jeudi 29 mars 2012

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II bis. On peut retourner le problème dans tous les sens...

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Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », I.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », II.

Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », III.


...on en reviendra toujours là : c'est peut-être un problème qu'ils nous détestent, mais c'est encore plus un problème qu'ils aient de bonnes raisons de le faire. Et même, qu'ils aient de bonnes raisons de nous mépriser. On peut retourner le problème dans tous les sens, on en revient toujours à Machiavel : si on ne peut être aimé, il faut au moins être craint. Nous ne sommes guère plus craints qu'en tant que caution morale, je rigole, âme damnée si l'on préfère, des États-Unis. Notre dernière capacité d'agir, qui est une capacité de nuisance, se trouve là : la vaseline BHL qui permet à d'autres - en Syrie, ça coince, quand même - d'aller les enculer une fois de plus. France, lubrifiant de l'Empire ! Qui a lu Verschave sait que ce n'est pas nouveau, mais, au fil du temps, et entre autres du fait du cynisme paradoxalement innocent de notre président actuel (et à venir ?), c'est devenu de plus en plus apparent.

De ce point de vue, on peut certes chercher plein de petites bêtes sur le cadavre de M. Merah, mais, comme le dit J.-P. Voyer, peu importe qu'il soit manipulé : je pense qu'il y a quelques années encore, personne n'aurait pu manipuler qui que ce soit pour le pousser à tuer des militaires français et des enfants... des enfants quoi, au fait ?

- la question n'a rien d'odieux, n'a rien d'un détail, comme dirait Jean-Marie, même s'il est plus aisé à un blogueur de la poser qu'à un homme politique de l'aborder : ces enfants, qu'étaient-ils pour leurs parents ? Juifs, Français, Israéliens ? qu'étaient-ils pour M. Merah ?

Passons. Ainsi que je le signalais avant-hier sur Twitter, j'ai commencé à écrire ce texte avant d'écouter l'entretien de mars d'Alain Soral. Je m'agaçais à part moi de lire sur le site d'E&R ou sur Voxnr des textes sur un éventuel côté agent double de M. Merah. Ach, ce n'est certes pas que cela me gêne que l'on ne se contente pas des versions officielles, ce n'est pas non plus qu'il soit insignifiant de savoir si Merah était « manipulé » (je mets des guillemets, parce que c'est une notion qui n'est pas aussi évidente qu'elle peut en avoir l'air : ce jeune homme avait son libre arbitre, me semble-t-il) et surtout par qui, mais je trouve qu'à ne s'interroger que sur cet aspect des choses on passe à côté d'autres vérités.

Dans son entretien du mois, donc, A. Soral, un peu comme il l'avait fait au moment des crimes d'A. Breivik, passe sans transitions logiques claires de l'émission d'hypothèses et de soupçons à propos de ce que racontent les media, à l'affirmation pure et simple que « c'est bidon » (je résume, je ne cite pas). C'est d'une certaine façon de bonne guerre, dans un entretien oral, mais cela ne simplifie pas les choses.

J'ajouterai que s'il n'est pas impossible que MM. Breivik et Merah aient été tous les deux « manipulés » par le grand méchant loup sioniste, il faudrait quand même se demander s'il est bien cohérent de voir la patte dudit loup derrière, d'une part, un aryen sioniste qui tue des jeunes gauchistes, d'autre part un rebeu musulman aux actions fortement anti-sionistes. Je sais bien que, dans le détail, A. S. a affiné le truc, que l'histoire Breivik était censée être un signal envoyé à la Norvège pro-palestinienne, alors que Merah serait là pour alimenter le choc des civilisations…

Mais, bon sang de bois, il existe tout de même bien un peu, ce choc ! La question est surtout de savoir à quel point son existence se confond avec son essence, autrement dit de savoir si eux et nous sommes voués à nous détester, depuis toujours et pour toujours, et à nous foutre sur la gueule de plus en plus souvent, éventuellement jusqu'à anéantissement de l'une des parties, ou si l'état de haine réciproque par certains aspects de plus en plus évident est un acmé temporaire, qui peut laisser la place à une coexistence pacifique, n'impliquant pas nécessairement - il ne vaut sans doute d'ailleurs mieux pas - de grandes embrassades.

Je suis d'accord avec A.S. pour jouer la deuxième option, je ne conteste absolument pas le rôle que jouent N. Sarkozy et autres BHL pour mettre de l'huile sur le feu en la matière, mais ce qui persiste à me gêner est cette espèce d'idée sous-jacente qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que tout aille bien. (Ce n'est pas forcer le sens de la pensée d'Alain Soral que d'aller jusqu'à dire que selon lui il suffirait que les Juifs arrêtent d'être juifs, quoi que l'on entende par là, pour que tout aille bien.) Peut-être ne faudrait-il effectivement pas grand-chose pour que tout aille mieux, mais pour que tout aille bien, c'est une autre paire de manches.

Reposons maintenant le problème comme nous avions commencé par le faire, la difficulté, vous l'aurez compris, étant qu'il me faut à la fois parler de M. Merah et d'A. Soral, alors même que l'on ne sait pas trop ce que voulait le premier cité, ce qui m'oblige à traiter la question par approches tantôt générales, tantôt plus précises. Dans son entretien récent, le « Président » a une formule assez forte, que je cite approximativement : sa propre analyse de la situation politique en France et dans le monde serait tellement juste qu'il faut en venir à faire tuer des enfants pour essayer de la contrecarrer.

D'une certaine façon, c'est exactement ce que j'ai écrit au début de ce texte, et qui me semble effectivement essentiel : que M. Morah ait été seul, agent double, triple, fou, manipulé, hyper-lucide, lâche ou courageux, cela ne change rien au fait que ce qu'il a fait n'avait pas été fait avant en France, de même qu'A. Breivik avait poussé le curseur à un niveau jusque-là non atteint en Norvège, ou que O. Ben Laden avait donné une nouvelle dimension au terrorisme un certain jour de septembre 2001. Les services secrets peuvent être imaginatifs et cyniques, ils ne peuvent oser aller jusqu'à un certain niveau d'imagination et de cynisme que parce que cela correspond à un certain air du temps, qui les imprègne autant que le pékin moyen. Des enfants juifs élevés dans des écoles religieuses en France, cela fait un paquet d'années que l'on peut les dégommer sans problème et que l'on peut avoir envie de le faire si on juge que ce sera un bon message à envoyer à Israël. Matériellement, c'est très facile à faire, c'est même, soyons de mauvais goût, enfantin. Mais on ne l'avait jamais fait, parce que, spirituellement, c'est une autre paire de manches : tuer des gamins en France pour passer le bonjour à Israël, éventuellement faire tuer des gamins par un jeune homme en colère pour foutre la merde en France (ou, éventuellement bis, savoir que ce jeune homme est en train de manigancer un truc et le laisser faire, parce qu'on sent que ça foutra la merde en France), il faut que la situation soit déjà, encore une fois d'un point de vue spirituel, passablement pourrie pour que l'on en arrive là.

Et j'en reviens à mon point de départ : le problème est surtout qu'ils aient de bonnes raisons de nous détester. Je vous ai cité il y a peu la belle phrase de Simone Weil : "Les humiliations infligées par mon pays me sont plus douloureuses que celles qu'il peut subir." Nous en sommes arrivés au stade où se confondent les humiliations infligées et les humiliations subies : il ne s'agit pas d'éluder leurs responsabilités, mais de voir les nôtres en face, nous ne pouvons pas les changer, mais nous pouvons peut-être nous changer nous-mêmes, un peu. C'est encore, finalement, le meilleur moyen pour que BHL soit moins juif.


P.S. Et Marc-Édouard Nabe, dans tout ça ? Depuis maintenant assez longtemps qu'elle est en ligne, je ne suis pas arrivé à regarder la vidéo de sa conférence avec T. Ramadan. L'antipathie que j'ai toujours eue pour celui-ci et ses incessants tortillements du cul, la mauvaise qualité de la vidéo sont des raisons à ce refus de la regarder, des raisons évidemment accessoires. J'ai surtout à combattre l'impression intuitive, depuis l'annonce de cette conférence, que MEN s'est ici engagé dans un truc foireux - et ça me ferait chier d'avoir raison. Les extraits mis en ligne par A. Soral ne le confirment qu'à moitié, ce que dit M.-É. Nabe sur le côté « mystique » du printemps arabe suscitant par exemple ma curiosité. A suivre !


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lundi 23 novembre 2009

La loi morale dans mon cul.

Je découvre cette phrase de Camus : "Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie." Il y a souvent un réel plaisir à ne pas savoir la signification précise qu'un auteur a voulu donner à l'expression de sa pensée, faute de disposer du contexte : le nivellement par le bas, le protestantisme, l'État-policier (qui entretient des rapports évidents à l'individualisme : si chacun est responsable de soi, c'est chacun qu'il faut surveiller, car le danger peut venir de n'importe qui... Hortefeux, c'est une vraie tendance de la démocratie), la prise en charge par l'individu de sa culpabilité, et, tant qu'on y est, de celle des autres (Sartre !)... les interprétations se bousculent, et tant pis si elles ne correspondent pas à ce que Camus a voulu dire. Je vous laisse y rêver en partant au boulot ou pointer au chômage.

Un petit divertissement tout de même pour votre début de semaine : dans deux semaines, sans doute n'aurez-vous rien de mieux à faire que de "Rêver le capitalisme" !, ceci avec une sacrée bande d'enculés-enculistes. Restons à Saint-Germain-des-Prés, cela fait irrésistiblement penser à Vian et à sa Java des bombes atomiques : "La seule chose qui compte, c'est l'endroit ousqu'elle tombe..."

Y a quelqu'chose qui cloche là-dedans !

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samedi 19 septembre 2009

Élection (piège à c... ?), II.

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Éclaircissons donc les propos tenus la dernière fois sur la « judaïsation du monde ». Cette expression m'est venue suite à la lecture de l'interview que je retranscris ci-après. J'ai appris l'existence de cette interview chez Mme Kling-Kling, où est annoncée la publication en français par La Découverte du livre de David Slezkine, Le siècle juif, dont le sous-titre est : Pourquoi nous sommes tous devenus juifs. Anne Kling renvoie à un entretien accordé par l'auteur ici, et qui avait été traduit et retranscrit il y a deux ans par vox.nr. Vous suivez ?

Voici en tout cas cette interview :

"Dans votre livre, vous dites que les Juifs ont connu trois Paradis et un Enfer durant le XXe siècle. L’Enfer bien sûr se réfère à l’Holocauste. Quels sont les Paradis ?

Ce sont les destinations des trois grandes migrations à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Il y a les deux que nous connaissons tous – de l’Europe de l’Est, principalement la Zone de résidence dans l’empire russe, vers l’Amérique et la Palestine. Ensuite il y a celui qui m’intéresse particulièrement : de la Zone de résidence vers les villes russes. La plupart des Juifs qui restèrent en Russie allèrent à Kiev, Kharkov, Leningrad et Moscou, et ils montèrent dans l’échelle sociale soviétique une fois arrivés là. Cette troisième migration, invisible ou moins visible, fut beaucoup plus grande que celle vers la Palestine et idéologiquement beaucoup plus chargée que celle vers l’Amérique. Et, pendant les vingt premières années environ de l’Etat soviétique, elle fut aussi vue comme la plus réussie par la plupart des gens impliqués. Mais, à la fin du XXe siècle, elle était vue par la plupart des gens impliqués – les enfants et les petits-enfants des migrants d’origine – comme une erreur tragique ou comme un non-événement.

Les trois migrations furent, en un sens, des pèlerinages, et les trois représentèrent des manières différentes d’être juif, et d’être moderne, dans le monde moderne : Etat libéral aux Etats-Unis ; nationalisme ethnique séculier en Israël ; et communisme – un monde sans capitalisme ou nationalisme – en Union Soviétique. Cela, plus l’Holocauste, bien sûr, qui représente les dangers de ne pas participer à l’un de ces trois pèlerinages, représente une grande partie du XXe siècle, je crois.

Pourquoi les Juifs ont-ils eu tant de réussite au début de l’Etat soviétique ?

L’histoire des Juifs au début de l’Union Soviétique est similaire à l’histoire des Juifs en Amérique. C’est-à-dire qu’ils eurent une réussite particulière dans les domaines de l’éducation, du journalisme, de la médecine, et des autres professions qui étaient essentielles pour le fonctionnement de la société soviétique, incluant la science.

Les Juifs d’Union Soviétique étaient beaucoup plus instruits que tout autre groupe, ils étaient vierges de toute association avec le régime impérial, et ils semblent avoir été très enthousiastes concernant ce que faisait le Parti communiste. Cela fut dans une certaine mesure un engagement conscient en faveur de l’idéologie, mais ce fut surtout simplement parce qu’il n’y avait plus de barrières légales contre les Juifs. Les portes s’ouvrirent, ils se ruèrent à l’intérieur et réussirent excessivement bien dans les années 1920 et dans la première partie des années 1930.

Ma conviction est qu’on ne peut pas comprendre la seconde partie de l’histoire juive en Russie – les politiques antisémites, et ce qui arriva aux Juifs soviétiques plus tard, leur désir d’émigrer, par exemple – si on ne connaît pas la première partie de l’histoire, qui est surtout celle d’un succès étonnant.

Vous écrivez que les Juifs étaient des membres importants de la police secrète et aussi de ceux qui dirigeaient le Goulag. Cela était nouveau pour moi.

Le fait m’était inconnu quand je grandissais en Union Soviétique. La plupart des gens l’ont appris en lisant l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne. Il n’en faisait pas une affaire à l’époque, mais il parle des gens qui dirigeaient les camps de travail du Canal de la Mer Blanche, et ils étaient presque tous des Juifs ethniques.

Quelle fut votre réaction ?

Avant tout la surprise, parce que cela semblait si incongru pour ceux d’entre nous qui pensaient que les Juifs étaient les victimes principales et les opposants principaux au régime soviétique. Mais plus tard je découvris que le rôle du communisme dans l’histoire juive moderne était formidablement important. Je ne pense pas qu’on puisse comprendre l’histoire juive moderne sans examiner la Révolution russe, ni comprendre le communisme sans examiner le rôle des Juifs.

Qu’est-ce qui explique le succès des Juifs, d’une manière plus générale ?

Les Juifs appartiennent à une certaine communauté de gens qui s’impliquent dans certaines occupations, d’une manière similaire – et qui provoquent un ressentiment similaire. En comparant les deux, on découvre que cette spécialisation est très ancienne et assez commune.

Quelle est cette spécialisation ?

A différentes époques et en des lieux différents, il y eut des tribus – des groupes ethniques – qui se spécialisaient exclusivement dans la fourniture de services pour les sociétés productrices de nourriture environnantes. Cela inclut les Roms/Gitans, divers dénommés « voyageurs » ou « romanichels », les Fuga en Ethiopie, les Sheikh Mohammadi en Afghanistan, et bien sûr les Arméniens, les Chinois d’outre-mer, les Indiens en Afrique de l’Est, les Libanais en Afrique de l’Ouest et en Amérique Latine, et ainsi de suite. Je les appelle tous des « Mercuriens », par opposition à leurs hôtes « Apolloniens ».

Qu’entendez-vous par ces termes ?

Apollon était le dieu du bétail et de l’agriculture. Les sociétés « apolloniennes », au sens où j’utilise le terme, sont des sociétés organisées autour de la production de nourriture, des sociétés formées principalement de paysans, plus diverses combinaisons de guerriers et de prêtres qui s’approprient le travail du paysan en contrôlant l’accès à la terre ou au salut.

Mercure, ou Hermès, était le dieu des messagers, des marchands, des interprètes, des artisans, des guides, des guérisseurs, et des autres transfrontaliers. Les « Mercuriens », au sens où j’utilise le terme, sont des groupes ethniques, des sociétés démographiquement complètes, qui ne s’impliquent pas dans la production de nourriture, mais qui vivent en fournissant des services aux Apolloniens environnants.

Dans le monde moderne, les Apolloniens doivent devenir plus mercuriens – plus juifs, si vous préférez ; mais les valeurs apolloniennes, essentiellement les valeurs paysannes et guerrières, survivent, bien sûr. Les deux attitudes, les deux types idéaux, sont toujours présents aujourd’hui, et les Juifs, les plus accomplis de tous les Mercuriens, jouent encore un rôle très spécial dans le monde moderne – en tant que modèles du succès tout comme de la victimisation.

Il y a des similarités frappantes dans la manière dont tous les Mercuriens se voient et voient leurs voisins non-mercuriens, et dans la manière dont ils se comportent réellement.

Pouvez-vous donner des illustrations de ce que vous voulez dire ?

Essentiellement, l’idée est que certaines choses dans les sociétés apolloniennes traditionnelles sont trop dangereuses ou trop impures pour être accomplies par les membres de ces sociétés : communiquer avec les autres pays, les autres mondes, et les autres tribus ; manipuler l’argent ; soigner le corps, et avoir affaire au feu en travaillant le métal, par exemple. Toutes ces spécialités sont typiquement mercuriennes. La plupart des romanichels et des voyageurs ont commencé comme ferblantiers. Mon arrière-grand-père était un forgeron juif.

C’est un monde très vaste, si vous y pensez : maladie, échange, négociations, voyage, enterrements, lecture. Et c’étaient des choses que les étrangers internes permanents, ou Mercuriens, étaient prêts à faire, obligés de faire, équipés pour les faire – ou très bons pour les faire.

Et ces occupations n’étaient pas limitées aux Juifs.

Il y avait de nombreux groupes accomplissant de telles fonctions. Et dans le monde entier, ils partageaient certains traits et sont regardés d’une manière similaire. Pensez aux Juifs et aux Gitans. Les deux étaient traditionnellement vus comme de dangereux étrangers internes, sans patrie pour des raisons de punition divine, et engagés dans des activités néfastes et moralement suspectes. Ils furent toujours vus comme des images-miroirs de leurs communautés hôtes : leurs hommes n’étaient pas des guerriers, leurs femmes semblaient agressives – et, peut-être pour cette raison, attirantes ; ils demeuraient des étrangers en restant à l’écart, refusant les mariages mixtes, refusant de combattre et de partager les repas – se contentant de fabriquer, d’échanger, de vendre, et éventuellement de voler, des choses et des concepts. Et donc ils furent redoutés et haïs en conséquence, avec l’Holocauste comme point culminant de cette longue histoire de peur et de haine.

Et je pense qu’ils étaient vus de manière similaire parce qu’ils étaient, à de nombreux égards, similaires. Beaucoup étaient des fournisseurs de service nomades exclusifs ; les deux avaient des tabous rigides concernant la nourriture impure et les mariages mixtes ; les deux ne pouvaient survivre qu’en demeurant des étrangers – d’où les prohibitions contre le partage de la nourriture et du sang avec leurs voisins, et l’obsession de la pureté.

Mais les Gitans n’ont certainement pas eu le succès que les Juifs ont eu dans le monde moderne.

Je distingue entre la majorité des Mercuriens, incluant les Gitans, qui s’engagent dans le petit entreprenariat paria et non-cultivé ; et ceux, comme les Juifs, qui se spécialisent, entre autre choses, dans l’interprétation des textes écrits. Avec la montée du monde moderne, les Gitans ont continué à exercer leur métier dans le monde en diminution de la culture orale populaire, alors que les Juifs se sont mis à définir la modernité.

En tous cas, la manière dont les Mercuriens et les Apolloniens se regardent les uns les autres est similaire partout où on porte le regard. Ce qui est vrai des Juifs et de leurs voisins paysans dans la Russie impériale est vrai, je pense, des Gitans et de leurs hôtes, ainsi que des Indiens et des populations locales en Afrique de l’Est, et ainsi de suite.

Y compris les Chinois d’outre-mer en Asie du Sud-est ?

Oui. Les Chinois d’outre-mer aussi sont supposés être habiles – trop habiles, peut-être. On peut reprendre la liste antisémite habituelle : ils sont distants, tortueux, pas virils, etc. C’est la manière dont les Apolloniens décrivent les Mercuriens dans le monde entier.

Et bien sûr on pourrait interpréter ces mêmes traits sous un jour positif. « Habileté » et « fourberie » peuvent devenir « intelligence » et « engagement général pour la vie de l’esprit ». Les Gitans sont fiers d’être plus malins que les non-Gitans auxquels ils ont affaire, tout comme les Juifs le sont, ou l’étaient dans le monde juif traditionnel. La vision mercurienne des Apolloniens tend aussi à être négative : « sentimentalité », « courage » et « terre-à-terre » peuvent devenir « stupidité », « belligérance » et « impureté ».

En d’autres mots, les oppositions esprit/corps, intelligence/physicalité, impermanence/ permanence, non-belligérance/belligérance restent les mêmes et sont reconnues par tous ceux qui sont impliqués. Chacun sait quels sont les traits associés à chaque groupe ; la différence est dans l’interprétation.

Ce qui vous conduit à conclure quoi concernant les Juifs ?

Vues de cette manière, certaines choses concernant l’expérience juive et le rôle économique juif traditionnel deviennent moins uniques, pour ainsi dire. Pour parler brutalement, peut-être, ce n’est pas un accident s’il y a eu un holocauste gitan.

Que voulez-vous dire ?

Qu’il y a des similarités entre Juifs et Gitans et tout un tas d’autres gens qui s’engageaient dans des recherches similaires, [des similarités] qui vont plus loin que leur sort commun sous les nazis, ou que l’hostilité qu’ils rencontrent partout où ils vont.

Cela pourrait changer la manière dont on comprend l’antisémitisme.

Dans mon livre, j’ai tenté de donner le contexte de l’expérience juive, d’expliquer à la fois la victimisation juive et le succès juif.

Sur la question particulière de l’antisémitisme, mon livre soutient que l’antisémitisme n’est pas une maladie, n’est pas mystique, n’est pas inexplicable. Il soutient que les croyances et les perceptions et les actions habituellement associées à l’antisémitisme sont très communes, et qu’elles ne s’appliquent pas seulement aux Juifs.

Votre argumentation vous donne-t-elle, personnellement, une compréhension différente de ce que cela signifie d’être juif, et de l’antisémitisme ?

Bien sûr qu’elle le fait ! Je n’ai pas écrit le livre pour prêcher quelque chose en particulier. Mais j’espère qu’une conclusion que les gens tireront de cette partie du livre est que quelque chose qui est compris est plus facile à combattre. Si on considère l’antisémitisme comme une mystérieuse épidémie, alors il est difficile de savoir quoi faire. Quand vous sentez que vous comprenez ce qui le provoque, alors il devient plus intelligible. Et moins dangereux.

Mais pour l’Holocauste ?

L’Holocauste juif fut d’une certaine manière plus grand que tout autre événement de cette sorte dans l’histoire du monde. Mais les perceptions sur lesquelles il est basé sont parfaitement familières et très communes. L’histoire des Chinois d’outre-mer en Asie du Sud-est, par exemple, est une histoire de pogroms incessants ainsi que de succès remarquables.

Vous avez vu ces croyances communes vous-même ?

En grandissant en Russie, on ne pouvait pas s’empêcher de remarquer que les choses que les gens disaient ou pensaient sur les Arméniens étaient à de nombreux égards analogues aux choses que les gens disaient ou pensaient sur les Juifs. Et il y eut mon expérience en Afrique de l’Est, qui est l’une des raisons pour lesquelles je me suis intéressé à la comparaison. Au Mozambique, il était frappant de voir combien les rôles sociaux et économiques des Indiens locaux étaient similaires aux rôles sociaux et économiques des Juifs en Europe de l’Est.

Voyiez-vous les Indiens comme des « Juifs » à l’époque ?

Oui. Tout le monde les voyait ainsi. Ils sont souvent appelés ainsi – « les Juifs de l’Afrique de l’Est ». Et les Chinois d’outre-mer sont parfois appelés « les Juifs de l’Asie du Sud-est ».

Mais c’est une chose de réaliser que la rhétorique est similaire ; c’en est une autre de reconnaitre que la rhétorique est basée sur quelque chose que les gens font réellement, et que cela remonte loin dans le passé, et que c’est beaucoup plus vaste que l’exemple familier des Indiens et des Chinois d’outre-mer.

Dans votre livre, vous examinez la littérature moderniste de cette manière.

Le Ulysse de Joyce, par exemple, est le texte central du modernisme, et il traite de cette même opposition. Le personnage principal, Leopold Bloom, est un « demi-juif » ; et la figure d’Ulysse est le représentant terrestre absolu du mercurianisme, de l’habileté, de l’agitation, de la diplomatie, de l’ingéniosité – toutes ces choses.

Y a-t-il un Juif apollonien fameux, pour utiliser vos termes ?

Irving Howe a dit que Trotski était l’une des plus grandes figures du XXe siècle parce qu’il avait réussi à être à la fois un écrivain et un guerrier ; quelqu’un qui analyse l’histoire tout en la faisant ; quelqu’un qui est également bon pour penser et pour tuer.

On pourrait dire qu’Israël, et le sionisme en général, est une tentative d’abandonner la judéité traditionnelle en faveur de l’apollonisme avec un visage juif, tels qu’ils le sont. Je suppose qu’Ariel Sharon serait un Apollonien juif. Il est partisan du rejet du monde des shtetl, de la vie de la diaspora, de la Zone de résidence – la voie mercurienne.

Comment expliquez-vous cela ?

La vie dans la Zone signifie vivre avec la faiblesse physique, associée à l’éloquence et à l’intelligence ; cela signifie faire des choses que les autres méprisent. Cela signifie être impliqué dans la vie de la diaspora et de la tradition. Et le sionisme devait être le rejet absolu de cette vie et de cette tradition. L’État d’Israël devint un endroit où l’on pouvait échapper au sort de Tevye le laitier – le grand personnage de Sholom Aleichem. Il devint un endroit qui existait dans le but de venger la faiblesse de Tevye par un rejet de l’habileté et de la non-belligérance de Tevye.

L’Holocauste créa une aura autour d’Israël qui le rendit différent de tous les autres Etats modernes, qui l’exclut de certaines des attentes qui sont habituellement associées aux États modernes – et de certaines critiques. A cause de son rôle très particulier, de son histoire, et de ses prétentions morales, Israël devint l’État auquel les règles standard ne s’appliquent pas.

D’une tentative de sortir du ghetto, Israël s’est transformé en un ghetto d’un nouveau genre, qui est le seul endroit où vous pouvez dire certaines choses.

Par exemple ?

C’est le seul endroit dans le monde occidental où un membre du Parlement peut dire – et en toute impunité – « déportons tous les Arabes hors d’Israël ». Ou bien où tant de gens peuvent dire, dans la conversation politique de routine : « Nous devons faire plus d’enfants juifs parce que nous voulons que cet Etat soit ethniquement pur ». Imaginez quelqu’un disant la même chose en Allemagne : « Procréons pour faire plus d’enfants parce que nous avons trop de Turcs ici ».

Et Israël peut aussi faire des choses que les autres Etats ne peuvent pas faire ?

Oui, comme construire des murs. Il y a eu une tentative de construire un mur dans une ville en République Tchèque – pour séparer la zone tzigane du reste de la ville.

Que se passa-t-il ?

Ce fut un tollé. Ça n’a pas pu se faire. Ainsi, cela me semble être encore une ironie tragique dans l’histoire des Juifs : la tentative de créer un État comme les autres conduisit à la création d’un État qui est remarquablement différent de la famille d’États qu’il voulait rejoindre.

Mais c’est seulement l’une des trois grandes migrations. L’histoire des Juifs en Amérique a été une histoire de réussite et de succès formidables. L’histoire des Juifs en Russie a été une tragédie, au sens le plus basique du mot : il ne peut y avoir de tragédie sans l’espoir et l’épanouissement initiaux, sans la noblesse de caractère que le défaut fatal finirait par miner. C’est ainsi que je vois l’histoire de la vie de ma grand-mère.

Et, en utilisant votre métaphore mercurienne, vous dites qu’à l’époque moderne nous avons tous dû devenir juifs.

Une partie centrale de mon argumentation est que le monde moderne est devenu universellement mercurien. Le mercurianisme est associé à la raison, à la mobilité, à l’intelligence, à l’agitation, au déracinement, à la pureté, au franchissement des frontières, et au fait de cultiver des gens et des symboles par opposition aux champs et aux troupeaux. Nous sommes tous supposés être des Mercuriens maintenant, et les Mercuriens traditionnels – en particulier les Juifs – font de meilleurs Mercuriens que tous les autres.

Et c’est la raison de leur succès extraordinaire et de leur souffrance extraordinaire dans le monde moderne. Cela, me semble-t-il, est la raison pour laquelle l’histoire du XXe siècle, et l’histoire des Juifs en particulier, est l’histoire de trois Terres Promises et d’un Enfer."

Quelques commentaires :

- David Slezkine applique ce que je pourrais appeler le « théorème de Fassbinder », suite à l'analyse qui m'avait été suggérée par sa phrase : « Tout philosémite est un antisémite », ce que j'avais retraduit ainsi : le fait de différencier est plus important que le contenu de la différence. D. Slezkine montre bien comment on peut valoriser positivement ou négativement « Apolloniens » (terme moyennement choisi) et « Mercuriens » à partir de la même configuration d'ensemble ;

- le schéma explicatif de la modernité ici proposé va dans le sens de maintes analyses à vous offertes à ce comptoir : une part de la société - le commerce -, auparavant « imbriquée », comme disait Polanyi, dans l'ensemble, se retrouve sur le devant de la scène et prend une importance démesurée par rapport à celle qu'elle avait en régime traditionnel. L'apport de David Slezkine n'est pas tant de rapprocher Juifs et commerce, ou de rapprocher extension du commerce, importance croissante des Juifs et antisémitisme - les antisémites eux-mêmes ont très vite fait ces rapports -, que, par l'usage de la dichotomie Apolloniens-Mercuriens, de mieux faire saisir ce qui différencie les Juifs des autres Mercuriens au moment de la modernité - leur rôle central en Occident (le lieu de la modernité), leur rôle, par rapport aux Gitans, dans la culture écrite... -, et donc pourquoi « c'est [la Shoah] tombé surtout sur eux ».

On comprend mieux, du coup, le rapport névrotique de la modernité occidentale à ses Juifs : la séparation traditionnelle - Apolloniens-Mercuriens, donc - ne reposait pas franchement sur une amitié réciproque, elle pouvait à intervalles réguliers déboucher sur des phénomènes violents où l'on retrouverait sans peine la logique girardienne du bouc émissaire, cette séparation n'en était pas moins viable, d'autant que les Apolloniens savaient bien, quitte à l'oublier de temps à autre, qu'ils avaient besoin des Mercuriens - en l'occurrence, principalement des Juifs - pour que la société fonctionne.

Avec la modernité et le « devenir-Mercurien », donc le « devenir-Juif » de la société comme des individus, le rapport Apolloniens-Mercuriens se fait plus complexe : si la haine antisémite devient plus forte, plus acharnée, ou si le comportement antisémite devient plus haineux, c'est parce que dans le monde moderne les Juifs représentent le monde moderne, ils représentent la modernité, ils représentent ce à quoi on sait plus ou moins que l'on ne devrait pas vouloir ressembler. Les stéréotypes traditionnels respectaient une division fondamentale du travail - au lieu que dans la modernité on reproche aux juifs d'être depuis toujours à l'image de ce que l'on cherche maintenant à devenir tout en redoutant de le devenir, on fait grief aux juifs d'avoir toujours été ce que soi-même on cherche désormais à devenir tout en sentant que c'est une mauvais idée, ou tout en redoutant que ce ne soit pas une aussi bonne idée que ça. « Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage » : la modernité et ses Juifs, ce serait quelque chose du genre « qui a la rage de nager (dans les eaux nouvelles et attirantes de la modernité) a peur de se noyer, et accuse son chien d'avoir la rage et de vouloir vous noyer ». Situation d'autant plus explosive que le chien, lui aussi, avait bien la rage, j'entends par là que les Juifs ont effectivement, et c'est bien normal, tiré profit des possibilités que la modernité leur offrait (les trois paradis évoqués par David Slezkine).

- Alain Brossat a parlé quelque part de la naissance d'Israël comme d'un « cadeau empoisonné », David Slezkine y voit une « ironie tragique » : il est de fait que cette « apollonisation » du peuple mercurien par excellence ne laisse pas d'être paradoxale. Elle est condamnée à l'avance, pour deux raisons : à l'échelle du monde entier, le sionisme est minoritaire chez les Juifs, en ce sens que la plupart d'entre eux préfèrent rester dans les sociétés devenues très mercuriennes que dans cet hybride qu'est l'État d'Israël : le « peuple juif » reste fondamentalement mercurien. Surtout, ce projet va dans le sens contraire de l'histoire (ce qui est aussi le cas, on le sait, de l'histoire de la décolonisation : alors que le processus global de décolonisation est entamé, voilà qu'un État colonial se crée brusquement, à contre-temps...), qui est donc celle d'une mercurisation globale des sociétés (lesquelles, je le précise ne sont pas complètement mercuriennes, ce qui est impossible, et même si cela ferait plaisir à un fou dogmatique comme Jacques Attali). On reproche parfois aux Juifs de vouloir le beurre et l'argent du beurre, par exemple de prôner l'antiracisme tout en voulant préserver leur « pureté », pour eux et pas pour les autres. Quoi qu'il en soit de la justesse de ces critiques, on voit bien qu'il y a quelque chose de ce type dans la situation d'Israël, et cela peut expliquer, en plus de considérations géopolitiques, à quel point cet État suscite les passions.

Ajoutons que cette idée d'« apollonisation » permet de mieux comprendre les points communs qu'une Hannah Arendt avait très tôt perçus entre le nazisme et le sionisme, du point de vue de leurs présupposés racialistes. Dans les deux cas - dans des proportions et avec des conséquences différentes - on assiste à une tentative d'« apollonisation » volontariste de sociétés devenues récemment (l'Allemande) ou depuis toujours (le peuple juif) mercuriennes. Je fais l'hypothèse que le fanatisme que dans les deux cas on peut sans difficulté repérer chez les zélateurs de ces entreprises vient d'une conscience plus ou moins obscure et refoulée qu'elles sont foutues d'avance, dans un monde devenu obstinément mercurien.

(Ce qui, au passage, permet de comprendre pourquoi de nombreux juifs religieux sont soit indifférents au sionisme, soit carrément anti-sionistes : si le sionisme est entre autres choses une crainte de voir disparaître, dans un monde mercurien, des spécificités juives, il est logique que ceux qui depuis toujours ont en charge, justement, l'aspect le moins mercurien du judaïsme, ne voient pas dans le sionisme une solution, ils en ont d'autres en magasin, qui ont fait leurs preuves depuis longtemps...)



Incidemment, tout ceci amène à penser que l'on n'en a pas fini, ni avec les Juifs, ni avec l'antisémitisme, en cette période de mercurianisme effréné, avec les réactions apollonisantes ou trop apollonisantes que cela peut susciter. Histoire à suivre, paradoxes en cours !



re-animator

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vendredi 19 juin 2009

L'Iran existe-t-il ?

Oui, bien sûr, mais c'est paradoxalement en ce moment que l'on se met à en douter, tant au fil des lectures on voit chacun fantasmer son Iran, se projeter en lui, au gré de ses propres motivations, pro-occidentales, anti-impérialistes, féministes, démocrates, anti-sionistes, etc.

(Ce qui est d'autant plus amusant que, d'après les témoignages assez nombreux que j'ai pu recueillir, et souvent de première main, il est fort difficile de résumer la position « des Iraniens » sur l'Occident : beaucoup rêvent d'y venir, principalement aux États-Unis, en Angleterre et en France, tout en le critiquant vertement (avec ou sans jeu de mots). Bref, sans approfondir le sujet, non seulement il y a des contradictions sur ce point entre Iraniens, mais il y a des contradictions dans l'esprit de nombreux Iraniens - ce qui est tout à fait banal (ce qui l'est moins, c'est que, maintenant, même les Américains semblent apprendre à vivre avec des pensées contradictoires, voilà de la nouveauté !), mais évidemment n'aide pas à « choisir son camp ».)

La palme, comme souvent, revient à l'incroyable Ivan Rioufol, dont on admirera l'extraordinaire bonne conscience à se mêler des affaires d'un pays souverain. Il suffit d'imaginer ce qui se passerait si un éditorialiste iranien demandait à son gouvernement d'envoyer des fonds pour soutenir les mouvements qui contestent la trahison par Nicolas Sarkozy du vote des Français au référendum du 29 mai 2005 - trahison d'ailleurs plus évidente que les fraudes imputées à Mamoud Ahmadinejad, dont il semblerait, à l'heure où j'écris, qu'il ait effectivement bétonné un scrutin qu'il aurait de toutes façons gagné, tout ceci étant écrit avec les précautions requises -, il suffit d'imaginer cela pour prendre la mesure de la bassesse du personnage.

(Digression : ce crétin prétentieux, toujours à donner des leçons anti-politiquement correct, ne dédaigne pas par ailleurs jouer les caisses de résonance pour le MEDEF : quiconque a pris récemment sa retraite, ou a parlé avec un conseiller financier ces dernières années, ce qui fait donc pas mal de monde, sait bien que la situation des retraites en France, telle qu'il la décrit, est complètement fausse : cela fait déjà un bail que nous ne sommes plus dans un pur système de retraites par répartition, que l'État d'une main rogne sur ce qu'il doit aux gens, de l'autre les encourage à entrer dans la capitalisation. Parler, ainsi que le fait I. Rioufol, comme si l'on partait à l'assaut d'un système puissant et d'un tabou très fort, c'est vraiment prendre les gens pour des cons. Fin de la digression.)

En contraste, c'est l'objet principal de cette petite intervention, je ne peux que vous recommander cet excellent article de M. Defensa. L'Iran n'y est évoqué que de façon périphérique, mais c'est peut-être la meilleure chose à faire. Félicitations du jury en tout cas !




Par ailleurs, on peut lire le diagnostic de Thierry Meyssan : on ne sait jusqu'où on peut le suivre, mais il apporte des informations que l'on ne trouve pas ailleurs.



Vive la France !

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samedi 16 mai 2009

En rire ou en pleurer (terminologie).

De Laurent Mucchielli je n'ai lu que quelques articles, ici et là. Il me semble, que l'on soit d'accord ou non avec les conclusions qui sont les siennes - et comme toujours dans ces cas-là il faut faire la part des choses entre ce qui est écrit dans une publication scientifique, ce qui est exprimé dans un « Rebond » pour Libéramerde, ce qui est déclaré à la télévision, monté et mis en contexte par un journapute... -, il me semble que cet homme offre quelques garanties minimales de sérieux qui font que si ses thèses peuvent être discutées il est difficile de les balayer d'un revers de main en lui prêtant on ne sait quelles intentions inavouables.

Or, de par la nature des sujets abordés (l'Islam, l'insécurité...) et de par la fréquence de ses apparitions Laurent Mucchielli est devenu le symbole « des sociologues » - il faut entendre le mépris avec lequel ce mot est prononcé (on peut ajouter, comme le faisait Muray pour les assimiler à des jdanoviens en puissance, « d'Etat », c'est encore pire), mépris qui renvoie les sociologues à leur position d'extériorité vis-à-vis des événements qu'ils analysent et sur lesquels il leur arrive de pontifier.

Une petite remarque d'abord. Je n'ai pas d'intérêt personnel en la matière, je comprends parfaitement que si l'on vient de se faire casser la gueule, ou, pire, de perdre un proche, parce qu'une bande incontrôlable a voulu s'amuser, on trouvera amère la leçon du sociologue fonctionnarisé vous expliquant que la violence est sur le long terme en baisse en France. Néanmoins, d'une part Laurent Mucchielli n'est pas policier et n'est pas payé pour envoyer les gens en prison, d'autre part, il me semble difficile de reprocher aux sociologues la position d'extériorité par rapport aux événements qui les définit justement comme sociologues. Autant reprocher à un historien de ne pas vivre dans le passé... Ceci étant dit, bien sûr, le sociologue de la violence qui se contenterait d'aligner les chiffres dans son bureau sans jamais rencontrer acteurs et victimes de cette violence risquerait fort de passer à côté de son sujet. Le sociologue a ici des possibilités que l'historien lui jalouse et qu'il serait fort condamnable de ne pas exploiter. Il reste que son rôle est d'avoir et de fournir une vision d'ensemble des choses, et que si on ne veut pas de cette vision, la refuser est une chose, reprocher à celui à qui la société a confié une mission, de l'accomplir, en est une autre.

(Au passage, on en dira autant des juges. Un juge qui reçoit une femme violée dans son bureau doit faire montre d'un minimum de délicatesse, c'est bien le moins. Mais il n'est pas là pour s'identifier à cette femme ou pour pleurer de chaudes larmes avec elle, il est là pour essayer, à partir de son récit, de celui du violeur présumé, d'éventuels témoins, de comprendre autant que faire se peut ce qui s'est passé. S'il n'est pas capable de cette capacité d'abstration, qu'il devienne éditorialiste ou Nicolas-Sarkozy, mais qu'il change de métier. (Après, on sait bien qu'il existe des juges (ou des médecins, pour recourir à un exemple que tout un chacun a plus souvent rencontré dans son existence) qui se réfugient avec soulagement derrière cette obligation de neutralité pour se cacher à eux-mêmes qu'ils n'éprouvent strictement rien d'autre que de l'indifférence ou de l'ennui pour la souffrance des victimes (ou des malades).)

Pour en revenir à Laurent Mucchielli, ces remarques me venaient à l'esprit à la lecture de cet article, dans lequel l'auteur, Christian Bouchet, s'appuie sur des conclusions récentes dudit Mucchielli au sujet de la baisse de l'antisémitisme en France. Or, cet article provient d'un site où, si ce n'est M. Bouchet, d'autres collaborateurs réguliers (P. Randa, par exemple) ne se privent pas d'ironiser sur « les sociologues », lorsque ceux-ci critiquent (encore une fois, à tort ou à raison) certains dogmes d'époque, ou certaines prénotions, sur l'insécurité ou la délinquance. Je propose donc de définir et de nommer « syndrome du Mucchielli » cette attitude si fréquente, qui consiste à s'appuyer sans le moindre état d'âme sur les statistiques officielles et les analyses du sociologue (« Tout de même, ces gens-là ne sont pas là pour dire n'importe quoi ») lorsqu'elles confirment ce que l'on pense déjà, et à les rejeter, en utilisant principalement les deux arguments évoqués plus haut, arguments d'ailleurs potentiellement contradictoires, ou du moins superfétatoires (« Ces gens-là ne savent pas de quoi ils parlent, ils restent dans leur bureau » ; « De toutes façons ils sont payés pour faire le silence sur ce qui se passe » - attention, il ne sert pas grand-chose de reprocher aux statistiques d'être extérieures à la compréhension du réel si on les considère comme manipulées à la base), lorsqu'elles viennent contredire la perception que l'on a des faits, l'analyse qu'on en a soi-même dégagée.

Il est vrai que les attitudes logiques sont, pour des raisons diverses, plus compliquées à adopter :

- considérer que les statistiques, étant extérieures au réel, ne sont d'aucune utilité pour le comprendre, ce qui est un point de vue difficile à tenir dans toute sa rigueur (il est délicat d'affirmer que l'insécurité augmente si l'on refuse de discuter sur les chiffres) ;

- considérer que les statistiques sont manipulées. Je ne dis pas que c'est faux à tout coup, loin de là, mais encore faut-il le prouver et l'expliquer à chaque fois, c'est du boulot.

Il est vrai aussi qu'il est naturel de faire plus confiance à des gens que l'on connaît, à des hommes politiques que l'on soutient, à des idées qui corroborent les thèses que l'on a élaborées à part soi - et vice-versa, pour ce qui est de la méfiance envers les ennemis, les adversaires... Mais, dans le cas du sociologue-statisticien, pourtant a priori moins directement touché par ces formes d'esprit partisan, le contraste entre le mépris que parfois on lui dispense et la facilité avec laquelle on l'utilise comme appui lorsqu'il peut servir la cause, ce contraste n'est pas sans susciter quelque sourire, éventuellement teinté d'amertume.


P.S. 1 : comme tous ces gens ne s'embarrassent pas à donner leurs sources (pourquoi fournir des informations ou des repères aux lecteurs, après tout...), les voici :

- le texte de Laurent Mucchielli (que je n'ai pas lu, ce n'était pas le sujet) ;

- la réponse de M. Waintrater pour le CRIF, à laquelle fait allusion C. Bouchet.


P.S. 2 : cela fait beaucoup moins sourire, cette vidéo de violence, découverte via le Stalker. Je la relaie sans arrière-pensée politique d'aucune sorte (les « débats » sur les couleurs de peau respectives des agresseurs et de la victime sont en l'espèce d'intérêt nul), comme une pièce à charge dans le dossier déjà bien lourd de l'accusation contre la nature humaine. (Heureusement, le dossier de la défense n'est pas tout à fait vide...)

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mercredi 15 octobre 2008

Les publicitaires sont nos prophètes.

pia


Volée chez M. Sutpen, cette vieille affiche publicitaire me semble se passer de commentaires. Vive la vie !


(Un lien en plus au passage, sur Action Directe.)

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mardi 19 août 2008

Bien résumé.

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J'ai lu quelque part (c'était sur Vox.nr, où d'ailleurs on peut lire une récente interview de Thierry Meyssan ("Mon retour [en France] ne sera pas possible tant que la France sera aux mains de traîtres.")) que si la psychanalyse n'était pas une théorie exacte, les psychanalystes avaient tout de même accumulé au cours du XXe siècle une certaine épaisseur de savoir sur les comportements humains. N'ayant aucune culture psychanalytique moi-même je rejoindrais assez volontiers ce point de vue, que par ailleurs me semble confirmer la lecture du livre de Michel Schneider (psychanalyste, entre autres), Big Mother. Psychopathologie de la vie politique(Odile Jacob, 2002). Cette lecture ne fait pas l'effet d'une révélation, mais on trouve dans cet ouvrage, clairement exprimées, des idées justes :

"On assiste à une vaste et systématique psychologisation des rapports sociaux. (...) Par un rabattement des fonctionnements de l'espace privé sur ceux de l'espace public, le conflit entre soi et l'autre est dénié à mesure qu'est valorisé le conflit entre soi et soi-même. La lutte des classes relève désormais de la pathologie mentale. La souffrance sociale se traite par une médicalisation chimique. La motivation a pris le relais de l'intérêt ; ce n'est pas que l'initiative soit préférée à la docilité : il faut prendre l'initiative de la docilité." (p. 72)

et plus loin :

"C'est de vous que je me plains, et je ne peux m'en plaindre qu'à vous. Situation absurde, que tout chagrin d'amour fait vivre. Mais c'est aussi la situation courante de la vie publique quand elle tourne à la tyrannie démocratique. Les couches sociales, faute de corps intermédiaires, ne peuvent prendre à témoin de leur misère que celui qu'elles accusent : l'Etat. Ou ceux qui l'occupent, quitte de temps en temps à aller porter sa plainte et sa confiance ailleurs ; on appelle ça l'alternance." (p. 134)

Faites passer !

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jeudi 1 mai 2008

"Dans l'atmosphère actuelle de telles chicanes ne sauraient surprendre."

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"Le diable a déjà séduit une moitié du monde, l'Orient, par la pitié bouddhique. Il veut maintenant en séduire l'autre, l'Occident. Il veut tuer Dieu, qui est amour, par la pitié." (D. Mérejkovsky, Atlantide-Europe, L'Âge d'Homme, 1995 [1930], p. 73)


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Rome est-elle encore dans Rome...


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Avec Miguel Serrano, immortel auteur de Adolf Hitler, le dernier avatar... En voici - en anglais, mais c'est ce que j'ai trouvé de plus synthétique -
une brève présentation :

"Serrano means that Hitler is the Tenth Avatar of Vishnu, the Kalki Avatar, who has incarnated to bring about the end of the Kali Yuga and usher in a New Age. In the terminology of Buddhism, Hitler is a Tulku or a Bodhisattva, who having previously emancipated himself from bondage to the circles of this world has taken on voluntary birth for the sake of mankind. Therefore he is beyond criticism.

Serrano believes that Hitler himself is still alive, having escaped from the ruins of Berlin in one of the Nazi disc-planes, and is continuing to direct an Esoteric War from the safety of a secret realm at the South Pole. The background to this scenario involves, once again, the legendary land of Hyperborea and its fabulous inhabitants (...). According to Serrano, the Hyperboreans were originally from beyond our galaxy, arriving on Earth in remote antiquity.

Their existence has been suppressed by a monumental conspiracy, which also seeks to misrepresent them as physical 'aliens'; in fact, we only perceive them as 'flying saucers' because we lack the perception to see them as they really are. They founded the First Hyperborea here on Earth, a realm that was not composed of mundane matter but which extended beyond the physical plane of existence created and controlled by the Demiurge, an inferior god whose first experiments in the creation of intelligent life resulted in Neanderthal Man.

The Demiurge instituted a cosmic regime by which all creatures would take the Way of the Ancestors - in other words, they would be reincarnated on Earth indefinitely. This was unacceptable to the Hyperboreans who preferred to take the Way of the Gods, only being reincarnated if they chose. The Hyperboreans possessed the power of Vril (...), which they wielded in their battles with the mechanistic Demiurge. The war between the Hyperboreans and the Demiurge resulted in the founding of a Second Hyperborea at the North Pole, taking the form of a physical, circular continent from which the Hyperboreans began to organize the spiritualization of the Earth. This would be achieved through the instilling of a single particle of immortality in the Neanderthals and other proto-humans, which would raise them out of their semi-animal state.

The Hyperboreans' plans seemed to be going well enough, until they made the mistake of having sexual intercourse with the creations of the Demiurge. This miscegenation was associated with a catastrophic cometary impact that caused the North and South Poles to change position. From that moment on, the Earth became 'the battleground between the Demiurge and the Hyperboreans, the latter always in danger of diluting their blood'."

Avec les relations sexuelles et le problème de la pureté du sang apparaît la question juive, à la fin de la guerre Hitler, donc, est sauvé par ses copains extra-terrestres et caché quelque part entre l'Antarctique et, tiens tiens, le Tibet

- ce qu'on s'amuse...

Les plus curieux pourront explorer le sujet, ou se contenter d'une présentation plus positive de Miguel Serrano, telle qu'on la trouve chez Voxnr, ce site à la fois Vieille France, proche de Soral, anti-sioniste documenté... et complètement fada-païen-aryen-indo-européen-blabla.

(Au passage, une photographie trouvée en cherchant des images de M. Dalaï, la fameuse Mme Blavatsky, bien connue des lecteurs de Guénon et Muray, grande figure de tous ces mouvements dits « ésotériques » :


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Câline et taquine, toujours jolie...)

Les « événements » actuels au Tibet ne peuvent d'ailleurs, pour quelqu'un d'un peu sincère et informé, qu'amener des dilemmes cornéliens, certains des soutiens politiques actuels du Dalaï-Lama gênant nécessairement un anti-impérialiste conséquent.

Quant au bouddhisme, dans tout cela, je ne sais pas où il est - ce qui est normal, il ne doit pas être dans le coin, et en plus, je n'y connais rien.


Quittons maintenant toute cette mélasse géo-politique, conceptuelle et « ésotérique », pour un peu de rafraichissante apologétique chrétienne, s'il vous plaît :

"Et tandis que je me retourne et bute contre ces livres modernes - ces livres habiles, merveilleux, ennuyeux, inutiles - l'un d'eux attire mon regard. Il a pour titre Jeanne d'Arc et il est d'Anatole France. Je n'y ai jeté qu'un coup d'oeil mais ce coup d'oeil m'a suffi pour me rappeler la Vie de Jésus de Renan. On y retrouve cette même étrange méthode du sceptique respectueux. Il discrédite les histoires surnaturelles qui ont quelque fondement, en racontant des histoires naturelles qui n'en ont pas. Sous prétexte que nous ne pouvons croire à ce qu'un saint a fait, nous prétendons savoir parfaitement ce qu'il a ressenti. Ce n'est pas pour les critiquer que je cite ces livres mais parce l'association fortuite des noms a évoqué deux images saisissantes de santé d'esprit qui renvoient dans l'ombre tous les livres empilés devant moi. Jeanne d'Arc ne resta pas figée à la croisée des chemins, soit pour les avoir tous refusés, comme Tolstoï, soit pour les avoir tous acceptés comme Nietzsche. Elle a choisi une voie et l'a parcourue telle la foudre. Pourtant, j'ai constaté que Jeanne avait en elle tout ce qui était authentique aussi bien en Tosltoï, la joie que lui inspiraient les choses simples ; en particulier l'humble pitié, les réalités de la terre, le respect des pauvres, la dignité d'un dos courbé. Jeanne d'Arc avait tout cela et quelque chose de plus : elle supportait la pauvreté autant qu'elle l'admirait, tandis que Tolstoï, typiquement aristocrate, s'efforçait d'en découvrir le secret. Puis j'ai songé à ce qu'il y avait de courage, de fierté, de pathétique dans ce pauvre Nietzsche, à sa révolte contre la vacuité et la pusillanimité de notre époque. J'ai pensé à son appel à l'équilibre extatique du danger, à sa nostalgie des galops des grands chevaux, à son appel aux armes. Jeanne d'Arc avait tout cela et encore quelque chose de plus : elle n'exaltait pas le combat, elle combattait. Nous savons qu'elle n'avait pas peur d'une armée, alors que Nietzsche, pour autant que nous le sachions, avait peur d'une vache. Tolstoï se contentait de célébrer le paysan ; elle était une paysanne. Nietzsche se contentait de célébrer le guerrier ; elle était une guerrière. Elle les a battus tous les deux sur leur propre terrain, celui de leurs idéaux, plus noble que l'un, plus violente que l'autre. C'était aussi une femme pratique et efficace, tandis que nos deux extravagants spéculateurs, eux, ne font rien. Il était impossible que ne me vînt à l'esprit la pensée que Jeanne avec sa Foi détenait, peut-être, un secret d'unité et d'utilité morales, maintenant perdu.


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Une autre pensée, plus haute, a suivi. La figure colossale de Son Maître a traversé le champ de mes réflexions. Les mêmes nuées du modernisme qui assombrissent le récit d'Anatole France assombrissent aussi celui d'Ernest Renan. Renan a séparé, lui aussi, la pitié de son Héros de sa combativité. Il a été jusqu'à voir dans la juste colère de Jésus à Jérusalem une simple dépression nerveuse due à la déception de voir trahies les espérances idylliques nées en Galilée. Comme s'il y avait une incompatibilité entre aimer l'humanité et haïr l'inhumanité. Les altruistes, de leurs voix débiles et grêles, dénoncent l'égoïsme du Christ. Les égoïstes, de leurs voix plus grêles et plus débiles encore, dénoncent Son altruisme. Dans l'atmosphère actuelle de telles chicanes ne sauraient surprendre. L'amour d'un héros est plus terrible que la haine d'un tyran. La haine d'un héros est plus généreuse que l'amour d'un philanthrope.

- Heil Corneille !

Il y a un immense, un héroïque équilibre d'esprit dont les modernes ne peuvent que recueillir les fragments. Il y a un géant dont nous voyons seulement les bras et les jambes tronquées s'agiter. Ils ont déchiré l'âme du Christ en lambeaux sans âme, étiqueté égoïsme et altruisme, et ils restent déconcertés devant Sa folle Magnificence et Sa folle Douceur. Ils se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort les morceaux de son manteau. Pourtant la tunique était sans couture, d'un même tissu du haut en bas." (G. K. Chesterton, Orthodoxie, Gallimard, 1984 [1908], pp. 64-67, trad. légèrement modifiée.)


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(Chez (ce vieux cochon de) Bresson, elle est de surcroît bandante, cela ne gâte rien.)


Pas mal, non ? - Pour le reste, il faut me croire sur parole quand je vous dis que c'est pure coïncidence si je publie cet agencement de photographies et de citations le 1er mai, alors que dans quelques heures vont défiler sous la bannière de Jeanne aussi bien des chrétiens traditionnalistes (parfois antisémites) que des crypto-bouddhistes (parfois antisémites). Ach, laissons le mot de la fin à Foucault (Jean-Pierre, pas Michel) : "Le monde est fou !"


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- Ils ont raison, mieux vaut en rire...

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