mardi 23 juin 2009

Straubien.

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"...c'était la douceur savoureuse d'octobre, il l'emmenait quelquefois à la campagne un jour entier, toujours vers les forêts. Il n'avait jamais osé auparavant emmener une femme parmi les grands arbres. Il voulait la retirer des salons, des golfs, des restaurants. La France est un pays de forêts. Il y a encore autour de Paris, en tirant vers le nord ou vers l'ouest, de ces grands refuges. Là il aurait voulu la préparer au ton secrètement hautain des cathédrales, des châteaux et des palais qui sont les derniers points d'appui de la grâce, car les pierres ont mieux résisté que les âmes."

(P. Drieu la Rochelle, Gilles, 1939, deuxième partie, ch. V.)



"Un pays imaginaire - entre 1848 et 1917, entre la Chine et Cuba - avait surgi, au mois de mai, des pavés du Quartier Latin. Le Messie, répétait Maurice Clavel chaque matin dans Combat, était ressuscité sur les barricades. Mais en juin, on s'apercevait que le pays réel était aussi le pays légal. Finalement, au-delà des options politiques, une masse immense de Français restait attachée - comme aux États-Unis, comme en Grande-Bretagne - à l'ordre et à la loi. Telle était la surprise et, pour les enragés, le scandale. Ils avaient cru à une France idéale (celle des révolutions) et ils retrouvaient la « vraie » France, « petite, bourgeoise, xénophobe, raciste, nationaliste, réactionnaire, fasciste, religieuse, catholique, protestante ou juive ». La France des petites villes, vieillotte et sage, d'abord dépassée par l'éruption, lentement s'était ressaisie : elle s'était reconnue sur les Champs-Élysées, et elle allait confirmer dans son vote qu'elle était encore (pour combien de temps ?) la majorité."

(P. de Boisdeffre, Lettre ouverte aux hommes de gauche, Albin Michel, 1969, p. 111)


coffret



La citation sur la « vraie » France provient du livre de M. Daniel Cohn-Bendit, Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, Seuil, 1968 (évoquerait-il encore le judaïsme ainsi ?...). Il n'est pas certain que l'auteur y qualifie cette France qu'il décrit avec amour comme la « vraie », je n'ai pu le vérifier.

Quoi qu'il en soit de ce dernier point d'importance symbolique, il suffit de mettre en rapport cette brève analyse de P. de Boisdeffre et les résultats des élections européennes pour voir ce qui a changé depuis et en partie à cause de Mai 68 : entre de Gaulle et D. Cohn-Bendit il y avait de vraies différences, la « France des petites villes, vieillotte et sage » avait de bonnes raisons de suivre le premier et de ne pas aimer le deuxième qui, comme on peut le constater, le lui rendait bien. Alors qu'entre ceux que l'on a appelés, en faisant mine d'oublier la colossale abstention à ce scrutin, les deux vainqueurs des élections européennes, N. Sarkozy et D. Cohn-Bendit, il n'y a quasiment pas de différence. Je vous renvoie à cette récente interview d'Alain Soral, dans laquelle il compare D. Cohn-Bendit et J. Attali, vous constaterez par vous-même que Nicolas Sarkozy se fond avec allégresse dans ce même moule - qu'il faut bien qualifier d'anti-français, puisque ces gens-là proclament eux-mêmes fièrement, au mieux leur indifférence, au pire leur haine pour la France ! Résultat, la « France des petites villes... » soutient Nicolas Sarkozy en grande partie pour de mauvaises raisons, et ce n'est évidemment pas une situation saine.

Avec Drieu alors on peut se réfugier dans ce qui reste de la « grâce »... - mais c'était l'époque d'avant Festivus, on foutait alors la paix aux vieilles pierres, on ne se croyait pas alors obligé de les « valoriser » avec l'appui d'acteurs ratés, intermittents du spectacle en déshérence, qui nous empêchent de profiter, dans notre intimité, de l'oeuvre du passé.

Certes la grâce par définition ne se décrète pas, et se retrouvera ailleurs... Mais en attendant force est de constater que tout semble fait, c'est kafkaïen, peut-être pas pour que nous ne puissions plus rien éprouver, ce qui est sans doute impossible, mais pour que, de ce que nous éprouvons, nous ne puissions plus rien dire d'audible.


Klassenverhältnisse 1

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jeudi 27 novembre 2008

Dix minutes avec Dieu.




(Piqué chez le Dr. Orlof.)





Au passage - il y a trois liens devenus avec le temps inutiles ou presque, dans ma colonne de droite : Mauricette du fait de son éclipse temporaire ; M. Balp, manifestement perdu quelque part dans la Sierra ; l'Observatoire du Communautarisme, qui pourtant, après l'élection de B. Obama, ou comme on peut le constater ici, aurait encore du grain à moudre. Bon, entre autres pour la documentation que l'on peut y trouver, j'ai décidé de laisser ces liens, c'est triste un lien qui meurt.

Bonne journée !

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lundi 1 août 2005

L'unité dans la lutte.

Un peu par curiosité, un peu pour saisir une éventuelle occasion de dire du mal de quelqu'un, j'ai lu La pensée tiède de Perry Anderson, un essai sur la décadence française, paru accompagné, on le sait peut-être, d'une réponse de P. Nora dans le même livre - histoire de colmater au plus vite la brèche. Finalement, il n'y a pas grand-chose à dire sur ces textes, qui n'excitent que Le monde diplomatique, d'autant que malheureusement M. Anderson, s'il déplore le manque d'ouverture des "élites" intellectuelles françaises sur l'étranger, ne cite pas beaucoup de noms d'auteurs à découvrir. Tant pis !

En revanche, je profite de l'occasion pour donner ma petite opinion sur "les divisions et les déchirements internes dans lesquels la France s'est débattue et qui ont fait sa hantise" - P. Nora ne remarque pas que c'est très souvent (il y a l'exception de l'après-Fronde) quand les Français se sont foutus sur la gueule qu'ils ont aussi joué un rôle important (pas toujours bon...) dans l'évolution du monde, et que le déclin qu'il stigmatise autant que P. Anderson survient justement en même temps que nous nous étripons moins. A une faible échelle, les controverses sur le TCE n'ont d'ailleurs pas par hasard accompagné un (faible) renouveau de notre rôle politique.

Bref, je ne sais pas s'il y a ou s'il y a eu une unité de la France, mais si tel est ou a été le cas, c'est au moins pour une grande part du fait de notre plaisir à nous disputer. P. Nora donne d'ailleurs une autre piste de recherche, dans un paragraphe qui me séduit d'autant plus que je le lis de manière à peu près inverse à celle dont son auteur l'a écrit :

"Perry Anderson se refuse obstinément à voir que le révolutionnarisme français, tel qu'il se maintient aujourd'hui, est l'expression d'un fondamental et tragique conservatisme français. Ce mélange de Joseph de Maistre et de Robespierre n'a qu'un inconvénient : son irréalité complète et sa nuisance. En empêchant la société française de relever ses vrais défis, il lui interdit de se transformer."


(Ajout le soir) Je reviens sur ces "divisions et déchirements internes dans lesquels la France s'est débattue et qui ont fait sa hantise" : peut-être font-ils surtout la hantise de P. Nora, qui extrapole bien vite de sa position personnelle à celle de tout un pays. Par ailleurs, relisant cette formule, elle m'a fait penser à une du même genre, nettement plus célèbre, ces fameux "mensonges qui nous ont fait tant de mal" qu'un autre grand apôtre de la réconciliation nationale avait stigmatisés à son profit personnel. La magnaminité des vainqueurs de l'heure... La réconciliation chez John Ford, c'était quand même autre chose. D'ici le prochain John Ford, restons donc chez Samuel Fuller - Run of the arrows - ou chez Straub (Non-réconciliés) : voilà de "vrais défis".


(Ajout le 19.09.08) L'après-Fronde n'est pas une exception : la pacification qui se produisit alors est une conséquence de la Fronde, à la fois parce que Louis XIV verrouille son régime, et parce que personne, les vainqueurs comme les vaincus, ne veut voir revenir pareils troubles. Ce que je pensais être un contre-exemple va donc dans le sens de ma thèse.

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