient de manière plus policée, au moins la plupart du temps, et cela vaut effectivement que l'on se batte dans cette direction. Ceci sans compter que faire un peu chier les puissants, qui à l'heure actuelle ne sont que des sous-merdes enculistes donneuses de leçons, fait du bien au moral.

Dit autrement : cela ramène à la surface cet argument de Wittgenstein, que j'avais fait jouer contre Castoriadis, sur la part d'hypocrisie et de jeu (au sens ludique, au sens aussi où l'on dit qu'il y a du jeu, dans un noeud par exemple : une marge de manoeuvre) dans les croyances humaines : "Il est vrai de dire qu'une certaine hypocrisie joue là-dedans un rôle dans la mesure seulement où, d'une manière générale, elle est facile à voir dans presque tout ce que font les hommes." - Cela peut sembler contradictoire avec ce qui précède, cela ne l'est pas, cela signifie simplement que, selon Wittgenstein, les gens savent bien, quelque part, que « les choses sont à la fois importantes et pas importantes » - et on ajoutera qu'ils savent que les gens le savent - quitte à l'oublier de temps à autre. (Qui a visité un marché à l'ancienne (je pense de mon côté à la Sicile) verra ce que cela veut dire : ça gueule de partout, avec un certain sourire en coin, on n'est pas dupe… et en même temps la violence peut surgir quand au cours d'une négociation l'une ou les deux parties prenantes se mettent à être dupes, dans l'instant.)





Dit encore autrement : ce n'est pas parce que l'on ne veut pas adopter la position de l'esthète décadent qui regarde les destructions et massacres autour de lui avec une certaine joie misanthrope, ce n'est pas parce que l'on essaie d'éviter que des massacres « gratuits » aient lieu, que l'on peut ignorer d'une part la potentialité de l'humanité à se massacrer, d'autre part qu'il est heureux, qu'il est sain, que l'humanité ait cette potentialité, même s'il est effectivement souhaitable qu'elle ne l'actualise pas trop souvent. Je retrouve encore une fois, et ce n'est pas un hasard, la phrase de Bataille, "Il faut le système, et il faut l'excès". Il faut les travaux et les jours, les cycles, la paisible humanité, la transmission, tout cela est magnifique à sa manière et ce n'est pas moi qui cracherai dessus, mais il faut aussi, et il le faut pour que « tout cela » soit magnifique, que l'humanité soit aussi capable d'excès, de tentatives extrêmes et gratuites - bêtes si l'on veut - et si l'humanité en est capable, il est inévitable qu'elle (se) le prouve par intermittences.

Citons encore Cioran : "Vu l'autre jour Mourir à Madrid, le film sur la guerre civile fait d'extraits et de commentaires. - Ce déploiement de cruauté, de rage des deux côtés, ces exécutions sommaires, quel spectacle insensé, et ce qui est plus grave, gratuit ! Car tout cela paraît être conçu pour l'amusement du Diable. Et encore ! Si on voyait sur un écran le défilé des nations, c'est-à-dire une doublure de l'histoire universelle, n'éprouverait-on pas la même impression d'inutilité, de démence vaine et pitoyable ?"

Là encore : c'est vrai, c'est très vrai, ce n'est pas toute la vérité (et Cioran d'ailleurs le sait). - Ce que j'écris d'autant plus tranquillement qu'à titre personnel je suis pacifique, pas bagarreur pour un sou, que j'ai eu très peu de contacts dans ma vie avec la violence, et que si je sais que c'est un manque, c'est un manque que je ne fais aucun effort pour combler…


D'une certaine façon, et malgré tout ce que je viens d'écrire, la querelle Nabe-Soral n'est que le reflet d'une différence de positionnement dans le combat politique. Si Nabe ne parle qu'en son nom propre, Égalité et Réconciliation reste un mouvement politique, et à ce compte se doit d'avoir des objectifs, de donner des directions : qu'il y ait ou non de temps à autre des retours de stalinisme chez son chef est secondaire par rapport à ce fait qu'il doit maintenir une certaine unité de principes et d'action. Mais cela ne fait que renvoyer à des différences de personnalité, rappelées par A. Soral lui-même lorsqu'il explique se situer spontanément du côté du « nous » plutôt que du côté du « je » (dichotomie par ailleurs discutable puisqu'il s'agit aussi de savoir ce que peut encore être un « je » à l'heure actuelle, mais dichotomie claire par rapport à ce qu'il veut dire). Et si le point qui a fait surgir cette différence est le 11 septembre en particulier et la question du conspirationnisme en général, c'est parce que M.-É. Nabe est dans une position qui lui permet d'accepter l'incertitude (ce qui ne l'empêche pas d'avoir une opinion assez arrêtée sur le sujet), et que cela est plus délicat pour A. Soral.

Cet angle de vue « à la Bourdieu » ayant été envisagé, essayons de synthétiser tout ce qui précède. Encore une fois, l'important n'est pas tant de critiquer Emmanuel Beau de Loménie ou Alain Soral et d'avoir ou non raison contre eux, que de cerner les limites de ce qui sous-tend leurs diagnostics. La difficulté est à la fois de marquer ces limites et de montrer l'importance actuelle d'un mouvement comme Égalité et réconciliation, en tout cas de son esprit. J'ai parlé la dernière fois de « matérialisme sous-jacent » et d'« égalitarisme prosaïque ». Si la première expression me semble claire, la deuxième peut nécessiter quelques précisions, faciles maintenant à apporter. La vie est inégalitaire est un lieu commun que l'on peut accepter à condition de ne pas le prendre dans le sens de sa vulgate darwino-spencéro-nietzschéo-spenglerienne-vae-victis : la vie est inégalitaire parce que les gens souhaitent qu'elle le soit, parce que Vivre c'est évaluer (ce qu'en tant que polémiste A. Soral ne risque pas d'oublier…). L'« égalitarisme prosaïque » qui me gêne ici, c'est celui qui oublierait que les gens veulent de l'inégalité parce qu'ils veulent de la différence et qu'ils ont raison de vouloir de la différence. - Et en même temps, il est difficile de nier que nous sommes dans une période de forte application du principe « diviser pour régner » et que cela peut avoir des conséquences dommageables pour de nombreux Français - comme par hasard pas les plus riches ni les mieux protégés. De ce point de vue, tout ce qui peut rappeler à quel point certains dés sont pipés est bon à prendre. Ce qui est un peu court, c'est de croire, comme semble le faire Beau de Loménie dans le texte que j'ai retranscrit la semaine dernière, que cela suffit, ou même que cela soit un préalable indispensable. "Le premier travail de la reconstruction sera métaphysique", "La réalité objective n'est pas de nature matérielle", on ne sort pas de là : c'est parce que l'enculisme diminuera qu'il lui sera moins facile de piper les dés, en l'occurrence d'utiliser à son profit ce qui reste de culture religieuse à l'humanité, ce qui est quand même un comble. (Au passage, je ne ressens pas le besoin d'analyser pour elle-même la thèse gauchiste-extrême comme quoi la religion a toujours été utilisée par les puissants pour niquer le peuple, vous voyez bien ce que je peux lui reprocher.)

Ne serait-ce d'ailleurs que pour ça, on souhaiterait que le 11 septembre ait bien été ce que nous avons d'abord cru qu'il était, une attaque à la fois matérielle, symbolique et métaphysique contre le Centre mondial du commerce, et non pas la mise en scène de cette attaque par des professionnels de la scénarisation et du symbole publicitaire. On souhaiterait que le génie symbolique (en partie médiatique, oui, bien sûr, mais qu'y faire ?) ait été du côté des non-enculistes (quoi que l'on pense d'eux par ailleurs). On le souhaiterait sans enthousiasme excessif, en se disant que c'est toujours ça. - L'avenir peut-être le dira…


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samedi 23 août 2008

Se quel guerrier io fossi...

Vous savez sans doute le goût que j'ai pour la formule de Georges Bataille : « Il faut le système, et il faut l'excès ». Peut-être cette idée ne résume-t-elle pas tout, mais le fait est que la plupart des plus belles créations de l'esprit humain apparaissent à un moment où une époque vacille, qu'elle meure ou qu'elle soit en train de naître. Sans doute faut-il toujours une peur, une incertitude, pour que les meilleurs d'un temps s'élèvent au-dessus d'eux-mêmes - et si leur temps (le « système ») vaut beaucoup, ce qu'ils lui apporteront alors en plus (l' « excès ») sera d'autant plus sublime.

Je me faisais ce genre de réflexions en regardant un DVD du plus parfait - je n'ai pas dit nécessairement le meilleur - opéra de Verdi, Aida. Verdi lui-même n'était pas que je sache un homme très inquiet, surtout vers la fin de sa vie, et son génie n'est que modérément lié à l'angoisse d'une époque. Il fut plutôt, au contraire, un « phare », un peu au sens baudelairien du terme, durant une période hésitante, incertaine. Mais on ne peut s'empêcher de se demander si l'incroyable cohérence de Aida n'est pas liée, entre autres, à cette alchimie tenant un opéra qui se passe, et le rappelle sans cesse, dans un univers polythéiste, composé par un artiste se pensant athée qui vivait et travaillait dans un contexte catholique : je crois que la réussite parfaite - à vous dégouter de tous les autres opéras, parfois - de Aida est liée à cela : une volonté de fer, une expérience à coté de laquelle même le Wagner de la maturité fait un peu branleur, fondant ensemble des éléments hétérogènes, au profit d'une tradition ainsi parachevée (et donc détruite : Otello, Falstaff, sans parler du Requiem, toutes oeuvres admirables, chercheront d'autres directions).

Et ce ne serait alors pas un hasard, si le personnage le plus accompli de l'opéra est le grand prêtre (une fameuse canaille) Ramfis, à la croisée de ces chemins.




Voilà, cette fois-ci je m'en vais, j'ai un train à prendre - donc pas de photos, ce qui est peut-être dommage, Aida ayant tendance à accentuer l'habituel côté grotesque des disparités physiques entre ténors (souvent un peu fluets) et chanteuses (souvent pas fluettes du tout). En règle générale, un baryton, plus gaillard, vient compenser ce déséquilibre, mais ce n'est pas vraiment le cas ici, où le baryton, au lieu d'être un rival amoureux ("l'opéra, c'est un baryton qui veut empêcher le ténor et la soprano de coucher ensemble", disait B. Shaw) est un père (tyrannique), et où les deux chanteuses passent leur temps à assaillir de leur débordante affection un ténor certes vaillant militaire, mais un peu benêt sur les choses de l'amour.

Je finis donc en vous indiquant, au cas où, les deux meilleures versions, la Perlea


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avec B. Christoff en Ramfis : admirablement chantée, quoiqu'un peu à l'ancienne, et la Solti


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dans laquelle Vickers et Gorr sont en état de grâce. Deux versions excellemment dirigées.

A bientôt !

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lundi 10 septembre 2007

Evacuateurs et fouilleurs.

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J'ai souvent pensé à ouvrir des sites parallèles, l'un consacré au rugby, l'autre à l'opéra : le fait que j'ai déjà du mal à m'occuper de ce café avec autant de soin que je le souhaiterais suffit à m'en dissuader. Contentons-nous donc brièvement, l'actualité aidant et s'il y en a que ça intéresse, à stigmatiser le manque d'intelligence ("situationnelle", disait-on dans le temps) des rugbymen français, incapables de changer de stratégie en cours de match, d'adresser notre petit salut de rigueur au bon professionnel qu'était Pavarotti, pas une lumière non plus d'ailleurs - ce qui fait qu'il était à son meilleur dans les personnages vaillants-mais-un-peu-cons : le duc de Mantoue, Otello, le prince Calaf (ce qu'il a fait de mieux ?) - avec une exception notable pour le Ricardo du Bal masqué (il est vrai tellement sympathique, intelligent, patriote, consciencieux, qu'il en devient vite un peu con).


Ces parenthèses fermées, continuons à faire travailler les autres, Léon Bloy en l'occurrence, à notre place. On comprendra sans peine ce qui me plaît dans ce passage anglophobe, scatologique et un rien misogyne :

"L'inexpiable guerre du Transvaal, qui a déshonoré tout un grand peuple, est le chef-d'oeuvre le plus authentique de cette concupiscence déchaînée, et les suites qu'on peut avoir dépassent en hideur atroce et mortelle ce que les poètes sont capables d'inventer.

Dix ou vingt mille hommes nourris comme des animaux sont encagés littéralement sur des périmètres immenses. Esclaves d'une compagnie minière qui ne permet pas même aux enfants de venir embrasser leurs pères, les misérables travaillent sans pardon à l'extraction du minerai diamantifère. Si, tentés par l'exorbitante valeur des pierres et l'apparente facilité de les dérober, quelques-uns succombent, ils doivent s'attendre à des châtiments affreux, si leurs maîtres les surprennent. Leur sang, alors, s'ajoute au torrent de sang préalablement répandu pour la conquête monstrueuse de ce pays, transformé en une colonie de l'enfer par l'avarice de quelques banquiers.

La surveillance y est diabolique. Il y a, ô mesdames, la chambre de purge ! Quand un de ces forçats plus ou moins volontaires est libéré, avant de sortir il lui faut passer par là. Car les malheureux en avalent quelquefois, de ces cailloux merveilleux qui valent des prairies et des forêts. Les mondaines parfumées, fières de leurs bijoux, peuvent, sans courbature d'imagination, évoquer ce riant décor. Evacuateurs et fouilleurs travaillent pour elles. L'éblouissement des mangeuses d'hommes et la réalisation de leurs plus beaux rêves est dans cette chambre. Leur parure est le rendement des deux équipes. Sans doute il y a eu du sang et il y en aura encore, c'est bien entendu, toujours du sang, puisque les douces femelles des tigres en demandent ; maintenant il y a cette autre chose que les chiens les plus superbes savent apprécier... !"

(Le Sang du Pauvre, X.) On est bien peu de chose !

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jeudi 7 septembre 2006

La rentrée des arrivistes. Psychologie sociale de l'enculage collectif.

(Légères modifications le lendemain.)


C'est à peine septembre, et déjà les auto-proclamés redresseurs de torts, les moralistes de tout-à-l'égoût, narcisses autoritaires et autres père-la-morale-pour-les-autres-le-pouvoir-pour-moi se bousculent comme des malpropres au portillon de l'arrivisme. C'est à qui parviendra à faire parler de lui, même un petit peu, même pour trois jours. On culpabilise les autres, on se sent vaguement exister dans leur regard. Ce n'est plus la foire aux vanités, c'est le degré zéro de la lutte pour la reconnaissance dans un monde faussement pacifié, c'est un théâtre sado-maso où tout le monde voudrait transformer son propre masochisme en sadisme à l'égard de son prochain.

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(Ah, Bree Van de Kamp... Un jour peut-être j'écrirai sur cet étonnant personnage, ce type anthropologique de la femme occidentale, pauvre de nous. La maîtresse contemporaine...)


Je reproduis ce récent florilège trouvé dans les indispensables "Très brèves de l'observatoire du communautarisme" :

05.09.2006 Le Petit Robert à l'index
Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) dénonce la définition du mot "colonisation" qui est donnée dans l'édition 2007 du Petit Robert. Cet organisme communautaire -soutenu dans cette initiative par le MRAP - s'insurge que la colonisation puisse être définie comme "mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies" et réclame rien moins que le retrait du dictionnaire. Il y a pourtant la notion d'exploitation -qui renvoie aux résultats de la présence étrangère- ainsi que l'intention positive qu'aucun historien ne conteste... Objective, cette définition est montrée du doigt parce qu'elle n'est pas péjorative, qu'elle n'est pas conforme à la vision de certains militants communautaires. Le CRAN n'est donc pas dans la continuité de l'opposition à la loi sur le "rôle positif de la colonisation" qui dénonçait une lecture officielle non objective. Comme les auteurs de cette loi, le CRAN tombe dans la manipulation des faits historiques en réclamant le retrait du Petit Robert. Le temps des autodafés n'est peut-être pas très loin...

05.09.2006 Monnerville instrumentalisé
Alors qu'une place Gaston Monnerville est inaugurée près du Palais du Luxembourg où siégea l'ancien président du Sénat pendant plus de vingt ans, les communautaristes antillais essayent d'utiliser cet hommage pour faire entendre leurs revendications. Le Collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais y voit un "étrange oubli" et insinue que cette "reconnaissance tardive" est due à la couleur de la peau de Gaston Monnerville. Il ne faut pas exagérer : Gaston Monnerville est certes tombé dans l'oubli, mais comme bon nombre des hommes de la IVème République. Qui se souvient en effet du père Queuille, d'Alain Poher ou de René Pleven ? L'article du Monde qui relaie la mauvaise humeur du Collectif Dom désigne Gaston Monnerville comme un "président du Sénat venu des colonies"... De son temps, on parlait plutôt de sa fonction ou de son opposition à De Gaulle que de ses origines.

03.09.2006 La main dans le sac
Les Francogames, des olympiades homosexuelles, se sont tenues pendant 3 jours à Montpellier, avec le soutien de la Ville et de la région Languedoc-Roussillon. Seul bémol selon le site tetu.fr : les participants au concours de lancer de sac à main ont été pris pour des voleurs à la tire par la police !

31.08.2006 Une bourse de la Ville de Paris pour travailler sur l'antisémitisme
La Ville de Paris a lancé un appel à candidatures en vue d'attribuer deux bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme. Il doit s'agir de travaux portant sur la période de la IIIème République. Selon la mairie de Paris : "La diffusion des résultats de ces recherches peut être la base d'une prise de conscience par les citoyens et la société, sur laquelle peut s'appuyer toute politique durable de lutte contre les discriminations, la xénophobie et l'antisémitisme". Déjà à l'origine d'un prix sur les études de genre, la Ville de Paris dotera chacune de ces bourses de 15.000 euros. Le communiqué de la Ville ne dit pas qui seront les membres du jury chargé d'attribuer ces bourses. Dommage.

28.08.2006 Premier procès pour hétérophobie
Selon le site de Têtu, une salariée du groupe américain Honeywell International a saisi un juge de l'Etat de Washington au motif d'une discrimination liée à son hétérosexualité. En effet, son entreprise a refusé d'accorder la protection sociale à son compagnon avec lequel elle n'est pas mariée alors que cet avantage s'applique aux couples mariés et aux partenaires homosexuels enregistrés de salariés de l'entreprise. Elle y voit un exemple caractérisée de discrimination fondée sur l'orientation sexuelle.

(J'ai supprimé les appels de liens donné par l'Observatoire.)

Evidemment, tout cela prête à rire et sans doute n'est-il guère besoin que je précise les sentiments que m'inspirent ces manifestations de l'air du temps. Mais on peut en profiter, en se concentrant sur les polémiques du Robert et de Gaston Monnerville, pour esquisser ou rappeler quelques traits de la psychologie de ceux et celles qui consacrent une partie de leur existence à des combats de ce type.

Concernant Monnerville (l'article du Monde auquel il est fait référence plus haut se trouve ici, j'en fais une copie que l'on peut me demander si le lien ne fonctionne plus dans les jours à venir), ces gens ne semblent jamais contents : on commémore la mémoire d'un des leurs (ou plutôt de quelqu'un dont il se sont accaparé l'héritage), et ils râlent encore. Un Antillais deviendrait président de la République qu'ils bougonneraient que "ce n'est pas trop tôt". Si l'on ne fait rien, on est un salaud. Si l'on fait quelque chose, c'est que l'on a été un salaud dans le passé. Ce genre de surenchères est un passage obligé du militantisme, dira-t-on. Il se peut. Mais c'est aussi et peut-être d'abord un phénomène psychologique per se, conviction que je souhaiterais voir partagée à la fin de cette lecture. Nul besoin en tout cas d'épiloguer sur cette volonté de culpabilisation des autres, ni sur l'absence totale de risques que cela comporte pour ces militants du chagrin et de la rancoeur collectifs. On pourrait d'ailleurs émettre l'hypothèse que le militant qui prend des risques réels a beaucoup moins le temps et surtout l'envie de se mettre au-dessus des autres. Un exemple, certes extrême et pour lequel le terme de militant est sans doute inadapté, mais néanmoins révélateur : ce sont rarement les résistants authentiques qui se permettent rétrospectivement des jugements sans appel et sans nuances sur l'attitude des Français pendant la deuxième guerre mondiale.

Ceci posé, tout est grotesque dans ce genre d'histoires. D'abord, les enjeux. A ceux qui ne sont pas parisiens il n'est peut-être pas inutile d'indiquer que ce genre de places "Gaston Monnerville", "Simone de Beauvoir" et autres ne sont souvent, étant donnés d'une part la manie commémorative de Bertrand Delanoë, à peine moins compulsive que le besoin de feu Jean-Paul II de canoniser à tout va (à ce propos...), d'autre part le nombre de mètres carrés encore disponibles dans Paris, que de pathétiques ronds-points ou des bouts de trottoir au milieu d'un petit carrefour, sur lesquels la plaque fraîchement installée est parfois à peine visible : plus petite que l'arbre planté à côté depuis des années, ou simplement n'attirant pas l'attention, puisqu'il n'y a pas ici de "place" à proprement parler. On se bat vraiment à enculer les mouches.

Et c'est là, ensuite, un autre aspect de cette mentalité de petits merdeux : une confiance si naïve, si stupide que l'on ose presque la croire cynique et hypocrite, dans le pouvoir d'Etat et dans sa geste symbolique. On peut de ce point de vue élargir la remarque (que je modifie légèrement) de M. Radical : "quel est l'intérêt de censurer le Robert, à moins de croire que ses représentations (...) sont douées de pouvoir ?"

Le plus intéressant - et là encore je suis M. Radical, me contentant de pousser un peu plus loin son propos -, c'est que cette infantilisation râleuse de soi-même - et, espère-t-on, des autres, là est le drame - se double de tendances qu'il n'est pas exagéré de qualifier de staliniennes : l'appel à la censure (retirer le Robert de la vente), les manipulations (le CRAN comme le MRAP n'hésitent pas à mutiler la définition du Robert), l'aplomb sans scrupule - du chutzpah digne de Trotski -, et derrière tout cela, comme le dit encore M. Radical, on devine sans peine la faculté à un jour retourner sa veste, tel un vulgaire Alexandre Adler. On se trompe ? Je prends les paris.

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(Patrick Lozès, président du CRAN et fils de sénateur. Encore une fois l'on vérifie qu'il faut se méfier des gens qui sourient à l'objectif. Je vous ai d'ailleurs déjà présenté il y a quelque temps le très désagréable porte-parole du CRAN, Louis-Georges "J'avale à tous les rateliers" Tin, Louis-Georges "Taon" Tin. Un coup de Robert, pour la route ? "Taon : Grosse mouche piqueuse, et suceuse, dont la femelle se nourrit du sang des animaux." Que fait le collectif des insectes ? )


Arrêtons de dire du mal pour le seul plaisir d'en dire (chacun ses pulsions sadiques...), et résumons : ces morpions (Robert : "pou du pubis") présentent un mélange aussi ridicule que dérangeant d'immaturité braillarde, de pulsions sadiques et de pratiques policières. Peut-être sont-ils la conséquence inévitable des crimes français passés, une conséquence soft, une démangeaison mal placée, qui certes vaut toujours mieux qu'une grave blessure. Et mon Dieu l'on ne demanderait qu'à ne pas s'en préoccuper, si ces parasites (Id. : "Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens de la société.") ne tenaient systématiquement à faire savoir, par le seul moyen à leur portée, la nuisance, qu'ils existent. Et puisque la rhétorique insectifuge que je viens d'utiliser pourrait nous entraîner vers des rivages insecticides quelque peu extrêmes, et puisque que ces cloportes ("Individu répugnant, servile") sont émoustillés, en bons masochistes, par tout ce qui relève de l'autorité étatique et de sa trique, contentons-nous de souhaiter pour conclure qu'ils soient un jour inculpés d'exhibitionnisme onaniste sur la voie publique. Tout ce que l'on peut faire en attendant est de les écarter d'un revers de main de temps à autre, lorsqu'ils deviennent trop gênants, avant de retourner derechef à des sujets plus dignes d'attention.


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Cortigiani, vil razza damnata !

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mardi 16 mai 2006

Durkheimien (bis).

Si Dieu est l'auteur de la Passion selon Saint Matthieu, il est aussi celui du Requiem de Verdi. Que Verdi fût athée n'y change strictement rien.


(Athée... Il se fit quand même paraît-il enterrer avec la partition de l'une de ses rares compositions religieuses - au cas où Saint-Pierre lui demanderait des comptes sans doute. Il paraît que Lacan a dit de l'athée qu'il se contredisait tout le temps. Peut-être avait-il ce genre de "au cas où" en tête.)


A propos de Durkheim, pour ceux qui y voient encore un penseur austère IIIè République, voici quelques lignes qui se passent de commentaires :

"La vie économique elle-même ne s'astreint pas étroitement à la règle de l'économie. Si les choses de luxe sont celles qui coûtent le plus cher, ce n'est pas seulement parce qu'en général elles sont les plus rares ; c'est aussi parce qu'elles sont les plus estimées. C'est que la vie, telle que l'ont conçue les hommes de tous les temps, ne consiste pas simplement à établir exactement le budget de l'organisme individuel ou social, à répondre, avec le moins de frais possible, aux excitations venues du dehors, à bien proportionner les dépenses aux réparations. Vivre, c'est avant tout, agir, agir sans compter, pour le plaisir d'agir. Et si, de toute évidence, on ne peut se passer d'économie, s'il faut amasser pour pouvoir dépenser, c'est pourtant la dépense qui est le but ; et la dépense, c'est l'action."


Allah l'ait en sa très sainte garde !

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lundi 28 novembre 2005

Au café du commerce...

...on évoque toutes sortes de sujets, sur lesquels on n'hésite pas à émettre des opinions définitives.


Aujourd'hui : pourquoi ce sont les fridolins qui ont été nazis, et pas nous.

Malgré la troublante insistance des intellectuels allemands depuis trois siècles à traiter la majorité de leurs compatriotes de parfaits abrutis, il me semble que la bêtise teutonne ne doit pas être tous comptes faits bien plus grande que la connerie hexagonale. Freud (non, je n'ai pas lu Freud, je ne me dédis pas si vite, c'est Muray qui le cite) a écrit des Allemands que c'était un peuple "mal baptisé", en ce sens qu'ils n'ont jamais été vraiment catholiques, ce qui expliquerait notamment que la Réforme soit née là-bas. Admettons. Quoi qu'il en soit, il me semble évident que si les Allemands ont si longtemps cherché "l'âme allemande", c'est qu'ils ne la trouvaient pas, ceci entre autres parce qu'ils leur manquaient l'issue du catholicisme latin. Je veux dire par là que pour qui est troublé de ce que le catholicisme soit une religion venue d'Orient - des Juifs en l'occurrence, mais dans l'imaginaire collectif pas seulement : utilisons comme Paul Morand le nom générique et euphémique de "Levantin" -, donc une religion de pouilleux basanés - tout à fait les Levantins de Morand -, et de ce que cette religion ait très largement contribué à la définition de notre identité... ; eh bien pour un Français il y a toujours la possibilité d'assimiler le catholicisme aux Romains, à "nos cousins Italiens", et à court-circuiter l'origine judéo-orientale de cette religion (au passage, Céline n'a pas tort de noter quelque part qu'il faut vraiment être con comme un Drumont pour être à la fois catholique et antisémite). Au lieu que les Allemands n'ont pas cette solution et sont donc obligés d'être plus cohérents avec la recherche de leurs origines s'ils veulent prendre leurs distances avec leurs racines catholiques. Ce qui serait cohérent avec les faits : ils ont été nazis, nous n'avons été "que" vichyssois.


A dire vrai, il y a au moins une autre possibilité, qui eut son heure de gloire au XIXe siècle, fut notamment adoptée par Richard Wagner, et qui permet d'éviter l'objection de Céline : séparer le catholicisme du judaïsme, pour en l'occurrence le rattacher au bouddhisme, à "l'esprit indo-européen", faire pencher le catholicisme dans la direction de l'ascétisme, du renoncement. Wagner, au moins cohérent dans son projet, cherchait vers la fin de sa vie à prouver que le Christ n'était pas juif. Dois-je préciser que ses arguments n'étaient pas tout à fait convaincants ? Ceci dit, ça ne m'empêche pas d'écouter du Wagner à peu près tous les jours depuis six mois, mais là n'est pas le problème.

Pourquoi les Italiens deviennent-ils racistes ? On sait qu'entre autres nombreux mérites - les pâtes, le bon cinéma, les femmes, la culture populaire, la Sicile, Verdi, Verdi, encore Verdi, et un peu Paolo Maldini - les Italiens avaient ce titre de gloire de n'avoir jamais, même au piteux temps mussolinien, créé de mouvement d'ensemble raciste. Il semblerait que cela change (un vrai point commun avec les Corses, pour le coup). Le café du commerce, n'ayant jamais peur de dire une connerie, suggère comme explication à cette regrettable évolution - remettant sine die un examen de cette hypothèse -, que le catholicisme tend à ne plus être le catholicisme, ou à l'être de moins en moins, et qu'il est donc moins armé pour faire obstacle à une idéologie raciste qu'il n'a pu l'être. Cette dernière remarque peut surprendre, mais s'il est vrai que l'on peut citer les lois espagnoles de pureté du sang ou tel ou tel débat sur l'âme des sauvages pour montrer que le catholicisme n'est pas exempt de tout reproche à ce sujet, il me semble que ces exemples restent minoritaires sur une histoire qui dure depuis maintenant plus de vingt siècles. Quant à l'évolution actuelle du catholicisme, il faut bien avouer que ses efforts pour être "moderne" me rendent très méfiant, d'autant plus que le fait qu'il fût en décalage avec l'époque commençait en revanche à me le rendre sympathique.


Les commerçants se mettent à installer leurs décorations de Noël. Portnoy, dans le roman éponyme, fâché avec sa judéité, disait tout de même qu'il lui suffisait de voir les catholiques acheter leurs sapins débiles et installer leurs épouvantables crèches pour avoir envie, un instant fugace, de se réconcilier avec la tradition dont il était issu. Comme je le comprends ! Mais sans doute Noël est-il plus païen que catholique.

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