vendredi 25 mars 2011

A Caligula, Caligula et demi.

Ajout le lendemain.



On dit que Rioufol est ma « tête » (je n'ose pas dire de Turc, il se vexerait), mais l'ai-je forcé à écrire, à propos de l'intervention « humanitaire » de la France en Libye, cette phrase :

"Ouvrant le feu, samedi à 17h45, contre des blindés de ce Caligula, la France a retrouvé un peu de son honneur et de ses idéaux, en frappant un tyran qui l'avait humiliée à plusieurs reprises, notamment en plantant sa tente à deux pas de l'Elysée."

La plume même du meilleur peut certes déraper, mais cette sentence aurait une belle place dans une anthologie de la connerie et de la bassesse. On a les « rossignols du massacre » que l'on mérite, et de ce point de vue il faut bien avouer qu'entre un Président ridicule, un écrivain et cinéaste aussi nul que prétentieux

(il y a une justice : deux semaines après leur sortie les livres de BHL sont déjà proposés à 50 cm chez les soldeurs - dix ou vingt ans après leur parution ceux de Nabe sont volés dans les bibliothèques municipales, se vendent à 150 euros pour certains sur le net : il existe bien quelque chose comme un verdict du public, qui ne repose pas sur rien)

, et un barde stupide et peu inspiré tel que le Rioufol, il y a là une sainte trinité de la vanité et de la nullité qui ne manque pas de cohérence. Si tout cela était du jeu et pas de la politique de chair et de sang, on en rirait - ou peut-être est-ce le contraire, peut-être est-ce justement parce que c'est du « vrai » que cela peut et doit faire rire. A cela deux raisons : si c'était « pour de faux », cela n'aurait guère d'intérêt, nos trois assassins ne seraient pas différents des ados qui tuent plein de monde sur la Playstation ; et c'est justement le fait qu'ils ne comprennent pas que ce n'est pas ici de la Playstation qui est, à sa façon, drôle.

(On se désolera en passant que N. Dupont-Aignan, qui me semblait jusqu'ici d'assez bon sens, ait cru bon de se joindre au choeur des va-t-en guerre, mais depuis le début je me méfiais de sa gueule de puceau-premier de la classe : voilà, au premier problème un peu complexe, certaines vérités se dévoilent. - Notons que j'avais d'abord, lors de mon premier jet, mis un lien vers ce texte là où je l'avais lu, sur ce site, et qu'il en a été entretemps supprimé. Quelqu'un parmi les « gaullistes » s'est mis à réfléchir ?)


Je renonce à commenter dans toutes ses implications la phrase de Rioufol, et notamment sa conception rigoriste de la loi du talion (ce n'est plus même « pour un oeil, toute la gueule », mais « pour un oeil, une dizaine de Rafale »), qui ferait passer l'esprit originel de cette « loi » pour un modèle d'humanisme, ou sa haine mal dissimulée du Bédouin. Je note juste que si la France a bien été humiliée par M. Khadafi lors de son dernier voyage, c'est en grande partie à travers et grâce à Nicolas Sarkofumier, et que personne à part un illuminé comme Rioufol ne peut voir dans le bombardement du pays un châtiment à la mesure de cette offense (assez drôle par ailleurs : cela n'exonère pas M. Khadafi de ses crimes, mais il y a chez lui un certain esprit que l'on serait bien en peine de trouver chez Sarkon et sa raideur de parvenu peu sûr de lui).

Peut-être trouvera-t-on que j'en fais beaucoup pour une simple incise, mais pourquoi ne pas la prendre au premier degré ? Ce n'est même pas que les pulsions d'Ivan Rioufol s'y révèlent plus qu'ailleurs, elles sont assez clairement exposées à longueur d'articles, c'est que cette phrase, prise dans son sens premier (et, après tout, n'est-ce pas le moins que l'on doit à un auteur que de le lire pour ce qu'il veut dire ?), pousse jusqu'à l'absurde les raisonnements habituels de notre chroniqueur préféré. Et quand on chante la guerre, quand on applaudit à la mort, ne doit-on pas faire un minimum attention à ce qu'on écrit ? On n'ira pas jusqu'à écrire qu'appeler au massacre est légitime si l'on a du style, mais au moins, en ce cas, se hisse-t-on quelque peu à la hauteur de son sujet, au lieu de donner cette risible impression de faire sous soi sa haine de l'Autre.


- Par ailleurs et pour finir, en laissant Ivan le pas terrible de côté, on s'amusera à réfléchir aux implications distrayantes que peut avoir le concept utilisé par l'ONU pour justifier l'intervention, la protection des populations contre leurs gouvernants. Le peuple français aurait ainsi bien besoin d'être protégé de Sarkoracaille, un Poutine pourrait de bonne foi chercher à nous en débarrasser, dans un renouvellement audacieux quoiqu'un peu brusque de l'alliance franco-russe. Et les Libyens, un jour, du moins ce qu'il en restera après le double traitement de choc khadafio-lévyen, les Libyens qui connaissent leur Berlusconi, devraient s'aviser de son rôle nocif pour le peuple italien et balancer quelques bombes (de fabrication française ? j'ai oublié d'évoquer les armes françaises dans cette histoire...) sur Rome, pendant que les gardes suisses, envoyés par un Benoît XVI lui-même las des frasques de Silvio, lanceraient l'insurrection terrestre... Bien évidemment, les États-Unis déclencheraient, enfin, la guerre contre la Chine et son régime de potentats autoritaires qu'un milliard d'êtres humains attendent avec impatience - tout en risquant d'être attaqués dans le dos par Chavez et Ahmadinejad, qui, ne pouvant plus supporter l'injuste misère du peuple américain réduit à la pauvreté par Wall Street, mettraient sur pied une coalition militaire dirigée par Alain « Che » Soral. Maurice G. Dantec, toujours plus courageux que le reste du monde, envahirait crânement, à lui tout seul, l'Iran et l'Afghanistan. On n'entendrait bientôt plus parler de lui, comme maintenant. Les Israéliens, devant ces tristes spectacles, décideraient de s'auto-génocider, dans un éclair de lucidité mêlé à une forme de fierté à ne pas laisser à d'autres moins doués qu'eux la joie de faire ce travail.

Enfin du fun ! Lévy, Rioufol et Sarkonyahou, finalement, ont raison : le monde réel, c'est plus drôle que la Playstation...


(Au cas où : pour être plus « constructif », voici l'essentiel des arguments contre cette guerre, résumés par Jean Bricmont, et que je partage dans une grande mesure - tout en étant un peu surpris par le dernier paragraphe et son apologie du « doux commerce » cher à Benjamin Constant. Mais ce n'est pas le plus important en l'espèce.)



Ajout le 26.03.
Je lis qu'Emmanuel Todd "approuve" la guerre en Libye. C'est foutrement dommage. Cet avis donné en une simple incise, sans argument, dans une interview par ailleurs plutôt intéressante n'appelle pas de commentaire : je le signale surtout pour montrer que, hélas ou pas hélas, et comme des conversations privées avec des amis me l'avaient déjà montré, il n'y a pas que des cons ou des manipulateurs qui soient favorables à cette manoeuvre. C'est la vie !

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vendredi 13 janvier 2006

Retour en France - Divers - Chateaubriand III. (Ajout le 16.01, puis le 8.02)

(Cela devient confus... L'ajout du 16.01 prend place à la fin du texte lui-même, je le fais suivre du post-scriptum principalement consacré à M.-E. Nabe ; l'ajout du 8.02, sur le même thème, lui succède directement).

Il suffit donc que je parle de Hugo Chavez pour qu'il soit accusé d'antisémitisme !

Je fournis en fin de message divers liens qui explicitent cette "affaire", me contentant de la résumer brièvement :

le 24 décembre, M. Chavez a évoqué dans un discours la répartition des richesses mondiales, pour constater que 10% de la population du globe s'en accaparait la majorité, ce qui l'amena à se lancer dans une brève diatribe contre les "descendants" des "minorités" qui avaient crucifié le Christ puis Bolivar (sachant bien que pour le second il s'agit d'une métaphore). Certains ont vu dans ces propos une mise en cause plus ou moins directe des Juifs, et cela a donné un article de Libération qui vaut son pesant de mauvaise foi, d'inexactitudes grossières et de désinformation.

Si l'on en croit les connaisseurs de l'Amérique latine, dans le contexte des théologies de la libération, dans lequel se situeraient les propos de M. Chavez, cette saillie ne pourrait viser que les impérialistes - les héritiers de l'empire romain et des grands bourgeois du XIXè siècle. Je veux bien l'admettre. On peut néanmoins estimer qu'il y a une part d'ambiguïté dans ce discours, on peut même suspecter que frôler quelques connotations antisémites n'est pas forcément inutile à la popularité de Hugo Chavez dans certaines parties du globe. Pour être franc, ce serait plutôt mon opinion, et les grosses ficelles impérialistes de l'organisation juive qui a levé ce lièvre et en profite pour s'ingérer dans les affaires économiques du Vénézuela n'y changent rien. Il reste que mon sentiment est, à l'heure actuelle, du domaine du procès d'intention et ne légitime en rien les raccourcis et erreurs de l'article de Libération. Mais je voudrais surtout attirer l'attention sur quelques points.

Plaçons-nous dans l'hypothèse selon laquelle Hugo Chavez serait antisémite. Ce ne serait certes pas une preuve d'intelligence de sa part, mais serait-ce si grave ? Cela le deviendrait s'il menait une politique en conséquence ou s'il s'attaquait verbalement à la communauté juive, vénézuelienne ou autre. Tel n'est pour l'instant pas le cas. Ce pourquoi, si je comprends bien que les partisans de M. Chavez répliquent aux diffamations de Libération (et du Monde, qui s'est tout de même moins mouillé dans l'histoire), ils auraient aussi bien pu traiter cette histoire un peu par le mépris. Il est vrai que le journaliste de Libération écrit tellement de bêtises dans son papier qu'il était aisé de lui répondre sur ce terrain. Mais il faut aussi garder à l'esprit qu'un homme politique peut avoir bien des préjugés ou des bêtises dans la tête : tant qu'ils n'influent pas sur sa politique et ses discours, qu'en avons-nous à faire ?

Je ne suis pas connaisseur en la matière, et je sais bien par ailleurs que le cliché du "peuple déicide" est un classique de certaines formes d'antisémitisme. Mais on observe une tendance, déjà flagrante à la sortie du film de Mel Gibson, à faire comme s'il était absolument scandaleux de supposer que des juifs aient pu simplement jouer un rôle dans la mort du Christ. Il semble néanmoins qu'il est difficile qu'il en ait été autrement, dans la mesure où cette histoire se passe dans des communautés juives ; quant à Juda, que je sache, il n'était ni aryen ni celte. Etre conscient du caractère agressif du cliché du "peuple déicide", auquel l'Eglise catholique a renoncé, est une chose ; réécrire "l'histoire" en est une autre. "C'est le boulot des nouveaux exégètes : réviser le passé sous prétexte de lutter contre le révisionnisme du présent, un comble !", rage ainsi Marc-Edouard Nabe (je le cite plus avant en post-scriptum).

C'est un vœu pieux sans doute, mais il est grand temps que l'on cesse de dénoncer l'antisémitisme à tort et à travers. Il ne faut pas se leurrer, l'antisémitisme en France n'est pas un vain mot. Il serait tout de même aussi tragique que grotesque que cet antisémitisme, fort discret depuis des années, se réveille à force d'"affaires" montées de toutes pièces (RER D, Pascal Boniface, Jean Ferrat, "Phinéas" aussi, Chavez donc...), et par comparaison avec le peu de bruit que font d'autres violences pour l'heure bien plus réelles.

Il y a environ cent ans maintenant, des juifs assimilés comme Karl Kraus rejetaient jusqu'à l'idée d'une "culture juive" et voyaient dans une telle expression, fût-elle positive, un facteur discriminant, donc une forme perverse d'encouragement à l'antisémitisme. La génération suivante, avec par exemple Gershom Sholem, Martin Buber ou Kafka, sut redécouvrir les richesses de cette culture, sans pour autant - même si le cas de Sholem est à cet égard complexe - la poser comme fondamentalement différente des autres : il s'agissait principalement de lutter contre une forme d'oubli. Aujourd'hui, quand on entend des gens comme MM. Cukierman et Adler, on ne peut s'empêcher de revenir au raisonnement pourtant un peu court de Karl Kraus, et de penser que dans leur insistance sur de plus ou moins évidents particularismes juifs ils ne sont pas loin d'être les principaux propagateurs de l'antisémitisme en France.



Changeons, sinon de sujet, du moins de personnes. De retour en France, je n'ai évidemment rien eu de plus pressé que d'aller dans une librairie. Au rayon "société", j'ai pu constater que les ouvrages du genre Pour en finir avec l'homophobie ou Pour un féminisme de la subversion avaient été remplacés par un quelconque Contre les discriminations. Pour, contre... On coupe des arbres, afin d'imprimer ce genre d'insignifiances !

Aux rayons "philosophie" et "littérature", le "contre" l'emporte haut-la-main - on est loin des Exercices d'admiration d'un Cioran. Voilà que l'on démontre que Carl Schmitt ne s'est pas contenté d'adhérer au NSDAP pendant quelque temps, ce qui n'était déjà pas si mal, mais qu'il a été antisémite toute sa vie, ce qui rend de toute évidence sa pensée juridique "dangereuse" (c'est là un degré supplémentaire franchi par rapport à un livre précédent qui se contentait d'évoquer "Un détail nazi dans [sa] pensée") ; voilà qu'un ouvrage est consacré à l'antisémitisme (réel ou supposé, je n'en ai aucune idée) de Jean Genet ; voilà enfin qu'un autre rappelle que Céline était antisémite. Le scoop ! Celui-là surtout m'a plu, entre autres parce qu'il s'agit d'une vraie enquête de terrain, digne d'un journaliste de Libération : l'auteur se vante d'avoir été médecin de banlieue comme l'auteur du Voyage, sans pour autant, lui, être devenu antisémite - la belle affaire ! A-t-il écrit le Voyage, justement ? C'eût été plus difficile et sans doute plus méritoire... Puis ce brave monsieur, rendu intrépide par ce premier exploit, ose réclamer la requalification de l'écriture des pamphlets en crime contre l'humanité.

On peut discuter et condamner Céline, on peut s'interroger sur ce qu'il doit advenir des pamphlets en question quand sa veuve sera passée - ayant droit, elle s'oppose à la moindre réédition, tous problèmes d'incitation à la haine raciale mis à part -, faut-il pour autant un tel acharnement sur un auteur décédé depuis plus de quarante ans ?

Faut-il se faire mousser sur le dos des morts ? Faut-il tant d'arrogance à étaler sa lâcheté ? Est-ce devenu un passage obligé que de se venger de sa médiocrité sur les défauts de plus grand que soi ? Taguieff au moins, qui s'y connaît en médiocrité, s'en prend souvent à des vivants.



Je laisse ces petites merdes, et conclut sur Chateaubriand. J'avais d'abord prévu de l'évoquer sous les angles du judaïsme et de l'Islam, mais cela nous entraînerait trop loin et sera pour une autre fois. Je me contente de ce passage, sur un tout autre sujet :

"Viendra peut-être le temps, quand une société nouvelle aura pris la place de l'ordre social actuel, que la guerre paraîtra une monstrueuse absurdité, que le principe même n'en sera plus compris ; mais nous n'en sommes pas là. Dans les querelles armées, il y a des philanthropes qui distinguent les espèces et sont prêts à se trouver mal au seul nom de guerre civile : "Des compatriotes qui se tuent ! des frères, des pères, des fils en faces les uns des autres !" Tout cela est fort triste sans doute : cependant un peuple s'est souvent retrempé et régénéré dans les discordes intestines. Il n'a jamais péri par une guerre civile, et il a souvent disparu dans des guerres étrangères. Voyez ce qu'était l'Italie au temps de ses divisions, et voyez ce qu'elle est aujourd'hui [une colonie autrichienne, ou peu s'en faut]. Il est déplorable d'être obligé de ravager la propriété de son voisin, de voir ses foyers ensanglantés par ce voisin ; mais, franchement, est-il beaucoup plus humain de massacrer une famille de paysans allemands que vous ne connaissez pas, qui n'a eu avec vous de discussion d'aucune nature, que vous volez, que vous tuez sans remords, dont vous déshonorez en sûreté de conscience les femmes et les filles, parce que c'est la guerre ? Quoi qu'on en dise, les guerres civiles sont moins injustes, moins révoltantes et plus naturelles que les guerres étrangères, quand celles-ci ne sont pas entreprises pour sauver l'indépendance nationale. Les guerres civiles sont fondées au moins sur des outrages individuels, sur des aversions avouées et reconnues ; ce sont des duels avec des seconds, où les adversaires savent pourquoi ils ont l'épée à la main. Si les passions ne justifient pas le mal, elles l'excusent, elles l'expliquent, elles font concevoir pourquoi il existe. La guerre étrangère, comment est-elle justifiée ? Des nations s'égorgent ordinairement parce qu'un roi s'ennuie, qu'un ambitieux veut s'élever, qu'un ministre cherche à supplanter un rival. Il est temps de faire justice de ces lieux communs de sensiblerie, plus convenables au poëtes qu'aux historiens : Thucydide, César, Tite-Live se contentent d'un mot de douleur et passent."

En tout modestie - cela va sans dire -, je me permets ici de signaler que je ne disais pas grand-chose de différent, quoiqu'avec moins de netteté, dans un texte d'août dernier. Ceci d'ailleurs pourrait légitimer la plupart des insultes qu'il m'arrive d'émettre - même si l'on préférait paradoxalement avoir à insulter des quantités moins négligeables que Alexandre Adler ou un médecin qui se vante de n'être pas antisémite...


J'aurai encore beaucoup à dire sans doute sur le judaïsme, les sionistes, Chateaubriand... Mais cela suffit bien pour une rentrée. A bientôt !




Sur le "crédo antisémite" de M. Chavez, comme n'a pas hésité à titrer Libération, on consultera notamment :
- les articles de Libération, justement, et du Monde ;
- la réfutation publiée par Le grand soir ;
- l'utile complément du Réseau Voltaire ;
- le récapitulatif de Acrimed.

La polémique n'étant pas close, je précise qu'il n'est pas inutile de se reporter aux pages d'accueil de ces sites pour suivre son évolution ; Info-impartiale en propose par ailleurs un bilan. Si un article propose une bien courte vue de la religion, un autre, que je découvre en allant vérifier l'adresse ce site, exprime une opinion proche de la mienne sur l'ambiguïté du discours de Hugo Chavez.





(Ajout le 16.01)
Ça monte, ça monte, Libération se discrédite un peu plus chaque jour... On se reportera aux sites recensés précédemment, ainsi qu'à Rezo, qui oriente notamment vers un confrère en bloguerie, M. Mélenchon.

On peut néanmoins regretter que M. Chavez ait finalement obéi aux injonctions de l'organisation qui lui demandait des comptes sur ses déclarations. D'abord parce que c'est ce que cette organisation lui demandait, allant jusqu'à considérer que s'il ne disait mot il consentait de facto à être considéré comme antisémite, ce qui est une amusante conception de la preuve ; ensuite parce qu'il entre ainsi dans le jeu de ceux qui veulent lui faire perdre du temps avec des diversions de ce genre (moi aussi ; mais mon temps est moins précieux que celui de M. Chavez) ; enfin parce que s'étant agenouillé, même avec virulence, une fois, il risque fort d'avoir à recommencer, et recommencer, et recommencer...

Mais si cette affaire dirige Libération vers le sapin un peu plus vite, nous n'aurons pas tout perdu.





PS, le 14 janvier dans l'après-midi.
Who did it ? Qui a tué le Christ ? Cette question est-elle donc si complexe ? Je fais ici appel aux lecteurs plus connaisseurs que moi et de bonne foi, si j'ose dire, pour éclairer ma lanterne à ce sujet.
Après avoir rédigé le paragraphe sur le peuple déicide, qui ne date que de ce matin, je me suis rappelé que Nabe abordait le sujet dans J'enfonce le clou (Ed. du Rocher, 2004), à propos justement du film de Mel Gibson, La Passion du Christ. Le texte entier (pp. 141-168) vaut le coup, j'en extrais ces passages, quitte à trahir ça et là quelques nuances :

- "A force de voir de l'antisémitisme où il n'y en a pas, on finira par ne plus en voir là où il y en a. (...) Si on a cru en déceler dans le film de Mel Gibson, c'est que certains se sentent coupables de ce qu'on inflige au Christ. Tout le monde sait que dans l'histoire ce sont les Juifs de son temps qui ont voulu la mort de Jésus. Mais ça reste abstrait. Là, pour une fois, par des images, on montre le résultat de cette haine. (...) A partir du moment où la responsabilité des Juifs d'il y a deux mille ans dans l'exécution de Jésus est signalée, on est antisémite. Voilà la nouvelle loi des gentils mauvais esprits ! Mais Dieu ne mange pas de ce pain-là."

- "Jésus a bel et bien été crucifié, non pas par mais à cause des Judéens. Les Romains n'avaient rien à craindre de Jésus, les Juifs si. Ce n'est pas une ablette pareille qui allait mettre en péril le royaume de César, voyons ! En revanche, c'est dans son petit milieu d'Hébreux qui se tiraient tous dans les pattes que ce prophète à la mords-moi-le-Dieu risquait de foutre une merde dangereuse...

Si les disciples du Christ ont créé petit à petit le christianisme, c'est bien pour se dégager du judaïsme qui n'avait pas compris son message au point de vouloir le détruire. Ce sont les Hébreux finalement qui s'en lavent les mains puisqu'ils ont fait faire le sale boulot par les Romains alors qu'il leur aurait été facile de liquider leur faux Messie à coups de pierre au coin d'une rue sombre de Jérusalem. (...)

Seuls des agnostiques zélés peuvent croire encore que les apôtres juifs de Jésus furent simplement "déçus" par l'accueil fait à leur maître par Israël. Jean est furieux et se met au grec. Paul se renie en tant que juif. C'est bien le signe qu'il n'arrivaient pas à digérer la mauvaise action des leurs. Quel intérêt de perpétuer l'idée selon laquelle le christianisme ne serait qu'une variation du judaïsme ? (...) C'est une idée païenne que tous les monothéistes, juifs, musulmans ou chrétiens, rejettent. Et le paradoxe veut que ce soit ceux qui ne croient en rien qui se réclament de ce monothéisme."

- "C'est la grande faiblesse des sous-esprits de ce temps. Plutôt que de réfuter, ils s'indignent. Cette condamnation morale de la pensée au fur et à mesure de son élaboration est un symptôme de l'époque. On commence par admettre que Jean, Pierre, Paul et les autres disent tous la même vérité et on finit par dire que ce n'est pas la vérité puisque, au regard de la morale d'aujourd'hui, ils ont eu tort de la penser."

Beaucoup de choses, et encore ai-je laissé de côté tout autant. Et au moment où je me mets devant l'ordinateur pour faire mon travail de copiste, je tombe, dans Le grand soir, sur un texte de Danielle Bleitrach suite à la polémique sur Chavez, évoquant de façon tout à fait inverse la mort du Christ : tout est maintenant de la faute aux Romains.

Il est évident que Bleitrach connaît moins intimement son sujet que Nabe, que son texte est écrit à la va-vite (ce qui le rend d'ailleurs peu clair) ; il est peut-être caractéristique qu'elle se réfère à l'historien juif Flavius Josèphe, dont Nabe n'a pas tort de signaler que tout le monde le considère maintenant, sans raison, comme infaillible : de tout cela il ne s'ensuit pas qu'elle ait tort.

Des conseils, lecteur ?




(Ajout le 8.02)
Le Christ étant mort depuis longtemps et n'allant pas se retourner dans sa tombe pour toute cette histoire, j'avais mis de côté provisoirement cette question théologico-historique ; je viens de tomber sur un texte de M. I. Finley (in On a perdu la guerre de Troie, Les Belles-Lettres, 1990) remontant à 1964, peu après le concile Vatican II, à l'occasion duquel l'Eglise abandonna cette idée de "peuple déicide".

Finley insiste sur le fait que les Evangiles sont notre seule et unique source sur cette question, et qu'il ne lui semble pas possible de considérer qu'ils sont assez précis à ce sujet pour permettre de trancher en toute certitude. Sauf découvertes faites depuis, cela sonne comme une fin de non-recevoir.

Il ajoute : "Il y a malheureusement pas mal de naïveté dans l'idée implicite que l'antisémitisme va tranquillement disparaître pour peu qu'on puisse démontrer de façon incontestable qu'aucun Juif (...) n'a eu de responsabilité dans la crucifixion.", ce en quoi les événements ne lui ont pas donné tort ; et conclut : "C'est le monde qu'il faudra changer, non le passé." A bon entendeur...


(Trois jours après...)
Je découvre ce texte incisif, fortement influencé par M.-E. Nabe, sur un blog auquel par ailleurs tout ou presque m'oppose. Mais au café du commerce, on n'est pas sectaire. Et comme on ne s'y repose jamais, voici de surcroît, un peu hors sujet certes, le délicieux fer dans la plaie porté par ledit Nabe à l'encontre des "Collabeurs".

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mercredi 4 janvier 2006

Bonne année et viva Chavez !

En fait, je me fous un peu de M. Chavez, mais je viens de découvrir qu'il lit Chateaubriand en même temps que moi - si ce n'est pas de la pure et simple propagande, cela valait bien un clin d'œil. Avec tous les traîtres et les fausses proclamations de fidélité que l'on rencontre dans les Mémoires, M. Chavez doit y trouver de quoi méditer... Et puis quelqu'un que G. W. Bush et A. Adler détestent ne peut être tout à fait mauvais. Ceci dit, Staline aimait bien Pasternak, Hitler vénérait Wagner, et Bernard "Total" Kouchner doit bien lire de temps en temps.

Autre chose : je lis chez Saint Etienne, qui par ailleurs se lance dans le blog, bienvenue au club, que des crapules longue durée, comme le faux cul et vrai con Xavier Couture ou la très usée putain Edwy Plenel, sentant comme des focs le vent tourner, commencent à sortir des livres contre la télévision commerciale ou le journalisme de connivence, genres qui les ont fait vivre, et pas qu'un peu, pendant des années. Les rats quittent le navire... dont ils viennent de se faire virer à coups de pieds au cul. Ils auraient tort de se priver : dans le pire des cas c'est leur dernière occasion de se faire encore un peu d'argent avec leur malhonnêteté, dans le meilleur ils peuvent espérer regagner une "crédibilité" - je mets des guillemets tant ce mot ne veut plus dire grand-chose, ceux qui l'utilisent le plus souvent étant justement les mêmes dont l'estime vaut si peu qu'ils sont susceptibles d'accorder la leur à de pareils parasites.

Je précise pour éviter tout malentendu que je n'ai pas écouté (il s'agit de passages à la radio) ce que ces messieurs avaient à dire, et évidemment encore moins lu leurs livres. On a beau n'être pas rancunier, il y a des limites à l'amnésie.



Meilleurs vœux !

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samedi 3 décembre 2005

Que vivent les scientifiques belges. (Ajout le 14.01.06)

Je n'ai pas eu à me fatiguer beaucoup pour dénicher ce texte, Rezo ayant fait le travail pour moi, mais je m'en voudrais de ne pas le signaler. Pour les paresseux ou les gens pressés, quelques extraits :

- "La politique de Bush lui-même n’a pas été très populaire dans les milieux qu’on peut appeler de gauche, y compris dans la mouvance favorable à l’ingérence humanitaire. La politique qui a été vraiment populaire, c’était celle de Clinton ; durant toute la période où il a été président, il y a eu un embargo contre l’Irak qui a fait sans doute plus de morts que la guerre, et j’ai vu très peu de protestations contre cet embargo de la part des gens qui chantaient les louanges de l’ingérence humanitaire, par exemple en Yougoslavie. Si les gens ne soutiennent pas la politique de Bush, c’est parce qu’il a l’art de la présenter très mal, ce qui a pour effet de la rendre impopulaire ; il est aussi très arrogant, ce qui aggrave son impopularité, surtout à l’étranger. Clinton n’était pas comme cela."

- "Les Occidentaux ne comprennent pas que la nature du conflit israélo-palestinien dépasse de loin les frontières d’Israël ou de la Palestine pour une raison très simple : ce que les Européens ont fait, c’est de faire payer par les Arabes les crimes commis par les Européens contre les juifs." (C'était déjà chez Jean Genet, mais il ne faut pas se lasser de répéter les vérités).

- "L’important, c’est la dérive du mouvement écologique. Quand ce mouvement est né, il était non-violent, contre toute armée, et maintenant il soutient une politique d’ingérence humanitaire qui suppose une armée importante. Exiger une politique d’ingérence humanitaire cela suppose d’avoir des moyens, une armée puissante, la possibilité de transporter des troupes à des milliers de kms. Cette transformation du mouvement écologique est extraordinaire ! À l’époque de la guerre froide, il y avait vraiment une menace de guerre, peut-être exagérée, mais l’URSS était néanmoins puissante et son armée nous était potentiellement hostile. Pourtant, à l’époque, les écologistes prônaient une défense civile non violente, même en cas d’agression soviétique. Donc l’idéologie de l’ingérence a produit des transformations profondes, irréconciliables avec la perspective écologiste de départ, à cause justement de la militarisation que leur nouvelle posture politique suppose."

- "Si, en Irak, il n’y avait pas eu de résistance, tout le monde aurait dit : c’est très bien, Bush les a débarrassés de Saddam Hussein, et hop, ils auraient fait la guerre à l’Iran, à la Syrie, ou à Cuba, jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés quelque part." (C'était déjà chez Michel Collon, mais il ne pas faut pas se lasser...).

- "Il y a une espèce de course de vitesse entre la superpuissance américaine et l’opinion publique mondiale : si cette opinion est suffisamment forte, les Etats-Unis vont se trouver dans une situation où l’on peut espérer qu’ils seront bloqués. La situation militaire en Irak est le nœud de tout ; tant qu’ils sont immobilisés par la résistance en Irak, je ne les vois pas attaquer d’autres pays, sauf par des bombardements. Ils peuvent bombarder l’Iran et la Syrie, mais n’ont pas assez de troupes pour les envahir. En plus, il y a l’Amérique latine où la situation n’est pas du tout bonne pour les Américains. Ce qui est très dangereux, c’est la nouvelle posture du Pentagone qui envisage ouvertement l’usage d’armes nucléaires contre des pays qui n’ont pas de telles armes. C’est leur nouvelle doctrine. Beaucoup de scientifiques américains et français se mobilisent contre cette politique. Il faut quand même espérer qu’il y ait une réaction, aux États-Unis, qui les empêche d’utiliser l’arme toute puissante qu’est l’arme nucléaire. Ils ont toujours eu une double stratégie : les armes conventionnelles, en quantité absurde, plus l’arme nucléaire. Ils ont démontré en Irak, à la surprise de beaucoup de gens, que les armes conventionnelles n’étaient pas suffisantes. Donc, la seule chose qui leur reste, c’est l’arme nucléaire. Il faut empêcher qu’ils l’utilisent ! Pour convaincre l’opinion, ils disent " on va miniaturiser l’arme nucléaire ", elle sera moins dévastatrice, donc son usage sera plus acceptable politiquement. C’est très dangereux. Il y a bien une course de vitesse entre un militarisme américain qui risque de ne pas accepter sa défaite, et l’opinion publique mondiale, y compris une bonne partie de l’opinion publique américaine, puisqu’il y a une fraction importante de celle-ci qui pense qu’il faut destituer Bush, ce qui n’est déjà pas si mal."

- "Il y a une extraordinaire bonne conscience occidentale qui consiste à dire : " ces gens sont des dictateurs, ou des musulmans fanatiques, des extrémistes, etc. ", qui permet d’ignorer et de ne pas écouter ce que pense une grande partie du genre humain. J’espère que le mouvement altermondialiste, mettra en place des canaux permettant une meilleure compréhension des points de vue du Sud. Pour l’instant, la gauche occidentale a tendance à rester dans son coin, tout en ayant très peu d’influence là où elle vit et en jouant indirectement le jeu de l’impérialisme en démonisant l’adversaire , l’autre, l’Arabe, le Russe, le Chinois ... au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Ce dont on est principalement responsable, c’est de l’impérialisme de son propre pays. Commençons donc par nous attaquer à cela et à nous y attaquer de façon efficace ; les crimes des autres, Saddam, Milosevic, Ben Laden, on en parlera après." On ne saurait mieux dire !


NB : Jean Bricmont est aussi le coauteur de Impostures intellectuelles, saine et drôle critique de certains excès de la philosophie française. Avoir trop de talents est suspect, en avoir plusieurs est bon signe.



(Ajout le 14.01.06). Depuis, deux interventions au moins de Jean Bricmont sont venues ajouter quelques idées aux prédédentes.

La première vient du Collectif Bellaciao :

- "Prenons la qualité des soins de santé à Cuba. Il s’agit du développement tout à fait remarquable d’un droit socio-économique. Il est pourtant totalement ignoré. Admettons que Cuba corresponde parfaitement à la description très critique qu’en fait Reporters sans frontières, cela ne diminue en rien l’importance de la qualité des soins de santé. Lorsque l’on parle de Cuba, si l’on émet des réserves sur le respect des droits politiques et individuels, il faudrait, au moins, mentionner l’importance des droits économiques et sociaux dont les Cubains bénéficient. On pourrait alors se demander ce qui est le plus important : les droits individuels ou les soins de santé? Pourtant, personne ne raisonne comme cela. Le droit au logement, à l’alimentation, à la sécurité d’existence ou à la santé est en général ignoré par les défenseurs des droits de l’homme."

- "Le manque de libertés individuelles peut-il être justifié par les soins de santé performants? Cela se discute. Si, à Cuba, un régime pro-occidental était en place, les soins de santé ne seraient sûrement pas aussi performants. C’est, du moins, ce que l’on en déduit si l’on constate l’état sanitaire dans les pays « pro-occidentaux » d’Amérique latine. Donc, en pratique on se trouve devant un choix : quels types de droits sont les plus importants : sociaux-économiques ou politiques et individuels?
On voudrait avoir les deux ensemble. Le président vénézuelien Chavez, par exemple, essaie de les concilier. Mais la politique d’ingérence américaine rend cette conciliation difficile dans le tiers monde. Ce que je veux souligner, c’est que ce n’est pas à nous, en Occident, qui bénéficions des deux types de droits, à faire ce choix. Nous devrions plutôt consacrer notre énergie à permettre un développement indépendant des pays du tiers monde. En espérant qu’à terme, le développement favorise l’émergence de ces droits."

- "Lorsque nous voyons des politiques qui ne nous plaisent pas dans le tiers monde, il faut commencer par en discuter avec les gens qui vivent là-bas, et le faire avec des organisations représentatives des masses, pas avec des groupuscules ou des individus isolés. Il faut essayer de voir si leurs priorités sont les mêmes que les nôtres.

J’espère que le mouvement altermondialiste mettra en place des canaux permettant une meilleure compréhension des points de vue du Sud. Pour l’instant, la gauche occidentale a tendance à rester dans son coin, tout en ayant très peu d’influence là où elle vit et en jouant indirectement le jeu de l’impérialisme, en diabolisant l’Arabe, le Russe, le Chinois... au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Ce dont nous sommes principalement responsables, c’est de l’impérialisme de nos propres pays. Commençons donc par nous attaquer à cela. Et de façon efficace."


La seconde transite par le Réseau Voltaire :

- "Comme l’explique très bien le juriste canadien Michael Mandel, le droit international contemporain a pour but, pour citer le préambule de la charte des Nations unies, de « préserver les générations futures du fléau de la guerre ». Et, pour cela, le principe de base est qu’aucun pays n’a le droit d’envoyer ses troupes dans d’autres pays sans le consentement de son gouvernement. Les nazis avaient fait cela de façon répétée et le premier crime pour lequel ils ont été condamnés à Nuremberg est celui d’agression, crime qui « contient et rend possible tous les autres ».
« Gouvernement » ne veut pas dire ici « gouvernement élu » ou « respectueux des droits de l’homme », mais simplement « qui contrôle effectivement les forces armées », parce que c’est ce facteur qui détermine s’il y a guerre ou non lorsque des frontières sont franchies. Il est facile de critiquer ce principe de base, et les défenseurs des droits de l’homme ne se privent évidemment pas de le faire. D’une part, il arrive très souvent que les frontières des États soient arbitraires, car elles résultent de processus anciens qui étaient totalement non démocratiques, et que ces frontières ne satisfassent pas de nombreuses minorités ethniques. Ensuite, rien ne garantit que les gouvernements soient démocratiques ou même minimalement soucieux du bien-être de leur population. Mais le droit international n’a jamais prétendu résoudre tous les problèmes ; comme pratiquement tout le reste du droit, il cherche simplement à être un moindre mal par rapport à l’absence de droit. Et ceux qui critiquent le droit international feraient bien d’expliquer par quels principes ils veulent le remplacer. L’Iran peut-il occuper l’Afghanistan voisin ? Le Brésil, qui est au moins aussi démocratique que les États-Unis, peut-il envahir l’Irak pour y instaurer une démocratie ?"

- "Finalement, lorsque l’on se plaint, comme c’est souvent le cas, de l’inefficacité de l’ONU, il faut penser à tous les traités et à tous les accords de désarmement ou d’interdiction d’armes de destruction massive auxquels s’opposent principalement les États-Unis. Ce sont les grandes puissances qui sont les plus hostiles à l’idée que leur carte ultime, le recours à la force, puisse être contrée par le droit. Mais de même que, sur le plan interne, personne ne suggère que l’hostilité de la mafia vis-à-vis de la loi soit un argument en faveur de l’abolition de celle-ci, on ne peut pas utiliser le sabotage de l’ONU par les États-Unis comme argument pour discréditer cette institution."

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jeudi 1 septembre 2005

Israël-Palestine : c'est simple.

Un tour d'horizon de quelques blogs ici et là fait apparaître deux sujets principaux : Nicolas Sarkozy et Israël. (Il est d'ailleurs amusant que l'on ne les lie pas plus, mais là n'est pas le sujet.)

Concernant le premier, nul doute que l'occasion se présentera de l'aborder ici dans les mois à venir. Je m'efforcerai alors d'expliquer en quoi ce catholique autoproclamé est un remarquable représentant de l'"anti-France" (à laquelle je ne donne certes pas le même sens que C. Maurras, mais patience).

Concernant le second... J'ai moi-même un peu donné dans ce qui est presque un genre littéraire au début de ce blog, je comprends bien que ce problème soit sérieux, intéressant, préoccupant... Il faudrait tout de même savoir de quoi l'on parle et pourquoi l'on en parle.

Soient quelques données de base :

- Maxime Rodinson a brillamment résumé le "droit" des Juifs à créer Israël, en le comparant au droit qu'aurait eu une communauté tsigane à revendiquer Sète et ses alentours pendant l'occupation allemande, sous le prétexte que deux mille ans auparavant des représentants de cette communauté en auraient été chassés et qu'elle se trouverait actuellement persécutée à l'autre bout du monde. Le même Maxime Rodinson admettait par ailleurs que maintenant que cet état israélien était créé, qu'il comportait plusieurs millions de personnes, il fallait bien faire avec et chercher les solutions les plus pacifiques au problème posé par la création de ce nouvel état.

- Lequel est soutenu par la nation la plus puissante du monde, et ça n'a pas l'air près de s'arrêter.

- Beaucoup de gens plaignent, ont de la sympathie pour ou soutiennent les Palestiniens, mais d'un point de vue géopolitique global, tout le monde s'en fout et se contente très bien de leur situation. Ah, même Chavez ne peut pas tout faire ! Je n'aime pas du tout la qualification de "peuple martyr", il faut cependant avouer que les souffrances des Palestiniens arrangent nombre de gouvernants. Mais je suis déjà en train de me faire passer pour un spécialiste que je ne suis pas.

De tous côtés on se plaint que les problèmes du proche-Orient soient importés en France, mais il ne peut en être autrement. Il n'y a malheureusement sans doute pas qu'Etienne Balibar pour croire que si on arrivait à un accord dans cette partie du monde le monde entier s'en porterait mieux et que tout cela peut n'être qu'une question d'altruisme. Je n'ai ni l'envie ni le temps de creuser les intentions de tous ceux qui émettent une opinion ou un diagnostic sur cette question, j'aimerais que de temps à autre ils disent un peu clairement que c'est par rapport à une certaine idée de la France ou d'eux-mêmes qu'ils se permettent de s'occuper d'une situation qui évolue très bien, si j'ose dire, sans eux. Dans sa balourdise et son arrogance Alain Finkielkraut ne laisse au moins que peu de mystère sur l'égoïsme personnel et communautaire de ses positions. Les jeunes musulmans des cités dont on parle tant font encore moins dans l'hypocrisie quand il s'identifient (est-ce si vrai d'ailleurs ?) aux Palestiniens, que ce soit par sens de l'oumma ou par rapport à leur propre situation.

Je comprends bien que sur un sujet où les manipulations n'ont jamais manqué une guerre de l'information a lieu, qui ne laisse pas de répit à ses combattants, bénévoles ou stipendiés. Je ne prétends pas que ceux qui évoquent ce sujet ne le font pas sincèrement, ou, disons, sans réelles convictions. Je soutiens encore moins que seuls les spécialistes seraient habilités à le faire. Et bien sûr on peut toujours penser ou se faire croire que ce que l'on dit ou fait a une influence, même minime et à long terme (dans le cas présent, il ne s'agit de rien moins, me permettrai-je de rappeler à certains "pro-Palestiniens", que de faire plier les États-Unis), et que donc cela vaut un peu la peine. J'aimerais juste que certains Français perdent un peu moins de leur énergie pour des objectifs aussi lointains.

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