samedi 24 juillet 2010

Figures de la réciprocité et de la hiérarchie.

600full-buster-keaton-1


"Ton sentiment me fait gonfler mes voiles d'ange
Ton sentiment me fait du bien au sentiment
Et les fleurs du pavé poussent des cris étranges
Moi qui viens du pavé vers toi et me dressant

Et moi je ne te prends que ce que je te dois
Si je n'avais que du sentiment à t'filer
Il y a bien longtemps que tu m'aurais banni
De ton fief de ton cul de ta loi de tes langes
Il y a bien longtemps que tu te serais cassée"

"TU es moi
JE c'est toi
Comment t'appelles-tu ?
Tu t'appelles la nuit dans le ventre des filles
De ces filles qui roulent au bord de la mort lente
Tu t'appelles l'amour Tu es toutes les femmes
Tu es TOI tu es ELLES"

(Léo Ferré, Les amants tristes.)



"Ton style c'est ton cul c'est ton cul c'est ton cul
Ton style c'est ta loi quand je m'y plie salope !
C'est ta plaie c'est mon sang c'est ma cendre à tes clopes
Quand la nuit a jeté ses feux et qu'elle meurt
Ton style c'est ton cœur c'est ton cœur c'est ton cœur"

(Id., Ton style.)


Bernanos parle de la charité comme un moyen de connaissance. L'amour comme recherche de la vérité. Amour, c'est une partie de l'étymologie du mot philosophie. - D'une certaine façon - nous baignons ici dans Platon, tout en le prenant pour ainsi dire par-derrière - il est extraordinaire que nous puissions avoir une compréhension sexuelle de quelqu'un de l'autre sexe, dont nous ne pouvons imaginer, quelle que soit notre expérience sensuelle, ce qu'il [elle] éprouve. On dit parfois encore que les pédés ne sont pas normaux, mais ils sont normaux, ils sont logiques, platement logiques, et nous devrions au contraire être surpris de la persistance de l'hétérosexualité. Je m'étais opposé dans le temps à M. Maso sur ce sujet ("Les homosexuels s'imaginent qu'ils baisent."), mais c'est lui qui avait raison. Comment passons-nous de l'adoration fascinée mais un peu béate, voire stupide, pour les nichons et la foufoune, à la compréhension d'une femme ? Au fait de savoir, d'un savoir que rien ne peut mettre en doute, d'un savoir qui n'est pas sans rappeler la connaissance qu'a l'abbé Donissan des âmes dans Sous le soleil de Satan, que nous la comprenons ?

Cela fait longtemps que je me dis que Dieu n'existe pas, parce que l'homme après l'amour ne pense qu'à dormir, alors que la femme est réveillée. A toutes les différences entre les sexes j'ai pu trouver une raison, sous la forme d'une complémentarité supérieure : par exemple (et à gros traits), que les femmes aient un désir d'enfant plus fort que les hommes, évidence incontestable, permet à l'espèce de se reproduire ; que les hommes aient moins ce désir permet aux représentants de l'espèce de penser aussi au plaisir. Mais cette différence, qui crée tant de malentendus "dans le plus doux moment" (Jacques Demy), je ne lui avais pas trouvé de signification. Aujourd'hui, à tort ou à raison, je me dis que justement : il faut aussi une différence irréductible, une différence sans signification, pour que les deux sexes soient différents. Que cette différence soit prosaïque, voire triviale, ne change rien à l'affaire, il s'en faut. Le miracle est là : être non seulement complémentaires, mais différents, et parvenir néanmoins, de temps à autre, à se comprendre.

(Se comprendre... En toute rigueur, je n'en sais rien, ce sont les éventuelles lectrices qui peuvent confirmer ou non cette formule symétrique. Mais la compréhension dont je parle n'est-elle pas nécessairement réciproque ? - Jusqu'à quel point ?)

Depuis l'idée des Vingt Plus Belles Actrices (expliquée ici, vous pouvez ensuite suivre le "libellé" - et constater que je suis loin d'arriver à vingt), je garde pour la fin le portrait de Marilyn, que je ne pouvais me résoudre à attaquer, pensant que j'allais la souiller avec mes gros doigts de blogueur. Marilyn, c'est celle que nous aurions tous aimé faire jouir, la belle affaire ! Marilyn, c'est bien plus que ça : c'est la femme que nous voulons comprendre. Son air un peu bébête (que l'on retrouve chez BB), son éternelle jeunesse ajoutent à ce désir : il y a dans cette femme plantureuse une adéquation parfaite, non entre le naturel et le spirituel, car précisément nous nous situons ici à ces deux niveaux, mais entre le fini et l'infini, le désir de la posséder entraîne toujours avec lui la peur qu'elle ne s'échappe, que d'une manière ou d'une autre elle ne vous file entre les doigts. Phénomène idéal pour le star-system, dont elle restera toujours l'incarnation la plus achevée - et qu'en même temps (cette innocence, cette naïveté à la fois jouée et réelle, cette fragilité), c'est peut-être le plus beau cadeau qu'elle nous fait, sa distinction suprême, elle dépasse, pour nous « offrir » son mystère naturel et sincère.

- D'où son inépuisable photogénie : un livre contenant toutes les photographies de Marylin serait assurément une des grandes oeuvres d'art du XXe siècle. Je vous laisse y rêver par vous-mêmes, ici et .

Après, pour en revenir à notre point de départ, on peut accorder une plus haute importance à la connaissance par la charité (autre composante du mythe Marilyn) qu'à la connaissance par la sexualité, qui certes n'est trop souvent que "l'infini à la portée des caniches". L'un n'empêche pas l'autre, dirons-nous pour conclure, avec un optimisme quelque peu forcé. Mais ne serait-il pas vain de reprocher à l'exceptionnel d'être rare ?

Libellés : , , , , , , , , , ,

lundi 4 janvier 2010

Train spécial pour la catastrophe (Nigger of the day, IV).

Train_special_pour_Hitler-3D


Non, je plaisante... quoique ce film, ou son existence - je ne l'ai pas vu -, continue à me laisser sans voix.

Allez, un peu de jazz dans ce monde de brutes, en couleurs s'il vous plaît :





L'auteur de classique-s'il-en-fut est l'admirable petite tapette à laquelle le Duke rend ici hommage (et qui se rend très bien hommage tout seul) :





Ici, un petit détour par une version plus atypique peut s'avérer... complètement et délicieusement inutile :





Et comme, à part pour aller à Auschwitz (Hitler n'a pas seulement déshonoré l'antisémitisme, comme disait Bernanos, il a aussi désacralisé les trains...), il n'y a rien de mieux qu'un voyage en train, continuons dans la joie et la bonne humeur :





Pour finir, rendons la parole au maître, au seigneur, à l'aristocrate, au Chaplin du jazz (encore une réminiscence hitlérienne, via le Dictateur ?) :





Bon voyage ! Meilleurs voeux !


mecano-de-la-gen-a--27-06-g


Et tant pis si nous n'avons plus de conducteur...

Libellés : , , , , , , , , , ,

mercredi 16 décembre 2009

Saint Dominique, relaps et saint...

225312734_9acad330d3_o


Dominique Zardi obsèques Bashung

The one and only Dominique Zardi, en train de faire le con avec son alter ego Attal chez Chabrol, puis seul, statue du commandeur à l'enterrement d'Alain Bashung (photo © Un-ami-à-moi)...


Décédé il y a deux jours après une carrière remplie d'à peu près 500 films, D. Zardi illustrait à sa manière ce fantasme de la modernité artistique :

"L'art que nous possédons aujourd'hui est un résidu que nous a laissé une société aristocratique, résidu qui a été encore fortement corrompu par la bourgeoisie. Suivant les meilleurs esprits, il serait grandement à désirer que l'art contemporain pût se renouveler par un contact plus intime avec les artisans ; l'art académique a dévoré les plus beaux génies, sans arriver à produire ce que nous ont donné les générations artisanes." (G. Sorel, Réflexions sur la violence, 1907, Marcel Rivière, 1972, pp. 44-45)

D'une manière générale, je trouve que les artistes et esthètes sont un peu sévères avec le bourgeois, je vous en parlerai plus avant à l'occasion - il suffit d'ailleurs de voir ce qu'il reste de l'art quand le bourgeois s'y intéresse moins et/ou se noie dans l'indifférenciation de la classe moyenne. Passons : ces lignes du syndicaliste révolutionnaire Sorel, on les trouverait sans grande modification au fil d'interviews de Jean Renoir, ou dans les Cahiers du cinéma, en 1955 comme en 1990, et bien sûr dans d'autres domaines artistiques. La figure de l'artisan comme ce qui permettrait de sortir des jeux effectivement pervers entre l'artiste et le bourgeois, qui ont autant besoin l'un de l'autre qu'ils ont parfois de mal à s'accepter l'un l'autre ; la figure de l'artisan qui permettrait d'échapper au mensonge romantique, pour parler comme R. Girard, de l'artiste supposé anti-conformiste et qui occupe pourtant une place précise (et épuisante) dans le système... cette figure hante l'artiste moderne de la même façon que, vous ne l'ignorez pas, l'individualisme moderne est hanté par son contraire le holisme, et elle a effectivement contribué parfois à la conception de grandes oeuvres. Mais, sauf exceptions importantes comme Hollywood jusqu'aux années 50, elle ne peut être qu'un point-limite ou un fantasme, dans une société individualiste. Ce pourquoi elle revient périodiquement, sans pouvoir s'imposer.


Ces réflexions inspirées par le décès de Dominique Zardi étant énoncées, revenons à notre sujet du jour.

Il n'apparaît à ce comptoir que de temps à autre, mais le Bernanos pamphlétaire (je connais trop mal le romancier, lu par intermittences il y a presque vingt ans maintenant) me saisit de plus en plus - à la fois parce qu'il me séduit et parce que, tel un des esprits du Drôle de Noël de M. Scrooge, il me prend par le col et me pousse à comparer mes espérances et ce que je fais de ma vie au jour le jour.

Quelques sentences aujourd'hui donc, pour le profit de tous (Les grands cimetières sous la lune, je cite d'après l'édition Pléiade) :

la légitime défense : "ce droit qui me paraît de plus en plus réservé à une certaine catégorie de citoyens et comme inséparable du droit de propriété, au point qu'on peut bien défendre à coups de fusil sa maison, même si l'on en a plusieurs, alors ne peut défendre par les mêmes moyens son salaire, même si l'on ne possède rien d'autre..." (p. 485) - eh oui, c'est ça, l'esclavage salarié, il y a toujours un moment où l'on est plus esclave que salarié !


KIRK DOUGLA S SPARTACUS

En même temps, un esclave révolté, ce peut être un peu lourdaud...


"L'homme de bonne volonté n'a plus de parti, je me demande s'il aura demain une patrie." (p. 499)

"Le démocrate, et particulièrement l'intellectuel démocrate, me paraît l'espèce de bourgeois la plus haïssable. Même chez les démocrates sincères, estimables, on retrouve cet inconscient cabotinage qui rend insupportable la personne de M. Marc Sangnier : « Je vais au Peuple, je brave sa vue, son odeur. Je l'écoute avec patience. Faut-il que je sois chrétien... Il est vrai que Notre-Seigneur ma donné l'exemple ! » Mais Notre-Seigneur ne vous a pas donné cet exemple ! S'il a fait sa société d'un grand nombre de pauvres gens - pas tous irréprochables - c'est parce qu'il préférait, je suppose, leur compagnie à celle des fonctionnaires. (...) Quant aux potentats du haut commerce, discutant du dernier Salon de l'automobile ou de la situation économique du monde, ils me font rigoler. Au large ! Au large ! Ce qu'on appelle aujourd'hui un homme distingué est précisément celui qui ne se distingue en rien. Comment diable peut-on les distinguer ?" (pp. 548-49)

La Ve République post-gaullienne en quelques mots : "Est-il utile de prétendre réprimer l'anarchie politique ou sociale par des moyens tels que, ridiculisant tout scrupule, ils favorisent une espèce d'anarchie morale d'où sortira tôt ou tard une anarchie politique et sociale pire que la première ? Nous savons déjà ce qu'est la guerre totale. La paix totale lui ressemble, ou plutôt ne se distingue nullement d'elle. Dans l'une comme dans l'autre, les gouvernements se montrent, à la lettre, capables de tout." (p. 556)

"Dieu ! laissez votre vieux scrupule de ménager un ordre qui se ménage si peu qu'il se détruit lui-même. (...) A toutes les questions qui vous sont désormais posées, est-il donc si difficile de répondre par un oui ou par un non ? Ainsi parlent les gens d'honneur. L'honneur est aussi une chose de l'enfance. C'est par ce principe d'enfance qu'il échappe à l'analyse des moralistes, car le moraliste ne travaille que sur l'homme mûr, bête fabuleuse inventée par lui, pour la commodité de ses déductions. Il n'y a pas d'hommes mûrs, il n'y a pas d'intermédiaire entre un âge et un autre. Qui ne peut donner plus qu'il ne reçoit commence à tomber en pourriture [et cela vaut pour les civilisations comme pour les individus, à bon entendeur...]. Ce que disent la morale ou la physiologie sur ce point important n'a pour nous aucun intérêt parce que nous donnons aux mots de jeunesse et de vieillesse un autre sens qu'eux. L'expérience des hommes, et non de l'homme, nous apprend vite que jeunesse et vieillesse sont affaire de tempérament ou, si l'on veut, d'âme. J'y reconnais une sorte de prédestination. Ces vues, avouez-le, n'ont absolument rien d'original. Le plus obtus des observateurs sait parfaitement qu'un avare est vieux à vingt ans [revoilà Scrooge... mais Dickens lui laisse une chance que Bernanos, assez augustinien sur ce coup, semble lui refuser]. Il y a un peuple de la jeunesse. C'est ce peuple qui vous appelle, c'est ce peuple qu'il faut sauver. N'attendez pas que le peuple des vieux ait achevé de le détruire par les mêmes méthodes qui jadis, en moins d'un siècle, ont eu raison des Peaux-Rouges. Ne permettez pas la colonisation des Jeunes par les Vieux ! Ne vous croyez pas quittes envers ce peuple par des discours, fussent-ils même imprimés. Au temps où les Pharisiens d'Amérique décimaient scientifiquement une race mille fois plus précieuse que leur dégoûtant ramas, les Indiens de Chateaubriand et de Cooper ne partageaient-ils pas avec l'Écossais de Walter Scott les savoureux loisirs des chattes romanesques qui se régalent de pitié comme de sang frais ?" (pp. 521-22)

Le passage sur les Indiens suffit me semble-t-il à répondre aux questions que je me posais il y a plus d'un an (dans un texte où je vous annonçais une livraison sur Bernanos et le jeunisme... que voici donc), sur ce que Bernanos aurait pensé de notre actuel « choc des civilisations ».

Deux pistes d'analyse :

- la colonisation des Jeunes par les Vieux a eu lieu, bien évidemment, au fil des progrès de l'individualisme (avec un rôle non négligeable en la matière des « nouveaux philosophes ») et de la raréfaction des jeunes (au sens usuel) en Occident, heil Yonnet. Mais on sait ou on devrait savoir (cf. Arendt pour l'impérialisme fin XIXe, Verschave pour la Françafrique) que la colonisation implique souvent une colonisation à rebours - ce que l'on dénonce habituellement sous le vocable de jeunisme. Vous connaissez la situation : des jeunes déjà vieux, des vieux qui veulent « rester jeunes », ce qui veut plutôt dire qu'ils ne l'ont jamais été (c'est à se demander si Mai 68 ne fut pas aussi, voire d'abord, une révolte de vieux !), etc. ;

- le tout début du texte : "laissez votre vieux scrupule de ménager un ordre qui se ménage si peu qu'il se détruit lui-même" - c'est un pas que j'hésite encore, conceptuellement et pratiquement, à franchir, je vous en parlais l'autre jour. Et cela rejoint cette autre alternative : "est-il donc si difficile de répondre par un oui ou par un non ? Ainsi parlent les gens d'honneur." (La suite immédiate : "L'honneur est aussi une chose de l'enfance", me laisse je l'avoue un peu sceptique. De l'enfance, peut-être, mais des enfants ? Les petits d'homme apprennent bien vite duplicité, fausse bonne conscience et vraie mauvaise foi - alors même que leurs parents essaient de tenir leur parole et de ne pas les décevoir...) On pourrait alléguer que la société moderne est justement une société où il est toujours difficile de répondre seulement par oui ou par non, et que cela explique en partie le peu de cas qu'elle fait de l'honneur, mais n'est-ce pas là précisément du pharisianisme ? Depuis quand se conduire en homme d'honneur est-il supposé être facile et à la portée de tous ? - En même temps, s'il faut non seulement être courageux, responsable et fiable, mais intelligent, ça devient surhumain...

Mais qui ne risque rien n'a rien, et qui ne peut donner plus qu'il ne reçoit...


600full-buster-keaton-3

Libellés : , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

mardi 15 avril 2008

"Un malaise qui vient du fond de l’histoire américaine, un malaise qui était sans doute une partie de la substance de l’Amérique dès son origine..."

Keaton214 b


"A quel moment, donc, faut-il à voir s’attendre surgir le danger [pour l’Amérique] ? Je réponds que, s’il doit nous atteindre un jour, il devra surgir de nous-mêmes. (...) Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nations d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant."



voy2


Alleluia !

Libellés : , , ,