samedi 8 octobre 2011

Le premier Moldu venu. - Genèses, limites et ambiguïtés du « soralisme », III.

harry potter and the goblet of fire

La Mauvaise Éducation, ou Le Juif sadique essaie en vain de dresser Alain Soral et Marc-Édouard Nabe.


Première partie.

Deuxième partie.

Deuxième partie, bis.



La saillie avait fait parler chez les amateurs plus ou moins fans d'Alain Soral : le « Che » d'Égalité et Réconciliation s'était permis de dire que, pour la décennie que nous venons de traverser et éventuellement la précédente, seuls ses livres resteraient, passeraient à la postérité, évoquant au passage avec commisération, pour ne pas dire plus, M.-É. Nabe et M. Dantec.

(J'avoue ma flemme à retrouver la source, ce qui, soit dit en passant, et sans que cela soit une excuse à cette flemme, est un problème des archives audiovisuelles telles que les "Entretiens du Président" : si on ne note pas tout de suite le minutage de tel ou tel propos, il est assez laborieux de le retrouver après. - Ceci posé, il ne me semble pas avoir besoin ici d'être d'une précision bénédictine ; ceci posé, bis ou par-dessus, en cas de demande expresse, je vous indiquerai ce que A. S. a effectivement dit ce jour-là.)

La mégalomanie ne m'a jamais gêné, au moins chez les gens que j'estime : elle vient presque naturellement à ceux qui ont quelque chose en plus que les autres, dans quelque domaine que ce soit. Elle est plus ou moins envahissante ou ridicule, mais tant qu'elle aide ces personnes à réaliser ce qu'elles estiment devoir réaliser, tant qu'elle est partie intégrante d'un mode de fonctionnement, il faut faire avec. C'est un peu comme la « rage de vaincre » chez le sportif ou « l'amour du pouvoir » chez l'homme politique : cela ne les rend pas toujours sympathiques, mais si cela les pousse à faire de grandes choses... La sainteté est par définition rare !

Évidemment, ce jour-là Alain Soral a dit une connerie. Laissons tomber Maurice Dantec, qui se laisse d'ailleurs très bien tomber tout seul : je ne sais pas à quel point les livres de Nabe resteront ni lesquels, mais ils resteront à coup sûr plus que ceux d'A.S., dont le peu de clarté dans l'exposition se fera au fil du temps d'autant plus gênant que l'on ne saura plus trop de qui il parle. - Et il n'est pas dans mes habitudes de faire des paris sur le futur.

Ceci posé (ça commence à faire un tas), il n'est peut-être pas inutile d'essayer d'interpréter cette « connerie ». Sans doute y a-t-il ici une part de provocation, une volonté d'aller défier les fans de MEN et de M. Dantec sur leur terrain, de ne pas leur laisser le « monopole de la littérature », pour paraphraser la formule mitterrandienne. Mais revenons à notre préambule sur la mégalomanie : j'ai évoqué "ceux qui ont quelque chose en plus que les autres". Dans le cas d'Alain Soral, il faudrait parler de quelques choses en plus que les autres : notre lepénomarxiste n'a pas une qualité primordiale, ce qui en soi est une limite, mais il a beaucoup de qualités. Il n'est pas le plus intelligent, il n'est pas le plus courageux, il n'est pas le plus talentueux dans l'expression écrite, il n'est pas le plus sage, au sens fort du mot... mais il comprend beaucoup de choses, a le courage, notamment, de continuer à essayer d'en comprendre d'autres et de ne pas reculer devant certaines conséquences de ce qu'il pense, il a quand même un vrai talent d'expression orale, et a su jusqu'ici à peu près reprendre la main après certains excès verbaux. (Bien évidemment, ceux qui ne l'aiment pas seraient, surtout sur ce dernier point, moins indulgents que moi.)

Je vous parle de ça pour deux raisons, toutes deux liées à ce projet des Genèses, limites..., lequel consiste à essayer de situer les options et idées politiques d'A.S. dans une perspective plus vaste qu'on ne le fait d'habitude. Et il faut bien pour cela, étant donnée la façon dont il travaille et promeut son action, évoquer ce que l'on pense comprendre de l'individu Alain Soral lui-même.

La première de ces raisons, donc, ou le premier des résultats auxquels on parviendrait aujourd'hui, c'est qu'A.S. est un homme ordinaire, mais en mieux, ou qu'il se situe dans la fourchette supérieure des hommes ordinaires, ce qui répond, encore une fois, à la définition du « premier venu » par Paulhan (je sais, je vous le retranscris un jour...). Ce qui explique d'ailleurs pourquoi ses côtés mégalos font autant parler, aussi bien les admirateurs que les détracteurs : parce que tout le monde sait que ce n'est pas un génie, qu'il n'est pas exceptionnel. - Ce qui, peut-être faut-il le préciser, et sans que cela par ailleurs ne remette en cause les critiques que je peux moi-même porter à son endroit, ce qui ne fait que rendre plus méritoire ce qu'il fait, ou, à tout le moins, ne fait que montrer à ceux qui ne font rien ou beaucoup moins, qu'il était tout à fait possible de faire plus.

La seconde raison, ou l'autre idée qui m'a fait prendre le clavier ce matin (alors que je ne pense qu'à France-Angleterre dans trois heures...), c'est l'analogie qui m'est venue entre Alain Soral et quelqu'un comme Laurent Tailhade. Je n'ai jamais lu Tailhade, et ne voudrais pas être injuste à son égard, mais précisément, plus beaucoup de monde ne le lit encore, et certains ne le connaissent que par ses démêlés avec Bloy. C'était, comme on dit, une figure de son époque, et il est bien possible, comme me le disait un ami fin lettré, que son épaisse biographie (Laurent Tailhade ou la provocation considérée comme un art de vivre, Maisonneuve et Larose, 2001, 828 pp.) soit nettement plus intéressante que ses propres livres. Tailhade a beaucoup parlé et fait parler de lui, il a en fait suer plus d'un, a asséné un certain nombre de vérités, a fait scandale... Vous comprenez le parallèle, et mon idée qu'il est bien possible qu'une biographie d'Alain Soral parue dans X années, soit un livre plus fort sur notre temps que Comprendre l'Empire ou Misères du désir.

Ceci posé (avant que tout ne s'écroule), je précise que malgré peut-être les apparences, il n'y a ici aucune condescendance de ma part - d'autant que le film n'est pas fini... Simplement une volonté de mieux cerner ce personnage, ses idées, ses possibilités et ses limites.


- J'ai parlé de Bloy, dont on lit encore les livres, et pour un certain temps sans doute. L'analogie est tentante de voir dans le bloyen Nabe le Bloy de Tailhade-Soral. Je mentirais si je ne disais pas qu'elle m'est venue naturellement à l'esprit, mais il faut se méfier des comparaisons et des facilités qu'elles peuvent induire. Il vous est néanmoins loisible de voir dans ce que j'ai pu écrire aujourd'hui sur Alain Soral certaines remarques en creux sur M.-É. N...

...dont j'avoue pour finir qu'il m'a bien énervé avec son livre sur DSK : j'aurais dû deviner, lorsque fleurissaient les rumeurs dans les cercles nabiens qu'il travaillait à quelque chose sur le « printemps arabe », que c'était du vent et qu'il préparait un autre coup. On croit commencer à connaître la bête, on se fait tout de même avoir. Enculé toi-même, va ! (écrit avec l'accent chantant du sud...)

Ceci posé (badaboum ?), je vous laisse, Irlande-Galles est commencé, et bien commencé...

Libellés : , , , , , , , , , ,

vendredi 11 janvier 2008

Nature humaine mon cul ? - III : Guénon, Descombes.

studi2039


Je souhaiterais rester encore un peu au même niveau d'abstraction et de généralité que précédemment, et retranscrire et commenter succinctement un texte de René Guénon que j'ai déjà brièvement évoqué. Il serait exagéré de dire que c'est le moment ou jamais de le faire : c'est plutôt l'occasion qui fait le larron, et peut nous permettre aussi bien d'être plus précis que nous ne l'avions été dans notre première allusion, que de retrouver par un autre chemin les thèmes qui sont en ce moment les nôtres.

Voici quelle était cette allusion :

"J'en profite pour signaler ici que la critique par René Guénon (Le Règne de la Quantité, Gallimard, 2005, [1945], pp. 93-94) des considérations sur "l'unité de l'esprit humain" (dire anthropologie, c'est "poser l'unité du genre humain", écrivit Mauss très tôt), ne me semble pas - mais il faudrait un examen plus précis que je ne vais le faire ici - viser, en toute rigueur, et quelles que soient les intentions de l'auteur, la pratique de Mauss et Dumont. D'ailleurs, Guénon (p. 94) écrit : "tandis qu'ils s'imaginent parler de l'homme en général, la plus grande partie de ce qu'ils disent ne s'applique en réalité qu'à l'Européen moderne" : on trouve exactement la même idée chez Mauss et Dumont. - Ceci pour poser des jalons..."

- la question était donc : est-ce que Guénon pense la même chose que Mauss et Dumont, ou est-ce qu'il les contredit ? Voici maintenant, remis dans son contexte, ce qu'écrit Guénon :

"Il y a encore un autre genre de simplification qui est inhérent au rationalisme cartésien (...) : du côté de la « pensée », une (...) simplification abusive s'opère du fait même de la façon dont Descartes envisage la raison, qu'il appelle aussi le « bon sens » (ce qui, si l'on songe à l'acception courante de la même expression, évoque une notion d'un niveau singulièrement médiocre), et qu'il déclare être « la chose du monde la mieux partagée », ce qui implique déjà une sorte d'idée « égalitaire », et ce qui n'est d'ailleurs que trop manifestement faux ; en cela, il confond purement et simplement la raison « en acte » avec la « rationalité », en tant que cette dernière est proprement un caractère spécifique de l'être humain comme tel.

- petite incise, cette critique est analogue à celle que j'adressais à Maurice Dantec dans sa condamnation du rationalisme, condamnation qui devenait de facto celle de la raison humaine, et même de toute faculté de réflexion.

Je signale que René Guénon insère ici une note importante, mais qui nous entraînerait loin de notre propos. Je la supprime donc. De façon générale, je ne peux et ne veux ici insister que sur ce qui est proche de notre sujet : je laisse donc tomber à peu près tout ce qui a trait à la notion de « tradition ».


Assurément, la nature humaine est bien tout entière en chaque individu, mais elle s'y manifeste de manières fort diverses, suivant les qualités propres qui appartiennent respectivement à ces individus, et qui s'unissent en eux à cette nature spécifique pour constituer l'intégralité de leur essence ; penser autrement, c'est penser que les individus humains sont semblables entre eux et ne diffèrent guère que solo numero. De là sont venues directement toutes ces considérations sur l'« unité de l'esprit humain », que les modernes invoquent sans cesse pour expliquer toutes sorte de choses, dont certaines mêmes ne sont nullement d'ordre « psychologique », comme, par exemple, le fait que les mêmes symboles traditionnels se rencontrent dans tous les temps et dans tous les lieux ; outre que ce n'est point de l'« esprit » qu'il s'agit réellement pour eux, mais simplement du « mental »

- ici le lecteur de V. Descombes dresse l'oreille et commence à frétiller...

, il ne peut y avoir là qu'une fausse unité, car la véritable unité ne saurait appartenir au domaine individuel, qui est le seul qu'aient en vue ceux qui parlent ainsi, et d'ailleurs aussi, plus généralement, tous ceux qui croient pouvoir parler d'« esprit humain », comme si l'esprit pouvait être affecté d'un caractère spécifique ; et, en tout cas, la communauté de nature des individus dans l'espèce ne peut avoir que des manifestations d'ordre très général, et elle est parfaitement incapable de rendre compte de similitudes portant au contraire sur des détails très précis ; mais comment faire comprendre à ces modernes que l'unité fondamentale de toutes les traditions ne s'explique véritablement que par ce qu'il y a en elles de « supra-humain » ? D'autre part, et pour en revenir à ce qui n'est effectivement qu'humain, c'est évidemment en s'inspirant de la conception cartésienne que Locke, le fondateur de la psychologie moderne, a cru pouvoir déclarer que, pour savoir ce qu'ont pensé autrefois les Grecs et les Romains (car son horizon ne s'étendait pas plus loin que l'antiquité « classique » occidentale), il n'y a qu'à rechercher ce que pensent les Anglais et les Français de nos jours, car « l'homme est partout et toujours le même » ; rien ne saurait être plus faux, et pourtant les psychologues en sont toujours restés là, car, tandis qu'il s'imaginent parler de l'homme en général, la plus grande partie de ce qu'ils disent ne s'applique en réalité qu'à l'européen moderne ; n'est-ce pas là croire déjà réalisée cette uniformité qu'on tend en effet actuellement à imposer à tous les individus humains ? Il est vrai que, en raison même des efforts qui sont faits en ce sens, les différences vont en s'atténuant, et qu'ainsi l'hypothèse des psychologues est moins complètement fausse aujourd'hui qu'elle ne l'était au temps de Locke (à la condition toutefois, bien entendu, qu'on se garde soigneusement de vouloir en reporter comme lui l'application au passé) ; mais, malgré tout, la limite, comme nous l'avons dit plus haut, ne pourra jamais être atteinte, et, tant ce monde durera, il y aura toujours des différences irréductibles ; et enfin, par surcroît, est-ce vraiment bien le moyen de connaître la nature humaine que de prendre pour type un « idéal » qui, en toute rigueur, ne saurait être qualifié que d'« infra-humain » ?" (Le Règne de la Quantité, Gallimard, 2005 [1945], pp. 93-94)

On remarquera l'évidente parenté du raisonnement de René Guénon, dans ses dernières étapes, avec celui de Pascal Combemasle sur l'économie politique ainsi qu'avec le syndrome de Constant : à force de ne raisonner, dans la théorie, que sur un paramètre (l'unité de l'espèce humaine chez Locke, l'homo oeconimicus dans l'économie politique, la « jouissance » chez Constant), on en renforce l'importance en pratique, ce qui par contrecoup donne une plausibilité supplémentaire à la théorie, et ainsi de suite. Il y a aussi de ça dans l'idée du « choc des civilisations ».

(Appelons cela le principe de Kierkegaard : "Un seul élement ne peut jamais [à lui seul] être le fondement d'une hiérarchie", lit-on dans Ou bien... ou bien...)

Ceci dit, il me semble que l'on peut lire ce texte dans un sens maussien : Guénon critique la thèse de l'« unité de l'esprit humain » lorsque et parce que c'est une thèse individualiste. Mais ses présupposés et ses conclusions ne nous semblent pas différents de ce que nous avons exposés dans nos précédents textes, pour peu que l'on se situe au niveau des collectivités :

- il y a bien quelque chose comme une nature humaine, de même qu'il y a des constantes biologiques ;

- mais, il faut tout de suite le préciser, cette nature humaine prend des formes extrêmement variées, cela fait même partie de sa définition (elle se sépare donc tout de suite du substrat biologique de base, avec lequel on ne saurait la confondre) ;

- postuler son existence au niveau des individus de tous les temps et tous les pays est soit une platitude (les hommes ont des bras et des jambes partout, bon, d'accord [1]), soit une erreur, celle ici de Locke ;

- il se peut néanmoins qu'à un autre niveau les différentes traditions se rejoignent, soit :

a) qu'elles partent d'un même noyau « supra-humain », comme c'est le cas, si je comprends bien, chez Guénon [2];

b) que, si les créations culturelles que sont les sociétés, leurs rites, leurs idéologies, leurs valeurs, etc., sont fort différentes, elles peuvent dialoguer (plus ou moins), précisément grâce aux ressemblances de base. De ce point de vue, quand, notamment dans La crise du monde moderne, Guénon plaide pour la « coexistence pacifique » de différentes traditions, à la condition que l'Occident retrouve le sens de la sienne (chrétienne), il est fort proche de certaines thèses de Dumont (avec d'importantes différences, mais chaque chose en son temps).

c) que les créations culturelles se font selon certaines règles, à partir de certaines « structures fondamentales » qui ne peuvent varier. C'est le pas supplémentaire que Lévi-Strauss a voulu effectuer par rapport à Durkheim et Mauss : si, dans les créations culturelles on retrouve des constantes si ce n'est thématiques du moins structurelles, c'est que ces créations obéissent à des schémas précis que l'on doit pouvoir systématiser. Je n'ai pas les moyens d'approfondir cette idée, je noterai seulement que Descombes lui reproche précisément de se fonder sur une approche mentaliste de l'esprit humain, approche qui donne au biologique (au neurologique, en l'occurrence) une trop grande importance (et nous retrouvons ici C. Geertz).


monteiro


monteiro1

(Et pendant ce temps, Dieu mange et se moque de nous... Au revoir, à la prochaine !)




Notes :

[1]
Ce qui donne, dans ce phénomène typique des sociétés démocratiques qu'est le sport, ce lieu commun des entraîneurs pour motiver leurs troupes : "Les gars d'en face, ils ont des bras et des jambes, comme nous !" - On raconte qu'un entraîneur de rugby s'y emmêla un jour les pinceaux : "Les gars d'en face, ils ont quinze bras et quinze jambes, comme nous !"


[2]
Chaque fois que j'évoque Guénon, je marche sur des oeufs : il aborde des thèmes proches de ceux traités ici, dans une optique fort différente de la mienne et qui m'est peu familière, mais qui m'en semble néanmoins proche sur certains points. (En particulier, il serait intéressant de voir jusqu'à quel point on peut interpréter ce qu'il entend par « supra-humain » sous l'angle de la thèse de Durkheim selon laquelle Dieu, c'est la société.) Mais je ne peux pour l'heure que suggérer ou présenter brièvement des pistes de réflexion, ne connaissant pas assez cette oeuvre pour aller plus loin. Je prends certes le risque d'erreurs et de contre-sens (qui a lu tout Guénon peut d'ailleurs aussi en commettre...), mais ma façon de faire, qui est bien celle d'un blogueur, étant de procéder par petites touches, ajustements et précisions successifs, c'est un risque à assumer.

Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,

lundi 10 septembre 2007

Evacuateurs et fouilleurs.

1165404867_diamants


J'ai souvent pensé à ouvrir des sites parallèles, l'un consacré au rugby, l'autre à l'opéra : le fait que j'ai déjà du mal à m'occuper de ce café avec autant de soin que je le souhaiterais suffit à m'en dissuader. Contentons-nous donc brièvement, l'actualité aidant et s'il y en a que ça intéresse, à stigmatiser le manque d'intelligence ("situationnelle", disait-on dans le temps) des rugbymen français, incapables de changer de stratégie en cours de match, d'adresser notre petit salut de rigueur au bon professionnel qu'était Pavarotti, pas une lumière non plus d'ailleurs - ce qui fait qu'il était à son meilleur dans les personnages vaillants-mais-un-peu-cons : le duc de Mantoue, Otello, le prince Calaf (ce qu'il a fait de mieux ?) - avec une exception notable pour le Ricardo du Bal masqué (il est vrai tellement sympathique, intelligent, patriote, consciencieux, qu'il en devient vite un peu con).


Ces parenthèses fermées, continuons à faire travailler les autres, Léon Bloy en l'occurrence, à notre place. On comprendra sans peine ce qui me plaît dans ce passage anglophobe, scatologique et un rien misogyne :

"L'inexpiable guerre du Transvaal, qui a déshonoré tout un grand peuple, est le chef-d'oeuvre le plus authentique de cette concupiscence déchaînée, et les suites qu'on peut avoir dépassent en hideur atroce et mortelle ce que les poètes sont capables d'inventer.

Dix ou vingt mille hommes nourris comme des animaux sont encagés littéralement sur des périmètres immenses. Esclaves d'une compagnie minière qui ne permet pas même aux enfants de venir embrasser leurs pères, les misérables travaillent sans pardon à l'extraction du minerai diamantifère. Si, tentés par l'exorbitante valeur des pierres et l'apparente facilité de les dérober, quelques-uns succombent, ils doivent s'attendre à des châtiments affreux, si leurs maîtres les surprennent. Leur sang, alors, s'ajoute au torrent de sang préalablement répandu pour la conquête monstrueuse de ce pays, transformé en une colonie de l'enfer par l'avarice de quelques banquiers.

La surveillance y est diabolique. Il y a, ô mesdames, la chambre de purge ! Quand un de ces forçats plus ou moins volontaires est libéré, avant de sortir il lui faut passer par là. Car les malheureux en avalent quelquefois, de ces cailloux merveilleux qui valent des prairies et des forêts. Les mondaines parfumées, fières de leurs bijoux, peuvent, sans courbature d'imagination, évoquer ce riant décor. Evacuateurs et fouilleurs travaillent pour elles. L'éblouissement des mangeuses d'hommes et la réalisation de leurs plus beaux rêves est dans cette chambre. Leur parure est le rendement des deux équipes. Sans doute il y a eu du sang et il y en aura encore, c'est bien entendu, toujours du sang, puisque les douces femelles des tigres en demandent ; maintenant il y a cette autre chose que les chiens les plus superbes savent apprécier... !"

(Le Sang du Pauvre, X.) On est bien peu de chose !

Libellés : , , , , , ,

dimanche 12 mars 2006

Clin d'œil.

Débordé de toutes parts - foutu Tournoi -, je me permets de renvoyer au clair et net article de M. Responsable sur les affaires récentes. Un bémol tout de même, lorsqu'il admet que Alain Finkielkraut est un "penseur" dans ses livres. C'est un nul et un arriviste, tout simplement, et ses livres de continuelles "défaites de la pensée".

De même, dans un de ses précédents articles, l'auteur écrit : "à moins que les mouvements antiracistes soient purement et simplement bons pour la poubelle" - mais c'est le cas, heureusement ou malheureusement ! Une bande d'opportunistes qui se servent des convictions de jeunes naïfs, voilà tout. Il suffit de jeter un coup d'œil à Julien Dray, pour ne pas évoquer le roi des Tartuffes Harlem Désir, cela suffit à juger de la haute moralité de ces staliniens à la petite semaine.

Libellés : , , ,

samedi 26 février 2005

Pas cocorico...

Bravo les Gallois, c'est nettement plus agréable de perdre contre eux que contre les Anglais. Quelques regrets quand même, il y avait la place pour gagner. Mais bon, vive le sport, et allez l'Irlande demain !

Libellés :

dimanche 13 février 2005

Cocorico !

Sans doute aurai-je souvent l'occasion de donner cours à mon antipathie à l'égard des anglo-saxons au long de ce journal, mais aujourd'hui c'est avec l'esprit le plus sportif et le plus pacifique que je me félicite haut et fort : on les a bien baisés, ces sales cons !

Libellés :