vendredi 25 mars 2011

A Caligula, Caligula et demi.

Ajout le lendemain.



On dit que Rioufol est ma « tête » (je n'ose pas dire de Turc, il se vexerait), mais l'ai-je forcé à écrire, à propos de l'intervention « humanitaire » de la France en Libye, cette phrase :

"Ouvrant le feu, samedi à 17h45, contre des blindés de ce Caligula, la France a retrouvé un peu de son honneur et de ses idéaux, en frappant un tyran qui l'avait humiliée à plusieurs reprises, notamment en plantant sa tente à deux pas de l'Elysée."

La plume même du meilleur peut certes déraper, mais cette sentence aurait une belle place dans une anthologie de la connerie et de la bassesse. On a les « rossignols du massacre » que l'on mérite, et de ce point de vue il faut bien avouer qu'entre un Président ridicule, un écrivain et cinéaste aussi nul que prétentieux

(il y a une justice : deux semaines après leur sortie les livres de BHL sont déjà proposés à 50 cm chez les soldeurs - dix ou vingt ans après leur parution ceux de Nabe sont volés dans les bibliothèques municipales, se vendent à 150 euros pour certains sur le net : il existe bien quelque chose comme un verdict du public, qui ne repose pas sur rien)

, et un barde stupide et peu inspiré tel que le Rioufol, il y a là une sainte trinité de la vanité et de la nullité qui ne manque pas de cohérence. Si tout cela était du jeu et pas de la politique de chair et de sang, on en rirait - ou peut-être est-ce le contraire, peut-être est-ce justement parce que c'est du « vrai » que cela peut et doit faire rire. A cela deux raisons : si c'était « pour de faux », cela n'aurait guère d'intérêt, nos trois assassins ne seraient pas différents des ados qui tuent plein de monde sur la Playstation ; et c'est justement le fait qu'ils ne comprennent pas que ce n'est pas ici de la Playstation qui est, à sa façon, drôle.

(On se désolera en passant que N. Dupont-Aignan, qui me semblait jusqu'ici d'assez bon sens, ait cru bon de se joindre au choeur des va-t-en guerre, mais depuis le début je me méfiais de sa gueule de puceau-premier de la classe : voilà, au premier problème un peu complexe, certaines vérités se dévoilent. - Notons que j'avais d'abord, lors de mon premier jet, mis un lien vers ce texte là où je l'avais lu, sur ce site, et qu'il en a été entretemps supprimé. Quelqu'un parmi les « gaullistes » s'est mis à réfléchir ?)


Je renonce à commenter dans toutes ses implications la phrase de Rioufol, et notamment sa conception rigoriste de la loi du talion (ce n'est plus même « pour un oeil, toute la gueule », mais « pour un oeil, une dizaine de Rafale »), qui ferait passer l'esprit originel de cette « loi » pour un modèle d'humanisme, ou sa haine mal dissimulée du Bédouin. Je note juste que si la France a bien été humiliée par M. Khadafi lors de son dernier voyage, c'est en grande partie à travers et grâce à Nicolas Sarkofumier, et que personne à part un illuminé comme Rioufol ne peut voir dans le bombardement du pays un châtiment à la mesure de cette offense (assez drôle par ailleurs : cela n'exonère pas M. Khadafi de ses crimes, mais il y a chez lui un certain esprit que l'on serait bien en peine de trouver chez Sarkon et sa raideur de parvenu peu sûr de lui).

Peut-être trouvera-t-on que j'en fais beaucoup pour une simple incise, mais pourquoi ne pas la prendre au premier degré ? Ce n'est même pas que les pulsions d'Ivan Rioufol s'y révèlent plus qu'ailleurs, elles sont assez clairement exposées à longueur d'articles, c'est que cette phrase, prise dans son sens premier (et, après tout, n'est-ce pas le moins que l'on doit à un auteur que de le lire pour ce qu'il veut dire ?), pousse jusqu'à l'absurde les raisonnements habituels de notre chroniqueur préféré. Et quand on chante la guerre, quand on applaudit à la mort, ne doit-on pas faire un minimum attention à ce qu'on écrit ? On n'ira pas jusqu'à écrire qu'appeler au massacre est légitime si l'on a du style, mais au moins, en ce cas, se hisse-t-on quelque peu à la hauteur de son sujet, au lieu de donner cette risible impression de faire sous soi sa haine de l'Autre.


- Par ailleurs et pour finir, en laissant Ivan le pas terrible de côté, on s'amusera à réfléchir aux implications distrayantes que peut avoir le concept utilisé par l'ONU pour justifier l'intervention, la protection des populations contre leurs gouvernants. Le peuple français aurait ainsi bien besoin d'être protégé de Sarkoracaille, un Poutine pourrait de bonne foi chercher à nous en débarrasser, dans un renouvellement audacieux quoiqu'un peu brusque de l'alliance franco-russe. Et les Libyens, un jour, du moins ce qu'il en restera après le double traitement de choc khadafio-lévyen, les Libyens qui connaissent leur Berlusconi, devraient s'aviser de son rôle nocif pour le peuple italien et balancer quelques bombes (de fabrication française ? j'ai oublié d'évoquer les armes françaises dans cette histoire...) sur Rome, pendant que les gardes suisses, envoyés par un Benoît XVI lui-même las des frasques de Silvio, lanceraient l'insurrection terrestre... Bien évidemment, les États-Unis déclencheraient, enfin, la guerre contre la Chine et son régime de potentats autoritaires qu'un milliard d'êtres humains attendent avec impatience - tout en risquant d'être attaqués dans le dos par Chavez et Ahmadinejad, qui, ne pouvant plus supporter l'injuste misère du peuple américain réduit à la pauvreté par Wall Street, mettraient sur pied une coalition militaire dirigée par Alain « Che » Soral. Maurice G. Dantec, toujours plus courageux que le reste du monde, envahirait crânement, à lui tout seul, l'Iran et l'Afghanistan. On n'entendrait bientôt plus parler de lui, comme maintenant. Les Israéliens, devant ces tristes spectacles, décideraient de s'auto-génocider, dans un éclair de lucidité mêlé à une forme de fierté à ne pas laisser à d'autres moins doués qu'eux la joie de faire ce travail.

Enfin du fun ! Lévy, Rioufol et Sarkonyahou, finalement, ont raison : le monde réel, c'est plus drôle que la Playstation...


(Au cas où : pour être plus « constructif », voici l'essentiel des arguments contre cette guerre, résumés par Jean Bricmont, et que je partage dans une grande mesure - tout en étant un peu surpris par le dernier paragraphe et son apologie du « doux commerce » cher à Benjamin Constant. Mais ce n'est pas le plus important en l'espèce.)



Ajout le 26.03.
Je lis qu'Emmanuel Todd "approuve" la guerre en Libye. C'est foutrement dommage. Cet avis donné en une simple incise, sans argument, dans une interview par ailleurs plutôt intéressante n'appelle pas de commentaire : je le signale surtout pour montrer que, hélas ou pas hélas, et comme des conversations privées avec des amis me l'avaient déjà montré, il n'y a pas que des cons ou des manipulateurs qui soient favorables à cette manoeuvre. C'est la vie !

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lundi 28 décembre 2009

Vergogna !

Avez-vous lu l'intervention d'Emmanuel Todd relative au débat d'État sur l'identité nationale ? Je m'en veux un peu, parce que j'aurais dû formuler de mon côté ce qu'il dit très bien, à savoir qu'il ne faut pas mettre sur le même plan l'inquiétude de Popu par rapport à l'arrivée d'immigrés près de chez lui, inquiétude qui en elle-même est légitime, quitte à ce qu'elle soit excessive ou prenne des formes regrettables - au passage, on notera que les ratonnades ne sont pas quotidiennes en France, et que, de « l'autre côté », les musulmans français sont tout de même, à tort ou à raison, bien gentils : s'ils étaient aussi méchants qu'on le dit, ils foutraient un bordel bien plus grand en France, surtout avec tout ce que le pouvoir d'État dit, fait ou laisse dire sur eux : encore une fois Popu, petit blanc ou krouia, vaut mieux que les « élites », grâce à Dieu, Heil Holisme ! -

il ne faut pas mettre sur le même plan, disais-je, cette inquiétude, et l'offensive actuelle de l'État sarkozyste visant à mettre en cause tous les musulmans français. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, il est tout à fait légitime de discuter de ce que cela peut signifier aujourd'hui et demain d'être français, je m'y efforce moi-même à mon comptoir, mais il me semble que la meilleure manière de « répondre » à ce « débat » est de chercher à en élever le niveau tout en en évinçant l'État en question, dont le but est clair : diviser pour régner, une fois de plus.

Bref, merci à E. Todd pour ce distinguo. - Que Mongolito Rioufol a, comme de juste, du mal à accepter, puisque cela remet en cause l'idée de base de ce « débat », le bordel organisé par l'État lui-même. Je vous conseille la lecture de cette réaction épidermique, qui déplace bien vite le débat, en l'occurrence sur l'Iran - avec une savoureuse formule presque toute faite dont l'auteur n'a manifestement pas réalisé la nature : "Dimanche, une quinzaine de manifestants ont une fois de plus été tués par balles à Téhéran, alors qu'ils demandaient à nouveau la destitution du tyran Mahmoud Ahmadinejad." On dira que je chipote, mais tout de même, stricto sensu cela veut dire que les 15 mêmes manifestants que la dernière fois ont été tués, alors qu'ils avaient opportunément ressuscité pour demander la destitution du « tyran ». Pauvre couillon journaleux, cela montre bien en quelle estime tu tiens ceux que tu qualifies à bon compte de « héros » et que tu serais le premier à souhaiter foutre en tôle s'ils étaient français et râlaient contre Éric Besson. Bernanos sans doute eût aimé cela, lui qui dénonçait si bien ces "misérables avortons de lettres [qui] donnent à nos luttes sociales le caractère d'une guerre religieuse, d'une guerre de la civilisation contre la barbarie..." Il est important, c'est pour cela que je me permets de répéter cette citation, qu'elle vienne d'un écrivain catholique, qui en savait un peu plus, si ce n'est sur la supposée « identité nationale », en tout cas sur les Français et l'histoire de France, que Sarko et Mongolito réunis. Redisons-le une fois de plus : il faut tout autant enlever l'histoire, la belle histoire de France - car elle est belle, malgré tout - aux gauchistes qui ne l'utilisent que pour la vomir, qu'aux droitards qui se branlent frénétiquement sur des images d'une grandeur qu'ils enterrent eux-mêmes un peu plus chaque jour sous leurs dérisoires et rancuniers éjaculats. - Santé !

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vendredi 19 juin 2009

L'Iran existe-t-il ?

Oui, bien sûr, mais c'est paradoxalement en ce moment que l'on se met à en douter, tant au fil des lectures on voit chacun fantasmer son Iran, se projeter en lui, au gré de ses propres motivations, pro-occidentales, anti-impérialistes, féministes, démocrates, anti-sionistes, etc.

(Ce qui est d'autant plus amusant que, d'après les témoignages assez nombreux que j'ai pu recueillir, et souvent de première main, il est fort difficile de résumer la position « des Iraniens » sur l'Occident : beaucoup rêvent d'y venir, principalement aux États-Unis, en Angleterre et en France, tout en le critiquant vertement (avec ou sans jeu de mots). Bref, sans approfondir le sujet, non seulement il y a des contradictions sur ce point entre Iraniens, mais il y a des contradictions dans l'esprit de nombreux Iraniens - ce qui est tout à fait banal (ce qui l'est moins, c'est que, maintenant, même les Américains semblent apprendre à vivre avec des pensées contradictoires, voilà de la nouveauté !), mais évidemment n'aide pas à « choisir son camp ».)

La palme, comme souvent, revient à l'incroyable Ivan Rioufol, dont on admirera l'extraordinaire bonne conscience à se mêler des affaires d'un pays souverain. Il suffit d'imaginer ce qui se passerait si un éditorialiste iranien demandait à son gouvernement d'envoyer des fonds pour soutenir les mouvements qui contestent la trahison par Nicolas Sarkozy du vote des Français au référendum du 29 mai 2005 - trahison d'ailleurs plus évidente que les fraudes imputées à Mamoud Ahmadinejad, dont il semblerait, à l'heure où j'écris, qu'il ait effectivement bétonné un scrutin qu'il aurait de toutes façons gagné, tout ceci étant écrit avec les précautions requises -, il suffit d'imaginer cela pour prendre la mesure de la bassesse du personnage.

(Digression : ce crétin prétentieux, toujours à donner des leçons anti-politiquement correct, ne dédaigne pas par ailleurs jouer les caisses de résonance pour le MEDEF : quiconque a pris récemment sa retraite, ou a parlé avec un conseiller financier ces dernières années, ce qui fait donc pas mal de monde, sait bien que la situation des retraites en France, telle qu'il la décrit, est complètement fausse : cela fait déjà un bail que nous ne sommes plus dans un pur système de retraites par répartition, que l'État d'une main rogne sur ce qu'il doit aux gens, de l'autre les encourage à entrer dans la capitalisation. Parler, ainsi que le fait I. Rioufol, comme si l'on partait à l'assaut d'un système puissant et d'un tabou très fort, c'est vraiment prendre les gens pour des cons. Fin de la digression.)

En contraste, c'est l'objet principal de cette petite intervention, je ne peux que vous recommander cet excellent article de M. Defensa. L'Iran n'y est évoqué que de façon périphérique, mais c'est peut-être la meilleure chose à faire. Félicitations du jury en tout cas !




Par ailleurs, on peut lire le diagnostic de Thierry Meyssan : on ne sait jusqu'où on peut le suivre, mais il apporte des informations que l'on ne trouve pas ailleurs.



Vive la France !

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mardi 21 avril 2009

"A force de prêter son cul..."

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Oui, je ne suis pas spécialiste de la politique intérieure iranienne et de ses arcanes et paradoxes, je me permets juste de vous conseiller de vous reporter au document des Nations Unies tel qu'on le trouve via Egalité et Réconciliation, vous aurez des idées plus précises sur ce qu'a effectivement dit le président iranien.

Etant bien entendu que, hormis certains détails, et toute question d'opportunité politique mise à part, je partage l'essentiel de ce qu'a déclaré M. Ahmadinejad. Encore faut-il y avoir accès, puisque les dépêches que l'on peut lire sur les principaux sites de presse s'étendent bien plus sur les réactions offusquées des faux-culs occidentaux que sur les propos qui les ont déclenchées - quel salaud, aussi, ce semi-bougnoule, d'oser dire que les Etats-Unis, Israël, la mentalité enculiste et l'oubli de certaines valeurs morales de base ne sont pas pour rien dans la crise actuelle.

Ach, ce n'est pas nouveau comme tactique, mais la ficelle est un peu plus usée chaque jour. Il n'y a plus qu'à espérer qu'elle se rompe bientôt.


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Et tiens, puisqu'on parle de corde dans la maison d'un pendu, un clin d'oeil pour les céliniens, petits et grands...




P.S. Je découvre, mieux vaut tard que jamais, qu'il y avait un pataquès dans les appels de notes des récentes "Apologies". Je corrige cela derechef, et actualise du même coup les « citations » de Fernandel et Godard faites à YouTube, qui ont connu quelques soucis techniques.

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samedi 29 septembre 2007

Du Pape. (Tous les chemins... I)

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Dans le premier volume de ses Exorcismes spirituels (p. 170-172), au cours d'un texte consacré à Zola, Philippe Muray explique, de façon plus détaillée que dans son XIXè siècle à travers les âges, le dogme de l'infaillibilité pontificale.

"Comment ne pas être un enfant ? Comment arrêter de se demander d'où viennent les enfants ? Quelqu'un a-t-il le droit de s'affirmer sorti de la commune mesure infantile ? Oui, répond l'Eglise en 1870. Quelqu'un. Pas tout le monde. Un. C'est une nouvelle qui tombe comme la foudre sur les contemporains alors que, comme tout dogme, celui-ci a été longuement, laborieusement préparé par des siècles de débats, d'intuitions, de contradictions. Mais allez donc expliquer ça alors que la plupart sont persuadés qu'il s'agit d'une lubie ridicule ! (...)

Tout cela va faire une crise profonde, et bien compréhensible, dans la chrétienté. Mais ce qui est intéressant, c'est que cette crise en signale une autre dans l'humanité en enfance, une crise bien plus profonde encore puisque, au moment où commence à se diffuser l'idée que Dieu est mort et où chacun commence donc à avoir la prétention de maîtriser sa vie, eh bien quelqu'un arrive et se proclame comme étant le seul à avoir le privilège de ne pas errer. Quelqu'un qui serait, par grâce, préservé de toute erreur dans son magistère. On peut difficilement imaginer plus à contre-courant des souhaits de la communauté qui, pour autant qu'elle attende encore quelque chose du pape, réclamerait justement le contraire si l'on en croit Zola : qu'il devienne enfin philanthrope ! Qu'il passe son temps à justifier la Vie, la Nature, le Futur, la Justice, je ne sais quoi encore. En tout cas pas sa propre perfection. C'est énorme. C'est tellement énorme que personne n'a plus jamais osé aborder cette affaire, ce qui fait que personne ne sait plus non plus de quoi il s'agit. Zola, lui, contemporain du dogme, savait encore plus ou moins. Mais si l'on interroge un catholique d'aujourd'hui à propos de l'infaillibilité, il y a de grandes chances pour que son discours soit une resucée sans le savoir de la leçon protestante à ce sujet : il n'existe aucune infaillibilité et tout le monde est libre d'interpréter la parole obscure de Dieu selon sa conscience. Ce qui implique qu'il y a intérêt à ce que la parole de Dieu reste le plus obscure possible de façon à ce que la conscience de chacun se développe aussi en toute liberté. La Rome nouvelle du curé des Trois villes [de Zola] dit à peu près la même chose, la Congrégation de l'Index [qui condamne le livre du héros] ne va pas s'y tromper : à l'exercice de la liberté de conscience sans limites, c'est la prétention à l'infaillibilité de chacun qui risque aussi de se développer. On pourrait donc définir l'infaillibilité pontificale comme un encouragement donné à chacun à se mettre en doute. Bien entendu, cet encouragement n'a pas été écouté, mais nous avons, grâce à ce dogme, la preuve qu'il y a quelque part quelqu'un qui a pressenti le formidable règne de narcissisme et de puérilité dans lequel l'humanité était en train de s'engager.

Le dogme de l'infaillibilité réservée à un seul est donc une manière de presser la masse humaine pour lui faire exprimer le contraire de ce qu'elle veut penser : qu'elle n'est faite que d'actes manqués, que d'échecs de la parole. Que nous ne savons pas ce que nous disons. L'infaillibilité pontificale comprend en elle-même la faillibilité de chacun des membres du genre humain, et ce serait facile de démontrer que, sous une forme « rationnelle », la psychanalyse n'est rien venu dire de très différent de ce que raconte le dogme hyper-complexe de l'infaillibilité. La démonstration freudienne que la vie quotidienne est bourrée d'actes manqués et la déclaration d'infaillibilité papale désignent la même direction. D'autant plus - et cela évidemment n'a été vu par personne - qu'il n'est jamais dit que le pape lui-même ne se trompe pas dans son comportement individuel et ses opinions privées. Au contraire : dans ce cas-là, il est logé à la même enseigne que n'importe qui. C'est seulement en tant que docteur suprême de l'Eglise, quand il prend une position qui oblige au nom de la foi d'une manière universelle, qu'il est préservé de l'erreur. Seulement là. Ce qui fait que le dogme de l'infaillibilité du pape est aussi une façon d'insister sur la faillibilité de n'importe quel pape lorsqu'il ne s'exprime pas ex cathedra. La solidarité ou la complicité de la démonstration freudienne et du dogme de Pie IX auraient sûrement étonné Freud et le pape, mais tant pis. C'est comme ça. L'obligation, pour un catholique, de croire à l'infaillibilité pontificale met en accusation la croyance de tout un chacun à sa propre infaillibilité. Mise en accusation que chaque analysant paie pour trouver sur un divan. Il est comique de penser que c'est ça que l'on va très sérieusement chercher dans la psychanalyse, alors que, si c'est formulé ailleurs, par exemple dans un concile, ça mérite la réprobation la plus convulsive. Mais passons. Freud lui-même, on le sait, a mis des années à se donner la permission d'entrer dans Rome. Ça a été toute une histoire pour lui. On ne va pas demander à ses descendants inconscients d'avancer plus loin. Sa réaction, en 1901, quand il pénètre enfin dans la cité qu'il s'était si longtemps interdite, ressemble d'ailleurs à du Zola : « Je ne puis supporter le mensonge de la rédemption des hommes, qui dresse si orgueilleusement sa tête vers le ciel. »"



En guise de complément, deux brèves :

- dans la série "Désenchantement mon cul", cette remarque de Musil :

"Un magasin de gants : que de connexions, que d'inventions avant qu'une peau de chèvre soit tendue sur une main de dame et que la peau de bête soit jugée plus élégante que notre propre peau !" (Troisième partie, ch. 22)

(ce que l'on peut rapprocher de la vision de l'institution chez Castoriadis et Descombes) ;

- dans la série "L'enfer impérialiste est pavé de bonnes intentions", la façon dont Emmanuel Todd nous explique à quel point ce serait mal de bombarder l'Iran, a tout d'un appel à l'enculisme. A quoi ça sert qu'Ahmadinejad se décarcasse ?


ahmadinejad

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