samedi 2 avril 2011

"Cela je l'affirme, comme le disait l’astrophysicien russe Tsiolkovsky, 1 + 1 = 2..."

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(Photo piquée à L'Organe.)


"And you know something is happening here, but you don't know what it is..."

Moi aussi je peux mettre des citations en anglais pour démarrer mes articles, ça fait cool. - Bref, dans la série les trous du cul ont la peau dure, que ceux qui avaient eu la chance de ne pas s'en rendre compte le sachent : après avoir fermé sa grande gueule durant quelques années, pour s'être trompé avec autant de constance que de véhémence dans l'inénarrable American Black Box, Maurice Dantec est de retour, et il est toujours aussi pénible.

Si vous avez du temps à perdre, vous pouvez lire ce texte sans queue ni tête, publié sur un site lui-même déprimant.

(quelle merde, ce Ring, tout ce que je déteste ou presque, les petits merdeux de droite même pas méchants et qui se croient drôles, avec le prétentieux salonnard Bilger pour caution « adulte », quelle pitié.

Avec l'âge on se rend compte qu'il est souvent plus aisé de parler avec un homme de droite qu'un homme de gauche, que le premier peut être plus ouvert à la discussion que le second, qui finit bien souvent par employer un argument d'autorité. Mais ce qui est vrai dans une conversation libre, sans témoins, ne vaut pas quand les droitards se retrouvent entre eux : on a l'impression que c'est alors à qui sera le con de droite le plus authentique.
)

Pour ceux qui veulent s'épargner ce pénible détour, voici quelques extraits et commentaires, qui ne feront que prouver que ma longue analyse de 2007 sur ce triste sire, si elle me semble, avec le recul, un peu lourde, visait parfaitement juste. En gros : Dantec est un charlatan. En détail, et sur son dernier texte : instruit par l'expérience et le ridicule d'avoir eu tort sur des points où il claironnait si fort, et avec tant d'agressivité, ses certitudes, il devient un peu plus prudent. Et ce qui motive cette réaction de ma part, je le précise, ce n'est pas le peu d'intérêt de l'oeuvre polémique de M. G. Dantec, mais les techniques rhétoriques qu'il utilise pour embrouiller son lecteur, techniques qu'il est toujours bon de signaler, tant on peut les retrouver ailleurs.

Ma thèse d'ensemble est simple : M. G. Dantec est le M. Defensa du pauvre. Là où celui-ci dépeint avec autant de justesse qu'il lui est possible la confusion actuelle du monde, celui-là croit pouvoir s'autoriser de cette confusion pour être confus - tout en sous-entendant qu'il est le seul à avoir tout compris.

Pour cela, autant prendre un concept vague, non défini, dont l'allure provocatrice et paradoxale est censée permettre de se prémunir contre les critiques trop précises : ainsi des « Chinois » qui se révoltent actuellement, au Maghreb et ailleurs. Un peu de métaphore, un peu de métaphysique marxisante, l'espoir qu'avec un peu de chance les Chinois de Chine se rebelleront aussi bientôt et viendront donner, rétrospectivement, un aspect prophétique à ce qui pour l'heure ne veut pas dire grand-chose, et permet surtout de mettre dans le même sac Tunisiens, Égyptiens, Libyens, Gazaouis, Syriens, etc., sans prendre trop la peine d'étudier les différences entre ces peuples -

voilà le procédé principal utilisé par M. Dantec pour pouvoir énoncer des généralités sans grand intérêt, qui se résument finalement à cette idée plutôt simple : « on ne sait pas trop ce que tout ça va donner ». Quelques tours de passe-passe stylistiques doivent aider à emballer l'affaire :

- la supposition gratuite, ça ne mange pas de pain :

"Cela je l’affirme, mais je ne suis pas un prosélyte d’occasion, les Chinois ont été le berceau de l’Islam, mais comme disait l’astrophysicien russe Tsiolkovsky, « qui a dit que l’Homme était fait pour rester au berceau ?». Un jour, les Chinois eux-mêmes convoqueront son nécessaire dépassement, et pour ce qui le concerne, une remise en question fondamentale des préceptes fondateurs du Coran, une analyse froide et objective d’où ce mixage improbable d’hérésies diverses les a conduits durant plus d’un millénaire, alors qu’ils le démontrent chaque jour depuis qu’ils ont décidé d’abattre leurs tyrans : ils sont probablement un des plus grands peuples du monde. S’ils étaient restés, ou devenus chrétiens, une Grande Europe unie et circumméditerranéenne existerait depuis le Moyen-âge, le berceau mésopotamien de la civilisation écrite intégré à la tête chercheuse technique des Celtes et des Germains gréco-romanisés."

Si mon père était ma mère... Ceci dit, pour qui a lu American Black Box, il est assez piquant de voir maintenant M. Dantec parler des musulmans, fussent-ils « Chinois », comme "probablement un des plus grands peuples du monde".

- la phrase qui ne veut rien dire mais qui en jette :

"Après s’en être pris à des employés de bureau hautement verticalisés [le 11 septembre], puis à des touristes parfaitement horizontalisés d’une discothèque balinaise…" ; notons au passage pour les curieux que la suite de cette phrase dénote une conception pour le moins laxiste de la grammaire. Mais Maurice Dantec est un grand écrivain, donc il doit avoir le droit de mal écrire.

- la polémique imprécise :

"Vous devez continuer d’être sacrifiés, en toute bonne conscience, pour les antisémitismes de tinettes jazzophiles et les ténias réconciliateurs-égalitaires…", un coup pour Nabe, un coup pour Soral, mis dans le même sac justement sur un point où ils ne sont pas d'accord, vraiment pas de chance.

- et bien sûr, c'est de bonne guerre, la précaution rhétorique à l'aide de laquelle on espère se prémunir contre les critiques :

"Les événements survenus ces tous [sic] derniers jours sembleraient vouloir contredire entièrement ce que je viens d’affirmer."

Ce qui ressemble plus à un aveu qu'autre chose.


Je m'arrête là, ça ne vaut pas plus d'efforts - d'autant que je dois avouer qu'un doute me taraude : et si c'était un gag ? Ce texte aurait paru le 1er avril, je me serais posé de sérieuses questions. C'est la spécificité de M. Dantec, finalement, ce en quoi il est bien de son époque : il est aussi grotesque que le serait sa parodie par un pasticheur malveillant.



Profitons maintenant d'avoir pris le temps de rouvrir ce comptoir, pour vous offrir une consommation d'un autre niveau. Je remets toujours au lendemain le début de la rédaction d'un texte sur Simone Weil, dont l'oeuvre me fascine mais me rend, pour ce qui est de l'analyser, aussi timide qu'un puceau devant les formes de Catherine Zeta-Jones. Sans doute cela vient-il de son intransigeance qui, si elle n'interdit pas la critique, vous pousse à ne pas vous lancer, même dans le plus simple compte-rendu de ses textes, sans avoir fait l'effort de vous hisser, sinon certes au même niveau qu'elle, du moins au-delà de vous-même ; ce n'est, par définition, pas aisé.

Cela heureusement n'empêche pas de lui laisser la parole, ni même, sans prétention, de croire retrouver au détour d'un de ses Cahiers une tension entre Durkheim et Musil à laquelle on est personnellement sensible :

"Destruction d'une cité, d'un peuple, d'une civilisation : quelle action mieux que celle-là donne à l'homme la fausse divinité ? Déjà tuer un homme, son semblable, l'élève [l'homme qui tue, pas l'homme tué] en imagination au-dessus de la mort. Mais tuer du social, ce social qui est au-dessus de nous, que nous ne pouvons jamais comprendre, qui nous contraint dans ce qui est presque le plus intérieur de nous-mêmes, qui imite le religieux au point de s'y confondre sauf discernement surnaturel."

Deux autres ?

"L'essence de Dieu n'est pas sujet, ni objet, mais pensée."

"La joie est le sentiment de la réalité." - Ou pourquoi Dantec est triste...

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jeudi 10 février 2011

Toujours à la bourre...

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...mais de plus en plus riche, ça fait du bien, je m'en voudrais de ne pas vous signaler en passant ce morceau d'anthologie de matérialisme droitard :

"En France, les tartuffes politiques ont applaudi la chute d’une dictature qu’ils fréquentaient assidûment peu auparavant, à commencer par ceux qui voulaient cacher que le RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti du président déchu était membre de l’Internationale socialiste.

Tous ont oublié qu’en 1987, l’accession au pouvoir du général Ben Ali avait été unanimement saluée comme une avancée démocratique, que sous sa ferme direction, la subversion islamiste avait été jugulée, que la Tunisie était devenue un pays moderne dont la crédibilité permettait un accès au marché financier international. Attirant capitaux et industries, le pays avait à ce point progressé que 80% des Tunisiens étaient devenus propriétaires de leur logement. Ce pôle de stabilité et de tolérance dans un univers musulman souvent chaotique voyait venir à lui des millions de touristes recherchant un exotisme tempéré par une grande modernité. Des milliers de patients venaient s’y faire opérer à des coûts inférieurs et pour une même qualité de soins qu’en Europe. Dans ce pays qui consacrait plus de 8% de son PIB à l’éducation, la jeunesse était scolarisée à 100%, le taux d’alphabétisation était de plus de 75%, les femmes étaient libres et ne portaient pas le voile ; quant à la démographie, avec un taux de croissance de 1,02%, elle avait atteint un quasi niveau européen. 20% du PIB national était investi dans le social et plus de 90% de la population bénéficiait d’une couverture médicale. Autant de réussites quasiment uniques dans le monde arabo-musulman, réussites d’autant plus remarquables qu’à la différence de l’Algérie et de la Libye, ses deux voisines, la Tunisie ne dispose que de faibles ressources naturelles.

- Tartuffe toi-même ! Ce n'est pas « d'autant plus remarquable », c'est justement un facteur explicatif : les pays d'Afrique qui se « développent » avec le moins d'accrocs sont souvent ceux qui ne débordent pas de ressources naturelles, qui ne font pas d'envieux.

Les Tunisiens étaient donc des privilégiés auxquels ne manquait qu’une liberté politique généralement inexistante dans le monde arabo-musulman. Ils se sont donc offert le luxe d’une révolution en ne voyant pas qu’ils se tiraient une balle dans le pied. Leur euphorie risque d’ailleurs d’être de courte durée car le pays va devoir faire le bilan d’évènements ayant provoqué des pertes qui s’élevaient déjà à plus de 2 milliards d’euros à la mi-janvier et qui représentaient alors 4% du PIB. La Tunisie va donc sortir de l’épreuve durablement affaiblie, à l’image du secteur touristique qui recevait annuellement plus de 7 millions de visiteurs et qui est aujourd’hui totalement sinistré, ses 350 000 employés ayant rejoint les 13,2% de chômeurs que comptait le pays en décembre 2010.

- On avait cru comprendre que c'était le paradis, d'où viennent ces chômeurs ?

Pour le moment, les Tunisiens ont l’illusion d’être libres. Les plus naïfs croient même que la démocratie va résoudre tous leurs maux, que la corruption va disparaître, que le chômage des jeunes va être résorbé, tandis que les droits de la femme seront sauvegardés… Quand ils constateront qu’ils ont scié la branche sur laquelle ils étaient en définitive relativement confortablement assis, leur réveil sera immanquablement douloureux. Déjà, dans les mosquées, les prêches radicaux ont recommencé et ils visent directement le Code de statut personnel (CSP), ce statut des femmes unique dans le monde musulman. Imposé par Bourguiba en 1956, puis renforcé par Ben Ali en 1993, il fait en effet des femmes tunisiennes les totales égales des hommes. Désormais menacée, la laïcité va peu à peu, mais directement être remise en cause par les islamistes et la Tunisie sera donc, tôt ou tard, placée devant un choix très clair : l’anarchie avec l’effondrement économique et social ou un nouveau pouvoir fort.

Toute l’Afrique du Nord subit actuellement l’onde de choc tunisienne. L’Égypte est particulièrement menacée en raison de son effarante surpopulation, de l’âge de son président, de la quasi disparition des classes moyennes et de ses considérables inégalités sociales. Partout, la première revendication est l’emploi des jeunes et notamment des jeunes diplômés qui sont les plus frappés par le chômage. En Tunisie, à la veille de la révolution, deux chômeurs sur trois avaient moins de 30 ans et ils sortaient souvent de l’université. Le paradoxe est que, de Rabat à Tunis en passant par Alger, les diplômés sont trop nombreux par rapport aux besoins. Une fois encore, le mythe du progrès à l’européenne a provoqué un désastre dans des sociétés qui, n’étant pas préparées à le recevoir, le subissent.

- Voilà qui est déjà, sinon juste, je ne sais pas, en tout cas un peu moins con.

En Algérie, où la cleptocratie d’État a dilapidé les immenses richesses pétrolières et gazières découvertes et mises en activité par les Français, la jeunesse n’en peut plus de devoir supporter une oligarchie de vieillards justifiant des positions acquises et un total immobilisme social au nom de la lutte pour l’indépendance menée il y a plus d’un demi-siècle. Même si les problèmes sociaux y sont énormes, le Maroc semble quant à lui mieux armé dans la mesure où la monarchie y est garante de la stabilité, parce qu’un jeune roi a su hisser aux responsabilités une nouvelle génération et parce que l’union sacrée existe autour de la récupération des provinces sahariennes. Mais d’abord parce que le Maroc est un authentique État-nation dont l’histoire est millénaire. Là est toute la différence avec une Algérie dont la jeunesse ne croit pas en l’avenir car le pays n’a pas passé, la France lui ayant donné ses frontières et jusqu’à son nom."

L'ayant découvert pour ma part via L'Organe, je lis de temps à autre ce blog de Bernard Lugan et y trouve des choses intéressantes





, sachant bien que n'étant pas du tout compétent en la matière je me borne parfois à enregistrer les désaccords entre ce moustachu et l'autre, le défunt Verschave, père du concept de Françafrique, dont les livres m'avaient il y a quelques années fortement remué.

La lecture de cet article m'a en revanche laissé perplexe. Il est tout à fait possible que les choses tournent mal ou retournent au point de départ en Tunisie, nous verrons bien. Ce n'est par ailleurs pas ici que l'on va confondre la démocratie et le jardin d'Éden. Mais cette façon de dire aux gens : vous avez de quoi bouffer, donc fermez-la, est assez écoeurante.

(De même que l'insistance sur les revenus tirés du tourisme : quel drame mon Dieu que l'Occidental ne puisse pendant quelques semaines se payer une petite tranche d'« exotisme tempéré par une grande modernité », quel cataclysme pour l'avenir du pays que pendant quelques semaines l'Occidental ne vienne plus y déverser son fric, sa morgue, sa merde morale et autres substances ! A prendre Bernard Lugan au mot, on ne peut que l'imaginer heureux de l'évolution qui fait de Paris une ville de plus en plus morte, ne survivant que pour donner aux touristes l'image qu'ils sont venus chercher, avec le même chantage à l'estomac ici que là-bas - Delanoë (grand ami de la Tunisie (et des Tunisiens « consentants » (le ventre rempli, le trou du cul aussi)) et Ben Ali, même combat...)

On a pu reprocher à Brecht la formule "D'abord vient la bouffe, ensuite la morale..." ("Erst kommt das Fressen, dann kommt die Moral."), y voir une grossière expression de matérialisme, ou de déni de dignité. Notons que cette phrase peut être interprétée aussi comme le simple rappel à ceux qui non seulement vivent dans l'aisance mais se permettent de donner des leçons, qu'il est plus facile de bien se conduire quand on a de l'argent que lorsqu'on n'en a pas ("Ventre affamé n'a pas d'oreilles", somme toute), et revenons à notre sujet - à matérialiste, matérialiste et demi, si j'ai pu ces dernières semaines taper à gauche, il faut bien donner ici un coup à droite : dans ce texte, Bernard Lugan nous dit finalement "D'abord la bouffe, ensuite la bouffe" - c'est un peu court, Cyrano !

Certes il est fait référence à la condition féminine, mais l'argument utilisé à propos de la « liberté politique généralement inexistante dans le monde arabo-musulman » peut ici être retourné contre l'auteur : si les Tunisiens ont eu tort de se révolter parce qu'il ne leur manquait « que » cette liberté que leurs voisins n'ont pas plus qu'eux, alors il n'y a pas non plus de quoi pleurer sur l'éventuelle perte de la liberté des femmes, elle-même « généralement inexistante dans le monde arabo-musulman ». Ici comme ailleurs on peut penser ce que l'on veut, mais on ne peut jouer sur tous les tableaux : soit on se place du point de vue des valeurs de l'autre (ou de plusieurs autres), soit on se place du point de vue des valeurs occidentales, soit même on varie les points de vue, dans une perspective axiologiquement neutre ou dans une perspective normative (qui consisterait par exemple, pour le cas présent, à dire : dans le contexte des pays du Maghreb, la condition féminine en Tunisie est la meilleure, et c'est très bien, même si elle n'est pas encore aussi bonne qu'en Occident (sic…)), mais c'est tricher que de glisser sans prévenir d'un point de vue à l'autre, d'utiliser le contexte quand c'est supposer servir la démonstration et de l'oublier quand il peut gêner le bon déroulement de cette démonstration.

A cet égard, et c'est sur cette note positive que je concluerai, l'article du même B. Lugan sur l'Égypte, que l'on partage ou non ses analyses, ne me semble pas justiciable des mêmes critiques. "Toujours trop cynique, jamais assez lucide", disait, je cite de mémoire, le regretté Jean-Claude Biette : dans le texte que j'ai retranscrit et critiqué aujourd'hui, il me semble que l'on voit nettement et concrètement le passage entre la lucidité (qui n'est pas garantie de véracité, mais qui est un état d'esprit louable) et le cynisme.

Ceci étant dit, je retourne faire de l'argent ("Trois mille ducats !")


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et à bientôt !



P.S. : un problème technique sans doute tout con, mais que je ne parviens pas à résoudre, fait que je ne peux ces jours-ci envoyer de mails. Je m'excuse auprès des clients de ce café qui ont récemment pris la peine de m'écrire, je leur réponds dès que possible...

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samedi 1 mai 2010

Varia.

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Oui, en vrac :

- que revienne le temps de la guerre froide… Aux premiers temps de ce blog, je rappelais que l'existence du bloc de l'Est avait considérablement facilité la vie du prolo occidental, les États étant bien obligés de lui lâcher quelques cerises pour qu'il ne soit pas trop tenté par la boutique d'en face. A la lumière des événements financiers récents en Europe, on se dit que la menace communiste - un peu virtuelle, un peu réelle… - était aussi le garant d'une stabilité des États : imagine-t-on l'« Occident » laisser la Grèce se mettre dans sa panade actuelle avec Staline ou Kroutchev juste à côté ?

On répondra que l'époque était différente, les États alors plus maîtres de leur économie, y compris l'État américain, mais c'est précisément le problème, tant l'on sait que la « chute du Mur » (je mets des guillemets parce qu'avec le temps on finit par avoir l'impression, en utilisant cette expression symbolique, que le mur est tombé tout seul, comme ça, que personne n'y est pour rien) a libéré les tendances déstructurantes de la finance.

Après, il y a aussi la question de savoir s'il existe ou a existé quelque chose comme un État américain indépendant de la finance.

- un petit rappel sur toutes ces questions d'« identité nationale ». Un des moteurs du fonctionnement de la nation française fut pendant longtemps l'antagonisme - qui était aussi une forme de complémentarité - entre Paris et la province, entre des citadins agités et des ruraux, pas aussi catholiques que l'on veut bien maintenant l'écrire - Todd le démontre à longueur de livres - mais tout de même christianisés et assez peu contestataires. Antagonisme qui culmina au XIXe siècle et sur lequel Marx écrivit des pages célèbres (que je n'ai jamais lues autrement que par citations, d'ailleurs). On soulignera donc que les mouvements connus durant la seconde partie du XXe siècle de renouvellement en profondeur de la population parisienne jugée trop subversive d'une part, d'exode rural d'autre part (la Seconde Révolution française de Mendras) ont très largement contribué à modifier cet équilibre national. Il ne me semble pas que les immigrés, latins ou musulmans, y soient pour grand-chose.

- à ce sujet, n'hésitez pas à lire ce texte diffusé par l'Organe. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qui s'écrit sur ce site - et sans doute les rédacteurs ne sont-ils pas toujours d'accord entre eux - mais on peut parfois lui reconnaître une certaine acuité. Et bien sûr le sens de l'humour !

(Je changerai prochainement la liste des sites ici-même conseillés : entre ceux qui n'en foutent plus une, ceux qui font payer la séance, ceux dont je me suis moi-même éloigné, etc., il y a un peu de ménage à faire.)

Love is all !







































































































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mercredi 17 février 2010

Anus Levi.

Le chapitre XIX de L'avenir de l'Intelligence (1905), "Ancilla Ploutocratiæ", me semble une bonne réponse à la question qui nous tourmente tous : "Pourquoi BHL ?", ou, à la mode actuelle : "De quoi BHL est-il le nom ?" :

"Par suite de nos cent ans de Révolution, la masse décorée du titre de public s'estime revêtue de la souveraineté en France. Le public étant roi de nom, quiconque dirige l'opinion est le roi de fait. C'est l'orateur, c'est l'écrivain, dira-t-on au premier abord. Partout où les institutions sont devenues démocratiques, une plus-value s'est produite en faveur de ces directeurs de l'opinion. Avant l'imprimerie, et dans les États d'étendue médiocre, les orateurs en ont bénéficié presque seuls. Depuis l'imprimerie et dans les grands États, les orateurs ont partagé leur privilège avec les publicistes. Leur opinion privée fait l'opinion publique. Mais, cette opinion privée, il reste à savoir qui la fait.

La conviction, la compétence, le patriotisme, répondra-t-on, pour un certain nombre de cas. Pour d'autres, plus nombreux encore, l'ambition personnelle, l'esprit de parti, la discipline du parti. En d'autres enfin, moins nombreux qu'on ne le dit et plus nombreux qu'on ne le croit, la cupidité. Dans tous les cas, sans exception, ce dernier facteur est possible, il peut être évoqué ou insinué. Nulle opinion, si éloquente et persuasive qu'on la suppose, n'est absolument défendue contre le soupçon de céder, directement ou non, à des influences d'argent. Tous les faits connus, tous ceux qui se découvrent conspirent de plus en plus à représenter la puissance intellectuelle de l'orateur et de l'écrivain comme un reflet des puissances matérielles. Le désintéressement personnel se préjuge parfois ; il ne se démontre jamais. Aucun certificat ne rendra à l'Intelligence et, par suite, à l'Opinion l'apparence de liberté et de sincérité qui permettrait à l'une et l'autre de redevenir les reines du monde. On doute de leur désintéressement, c'est un fait, et, dès lors, l'Intelligence et l'Opinion peuvent ensemble procéder à la contrefaçon des actes royaux : c'en est fait pour toujours de leur royauté intellectuelle et morale.

Elles seront toujours exposées à paraître ce qu'elles ont été, sont et seront souvent, les organes de l'Industrie, du Commerce, de la Finance, dont le concours est exigé de plus en plus pour toute oeuvre de publicité, de librairie, ou de presse. Plus donc leur influence nominale sera accrue par les progrès de la démocratie, plus elles perdront d'ascendant réel, d'autorité et de respect. Un écrivain, un publiciste, donnera de moins en moins son avis, dont personne ne ferait cas : il procédera par insinuation, notation de rumeurs « tendancieuses », de nouvelles plus ou moins vraies. On l'écoutera par curiosité. On se laissera persuader machinalement, mais sans lui accorder l'estime. On soupçonnera trop qu'il n'est pas libre dans son action et qu'elle est « agie » par des ressorts inférieurs. Le représentant de l'Intelligence sera tenu pour serf, et de manies infâmes. (...)"

- bien évidemment, cette brillante dernière sentence doit être adaptée à nos moeurs démocratiques : BHL est méprisé, mais par les serfs eux-mêmes, qui répugneraient à ce langage d'aristocrate.

Quoi qu'il en soit : dans un texte d'agréable lecture, L'Organe reproduit l'opinion courante selon laquelle, sans le soutien de ses copains sionistes (la « discipline de parti » évoquée par Maurras), les innombrables bourdes (et erreurs, et mensonges, et manipulations...) de BHL l'auraient depuis longtemps amené au silence honteux. Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas suffisant : si dès le début BHL a été ridicule (et ridiculisé, notamment, rappelons-le à toutes fins utiles, par des Juifs intelligents, qui eurent vite fait de comprendre quelles graines de divisions « raciales » et d'antisémitisme l'auteur de L'idéologie française s'acharnait à faire pousser), et si malgré ce ridicule il a pu continuer ses basses oeuvres, c'est parce que déjà, au moment où il est arrivé, le "représentant de l'Intelligence était tenu pour serf, et de manies infâmes...". Si les intellectuels avaient encore été pris au sérieux en 1975, BHL serait retourné dans son trou aussi vite qu'il en était sorti, Archipel du Goulag ou pas.

En lisant pour la première fois ce texte, et avant de rédiger mes notes récentes sur le gaullisme, je me suis dit que l'évolution décrite et prophétisée par Maurras avait subi un coup de frein, disons pour faire vite durant les « Trente Glorieuses ». Il faut d'évidence être plus précis, étudier comment les intellectuels ont plus ou moins su se dépatouiller de cette dialectique du prestige et la méfiance qui est leur quotidien en régime démocratique. L'indépendance financière de Sartre, son refus du prix Nobel et de l'argent qui allait avec, purent contrebalancer ses tics d'intellectuel manichéen et l'effet parfois négatif de ses rapports compliqués avec le PCF. Les cris d'orfraie de la génération suivante (Foucault, Deleuze...) sur toutes les horreurs de la vie en France, alors même qu'elle était généreusement subventionnée par l'État (on sait d'ailleurs, J.-C. Michéa en parle me semble-t-il, que Foucault fut chargé de certains missions de réforme de l'éducation par la Ve République), quelques entraînants qu'il purent être, quelques justes qu'ils furent à l'occasion (les prisons, par exemple), eurent à terme un effet délétère sur la crédibilité de l'« Intelligence » : BHL et ses petits copains n'eurent plus qu'à se pencher et ramasser les fruits - en accélérant alors une évolution qu'ils n'avaient donc pas enclenchée.

Et certes on lit encore Foucault et Deleuze, alors qu'un livre de BHL ne se lit même pas : il s'achète tout au plus, en tout cas il se vend. Mais la question n'est pas ici celle du talent, elle est celle du rôle de l'intellectuel dans un processus qui tend à le dévaloriser, et de ce point de vue J. Bouveresse peut rappeler à bon droit sa réaction exaspérée, partagée avec Bourdieu, lorsqu'ils découvrirent la charge de Deleuze contre les « nouveaux philosophes », charge que l'on nous ressort à chaque connerie de BHL, c'est-à-dire souvent : les deux compères universitaires pouvaient à bon droit estimer que Deleuze râlait un peu tard contre certaines manières de complaisance médiatique dont l'auteur de L'anti-Œdipe n'avait pas été le dernier à profiter, qu'il n'avait pas été le dernier à encourager.

- Parler de MM. Bouveresse et Bourdieu, c'est, si l'on fait l'impasse sur les périodes où ils commencèrent à donner leur avis sur tout, évoquer les universitaires « traditionnels » et « sérieux ». Le problème, et il est abordé par Maurras dans son livre, c'est que l'Université, en 1975, recouvre deux tendances : l'héritage de la vieille Université du Moyen Age ; l'Université telle qu'elle est conçue par l'État républicain. - De même d'ailleurs, je vous en avais parlé, que cet État en question est lui-même à cheval sur deux histoires, celle qui fait de lui un héritier de l'État royal, celle qui le met en rupture avec lui. Avant donc de tomber dans une distinction trop claire entre « intellectuels médiatiques » et « Professeurs d'Université », il faudra approfondir ces thèmes.

Contentons-nous aujourd'hui pour conclure d'une digression sur... les bloggueurs : ni moi ni les autres n'échappons au processus décrit par Maurras : notre "désintéressement personnel se préjuge parfois ; il ne se démontre jamais". Néanmoins, on peut sans naïveté penser que le « public » nous juge, dans notre ensemble, moins intéressés que la mafia journaleuse - et que c'est une des raisons pour lesquelles elle nous déteste autant. Notre existence même (fragile, d'ailleurs : certains aimeraient qu'écrire sur le Net soit aussi coûteux que publier un journal... et tout sera alors à recommencer) semble prouver qu'il est possible d'écrire des choses sur l'actualité, le monde qui nous entoure, etc., sans participer (du moins, pas tous) à la chasse aux places. Évidemment, comme le montrait récemment une pitoyable soirée corporatiste sur Arte que j'ai eu la chance de voir (et qui démarrait, cela fait toujours plaisir, par une phrase du genre : "Internet, c'est trop souvent le café du commerce"...), ça énerve ceux qui ont passé leur vie entière à lécher le cul de vieux cons qu'ils détestaient, en espérant, Vanitas vanitatum..., se faire dévorer le leur par de jeunes cons qu'ils méprisent.

Bien à vous !

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vendredi 5 février 2010

Culture de l'excuse.

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La tragédie héréditaire du Français séfarade peut s'énoncer ainsi : il a à la fois les tares du Juif, de l'Arabe, du Français. Cela fait beaucoup pour un seul homme ! - Les épaules voutées, la graisse impudique, le rire épileptique, tout s'explique. « Enfin libre » mon cul, liberté mon cul - qui est libre seul ? pas une crapule pareille, en tout cas -, bien plutôt fantasmes et physique d'ancien dominé tout à sa jouissance d'avoir enfin un peu de pouvoir.

(Pour la suite sur ce thème du pouvoir, voir les collègues de L'Organe.)

Le pire est que l'on ne peut pas même pas être sûr que Sépharades et Arabes (en l'occurrence, Maghrébins) aient vraiment valu mieux avant la colonisation. On a peut-être juste foutu la merde dans la merde - ce qui n'est pas une excuse.


Un peu de négro pour la peine : quelque part entre Mahomet, Rabelais, don et sacrifice...





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mardi 24 novembre 2009

Gauchistes, encore un effort, par pitié... (II)

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Our hero !


J'ai écrit je ne sais plus où que la fonction historique de Nicolas Sarkozy serait peut-être de permettre aux Français de refaire (un peu de) leur unité contre lui, en leur faisant prendre conscience, non de leur identité nationale, mais de leurs valeurs, valeurs incompatibles avec les siennes (pour autant qu'il en ait : je vous avais écrit tout un sermon sur ce thème il y a bientôt un an, n'hésitez pas à le relire, il tient délicieusement le coup). Il me semble qu'il est déjà en train de réussir à réconcilier de Gaulle et Le Pen, ce qui, même si le temps a passé depuis les accords d'Évian, n'est pas un mince exploit. Éric Besson et la lumpen-racaille ont beau faire, les gens de droite voient bien que le bougne est problème second, pas premier. Pour le dire en reprenant les termes de P. Yonnet, ce qui compte est la nation en acte, pas une identité factice. Ou, très prosaïquement : on peut penser et dire du mal des immigrés, on préfère tout de même un sympathique et compétent plombier rebeu (et ceux qui croient que je prends les plombiers de haut feraient bien d'ausculter leur propre subconscient) à un politicien qui pontifie sur la France tout en essayant de vous prendre par tous les trous.

Ach, si seulement la gauche... Il y a trois ans je m'étais ému du peu de compréhension par les auteurs de gauche des notions de communauté et de holisme. Soit dit en passant, je n'avais alors pas lu Michéa (sauf peut-être Impasse Adam Smith), qui fournit sur ce point d'intéressants outils d'analyse. Quoi qu'il en soit, je pourrais vous faire le même numéro sur ce thème : cela a beau faire des dizaines d'années qu'un juif marxiste de gauche (merde, ça en fait des certificats de bonne conduite !), en l'occurrence l'excellent Gunther Anders, les a prévenus qu'il était devenu plus important que tout d'être conservateur, pour, dans un premier temps, préserver ce qui peut encore l'être, s'ils l'évoquent avec révérence, c'est pour oublier tout aussitôt ce sage conseil - ou s'offusquer si ce même conseil provient d'un goy non marxiste pas toujours de gauche.

L'erreur est pourtant ici à peu près la même que celle des gens de droite qui voient dans le krouia la source de tous leurs maux : il s'agit de faire porter trop de choses, positives ou négatives, sur les épaules de l'étranger, de l'immigré, du sans-papier. De même que les problèmes d'immigration sont seconds par rapport à la question du pouvoir politique de la France, la souffrance du sans-papier, pour réelle qu'elle soit, ne doit venir qu'en second, dans l'esprit d'un Français, par rapport à la souffrance de ses compatriotes - et là encore, ceux qui croient que lorsque j'écris « en second » je pense « on s'en fout » feraient mieux de réviser leur concept de hiérarchie - je ne prêche pas du tout l'indifférence, je rappelle ce qui me semble un ordre de priorités. Pour enfoncer le clou : un sans-papier malien peut être humainement plus intéressant qu'un gros con de Français, et il y en a !, mais si l'on ne veut s'occuper que de la souffrance du premier et pas de celle du second, fût-il un chômeur alcoolo xénophobe, il n'y a alors qu'une attitude cohérente : renoncer pour soi-même à tous les avantages que l'État(-Nation) peut offrir - et il y en a ! Si l'on accepte un tant soit peu l'idée de nation, on est bien obligé, en tout cas on devrait se sentir obligé d'être solidaire de ses compatriotes, tout difficile que cela puisse parfois être. Cela n'implique aucune renonciation à aucun idéal d'universalité que ce soit.

- Ce modeste rappel de priorités logiques n'empêche donc pas, il s'en faut, de « soutenir » autant les immigrés que French Popu. On peut très légitimement considérer que le mieux serait que la situation s'améliore aussi bien « ici » qu'« ailleurs » (Heil Godard !). Mais là encore, il faut être précis : si les politiques des pays occidentaux contribuent à maintenir une certaine partie du monde dans la misère, et donc à encourager les flux migratoires (qui ceci dit ne concernent pas nécessairement les plus pauvres), il est abusif d'accuser de tous les crimes le Français moyen qui trime pour nourrir sa famille, et cela reste abusif même s'il proclame se foutre du tiers-monde comme de sa première carte de France (pour ceux qui comprennent la métaphore).

En résumé :


DG_et_GS-2


il est grand temps que D. Gluckstein et G. Schivardi enculent Besancenot un bon coup (ils peuvent y aller à sec, c'est déjà bien ouvert, Sarko a dégagé la voie) ; ceci fait, qu'ils aillent boire un verre au Wepler


Terrace-Of-Cafe-Wepler-Place-Clichy-Paris


avec Villepin et Le Pen - et, tant qu'à faire, moi-même, je serais heureux d'entendre, la bouche pleine de joue de boeuf au Riesling mais l'esprit attentif, ce qui pourrait alors se dire.

- Et certes de l'eau risque de couler sous les ponts d'ici là. Quel est donc le statut de tout ce discours ? J'affirme mais ne prouve guère. Prends-je pour autant mes désirs pour des réalités ? Je crois trop bien connaître les capacités d'inertie de mes compatriotes pour me bercer d'espoirs illusoires. Reste un certain air du temps, que j'espère flairer à peu près bien. Et quelques références, que je vous donne pour finir :

- le dernier papier d'Alain Soral, où sont évoqués les rapports entre de Gaulle et la droite nationale ;

- un texte parmi d'autres de ce site irrégulier mais si réjouissant parfois, L'Organe ;

- à gauche, l'excellente réaction de Jacques Sapir à cet amusant projet - vous avez voulu Sarko, vous l'avez eu - visant à rendre les élèves de Terminale scientifique encore plus abrutis qu'avant. Vous ne manquerez pas de noter que J. Sapir ne diabolise pas plus que bibi les questions sur la nation, se contentant d'émettre quelques réserves sur M. Éric Besson. C'est bien le moins. Heureusement, la justice veille !


chainsawhooker


Et elle n'est pas contente !

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