lundi 16 mai 2011

Perseverare diabolicum.

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"C'est l'abus des lunettes qui rendra l'Occident aveugle." (Roger Gilbert-Lecomte)



L'actualité ayant tendance à s'emballer, celui qui se donne quelques jours de réflexion après un événement d'importance court le risque que d'autres événements viennent effacer celui-ci : vingt-quatre heures après le début de « l'affaire DSK » - au sujet de laquelle je me permettrai de rappeler qu'il est censé exister quelque chose comme la présomption d'innocence… -, évoquer le décès de M. Ben Laden apparaît déjà bien désuet. Faisons néanmoins un petit point rapide, qu'il reste à ce comptoir une trace de cet événement, à toutes fins utiles, au moins pour pouvoir, le cas échéant, y revenir.

Ma première réaction à l'annonce de sa mort a été... l'absence de réaction. Est-il vraiment mort, quel a été son rôle exact dans ce qui s'est passé le 11 septembre : trop de questions me sont instantanément venues à l'esprit pour qu'une quelconque émotion ait pu se manifester.

Quelques jours après, ayant lu ou écouté ce qu'ont pu en dire ou écrire mes points de repère habituels (parmi lesquels il faut citer Laurent James), j'aurais tendance à dévier le débat. Admettons que Oussama Ben Laden ait été ce qu'on nous dit qu'il a été, ce qu'une part de moi souhaite qu'il ait été, il n'en reste pas moins qu'il n'y a pas de Ben Laden occidental, et que c'est surtout ça qui pose problème, c'est surtout ça qui est un signe de mort spirituelle. Non que je réclame des attentats avec tout plein de morts made in France ou le retour d'Action Directe, et la question du reste n'est pas celle de la facture. Non plus d'ailleurs que je « veuille » un leader charismatique ; à titre personnel en tout cas je m'en passe très bien.

(Je serais plutôt, vous le savez, dans l'optique du « premier venu » définie par Paulhan. Le drame étant qu'à notre époque on cherche plus à être le premier arrivé que le premier venu... Ceci dit, Soral a parfois ce côté premier venu, c'est un de ses aspects positifs.)

La question, disais-je, est celle d'une réelle altérité à l'intérieur de nous-même.

J'avais commencé à réfléchir à tout ça en partant de l'incroyable phrase de mon trou du cul fétiche : "Une remarque : Ben Laden, figure d'antéchrist, est mort le jour de la béatification de Jean-Paul II, figure de sainteté. Victoire du Bien sur le Mal." Me rappelant que le manichéisme est une hérésie, je m'amusai de constater que Rioufol, en plus d'être un con, était un hérétique, ce qui est malheureusement le cas de pas mal de chrétiens aujourd'hui. Je repensai à cette longue citation de Chesterton reproduite dans un texte auquel je vous ai renvoyé récemment, et dont revoici un extrait (avec quelques coupures) :

"Quand on venait à réfléchir sur soi-même, une perspective et un vide s'ouvraient assez grands pour accueillir n'importe quelle somme d'abnégation morose et d'amère vérité. Là, le gentleman réaliste pouvait se laisser aller au désespoir - aussi longtemps qu'il ne désespérait que de lui. Il y avait un terrain de jeux ouvert pour l'heureux pessimiste. Il pouvait dire tout ce qui lui plaisir contre lui-même, à condition de ne pas blasphémer contre le but original de son être ; se traiter de sot à sa guise et même de damné sot ; mais il ne devait pas dire que les sots ne valent pas la peine d'être sauvés. Il n'avait pas le droit de dire qu'un homme, parce qu'il est homme, peut être sans valeur. Ici encore, le christianisme a surmonté la difficulté de concilier deux contraires en les gardant tous deux et en les gardant tous deux en toute leur violence (the difficulty of combining furious opposites, by keeping them both, and keeping them both furious). L'Église a été positive sur les deux points. On ne peut guère s'estimer trop peu. On ne peut guère trop estimer son âme. (...)

Célébrant le bien, saint François pouvait se montrer optimiste plus vibrant que Walt Whitman. Dénonçant le mal, saint Jérôme pouvait peindre un monde plus noir que celui de Schopenhauer. Les deux passions étaient libres parce que toutes deux étaient maintenues à leur place. (...)


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Ainsi, les doubles accusations des sécularistes (...) jettent sur la foi une lumière réelle. Il est vrai que l'Église historique a exalté à la fois le célibat et la famille ; qu'elle a été à la fois farouchement pour la procréation d'enfants et farouchement pour la non-procréation d'enfants. Elle a maintenu ces deux positions côte à côté comme deux couleurs vives, rouge et blanc, comme le rouge et le blanc de l'écu de saint Georges. Elle a toujours manifesté une saine horreur du rose. Elle hait ce mélange de deux couleurs, faible expédient auquel recourent les philosophes. Elle hait cette évolution du noir au blanc qui donne le gris sale. En fait, toute la thèse de l'Église sur la virginité tient à ceci que le blanc est une couleur ; et non pas seulement l'absence d'une couleur. Tout ce que j'allègue ici est que le christianisme s'est presque toujours efforcé de conserver les deux couleurs, ensemble mais pures (to keep two colours coexistent but pure)."


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Autrement dit : notre monde est à la fois rose et « gris sale » - c'est dire s'il est beau, c'est dire si nous avons de la merde dans les yeux, c'est dire surtout, si l'on suit Chesterton, qu'il n'a plus la variété des extrêmes qui a pu faire sa richesse. Continuons à essayer de formuler cela en termes de couleurs. La plupart de ceux qui essayent de sortir de cette grisaille bisexuelle politiquement correcte le font par le manichéisme : ils connotent positivement qui le noir, qui le blanc, et négativement l'autre extrême du spectre des couleurs. Mais si le blanc est une couleur, comme l'affirme Chesterton, le noir aussi, et c'est le fait que nous n'arrivions pas nous-même à produire ces couleurs qui me semble le plus préoccupant. Oussama Ben Laden était-il une sorte de Léon Bloy travaillant au même but avec des armes différentes, je l'ignore, mais même si c'était le cas cela poserait problème que ce nouveau Léon Bloy vienne de si loin - ceci sans forme paradoxale d'esprit cocardier, mais de façon, aussi, pragmatique : si Bloy était déjà ignoré ou méprisé de ses contemporains, au moins ceux qui le connaissaient le comprenaient-ils à peu près bien, ils ne se demandaient pas s'il était ou non un agent de la CIA…

Si l'on veut, et pour réduire l'échelle de ce problème : Nabe ne peut pas tout faire, ne peut pas à la fois être l'ange et le démon de notre monde. Il faudrait d'autres Nabe, je ne veux pas dire des clones, je veux dire qu'il faut que nous retrouvions des couleurs, ou des pôles. La question étant : sommes-nous encore capables de les produire ? Je me suis parfois fait la réflexion que si Nabe était né deux ou trois ans plus tard, ou s'il avait été moins précoce (ce qui, sans flagornerie, est difficile à imaginer, tant le fait qu'il ait été un talent aussi précoce fait partie intégrante de son identité), il aurait été perdu, les années 80 l'auraient bouffé comme elles en ont bouffé tant d'autres.

- On me dira : et votre Voyer, et Hécatombe ? Oui, il y eut Hécatombe, mais personne ou presque ne s'en rendit compte. C'est déjà beau qu'un livre comme ça ait pu exister. - Il y a peut-être d'admirables écrivains dont l'oeuvre va bientôt nous exploser à la gueule, Dieu sait que je ne demande que ça, c'est même un des objets de cette note, mais si j'en reste à Nabe et le prend comme repère, c'est parce qu'il parvient à se faire au moins un peu entendre.

Reprenons un angle de vue plus large. "Sommes-nous encore capables de les produire ?", viens-je de demander. "Je suis intégralement pour le conflit des civilisations : l’Occident doit crever comme une vieille baudruche luciférienne, et je clame qu’il n’y a qu’un moyen d’y parvenir : l’alliance entre les religions de la Tradition !", « répond » Laurent James dans le texte que j'ai évoqué plus haut : une sorte d'internationalisme des Traditions doit répondre à la mondialisation. C'est une manière de résoudre le problème tel que je l'ai posé. Nous retrouvons là par ailleurs non sans doute une ligne de fracture réelle, mais une différence d'approche dont L. J. et moi avions déjà discuté il y a quelques mois. Il est possible que je sois complètement dépassé en ayant du mal à signer l'arrêt de mort spirituel de l'Occident, il est possible que cela ne date pas d'hier que celui-ci se soit mis dans l'incapacité de secréter ses propres anticorps. Et certes, si l'on prend les écrivains protestataires, il n'y a guère que Genet qui dans le dernier demi-siècle ait pu avoir quelque écho réel, ce ne sont pas les voix d'un Artaud ou d'un Gilbert-Lecomte, si déchirantes qu'elles aient pu être, qui ont changé grand-chose à cette évolution gris-rose de notre monde. Tout cela est tout à fait possible, je peux avoir plusieurs trains de retard. Mais tant que je n'arrive pas à en être tout à fait sûr, je ne vois pas pourquoi je jetterais l'hypothèse d'un certain réveil spirituel de l'Occident à la poubelle. Si d'ailleurs alliance des religions de la Tradition il doit y avoir, il faut bien qu'il reste un peu de Tradition en nos contrées - et la question alors se déplacerait sur celle-ci : comment faire comprendre cette Tradition à nos concitoyens, ce qui revient à peu près à dire : quels points, je ne dirais même pas nécessairement, communs, mais de contact, peut-on trouver entre la Tradition et nos valeurs actuelles, au moins officielles ? C'est un travail de traduction, au sens que Dumont ou Descombes peuvent donner à ce mot, et pour lequel il faut des traducteurs. Rien n'empêche qu'ils se trouvent des deux côtés de la rive et construisent ensemble le pont...


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jeudi 1 mai 2008

"Dans l'atmosphère actuelle de telles chicanes ne sauraient surprendre."

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"Le diable a déjà séduit une moitié du monde, l'Orient, par la pitié bouddhique. Il veut maintenant en séduire l'autre, l'Occident. Il veut tuer Dieu, qui est amour, par la pitié." (D. Mérejkovsky, Atlantide-Europe, L'Âge d'Homme, 1995 [1930], p. 73)


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Rome est-elle encore dans Rome...


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Avec Miguel Serrano, immortel auteur de Adolf Hitler, le dernier avatar... En voici - en anglais, mais c'est ce que j'ai trouvé de plus synthétique -
une brève présentation :

"Serrano means that Hitler is the Tenth Avatar of Vishnu, the Kalki Avatar, who has incarnated to bring about the end of the Kali Yuga and usher in a New Age. In the terminology of Buddhism, Hitler is a Tulku or a Bodhisattva, who having previously emancipated himself from bondage to the circles of this world has taken on voluntary birth for the sake of mankind. Therefore he is beyond criticism.

Serrano believes that Hitler himself is still alive, having escaped from the ruins of Berlin in one of the Nazi disc-planes, and is continuing to direct an Esoteric War from the safety of a secret realm at the South Pole. The background to this scenario involves, once again, the legendary land of Hyperborea and its fabulous inhabitants (...). According to Serrano, the Hyperboreans were originally from beyond our galaxy, arriving on Earth in remote antiquity.

Their existence has been suppressed by a monumental conspiracy, which also seeks to misrepresent them as physical 'aliens'; in fact, we only perceive them as 'flying saucers' because we lack the perception to see them as they really are. They founded the First Hyperborea here on Earth, a realm that was not composed of mundane matter but which extended beyond the physical plane of existence created and controlled by the Demiurge, an inferior god whose first experiments in the creation of intelligent life resulted in Neanderthal Man.

The Demiurge instituted a cosmic regime by which all creatures would take the Way of the Ancestors - in other words, they would be reincarnated on Earth indefinitely. This was unacceptable to the Hyperboreans who preferred to take the Way of the Gods, only being reincarnated if they chose. The Hyperboreans possessed the power of Vril (...), which they wielded in their battles with the mechanistic Demiurge. The war between the Hyperboreans and the Demiurge resulted in the founding of a Second Hyperborea at the North Pole, taking the form of a physical, circular continent from which the Hyperboreans began to organize the spiritualization of the Earth. This would be achieved through the instilling of a single particle of immortality in the Neanderthals and other proto-humans, which would raise them out of their semi-animal state.

The Hyperboreans' plans seemed to be going well enough, until they made the mistake of having sexual intercourse with the creations of the Demiurge. This miscegenation was associated with a catastrophic cometary impact that caused the North and South Poles to change position. From that moment on, the Earth became 'the battleground between the Demiurge and the Hyperboreans, the latter always in danger of diluting their blood'."

Avec les relations sexuelles et le problème de la pureté du sang apparaît la question juive, à la fin de la guerre Hitler, donc, est sauvé par ses copains extra-terrestres et caché quelque part entre l'Antarctique et, tiens tiens, le Tibet

- ce qu'on s'amuse...

Les plus curieux pourront explorer le sujet, ou se contenter d'une présentation plus positive de Miguel Serrano, telle qu'on la trouve chez Voxnr, ce site à la fois Vieille France, proche de Soral, anti-sioniste documenté... et complètement fada-païen-aryen-indo-européen-blabla.

(Au passage, une photographie trouvée en cherchant des images de M. Dalaï, la fameuse Mme Blavatsky, bien connue des lecteurs de Guénon et Muray, grande figure de tous ces mouvements dits « ésotériques » :


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Câline et taquine, toujours jolie...)

Les « événements » actuels au Tibet ne peuvent d'ailleurs, pour quelqu'un d'un peu sincère et informé, qu'amener des dilemmes cornéliens, certains des soutiens politiques actuels du Dalaï-Lama gênant nécessairement un anti-impérialiste conséquent.

Quant au bouddhisme, dans tout cela, je ne sais pas où il est - ce qui est normal, il ne doit pas être dans le coin, et en plus, je n'y connais rien.


Quittons maintenant toute cette mélasse géo-politique, conceptuelle et « ésotérique », pour un peu de rafraichissante apologétique chrétienne, s'il vous plaît :

"Et tandis que je me retourne et bute contre ces livres modernes - ces livres habiles, merveilleux, ennuyeux, inutiles - l'un d'eux attire mon regard. Il a pour titre Jeanne d'Arc et il est d'Anatole France. Je n'y ai jeté qu'un coup d'oeil mais ce coup d'oeil m'a suffi pour me rappeler la Vie de Jésus de Renan. On y retrouve cette même étrange méthode du sceptique respectueux. Il discrédite les histoires surnaturelles qui ont quelque fondement, en racontant des histoires naturelles qui n'en ont pas. Sous prétexte que nous ne pouvons croire à ce qu'un saint a fait, nous prétendons savoir parfaitement ce qu'il a ressenti. Ce n'est pas pour les critiquer que je cite ces livres mais parce l'association fortuite des noms a évoqué deux images saisissantes de santé d'esprit qui renvoient dans l'ombre tous les livres empilés devant moi. Jeanne d'Arc ne resta pas figée à la croisée des chemins, soit pour les avoir tous refusés, comme Tolstoï, soit pour les avoir tous acceptés comme Nietzsche. Elle a choisi une voie et l'a parcourue telle la foudre. Pourtant, j'ai constaté que Jeanne avait en elle tout ce qui était authentique aussi bien en Tosltoï, la joie que lui inspiraient les choses simples ; en particulier l'humble pitié, les réalités de la terre, le respect des pauvres, la dignité d'un dos courbé. Jeanne d'Arc avait tout cela et quelque chose de plus : elle supportait la pauvreté autant qu'elle l'admirait, tandis que Tolstoï, typiquement aristocrate, s'efforçait d'en découvrir le secret. Puis j'ai songé à ce qu'il y avait de courage, de fierté, de pathétique dans ce pauvre Nietzsche, à sa révolte contre la vacuité et la pusillanimité de notre époque. J'ai pensé à son appel à l'équilibre extatique du danger, à sa nostalgie des galops des grands chevaux, à son appel aux armes. Jeanne d'Arc avait tout cela et encore quelque chose de plus : elle n'exaltait pas le combat, elle combattait. Nous savons qu'elle n'avait pas peur d'une armée, alors que Nietzsche, pour autant que nous le sachions, avait peur d'une vache. Tolstoï se contentait de célébrer le paysan ; elle était une paysanne. Nietzsche se contentait de célébrer le guerrier ; elle était une guerrière. Elle les a battus tous les deux sur leur propre terrain, celui de leurs idéaux, plus noble que l'un, plus violente que l'autre. C'était aussi une femme pratique et efficace, tandis que nos deux extravagants spéculateurs, eux, ne font rien. Il était impossible que ne me vînt à l'esprit la pensée que Jeanne avec sa Foi détenait, peut-être, un secret d'unité et d'utilité morales, maintenant perdu.


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Une autre pensée, plus haute, a suivi. La figure colossale de Son Maître a traversé le champ de mes réflexions. Les mêmes nuées du modernisme qui assombrissent le récit d'Anatole France assombrissent aussi celui d'Ernest Renan. Renan a séparé, lui aussi, la pitié de son Héros de sa combativité. Il a été jusqu'à voir dans la juste colère de Jésus à Jérusalem une simple dépression nerveuse due à la déception de voir trahies les espérances idylliques nées en Galilée. Comme s'il y avait une incompatibilité entre aimer l'humanité et haïr l'inhumanité. Les altruistes, de leurs voix débiles et grêles, dénoncent l'égoïsme du Christ. Les égoïstes, de leurs voix plus grêles et plus débiles encore, dénoncent Son altruisme. Dans l'atmosphère actuelle de telles chicanes ne sauraient surprendre. L'amour d'un héros est plus terrible que la haine d'un tyran. La haine d'un héros est plus généreuse que l'amour d'un philanthrope.

- Heil Corneille !

Il y a un immense, un héroïque équilibre d'esprit dont les modernes ne peuvent que recueillir les fragments. Il y a un géant dont nous voyons seulement les bras et les jambes tronquées s'agiter. Ils ont déchiré l'âme du Christ en lambeaux sans âme, étiqueté égoïsme et altruisme, et ils restent déconcertés devant Sa folle Magnificence et Sa folle Douceur. Ils se sont partagé ses vêtements et ils ont tiré au sort les morceaux de son manteau. Pourtant la tunique était sans couture, d'un même tissu du haut en bas." (G. K. Chesterton, Orthodoxie, Gallimard, 1984 [1908], pp. 64-67, trad. légèrement modifiée.)


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(Chez (ce vieux cochon de) Bresson, elle est de surcroît bandante, cela ne gâte rien.)


Pas mal, non ? - Pour le reste, il faut me croire sur parole quand je vous dis que c'est pure coïncidence si je publie cet agencement de photographies et de citations le 1er mai, alors que dans quelques heures vont défiler sous la bannière de Jeanne aussi bien des chrétiens traditionnalistes (parfois antisémites) que des crypto-bouddhistes (parfois antisémites). Ach, laissons le mot de la fin à Foucault (Jean-Pierre, pas Michel) : "Le monde est fou !"


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- Ils ont raison, mieux vaut en rire...

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jeudi 7 septembre 2006

La rentrée des arrivistes. Psychologie sociale de l'enculage collectif.

(Légères modifications le lendemain.)


C'est à peine septembre, et déjà les auto-proclamés redresseurs de torts, les moralistes de tout-à-l'égoût, narcisses autoritaires et autres père-la-morale-pour-les-autres-le-pouvoir-pour-moi se bousculent comme des malpropres au portillon de l'arrivisme. C'est à qui parviendra à faire parler de lui, même un petit peu, même pour trois jours. On culpabilise les autres, on se sent vaguement exister dans leur regard. Ce n'est plus la foire aux vanités, c'est le degré zéro de la lutte pour la reconnaissance dans un monde faussement pacifié, c'est un théâtre sado-maso où tout le monde voudrait transformer son propre masochisme en sadisme à l'égard de son prochain.

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(Ah, Bree Van de Kamp... Un jour peut-être j'écrirai sur cet étonnant personnage, ce type anthropologique de la femme occidentale, pauvre de nous. La maîtresse contemporaine...)


Je reproduis ce récent florilège trouvé dans les indispensables "Très brèves de l'observatoire du communautarisme" :

05.09.2006 Le Petit Robert à l'index
Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) dénonce la définition du mot "colonisation" qui est donnée dans l'édition 2007 du Petit Robert. Cet organisme communautaire -soutenu dans cette initiative par le MRAP - s'insurge que la colonisation puisse être définie comme "mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies" et réclame rien moins que le retrait du dictionnaire. Il y a pourtant la notion d'exploitation -qui renvoie aux résultats de la présence étrangère- ainsi que l'intention positive qu'aucun historien ne conteste... Objective, cette définition est montrée du doigt parce qu'elle n'est pas péjorative, qu'elle n'est pas conforme à la vision de certains militants communautaires. Le CRAN n'est donc pas dans la continuité de l'opposition à la loi sur le "rôle positif de la colonisation" qui dénonçait une lecture officielle non objective. Comme les auteurs de cette loi, le CRAN tombe dans la manipulation des faits historiques en réclamant le retrait du Petit Robert. Le temps des autodafés n'est peut-être pas très loin...

05.09.2006 Monnerville instrumentalisé
Alors qu'une place Gaston Monnerville est inaugurée près du Palais du Luxembourg où siégea l'ancien président du Sénat pendant plus de vingt ans, les communautaristes antillais essayent d'utiliser cet hommage pour faire entendre leurs revendications. Le Collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais y voit un "étrange oubli" et insinue que cette "reconnaissance tardive" est due à la couleur de la peau de Gaston Monnerville. Il ne faut pas exagérer : Gaston Monnerville est certes tombé dans l'oubli, mais comme bon nombre des hommes de la IVème République. Qui se souvient en effet du père Queuille, d'Alain Poher ou de René Pleven ? L'article du Monde qui relaie la mauvaise humeur du Collectif Dom désigne Gaston Monnerville comme un "président du Sénat venu des colonies"... De son temps, on parlait plutôt de sa fonction ou de son opposition à De Gaulle que de ses origines.

03.09.2006 La main dans le sac
Les Francogames, des olympiades homosexuelles, se sont tenues pendant 3 jours à Montpellier, avec le soutien de la Ville et de la région Languedoc-Roussillon. Seul bémol selon le site tetu.fr : les participants au concours de lancer de sac à main ont été pris pour des voleurs à la tire par la police !

31.08.2006 Une bourse de la Ville de Paris pour travailler sur l'antisémitisme
La Ville de Paris a lancé un appel à candidatures en vue d'attribuer deux bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme. Il doit s'agir de travaux portant sur la période de la IIIème République. Selon la mairie de Paris : "La diffusion des résultats de ces recherches peut être la base d'une prise de conscience par les citoyens et la société, sur laquelle peut s'appuyer toute politique durable de lutte contre les discriminations, la xénophobie et l'antisémitisme". Déjà à l'origine d'un prix sur les études de genre, la Ville de Paris dotera chacune de ces bourses de 15.000 euros. Le communiqué de la Ville ne dit pas qui seront les membres du jury chargé d'attribuer ces bourses. Dommage.

28.08.2006 Premier procès pour hétérophobie
Selon le site de Têtu, une salariée du groupe américain Honeywell International a saisi un juge de l'Etat de Washington au motif d'une discrimination liée à son hétérosexualité. En effet, son entreprise a refusé d'accorder la protection sociale à son compagnon avec lequel elle n'est pas mariée alors que cet avantage s'applique aux couples mariés et aux partenaires homosexuels enregistrés de salariés de l'entreprise. Elle y voit un exemple caractérisée de discrimination fondée sur l'orientation sexuelle.

(J'ai supprimé les appels de liens donné par l'Observatoire.)

Evidemment, tout cela prête à rire et sans doute n'est-il guère besoin que je précise les sentiments que m'inspirent ces manifestations de l'air du temps. Mais on peut en profiter, en se concentrant sur les polémiques du Robert et de Gaston Monnerville, pour esquisser ou rappeler quelques traits de la psychologie de ceux et celles qui consacrent une partie de leur existence à des combats de ce type.

Concernant Monnerville (l'article du Monde auquel il est fait référence plus haut se trouve ici, j'en fais une copie que l'on peut me demander si le lien ne fonctionne plus dans les jours à venir), ces gens ne semblent jamais contents : on commémore la mémoire d'un des leurs (ou plutôt de quelqu'un dont il se sont accaparé l'héritage), et ils râlent encore. Un Antillais deviendrait président de la République qu'ils bougonneraient que "ce n'est pas trop tôt". Si l'on ne fait rien, on est un salaud. Si l'on fait quelque chose, c'est que l'on a été un salaud dans le passé. Ce genre de surenchères est un passage obligé du militantisme, dira-t-on. Il se peut. Mais c'est aussi et peut-être d'abord un phénomène psychologique per se, conviction que je souhaiterais voir partagée à la fin de cette lecture. Nul besoin en tout cas d'épiloguer sur cette volonté de culpabilisation des autres, ni sur l'absence totale de risques que cela comporte pour ces militants du chagrin et de la rancoeur collectifs. On pourrait d'ailleurs émettre l'hypothèse que le militant qui prend des risques réels a beaucoup moins le temps et surtout l'envie de se mettre au-dessus des autres. Un exemple, certes extrême et pour lequel le terme de militant est sans doute inadapté, mais néanmoins révélateur : ce sont rarement les résistants authentiques qui se permettent rétrospectivement des jugements sans appel et sans nuances sur l'attitude des Français pendant la deuxième guerre mondiale.

Ceci posé, tout est grotesque dans ce genre d'histoires. D'abord, les enjeux. A ceux qui ne sont pas parisiens il n'est peut-être pas inutile d'indiquer que ce genre de places "Gaston Monnerville", "Simone de Beauvoir" et autres ne sont souvent, étant donnés d'une part la manie commémorative de Bertrand Delanoë, à peine moins compulsive que le besoin de feu Jean-Paul II de canoniser à tout va (à ce propos...), d'autre part le nombre de mètres carrés encore disponibles dans Paris, que de pathétiques ronds-points ou des bouts de trottoir au milieu d'un petit carrefour, sur lesquels la plaque fraîchement installée est parfois à peine visible : plus petite que l'arbre planté à côté depuis des années, ou simplement n'attirant pas l'attention, puisqu'il n'y a pas ici de "place" à proprement parler. On se bat vraiment à enculer les mouches.

Et c'est là, ensuite, un autre aspect de cette mentalité de petits merdeux : une confiance si naïve, si stupide que l'on ose presque la croire cynique et hypocrite, dans le pouvoir d'Etat et dans sa geste symbolique. On peut de ce point de vue élargir la remarque (que je modifie légèrement) de M. Radical : "quel est l'intérêt de censurer le Robert, à moins de croire que ses représentations (...) sont douées de pouvoir ?"

Le plus intéressant - et là encore je suis M. Radical, me contentant de pousser un peu plus loin son propos -, c'est que cette infantilisation râleuse de soi-même - et, espère-t-on, des autres, là est le drame - se double de tendances qu'il n'est pas exagéré de qualifier de staliniennes : l'appel à la censure (retirer le Robert de la vente), les manipulations (le CRAN comme le MRAP n'hésitent pas à mutiler la définition du Robert), l'aplomb sans scrupule - du chutzpah digne de Trotski -, et derrière tout cela, comme le dit encore M. Radical, on devine sans peine la faculté à un jour retourner sa veste, tel un vulgaire Alexandre Adler. On se trompe ? Je prends les paris.

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(Patrick Lozès, président du CRAN et fils de sénateur. Encore une fois l'on vérifie qu'il faut se méfier des gens qui sourient à l'objectif. Je vous ai d'ailleurs déjà présenté il y a quelque temps le très désagréable porte-parole du CRAN, Louis-Georges "J'avale à tous les rateliers" Tin, Louis-Georges "Taon" Tin. Un coup de Robert, pour la route ? "Taon : Grosse mouche piqueuse, et suceuse, dont la femelle se nourrit du sang des animaux." Que fait le collectif des insectes ? )


Arrêtons de dire du mal pour le seul plaisir d'en dire (chacun ses pulsions sadiques...), et résumons : ces morpions (Robert : "pou du pubis") présentent un mélange aussi ridicule que dérangeant d'immaturité braillarde, de pulsions sadiques et de pratiques policières. Peut-être sont-ils la conséquence inévitable des crimes français passés, une conséquence soft, une démangeaison mal placée, qui certes vaut toujours mieux qu'une grave blessure. Et mon Dieu l'on ne demanderait qu'à ne pas s'en préoccuper, si ces parasites (Id. : "Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens de la société.") ne tenaient systématiquement à faire savoir, par le seul moyen à leur portée, la nuisance, qu'ils existent. Et puisque la rhétorique insectifuge que je viens d'utiliser pourrait nous entraîner vers des rivages insecticides quelque peu extrêmes, et puisque que ces cloportes ("Individu répugnant, servile") sont émoustillés, en bons masochistes, par tout ce qui relève de l'autorité étatique et de sa trique, contentons-nous de souhaiter pour conclure qu'ils soient un jour inculpés d'exhibitionnisme onaniste sur la voie publique. Tout ce que l'on peut faire en attendant est de les écarter d'un revers de main de temps à autre, lorsqu'ils deviennent trop gênants, avant de retourner derechef à des sujets plus dignes d'attention.


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Cortigiani, vil razza damnata !

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dimanche 3 avril 2005

Requiem.

Le pape est mort, mais pas Dieu !

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vendredi 1 avril 2005

Requiem.

Le pape va mourir, mais moi aussi !

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