mardi 24 novembre 2009

Gauchistes, encore un effort, par pitié... (II)

schivardi1

Our hero !


J'ai écrit je ne sais plus où que la fonction historique de Nicolas Sarkozy serait peut-être de permettre aux Français de refaire (un peu de) leur unité contre lui, en leur faisant prendre conscience, non de leur identité nationale, mais de leurs valeurs, valeurs incompatibles avec les siennes (pour autant qu'il en ait : je vous avais écrit tout un sermon sur ce thème il y a bientôt un an, n'hésitez pas à le relire, il tient délicieusement le coup). Il me semble qu'il est déjà en train de réussir à réconcilier de Gaulle et Le Pen, ce qui, même si le temps a passé depuis les accords d'Évian, n'est pas un mince exploit. Éric Besson et la lumpen-racaille ont beau faire, les gens de droite voient bien que le bougne est problème second, pas premier. Pour le dire en reprenant les termes de P. Yonnet, ce qui compte est la nation en acte, pas une identité factice. Ou, très prosaïquement : on peut penser et dire du mal des immigrés, on préfère tout de même un sympathique et compétent plombier rebeu (et ceux qui croient que je prends les plombiers de haut feraient bien d'ausculter leur propre subconscient) à un politicien qui pontifie sur la France tout en essayant de vous prendre par tous les trous.

Ach, si seulement la gauche... Il y a trois ans je m'étais ému du peu de compréhension par les auteurs de gauche des notions de communauté et de holisme. Soit dit en passant, je n'avais alors pas lu Michéa (sauf peut-être Impasse Adam Smith), qui fournit sur ce point d'intéressants outils d'analyse. Quoi qu'il en soit, je pourrais vous faire le même numéro sur ce thème : cela a beau faire des dizaines d'années qu'un juif marxiste de gauche (merde, ça en fait des certificats de bonne conduite !), en l'occurrence l'excellent Gunther Anders, les a prévenus qu'il était devenu plus important que tout d'être conservateur, pour, dans un premier temps, préserver ce qui peut encore l'être, s'ils l'évoquent avec révérence, c'est pour oublier tout aussitôt ce sage conseil - ou s'offusquer si ce même conseil provient d'un goy non marxiste pas toujours de gauche.

L'erreur est pourtant ici à peu près la même que celle des gens de droite qui voient dans le krouia la source de tous leurs maux : il s'agit de faire porter trop de choses, positives ou négatives, sur les épaules de l'étranger, de l'immigré, du sans-papier. De même que les problèmes d'immigration sont seconds par rapport à la question du pouvoir politique de la France, la souffrance du sans-papier, pour réelle qu'elle soit, ne doit venir qu'en second, dans l'esprit d'un Français, par rapport à la souffrance de ses compatriotes - et là encore, ceux qui croient que lorsque j'écris « en second » je pense « on s'en fout » feraient mieux de réviser leur concept de hiérarchie - je ne prêche pas du tout l'indifférence, je rappelle ce qui me semble un ordre de priorités. Pour enfoncer le clou : un sans-papier malien peut être humainement plus intéressant qu'un gros con de Français, et il y en a !, mais si l'on ne veut s'occuper que de la souffrance du premier et pas de celle du second, fût-il un chômeur alcoolo xénophobe, il n'y a alors qu'une attitude cohérente : renoncer pour soi-même à tous les avantages que l'État(-Nation) peut offrir - et il y en a ! Si l'on accepte un tant soit peu l'idée de nation, on est bien obligé, en tout cas on devrait se sentir obligé d'être solidaire de ses compatriotes, tout difficile que cela puisse parfois être. Cela n'implique aucune renonciation à aucun idéal d'universalité que ce soit.

- Ce modeste rappel de priorités logiques n'empêche donc pas, il s'en faut, de « soutenir » autant les immigrés que French Popu. On peut très légitimement considérer que le mieux serait que la situation s'améliore aussi bien « ici » qu'« ailleurs » (Heil Godard !). Mais là encore, il faut être précis : si les politiques des pays occidentaux contribuent à maintenir une certaine partie du monde dans la misère, et donc à encourager les flux migratoires (qui ceci dit ne concernent pas nécessairement les plus pauvres), il est abusif d'accuser de tous les crimes le Français moyen qui trime pour nourrir sa famille, et cela reste abusif même s'il proclame se foutre du tiers-monde comme de sa première carte de France (pour ceux qui comprennent la métaphore).

En résumé :


DG_et_GS-2


il est grand temps que D. Gluckstein et G. Schivardi enculent Besancenot un bon coup (ils peuvent y aller à sec, c'est déjà bien ouvert, Sarko a dégagé la voie) ; ceci fait, qu'ils aillent boire un verre au Wepler


Terrace-Of-Cafe-Wepler-Place-Clichy-Paris


avec Villepin et Le Pen - et, tant qu'à faire, moi-même, je serais heureux d'entendre, la bouche pleine de joue de boeuf au Riesling mais l'esprit attentif, ce qui pourrait alors se dire.

- Et certes de l'eau risque de couler sous les ponts d'ici là. Quel est donc le statut de tout ce discours ? J'affirme mais ne prouve guère. Prends-je pour autant mes désirs pour des réalités ? Je crois trop bien connaître les capacités d'inertie de mes compatriotes pour me bercer d'espoirs illusoires. Reste un certain air du temps, que j'espère flairer à peu près bien. Et quelques références, que je vous donne pour finir :

- le dernier papier d'Alain Soral, où sont évoqués les rapports entre de Gaulle et la droite nationale ;

- un texte parmi d'autres de ce site irrégulier mais si réjouissant parfois, L'Organe ;

- à gauche, l'excellente réaction de Jacques Sapir à cet amusant projet - vous avez voulu Sarko, vous l'avez eu - visant à rendre les élèves de Terminale scientifique encore plus abrutis qu'avant. Vous ne manquerez pas de noter que J. Sapir ne diabolise pas plus que bibi les questions sur la nation, se contentant d'émettre quelques réserves sur M. Éric Besson. C'est bien le moins. Heureusement, la justice veille !


chainsawhooker


Et elle n'est pas contente !

Libellés : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

jeudi 30 juin 2005

Tombeau du héraut.

François-Xavier Verschave est mort le 29 juin. Ne l'ayant pas connu, je ne ferai pas semblant de parler de lui : je récapitulerai juste ce que j'ai pu tirer de son action.
Bercé dans le doux confort de l'existence et de l'égoïsme, on peut avoir besoin de comprendre que l'on est responsable du malheur ailleurs pour pouvoir saisir de quelle nature est le malheur ici. C'est entre autres la lecture des livres de M. Verschave qui, en montrant ce que la République était capable de faire chez les Nègres, m'a amené à conclure qu'elle était aussi capable de tout ici. François Mitterrand, Jacques Chirac, Hubert Védrine, Michel Rocard, Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy... la liste est longue des hommes politiques que l'on ne peut plus voir autrement que comme des canailles et des assassins, au moins par complicité (a contrario A. Juppé et D. de Villepin semblent presque honnêtes !). La figure du Chirac "un peu con mais sympa" disparaît - de même que le "Florentin" Mitterrand devient comme un mélange de Biscmarck et de Hitler qui n'eut même pas le courage de se salir les mains lui-même. Quant à la France, la "patrie des droits de l'homme"... Nous sommes plus intelligents que les Américains en Irak, nous faisons faire le boulot par d'autres, voilà tout.

Ces conclusions me sont personnelles, mais elles me semblent dans le droit fil des faits patiemment accumulés et interprétés par M. Verschave dans ses livres : Au mépris des peuples, bonne introduction, La Françafrique et Noir silence, les deux pièces maitresses, et Noir Chirac, le plus risqué, à la fois par sa cible et parce que la part de l'hypothèse y est la plus importante.
Autre aspect, variante en mineur du précédent. Comme les romans de J. Ellroy, les travaux de F.-X. Verschave excellent à montrer concrètement qu'il est possible d'être à la fois un très bon "politicien" et une parfaite ordure - dans les deux cas on se fait déniaiser - et on risque de commettre l'erreur de croire l'être pour toujours.

M. Verschave peut être qualifié d'altermondialiste. Ce n'est pas nécessairement son plus grand mérite. Mais, outre qu'il fut d'un grand courage dans ses livres et qu'il ne joua jamais à prendre la place des Africains dont il évoquait le sort, il sut montrer les liens entre la déliquescence de la classe politique française et son action en Afrique : il était donc fondé à partir de ce point de vue, dont la pertinence est établie, pour chercher des solutions globales, malheureusement et sans doute inévitablement fort vagues (cf. Un autre monde est possible, éd. La découverte).

La Françafrique est évidemment en joie aujourd'hui, car ce n'est pas pour bientôt que l'on retrouvera un aussi éloquent procureur d'un système infâme - qui, indirectement, me permet d'écrire ce texte sur mon bel ordinateur...

Pour en savoir plus :

- le site de Survie , l'association fondée et présidée par M. Verschave (ou dans mes liens : "Chirac assassin);

- les sites des Arènes et de La fabrique ;

- un site que je connais mal, mais qui creuse les mêmes sillons : stop-Françafrique .

(Rajouté le 6 juillet). Merci Acrimed, qui montre une fois de plus de quoi les individus du Monde et de Libération sont capables - et de quoi ils ne sont pas capables, c'est-à-dire d'oser écrire, purement et simplement, que F.-X. Verschave les gênait. Il est vrai qu'il leur faudrait alors avouer qu'ils sont stipendiés par la Françafrique (je rappelle que M. Colombani, d'après la justice française, est "renseigné" par la DGSE), et qu'il vaut donc mieux prétendre, comme ils le font, que la Françafrique est une affaire du passé, ce qu'un Togolais serait sans doute ravi d'apprendre.

Passons. Je tenais à faire remarquer par ailleurs qu'un des mérites de M. Verschave fut d'avoir été à la hauteur de ses découvertes : ainsi qu'il le rappelait fréquemment, lorsqu'il s'était lancé dans l'aventure de "Survie", il ne s'attendait pas du tout à apprendre que la Françafrique avait à ce point gangrené l'état français. Mais lorsqu'il en prit conscience, il ne recula pas, bien au contraire. Pour le dire à la manière d'Alain Badiou, il sut rester fidèle à un événement primordial (la prise au sérieux des responsabilités de la France dans le génocide rwandais), et c'est ce qui le constitua en tant que sujet - pas une pose révolutionnaire prise à l'avance et s'accommodant ensuite aisément des "dures réalités".

Enfin, me relisant, je me suis aperçu que j'avais enfreint un de mes propres principes, en étant plus violent à l'égard d'un mort, François Mitterrand, que d'un vivant (en mauvais état, mais les crapules ont la vie dure), Jacques Chirac. J'essaierai donc de me rattraper à l'occasion. A propos d'occasion, je profite de celle-ci pour signaler que dans Au mépris des peuples se trouvent de très éclairants passages sur Nicolas Sarkozy, ses rapports avec Charles Pasqua, les Hauts-de-Seine, l'argent...

Libellés : , , , , , , , , , ,

samedi 11 juin 2005

Je serais Galouzeau...

...de Villepin, je me méfierais : les mouvements sociaux et révolutionnaires importants de l'histoire de France, principalement 1789 et 1848, ont reposé sur la même alliance des classes populaires et des classes moyennes qui a manqué à la Commune et que l'on vient de retrouver d'une certaine manière lors du référendum sur le Traité constitutionnel.

Ceci n'est pas une prophétie, encore moins un souhait ou une crainte. Mais l'on peut se demander si "assouplir le code du travail", c'est-à-dire rapprocher encore dans les difficultés ces catégories de population, est bien le meilleur moyen pour apaiser les tensions actuelles.

Citons Tocqueville ! La "crainte des révolutions", c'est-à-dire la crainte d'en provoquer, est selon lui (je retrouve la phrase exacte dès que possible, promis) le meilleur rempart au despotisme et à l'incompétence des gouvernants. Et cela fait maintenant fort longtemps que cette crainte a disparu chez ceux-ci, il n'est pas sorcier de s'en apercevoir. Alors, bientôt la lanterne ?



PS : bon article de J-M Rouillan (ex-Action directe) dans le Monde diplomatique de juin sur les prisons en France et leur évolution récente.
"Douce France,
cher pays de mon enfance,
bercé de tendre insouciance..."

Libellés : ,