dimanche 1 février 2009

Ma Shoah dans ton cul : et si les chambres à gaz n'avaient pas existé ?

(Ajout le 18.02.)



Eh bien, ça ne changerait pas grand-chose à quoi que ce soit. Quelques millions de Juifs (je resterai ici dans les ordres de grandeur, par paresse et parce qu'il n'est justement pas nécessaire d'être plus précis) auraient tout de même disparu, et les négationnistes auraient toujours bien autant de mal à expliquer ce qu'ils sont devenus. Gazés ou pas, le fait est qu'ils sont partis en fumée, et qu'on ne les a jamais retrouvés.

L'existence possible d'un complot sur un événement comme le 11 septembre se heurte entre autres objections au fait que, sept ans après, aucun des complices de ce complot présumé n'a jamais eu la tentation de faire son intéressant, ou d'envoyer à T. Meyssan ou Reopen9/11 quelque élément dont ceux-ci eussent pu faire leur beurre : à l'heure actuelle, tout ce qui peut faire douter de la version officielle est de l'ordre de la preuve indirecte. Cet argument n'est justement pas une preuve en soi, mais dans le monde où nous vivons - narcissisme, Internet et tutti quanti - il donne tout de même matière à réfléchir. Avec l'extermination des Juifs d'Europe, ce type de raisonnement s'approche de façon asymptotique de la preuve : soixante ans après les faits, aucun des Juifs qui au lieu d'avoir été gazés, ou supprimés par un autre moyen, et qui se seraient retrouvés, sans que personne n'ait été témoin de tels déplacements de population, quelque part en Union Soviétique, en Israël ou en Afrique (ce sont les diverses hypothèses formulées par P. Rassinier ou R. Faurisson), ne se serait manifesté auprès de ses proches, ne serait revenu dans sa terre natale, par millions ils auraient gardé le secret, le pays d'accueil n'aurait rien dit, aucun des indigènes de ce pays n'aurait râlé, etc... ? Pas besoin me semble-t-il d'aller plus loin dans cette direction.

J'utilise cet argument, qui n'est pas nouveau, d'abord pour clarifier certaines idées à propos des négationnistes (une pique contre Robert Faurisson, et je reçois à peu près autant de mails que lorsque je m'aventure dans les rapports entre holisme et individualisme... c'est la vie !), en espérant ne plus avoir à y revenir. Que les amateurs de politiquement incorrect se rassurent, les coups partiront ensuite dans l'autre sens. Mais procédons par ordre :

- dans ce qui suit, je me référerai principalement à Robert Faurisson et Roger Garaudy, qui sont les négationnistes que je connais le mieux. Je n'ai jamais lu P. Guillaume et S. Thion (la branche « de gauche » du mouvement...), et à peine P. Rassinier. Si je commets ici des injustices à l'égard des derniers cités, ou des généralisations abusives, ce sera involontaire, et, je l'espère, ne constituera pas une imprudence rédhibitoire quant à mes raisonnements ;

- il est tout à fait légitime de chercher à savoir ce qui s'est vraiment passé à Auschwitz et autres camps. Il faut bien reconnaître que le peu de documents qu'il y a sur les chambres à gaz elles-mêmes est troublant, fascinant - et il est de bonne méthode de se poser des questions à ce sujet ;

- c'était un de mes chevaux de bataille lors de la naissance de ce blog, je n'ai pas changé d'avis depuis, la loi Gayssot est une pure saloperie, dénoncée d'ailleurs par des historiens « insoupçonnables ». Et même en faisant la part de la provocation dans les propos de Jean-Marie Le Pen, on peut être surpris de la lourde condamnation dont il a été victime et qui vient d'être confirmée en appel. Je m'arrête là sur le sujet, il ne faut pas commenter les décisions de justice, et apparemment on risque 10.000 euros d'amende à rappeler que, pendant que certains résistaient et que d'autres étaient déportés, les Français trouvaient le temps et l'envie d'aller au cinéma en masse, comme jamais dans leur histoire... Passons ;

- ceci étant dit, on peut débattre de tout et n'importe quoi, et même avec n'importe qui si l'on veut, mais contrairement à ce déclare depuis longtemps quelqu'un comme R. Faurisson, le débat sur les chambres à gaz a eu lieu, et a encore lieu. Chaque travail historique sur le sujet, ou sur les camps d'extermination et de concentration, même s'il ne mentionne pas les écrits des négationnistes, est une forme de débat, d'ajout de pièces à ce débat. Robert Faurisson ne cesse de proclamer - c'était vrai au début des années 80, c'est toujours vrai aujourd'hui - que si l'on voulait discuter une bonne fois, de bonne volonté, avec lui, tout changerait, ou du moins les choses sérieuses sur le sujet commenceraient. Mais de Vidal-Naquet (Un Eichmann de papier (une de mes principales sources sur le sujet), cité dans le texte que j'ai récemment remis en ligne) à R. Hillberg (que je n'ai pas lu), cela fait longtemps que des gens discutent avec lui. On remarquera au passage, sans donner à cet argument force de preuve, qu'il ne ressort pas d'une interview récente, réalisée fin 2006 à Téhéran lors de la conférence consacrée à la Shoah (je n'ai rien contre M. Ahmadinejad, mais ce n'était pas là sa meilleure idée...), interview qui est une autre de mes sources principales, dont on peut sans abus considérer qu'elle résume assez bien les positions actuelles de M. Faurisson et que donc je vous encourage à lire..., il ne ressort pas de cette interview récente, disais-je, que la conférence en question, qui est le genre de choses désirée depuis toujours par notre cher professeur, ait tellement apporté d'informations, sans même parler de preuves, sur l'existence ou la non-existence des chambres à gaz...

- mais n'entrons pas trop dans ce débat. J'en ai parlé dans le texte déjà évoqué à propos de S. Trigano : dans toute doxa, il y aura toujours quelque point faible, quelque talon d'Achille, quelque maladresse d'expression d'un des prêtres de ladite doxa, que l'on pourra attaquer. (On le sait bien, ce n'est pas, au sujet de la Shoah, ce qui manque.) Cela ne signifie pas que la doxa soit elle-même fausse. Pour le dire autrement : d'un certain point de vue, R. Faurisson connaît la Seconde Guerre mondiale mieux que moi, il peut citer, bien ou mal, de nombreux faits dont je n'avais pas connaissance. Mais d'un autre point de vue, plus général, je la connais mieux que lui, car je l'ai mieux comprise. Ceci sera j'espère évident à tous à la fin de ce texte. S'il faut débattre sur tel ou tel point précis avec les négationnistes, je renvoie donc, d'une part au texte de Vidal-Naquet ou à un autre qu'il vous plaira de choisir, d'autre part à Radio Islam (quel nom, hélas...) ou à Aaargh... auquel je n'ai pas réussi moi-même à me connecter, merveilleux pays que le nôtre... ;

- j'en reviens à mon argument de départ : où est passé le corpus delicti ? La disparition de la victime est parfois bon signe pour le criminel, ici c'est le contraire. Mais outre sa force propre, cet argument est utile en ce qu'il nous amène à une donnée du débat : une certaine insignifiance du problème des chambres à gaz. La très grande majorité des Juifs qui ont pris le train vers des camps comme Auschwitz n'en sont pas revenus, c'est comme ça. Le typhus, raison souvent donnée par R. Faurisson pour expliquer la mortalité dans les camps ? Je me permets de vous renvoyer une nouvelle fois au livre de Vidal-Naquet sur le sujet (pp. 70-72) : le moins que l'on puisse dire est ce providentiel typhus aurait fait plus de ravages qu'une grosse colère de Yahvé, sans laisser de traces d'une telle démesure dans les archives nazies. Passons. Ce que je veux dire, c'est, et je pense que la lecture de l'interview de R. Faurisson le confirmera sans ambiguïté, que la question ne peut porter uniquement sur l'existence ou non des chambres à gaz. M. Faurisson se trouve en fait coincé : s'il n'a pas existé un outil aussi performant que les chambres à gaz pour annihiler ces millions de Juifs, et si, comme tout le monde le sent, la solution du transport de population resté caché depuis des décennies ne tient pas une seconde, il ne reste qu'à suggérer, de façon plus ou moins habile, que les Juifs qui sont morts en Europe durant la Seconde Guerre mondiale sont morts la faute à pas de chance ;

- de ce point de vue, l'interview de Téhéran me semble exemplaire dans l'entreprise de dissolution de l'extermination des Juifs d'Europe par les Allemands dans un contexte plus général, où les Allemands en général, et les nazis en particulier, se retrouvent quasiment absous de leurs crimes : un coup c'est la maladie qui a emporté les Juifs, un coup Hitler ne s'occupait pas vraiment des Juifs, un coup c'était la faute aux Juifs eux-mêmes... Il faut insister sur ce dernier argument, notamment parce que c'est de ce point de vue que j'ai récemment accusé Robert Faurisson de colonialisme (citations dans le texte remis en ligne le 14 janvier dernier) : les proclamations anti-IIIe Reich de certains représentants (plus ou moins représentatifs, comme toujours...) des Juifs d'Allemagne, aux alentours de 1938-39 ? Une agression anti-allemande, bien sûr. La révolte du ghetto de Varsovie ? Une trahison, un coup de poignard dans le dos, qui justement prouvait que Hitler avait raison de se méfier. On peut si l'on veut faire des rapprochements avec ce que les Israéliens reprochent aux Palestiniens depuis des années, on peut aussi repenser à certaines thèses impérialistes françaises ou anglaises de la fin du XIXe siècle : si les colonisés se laissent faire ou se font battre, c'est qu'ils sont dociles par nature et/ou qu'ils savent que leurs maîtres ont raison et/ou que leur défaite prouve leur infériorité naturelle ; et s'ils se rebellent, c'est qu'ils sont des rebelles, et les rebelles, il faut les mater. Le droit du plus fort s'impose, décide du cadre d'analyse, de la façon dont il faut voir les choses. Le colonisé accepte la domination s'il la ferme ; s'il l'ouvre, il justifie la domination. A titre personnel, c'est à la fois ce qui me choque le plus chez les négationnistes, et ce qui continue à me désoler dans l'histoire Dieudonné-Faurisson : la légitimation exclusive du point de vue du colonisateur, lequel est colonisateur aussi et précisément parce qu'il réussit à imposer son point de vue. Je ne sais pas comment un tiers-mondiste comme Serge Thion parvient à gérer ces choses - Israël est passé par là, sans doute, le problème étant - c'est valable aussi pour Roger Garaudy - qu'à force d'insister sur Israël on finit par dénaturer l'Allemagne hitlérienne. Paul Rassinier, selon Vidal-Naquet (Un Eichmann de papier..., p. 198), est toujours resté anti-colonialiste. Robert Faurisson, lui, n'a pas l'air d'avoir de gros problèmes théoriques ou moraux de ce point de vue ;

- plus généralement, on le voit, pour continuer à faire passer leur thèse relative à la non-existence des chambres à gaz, les négationnistes se retrouvent naturellement obligés d'élargir leur propos, et doivent diluer l'extermination des Juifs dans le cours « normal » de la guerre - la guerre en général ou la Seconde Guerre mondiale en particulier. L'extermination des Juifs, si vraiment extermination il y a eu, serait à classer au rang des « dommages collatéraux » - encore une rencontre entre esprits colonialistes... C'est ce que la justice a reproché le plus clairement à R. Faurisson en 1983 (détails chez le maître, en bas de page) : "M. Faurisson se prévaut abusivement de son travail critique pour tenter de justifier sous son couvert, mais en dépassant largement son objet, des assertions d’ordre général qui ne présentent plus aucun caractère scientifique et relèvent de la pure polémique ; [il] est délibérément sorti du domaine de la recherche historique et a franchi un pas que rien, dans ses travaux antérieurs n’autorisait, lorsque, résumant sa pensée sous forme de slogan, il a proclamé que « les prétendus massacres en chambres à gaz et le prétendu génocide sont un seul et même mensonge » ; (...) par-delà la négation de l’existence des chambres à gaz, il cherche en toute occasion à atténuer le caractère criminel de la déportation..." Là encore, l'interview de Téhéran me semble révélatrice. Un Roger Garaudy (Les mythes fondateurs de la politique israélienne, Samizdat, 1996, pp. 151-167) accentuera l'amalgame entre l'antisémitisme et l'anticommunisme hitlériens. Robert Faurisson insiste plus sur l'agressivité des Juifs et des Soviétiques à l'égard des Allemands ;

...et c'est ici que négationnistes et fanatiques de la Shoah se rejoignent.


Pour aborder cette seconde partie, quelques précisions s'imposent.

D'abord, un point de terminologie : lorsque j'emploierai le terme « sioniste », cela désignera, en gros - et c'est en règle générale ainsi que j'utilise ce mot à mon comptoir -, ceux dont les principes moraux et géo-politiques les rendent capables d'approuver une agression du type de celle dont Gaza a récemment été victime. Sans même remonter au passé et à des esprits de la dimension de G. Sholem ou M. Buber, je n'inclus pas dans ce terme tous ceux qui dans le présent sont attachés à la « simple » existence d'Israël, mais qui ont tout de même quelques doutes sur les politiques actuellement employées à l'égard des Palestiniens.

Ensuite et surtout, une question de méthode. Evoquer des crimes du passé (et du présent, mais ne compliquons pas encore les choses...) en cherchant à ne pas se cantonner à l'indignation morale, implique une vue assez précise des causes de ces crimes, des circonstances dans lesquelles ils ont été commis, des volontés et buts de ceux qui les ont perpétrés, du nombre et de la nature (sauvagerie, torture...) de ces crimes. Si l'on ne fait pas ce travail, toute comparaison (et tout le monde compare, tout le temps, essaie de tirer des « leçons », parfois dans une certaine mesure y parvient) entre différentes guerres, entre différents massacres, ne repose sur rien, et risque fort d'aboutir à une condamnation globale de toute forme de violence - à l'équivalence posée entre l'assassinat d'un milicien ou d'un occupant nazi, et Oradour. Mais ce travail étant fait, on s'expose aussi à certains pièges, si l'on ne fait porter l'accent que sur une dimension du conflit. Si on se focalise trop sur les causes, on pourra par exemple soutenir que les « vrais responsables » de la Seconde Guerre mondiale sont les signataires du traité de Versailles, ou que Hitler n'a fait « que » répondre au danger communiste (dans un autre domaine, notre bien-aimé Finkie avait rendu la pression turque sur l'Europe « responsable » de la colonisation de l'Afrique et de l'Asie, glissant d'une éventuelle causalité historique et géo-politique à une responsabilité morale opportunément reportée sur le musulman le plus proche [1] [1bis]). Si l'on ne pense qu'aux nombres de victimes, on peut prendre le risque, cela s'est vu, de considérer que Hitler « ne vaut pas » Staline ou Mao. Etc. La question en l'occurrence, avant que l'on ne m'accuse de vouloir sauver ces deux braves gens d'une condamnation morale et politique, est de juger de la politique hitlérienne dans son ensemble et dans sa spécificité - et de juger par ailleurs, c'est passionnant mais n'est pas notre sujet du jour, des communismes stalinien et maoiste dans leur ensemble et dans leur spécificité. L'inévitable jeu des comparaisons ne vient qu'après (ou ne devient intéressant qu'après) et en tenant compte de ces données.

De ce point de vue et pour en revenir à notre sujet, il faut à la fois bien comprendre que l'extermination des Juifs d'Europe est un trait caractéristique et important de la politique hitlérienne et de la Seconde Guerre mondiale, et qu'elle n'en est qu'une partie. Ne pas tenir compte de ces deux dimensions biaise le point de vue, avec des conséquences plus importantes que l'on ne pourrait croire. Paul Yonnet, dans un livre fort intéressant, Voyage au centre du malaise français. L'antiracisme et le roman national (Gallimard, 1993), explique cela mieux que moi.

Présentons rapidement cet ouvrage, sur lequel nous reviendrons dans d'autres occasions. Il s'agit d'une explication, puis d'une généalogie, du mouvement SOS-Racisme, un des intérêts du livre étant que son auteur a lui-même découvert des filiations et des liens auxquels il ne s'attendait pas. Je vous raconte cette histoire une autre fois, mais il faut comprendre, pour le début de la citation, que le point de vue de P. Yonnet est généalogique (en l'occurrence, rapport à ce qui suit : comment la Shoah est-elle devenue un événement ou l'événement majeur, voire même le seul événement important de la Seconde Guerre mondiale ?). Par ailleurs, la « mythologie noire » à laquelle il sera fait allusion est la vision macabre des années 1940-44 telle qu'elle s'est graduellement développée dans l'opinion à partir des années 60 (« Tous collabos »...), par opposition à la « mythologie blanche » gaulliste. En route :

"On aperçoit parfaitement (...) que ce qui se profile derrière [la promotion de la Shoah comme] l'« événement majeur », c'est une banalisation du reste, de tout ce qui ne fut pas l'holocauste des juifs. Du reste, c'est-à-dire pas seulement les exactions systématiques contre les populations civiles ou militaires - les méthodes de guerre nazies -, ce qui s'évapore dans cette refonte de l'image de la guerre, c'est son enjeu, le projet impérial national-socialiste allemand qui fut la pire tentative d'asservissement des nations jamais conçue en Europe, un enjeu que Raymond Aron résumait ainsi [au moment des faits] : « Nations libres ou empire tyrannique, tel est le sens, pour l'Europe, de la guerre hitlérienne. »

C'est pourquoi, si ne voir en Hitler qu'un spécimen de la « banalité du mal » est une facilité d'écriture, certes, celle-ci - dès lors qu'elle n'exprime plus une philosophie pessimiste - s'intègre dans un cadre d'appréhension collective des réalités de la guerre qui tend à chasser la dimension exceptionnelle des ambitions nazies. Excepté l'holocauste, la Seconde Guerre mondiale n'est pas un conflit comme les autres. En dehors des occurrences génocidaires libérées par les premières victoires, l'enjeu de l'entreprise nazie n'est pas celui d'une guerre comme les autres. Ne sont banales ni l'adhésion de tout un peuple à un projet militariste de domination continentale, ni l'eschatologie millénariste d'Adolf Hitler et de ceux qui l'entouraient, ni les rêves de partage avec le Japon d'un monde réduit à la servitude pour le bien-être des races supérieures. 1939-1945 n'est pas la conséquence d'une série d'incidents de frontières qui auraient mal tourné dans un contexte de disputes chauvines. A la faveur de la concentration consensuelle du regard sur le génocide, ces dimensions s'atténuent, sont rejetées dans le lointain de la mémoire, finissent par disparaître : une forme implicite de négationnisme se déploie dans le silence. Je me suis souvent demandé pourquoi les « recherches » de ceux qui nient l'holocauste des juifs dans les chambres à gaz s'étaient brusquement trouvées portées sur le devant de la scène à la fin des années 1970 : la médiatisation et le succès de cette médiatisation dénonciatrice sont bien évidemment à mettre en relation directe avec la montée en puissance d'une sensibilité de plus en plus aiguë, au fur et à mesure que la mythologie noire déplaçait son axe de la collaboration à l'antisémitisme. Mais cette élucidation est insuffisante : on n'a pas prêté attention au fait qu'était ainsi sélectionné un adversaire homologue, lui aussi focalisant l'intérêt sur le sort des juifs et négligeant le reste - à cette différence près que chez les « négationnistes », il s'agit d'une négligence de principe et qu'opère là une stratégie consciente de banalisation du reste. Pour les (...) « négationnistes », tenter de prouver que, dans les chambres à gaz, on n'a gazé que des poux pour éviter la propagation du typhus est un enjeu de taille, l'enjeu dernier : s'ils arrivaient à en persuader l'opinion, ils auraient fait céder le dernier obstacle à la banalisation de la Seconde Guerre mondiale, qui est leur finalité inavouée. Ils auraient alors entièrement fait disparaître le caractère spécifique d'une ambition guerrière et conquérante ramenée à l'aune d'une prétention normale, qui - par sa grandeur d'inspiration - n'aurait peut-être pas été sans noblesse... Les « négationnistes » sont porteurs de deux négations : l'une, explicite, vise l'holocauste des juifs ; la seconde, implicite, vise les objectifs hitlériens et le déroulement de la guerre. S'attacher à détruire l'une sans apercevoir l'autre revient à rater le coeur organique du projet, là où s'organisent des travaux d'oblitération visant différents niveaux de perception." (pp. 289-291)

Autrement dit : le livre publicitaire consacré par Alain Finkielkraut au négationnisme (L'avenir d'une négation, Seuil, 1982) aurait dû s'appeler L'avenir de deux négations pour être crédible.

P. Yonnet montre bien ici ce que j'expose en première partie : nier l'Holocauste, c'est nécessairement, et contrairement à ce que dit quelqu'un comme Garaudy - qui a connu la période et n'a pas oublié l'anticommunisme haineux du Fürher [2] -, réhabiliter Hitler. Mais d'une certaine façon, ne penser qu'à l'Holocauste aboutit au même résultat.

Hitler était antisémite. Robert Faurisson l'est-il ? Je l'ignore et n'ai pas cherché à le savoir. Claude Lanzmann, juif, ancien résistant, l'est-il ? On peut supposer que non. Et pourtant les deux derniers cités s'entendent comme larrons en foire pour, dans les faits, diminuer les crimes et les ambitions criminelles du premier, le négationniste par la négation d'un de ces principaux crimes et de la volonté explicite de le commettre, le sioniste par la promotion sinon exclusive du moins fort privilégiée de l'un de ces crimes aux dépens effectifs des autres [3]. L'extermination des juifs d'Europe est une preuve et une illustration de l'impérialisme hitlérien, de sa philosophie et de sa façon de faire : la nier, c'est « banaliser » l'hitlérisme ; la privilégier aux dépens du reste, c'est, sinon nier l'hitlérisme, du moins le réduire à l'une seule de ses dimensions - il n'y a plus qu'un vrai conflit, celui des nazis et des juifs (ce qui « facilite » ensuite le glissement : tout adversaire des juifs est plus ou moins nazi. Et quand on est plus ou moins nazi, on est tout à fait nazi...)

Il ne faut pas oublier ici ce que P. Yonnet décrit comme « l'adhésion de tout un peuple à un projet militariste de domination continentale ». Se contenter d'analyser l'antisémitisme d'un Hitler ou d'un Rosenberg, pour utile et nécessaire que cela soit, risque de réduire le nazisme à une manifestation parmi d'autres de l'éternel antisémitisme, ce à quoi il est loin de se ramener.

Ce qui complique aussi les choses, c'est la confusion hitlérienne entre judaïsme et communisme - confusion et non équivalence stricte. Il faudrait ici une analyse dont je ne suis pas capable, à la fois sur ce que Hitler pensait sur cette question et sur ce que les Allemands en percevaient, mais je crois que l'on peut tenir pour acquis que les combats idéologiques contre le judaïsme et le communisme se sont mutuellement renforcés, sans pour autant se confondre complètement l'un avec l'autre - ne serait-ce d'ailleurs que par la persistance du vieux cliché : Juifs = grand capital. On peut certes comme Céline dans Bagatelles... expliquer que précisément les Juifs sont à la fois le grand capital et le bolchevisme, et que c'est ainsi qu'ils « nous » tiennent, l'antisémitisme comme toute idéologie incline parfois à des amalgames dont la rigueur logique n'est pas la caractéristique principale, il n'en reste pas moins qu'il est délicat d'assimiler complètement judaïsme et communisme.

De ce point de vue, on retrouve ici notre couple négationnisme-sionisme. Chez les négationnistes, on pourra par exemple, par anticommunisme, insister sur le danger de l'Union Soviétique de Staline et voir en Hitler une « réaction » à cette menace (c'est l'option Faurisson, partagée sur certains points par un historien « respectable » comme Ernst Nolte). On pourra à l'inverse, plus subtilement, insister avec force sur l'anticommunisme de Hitler pour faire de l'extermination des Juifs d'Europe un « dommage collatéral » de la guerre à l'Est : il y avait des Juifs dans les combattants est-européens, il était donc normal de les tuer, et puis le typhus a fait le reste... Et si tout le monde s'étonne que l'extermination des Juifs d'Europe ait continué et se soit intensifiée jusqu'à la fin de la guerre, au moment où le nazisme aurait eu besoin de toute son énergie pour lutter sur tous les fronts, c'est simplement que cette extermination n'a pas eu lieu, Hitler n'était pas si fou... Ce sont grosso modo les thèses défendues par R. Garaudy - qui peine tout de même, entre autres choses, à expliquer pourquoi les Juifs de France ont eu quelques démêlés avec les autorités d'occupation, le volontarisme de certaines personnalités du gouvernement de Vichy ne faisant pas tout...

Chez les sionistes, on fera porter l'accent sur les Juifs comme figures de proue du monde libre. On minimisera le rôle des Soviétiques dans la Seconde Guerre mondiale, en rappelant les hésitations de Staline avant le conflit, ses motivations douteuses, le massacre de Katyn (dont les négationnistes aussi raffolent : une manipulation qui a fonctionné, un autre grand méchant que Hitler, c'est pain bénit...), ou en ne parlant que du rôle des Américains. On rappellera l'antisémitisme soviétique, lui-même descendant de l'antique antisémitisme russe, et des Protocoles des Sages de Sion qui ont tant influencé Hitler et que l'on retrouve aujourd'hui dans le monde arabe. Petit à petit se dessinera une configuration historique fondée sur le long terme, où les Juifs, organiquement liés au « monde libre », sont destinés à être persécutés par tous les totalitarismes - et notamment le plus récent, l'islamofascisme... Tout s'échange et s'équivaut, les derniers empereurs russes, les bolcheviks, Hitler, Nasser, Nasrallah, le Hamas, Dieudonné...

A qui trouve que j'exagère, quelques précisions, symétriques de celle que j'énonçais au début de ce texte au sujet des négationnistes, et qui valent aussi pour les thèses évoquées par P. Yonnet. Toute vérité historique est bonne à dire, les motivations de Staline, par exemple, méritent tout autant d'être analysées et prises en compte que celles de Hitler. Il est par ailleurs évident que tous les historiens qui ont pu rappeler ou découvrir des faits comme ceux évoqués dans le paragraphe précédent ne sont pas nécessairement d'affreux sionistes anti-arabes, qu'ils ont pu pour certains être entraînés dans ce courant d'opinion bien malgré eux, etc. Mais il en est des idéologies comme des modes littéraires, ou artistiques en général : une fois lancées, et quand les petits suivistes, moins subtils et plus intolérants que les créateurs, s'en mêlent, un effet de masse se produit, qui ne va que dans un seul sens. Il n'est donc aucun besoin de me dire que même un P.-Y. Taguieff ou un A. Finkielkraut peuvent être (parfois...) plus nuancés que ce que le tableau que je viens de dresser ne le laisse supposer, je ne l'ignore pas. Cela ne modifie pas la configuration générale de l'idéologie qui s'est développée à partir des années 60 (en France d'abord par la « mythologie noire » évoquée par Paul Yonnet et sur laquelle je reviendrai une autre fois ; aux Etats-Unis notamment par les fractures entre Juifs et Noirs dans leur lutte au départ commune contre l'Establishment) et qui, entre l'évolution de la situation au Proche-Orient et la chute du Mur, est graduellement devenue dominante au cours des années 1980-2000 [4].



Le réductionnisme se cache dans les détails, pourrait-on énoncer pour conclure. Plus généralement, c'est toujours la même histoire : les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis, et, si j'ose dire, réciproquement. Examiner Hitler à sa juste mesure n'oblige en rien à faire l'éloge de ses adversaires, ou de tous ses adversaires. « Nations libres ou empire tyrannique, tel est le sens, pour l'Europe, de la guerre hitlérienne », écrivait donc Raymond Aron durant la Seconde Guerre mondiale. On peut tourner le problème dans tous les sens, s'interroger sur la liberté à laquelle il est ici fait allusion, on n'en sortira pas : à l'époque, c'était tout simplement vrai. Cela n'excuse en rien les crimes coloniaux perpétrés par l'Europe, avant cette guerre et depuis - notamment par et via Israël, de même que cela n'excuse en rien les crimes antisémites perpétrés en Europe ou ailleurs avant ou après Hitler. Cela n'invite pas à faire comme si l'hitlérisme était une parenthèse malheureuse dans une histoire européenne/occidentale avec laquelle il n'aurait pas de rapport, alors qu'il fut à de nombreux égards un enfant particulièrement doué de la civilisation industrielle et rationaliste occidentale, complexe de supériorité inclus, ainsi que l'avait bien vu par exemple Bordiga [5]. Mais si de Bordiga on passe à Rassinier et R. Faurisson, si, de fait, on oublie la vérité de la phrase de R. Aron, si l'on oublie dans le même temps que l'extermination des Juifs d'Europe est un élément parmi d'autres et une preuve parmi d'autres de la vérité de cette phrase, on risque d'en arriver, in fine, par anticolonialisme ou par sionisme, à nier l'existence, au choix, et au choix parfois non exclusif, des victimes de la Shoah, des victimes de l'hitlérisme, des victimes du sionisme.

J'espère en avoir fini maintenant avec les négationnistes « officiels », ceux que personne en fait ne songe vraiment à défendre. J'en dirai volontiers de même des sionistes, sur lesquels je commence à avoir l'impression d'avoir écrit tout ce que j'ai à en écrire - mais ils sévissent toujours, et pour un certain temps encore. Quoi qu'il en soit, un de ces prochains jours je reviendrai sur d'autres négationnismes, ou disons pour ne pas à notre tour tout confondre, d'autres révisionnismes, plus intéressants et plus prégnants dans notre vie de tous les jours de Français du XXIe siècle - où vous pourrez constater qu'ici comme toujours, c'est « la faute aux Juifs »...

L'année prochaine à Jérusalem !




[1]
L'aveu m'est certes pénible, je ne retrouve pas ma source, et M. Google ne m'aide pas. Cela remonte à quelques années, A. Finkielkraut s'autorisait de B. Lewis pour cette démonstration. Certes Finkie en a assez fait dans ce domaine pour qu'on soit sûr de ne pas être trop injuste à son égard si d'aventure on l'accuse à tort d'une calomnie anti-musulmane, mais tout de même, ce genre de chose, que je suis d'ordinaire, justement, prompt à reprocher aux canailles comme Finkie, ne se fait pas. Si donc un lecteur a un tuyau...



[1bis]
Est-ce que cela a un rapport avec la petite annonce qui conclut la note précédente, je l'ignore, mais le coupable s'est dénoncé : M. Maso a récemment remis en ligne un commentaire du Nous autres modernes de Alain Finkielkraut, dont j'extrais ce passage :

"A l’heure où toute la gauche s’est « retrouvée » pour clamer son indignation à propos d’un bilan "globalement positif" de la colonisation, rappelons avec notre mécontemporain [Finkie] que celle-ci fut pourtant l’une des grandes missions de la gauche d’antan. Il faut relire ces discours de Jules Ferry, le maître d’œuvre de l’empire colonial français, où il parle des « races supérieures qui doivent affranchir les races inférieures » et du devoir de remise à niveau que l’Europe a vis-à-vis du reste du monde. Mettre à l’école laïque, gratuite et obligatoire les enfants comme les nègres, tel fut le grand chantier du meilleur des socialistes – et dont les opposants étaient précisément les gens de droite qui trouvaient la colonisation trop chère, trop peu rentable, et faite au détriment de l’Alsace et de la Lorraine qu’il fallait récupérer avant tout : « j’ai perdu deux sœurs et vous m’offrez vingt domestiques » s’exclamait Paul Déroulède.

Enfin, il ne faut oublier que la colonisation fut aussi pensée comme une réaction préventive [sic...] à celle que les pays arabes imposèrent pendant des siècles à une partie de l’Europe.

« On oublie ainsi que, pendant près d’un millénaire, du premier débarquement des Maures en Espagne au second siège de Vienne par les Turcs en 1683, l’Europe a vécu sous la menace de l’Islam. Oubli d’autant plus préjudiciable à notre compréhension des choses que le processus complexe de l’expansion et de la domination européennes découle, en partie, de cette confrontation. (…) Comme le montre Bernard Lewis, c’est le combat contre l’envahisseur qui poussa les Européens au-delà de leurs frontières. »"

Quelques remarques :
- sur ce qu'écrit A. Finkielkraut : M. Maso ne donnant pas la référence, j'avoue avoir été fainéant et de ne pas avoir été vérifier dans Nous autres modernes le contexte de cette citation, qui, telle quelle, confirme pleinement mes reproches à l'égard de notre clown triste : entre le siège de Vienne et la prise d'Alger s'écoule plus d'un siècle, les pays maghrébins colonisés sont loin d'avoir au XIXe siècle la puissance de l'Empire ottoman (lui-même alors en déclin) au XVIIIe et avant, etc. Ce qui est vrai en revanche, c'est que, s'il est facile avec le recul de voir dans la stricte simultanéité de la prise d'Alger et de l'indépendance de la Grèce vis-à-vis des Turcs (1830) un symbole de l'expansion des uns et de la chute des autres (plus tard, ce sont les Balkans qui s'émanciperont de la tutelle ottomane), les contemporains ne pouvaient dans leur ensemble en avoir la même conscience, et éventuellement éprouvaient un sentiment de « menace », pour reprendre le terme de Finkie, plus intense que ne le justifiait la menace réelle.

- sur M. Maso : Jules Ferry socialiste, on aura tout lu... L'intéressé nous répondra qu'il y a là provocation et volonté de montrer que les choses sont complexes, il est tout de même à noter que les socialistes de l'époque, qu'il n'est pas évident d'assimiler aux socialistes du XXe siècle, et encore moins au parti du même nom fondé à Epinay, étaient plutôt anti-colonisation. De l'autre côté, il est pour le moins réducteur d'assimiler Paul Déroulède à l'ensemble de la droite, dont une partie non négligeable le détestait pour son côté populacier et va-t-en guerre. Mais je ne vais pas faire non plus le travail pour les autres.



[2]
Je ne l'ai pas relu autrement que par extraits, mais Les mythes fondateurs de la politique israélienne est un ouvrage qui me semble mériter une analyse particulière, l'auteur évitant certains des pièges dans lesquels tombe un Robert Faurisson. Je n'ai pas l'impression que R. Garaudy y témoigne d'une fascination pour le nazisme ou d'une volonté de le banaliser, il ne nie pas par ailleurs, contrairement à R. Faurisson, l'existence des politiques anti-juives sous le IIIe Reich, n'en attribue pas la responsabilité aux Juifs eux-mêmes... et pourtant, à l'arrivée, en diluant l'antisémitisme hitlérien et l'extermination des Juifs dans la lutte contre le communisme soviétique, il évacue une dimension fondamentale de l'hitlérisme, et finit par attribuer au manque de chance ou à la simple mécanique normale d'une guerre, un peu de typhus en plus pour faire bonne « mesure », ce qui était un projet politique et racialiste à part entière. Si l'on fait crédit à Roger Garaudy des intentions pacifiques et pacifistes dont il se prévaut, nous sommes alors dans un cas typique illustrant l'inanité des bonnes intentions au regard des effets concrètement produits.



[3]
Encore une fois la source exacte me manque, mais j'avais été frappé de constater il y a quelques années que dans un article du Monde où il prenait la défense d'Israël, Claude Lanzmann citait des chiffres traditionnels mais erronés, « gonflait » le nombre des victimes juives du IIIe Reich - comme s'il n'y en avait pas eu assez, et avec pour résultat effectif de permettre à un Robert Faurisson de lui reprocher de persister à utiliser des chiffres faux et de l'accuser de malhonnêteté, ici et donc potentiellement ailleurs. Simple maladresse dans une « tribune » écrite à la va-vite ? Ou symbole d'une alliance de fait entre gens qui ne voient la Seconde Guerre mondiale que sous l'angle de la question juive ? Toujours est-il qu'à ce petit jeu sionistes et négationnistes peuvent se renvoyer indéfiniment la balle. Et certes, s'il n'y avait notamment en jeu certaines victimes palestiniennes, on les laisserait volontiers s'amuser entre eux sans s'en soucier autre mesure, comme on le fait dans les hôpitaux psychiatriques pour les malades mentaux inoffensifs.



[4]
Est-ce notre époque si confuse, est-ce Dieudonné qui s'y emmêle les pinceaux, mais de ce point de vue la rencontre Dieudonné-Faurisson est pour le moins paradoxale : en lutte contre le sionisme comme figure de proue et symbolique du colonialisme, le premier nommé finit par faire la promotion (temporaire, peut-on imaginer) de quelqu'un qui se trouve justifier les crimes d'un régime d'esprit fort colonialiste (et d'ailleurs sioniste par certains aspects, lorsqu'il s'agissait de résoudre la « question juive » en envoyant les Juifs d'Allemagne quelque part en Palestine ou à Madagascar). - Ceci noté sans bien sûr oublier le traitement de choc qui fut infligé à Dieudonné par la bien-pensance médiatique française suite à son sketch anti-sioniste.



[5]
Le texte, mordant et discutable, de Bordiga auquel je vous renvoie est un classique de l'« ultra-anticapitalisme » marxiste, et est généralement considéré comme un ancêtre du négationnisme « de gauche ». On peut par ailleurs trouver un symbole des rapports entre hitlérisme et civilisation industrielle-capitaliste dans les liens multiples, financiers et idéologiques, entre Hitler et Henry Ford (qui, à côté de son activité d'industriel, fut l'auteur du très antisémite Juif international, dont Hitler possédait un exemplaire, et qui soutint financièrement le IIIe Reich).

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mercredi 14 janvier 2009

Israël-Faurisson, même combat.

Cela fait longtemps que je pense que sionistes fervents et négationnistes, d'une part sont, d'un point de vue anthropologico-moral, une seule et même racaille, d'autre part se rendent mutuellement service. (Le couple maudit, tendance SM Gay, Lanzmann-Garaudy en serait un bon exemple.) Je le pense d'autant plus depuis que j'ai relu un texte ancien, publié en septembre 2006, lors de la précédente fantaisie militaire de nos amis israéliens. Le redécouvrant sous le double prisme de l'actualité au Moyen-Orient et de l'« affaire » Dieudonné-Faurisson - qui n'est certes pas majeure, mais qui m'a valu quelques mails, notamment rapport à mes opinions sur R. Faurisson -, je l'ai trouvé également juste sous ces deux angles (malgré quelques détails rétrospectivement agaçants pour l'auteur, que bien sûr je laisse en l'état). Ce pourquoi, à titre exceptionnel, je me permets aujourd'hui de le remettre en ligne. J'en aurais eu besoin de toutes les façons pour clore l'épisode Faurisson - ce qui d'ailleurs ne nous éloigne pas tant que cela de notre dossier actuel, le dossier Michéa - un biais tout à fait imprévu m'ayant permis de tracer quelques liens entre Robert Faurisson, Bernard-Henri Lévy, Julien Dray et Alain Badiou - et, donc, Jean-Claude Michéa. Mais ceci est une autre histoire. Place aujourd'hui au négasionistes ! (Je sais, ce n'est pas terrible, mais ça vaut bien les « nazislasmistes »...)



FAURISONNERIES.



Les liens n'étant plus disponibles sur le site de Libération, je reproduis les articles cités en fin de note.

- S. Trigano

- M. Tubiana

- B. Stevens


Léger ajout le 13.09.


Oublions - et espérons qu'elles se fassent d'elles-mêmes oublier - les dérisoires incompétences communautaristes qui font désormais l'ordinaire du débat public en France, et passons au degré supérieur du mensonge, de la propagande et de la bassesse, avec un article de M. Shmuel Trigano consacré au Proche-Orient.

Cet article, que j'ai découvert via Alain Gresh, est réfuté sur la plupart des points par Michel Tubiana, président de la Ligue des Droits de l'Homme (une organisation militante qui, tout arrive, me semble digne de respect) et Bruno Stevens, "photojournaliste" mis implicitement en cause par M. Trigano.

Je ne suis pas nécessairement en phase avec tout ce qu'écrivent MM. Tubiana et Stevens, mais l'on ne s'embarquera pas ici dans les détails - au contraire, justement, puisqu'en lisant Shmuel Trigano je me suis aperçu qu'un des éléments de sa stratégie rhétorique était de se concentrer sur les détails en lieu et place de l'essentiel. Ce qui m'a donné l'idée d'un parallèle entre son attitude et celle des négationnistes, parallèle que je vais de ce pas développer.


Auparavant s'imposent quelques précautions, que les lecteurs charitables, comme dit je crois Richard Rorty, c'est-à-dire, et c'est une corporation à laquelle je m'honore d'appartenir, ceux qui en lisant un texte s'attachent toujours à l'interprétation la plus favorable à ce qui y est écrit comme à son auteur, que les lecteurs charitables, donc, peuvent s'épargner la peine de lire, pour nous retrouver cinq paragraphes plus loin.

Je ne connais pas les livres de Shmuel Trigano, à l'exception de quelques pages qui ont un rapport direct avec son article et dont je ferai état plus loin. Je suis donc tout à fait prêt à admettre que cet homme-là, que la quatrième de couverture d'un de ses ouvrages présente comme un "philosophe reconnu", ce qui doit vouloir dire que d'aucuns n'en sont pas si sûrs, je ne doute pas, disais-je !, que cet homme soit capable d'écrire des choses intéressantes. Dans le cas présent, cela aggraverait plutôt son cas à mes yeux, mais je voulais par là préciser que ce qui m'intéresse ici est un état d'esprit et une rhétorique, pas un auteur précis. (D'ailleurs, en un certain sens, M. Trigano a tellement d'aplomb pour défendre l'indéfendable, que je pourrais ressentir pour lui le même genre de sympathie amusée qu'il arrive que l'on éprouve, de temps à autre, pour un clochard spécialement répugnant, un criminel honni par la foule - ou, justement, un Serge Thion ou un Robert Faurisson. Il y a tout de même une différence notable, sur laquelle je concluerai.)

Dès que l'on parle de négationnisme, tout le monde devient fou, et peut-être faut-il que je dissipe toute ambiguïté à cet égard : est-ce une naïve confiance en la vérité, j'ai, je l'avoue, toujours eu du mal à prendre le négationnisme comme ses zélateurs au sérieux. Quant à la façon dont ce discours est présenté comme le péché ou le risque majeur de l'Occident actuel, disons pour être bref et modéré qu'elle me laisse perplexe. Mais j'admets sans peine que l'irruption dans les pages du Monde d'un article de Robert Faurisson en décembre 1978 ait déclenché plus qu'un haut-le-coeur chez d'anciens déportés ou leurs descendants ; il est évidemment tout à fait sain que ce haut-le-coeur persiste. En gros, j'aurais un peu à l'égard du négationnisme l'attitude préconisée par Pierre Vidal-Naquet dans son classique sur le sujet, Les assassins de la mémoire (La découverte, 1987), lu spécialement pour l'occasion (y ayant trouvé du grain à moudre, j'y ferai souvent référence) : le négationnisme, c'est comme le porno, ça existe, autant faire avec, c'est-à-dire, faire sans (et puis, ajouterai-je, un peu de Pierre Guillaume vous défoule de vos bons sentiments, comme, peu ou prou, un peu de porno vous défoule de l'amour : ça purge - il faut se purger de tout, même du bon, même avec du mauvais). Bref, dans l'état actuel des choses, je tiens le négationnisme pour un phénomène marginal, plus farfelu et inintéressant qu'autre chose, sans nier que s'il venait à s'étendre - et contrairement à ce qu'on entend parfois, cela ne me semble pas être le cas - il faudrait prendre la chose moins à la légère. Il n'est pas certain que cette minimisation du péril négationniste atténue mes critiques à l'égard de Shmuel Trigano.

Je trouve par ailleurs de fort peu d'intérêt la comparaison entre Israël et les nazis, je ne cherche donc pas à l'établir en sous-main. Il me semble que les crimes d'Israël parlent d'eux-mêmes, sans que l'on soit obligé de les référer à quelque modèle. Ceci dit, au rythme actuel de plusieurs Palestiniens tués par jour, il y a certes de la marge avant que l'on atteigne la barre mythique des six millions, mais cela va tout de même vite faire du chiffre.

Enfin, je ne prétends nullement être le premier à dessiner le parallèle propagande pro-israélienne - négationnisme, j'en donnerai moi-même un exemple remontant à 1987. J'espère juste en tracer l'intérêt comme les limites.


L-ebranlement-d-Israel


Commençons par opposer à M. Trigano quelques arguments non développés par MM. Gresh, Tubiana, Stevens, au sujet de cette prédominance de l'enfant dans les images des guerres du Moyen-Orient. Elle ne me semble rien moins que naturelle, tant la société occidentale est obnubilée par l'enfance, la surinvestit de tous ses espoirs et d'une innocence qui n'existe que dans ses rêves (pour, par contrecoup, surinvestir de même l'image du pédophile, mais passons). Comme les Arabes font beaucoup d'enfants, ce qu'Israël certes n'ignore pas, il n'est pas étonnant qu'Israël en tue, et comme il y a beaucoup d'enfants morts et que nous les Occidentaux adorons les enfants, il est naturel que l'on en voie beaucoup à la télévision. De même sur les exagérations, les accusations trop rapides de génocide, démenties après coup par des estimations plus exactes des morts et des blessés : c'est toute la télévision qui agit ainsi, en permanence, sur tous les sujets qu'elle traite : on peut s'en moquer et la critiquer, mais si cela dérange vraiment Shmuel Trigano, qu'il fasse comme moi, qu'il ne la regarde pas, il ne s'en portera pas plus mal.

Sauf que... M. Trigano a besoin de la télévision pour son propos, quitte à lui prêter une intelligence qu'elle ne manifeste pourtant que fort rarement, de même que les négationnistes se repaissent du consensus des historiens - et des peuples... - sur la réalité de l'extermination des juifs, a fortiori si toute expression de désaccord avec ce consensus est sanctionnée par l'Etat. Pour jouer les victimes ? Bien sûr, mais cela est partagé avec toutes sortes de propagandes, y endosser le rôle du plus faible est un passage obligé. Non, ce qui fait vraiment se rejoindre ici MM. Trigano et Faurisson, c'est qu'un consensus réunissant par définition beaucoup de monde, donc une bonne part d'imbéciles, on y trouvera nécessairement des sottises, des exagérations, et même des manipulations, et que c'est sur ces bourdes, approximations et manipulations que l'on fera porter l'attention, au mépris de l'essentiel. Je viens d'en donner un exemple pour ce qui est des exagérations : certains négationnistes prennent pareillement appui sur le fait que la plaque commémorative à l'entrée d'Auschwitz indique un nombre bien supérieur aux gazages qui y ont effectivement eu lieu pour en conclure que ce chiffre pourrait encore être abaissé, éventuellement tendre vers zéro. Que l'on ait déliré sur Jénine ne signifie pas qu'il ne s'y est rien passé, et d'ailleurs, matois, le stalinien Trigano oublie de mentionner toutes les graves destructions de matériel perpétrées alors par l'armée israélienne.

On en dira autant des appels guerriers des muftis tel que les cite Shmuel Trigano dans son livre L'ébranlement d'Israël. Philosophie de l'histoire juive, Seuil, 2002, lors d'un chapitre consacré précisément à "la déshumanisation d'Israël : l'enfant-martyr" (pp. 19-26, ici p. 20). Passons sur le fait que ces citations sont faites sans trop nous expliquer le contexte, admettons, en lecteur charitable, qu'elles constituent effectivement, comme il est possible, des appels fondamentalistes à la haine religieuse, cela ne changerait rien aux assassinats d'enfants palestiniens par les Israéliens. Comme le dit très bien Vidal-Naquet, après avoir d'ailleurs noté que le sionisme "fait du grand massacre [le génocide des Juifs] une utilisation qui est parfois scandaleuse" : "Qu'une idéologie s'empare d'un fait ne supprime pas l'existence de celui-ci." (p. 30)

Le même raisonnement s'applique aux manipulations. Les négationnistes se sont beaucoup excités sur l'authenticité douteuse du Journal d'Anne Franck, authenticité que Vidal-Naquet reconnaît problématique sans que je comprenne bien s'il admet qu'il s'agisse effectivement d'un faux (p. 215). Mais - outre que c'est un livre ennuyeux comme la mort -, qu'il soit un faux n'implique nullement que l'extermination des juifs n'ait pas eu lieu. Il est possible que certaines personnes, "bien intentionnées", aient déposé un ours en peluche auprès d'un cadavre d'enfant pour en rajouter sur le symbole, cela ne signifie pas qu'elles aient aussi tué l'enfant. Dans les deux cas d'ailleurs, la charge de la preuve incomberait à M. Trigano. Il n'est pas sûr en l'espèce que sa "méthode paranoïaque hypercritique" (Vidal-Naquet à propos de Faurrisson, p. 105) lui soit d'un grand secours. L'adjectif "hypercritique" s'applique d'ailleurs à la polémique sur la mort de l'enfant Mohammed Al-Dura, à laquelle fait allusion Shmuel Trigano dans son article et dont il fait un grand plat dans L'ébranlement d'Israël (p. 21 - cf. annexe). Quoi qu'il y ait là une manoeuvre de diversion fort classique, cela fait aussi penser aux négationnistes déployant des trésors d'astuce sur les points les plus fragiles de certains témoignages, tout en faisant l'impasse sur ce que ces témoignages ont de plus solide et de commun entre eux. Pour être clair : on pourrait accepter la discussion sur la provenance de la balle ayant tué Mohammed Al-Dura si, depuis sa mort le 30 septembre 2000, des centaines de gamins arabes ne l'avaient suivi dans la tombe.

Eloignons-nous un peu du négationnisme sans malheureusement tout à fait le quitter : il y a dans le texte de M. Trigano un mépris des faits, au profit de l'idéologie, qui ne laisse pas de sidérer. Sous prétexte qu'il y eut un mythe antisémite selon lequel les juifs tuaient des enfants, mythe d'ailleurs bien oublié en France de nos jours, ou plutôt qui le serait si certains ne passaient pas leur temps à le rappeler, il devient antisémite de dénoncer le fait que des juifs, actuellement, tuent des enfants. Il semble d'ailleurs à un esprit simple que, dans un monde en partie laïcisé - y compris chez les Arabes - le fait de tuer des enfants réactive plus aisément ce type de mythes qu'un inconscient collectif supposé inchangé depuis des siècles ou une propagande "très finement orchestrée" (p. 22). A poser le problème en ces termes il n'y a plus que deux possibilités : soit on se laisse qualifier d'antisémite - mais ce mot a-t-il alors encore un sens ? et n'est-il pas dangereux pour tout le monde que ce genre de termes devienne trop imprécis ? -, soit on en arrive, selon l'ignominie commise par M. Trigano à juste titre dénoncée par M. Tubiana, à mettre des guillemets au mot "victime" : à sous-entendre que ces enfants ne sont pas morts. On en revient au négationnisme.

Plus encore d'ailleurs que je ne le croyais... Car si, en lisant le livre de Pierre Vidal-Naquet, je cherchais des éléments de confirmation à ma piste de départ, je ne m'attendais pas à y trouver un passage de Robert Faurisson, déjà difficile à avaler en soi, mais encore plus dans le contexte qui nous occupe. Mais cédons d'abord la parole à Shmuel Trigano (L'ébranlement..., pp. 19-20) :

"Le phénomène le plus marquant de la première année de la guérilla palestinienne fut sans aucun doute, de ce point de vue, l'utilisation des enfants dans le combat de rues. C'était une invention, en effet. Jusqu'alors, on connaissait les enfants-soldats, enrôlés de force dans les conflits endémiques de l'Afrique, mais ces enfants portaient des armes et commettaient des atrocités. On n'avait jamais vu de bataillons d'enfants aux mains nues défier et affronter avec des pierres des soldats armés de façon sophistiquée. C'est ce que les caméras du monde entier ont avant tout immortalisé, construisant ainsi la scène absolue de ce conflit. Ses coulisses ont été escamotées, car, derrière ces murs d'innocents manipulés, se pressaient en effet de véritables armadas. Tous les observateurs savent que, protégés par les enfants, se tenaient à l'arrière des "policiers" armés, tirant sur les soldats israéliens, et, plus en amont, tout un système d'éducation (financé par l'Europe unie !) endoctrinant une génération entière en vue du sacrifice et de la mort."

Je rectifie les mensonges de ce texte en annexe, enchaînons avec l'extrait du livre de Vidal-Naquet (pp. 60-61 ; les citations au sein de cette citation sont de R. Faurisson ; j'ai supprimé les références de ces citations) :

"A partir de là, il devient possible de tout expliquer, de tout justifier. L'étoile juive ? Une mesure militaire. "Hitler se préoccupait peut-être moins de la question juive que d'assurer la sécurité du soldat allemand". Beaucoup de Juifs parlaient allemand et on les soupçonnait de pratiquer "l'espionnage, le trafic d'armes, le terrorisme, le marché noir". Les enfants qui portaient l'étoile à partir de six ans ? Faurisson a réponse à tout : "Si l'on reste dans le cadre de cette logique militaire, il existe aujourd'hui suffisamment de récits et de mémoires où des Juifs nous racontent que, dès leur enfance ils se livraient à toutes sortes d'activités illicites ou de résistance aux Allemands." Et, dans cette même page que l'on devrait faire figurer dans une anthologie de l'immonde, Faurisson nous montre, par un exemple précis, que les Allemands avaient bien raison de se méfier : "Ils redoutaient ce qui allait d'ailleurs se passer dans le ghetto de Varsovie où, soudain, juste à l'arrière du front, en avril 1943, une insurrection s'est produite. Avec stupéfaction, les Allemands avaient alors découvert que les Juifs avaient fabriqué 700 blockhaus. Ils ont réprimé cette insurrection et ils ont transféré les survivants dans des camps de transit, de travail, de concentration. Les Juifs ont vécu là une tragédie"."

On peut le dire comme ça... Soyons clairs d'emblée, le texte de R. Faurisson, pièce de choix à l'intérieur même de la littérature négationniste, est, par son sujet comme par son invraisemblance, nettement plus répugnant - voire drôle -, que celui de S. Trigano, qui n'est ici qu'un exemple commode d'une manière de penser. Il doit y avoir d'ailleurs des exemples encore plus frappants de ladite manière, laquelle est tout simplement, chez Shmuel Trigano comme chez Robert Faurisson, la manière de penser du maître : ces gens-là, que nous opprimons, sont des rebelles, la preuve, c'est qu'ils se rebellent, nous avons donc raison de les opprimer. Ils osent même fabriquer des bunkers, pardon, des blockaus, apprennent à leurs enfants à ne pas nous aimer, ce qui n'est vraiment pas gentil de leur part... Ach, arrêtons-nous là. (En notant au passage l'amusant paradoxe de voir Robert Faurisson, qui sévit notamment sur un site "islamiste", ou Shmuel Trigano, qui, selon une ficelle classique et un peu grosse, présente toujours Israël comme le "petit" de l'histoire, adopter cette vision dominatrice et coloniale. Mais nous sommes dans un cadre de pensée où rien n'est à sa place, si ce n'est la crapulerie.) [Parenthèse ajoutée le 13.09.]



A cette comparaison d'ensemble, il est possible me semble-t-il d'adresser deux objections principales :

- il est tout de même sain de la part de M. Trigano de ne pas se contenter de "ce qui se dit à la télévision" et de chercher à voir si ladite télévision reflète réellement la réalité du conflit, surtout après des épisodes controversés comme celui de Mohammed Al-Dura ou les exagérations au moment de "l'incursion" à Jénine. Après tout, lorsque certains vérifient à la loupe si les agressions antisémites en France, dont certaines furent fort médiatisées, se sont vraiment produites et dans quelles circonstances, ne font-ils pas le même travail ?

Il est vrai ! Mais, s'il serait tout à fait imbécile, voire négationniste, d'inférer du canular du RER D qu'il n'y a jamais d'agressions antisémites en France, il ne faut pas confondre esprit critique et chicaneries à fins de diversions : il faut se baser sur la moyenne statistique des faits prouvés. En France, cette moyenne tendait à montrer que les agressions antisémites ont augmenté à un certain moment, avant que de retrouver leur niveau, si j'ose dire, habituel. Au Proche-Orient... la tendance n'est pas franchement à la décrue de la violence contre les Palestiniens.

- dans un autre ordre d'idées, on peut me reprocher d'avoir supposé qu'il existait un mode de pensée négationniste en soi, radicalement différent d'autres modes de réflexion et/ou d'expression. J'assimilerais ainsi la rhétorique d'un Shmuel Trigano à ce qu'il y a de plus unanimement repoussé par les honnêtes gens, sans même avoir fait la preuve que ce mode de pensée si justement condamné a une particularité telle que l'on puisse concrètement le comparer à quoi que ce soit.

Il se peut effectivement que le négationnisme ne soit finalement qu'une tactique de guerre antisémite, menée par des fanatiques pour qui tous les coups sont permis. A lire Vidal-Naquet, on a parfois ce sentiment, au moins pour certains des représentants de cette "école". Mais cette objection ne remet pas en cause ma démonstration : il me suffit d'avoir montré les ressemblances entre la façon de faire de M. Trigano et ce qui serait alors la propagande de guerre la plus éhontée et la plus haineuse. Que celle-ci soit qualitativement ou quantitativement différente de la propagande de guerre "normale" ne change rien à l'affaire.

Il ne faudrait d'ailleurs pas croire que le fait de ne pas être "vraiment" négationniste exonère M. Trigano de quelque responsabilité morale que ce soit par rapport aux malhonnêtetés qu'il profère. Car jusqu'ici, les négationnistes non seulement non tué personne, mais n'ont fait commettre, que je sache, aucun meurtre (ce pourquoi d'ailleurs l'injure "un Eichmann de papier" utilisée par P. Vidal-Naquet à l'encontre de R. Faurisson m'a toujours semblé plus juste du point de vue d'un satiriste que d'un historien), même si certains esprits belliqueux peuvent trouver ce qui leur semble être des justifications dans leurs livres. Au lieu que M. Trigano approuve par ses propos des assassinats d'enfants qui ont lieu en ce moment. Les négationnistes seront peut-être dans le futur directement complices de crimes antisémites ; à l'heure qu'il est, c'est Shmuel Trigano qui se fait, pour des raisons qui le regardent, le complice de crimes qui ont lieu, comme on dit à la télévision, "sous nos yeux".


Annexe.

Puisque l'on vient d'en parler : "Complice. 1. Qui participe à l'infraction commise par un autre. Qui participe à une action répréhensible. 2. Qui favorise l'accomplissement d'une chose. Une attitude complice." (Robert) C'est du sens 2 qu'il est question dans ce qui précède. Ce qui n'est déjà pas si mal.

Je reviendrai d'ici quelques jours sur certains passages du livre de Pierre Vidal-Naquet qui peuvent nous permettre d'élargir utilement le propos, restons-en pour l'heure à ce qui est le plus directement lié à notre sujet du jour.

- Tout d'abord, ce que dit Shmuel Trigano de la mort de Mohammed Al-Dura :

"La figure de proue de ce dispositif militaire s'imposa universellement avec la scène de l'agonie du petit Mohamed, mort à Gaza dans un échange de tirs. Le sort médiatique et politique d'Israël se décida avec cette prise de vue qui a fait la une des journaux et des télévisions de toute la planète, au point de devenir le symbole de la cause palestinienne. C'est l'étincelle qui enflamma les masses arabes et retourna l'opinion publique occidentale contre Israël, voie le peuple juif dans son ensemble, convaincu d'inhumanité. Quelque chose de fondamental a été touché alors dans la conscience collective." (p. 21)

Faire de cet événement un tel pivot, alors même que l'on remet par ailleurs en cause sa véracité, est une tactique limpide. Efficace, c'est autre chose : d'une part, je ne dois pas être le seul à avoir, entre la vie quotidienne et le flux de l'actualité , perdu de vue la mort de M. Al-Dura ; d'autre part, et pour me répéter, s'il n'y avait que lui !

- Ensuite, revenons au passage déjà cité concernant le rôle des enfants, pour rétablir quelques vérités :

"Le phénomène le plus marquant de la première année de la guérilla palestinienne fut sans aucun doute, de ce point de vue, l'utilisation des enfants dans le combat de rues. C'était une invention, en effet. Jusqu'alors, on connaissait les enfants-soldats, enrôlés de force dans les conflits endémiques de l'Afrique, mais ces enfants portaient des armes et commettaient des atrocités.

est-ce mieux ? Un observateur malveillant pourrait d'ailleurs voir ici quelque relent raciste, du genre : "Voyez ces Arabes, ils sont encore pire que les Nègres." Mais je suis un observateur bienveillant, donc...

On n'avait jamais vu de bataillons d'enfants aux mains nues défier et affronter avec des pierres des soldats armés de façon sophistiquée. C'est ce que les caméras du monde entier ont avant tout immortalisé, construisant ainsi la scène absolue de ce conflit. Ses coulisses ont été escamotées, car, derrière ces murs d'innocents manipulés, se pressaient en effet de véritables armadas.

Les innocents manipulés avaient peut-être quelques raisons d'en vouloir aux Israéliens... Par ailleurs, entre ceux qui sont en prison et ceux qui ont été tués, il faut rappeler que la population mâle des territoires occupés tend à être quantitativement faible. Les plus jeunes prennent donc la relève. Passons sur cet incroyable complot des "caméras du monde entier" : il n'y eut donc même pas un journaliste américain pour montrer ces "armadas" ?

Tous les observateurs savent

Shmuel Trigano aime bien les expressions : "tout le monde sait", "tous les observateurs...", mais il peine à citer des exemples. On a vu (j'y reviens plus loin) à travers la réponse de M. Stevens ce qu'il fallait penser de la phrase de son article : "Filmer dans ces régions dépend en effet, comme tous les journalistes le savent, de l'autorisation des pouvoirs en place, qui exercent un étroit contrôle sur les images et les accréditations qu'ils donnent aux reporters."... Mais bref, tous les observateurs savent

que, protégés par les enfants, se tenaient à l'arrière des "policiers" armés, tirant sur les soldats israéliens, et, plus en amont, tout un système d'éducation (financé par l'Europe unie !) endoctrinant une génération entière en vue du sacrifice et de la mort."

J'ai déjà répondu sur cette génération. En ce qui concerne le système d'éducation, je me souviens avoir lu dans le livre de P. Boniface, Est-il permis de critiquer Israël ? (Robert Laffont, 2003), que les manuels scolaires dont disposaient les enfants palestiniens étaient plutôt plus tolérants vis-à-vis du voisin que les manuels israéliens. Si c'est vrai, de toute façon, la réalité de leur existence vaut bien tout ce qu'un manuel peut leur apprendre... Quant au financement par l'Europe des équipements qu'Israël détruit sans vergogne, je serais M. Trigano - à Yahvé ne plaise ! - je n'insisterais pas trop là-dessus.

- Revenons sur la question des accréditations. Deux journalistes que j'ai contactés et qui reviennent du Proche-Orient me confirment les propos de M. Stevens : le fonctionnement des Palestiniens vis-à-vis de la presse internationale n'a rien de "totalitaire" (L'ébranlement d'Israël", p. 22). L'un d'eux m'apprend aussi que M. Trigano a par contre raison de dire que dans les quartiers de Beyrouth non visés par les bombardements, la vie a pu continuer à peu près normalement. En revanche, dire que les gens vont à la plage est quelque peu trompeur : d'une part ils n'ont tout de même pas trop le coeur à ça, d'autre part la marée noire déclenchée par les bombardements israéliens calme les ardeurs des plus optimistes...

L'émission "Arrêts sur images" de ce jour a abordé ce thème. Les témoignages étaient concordants : au Liban (il ne fut pas question des territoires occupés), le Hezbollah a systématiquement conseillé aux journalistes de s'attarder sur les victimes, notamment les enfants. Il n'y a donc rien d'impossible à ce qu'un nounours ait pu être rajouté ici et là. Mais les participants à l'émission rappelaient que les cadavres, eux, étaient bien réels.

- Par ailleurs, je l'ai précisé d'entrée, le parallèle entre propagandistes pro-Israël et négationnistes n'est pas de mon invention. On en trouve notamment un exemple chez Pierre Vidal-Naquet :

"L'invasion israélienne au Liban, le 7 juin 1982, les massacres de Sabra et Chatila en septembre, sous la protection de l'armée israélienne, aggravèrent les choses pour Israël et par contre-coup pour les Juifs. Non que cette invasion ait été, comme on l'a dit alors, un "génocide du peuple libano-palestinien", ni que le siège de Beyrouth ait pu se comparer avec la destruction du ghetto de Varsovie. Mais on vit tout de même alors Annie Kriegel

tiens, une ancienne du PCF ! Le proverbe de Jean-Pierre Voyer, encore une fois : "Stalinien un jour, stalinien toujours..."

essayer de jouer les Faurisson, en se plaçant sur deux tableaux à la fois : tenter d'une part d'expliquer que le nombre des victimes de Sabra et Chatila était en réalité infime, et de l'autre de suggérer que les vrais tueurs pourraient bien être non les phalangistes alliés des Israéliens, mais tout simplement des Russes." (p. 174) Hélas, le bombardement de Cana a réactualisé ce genre de pratiques.

- enfin, et pour se quitter sur une note plus positive : Shmuel Trigano passe pour un bon connaisseur de la théologie juive. Mais, ainsi que je l'ai déjà dit (dans le P.S. 1 de ce texte), il ne faut pas laisser la théologie aux militants pro-Israël. Il semblerait que Pierre Vidal-Naquet ait eu le même sentiment, qui rédigea en 1981, après l'attentat de la rue Copernic et certaines représailles violentes qui s'ensuivirent, un court texte, "Du côté des persécutés" (pp. 104-107), où partant d'une vieille blague juive ("Dans un village de Sibérie deux vieux Juifs sont assis sur un banc. L'un d'entre eux lit un journal et dit soudain : "L'équipe de football de Sao Paulo a battu celle de Rio de Janeiro.". L'autre répond : "Est-ce bon pour les Juifs ?"") il considère que les actes violents dont furent alors victimes des négationnistes (des destructions de livres) sont contre-productifs, avant que de conclure :

"Et puisque précisément beaucoup de ces persécuteurs en puissance se réclament de la tradition juive, qu'ils me permettent de les renvoyer à un texte, que j'extrais d'un midrash (commentaire rabbinique ancien) de Lévitique, 27, 5. C'est Rabbi Huna qui parle au nom de Rabbi Joseph : "Dieu est toujours du côté de qui est persécuté. On peut trouver un cas où un juste persécute un juste, et Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un juste, Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un méchant, Dieu est du côté du persécuté, et même quand un juste persécute un méchant, Dieu est à côté de qui est persécuté."

Réfléchir sur un texte pareil et sur ce qu'il implique, voilà, certes, qui serait bon pour les Juifs."

Ach, s'il suffisait de le dire... Le malheur est qu'avec des gens comme Shmuel Trigano, on a tendance à en revenir, de nouveau, à l'Epitre aux Hébreux (V, 11) :

"Nous avons beaucoup à dire, mais les explications sont difficiles parce que vous ne mettez plus d'entrain à comprendre."



P.S. Je découvre en cherchant des détails supplémentaires sur les négationnistes un site consacré à ce "courant de pensée", lequel propose ces deux phrases sur sa page d'accueil :

"[L’historien] ne doit pas avoir en face des témoins du passé cette attitude renfrognée, tatillonne et hargneuse, celle du mauvais policier pour qui toute personne appelée à comparaître est a priori suspecte et tenue pour coupable jusqu’à preuve du contraire ; une telle surexcitation de l’esprit critique, loin d’être une qualité, serait pour l’historien un vice radical, le rendant pratiquement incapable de reconnaître la signification réelle, la portée, la valeur des documents qu’il étudie; une telle attitude est aussi dangereuse en histoire que, dans la vie quotidienne, la peur d’être dupe, cette affectation que Stendhal aime à prêter à ses personnages (« je suppose toujours que la personne qui me parle veut me tromper »...)." 

Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Éd. du Seuil, coll. Points Histoire, 1975, pp. 92-93.

"[La] “méthode” [des négationnistes], si l’on peut dire, est perverse : elle associe l’hypercritique à la fabulation, l’ergotage sur les détails et sur les mots à l’ignorance massive du contexte, et cherche à faire apparaître comme conclusion d’une démonstration ce qui est postulat affirmé au départ. [C’est une] anti-histoire."

Bernard Comte, Le Génocide nazi et les négationnistes, 1990.

Ce n'était pas la peine de lire tout le Vidal-Naquet !







Article de S. Trigano : "Guerre, mensonges et vidéo", 31.08.06.

"Mais où êtes-vous ? Où sont les grandes âmes, le scandale ? Les déclarations des plus hautes autorités politiques du monde ? Depuis le 14 août, je cherche désespérément dans les colonnes des journaux et sur les écrans la condamnation du bombardement d'un orphelinat par l'armée sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls. Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme à Cana. On ne peut qu'être abasourdi devant la différence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plus précieuses que les autres ? Pas nécessairement, car qui s'émeut des meurtres de masse perpétrés en Irak par des Arabes sur d'autres Arabes ? Non ce qui est en question, c'est Israël ou, plus exactement, les Juifs.
Toute personne sensée aura remarqué, depuis l'année 2000, quelque chose d'étrange dans les images du conflit : la centralité de la figure de l'enfant, des corps sanguinolents des victimes d'Israël. Il suffit d'ouvrir la télévision française pour voir le projecteur braqué uniquement sur les civils libanais alors que l'image d'Israël se résume à des blindés, des avions ou des soldats. Aucune société civile n'est visible : ni les dégâts matériels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensanglantés, ni de blessés, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que réactiver une idée antisémite très archaïque : les Juifs tuent des enfants. Dans l'Antiquité, ils étaient accusés de cannibalisme, au Moyen Age ­ et encore aujourd'hui dans le monde arabe ­ de crimes rituels.
La fabrication délirante de ce mensonge suit les mêmes chemins qu'au Moyen Age. Affabulations et «mystères de la foi» mettent en scène et «prouvent» le meurtre, en construisant de toutes pièces une narration, un exemplum édifiant, comme l'a si bien analysé Marie-France Rouart dans le Crime rituel ou le sang de l'autre (1). Le récent scandale (vite étouffé) de la photo truquée de Beyrouth en flammes, diffusée par l'agence Reuters, face émergée d'un ensemble de trucages, nous montre comment l' exemplum est fabriqué avec des images, alors qu'auparavant on agençait des mots pour mettre en forme le fantasme. Par exemple, cette photo du magazine US News où l'on voit un terroriste du Hezbollah en pose guerrière devant un avion israélien abattu et en flammes : examinée de plus près, la photo révèle en fait l'incendie d'un dépôt d'ordures. Le trucage de l'image du réel est le plus souvent moins grossier : ce n'est pas la photo qui se voit manipulée mais son angle ou sa composition, avant prise de vue. Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionné. Ce sont toujours les mêmes prises de vue qui passent en boucle à la télé, pour donner une impression d'étendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont à la plage ou sont attablés aux cafés ? Ou alors, on place, comme à Cana, dans une photo de destruction, un objet insolite : un nounours (bizarrement très propre au milieu des gravats), une robe de mariée (très blanche), un petit Mickey (très coloré) (2)... La suggestion est ici encore plus forte que des cadavres: l'enfant absent, la jeune mariée promise au bonheur mais déplacée... On n'a jamais vu les «combattants» du Hezbollah, ni leurs bunkers systématiquement placés au milieu des civils, utilisés comme boucliers «moraux». On a gommé le caractère de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centrés sur la population civile israélienne.
Ce sur quoi il faut attirer l'attention de l'opinion, c'est la résurgence de l'accusation du meurtre rituel, c'est-à-dire le retour d'un stéréotype antisémite classique. Il est sciemment mis en oeuvre, de façon massive, par les médias arabes : la mort filmée «en direct» de Mohammed al-Dura à Gaza (3), puis Jénine, puis la plage de Gaza, puis Cana. Nous avons là une série d'événements pour le moins douteux quant à leur réalité exacte, qui nous sont parvenus à travers une mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, du Hamas ou du Hezbollah. Filmer dans ces régions dépend en effet, comme tous les journalistes le savent, de l'autorisation des pouvoirs en place, qui exercent un étroit contrôle sur les images et les accréditations qu'ils donnent aux reporters. Des simulations sont créées de toutes pièces au point que certains experts, comme le professeur Richard Landes, de la Boston University, parlent aujourd'hui des studios de «Pallywood» (du mot «Palestine»).
A voir les photos les unes après les autres, on retrouve souvent, dans des situations différentes, les mêmes acteurs, jouant des rôles différents. Quoi qu'il en soit de la réalité exacte des différentes affaires ­ et il ne s'agit pas ici de justifier tout ­, on constate qu'un scénario du type du légendaire «génocide de Jénine» (56 morts parmi les milices palestiniennes contre 23 soldats israéliens, au terme d'un combat au corps à corps pour éviter les victimes civiles) sous-tend tous ces exemples. Un scandale mondial est à chaque fois orchestré par les médias, avant que l'examen des faits n'en réduise la portée, et toujours en isolant comme par enchantement l'événement de son contexte et de la guerre menée contre les populations civiles israéliennes, sans doute, elle, jugée «juste». Entre-temps, l'impact a été gravé dans l'imaginaire collectif. Le plus terrible est que cette camelote puisse trouver acheteur dans la gent médiatique occidentale sans aucun recul critique.
Comment les journalistes peuvent-ils sous-traiter enquêtes et reportages auprès d'acteurs engagés dans le conflit aux côtés de mouvements totalitaires ? Que recherchent-ils ? Le spectacle brut et violent ? Les belles images ? Se rendent-ils compte que celles-ci incitent à la haine et au meurtre ?
Le mal est profond, car la facilité avec laquelle de nombreux médias acceptent ce récit montre que subsiste un fond archaïque, toujours vivace. Le discours sur Israël est hanté par une forme nouvelle de l'antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la «victime» des Juifs, forcément innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime désigne. Un antisémitisme «par défaut», que la moralité conforte."

(1) Berg International, 1997.
(2) http://zombietime.com/reuters_photo_fraud/
(3) Images tournées à Gaza par France 2 en septembre 2000, abondamment rediffusées par les médias arabes, et controversées, ndlr.




Article de M. Tubiana : "Israël, un Etat comme un autre", 05.09.06.

"Un vieux proverbe chinois édicte que, lorsque le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. Autant le dire clairement, l'article publié par Shmuel Trigano nous invite à la même démarche. Que nous dit Shmuel Trigano ? Que l'on se préoccupe trop des cadavres libanais et pas assez des cadavres sri-lankais, que l'on ignore les corps des Irakiens martyrisés par d'autres Arabes ? Que l'image des enfants arabes tués envahisse les écrans, ressuscitant le mythe antisémite du Juif tueur d'enfants. Et de se livrer à une analyse des images pour en conclure qu'elles résultent d'une «mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, du Hamas et du Hezbollah». Shmuel Trigano en conclut que la source de tout cela est un «vieux fond archaïque» revisité par «une forme nouvelle de l'antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la "victime"des Juifs».
Certes, les manipulations de l'information existent, dans le conflit israélo-palestinien, comme dans tous les autres événements. On peut s'en désoler, on doit les dénoncer, car, non seulement, elles altèrent la réalité, mais, de plus, elles ne font qu'attiser la haine. Ce qui est inquiétant dans le propos de Shmuel Trigano, c'est la généralisation à sens unique. Toutes les images mettant en cause l'armée israélienne sont «sous contrôle». En postulant cela, il use du vieux procédé selon lequel toute information est nécessairement mensongère dès lors qu'elle va à l'encontre d'une des thèses en présence. C'est sans doute pourquoi il ne se souvient pas des images insupportables des corps déchiquetés d'enfants israéliens ou des morceaux de chairs humaines parsemant les rues de Jérusalem et de Tel-Aviv. Ces images reflètent-elles la réalité où ont-elles pour but de renforcer l'imagerie traditionnelle de la cruauté des Arabes ?
Le soupçon général que délivre Shmuel Trigano vaut alors pour tous, avec pour seul résultat d'absoudre le camp auquel on s'identifie. Il conduit, in fine, à justifier l'intolérable puisque, si la vérité n'est que relative, chaque horreur n'est, elle aussi, que relative. C'est, hors de toute éthique, faire de l'insupportable une possible morale. C'est, sans doute, ce qui permet à Shmuel Trigano d'oser les guillemets lorsqu'il évoque les victimes de la politique des autorités israéliennes.
L'invocation de l'usage de vieux mythes antisémites, qui seraient revêtus de nouveaux oripeaux, est encore plus inquiétante. Est-il donc possible de dire que bombarder des populations civiles volontairement, où que ce soit et quelque qu'en soit l'auteur, est un crime de guerre, sans être taxé d'antisémitisme ? Là encore, le processus de généralisation n'a pour effet que d'interdire tout dialogue : l'Autre est d'ores et déjà diabolisé, puisqu'il a recours à des mythes antisémites.
Lorsque Shmuel Trigano aura admis que l'Etat d'Israël est un Etat comme un autre, avec les mêmes droits et les mêmes obligations, lorsqu'il cessera de traquer l'antisémitisme derrière chaque image, derrière chaque critique d'une politique effectivement critiquable, il retrouvera peut-être le chemin d'une rationalité qui ne s'évapore pas dès que les mots «Juifs» et «Israël» sont prononcés.
En attendant, peut-être consentira-t-il à admettre qu'avant de se préoccuper des intentions de la main qui prend la photo le cadavre de l'enfant que l'on y voit est d'abord celui d'un innocent dépourvu de nationalité."




Article de B. Stevens : "Une manipulation fantasmée", 05.09.06.

"Vous avez raison, M. Trigano, de vous demander où reste la condamnation par la communauté internationale du bombardement par l'aviation sri-lankaise d'un internat.
Mais sur tout le reste ou presque, vous avez tort.
Votre macabre comptabilité des victimes («Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme à Cana») est abjecte. Vous tombez dans le travers que vous prétendez combattre. Une seule victime innocente d'un conflit est intolérable, insupportable, et surtout en aucune manière justifiable, par aucune cause, quelle qu'elle soit.
Si l'image de l'enfant victime est en effet fréquente ­ pas uniquement dans le conflit qui nous occupe ­, c'est précisément parce qu'un enfant tué dans une guerre est exemplaire de la barbarie qui la produit. Si les images d'enfants morts sont récurrentes dans le conflit israélo-palestinien, dont la récente guerre est un avatar, c'est parce que ce conflit tue des enfants, des milliers d'enfants.
Il n'y a rien d'antisémite dans le fait d'affirmer et de montrer qu'Israël, par sa politique et son armée, tue des milliers d'enfants et de civils innocents ; bien entendu les attentats terroristes tuent et blessent de nombreux enfants et civils israéliens, personne ne le nie, personne ne le cache. Au contraire de ce que vous affirmez, la presse internationale accorde beaucoup d'espace aux victimes israéliennes ; en fait, et c'est très facile à montrer, un espace équivalent à celui des victimes que vous appelez arabo-musulmanes.
Durant le récent conflit, un temps égal ou à peu près était alloué pendant les journaux télévisés du soir par les chaînes de télévision occidentales, et françaises notamment, à des reportages de part et d'autre de la frontière. Et c'est bien là que réside la véritable manipulation, beaucoup plus insidieuse que celle que vous prétendez décrire : présenter de manière équivalente des choses qui ne le sont pas, donner autant d'espace aux quarante morts civils israéliens qu'aux mille morts civils libanais serait une imposture. Sans tomber dans le travers de comptabilité macabre que je condamne sans ambages au début de ces lignes, un rapport de un à vingt-cinq dénote une asymétrie manifeste qu'il convient de rapporter, et sur laquelle il est éthiquement impératif de se pencher. Lorsqu'une armée, quelle qu'elle soit, tue quatre à cinq fois plus de civils que de combattants ennemis, il ne s'agit plus de «dommage collatéral», expression à la mode depuis la guerre du Golfe, mais au contraire d'une stratégie de terreur et de punition collective sur tout un peuple. Cette armée, quelle qu'elle soit, se rend ainsi coupable de crimes de guerre caractérisés, qui sont le résultat de son incompétence et/ou du cynisme intolérable de ceux qui la dirigent, tout autant que du manque de conscience et de discipline de ses soldats.
Vous avez encore tort, M. Trigano, de citer comme exemple des événements dont vous n'avez pas été un témoin direct, et de me mettre en cause ainsi que mes collègues sans en avoir les moyens. Il se trouve que je suis l'auteur de la photo (et d'une autre similaire dans Time ) du combattant du Hezbollah publiée en couverture de US News que vous dénoncez comme une fabrication grossière. J'ai également participé pour le magazine allemand Stern à une enquête en profondeur sur la mort de Mohammed al-Dura ; j'étais l'un des deux seuls journalistes présents à l'intérieur du camp de Jénine durant trois jours et deux nuits, juste avant la levée du siège de l'IDF (Israeli Defense Force) ­ Jénine où, sur cinquante-six victimes palestiniennes, au moins vingt-deux étaient des civils ­ ; présent encore au Liban durant quatre des cinq semaines du récent conflit.
Mais présent également lors d'ignobles attentats kamikazes sur des bus dans la rue de Jaffa à Jérusalem, présent toujours lors de l'enterrement des deux soldats de l'IDF lynchés par la foule à Ramallah en octobre 2000, présent encore pour témoigner de la fermeté du gouvernement Sharon face aux colons de Gaza il y a tout juste un an.
Pour revenir à l'image parue dans US News, magazine dont l'orientation éditoriale est notoirement pro-israélienne, ce que vous appelez un dépôt d'ordures est un parking de la caserne de l'armée libanaise à Kfar Chima, dans la banlieue est de Beyrouth, sur lequel se trouvaient des camions affrétés vraisemblablement par le Hezbollah, contenant au moins une rampe de lancement de missiles et plusieurs missiles. La mise à feu incontrôlée causée par le bombardement israélien a provoqué le décollage intempestif d'un fragment de missile suivi par sa chute et son explosion sur le stock de pneus et de camions désaffectés à l'arrière de la caserne. Les images de la télévision libanaise montraient un objet métallique de taille importante en feu, chutant de très haut à cet endroit précis. L'hypothèse d'un F16 israélien abattu, avancée au moment des faits, paraissait crédible ; mais après être retourné personnellement trois fois sur les lieux dans les jours et les semaines qui ont suivis (il fallait attendre la fin de l'incendie), je suis arrivé à la conclusion que l'explication la plus plausible est celle du missile endommagé retombant ; j'ai photographié à cet endroit une rampe de lancement de missiles accréditant cette hypothèse... où est la fabrication grossière que vous dénoncez ?
Lorsque vous écrivez : «On n'a jamais vu les "combattants" du Hezbollah», le démenti est simple : sur cette image précise, par exemple !
Je vous enjoins, M. Trigano, d'appeler France 2 et de leur demander de pouvoir visionner l'entièreté de la cassette filmée par leur cameraman Talal Jalouni, à Netzarim, lors de la mort de Mohammed al-Dura. Les quatorze minutes de cette vidéo sont absolument insoutenables ; je suis à votre disposition pour vous montrer les photos et des plans des lieux (détruits quelques jours plus tard par l'IDF...).
Je pourrais continuer à démonter ici point par point chacune de vos allégations calomnieuses à l'égard des milliers de journalistes qui risquent leur vie depuis soixante ans pour témoigner de ce conflit tragique ; il me paraît plus opportun de réfuter les idées erronées qui les sous-tendent. A vous lire, une vaste conspiration relierait les médias internationaux, leurs correspondants sur le terrain et d'innombrables accessoiristes de génie, qui, à la chute de chaque bombinette venant de la Terre Promise, se précipiteraient pour en parsemer le cratère de peluches bariolées et de cadavres frais, tirés d'on ne sait où.
La réalité est bien différente.
Personne, à l'exception de l'état-major de l'IDF et du gouvernement de M. Olmert, ne sait où tomberont les prochains engins de mort qui, dans l'histoire récente, ont tué, estropié et brisé les vies de milliers d'innocents sans beaucoup d'autre résultat «militaire» que d'encourager à la lutte armée des générations entières de jeunes Palestiniens et Libanais désespérés. Les innombrables images et témoignages que vous contestez sont, dans leur immense majorité, bien documentés par des professionnels honnêtes, ne faisant partie d'aucune conspiration antisémite. Bien au contraire, le souvenir de la Shoah et le respect de ses victimes sont bien souvent un facteur d'autocensure aux critiques envers Israël et sa politique. Contrairement à ce que vous avancez, les journalistes n'ont pas besoin d'accréditation et ne font l'objet d'aucune censure au Liban ou dans les territoires occupés (1). Ce n'est pas le cas en Israël, où il devient de plus en plus difficile d'obtenir une accréditation temporaire, spécialement en ce qui concerne les journalistes indépendants (freelance) ; toute production est sujette à la censure du service de presse de l'IDF, censure rarement appliquée mais effective. J'ai personnellement été, à de multiples reprises, insulté, menacé, pris pour cible (2) ; mon téléphone personnel a été brouillé durant chacune de mes interventions en direct sur la RTBF (Radio-télévision belge francophone) depuis le camp de Jénine.
Le mal est profond, qui consiste à jeter l'opprobre sur le messager plutôt que sur la faute. Le peuple israélien et la communauté juive, que je respecte infiniment, feraient mieux de soutenir de justes solutions négociées et humaines, à l'instar par exemple du Congrès de Genève. Il est temps pour ces deux peuples de s'engager sur le chemin de ce que le regretté Rabin appelait la «paix des braves» ; Israël aurait tort de se complaire dans un rôle de Goliath.
Ne croyez surtout pas que mes collègues ou moi-même soyons aveugles quant aux tentations totalitaires du Hezbollah et à la dangereuse dérive fondamentaliste du Hamas. Pour autant, c'est du dialogue avec leurs représentants les plus modérés et non des bombes sur leurs extrémistes que naîtra une paix juste et durable dans la région.
Pour conclure, M. Trigano, je vous invite à venir cette semaine à Perpignan rencontrer personnellement les milliers de photojournalistes qui y sont présents, à l'occasion du festival du photojournalisme Visa pour l'image, et assister à la projection de leur travail, souvent extraordinaire, toujours émouvant. Bien connaître les sujets sur lesquels on écrit, avec la plume ou par l'image, permet d'éviter de répandre des contrevérités et surtout d'avancer vers une société plus juste, plus pacifique et, en un mot, plus humaine."

Dernier ouvrage paru : Bagdad, au-delà du miroir , Ludion.
(1) Une accréditation est souhaitée par l'Autorité palestinienne, mais n'est pas soumise à conditions et ne paraît servir qu'à l'informer de l'identité des journalistes présents et de leur provenance.
(2) Le 10 octobre 2000, à Ramallah, par un sniper de l'IDF, dix minutes avant que Jacques-Marie Bourget de Paris-Match soit grièvement blessé, au même endroit et dans les mêmes circonstances, où il ne pouvait y avoir aucun doute quant à notre identité et statut.

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dimanche 16 novembre 2008

Mort à tout le monde.

bageo


Le Net d'extrême-gauche, tendance Rezo, fourmille de textes plus ou moins contradictoires sur ces « autonomes » qui auraient fait du mal à nos belles lignes de train, les salauds. Parmi ces textes, celui de Claude Guillon a attiré mon attention. Je ne suis d'ordinaire pas très sensible à ce qu'écrit ce Monsieur, qui dans le temps souhaitait que tous ses compatriotes mâles se retrouvent l'anus aussi écarquillé que l'on peut supposer être le sien « propre », mais il a en l'occurrence raison de signaler - plus dans son titre que dans le contenu même de son texte - cette fascination des policiers pour les livres saisis chez les gens.


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Fascination des policiers ou des journalistes d'ailleurs, car si les premiers, tels des sauvages lévi-straussiens, sont par déformation professionnelle soucieux de ne jamais rien négliger, à l'affût de tout ce qui peut être signifiant, les seconds font un peu plus que privilégier, par réflexe de classe (au sens de catégorie socio-professionnelle ; au sens marxiste ; au sens de classe d'école : ces gens sont de « bons élèves » dans le pire sens de l'expression), l'écrit : ils dévoilent ainsi leur « propre » rapport à ce qu'ils lisent.


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Il suffirait d'avoir un livre chez soi pour, non seulement l'avoir lu, ce qui n'est déjà pas la règle, mais pour le connaître intimement, et surtout pour considérer son contenu comme une prescription. On serait non seulement influencé mais dirigé par ce qu'on a lu, par ce qu'on lit.


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Qu'il y ait des rapports entre la personnalité de tel ou tel et sa bibliothèque est une évidence, mais il est difficile d'aller beaucoup plus loin que cette platitude. Entre la curiosité intellectuelle, l'intérêt pour les beaux livres, les inspirations subites, la paresse à se débarrasser de livres qu'on n'a pas ouverts depuis quinze ans, les cadeaux malencontreux qu'on ne jette pas pour ne pas froisser le donateur, les restes des achats d'ordre scolaire, etc., il y a déjà beaucoup de raisons pour que l'on possède beaucoup de livres dont on n'a en réalité pas grand-chose à faire. Si en plus on a des intérêts variés, cela donne une bibliothèque pour le moins diverse - qui peut même contenir un livre de M. Claude Guillon.


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Entendons-nous : je n'ai aucune idée de la culpabilité ou non des « autonomes » dans ces histoires de sabotage, je ne cherche pas à les défendre ni à les attaquer, et la seule indication que j'aie pu avoir, venant de quelqu'un qui connaît (et admire) certaines des personnes arrêtées, est qu'elles peuvent très bien avoir fait le coup. Cela ne justifie pas pour autant la vision de la lecture telle qu'on peut la lire, justement, dans l'inconscient des journaputes : ces gens-là sont aux ordres du « fil AFP », ils en déduisent tout naturellement que les gens lisent comme eux, comme des papiers buvards.


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Ce qui soit dit en passant n'est pas très éloigné de l'inconscient de M. Sarkozy, tel qu'il se donne à voir dans les procès que contrairement à ces prédécesseurs il aime à intenter à ceux qui le traitent quelque peu vertement. En toute rigueur, un tel comportement est un aveu : non pas un aveu que les insultes que l'on peut proférer à l'encontre du Président de Neuilly sont justifiées, mais un aveu qu'elles ont une chance de l'être, qu'elles ne sont pas irréelles. Quelqu'un de plus sûr que lui que cette petite frappe de banlieue ouest n'aurait pas besoin de la justice (qui n'a que ça à faire, c'est bien connu, mais passons) pour démontrer l'inanité des insultes reçues. D'une certaine manière, notre président nous épargne du temps : nous n'avons plus besoin de l'accuser de saleté morale, de malhonnêteté, de lâcheté, etc. : par sa façon d'en référer à la justice, de surcroît contre des gens moins puissants que lui, il a lui-même donné crédit à ces jugements, il a lui-même admis que ces jugements pouvaient être vrais.


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Entre les deux cas, le journapute cireur-de-
pompes de base, et le président "je n'aime personne, je tringle qui je veux, elles sont trop contentes d'écarter les jambes pour moi - mais je veux qu'on m'aime !!", il y a des points communs, aussi bien dans le rapport aux institutions : la confiance aveugle en la police et la justice ; que dans une conception mécaniste des rapports humains : qui m'insulte est forcément indigne, qui lit, ou même seulement possède des livres hors-norme, est forcément lui-même hors-norme.

Cela rappelle les analyses de Bergson dans son ouvrage sur Le rire : l'hilarité naîtrait de la constatation du décalage entre la fluidité sans solution de continuité de la vie, et la raideur toute mécanique du comportement du personnage comique - avec cette dimension supplémentaire ici que les victimes du rire, le journaliste auxiliaire de la police et le président à gros ego, grosses talonnettes et toute petite bite - petite, forcément petite, aurait écrit Duras... - cherchent à faire partager aux autres leurs mécanisme primaire. Ach, leur mécanisme dans leur cul, et qu'on n'en parle plus.


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