vendredi 11 novembre 2011

Chacun fait ce qu'il lui plaît. - Mon Dieu j'peux même pas jouir...

"Ni par le péché, ni par la misère il n'est diminué, ce libre arbitre ; il n'est pas plus grand chez le juste que chez le pécheur ni plus plein chez l'ange que dans l'homme." (Bernard de Clairvaux, De gratia e libero arbitrio)




Pourquoi, malgré les « indignés » et autres « 99% », aussi peu de révolte, finalement ? Pourquoi, alors que la situation est tout de même limpide - cf. Todd, Lordon, Jorion, etc. -, aussi peu d'action ? A chaque plan de « rigueur » on se fait un peu plus enculer, et alors que ça fait un peu plus mal à chaque fois, on se défend à peine, quelques cris tout au plus… Après tout, ce n'est pas parce que l'occidental a bouffé comme un porc pendant des années qu'il doit accepter qu'on l'en punisse en l'empêchant de chier.

Il y a à cela plusieurs raisons, pas toutes mauvaises, certaines circonstancielles : en France, la tenue assez proche de l'Élection parmi les élections, celle dont on continue à espérer qu'elle puisse changer quelque chose en mieux pour le pays - alors que depuis longtemps elle ne fait que provoquer le pire. Il y a une conscience du caractère illusoire de la violence : tout le monde sait bien que pendre Nicolas Sarkozy à un étal de boucher ne ferait pas beaucoup avancer le schmilblick. Ce qui est à la fois lucide et proche de la résignation. De même que le refus de l'action violente oscille entre sagesse, intelligence tactique (ne pas donner d'armes au pouvoir) et pusillanimité. Il y a la relative habileté dudit pouvoir : on ne va pas manifester pour payer ses clopes et son resto moins cher. Il y a, je-sais-que-je-me-répète-mais-c'est-parce-que-j'ai-raison, un sourd désir que les choses se règlent d'elles-mêmes.

Et puis, à la jonction de certaines de ces motivations, il y a, c'est ça qui m'amuse ce matin, un reste de décence chez nos citoyens-consommateurs. On aurait au moins autant de raisons aujourd'hui qu'il y a quarante ans de crier "Pompidou / Sarkozy, des sous !", mais on répugne à le faire. « Nous » savons bien que notre mode de vie ne vaut guère la peine d'être défendu. Une accro à la mode, et il y en a, deviendra peut-être hystérique si le monde évolue de telle manière qu'elle ne puisse plus satisfaire ses « besoins », on a quelque peine à imaginer une manifestation de ces consommatrices en manque pour le rétablissement de leurs droits. - Ce n'est pas tout à fait impossible, mais on voit bien que le passage de la frustration personnelle à l'action collective, tout de même chargée d'histoire, n'est pas évident. "Pompidou, des sous !", c'était un peu la vérité des « Trente glorieuses », l'aveu de ce qu'on voulait vraiment. On le veut toujours, en tout cas on s'y accroche, mais on a du mal à le dire tout haut. C'est heureux, certes, mais c'est aussi, entre autres, ce qui permet à nos élites bien-aimées de continuer à augmenter la taille du godemichet - i.e. leur patient travail de vol des ressources de la population. C'est en partie parce que nous avons une certaine décence que l'on se fait de plus en plus enculer par les enculistes. Peut-être vous souvenez-vous de ce texte au début de la Recherche, où Proust explique que dans une conversation entre un imbécile et un homme intelligent celui-ci a souvent le dessous, parce qu'il ne peut prendre le temps de démonter tous les contre-sens et toutes les stupidités proférés par l'imbécile. Il y a de cela ici : le reste d'humanité que l'on peut trouver chez l'Homo Occidentalus le dessert pour l'instant plus qu'autre chose.

- Ce qui d'ailleurs explique à la fois pourquoi ceux qui manifestent le font en parlant d'un « autre monde » (tube de l'éternel groupe Téléphone, devenu Portable, puis Smartphone…), donc en dépassant - au moins en paroles - ce côté « je défends ce qui reste de mon bas de laine », et pourquoi ils sont, pour l'instant, aussi peu nombreux : on les soupçonne volontiers de ne pas être aussi désintéressés qu'ils le prétendent et éventuellement le croient. Cercle vicieux de l'absence de confiance, en soi et en les autres. Si je vais défiler, moi, c'est au moins autant pour défendre mon bout de canapé que parce que je crois qu'un autre monde est possible, donc il doit en être de même pour ceux qui défilent, donc c'est un peu la honte de les rejoindre, etc.

Ces remarques et intuitions, que je soumets à votre jugement, n'amènent à aucune conclusion. C'est la réalité qui s'en chargera, comme toujours !






P.S. La fin de mon texte consacré à Alain Zannini et L'enculé me laisse un peu sur ma faim concernant le travail romanesque de MEN dans son dernier livre. J'essaierai d'y revenir, mais mon attention a été attirée par les remarques de Laurent James sur le même sujet, publiées le lendemain de ma note. Je n'ai pas le temps de développer ça aujourd'hui, mais il me semble qu'une fois encore L.J. aborde, sous un autre angle, les mêmes problèmes que votre serviteur. (Ma rapide allusion au concept « post-moderne » était d'ailleurs dans mon esprit une allusion directe à la précédente intervention de Laurent James.) Les distinctions des différentes sortes de chaos ne sont pas éloignées je crois, sous un angle plus général, de mes réflexions sur l'identité du personnage Nabe dans Alain Zannini. Et les dernières phrases :

"Le monde post-moderne repose intégralement sur la crise, c’est son moteur premier. Ce qu’il faut, c’est réinventer une manière d’être seul, retrouver une solitude qui soit à l’opposé de la solitude de l’homme corporellement mêlé à la foule. Etre seul sans soi avec Dieu, et non pas seul avec les autres sans Dieu. La nécessité révolutionnaire, pour moi aujourd’hui, consiste à fuir tout espoir démobilisateur pour, au contraire, retrouver le sens du désespoir mobilisateur.",

si elles méritent réflexion, se trouvent à l'exacte jonction des préoccupations nabiennes, telles qu'il m'a semblé pouvoir les décrire, et du phénomène collectif que j'ai cherché aujourd'hui à expliquer.

Après, il n'y a plus qu'à : qu'est-ce que l'apocalypse, qu'est-ce que la solitude, que vient et que peut faire ma bite là-dedans... Il y a encore de quoi s'amuser !

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samedi 29 janvier 2011

Chiné ça l'autre jour...

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Ach, c'était le dernier qui me manquait, c'est triste une collection qui finit...

Quelques beautés pour le plaisir :

"La publicité est la chose du monde la plus belle, plus belle encore qu'un million de dollars, car elle est ce qu'il y a de beau dans un million de dollars. La publicité est une révélation plus haute que l'art et la philosophie car elle est ce que révèlent l'art et la philosophie. La publicité est la victoire sur les chimères, la nouveauté éternelle, la règle dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation, l'échange maîtrisé, la situation construite. Elle juge de toute chose. Elle est amas de certitude, la gloire de l'univers. La publicité est un fleuve majestueux et fertile. La théorie est la tempête, le Hegelsturm. La théorie doit avoir pour but la publicité."

"Pour certains praticiens des grotesques sciences humaines, le passé est censé expliquer le présent. Ceci n'est que l'aveu masqué de leur impuissance à comprendre le présent. On ne fréquente pas impunément l'université. Le secret de la société moderne n'est pas dans les sociétés archaïques ou les sociétés animales, mais la société la plus moderne est le secret révélé des sociétés archaïques ou animales. De même, le fait que l'animal échange ne signifie pas que l'homme soit bestial, mais au contraire que l'animal est humain. Contrairement à l'idée bien répandue et fausse, le fait que l'homme connaisse l'échange sexué ne signifie pas que l'homme soit bestial, mais bien que l'animal est humain dans ce rapport. Les déterminations qui distinguent l'animal de l'homme sont les déterminations de l'homme lui-même. L'homme est la vérité de l'animal, l'animal vrai. Le genre humain est le genre de tous les animaux. Ainsi l'homme est-il plus animal que l'animal puisqu'il est l'animal vrai, et la publicité est-elle plus universelle que l'univers puisqu'elle est la vérité de l'univers, l'univers vérifié, l'univers fondé, l'univers supprimé.

L'ethnographie ne peut fournir des idées à ceux qui n'en ont pas. Comment des misérables qui ont renoncé à tout espoir de richesse, qui n'ont critiqué dans leur vie aucun des aspects de notre monde trivial et se sont accommodés de tous, pourraient-ils concevoir la richesse. Lorsque la société moderne est incapable de comprendre une société ancienne, c'est simplement qu'elle est elle-même trop archaïque et n'a pas produit un degré suffisant d'abstraction, d'absence, de rareté. L'ethnographie ne peut être que la pierre de touche de la science de la publicité et ne peut en aucun cas fournir le principe de cette science. (...)

Tant que l'on persistera à voir dans le sauvage archaïque un enfant de la nature insouciant et paresseux, qui évite dans toute la mesure du possible de s'employer à une tâche et de se donner du mal, qui attend que lui tombent mûrs dans la bouche des fruits qu'une nature tropicale féconde lui dispense avec générosité, on s'abusera, et on restera incapable de saisir les motifs qui l'inspirent et les buts qu'il poursuit quand il se lance dans une expédition Kula, ou dans toute autre entreprise. Bien au contraire, la vérité est que le sauvage archaïque peut travailler, et en certaines occasions travailler effectivement très dur et de façon systématique, avec endurance et volonté, et qu'il n'attend pas pour le faire d'être contraint par des besoins urgents. Il suffit de lire quelques pages de Malinowski pour saisir immédiatement la grandeur de ces Papous qui se livrent explicitement à la pratique de l'humanité au péril de leur vie, et pour comprendre que le seul mobile de leur travail est - apodicticité du bonheur - le pur plaisir de la suppression du travail, la pratique de l'échange et de la publicité. On ne peut qu'être saisi de respect pour la science de ces sauvages qui connaissent que le travail devient humain quand il est supprimé, que le travail humain est le travail supprimé et que la publicité est le seul travail digne de l'homme. En opposition à la profonde misère du riche moderne, on admire la grandeur du riche chef papou qui dépense en publicité toutes ses ressources." (1975, pp. 46-47 et 52-55)

Le riche moderne en a d'ailleurs quelque intuition, si l'on se fie à son côté de plus en plus « ostentatoire », comme on dit de nos jours, mais il ne comprend pas que cette ostentation est vide de sens dans une société que par la pratique effrénée de l'enculisme il a lui-même contribué à vider de sens. Bien fait pour sa gueule.

C'est une question que je me pose, pas une fin de non-recevoir, j'ai déjà dû évoquer cela quelque part, mais je me demande si le fait que je ne sois pas plus attiré par l'oeuvre de Guénon, alors que je sens son importance et que la plupart des auteurs du XXe siècle qui m'intéressent ont subi de façon plus ou moins directe son influence, est que l'on a du mal à y caser les Sauvages. Maurras écrit sur eux des bêtises aujourd'hui dépassées, mais à la limite, Mauss et Malinowski aidant, on peut les intégrer à ses théories. Avec Guénon cela semble plus difficile - mais si je dis moi-même ici une connerie, nul doute que quelqu'un me corrigera...


Quoi qu'il en soit, on complétera ces brillantes variations sur le thème majeur : "L'humanité est une cérémonie", par cette phrase de Pierre Boutang dans son commentaire du Banquet : "Tout désir est spirituel" (la phrase exacte est : "Le désir, tout désir, est donc spirituel à sa manière" ; Hermann, 1972, p. 137), qui me semble s'appliquer à l'échange - et notamment à l'échange sexué. - A suivre, avec plaisir...


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- En clin d'oeil au Duc de Trèfle, c'était l'occasion ou jamais...



L'humanité est une cérémonie !

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mardi 28 septembre 2010

Vanité bien ordonnée. (Rien de nouveau sous le soleil moderne.)

A propos de Lamartine et de son Histoire des Girondins :

"Dans les Girondins, il y a pour tous les goûts, le Temple pour les royalistes, le Robespierre pour les montagnards, et ainsi pour les autres. Le jour de la publication, les journaux de toutes les couleurs ont eu chacun leur fragment approprié. Quelque temps avant la publication, les aides de camp de Lamartine colportaient déjà des fragments en épreuves pour préparer et chauffer le succès. On avait soin de choisir selon les personnes. Alexis de Saint-Priest appelait cela plaisamment des fragments à domicile."

"La vanité de ce temps-ci a un caractère à elle, qui la distingue de la vanité des époques précédentes : elle se combine avec l'utilité. Autrefois un homme de lettres était vain, il pouvait l'être jusqu'à la folie. Aujourd'hui, tout fou qu'il puisse être, il songe à son gain à travers la vanité. L'autre jour, dans un journal, on annonçait qu'un mariage venait d'unir deux personnages étrangers illustres par leur naissance ; la femme descendait, je ne sais à quel degré, de la reine Marie Leckzinska, et l'homme avait aussi je ne sais quelle descendance [sic ?] ou parenté royale ; puis tout aussitôt on ajoutait : « M. de Balzac était l'un des témoins de ce mariage. » C'est bien, voilà un romancier qui se décrasse, me disais-je ; il a la vanité aristocratique, il va chercher ses rois en Bohème, rien de plus innocent. - Mais, en retournant la feuille du journal, je vis en grosses lettres, aux annonces, la mise en vente de la Comédie humaine de M. de Balzac, etc. Ainsi la nouvelle pompeuse n'était qu'une réclame. Elle poussait à la vente. - O vanité sordide ! c'est bien celle de notre temps."

Sainte-Beuve, Pensées et maximes, Grasset, 1954, pp. 78 et 108.

A la décharge des auteurs ici incriminés, et de beaucoup de leurs successeurs, on notera qu'ils doivent désormais se débrouiller seuls, qu'ils ne sont plus dépendants de, ni entretenus par des protecteurs, des mécènes, et qu'il leur faut bien survivre dans la nouvelle jungle. Ce que Sainte-Beuve d'ailleurs ne peut ignorer. La « pensée » précédant immédiatement celle-ci, d'ordre plus général, l'implique :

"Il peut se faire de grandes choses de nos jours, de grandes découvertes par exemple, de grandes entreprises ; mais cela ne donne pas à notre époque de la grandeur. La grandeur est surtout dans le point de départ, dans le mobile, dans la pensée. En 89 on faisait tout pour la patrie et pour l'humanité ; sous l'Empire on faisait tout pour la gloire : c'étaient là des sources de grandeur. De nos jours, même quand les résultats semblent grands, ils ne se produisent que dans une vue d'intérêt, et ils se rattachent à une spéculation. C'est là le cachet de notre temps."

Tout en souscrivant pleinement à ces propos, qui n'ont pas pris une ride, ce qui montre une n-ème fois que la modernité est toujours égale à elle-même depuis 89 (la « patrie » et « l'humanité » (je laisse de côté l'Empire) ayant d'ailleurs été des chevaux de Troie de la modernité capitaliste : peut-être que « faire tout » pour un seul but, même louable, est surtout pour une société un bon moyen de se faire couillonner), on se permettra de trouver Sainte-Beuve un rien cruel vis-à-vis de ces deux auteurs. Oublions Lamartine, que nous connaissons trop mal, restons à Balzac, et retournons l'argument de celui que Maurras appelait le « prince de la critique » : Balzac visait bien la gloire - et l'a atteinte. Certes il était impur ("le romancier qui savait le mieux la corruption de son temps, et il était même homme à y ajouter", note ailleurs (p. 99), de façon au moins elliptique, Sainte-Beuve), mais quel écrivain de la modernité, s'il n'est pas rentier, n'est pas obligé d'être impur ? Les auteurs classiques, s'ils étaient dans une période où ils étaient sûrs de leurs protecteurs, avaient beau jeu d'être purs quant à l'argent, de ne pas y penser tous les jours. C'est ainsi qu'un fonctionnaire fera la leçon au petit commerçant sur son avidité. On pourrait même, dans le cas de Balzac, aller jusqu'à estimer qu'en contractant dès le début de sa carrière d'importantes dettes, il s'était mis dans une situation de retrouver, par le bas, une forme de pureté : il s'obligeait à écrire toute sa vie, à ne plus faire que ça, à devenir une sorte d'ascète de l'écriture. A impureté, impureté et demi...

- A la décharge de Sainte-Beuve maintenant, on admettra sans peine qu'à sa place nous aurions réagi, devant la manoeuvre commerciale de Balzac (qui, soit dit en passant, et comme celle de Lamartine, suggère que les techniques publicitaires de base ont été inventées très vite, que dans ce domaine aussi il n'y a pas grand chose de nouveau sous le soleil...), avec le même dégoût et la même exaspération. Et que ces sentiments sont nécessaires pour ne pas tomber, à terme, dans le cynisme et l'indifférence.

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dimanche 20 juin 2010

"A 33 ans..."

"La culture adolescente, il y a encore cinquante ans, témoignait d'une extraordinaire gravité. A 33 ans, Malraux avait déjà écrit Les Conquérants, La Voie royale et La Condition humaine. A 27 ans, Camus avait rédigé L'Étranger, Noces, Caligula et Le Mythe de Sisyphe. Au même âge, aujourd'hui, les écrivains nous [font chier avec] leurs problèmes sentimentaux et affectifs."

L'exemple de Malraux est plus probant, étant donné certains aspects déjà ados de l'oeuvre de Camus, mais il est vrai que l'on a tendance à oublier, surtout pour le premier, qu'ils ont été jeunes un jour.

Cette remarque est issue d'une interview de Paul Yonnet. Dans la mesure où, depuis que j'ai découvert son Recul de la mort, je ne l'ai jamais présenté avec toute la clarté requise, dans la mesure où est il est bien possible que j'y revienne dans les semaines à venir, je vous renvoie à cette présentation synthétique, trop rapide sur certains points, c'est inévitable, mais claire.


Je profite de l'occasion pour remercier chaleureusement le maître d'avoir mis un lien vers cette cette mise en ligne, avec modifications, de mon texte antique sur Benjamin Constant. On trouve de ces choses, sur le Net...


Bon dimanche à tous, que saint Anelka, comédien et martyr, vous protège !

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mercredi 10 mars 2010

Éléments de compréhension.

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Dans le dernier numéro (134) de la revue Éléments, paru il y a déjà quelque temps, vous pouvez trouver une interview de votre tenancier préféré, réalisée par un de mes plus vieux habitués, un alcoolique pur et dur, en l'occurrence l'excellent M. Cinéma, lequel a pour l'occasion rédigé un « chapeau » dont la lecture m'a fait rougir de plaisir, mais que je rougirais encore plus, et cette fois de honte, à l'idée de le reproduire, tant il est indulgent à mon égard.

Ayant laissé passer quelques semaines depuis la parution de ce numéro - principalement consacré à l'épineuse question : "L'animal est-il un être humain ?", et par ailleurs, comme à l'accoutumée, foisonnant d'informations -, je reproduis ci-après cette interview, qui n'apprendra sans doute pas grand-chose à mes piliers de comptoir, mais qui peut-être permet de mieux comprendre certaines de mes évolutions. Je ne modifie pas un iota à ce qui a été publié, même si nous avons dû couper certaines nuances et certains exemples pour les besoins de la publication (je rétablis en revanche les interlignes entre les différents paragraphes). Je ne ferai ensuite que quelques très brefs commentaires :

" - Dans votre étude critique de la modernité, quels maîtres conservez-vous et lesquels avez-vous fini par remettre en question ?

Un bref récapitulatif peut faire comprendre la portée de cette question. Lorsque j'ai ouvert mon café, dans un monde post-11 septembre 2001 très marqué en France par le communautarisme, notamment sioniste, alors extrêmement "décomplexé", je partais en guerre sous la double bannière de ma formation d'extrême-gauche - quelque part entre Deleuze et Debord, pour le dire vite - et du choc de ma lecture récente des livres de Jean-Pierre Voyer, dont l'audace de ton et la proximité de ses thèses avec ce que je pouvais ressentir dans ma vie quotidienne ont été des appels d'air frais qui m'ont sorti, selon la formule consacrée, de mon sommeil dogmatique. Tout simplement, la vie d'un français moyen, vous, moi, est mieux décrite par J.-P. Voyer que par Debord. Passées les premières "gueulantes" poussées sur mon site, je me suis efforcé de mieux comprendre pourquoi la lecture de livres comme Hécatombe ou le Rapport sur l'état des illusions dans notre parti m'avait fait un tel effet. En commençant à lire les auteurs recommandés par J.-P. Voyer - Marshall Sahlins, Vincent Descombes, Durkheim... -, puis, de fil en aiguille, d'autres - Louis Dumont, Joseph de Maistre, mais aussi des figures réputées plus « centristes » comme M. Gauchet ou P. Yonnet, j'ai élargi peu à peu mes perspectives. Ceci sans bien sûr oublier les regards d'artistes comme Baudelaire, Bloy, Musil, ou, de nos jours, quelqu'un comme M.-É. Nabe.

Tout cela n'a pu que m'éloigner petit à petit d'auteurs classés très à gauche, tels Alain Badiou ou Alain Brossat, nettement plus présents sur mon site il y a quatre ans qu'aujourd'hui, et même de Castoriadis, dont néanmoins les thèses sur l'auto-institution de la société ou sur l'autodestruction du capitalisme me semblent toujours très importantes.

Mais même si je dois parfois donner l'impression au lecteur de « pencher de plus en plus à droite », je crois qu'il ne faut pas raisonner trop en ces termes. Non qu'il n'y ait pas de réelle différence entre la gauche et la droite, je crois au contraire qu'il y en a toujours, mais parce que ces différences me paraissent moins importantes, pour ce qui est des idéologies, qu'entre les auteurs qui acceptent tout de la modernité, qui croient vraiment qu'avant la Révolution française l'histoire de l'humanité se résume à une succession de sordides dictatures intolérantes, et ceux qui essaient de soupeser autant que faire se peut ce que nous avons gagné et perdu dans l'histoire.

Et il est bien clair, de ce point de vue, que les auteurs dits de gauche souffrent en général d'une certaine cécité volontaire : même lorsqu'ils font référence à des gens comme Benjamin ou Arendt, assez « irréprochables » pour avoir le droit d'écrire sur la modernité le même genre de critiques que par contre on reproche à Maistre ou René Guénon, on a l'impression qu'ils ne retiennent de ces critiques « antimodernes » que le minimum, jusqu'à les édulcorer. (Et pourtant, à certains égards, Arendt est plus conservatrice que Maistre !) D'une autre génération, un Jean-Claude Michéa n'échappe pas totalement à cette critique. Mais il fait heureusement porter l'attention sur les premiers socialistes, pour qui la notion de communauté ne se dissout pas encore, comme chez le Marx de la maturité, dans une pure et simple addition d'« individualités ».

Aussi aimerais-je approfondir ces auteurs, tout en continuant à dérouler certains fils sur lesquels j'ai commencé à tirer en lisant des auteurs "catholiques paradoxaux" - mais un catholique n'est-il pas toujours paradoxal ? - comme Chesterton, qui assimilait tradition et démocratie, ou Boutang, dont le royalisme se nourrissait de Proudhon ou Sorel.

- Quels seront vos prochaines livraisons ?

Je fais comme M. Eric "traître en chef" Besson, je cherche à comprendre ce qu'est l'identité nationale française. A ceci près que je ne crois pas que l'expression « identité nationale » signifie grand-chose, ni actuellement, ni d'un point de vue logique. Une nation en acte fonctionne certes grâce à des valeurs communes - et on peut très bien en discuter publiquement -, mais elle crée son identité, ou plutôt ses identités, souvent conflictuelles, en avançant, et sans qu'il soit nécessairement souhaitable de trop réfléchir à ce qu'elle fait. Mieux vaut sans doute ne pas essayer d'avoir une définition trop stricte du régime républicain et de ses buts, un flou artistique permet mieux à diverses sensibilités de s'y retrouver. Toutes généralités qui me semblent particulièrement vraies pour la France. Ceci n'empêchant pas de se demander à quel point un concept comme celui de nation peut encore être viable dans le monde d'aujourd'hui. Il y au moins des raisons d'en douter.

Si la question se résumait à lutter contre le capitalisme financier, la réponse serait assez simple : l'État-nation peut reprendre les prérogatives qu'il a lui-même abandonnées. Ce serait difficile, il y faudrait une pression populaire forte dans de nombreux pays à la fois, mais cela n'aurait rien d'impossible. C'est en gros le schéma d'un Alain Soral. Mais si, dans la lignée d'un François Fourquet, on croit à la quasi-identité de l'État moderne, donc l'État contemporain du développement des nations, et du capitalisme ; si, d'autre part, on constate à quel point l'individualisme - éventuellement "familial", autour de la famille nucléaire, comme chez Paul Yonnet - dévore tout sur son passage, on sera plus dubitatif, d'une part sur l'avenir des nations, qui sont ou étaient des concentrés particuliers d'individualisme et de holisme, pour reprendre la terminologie de Dumont, d'autre part sur les éventuelles idées à apporter pour que la disparition éventuelle de ces nations ne débouche pas sur le chaos le plus complet. Le pire n'étant, faut-il le rappeler, jamais sûr.

Ce qui est éternel, ce n'est pas le capitalisme, ce n'est pas non plus le marché au sens que l'on donne actuellement à ce terme, ce sont ce qu'avec Braudel on peut appeler les « jeux de l'échange ». De l'État-Nation P. Chaunu dit que "nous n'avons rien à mettre à sa place" : et pourtant, si nous changeons de « jeux », cet État ne peut qu'en être fortement affecté.

C'est donc sur sa signification qu'il me semble important de réfléchir : son rôle dans la naissance et le développement du capitalisme, dans la naissance et le développement des nations, sa fonction d'incarnation et de représentation du peuple, ceci sur fond d'individualisme toujours croissant... On doit se situer entre l'enquête historique, la philosophie politique, l'ethnologie de nos contemporains, telle que Dumont l'estimait pratiquée par Tocqueville, et qu'il m'arrive de la retrouver chez P. Muray ou M.-É. Nabe : cela fait beaucoup de choses à la fois, mais si l'un de ces piliers manque, tout l'édifice, fût-il encore à construire, risque fort de s'écrouler, et nous en-dessous."


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Cet entretien ayant lui-même été réalisé il y a plusieurs mois, vous avez pu constater par vous-même que si j'ai un peu avancé du côté de Boutang - et Maurras -, mon beau programme d'évaluation précise du rôle de l'État est pour l'heure resté lettre morte. Les investigations historiques - de même que proprement philosophiques - sont devenues comme mes parents pauvres, j'y reviendrai.

J'ajouterai simplement aujourd'hui que rédiger ces réponses m'a permis de comprendre une autre évolution : passés les premiers tâtonnements, j'ai trouvé une première direction générale en cherchant à étudier les différences entre tradition et modernité. Cela m'occupe évidemment toujours, « et que c'est pas fini », mais il faut de toute évidence s'occuper aussi de ce qui peut être commun à ces deux époques de l'histoire de l'humanité, surtout si nous espérons que certains enseignements de la tradition seraient susceptibles de nous aider à ne pas sombrer dans l'anarchie complète... On doit essayer de voir si les types anthropologiques modernes peuvent comprendre et accepter ces enseignements, même en les adaptant.

Bonne journée à tous !


Minette1

L'animal est-il un être humain...

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mardi 24 novembre 2009

Gauchistes, encore un effort, par pitié... (II)

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Our hero !


J'ai écrit je ne sais plus où que la fonction historique de Nicolas Sarkozy serait peut-être de permettre aux Français de refaire (un peu de) leur unité contre lui, en leur faisant prendre conscience, non de leur identité nationale, mais de leurs valeurs, valeurs incompatibles avec les siennes (pour autant qu'il en ait : je vous avais écrit tout un sermon sur ce thème il y a bientôt un an, n'hésitez pas à le relire, il tient délicieusement le coup). Il me semble qu'il est déjà en train de réussir à réconcilier de Gaulle et Le Pen, ce qui, même si le temps a passé depuis les accords d'Évian, n'est pas un mince exploit. Éric Besson et la lumpen-racaille ont beau faire, les gens de droite voient bien que le bougne est problème second, pas premier. Pour le dire en reprenant les termes de P. Yonnet, ce qui compte est la nation en acte, pas une identité factice. Ou, très prosaïquement : on peut penser et dire du mal des immigrés, on préfère tout de même un sympathique et compétent plombier rebeu (et ceux qui croient que je prends les plombiers de haut feraient bien d'ausculter leur propre subconscient) à un politicien qui pontifie sur la France tout en essayant de vous prendre par tous les trous.

Ach, si seulement la gauche... Il y a trois ans je m'étais ému du peu de compréhension par les auteurs de gauche des notions de communauté et de holisme. Soit dit en passant, je n'avais alors pas lu Michéa (sauf peut-être Impasse Adam Smith), qui fournit sur ce point d'intéressants outils d'analyse. Quoi qu'il en soit, je pourrais vous faire le même numéro sur ce thème : cela a beau faire des dizaines d'années qu'un juif marxiste de gauche (merde, ça en fait des certificats de bonne conduite !), en l'occurrence l'excellent Gunther Anders, les a prévenus qu'il était devenu plus important que tout d'être conservateur, pour, dans un premier temps, préserver ce qui peut encore l'être, s'ils l'évoquent avec révérence, c'est pour oublier tout aussitôt ce sage conseil - ou s'offusquer si ce même conseil provient d'un goy non marxiste pas toujours de gauche.

L'erreur est pourtant ici à peu près la même que celle des gens de droite qui voient dans le krouia la source de tous leurs maux : il s'agit de faire porter trop de choses, positives ou négatives, sur les épaules de l'étranger, de l'immigré, du sans-papier. De même que les problèmes d'immigration sont seconds par rapport à la question du pouvoir politique de la France, la souffrance du sans-papier, pour réelle qu'elle soit, ne doit venir qu'en second, dans l'esprit d'un Français, par rapport à la souffrance de ses compatriotes - et là encore, ceux qui croient que lorsque j'écris « en second » je pense « on s'en fout » feraient mieux de réviser leur concept de hiérarchie - je ne prêche pas du tout l'indifférence, je rappelle ce qui me semble un ordre de priorités. Pour enfoncer le clou : un sans-papier malien peut être humainement plus intéressant qu'un gros con de Français, et il y en a !, mais si l'on ne veut s'occuper que de la souffrance du premier et pas de celle du second, fût-il un chômeur alcoolo xénophobe, il n'y a alors qu'une attitude cohérente : renoncer pour soi-même à tous les avantages que l'État(-Nation) peut offrir - et il y en a ! Si l'on accepte un tant soit peu l'idée de nation, on est bien obligé, en tout cas on devrait se sentir obligé d'être solidaire de ses compatriotes, tout difficile que cela puisse parfois être. Cela n'implique aucune renonciation à aucun idéal d'universalité que ce soit.

- Ce modeste rappel de priorités logiques n'empêche donc pas, il s'en faut, de « soutenir » autant les immigrés que French Popu. On peut très légitimement considérer que le mieux serait que la situation s'améliore aussi bien « ici » qu'« ailleurs » (Heil Godard !). Mais là encore, il faut être précis : si les politiques des pays occidentaux contribuent à maintenir une certaine partie du monde dans la misère, et donc à encourager les flux migratoires (qui ceci dit ne concernent pas nécessairement les plus pauvres), il est abusif d'accuser de tous les crimes le Français moyen qui trime pour nourrir sa famille, et cela reste abusif même s'il proclame se foutre du tiers-monde comme de sa première carte de France (pour ceux qui comprennent la métaphore).

En résumé :


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il est grand temps que D. Gluckstein et G. Schivardi enculent Besancenot un bon coup (ils peuvent y aller à sec, c'est déjà bien ouvert, Sarko a dégagé la voie) ; ceci fait, qu'ils aillent boire un verre au Wepler


Terrace-Of-Cafe-Wepler-Place-Clichy-Paris


avec Villepin et Le Pen - et, tant qu'à faire, moi-même, je serais heureux d'entendre, la bouche pleine de joue de boeuf au Riesling mais l'esprit attentif, ce qui pourrait alors se dire.

- Et certes de l'eau risque de couler sous les ponts d'ici là. Quel est donc le statut de tout ce discours ? J'affirme mais ne prouve guère. Prends-je pour autant mes désirs pour des réalités ? Je crois trop bien connaître les capacités d'inertie de mes compatriotes pour me bercer d'espoirs illusoires. Reste un certain air du temps, que j'espère flairer à peu près bien. Et quelques références, que je vous donne pour finir :

- le dernier papier d'Alain Soral, où sont évoqués les rapports entre de Gaulle et la droite nationale ;

- un texte parmi d'autres de ce site irrégulier mais si réjouissant parfois, L'Organe ;

- à gauche, l'excellente réaction de Jacques Sapir à cet amusant projet - vous avez voulu Sarko, vous l'avez eu - visant à rendre les élèves de Terminale scientifique encore plus abrutis qu'avant. Vous ne manquerez pas de noter que J. Sapir ne diabolise pas plus que bibi les questions sur la nation, se contentant d'émettre quelques réserves sur M. Éric Besson. C'est bien le moins. Heureusement, la justice veille !


chainsawhooker


Et elle n'est pas contente !

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samedi 26 septembre 2009

J'aime le monde.

technoparadezk6


Le vrai, pas le journal, même si le premier contient, entre autres nombreux désagréments, la Techno Parade, et même si le second nous livre à ce sujet un réjouissant récit :


"Des bandes organisées de jeunes ont violemment perturbé la Techno-parade.


La fête a été gâchée. Samedi 19 septembre, la Techno-parade, rendez-vous des amateurs de musique électronique, a dû se disperser dans les rues de Paris une heure avant la fin prévue par les organisateurs. En queue du cortège qui a rassemblée 400 000 personnes, 100 000 selon la préfecture, des bandes de jeunes ont agressé les participants. Une grande discrétion a entouré ces incidents. Or, des policiers présents disent avoir été marqués par le caractère très organisé des violences commises.

En 2007 et en 2008, la Techno-parade, comme d'autres évènements festifs, avait déjà été la cible de bandes violentes. Cette fois, la police, tous services confondus, a procédé à 95 interpellations, soit quatre fois plus que l'année précédente. Mais surtout, les perturbateurs semblaient répondre à une tactique précise. "A partir du pont de Sully, des bandes organisées s'en sont pris aux gens, déplore Sophie Bernard, directrice de Technopole, l'association qui gère la manifestation. En accord avec la préfecture, nous avons donc pris la décision d'écourter."

Parmi ces perturbateurs, beaucoup de jeunes Noirs portaient un signe distinctif, une casquette blanche, une capuche ou un vêtement de couleur blanche. Ils sont visibles sur les vidéos amateurs qui circulent sur You Tube, récupérées et exploitées depuis par des sites d'extrême-droite. Ces images, prises notamment au pont de Sully, puis à partir des marches de l'Opéra Bastille, montrent des individus, souvent coiffés de casquettes blanches, s'immiscer violemment dans le cortège, frapper les participants et refluer au pas de course. Les rapports transmis à la hiérarchie policière n'insistent pas sur la présence d'un signe de reconnaissance entre agresseurs. Mais plusieurs policiers assurent avoir été confrontés à des jeunes qui agissaient en "groupes structurés, avec un chef qui désignait les objectifs".

"Cette année, c'était flagrant, ils étaient par groupes de 30 ou 40 en formation serrée", témoigne Lionel Azoulay, responsable de la société Blocks qui assure la sécurité des chars de la Techno-parade depuis son origine, en 1998. Il était sur place avec ses 180 agents de sécurité porteurs de T-shirt orange, qui se sont parfois affrontés aux jeunes. "Certains criaient 9-3 ! 9-3 !, d'autres 9-4 !, 9-4 ! et ils ne se sont pas tapés entre eux", poursuit M. Azoulay.

"PAS DE DÉGÂTS"

"Ils ont effectivement crié des numéros de département comme un signe de ralliement mais je ne pense pas qu'il y avait une organisation, nuance Jean-François Demarais, directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police. Ce n'était pas des casseurs au sens classique, il n'y a d'ailleurs pas eu de dégâts sur le parcours ; plutôt des jeunes venus faire de la « dépouille »." Parmi eux, quelques uns "avaient des sacs en plastique avec dix téléphones portables à l'intérieur".

Existerait-il une bande organisée qui se reconnaîtrait par un signe distinctif blanc ? Du côté de la SDIG (les anciens renseignements généraux), on indique travailler effectivement sur des "signes de reconnaissance" dans les bandes, "comme deux doigts tendus en forme de pistolet, mais pas encore sur une couleur blanche". L'association Technopole, qui s'apprête à communiquer sur ces violences, devrait bientôt rencontrer la préfecture de police." (Isabelle Mandraud)


"La fête a été gâchée...", quel pied ! Remarques en vrac au fil du texte :

- "Une grande discrétion a entouré ces incidents." : pourquoi ? Pour ne pas attiser de haines raciales, par peur que les jeunes n'osent plus aller dans de tels défilés de perdition, ou parce que c'est vraiment la honte ?

- "...les vidéos amateurs qui circulent sur You Tube, récupérées et exploitées depuis par des sites d'extrême-droite" : méfions-nous des raccourcis du Monde concernant l'extrême-droite, mais les sites dits identitaires sont effectivement friands de ce genre d'images. Malheureusement, pour eux comme pour nous, les jeunes « issus de l'immigration », aussi cons que les blancs, sont nombreux dans ce genre de manifestations


techno-parade-foule


, et c'est bien regrettable. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous, ils ont dû aussi se faire casser la gueule. Il est en tous cas amusant de voir des sites qui râlent sur la décadence française s'offusquer de ce que des Français (eh oui !) viennent perturber une telle manifestation de décadence ;

- "Ils ne se sont pas tapés entre eux..." : pas si cons, tout de même... bel aveu ceci dit, tant qu'ils se "tapent entre eux", tout le monde s'en fout. Ce qui il est vrai n'est pas anormal, car en de telles occasions ils se révèlent tout de même assez cons ;

- la « dépouille », "des sacs en plastique avec dix téléphones portables à l'intérieur" - bien que Le Monde ne soit pas très clair sur le sujet, c'est évidemment la fausse note dans cette histoire. Si, cette fois-ci, il n'y a pas lieu d'être choqué par le côté « meute » - la Technoparade est elle-même une meute, de bien plus grande importance, et ceux qui sont si contents d'y participer en nombre n'ont qu'à se défendre ; et puis, si on veut prendre le pouvoir dans la rue, il faut l'assumer, et affronter ceux qui ne sont pas d'accord... -, on peut regretter ces vols, qui font un peu tache, même s'ils ne semblent pas être la motivation première des combattants du 9-3 et du 9-4 ;

- un peu de politique pour finir : la « racaille » fait ici le boulot que devraient faire les prolos « classiques ». Je sais bien qu'il n'y en a plus beaucoup à Paris et qu'ils ont d'autres chats à fouetter, mais ils devraient comprendre que le monde qui quotidiennement les encule est le même que celui de la Technoparade, et qu'une bonne leçon de choses et de luttes des classes ne fait de mal à personne, surtout pas à la racaille - la vraie, sans guillemets - qui aime à défiler de la sorte (et à s'enfiler le soir, mais passons). J'y pensais au sujet des séquestrations de patrons : Popu est trop gentil en ce moment, Popu fait trop dans le symbole inoffensif - ce qui ne lui évite ni de se faire engueuler ni de se faire niquer -, Popu a du mal à assumer le fait qu'il peut ne pas être sympathique, qu'il n'est pas obligé d'être sympathique - ce qui n'est pas franchement le problème des jeunes du 9-3... Je ne suis pas en train de réclamer que les ouvriers lynchent leurs patrons : simplement, tant qu'ils n'oseront pas gêner vraiment, il n'y a pas de raisons que les riches se gênent, eux ;

- pas de femme nue ou déshabillée pour conclure (vous allez finir par ne venir ici que pour ça), mais le mot de la fin, par un ami de 93 ans - « 9-3 » ans, oui -, facho et antisémite comme il n'est pas permis, à qui je montrais hier cet article, me demandant ce qu'il en penserait. Après quelques instant de réflexion, il conclut sagement : "Heureusement, en France, nous avons toujours eu de très bonnes troupes coloniales."


Q2001231

- ce qui laisse Max Roach perplexe... (Photo piquée chez Tom, comme d'habitude.)

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