mardi 23 août 2011

Sans trop de commentaires. (Ajout le lendemain.) - Nigger of the day, XII.

"Un jour, un jour viendra pour l'univers où toutes ses lois seront bouleversées ; le pôle austral écrasera toutes les étendues libyennes."

Sénèque, Hercule à l'Oeta - cité par Simone Weil en 1942, lu par bibi hier. Bon, c'est plutôt le pôle septentrional qui « bouleverse les lois », y compris celles qui sont censées être les siennes, mais cela m'a bien sûr fait sourire à la lecture. J'ajouterai que S. W. repense ici à Sénèque alors qu'elle est en pleine méditation sur la notion de fin du monde.

Lue quelques minutes après, cette autre phrase, dans la célèbre lettre qu'elle adressa à Bernanos après avoir découvert Les grands cimetières sous la lune : "Les humiliations infligées par mon pays me sont plus douloureuses que celles qu'il peut subir." (1938, p. 409 de l'édition « Quarto »)

État d'esprit d'autant moins partagé par mes contemporains que :

"Une atmosphère lourde, opaque, étouffante s'est établie sur le pays, de sorte que les gens ont le cafard et sont mécontents de tout, mais d'autre part sont disposés à encaisser n'importe quoi sans protestations et même sans surprise." (ébauche de lettre à son frère en 1939, avant le début de la guerre, citée par S. Pétrement p. 509 de La vie de Simone Weil)

A encaisser n'importe quoi, à faire encaisser aux autres n'importe quoi, à croire n'importe quoi. Évoquant L'enracinement, S. Pétrement rappelle que S. W., dans son projet de société future, y "juge nécessaire (...) qu'on interdise toute propagande de parti et aussi toute pression d'un groupe sur ses propres membres pour imposer certaines opinions (c'est-à-dire toute pression exercée en vertu de la notion d'orthodoxie). Elle conseille aussi que soient créés des sortes de tribunaux devant lesquels on pourrait citer tout écrivain ou journaliste qui aurait soit publié sciemment des mensonges, soit publiés des erreurs qu'il pouvait facilement éviter." (p. 655)

- si tous les cocus avaient des clochettes... Sur le même sujet, Thierry Meyssan disait il y a peu la même chose.

L'Occident est mort, mais il tue encore !



(Ajout le 24.08.11)
Certaines conclusions à ce qui précède étaient implicites, mais un autre texte de S. W., lu hier, les formulant mieux que je ne saurais le faire, je reprends la plume pour laisser la parole au maître (à la "maitresse" ? ça fait école primaire ou SM...) :

"Dès que la vérité disparaît, l'utilité aussitôt prend sa place. (...)

Depuis longtemps déjà, dans tous les domaines sans exception, les gardiens en titre des valeurs spirituelles les avaient laissé se dégrader, par leur propre carence et sans nulle contrainte extérieure. Une sorte de crainte nous empêche de le reconnaître, comme si nous risquions ainsi de porter atteinte à ces valeurs elles-mêmes : mais loin de là, dans la période peut-être fort longue de douleur et d'humiliation où nous nous sommes engagés, nous ne pouvons retrouver un jour ce qui nous manque que si nous sentons de toute notre âme à quel point nous avons mérité notre sort. Nous voyons la force des armes asservir de plus en plus l'intelligence, et la souffrance rend aujourd'hui cet asservissement sensible à tous : mais l'intelligence s'était déjà abaissée jusqu'à l'état de servitude avant d'avoir personne à qui obéir. Si quelqu'un va s'exposer comme esclave sur le marché, quoi d'étonnant qu'il trouve un maître ?" (Réflexions à propos de la théorie des quanta, 1942, pp. 591-92 de l'édition « Quarto ».)



Et tant que nous y sommes, ajoutons ce « syllogisme de l'amertume » de Herr Cioran, relu hier : s'il n'est pas du même niveau, il est assez amusant, voire potache (ce qu'il écrit ferait, soit dit en passant, hurler de rage le baron Evola, mais ne nous dispersons pas) :

"Pourra-ton méridionaliser les peuples graves ? L'avenir de l'Europe est suspendu à cette question. Si les Allemands se remettent à travailler comme naguère, l'Occident est perdu ; de même si les Russes ne retrouvent pas leur vieil amour de la paresse. Il faudrait développer chez les uns et les autres le goût du farniente, de l'apathie et de la sieste, leur faire miroiter les délices de l'avachissement et de la versatilité.

...A moins de nous résigner aux solutions que la Prusse, ou la Sibérie, infligerait à notre dilettantisme." (1952 - p. 771 de l'édition « Quarto ».)

Il manque bien sûr les Américains à ce tableau, mais soixante après, il sonne pour le moins juste.


Un peu de dégoût pour finir :



Billie holiday Strange fruit






Libellés : , , , , , , , , , ,

mercredi 24 mars 2010

"No use complaining" - The sound and the fury (I) - Nigger of the day (VIII)

Je ne connais rien de ce film, et n'ai - pour l'instant - rien cherché à en savoir. Sa thématique semble claire, peut-être l'est-elle trop, mais bon sang de bois, quelque chose circule ici.





Ce fut - c'est ? - le rêve de certains, c'est une hypothèse distrayante : un XXe siècle américain sans nègres...

A suivre !

Libellés : , ,

samedi 14 mars 2009

Mon désenchantement dans ton cul...

CRIMEN001


J'ai souvent exprimé des critiques à l'égard des thèses soutenues ou inspirées par Max Weber ou Marcel Gauchet, sur le thème du désenchantement du monde. J'ai ainsi pu écrire que notre monde n'était pas désenchanté, mais mal enchanté. Quelque chose néanmoins me gênait obscurément dans cette critique - et il faut avouer que les difficultés qu'il y a à lire M. Weber d'un côté (style laborieux, traductions de qualité incertaine), M. Gauchet de l'autre (style ultra-littéraire, absence de références précises... M. Gauchet est de ce point de vue encore plus « français » qu'un Michel Foucault, combien de fois son Désenchantement du monde m'est-il tombé des mains après quelques lignes), ne m'ont pas beaucoup stimulé.

Quoi qu'il en soit de cette dernière carence, j'ai spontanément trouvé un autre angle d'attaque, qui a au moins le mérite de la clarté et de la simplicité. "Seul ce qui a un sens est réel", cette formule d'inspiration hégélienne, que l'on trouve dans la Diatribe d'un fanatique, reste un des credo de ce café - quand bien même je devrais l'appuyer plus rigoureusement, notamment sur la philosophie de la perception (où l'on retrouve mes débats récurrents avec M. Limbes sur la phénoménogie).

Bref, seul ce qui a un sens est réel - et comme notre monde n'a plus de sens, il flotte dans un éther d'irréalité, sensible même dans la crise qui le secoue actuellement (cela peut changer rapidement ; et que les choses ne soient pas réelles ne veut certes pas dire qu'elles n'existent pas). Le monde traditionnel, disons jusqu'au XVIe siècle, avait un sens, il était donc réel. Il n'avait rien d'enchanté ou de désenchanté, il avait un sens. Parler de « désenchantement » au sujet de l'évolution du monde, c'est au mieux se tromper sur les causes et la nature de notre déprime - réelle, elle, elle est même peut-être ce qu'il y a de plus réel dans notre monde, comme le fondateur de la sociologie - Durkheim - l'avait compris très tôt (cf. Le suicide) -, confondre ce qui est cause et ce qui est conséquence ; au pire, et les deux options ne sont pas exclusives l'une de l'autre, une manifestation typique d'occidentalo-centrisme, où l'on ne voit dans les Sauvages que des gars qui passent leur vie à chanter et à danser, et dans les dignitaires des religions traditionnelles d'obscurantistes illuminés.

Ce qui est vrai, c'est que le sens a disparu en tant que facteur d'organisation du monde. Il serait donc plus juste de parler d'un monde désorienté que d'un monde désenchanté. Et cette désorientation globale a certes elle-même pu nourrir un sentiment de désenchantement, mais il faut alors immédiatement ajouter que dans le monde moderne on passe son temps à lutter contre ce désenchantement. Collectivement : c'est une des caractéristiques des totalitarismes, depuis les aspects les plus païens de la Révolution française jusqu'à l'hitlérisme. « Individuellement » (c'est-à-dire en fait collectivement, mais en croyant plus ou moins être le seul à le faire, et en voulant en tout cas ne le faire que pour soi) : ce qu'on appelle communément le fétichisme de la marchandise, la consommation comme remède au mal-être. On peut ajouter la foi en la science - qui donne certes un sens au monde, mais un sens non suffisant.

(Et le cinéma !


U1119675


Et le jazz !


BillieHolidayMister


Comment un monde qui a pu produire Marilyn ou Billie Holiday serait-il ontologiquement désenchanté ?)

(Symétriquement, on accordera qu'il y a eu des tendances millénaristes dans beaucoup de religions (pas dans toutes). Mais les religions qui ont duré ont justement contenu ces tendances, plus vivaces maintenant qu'auparavant.)

Autrement dit : notre monde est désorienté, notre monde n'est pas assez réel, et ce sont les individus qui s'en retrouvent désenchantés, et qui luttent en permanence contre ce désenchantement. Le désenchantement est une caractéristique de notre monde non en tant qu'il serait désenchanté, mais en tant que le désenchantement y est présent dans les sentiments des individus qui peuplent ce monde. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas la même chose.


N.B. On peut dans le même ordre d'idées rappeler certaines pertinentes remarques de Wittgenstein, notamment sur la notion d'expérience : ici, puis . Heil !


0mina15


Les photos que j'ai utilisées aujourd'hui proviennent, pour l'enchantement « noble », de l'admirable site de Tom Sutpen, en lien permanent à mon comptoir, et pour l'enchantement « bas », de l'excellent espagnol Blonde Zombies (dont je dois la découverte au Dr Orlof, que les mânes d'André Bazin le protègent), et que j'ai aussi déjà utilisé. Dans la mesure où je n'ai pas toujours pu indiquer la provenance de ces photos, pour des raisons de place, dans la rubrique "Libellés", je leur reconnais publiquement ma dette ici même.

Libellés : , , , , , , , , , , , , ,

lundi 4 août 2008

Un bon socialiste est un socialiste mort (explosé, découpé...).

kwai_1181924628


Maigrelet et replet, vaincu et prétentieux... Le socialiste !


Dénichée par E. Chouard, une intéressante petite interview d'Emmanuel Todd ici, dont voici un extrait :

"Il y a quelque chose de frénétique [chez les socialistes] à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devraient le[s] conduire à gauche.

- La gauche est donc en train de suicider ?

Quand on prend un peu de distance, ce spectacle fait surgir une abondance d'images inattendues, comme celle de rats se bousculant pour s'engouffrer sur le navire coulant du capitalisme. Mais la meilleure métaphore est celle du roman de Pierre Boulle dont un excellent film a été tiré, le Pont de la rivière Kwaï, dans lequel le rôle de l'officier anglais est joué par David Niven [sic ! Alec Guinness, of course]. Un homme si honnête et scrupuleux qu'il s'acharne avec une sorte de rigueur morbide à servir du mieux qu'il le peut les Japonais dont il est prisonnier. Des socialistes, devenus esclaves du capitalisme le plus dur, nous construisent un Pont de la rivière Kwaï. Un pont qu'il faudra bien faire exploser un jour. Car si la gauche continue d'opposer sa dérive droitière à la demande d'une vraie politique de gauche, ses électeurs se tourneront vers la droite extrême, en attendant l'extrême droite. Les élections de Sarkozy et de Berlusconi ne sont peut-être que le premier moment de ce phénomène. Reste que les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. C'est même un problème anthropologique, presque religieux..."

Oui, c'est une énigme. - Ceci dit, cette « rigueur morbide » se retrouve, avec moins de mauvaise conscience, chez l'ensemble des « libéraux » actuels (N. Sarkozy et consorts), qui donnent le sentiment d'appliquer avec d'autant plus de zèle leurs politiques qu'ils comprennent et/ou sentent qu'elles ne vont pas fonctionner (ou trop bien fonctionner et, comme disait une affiche électorale du Front National, « tout casser »).

"Anthropologique, presque religieux..." : bien qu'elle (me) soit (devenue) naturelle, cette association de termes évoque René Girard et certaines de ses thèses sur le sacrifice. En l'occurrence on assiste ici à une sorte de double « retour » du sacrificiel en politique : les gens de droite (politiciens, hommes d'affaires, intellectuels, pour ces deux dernières catégories éventuellement classés « à gauche ») sacrifient Popu pour se faire un peu plus de fric en attendant le déluge - et après tout, qui dit crise (imminente ?) dit souvent dévaluations, donc chaque euro mis de côté se révèlera important dans le futur ; les gens de gauche (principalement les politiciens) poussent le zèle, ou la « rigueur morbide », jusqu'à se sacrifier, sinon eux-mêmes du moins leurs idées, en même temps que Popu (qui ne leur a rien demandé), pensant peut-être par là prouver qu'ils croient en ce qu'ils font, et donc qu'ils ont raison. N'est-ce ainsi qu'une nouvelle forme poussée jusqu'à l'absurde de militantisme, héritière de ces mouvements d'extrême-gauche qui, tout en prétendant bien entendu parler au nom de la classe ouvrière et mieux qu'elle, épuisaient, essoraient à tous les niveaux leurs participants, et voulaient trouver dans ce masochisme une sorte d'auto-justification ? On pourrait presque aussi voir dans ces comportements un « suicide altruiste » à la Durkheim, si nos chers leaders socialistes n'avaient pas, comme les "Saint-Jean-boute-feu" de Brassens, une si désagréable tendance à "s'attarder ici-bas" ("Mourir pour des idées / C'est le cas de le dire / C'est leur raison de vivre / Ils ne s'en privent pas...")

Quoi qu'il en soit, on serait tenté, pour ce qui est des socialistes et de tous les zélateurs « de gauche » du libéralisme, de leur recommander d'être plus modestes, et, s'ils veulent vraiment se sacrifier - ce qui est une bonne idée -, de le faire tout seuls, sans entraîner les autres dans leur « rigueur morbide ».


Fuji_Kikaku_RB-09_cap

(Avec un peu de décorum, ce peut même être goûteux.)


Le cas des libéraux de droite étant plus simple, et, sacrifice pour sacrifice, appelant sans doute des solutions aussi archaïques que leurs méthodes.


image003

(Sales Blancs !)





Pour finir, une question qui me vient à l'esprit : y a-t-il une « économie » autre que d'Etat ?

Libellés : , , , , , , , , , , ,

mardi 3 juillet 2007

Ma musulmane.

oum_khal



Gloire à M.-E. Nabe, pour avoir, dans son livre sur Billie Holiday,

41MY03DGRQL._AA240_

fait une incise sur la Callas, que certes je n'ai pas eu besoin de lui pour connaître et vénérer,


Callas-Pic-36

salope d'Onassis ! Et maintenant c'est le petit Pinault qui achète Selma Hayek... Il n'y a pas de justice... ou divine et ironique, Onassis a finalement commis la faute de goût, quelle honte, de préférer la pétasse Bouvier-Kennedy à l'ange-démon Callas, peut-être que le Pinault finira avec Cécilia... Il est vrai que les pétasses sont humaines, ce qui n'était pas tout à fait le cas de la Callas. C'était une chose d'avoir l'argent pour l'acheter, mais vivre avec en était une autre.


et surtout sur Oum Kalsoum, disais-je, Oum Kalsoum qu'Allah a maintes fois bénie, Oum Kalsoum que je ne connaissais pas, Oum Kalsoum que voici, Oum Kalsoum, Oum...





"Pour restaurer la tradition perdue, pour la revivifier véritablement, il faut le contact de l'esprit traditionnel vivant, et, nous l'avons déjà dit, ce n'est qu'en Orient que cet esprit est encore pleinement vivant..."

René Guénon, La crise du monde moderne [1927], "Folio", p. 56.

1927 ! "Est encore pleinement vivant..."

Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts !

Libellés : , , , , , , , , , , , ,