samedi 3 décembre 2011

« La structure fondamentale de la situation. » (Le sexe..., IV.)

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Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, I.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, II.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III bis.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III ter.




Quelques mises au point aujourd'hui, avec l'aide du baron Evola.

L'égalité des sexes d'abord :

"Parler d'égalité entre les sexes, d'une certaine façon, cela ne signifie rien. Soit l'on se situe d'un côté : dans la Bible (…), c'est l'homme qui englobe la femme comme son contraire ; aujourd'hui, où, pour certains, « la femme est l'avenir de l'homme » c'est plutôt elle qui l'englobe. Soit on se situe, abstraitement, au-dessus de cette différence, au niveau des « êtres humains », mais alors on ne peut par définition plus rien penser sur les sexes", écrivais-je un matin d'inspiration.

Cette idée a peut-être été souvent exprimée, mais je ne l'ai retrouvée sous la plume d'un autre que récemment, au printemps dernier, dans la Métaphysique du sexe d'Evola :

"La vexata quaestio de l'infériorité, égalité ou supériorité de la femme par rapport à l'homme ne sera traitée ici qu'en passant. Cette question est en effet privée de sens, car elle suppose une commensurabilité. En revanche, si l'on met de côté tout ce qui est construit, susceptible d'être acquis, extérieur (…), on peut dire qu'il existe entre homme et femme, par référence au type, à leur « idée platonicienne », une diversité qui exclut toute commune mesure ; même des facultés ou dons apparemment communs aux deux sexes et « neutres », ont une fonction et une empreinte différentes selon qu'ils sont présents chez l'homme ou chez la femme. On ne peut pas plus se demander si la « femme » est supérieure ou inférieure à l'« homme » que se demander si l'eau est supérieure ou inférieure au feu. Pour chacun des sexes, le critère de mesure ne peut donc pas être fourni par le sexe opposé, mais seulement par l'« idée » du sexe auquel il appartient. En d'autres termes, c'est établir la supériorité ou l'infériorité d'une femme donnée en fonction de sa plus ou moins grande proximité de la typicité féminine, de la femme pure ou absolue ; et la même chose pour l'homme. Les « revendications » de la femme moderne dérivent donc d'ambitions erronées, ainsi que d'un complexe d'infériorité - de l'idée fausse qu'une femme en tant que telle, en tant qu'elle est « seulement femme », est inférieure à l'homme. On a pu dire avec raison que le féminisme ne s'est pas réellement battu pour les « droits de la femme », mais bien, sans s'en rendre compte, pour le droit de la femme de devenir égale à l'homme : chose qui, quand bien même serait-elle possible en dehors du domaine extérieur pratique et intellectuel, reviendrait au droit, pour la femme, de se dénaturer, de déchoir [un renvoi en note nous apprend que le « on » du début de la phrase n'est autre que Il Barone himself, dans sa Révolte contre le monde moderne]. Le seul critère qualitatif, c'est, répétons-le, celui du degré de plus ou moins parfaite réalisation de sa propre nature. Il ne fait aucun doute qu'une femme parfaitement féminine est supérieure à un homme imparfaitement masculin, de même qu'un paysan fidèle à sa terre [et] qui assume parfaitement sa fonction est supérieur à un roi incapable de remplir la sienne." (pp. 49-50)

De même, on peut "rappeler que tout ce que nous avons constaté, dans l'optique adoptée ici, comme différence de nature entre l'homme et la femme, n'implique pas du tout une différence de valeur. Répétons-le : la question de la supériorité ou de l'infériorité d'un sexe par rapport à l'autre, est totalement privée de sens. Tout jugement sur la plus grande ou la moindre valeur de certains aspects de la nature et du psychisme masculins par rapport à la nature et au psychisme féminins, et vice versa, se ressent d'un préconcept, donc du point de vue unilatéral propre à l'un ou l'autre sexe." (p. 223)

J'entends aller bon train les commentaires / De ceux qui font des châteaux à Cythère… : on reprochera certainement à Evola de figer les sexes dans une identité, de les « essentialiser », ceci bien sûr au profit de l'homme. S'il est de la moindre des honnêtetés de ma part que de signaler que dans les passages que je viens de citer, tout de suite avant ou tout de suite après, il y a certaines lignes qui pourraient faire hérisser le poil des féministes de tous ceux-ci (les poils), il importe d'en rester à l'essentiel.

L'essentiel est l'idée de la différence entre les sexes, et la Métaphysique du sexe un moyen de préciser les paramètres de cette différence. Ce qui rend un peu délicate la transmission des thèses d'Evola à quelqu'un qui n'a pas lu le livre, c'est que ce quelqu'un, s'il n'accepte pas ce principe de la différence des sexes (dois-je rappeler que cette différence est métaphysique, justement, que la zigounette et le pilou-pilou, comme disait Desproges, n'en sont que des prolongements… ?), risque d'avoir le sentiment que le discours du Baron est caricatural. La Métaphysique du sexe est une exploration en 350 pages de cette différence, avec précisions, exemples, nuances, mais, si l'on reste complètement fermé à ses thèses de départ, le commentateur a de fortes chances de conforter à chaque extrait qu'il donnera cette vision négative des idées d'Evola.

Cette difficulté, qui n'est pas propre à la Métaphysique du sexe, mais qui me semble tout de même plus aiguë ici que pour d'autres livres, n'est pas rédhibitoire pour autant, nous l'allons montrer tout à l'heure. Mais avant cela, une petite digression.

Ce n'est pas un argument définitif, il s'en faut, mais une objection à ceux qui ne justifient l'existence des zigounettes et des pilou-pilous, i.e. des hommes et des femmes, que par la nécessité d'assurer la reproduction de l'espèce. Si tel était son but, Dame Nature ("(née Dieu)", ajoutait M.-É. Nabe, mais passons) s'est montrée peu économe de ses forces : on pourrait très bien imaginer une sorte de créature (je ne dis pas androgyne, car le concept d'androgynie se définit justement par une combinaison de caractères masculins et féminins, quelle que soit l'importance qualitative que l'on accorde à la définition de ces caractères, et ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici) qui ait à la fois la zigounette, le pilou-pilou et l'utérus qui va avec, ainsi qu'une paire de mamelles bien sûr - Dame Nature aurait mis ça au point si elle l'avait voulu - grâce à Dieu, c'est le cas de le dire, elle ne l'a pas voulu ainsi, même si les papa queer de notre époque s'emploient à réaliser ce qui semble être pour eux un idéal. (Ceci sans même évoquer notre ami(e) Buck Angel…)

Revenons à Evola, et essayons de vous faire partager l'intérêt que nous éprouvons pour ses thèses, à travers un exemple concret, celui des notions d'activité et de passivité (ce qu'au demeurant je vous avais récemment promis).

Evola commence par citer Havelock Ellis :

"La réticence apparente de la femme n'est pas destinée à inhiber l'activité sexuelle chez l'homme ou en elle-même, mais à l'accroître chez l'un et l'autre. Par conséquent, la passivité n'est pas réelle, mais apparente. (…) Une énergie intense se cache derrière cette passivité, une préoccupation toute concentrée sur le but à atteindre." (La coupure de moi, je ne sais pas si les italiques sont de Ellis ou de Evola.)

Puis enchaîne :

"Si, métaphysiquement, le masculin correspond au principe actif et le féminin au principe passif, il y a renversement de ces rapports dans tout le domaine de la sexualité courante, donc dans le domaine qu'on peut dire « naturel », où l'homme va rarement à la rencontre de la femme en tant que porteur effectif du pur principe de l'« être », émanation du pouvoir de l'Un, mais apparaît généralement comme celui qui subit la magie de la femme. Les rapports de fait, dans ce contexte, sont donc modifiés ; une formule de Titus Burckhardt les définit de manière prégnante : la femme est activement passive, l'homme est passivement actif. La qualité « activement passive » de la femme est source de son charme, et elle est activité au sens supérieur. Le langage courant y fait déjà allusion lorsqu'il dit d'une femme qu'elle est « attirante » : or l'attraction, c'est le pouvoir de l'aimant. La femme, à cet égard, est donc active, et l'homme passif. « On dit et l'on admet généralement que, dans la lutte pour l'amour, la femme est presque passive. Mais cette passivité est rien moins que réelle. C'est la passivité de l'aimant qui, en dépit de son immobilité apparente, entraine dans ses tourbillons le fer qui l'approche. » [A. Marro] La tradition extrême-orientale, qui a connu la conception de l'« agir sans agir » (wei-wu-wei), est aussi celle qui a su reconnaître ce point, dans le cadre d'un système social qui a pourtant été nettement androcratique : « Le Féminin, du fait de sa passivité, est toujours vainqueur du Masculin. »

[Lao-Tseu. Evola ajoute en note : "Reprenant les idées d'Aristote, Scot Erigène dira que « qui aime ou désire subit, qui est aimé est actif. »" Rappelons de notre côté, pour suggérer entre ces divers thèmes des rapprochements, mais sans y voir une stricte identité de visions, la phrase que M.-É. Nabe prête à DSK : "C'est le désir [en nous] qui est brutal, pas nous."]

Pour paradoxal que cela paraisse, si l'on veut parler de manière rigoureuse, donc conforme à l'étymologie du terme, c'est toujours l'homme qui est « séduit » ; son initiative active se réduit à l'approche d'un champ magnétique, dont il subira la force dès qu'il sera entré dans son orbite.

[Nouvelle note d'Evola : "La formule américaine qui dit que l'homme poursuit la femme jusqu'à ce que celle-ci l'attrape (the man chases the woman so long as she catches him) n'est pas seulement humoristique. Au sujet d'une certaine « violence » masculine, Viazzi n'a pas tort d'employer l'image de celui qui prendrait d'assaut un pénitencier, triomphant de la résistance des geôliers et des gardes, dans le seul but de pouvoir y être enfermé."]

Face à l'homme qui désire, donc face au simple besoin sexuel masculin, la femme a toujours une nette supériorité. (…)


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Aussi bien l'homme priapique s'illusionne-t-il beaucoup lorsqu'il croit avoir « possédé » une femme et s'en vante, du simple fait que celle-ci a couché avec lui. Le plaisir que la femme éprouve à être « possédée » est un trait élémentaire, qui mérite à peine d'être rappelé : « elle n'est pas prise, mais accueille, et, dans l'accueil, elle gagne et absorbe. » (G. Pistoni) (…) Enfin, si l'on envisage sous l'angle psychologique le plus intime l'expérience de l'étreinte, on constate que la situation de l'« aimant » s'y répète très souvent : le fait est que l'homme (…) est essentiellement passif, en ce sens qu'il s'oublie, toute son attention étant irrésistiblement captée, comme dans une fascination, par les états psychophysiques qui apparaissent chez la femme dans l'étreinte, et plus spécialement par leurs effets sur la physionomie féminine (…) : et c'est cela précisément qui constitue l'aphrodisiaque le plus intense pour l'ivresse et l'orgasme de l'homme.

[Incise de AMG : ce dernier point doit être nuancé par un texte de Pierre Boutang, mais je ne vous surcharge pas aujourd'hui, d'autant qu'il s'agit d'une prose trop peu claire, qu'il faudra prendre le temps d'expliciter…

Evola évoque ensuite des représentations traditionnelles de ces rapports homme-femme, je reprends la retranscription au dernier exemple :
]

Le même thème réaffleure dans le symbolisme, d'inspiration kabbalistique, de la XIe lame des Tarots : la Force, représentée par une femme qui, sans difficulté, tient ouverte la gueule d'un lion furieux. Et chaque femme, en tant qu'elle participe de la « femme absolue » [i.e., du pôle métaphysique féminin, note de AMG], possède, dans une certaine mesure, cette force. L'homme la perçoit souvent, et, la plupart du temps, c'est en raison d'une surcompensation névrotique inconsciente du complexe, sinon d'angoisse, du moins d'infériorité qui en dérive, qu'il étale devant la femme une masculinité ostentatoire, qu'il se veut indifférent et même brutal et méprisant : toutes choses qui ne le font pas avancer d'un pas, bien au contraire, en ce qui concerne les rapports les plus subtils qui peuvent s'établir entre les sexes. Que la femme, en tant qu'individu, finisse souvent elle-même victime, sur le plan extérieur, matériel, sentimental et social, de cette force qu'elle utilise - d'où parfois une instinctive « peur d'aimer » -, cela ne change rien à la structure fondamentale de la situation." (pp. 219-221)


"Métaphysiquement, le masculin correspond au principe actif et le féminin au principe passif" : cette donnée fondamentale de l'analyse d'Evola, je ne vais pas la développer aujourd'hui. J'espère au moins que ce que vous venez de lire m'épargnera les commentaires caricaturaux sur l'activité et la passivité, de même d'ailleurs que sur les violences masculines (à toutes fins utiles, je précise que je n'ai pas encore écouté ce qu'Alain Soral a récemment mis en ligne sur le sujet). Je rappellerai pour finir l'importance de ces problèmes : si le don / contre-don est une matrice fondamentale des relations humaines, et personne à ma connaissance n'a jamais réfuté Mauss sur ce sujet, et si le sexe, c'est de la métaphysique, et personne à ma connaissance ne m'a jamais réfuté sur ce sujet, tout ce qui est de l'ordre de la « crise économique », qui est nécessairement une crise du don / contre-don, ne peut qu'avoir des rapports, certes pas nécessairement directs ou, à tout le moins, aisés à comprendre avec la crise du don / contre-don entre hommes et femmes. Celle-ci, pesanteurs « naturelles » aidant, est peut-être moins pressante que la crise dite économique, elle n'en existe pas moins, et ce n'est certainement pas l'identité de ceux qui refusent de la voir qui va me faire changer d'avis à ce niveau.


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jeudi 4 novembre 2010

"Elle sonne à la fin." De la psychose paranoiaque dans ses rapports avec la modernité.

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S'il est toujours quelque peu imprudent de comparer tous les ordres de savoir, en l'occurrence ici métaphysique, philosophie morale et économie politique, il est difficile de ne pas être sensible aux échos, dans d'autres domaines justement que la métaphysique, de cette analyse de Descartes par Jean Borella, il est difficile de ne pas avoir l'impression de saisir sur l'instant une des racines de l'absence de foi, dans le monde comme dans les autres, de l'homme moderne :

"Que le soleil ne se lève ni ne se couche, en réalité, alors que nous le voyons accomplir ces deux mouvements tous les jours, et que tant de significations et de sentiments s'y attachent qui sont liés aux rythmes les plus profonds de notre vie psycho-corporelle, un tel savoir ne peut pas ne pas introduire, dans la conscience existentielle de l'Européen, un divorce latent et une déchirure irréparable, entre l'ordre de l'être et celui du paraître. On peut, sans aucun doute, et dans une perspective très générale, considérer ce divorce comme l'origine de cette philosophie de la dualité qui, de Descartes à Kant, parcourt toute la pensée européenne, à l'exception de Spinoza et Hegel. Chez Descartes, l'idée très forte que le monde est « machiné » traduit un tel divorce. Le malin génie n'est pas seulement dans la substance pensante (à titre d'hypothèse) ; il est aussi dans la substance étendue : diabolus in machina. De même que les animaux ne sont que du mécanique caché sous du vivant, de même les effets merveilleux que nous offre la « fable du monde », s'expliquent entièrement par une machinerie complexe de poulies, de cordes, de soufflets, de tuyaux, de roues, de leviers articulés, de poids et autres dispositifs qui se ramènent toujours à l'étendue et au mouvement. Le monde est véritablement un « opéra fabuleux », qu'un Dieu machiniste a construit, peut-être pour nous étonner, et dont la « nouvelle philosophie » [perfide, ce Borella…] nous permet de penser le secret. Le décor, en son endroit (?), nous présente un spectacle riant et coloré où s'épanouissent les formes naturelles les plus belles et les plus harmonieuses : montagnes, forêts, tapis de fleurs, animaux variés, météores étonnants, grêle et arcs-en-ciel, nuages dérivant sur un fond d'azur, torrents bondissants et rivières paresseuses, que notre oeil (autre merveille de la nature) ne cesse de parcourir avec ravissement et qui sollicitent tous nos sens. Mais si nous le regardons en son envers (?), toute cette beauté s'évanouit, ces qualités qui paraissent si réelles s'effacent, il ne reste plus que des rouages savamment agencés, point si subtilement cependant que la « méthode » n'en puisse venir à bout.

« Telle est la montre qui chemine
A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.
Ouvrez-la, lisez en son sein :
Mainte roue y tient lien de tout l'esprit du monde
La première y meut la seconde,
Une troisième suit, elle sonne à la fin. » [La Fontaine]

Ce qui caractérise une telle étiologie, c'est non seulement le déterminisme mécanique, mais c'est aussi, et même surtout, l'idée d'un hétéromorphisme radical de la cause et des effets ; hétéromorphisme qui est lié à ce qu'il faut bien appeler une physique du soupçon. C'est un trait constant de la démarche cartésienne, nous semble-t-il, que de soupçonner les apparences et de croire à un monde truqué. Esprit d'une extraordinaire méfiance, Descartes vit au milieu d'un monde physique, social et même mental, qui déploie toute son industrie pour le tromper et piper sa créance. Il ne voit partout que piège à déjouer au prix de la plus grande vigilance. Acquérir une certitude exige qu'on s'entoure de mille précautions et qu'on développe l'immense appareil des Méditations métaphysiques. Et parmi la multitude innombrable de ces « effets intellectuels » que sont les idées, il n'en est qu'une seule pour échapper à l'hétéromorphisme étiologique, une seule qui ressemble à la Cause qui l'a produite (…), c'est l'idée de Dieu." (La crise du symbolisme religieux, éd. 2008, pp. 72-73.)

On voit ici se mettre en place une structure, ou un schéma, sans intermédiaire qui n'est pas sans évoquer ce que deviendra la monarchie absolue par rapport au système féodal : on conserve la clef de voute du système, l'Absolu, royal ou métaphysique, mais on supprime tous les étages intermédiaires, ce qui faisait qu'il y avait une véritable structure. Passons. Jean Borella dans les paragraphes suivants montre comment la pensée symbolique traditionnelle pouvait opérer une distinction du visible et de l'invisible qui ne déclenche pas la méfiance : "Le paraître est l'image de la révélation de l'être" (p. 74), et c'est précisément la fonction du symbolisme que de nous conduire pas à pas à l'Absolu, mais en prenant pour point de départ le visible, pas en le considérant comme une apparence trompeuse, maligne, méchante.

Il faudrait voir chez Hume et Berkeley ce qu'il en est, à quel point les analyses de Borella sur ce sentiment de méfiance ontologique peuvent s'adapter. Sans prêter trop d'influence aux philosophes - et de toutes façons, ils participent eux-mêmes d'un mouvement d'ensemble -, il ne me semble pas abusif de voir ici caractérisée cette configuration d'esprit moderne qui s'attache avant tout à ne pas être dupe, qui confond maturité et incrédulité (comme un gamin de 5 ans, en fait), qui ne comprend pas que sans un minimum de confiance - en le monde, en les autres, en soi - rien n'est possible.


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To be continued...

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vendredi 26 décembre 2008

Sarkozy mon amour (II). - Compléments.

Sarkozy mon amour, I.

Sarkozy mon amour, III.




(D'abord, une remarque de détail : en ouvrant mon comptoir et en retombant sur la photographie officielle de notre président bien-aimé, qu'Allah lui explose la rondelle, je remarque un mensonge : l'alliance. J'imagine qu'il n'a plus la même. Faut-il refaire la photo ? Ou se réjouir de ce que ce petit bout de métal, pendant quelques années encore, portera témoignage officiel de ce que notre président bien-aimé était au moment où il posait et depuis quelques mois déjà cocu jusqu'à l'os, qu'Allah le lui défonce ?)


"Ils sont les successeurs et les exécuteurs de l'ancien régime, et, quand on regarde la façon dont celui-ci les a engendrés, couvés, nourris, intronisés, provoqués, on ne peut s'empêcher de considérer son histoire comme un long suicide : de même qu'un homme qui, monté au sommet d'une immense échelle, couperait sous ses pieds l'échelle qui le soutient. - En pareil cas, les bonnes intentions ne suffisent pas ; il ne sert à rien d'être libéral et même généreux, d'ébaucher des demi-réformes. Au contraire, par leurs qualités comme par leurs défauts, par leurs vertus comme par leurs vices, les privilégiés ont travaillé à leur chute, et leurs mérites ont contribué à leur ruine aussi bien que leurs torts."

Ce passage consacré à Louis XVI et la noblesse de 1789, par lequel s'ouvre la conclusion du premier tome des Origines de la France contemporaine, illustre très bien la force d'une révolution - comme la thèse déjà citée de Cioran selon laquelle "quand sonne l'heure d'une idéologie, tout concourt à sa réussite, ses ennemis eux-mêmes..." : à partir d'un certain moment, et pour un certain temps, on ne peut plus rien faire contre la révolution, sinon le dos rond, sinon réfléchir et commencer à s'y adapter. L'image du torrent, fréquemment employée par Taine comme, donc, par Maistre et Berdiaev, rappelle d'ailleurs - je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé - la théorie dite du bouchon, exprimée à l'occasion par Jean Renoir (c'est un peu Le chêne et le roseau revisité) : un bouchon flottant sur la mer est certes balloté par le courant dans des directions différentes, mais il ne coule pas, et peut même, d'un délicat mouvement de hanches, choisir de suivre telle vague plutôt que telle autre lorsqu'il se trouve à une intersection, sans même qu'on le remarque (Renoir, une belle crapule paraît-il, s'y connaissait - autre écho de l'ancien régime - en louvoiement). Ceci bien sûr par opposition aux digues, qui avant de s'effondrer augmentent la force du courant qui va les écraser, ou aux riches bateaux d'antan (le PS, bien sûr, ou pour filer la métaphore, le « Paquebot » du FN), devenus d'incontrôlables et risibles épaves).

Ceci montrant bien, dans l'état actuel des choses, l'enfer que vivent les socialistes, qui soit trahissent, soit s'opposent de façon traditionnelle, mais sans portée, soit, comme S. Royal, flottent quelque part dans leur propre sphère, essayant, c'est déjà ça, de trouver autre chose, elle et on ne sait trop quoi - autre chose qui risque fort de ne pas être suffisant le « moment venu ».

Mais nous abordons là la question de la longévité possible du sarkozysme, et c'est une question que nous ne pouvons encore aborder : la prochaine fois !

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