mercredi 27 juin 2012

Sacrés socialistes...

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François Hollande n'est pas élu depuis deux mois que l'on se fait déjà chier.

- Se faire chier en soi, si j'ose dire, ce n'est pas un problème, l'idée n'est tout de même pas d'avoir besoin des hommes politiques pour vivre. Mais qui n'a pas cette impression que s'il n'en tenait qu'au « nouveau pouvoir » nous n'aurions plus qu'à nous enthousiasmer sur deux ou trois conneries qui ne sont même pas sans importance, et laisser le « pouvoir » en question s'occuper du reste ?

"Le socialisme fait dormir, parce qu’il y a en lui une vertu dormitive dont la nature est d’assoupir les sens." : comme chez Molière on est ici tenté de définir un terme par son effet et tourner ainsi en rond - cela est bien naturel, tant le socialisme contemporain est un anesthésiant. Mais il ne faut pas oublier que c'est précisément ce que nous lui demandons : comme le dit A. Badiou dans son dernier bouquin (Sarkozy : pire que prévu ; les autres : prévoir le pire, Lignes, 2012), la gauche (pas seulement les socialistes) est là pour nous faire croire que le monde peut changer sans que nous-mêmes changions. Ceci étant notre point de vue de « citoyens ». Du point de vue du système, toujours selon Old Uncle Mao, la gauche réapparaît avec son cortège d'antiques mensonges quand la droite a du mal à « tenir » les populations. Utilisons la bonne vieille métaphore du viol, si j'ose dire.

(Métaphore d'autant légitime en l'occurrence que c'est justement un des noeuds du problème : nous n'acceptons plus d'obéir que violés. Pour obéir avec intelligence il faut avoir des maîtres que l'on respecte. Malgré quelques inévitables tentations dans cette direction, nous n'en sommes heureusement pas encore là.)

(Seconde parenthèse : il ne fait guère de doute que la criminalisation non seulement du client (hétérosexuel, of course) des prostituées, mais même de l'acte sexuel quand il est désiré par le mâle (hétérosexuel, of course, du moins pour l'instant), acte voire désir étant de plus en plus assimilé(s) à une forme de viol, est à mettre en rapport avec cette thématique de l'obéissance et du consentement. La rapidité avec laquelle la gauche a abordé le thème de la pénalisation du client des putes est très clairement révélatrice de ce versant érotique de la crise.)

Jean-Pierre Voyer écrivait que la gauche c'est la droite avec vaseline. On peut aussi dire que la gauche intervient avec sa piqûre de somnifère quand le ou la violé(e) se débat trop, au point que le violeur ne puisse plus faire ce qu'il a à faire. Il ne s'agit plus après que d'« opérer » sous anesthésie. Ne nous attardons pas sur ce que ressent le violeur, s'il y perd en excitation. Oublions même, bien que ce ne soit pas inintéressant d'un point de vue spiritualiste, l'épineuse question sur le caractère plus ou moins « sain » d'être ou non éveillé quand on vous enculhumilie. D'ailleurs, pour notre problématique du jour, la question ne se pose pas vraiment. La gauche c'est la droite quand on n'en peut plus de la droite, quand la droite fait trop mal. L'essentiel est là : ce que le système d'un côté, les « citoyens » de l'autre, attendent de la gauche, c'est la même chose. Donc, ça fonctionne, les seuls à plaindre finalement étant les élus de droite qui ont perdu leur siège. Encore peut-on estimer que s'ils s'étaient un peu contenus ils n'en seraient pas là. En tout cas, il n'y a vraiment pas de quoi pleurer.

On en déduira que la gauche est le premier ennemi à abattre. Il y a d'ailleurs à cela d'autres raisons, que nous développerons un jour.


Tout cela bien sûr vous le savez, du moins j'espère, à force on comprend le coup. Il s'agissait juste de l'écrire noir sur blanc une fois, avant que de revenir à nos amours métaphysiques.


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(Brigitte est on ne peut plus métaphysique.)

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dimanche 3 juin 2012

La queue entre les jambes. Point G métaphysique. - Genèses, limites et ambiguïtés de l'« AMGéisme ».

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Après avoir passé un peu trop de temps à mon goût à distribuer des bons et des mauvais points à l'élève Soral - avec lequel, sans rien retirer à ce que j'ai écrit précédemment, je me suis « réconcilié » grâce à son délectable entretien du mois de Mai, pourquoi ne pas m'appliquer le même traitement ?

La recherche de la « genèse » de mes propos fait partie intégrante de ce que je vous balance ici. Les « ambiguïtés », je m'efforce qu'il y en ait le moins possible, quitte à revenir trente fois sur le même sujet, dans l'espoir d'une formulation limpide. Je suis d'ailleurs frappé, en règle générale, à quel point, lorsqu'il me semble, à tort ou à raison, avoir trouvé la bonne formulation, à la fois la plus claire et la plus précise, à quel point ce que j'écris me semble du coup d'une banale évidence. - Est-ce une forme d'accomplissement, ou au contraire et justement une « limite » ? Ces limites, je vous en cache certaines, vous en connaissez d'autres mieux que moi-même probablement. En réalité, cette livraison vient de ce que j'ai pris conscience de ce que je peinais sur quelques points précis :

- la fin du livre de Jean Borella, La crise du symbolisme religieux. J'ai lu avec un grand intérêt ce texte, il y a là très manifestement un filon, mais j'ai buté sur les derniers chapitres. Depuis (plus de deux ans), après avoir laissé le livre de côté trop longtemps, j'y reviens périodiquement, sans atteindre le même point et essayer de nouveau de franchir cette barre qui à la première lecture était trop haute pour moi ;

- il en est à peu près de même avec L'homme sans qualités, à ceci près que j'ai l'ai lu en intégralité il y a une vingtaine d'années. De là à dire que je l'avais pleinement compris... J'ai commencé à le relire en 2008, et ai rencontré des difficultés avec la seconde partie, dite « mystique ». Après, c'est la même chose qu'avec le Borella, trop de temps d'attente, etc. J'ai ressorti le premier volume l'autre jour, on verra ce que cela peut donner.

Si je vous raconte tout ça, c'est pour ce que ça révèle, pas pour les détails concrets en eux-mêmes : c'est parce que j'ai réalisé que c'était quelque chose d'analogue qui se jouait dans mes difficultés avec ces deux livres. Ce moment où l'intelligence se retrouve à exprimer ou essayer d'exprimer quelque chose qui d'une certaine manière (laquelle ?) la dépasse. Bien concevoir et énoncer clairement, j'ai érigé au fil du temps l'identité de ces deux opérations en principe d'écriture : on n'a compris que ce l'on est capable d'expliquer clairement à quelqu'un d'autre. Mais il y a cette zone, abordée aussi bien par le philosophe Borella que par le romancier Musil - chacun d'entre eux étant d'ailleurs un peu plus que ça, précisément - qui par essence dépasse les mots, mais nous n'avons guère d'autre solution pour en parler entre nous, que les mots en question. Tout ne peut non plus se résoudre en musique.

Si j'ai peine en général avec des gens comme Guénon et Abellio, c'est à cause de cela. J'ai le sentiment qu'un J. Borella aborde cette « zone », cette « région » avec une volonté de précision et de communication plus grande. Je parle à dessein de sentiment, il n'y a pas ici jugement définitif - quoiqu'un ami m'ait dit récemment avoir été libéré de l'emprise que l'oeuvre de Guénon exerçait sur lui par la lecture de Jean Borella, et que sans être un spécialiste de l'un ni de l'autre, sans avoir (encore) lu les textes du second sur le premier, j'ai eu l'impression de comprendre (un peu, je ne pourrais justement pas l'expliquer...) ce qu'il voulait dire.

Il est par ailleurs tout à fait évident que mes préoccupations actuelles relatives à l'érotisme et à, paraphrasons Evola, la « Métaphysique du sexe », rentrent dans cette volonté d'aborder ce domaine. Il y a peu de choses plus difficiles à écrire qu'une « scène de cul » (ou à filmer, d'ailleurs), c'est un lieu commun.


Enfin, un dernier problème doit être mentionné ici, la question de la valeur, qui a fait l'objet de nombreux travaux du Maître, lequel a la bonté de me fournir des outils pour le suivre dans l'analyse de cette question. Il y a ici quelque chose que je ne sens pas, je ne parviens pas à trouver un angle d'attaque. Pour quelqu'un qui est convaincu avec Cioran que « Vivre, c'est évaluer » - ce qui est certes une formulation bien générale par rapport à une théorie de la valeur -, c'est un rien gênant.


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"Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs", fait dire Godard à André Bazin en ouverture du Mépris, qui est entre autres un film sur le malentendu. Tout est dans l'ambiguïté, ou la polysémie, du mot accord. Là encore, tout ne peut se résoudre en musique.

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samedi 3 décembre 2011

« La structure fondamentale de la situation. » (Le sexe..., IV.)

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Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, I.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, II.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III bis.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III ter.




Quelques mises au point aujourd'hui, avec l'aide du baron Evola.

L'égalité des sexes d'abord :

"Parler d'égalité entre les sexes, d'une certaine façon, cela ne signifie rien. Soit l'on se situe d'un côté : dans la Bible (…), c'est l'homme qui englobe la femme comme son contraire ; aujourd'hui, où, pour certains, « la femme est l'avenir de l'homme » c'est plutôt elle qui l'englobe. Soit on se situe, abstraitement, au-dessus de cette différence, au niveau des « êtres humains », mais alors on ne peut par définition plus rien penser sur les sexes", écrivais-je un matin d'inspiration.

Cette idée a peut-être été souvent exprimée, mais je ne l'ai retrouvée sous la plume d'un autre que récemment, au printemps dernier, dans la Métaphysique du sexe d'Evola :

"La vexata quaestio de l'infériorité, égalité ou supériorité de la femme par rapport à l'homme ne sera traitée ici qu'en passant. Cette question est en effet privée de sens, car elle suppose une commensurabilité. En revanche, si l'on met de côté tout ce qui est construit, susceptible d'être acquis, extérieur (…), on peut dire qu'il existe entre homme et femme, par référence au type, à leur « idée platonicienne », une diversité qui exclut toute commune mesure ; même des facultés ou dons apparemment communs aux deux sexes et « neutres », ont une fonction et une empreinte différentes selon qu'ils sont présents chez l'homme ou chez la femme. On ne peut pas plus se demander si la « femme » est supérieure ou inférieure à l'« homme » que se demander si l'eau est supérieure ou inférieure au feu. Pour chacun des sexes, le critère de mesure ne peut donc pas être fourni par le sexe opposé, mais seulement par l'« idée » du sexe auquel il appartient. En d'autres termes, c'est établir la supériorité ou l'infériorité d'une femme donnée en fonction de sa plus ou moins grande proximité de la typicité féminine, de la femme pure ou absolue ; et la même chose pour l'homme. Les « revendications » de la femme moderne dérivent donc d'ambitions erronées, ainsi que d'un complexe d'infériorité - de l'idée fausse qu'une femme en tant que telle, en tant qu'elle est « seulement femme », est inférieure à l'homme. On a pu dire avec raison que le féminisme ne s'est pas réellement battu pour les « droits de la femme », mais bien, sans s'en rendre compte, pour le droit de la femme de devenir égale à l'homme : chose qui, quand bien même serait-elle possible en dehors du domaine extérieur pratique et intellectuel, reviendrait au droit, pour la femme, de se dénaturer, de déchoir [un renvoi en note nous apprend que le « on » du début de la phrase n'est autre que Il Barone himself, dans sa Révolte contre le monde moderne]. Le seul critère qualitatif, c'est, répétons-le, celui du degré de plus ou moins parfaite réalisation de sa propre nature. Il ne fait aucun doute qu'une femme parfaitement féminine est supérieure à un homme imparfaitement masculin, de même qu'un paysan fidèle à sa terre [et] qui assume parfaitement sa fonction est supérieur à un roi incapable de remplir la sienne." (pp. 49-50)

De même, on peut "rappeler que tout ce que nous avons constaté, dans l'optique adoptée ici, comme différence de nature entre l'homme et la femme, n'implique pas du tout une différence de valeur. Répétons-le : la question de la supériorité ou de l'infériorité d'un sexe par rapport à l'autre, est totalement privée de sens. Tout jugement sur la plus grande ou la moindre valeur de certains aspects de la nature et du psychisme masculins par rapport à la nature et au psychisme féminins, et vice versa, se ressent d'un préconcept, donc du point de vue unilatéral propre à l'un ou l'autre sexe." (p. 223)

J'entends aller bon train les commentaires / De ceux qui font des châteaux à Cythère… : on reprochera certainement à Evola de figer les sexes dans une identité, de les « essentialiser », ceci bien sûr au profit de l'homme. S'il est de la moindre des honnêtetés de ma part que de signaler que dans les passages que je viens de citer, tout de suite avant ou tout de suite après, il y a certaines lignes qui pourraient faire hérisser le poil des féministes de tous ceux-ci (les poils), il importe d'en rester à l'essentiel.

L'essentiel est l'idée de la différence entre les sexes, et la Métaphysique du sexe un moyen de préciser les paramètres de cette différence. Ce qui rend un peu délicate la transmission des thèses d'Evola à quelqu'un qui n'a pas lu le livre, c'est que ce quelqu'un, s'il n'accepte pas ce principe de la différence des sexes (dois-je rappeler que cette différence est métaphysique, justement, que la zigounette et le pilou-pilou, comme disait Desproges, n'en sont que des prolongements… ?), risque d'avoir le sentiment que le discours du Baron est caricatural. La Métaphysique du sexe est une exploration en 350 pages de cette différence, avec précisions, exemples, nuances, mais, si l'on reste complètement fermé à ses thèses de départ, le commentateur a de fortes chances de conforter à chaque extrait qu'il donnera cette vision négative des idées d'Evola.

Cette difficulté, qui n'est pas propre à la Métaphysique du sexe, mais qui me semble tout de même plus aiguë ici que pour d'autres livres, n'est pas rédhibitoire pour autant, nous l'allons montrer tout à l'heure. Mais avant cela, une petite digression.

Ce n'est pas un argument définitif, il s'en faut, mais une objection à ceux qui ne justifient l'existence des zigounettes et des pilou-pilous, i.e. des hommes et des femmes, que par la nécessité d'assurer la reproduction de l'espèce. Si tel était son but, Dame Nature ("(née Dieu)", ajoutait M.-É. Nabe, mais passons) s'est montrée peu économe de ses forces : on pourrait très bien imaginer une sorte de créature (je ne dis pas androgyne, car le concept d'androgynie se définit justement par une combinaison de caractères masculins et féminins, quelle que soit l'importance qualitative que l'on accorde à la définition de ces caractères, et ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici) qui ait à la fois la zigounette, le pilou-pilou et l'utérus qui va avec, ainsi qu'une paire de mamelles bien sûr - Dame Nature aurait mis ça au point si elle l'avait voulu - grâce à Dieu, c'est le cas de le dire, elle ne l'a pas voulu ainsi, même si les papa queer de notre époque s'emploient à réaliser ce qui semble être pour eux un idéal. (Ceci sans même évoquer notre ami(e) Buck Angel…)

Revenons à Evola, et essayons de vous faire partager l'intérêt que nous éprouvons pour ses thèses, à travers un exemple concret, celui des notions d'activité et de passivité (ce qu'au demeurant je vous avais récemment promis).

Evola commence par citer Havelock Ellis :

"La réticence apparente de la femme n'est pas destinée à inhiber l'activité sexuelle chez l'homme ou en elle-même, mais à l'accroître chez l'un et l'autre. Par conséquent, la passivité n'est pas réelle, mais apparente. (…) Une énergie intense se cache derrière cette passivité, une préoccupation toute concentrée sur le but à atteindre." (La coupure de moi, je ne sais pas si les italiques sont de Ellis ou de Evola.)

Puis enchaîne :

"Si, métaphysiquement, le masculin correspond au principe actif et le féminin au principe passif, il y a renversement de ces rapports dans tout le domaine de la sexualité courante, donc dans le domaine qu'on peut dire « naturel », où l'homme va rarement à la rencontre de la femme en tant que porteur effectif du pur principe de l'« être », émanation du pouvoir de l'Un, mais apparaît généralement comme celui qui subit la magie de la femme. Les rapports de fait, dans ce contexte, sont donc modifiés ; une formule de Titus Burckhardt les définit de manière prégnante : la femme est activement passive, l'homme est passivement actif. La qualité « activement passive » de la femme est source de son charme, et elle est activité au sens supérieur. Le langage courant y fait déjà allusion lorsqu'il dit d'une femme qu'elle est « attirante » : or l'attraction, c'est le pouvoir de l'aimant. La femme, à cet égard, est donc active, et l'homme passif. « On dit et l'on admet généralement que, dans la lutte pour l'amour, la femme est presque passive. Mais cette passivité est rien moins que réelle. C'est la passivité de l'aimant qui, en dépit de son immobilité apparente, entraine dans ses tourbillons le fer qui l'approche. » [A. Marro] La tradition extrême-orientale, qui a connu la conception de l'« agir sans agir » (wei-wu-wei), est aussi celle qui a su reconnaître ce point, dans le cadre d'un système social qui a pourtant été nettement androcratique : « Le Féminin, du fait de sa passivité, est toujours vainqueur du Masculin. »

[Lao-Tseu. Evola ajoute en note : "Reprenant les idées d'Aristote, Scot Erigène dira que « qui aime ou désire subit, qui est aimé est actif. »" Rappelons de notre côté, pour suggérer entre ces divers thèmes des rapprochements, mais sans y voir une stricte identité de visions, la phrase que M.-É. Nabe prête à DSK : "C'est le désir [en nous] qui est brutal, pas nous."]

Pour paradoxal que cela paraisse, si l'on veut parler de manière rigoureuse, donc conforme à l'étymologie du terme, c'est toujours l'homme qui est « séduit » ; son initiative active se réduit à l'approche d'un champ magnétique, dont il subira la force dès qu'il sera entré dans son orbite.

[Nouvelle note d'Evola : "La formule américaine qui dit que l'homme poursuit la femme jusqu'à ce que celle-ci l'attrape (the man chases the woman so long as she catches him) n'est pas seulement humoristique. Au sujet d'une certaine « violence » masculine, Viazzi n'a pas tort d'employer l'image de celui qui prendrait d'assaut un pénitencier, triomphant de la résistance des geôliers et des gardes, dans le seul but de pouvoir y être enfermé."]

Face à l'homme qui désire, donc face au simple besoin sexuel masculin, la femme a toujours une nette supériorité. (…)


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Aussi bien l'homme priapique s'illusionne-t-il beaucoup lorsqu'il croit avoir « possédé » une femme et s'en vante, du simple fait que celle-ci a couché avec lui. Le plaisir que la femme éprouve à être « possédée » est un trait élémentaire, qui mérite à peine d'être rappelé : « elle n'est pas prise, mais accueille, et, dans l'accueil, elle gagne et absorbe. » (G. Pistoni) (…) Enfin, si l'on envisage sous l'angle psychologique le plus intime l'expérience de l'étreinte, on constate que la situation de l'« aimant » s'y répète très souvent : le fait est que l'homme (…) est essentiellement passif, en ce sens qu'il s'oublie, toute son attention étant irrésistiblement captée, comme dans une fascination, par les états psychophysiques qui apparaissent chez la femme dans l'étreinte, et plus spécialement par leurs effets sur la physionomie féminine (…) : et c'est cela précisément qui constitue l'aphrodisiaque le plus intense pour l'ivresse et l'orgasme de l'homme.

[Incise de AMG : ce dernier point doit être nuancé par un texte de Pierre Boutang, mais je ne vous surcharge pas aujourd'hui, d'autant qu'il s'agit d'une prose trop peu claire, qu'il faudra prendre le temps d'expliciter…

Evola évoque ensuite des représentations traditionnelles de ces rapports homme-femme, je reprends la retranscription au dernier exemple :
]

Le même thème réaffleure dans le symbolisme, d'inspiration kabbalistique, de la XIe lame des Tarots : la Force, représentée par une femme qui, sans difficulté, tient ouverte la gueule d'un lion furieux. Et chaque femme, en tant qu'elle participe de la « femme absolue » [i.e., du pôle métaphysique féminin, note de AMG], possède, dans une certaine mesure, cette force. L'homme la perçoit souvent, et, la plupart du temps, c'est en raison d'une surcompensation névrotique inconsciente du complexe, sinon d'angoisse, du moins d'infériorité qui en dérive, qu'il étale devant la femme une masculinité ostentatoire, qu'il se veut indifférent et même brutal et méprisant : toutes choses qui ne le font pas avancer d'un pas, bien au contraire, en ce qui concerne les rapports les plus subtils qui peuvent s'établir entre les sexes. Que la femme, en tant qu'individu, finisse souvent elle-même victime, sur le plan extérieur, matériel, sentimental et social, de cette force qu'elle utilise - d'où parfois une instinctive « peur d'aimer » -, cela ne change rien à la structure fondamentale de la situation." (pp. 219-221)


"Métaphysiquement, le masculin correspond au principe actif et le féminin au principe passif" : cette donnée fondamentale de l'analyse d'Evola, je ne vais pas la développer aujourd'hui. J'espère au moins que ce que vous venez de lire m'épargnera les commentaires caricaturaux sur l'activité et la passivité, de même d'ailleurs que sur les violences masculines (à toutes fins utiles, je précise que je n'ai pas encore écouté ce qu'Alain Soral a récemment mis en ligne sur le sujet). Je rappellerai pour finir l'importance de ces problèmes : si le don / contre-don est une matrice fondamentale des relations humaines, et personne à ma connaissance n'a jamais réfuté Mauss sur ce sujet, et si le sexe, c'est de la métaphysique, et personne à ma connaissance ne m'a jamais réfuté sur ce sujet, tout ce qui est de l'ordre de la « crise économique », qui est nécessairement une crise du don / contre-don, ne peut qu'avoir des rapports, certes pas nécessairement directs ou, à tout le moins, aisés à comprendre avec la crise du don / contre-don entre hommes et femmes. Celle-ci, pesanteurs « naturelles » aidant, est peut-être moins pressante que la crise dite économique, elle n'en existe pas moins, et ce n'est certainement pas l'identité de ceux qui refusent de la voir qui va me faire changer d'avis à ce niveau.


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samedi 24 juillet 2010

Figures de la réciprocité et de la hiérarchie.

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"Ton sentiment me fait gonfler mes voiles d'ange
Ton sentiment me fait du bien au sentiment
Et les fleurs du pavé poussent des cris étranges
Moi qui viens du pavé vers toi et me dressant

Et moi je ne te prends que ce que je te dois
Si je n'avais que du sentiment à t'filer
Il y a bien longtemps que tu m'aurais banni
De ton fief de ton cul de ta loi de tes langes
Il y a bien longtemps que tu te serais cassée"

"TU es moi
JE c'est toi
Comment t'appelles-tu ?
Tu t'appelles la nuit dans le ventre des filles
De ces filles qui roulent au bord de la mort lente
Tu t'appelles l'amour Tu es toutes les femmes
Tu es TOI tu es ELLES"

(Léo Ferré, Les amants tristes.)



"Ton style c'est ton cul c'est ton cul c'est ton cul
Ton style c'est ta loi quand je m'y plie salope !
C'est ta plaie c'est mon sang c'est ma cendre à tes clopes
Quand la nuit a jeté ses feux et qu'elle meurt
Ton style c'est ton cœur c'est ton cœur c'est ton cœur"

(Id., Ton style.)


Bernanos parle de la charité comme un moyen de connaissance. L'amour comme recherche de la vérité. Amour, c'est une partie de l'étymologie du mot philosophie. - D'une certaine façon - nous baignons ici dans Platon, tout en le prenant pour ainsi dire par-derrière - il est extraordinaire que nous puissions avoir une compréhension sexuelle de quelqu'un de l'autre sexe, dont nous ne pouvons imaginer, quelle que soit notre expérience sensuelle, ce qu'il [elle] éprouve. On dit parfois encore que les pédés ne sont pas normaux, mais ils sont normaux, ils sont logiques, platement logiques, et nous devrions au contraire être surpris de la persistance de l'hétérosexualité. Je m'étais opposé dans le temps à M. Maso sur ce sujet ("Les homosexuels s'imaginent qu'ils baisent."), mais c'est lui qui avait raison. Comment passons-nous de l'adoration fascinée mais un peu béate, voire stupide, pour les nichons et la foufoune, à la compréhension d'une femme ? Au fait de savoir, d'un savoir que rien ne peut mettre en doute, d'un savoir qui n'est pas sans rappeler la connaissance qu'a l'abbé Donissan des âmes dans Sous le soleil de Satan, que nous la comprenons ?

Cela fait longtemps que je me dis que Dieu n'existe pas, parce que l'homme après l'amour ne pense qu'à dormir, alors que la femme est réveillée. A toutes les différences entre les sexes j'ai pu trouver une raison, sous la forme d'une complémentarité supérieure : par exemple (et à gros traits), que les femmes aient un désir d'enfant plus fort que les hommes, évidence incontestable, permet à l'espèce de se reproduire ; que les hommes aient moins ce désir permet aux représentants de l'espèce de penser aussi au plaisir. Mais cette différence, qui crée tant de malentendus "dans le plus doux moment" (Jacques Demy), je ne lui avais pas trouvé de signification. Aujourd'hui, à tort ou à raison, je me dis que justement : il faut aussi une différence irréductible, une différence sans signification, pour que les deux sexes soient différents. Que cette différence soit prosaïque, voire triviale, ne change rien à l'affaire, il s'en faut. Le miracle est là : être non seulement complémentaires, mais différents, et parvenir néanmoins, de temps à autre, à se comprendre.

(Se comprendre... En toute rigueur, je n'en sais rien, ce sont les éventuelles lectrices qui peuvent confirmer ou non cette formule symétrique. Mais la compréhension dont je parle n'est-elle pas nécessairement réciproque ? - Jusqu'à quel point ?)

Depuis l'idée des Vingt Plus Belles Actrices (expliquée ici, vous pouvez ensuite suivre le "libellé" - et constater que je suis loin d'arriver à vingt), je garde pour la fin le portrait de Marilyn, que je ne pouvais me résoudre à attaquer, pensant que j'allais la souiller avec mes gros doigts de blogueur. Marilyn, c'est celle que nous aurions tous aimé faire jouir, la belle affaire ! Marilyn, c'est bien plus que ça : c'est la femme que nous voulons comprendre. Son air un peu bébête (que l'on retrouve chez BB), son éternelle jeunesse ajoutent à ce désir : il y a dans cette femme plantureuse une adéquation parfaite, non entre le naturel et le spirituel, car précisément nous nous situons ici à ces deux niveaux, mais entre le fini et l'infini, le désir de la posséder entraîne toujours avec lui la peur qu'elle ne s'échappe, que d'une manière ou d'une autre elle ne vous file entre les doigts. Phénomène idéal pour le star-system, dont elle restera toujours l'incarnation la plus achevée - et qu'en même temps (cette innocence, cette naïveté à la fois jouée et réelle, cette fragilité), c'est peut-être le plus beau cadeau qu'elle nous fait, sa distinction suprême, elle dépasse, pour nous « offrir » son mystère naturel et sincère.

- D'où son inépuisable photogénie : un livre contenant toutes les photographies de Marylin serait assurément une des grandes oeuvres d'art du XXe siècle. Je vous laisse y rêver par vous-mêmes, ici et .

Après, pour en revenir à notre point de départ, on peut accorder une plus haute importance à la connaissance par la charité (autre composante du mythe Marilyn) qu'à la connaissance par la sexualité, qui certes n'est trop souvent que "l'infini à la portée des caniches". L'un n'empêche pas l'autre, dirons-nous pour conclure, avec un optimisme quelque peu forcé. Mais ne serait-il pas vain de reprocher à l'exceptionnel d'être rare ?

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