samedi 22 mars 2008

De la poussière à la poussière.

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Grâce au Québec libre, et notamment à un retraité belge, M. Swaelens, cet homme est un titan, qu'Allah le bénisse, il m'est aisé de vous faire partager cet étourdissant passage issu des Origines de la France contemporaine, dans lequel Taine décrit le lever du roi à la fin de l'Ancien Régime. Pour bien comprendre mon propos, il faut avoir à l'esprit que dans le chapitre précédent l'auteur a insisté sur la splendeur de la Cour et de ceux qui la composent : la description pointilleuse du cérémonial du lever du Roi, telle que vous avez la lire, ne prend sens que sur fond de beauté et de raffinement, beauté et raffinement qui sont le produit de l'histoire. D'ailleurs, citons la fin de ce chapitre :

"Voilà le spectacle qu’il faudrait voir, non par l’imagination et d’après des textes incomplets, mais avec les yeux et sur place, pour comprendre l’esprit, l’effet, le triomphe de la culture monarchique ; dans une maison montée, le salon est la pièce principale ; et il n’y en eut jamais de plus éblouissant que celui-ci. De la voûte sculptée et peuplée d’amours folâtres, descendent, par des guirlandes de fleurs et de feuillage, les lustres flamboyants dont les hautes glaces multiplient la splendeur ; la lumière rejaillit à flots sur les dorures, sur les diamants, sur les têtes spirituelles et gaies, sur les fins corsages, sur les énormes robes enguirlandées et chatoyantes. Les paniers des dames rangées en cercle ou étagées sur les banquettes « forment un riche espalier couvert de perles, d’or, d’argent, de pierreries, de paillons, de fleurs, de fruits avec leurs fleurs, groseilles, cerises, fraises artificielles » ; c’est un gigantesque bouquet vivant dont l’œil a peine à soutenir l’éclat. – Point d’habits noirs comme aujourd’hui pour faire disparate. Coiffés et poudrés, avec des boucles et des nœuds, en cravates et manchettes de dentelle, en habits et vestes de soie feuille morte, rose tendre, bleu céleste, agrémentés de broderies et galonnés d’or, les hommes sont aussi parés que les femmes. Hommes et femmes, on les a choisis un à un ; ce sont tous des gens du monde accomplis, ornés de toutes les grâces que peuvent donner la race, l’éducation, la fortune, le loisir et l’usage ; dans leur genre, ils sont parfaits. Il n’y a pas une toilette ici, pas un air de tête, pas un son de voix, pas une tournure de phrase qui ne soit le chef-d’œuvre de la culture mondaine, la quintessence distillée de tout ce que l’art social peut élaborer d’exquis. Si polie que soit la société de Paris, elle n’en approche pas ; comparée à la cour, elle semble provinciale. Il faut cent mille roses, dit-on, pour faire une once de cette essence unique qui sert aux rois de Perse ; tel est ce salon, mince flacon d’or et de cristal ; il contient la substance d’une végétation humaine. Pour le remplir, il a fallu d’abord qu’une grande aristocratie, transplantée en serre chaude et désormais stérile de fruits, ne portât plus que des fleurs, ensuite que, dans l’alambic royal, toute sa sève épurée se concentrât en quelques gouttes d’arôme. Le prix est excessif, mais c’est à ce prix qu’on fabrique les très délicats parfums."

- pas mal, non ? Voici la suite, où me semble-t-il on saisit très bien la beauté d'une cérémonie, en même temps, dans le cas présent, non seulement le fait qu'elle tourne à vide - ce qui peut-être est vrai de toute cérémonie -, mais qu'elle est aussi faite pour cela - ce qui explique beaucoup de la Révolution. Taine enchaîne donc :

"Une opération semblable engage celui qui la fait comme ceux qui la subissent. Ce n’est point impunément qu’on transforme une noblesse d’utilité en une noblesse d’ornement, on tombe soi-même dans la parade qu’on a substituée à l’action. Le roi a une cour, il faut qu’il la tienne. Tant pis si elle absorbe son temps, son esprit, son âme, tout le meilleur de sa force active et de la force de l’État. Ce n’est pas une petite besogne que d’être maître de maison, surtout quand, à l’ordinaire, on reçoit cinq cents personnes ; on est obligé de passer sa vie en public et en spectacle. À parler exactement, c’est le métier d’un acteur qui toute la journée serait en scène. Pour soutenir ce fardeau et travailler d’ailleurs, il a fallu le tempérament de Louis XIV, la vigueur de son corps, la résistance extraordinaire de ses nerfs, la puissance de son estomac, la régularité de ses habitudes ; après lui, sous la même charge, ses successeurs se lassent ou défaillent. Mais ils ne peuvent s’y soustraire ; la représentation incessante et journalière est inséparable de leur place et s’impose à eux comme un habit de cérémonie lourd et doré. Le roi est tenu d’occuper toute une aristocratie, par conséquent de se montrer et de payer de sa personne à toute heure, même aux heures les plus intimes, même en sortant du lit, même au lit.


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Le matin, à l’heure qu’il a marquée d’avance, le premier valet de chambre l’éveille : cinq séries de personnes entrent tour à tour pour lui rendre leurs devoirs, et « quoique très vastes, il y a des jours où les salons d’attente peuvent à peine contenir la foule des courtisans ». – D’abord on introduit « l’entrée familière », enfants de France, princes et princesses du sang, outre cela le premier médecin, le premier chirurgien et autres personnages utiles . – Puis on fait passer la « grande entrée » ; elle comprend le grand chambellan, le grand maître et le maître de la garde-robe, les premiers gentilshommes de la chambre, les ducs d’Orléans et de Penthièvre, quelques autres seigneurs très favorisés, les dames d’honneur et d’atour de la reine, de Mesdames et des autres princesses, sans compter les barbiers, tailleurs et valets de plusieurs sortes. Cependant on verse au roi de l’esprit-de-vin sur les mains dans une assiette de vermeil, puis on lui présente le bénitier ; il fait le signe de croix et dit une prière. Alors, devant tout ce monde, il sort de son lit, chausse ses mules. Le grand chambellan et le premier gentilhomme lui présentent sa robe de chambre ; il l’endosse et vient s’asseoir sur le fauteuil où il doit s’habiller. – À cet instant, la porte se rouvre ; un troisième flot pénètre, c’est « l’entrée des brevets » ; les seigneurs qui la composent ont en outre le privilège précieux d’assister au petit coucher, et du même coup arrive une escouade de gens de service, médecins et chirurgiens ordinaires, intendants des menus-plaisirs, lecteurs et autres, parmi ceux-ci le porte-chaise d’affaires : la publicité de la vie royale est telle, que nulle de ses fonctions ne s’accomplit sans témoins. – Au moment où les officiers de la garde-robe s’approchent du roi pour l’habiller, le premier gentilhomme, averti par l’huissier, vient dire au roi les noms des grands qui attendent à la porte : c’est la quatrième entrée, dite « de la chambre », plus grosse que les précédentes ; car, sans parler des porte-manteaux, porte-arquebuse, tapissiers et autres valets, elle comprend la plupart des grands officiers, le grand aumônier, les aumôniers de quartier, le maître de chapelle, le maître de l’oratoire, le capitaine et le major des gardes du corps, le colonel général et le major des gardes françaises, le colonel du régiment du roi, le capitaine des Cent-Suisses, le grand veneur, le grand louvetier, le grand prévôt, le grand maître et le maître des cérémonies, le premier maître d’hôtel, le grand panetier, les ambassadeurs étrangers, les ministres et secrétaires d’État, les maréchaux de France, la plupart des seigneurs de marque et des prélats. Des huissiers font ranger la foule et au besoin faire silence. Cependant le roi se lave les mains et commence à se dévêtir. Deux pages lui ôtent ses pantoufles ; le grand maître de la garde-robe lui tire sa camisole de nuit par la manche droite, le premier valet de garde-robe par la manche gauche, et tous deux le remettent à un officier de garde-robe, pendant qu’un valet de garde-robe apporte la chemise dans un surtout de taffetas blanc. – C’est ici l’instant solennel, le point culminant de la cérémonie ; la cinquième entrée a été introduite, et, dans quelques minutes, quand le roi aura pris la chemise, tout le demeurant des gens connus et des officiers de la maison qui attendent dans la galerie apportera le dernier flot. Il y a tout un règlement pour cette chemise. L’honneur de la présenter est réservé aux fils et aux petits-fils de France, à leur défaut aux princes du sang ou légitimés, au défaut de ceux-ci au grand chambellan ou au premier gentilhomme ; notez que ce dernier cas est rare, les princes étant obligés d’assister au lever du roi, comme les princesses à celui de la reine. Enfin voilà la chemise présentée ; un valet de garde-robe emporte l’ancienne ; le premier valet de garde-robe et le premier valet de chambre tiennent la nouvelle, l’un par la manche gauche, l’autre par la manche droite, et, pendant l’opération, deux autres valets de chambre tendent devant lui sa robe de chambre déployée, en guise de paravent. La chemise est endossée, et la toilette finale va commencer. Un valet de chambre tient devant le roi un miroir, et deux autres, sur les deux côtés, éclairent, si besoin est, avec des flambeaux. Des valets de garde-robe apportent le reste de l’habillement ; le grand maître de garde-robe passe au roi la veste et le justaucorps, lui attache le cordon bleu, lui agrafe l’épée ; puis un valet préposé aux cravates en apporte plusieurs dans une corbeille, et le maître de garde-robe met au roi celle que le roi choisit. Ensuite un valet préposé aux mouchoirs en apporte trois dans une soucoupe, et le grand maître de garde-robe offre la soucoupe au roi, qui choisit. Enfin le maître de garde-robe présente au roi son chapeau, ses gants et sa canne. Le roi vient alors à la ruelle de son lit, s’agenouille sur un carreau et fait sa prière, pendant qu’un aumônier à voix basse prononce l’oraison Quæsumus, Deus omnipotens. Cela fait, le roi prescrit l’ordre de la journée, et passe avec les premiers de sa cour dans son cabinet, où parfois il donne des audiences. Cependant tout le reste attend dans la galerie, afin de l’accompagner à la messe quand il sortira.

Tel est le lever, une pièce en cinq actes. – Sans doute on ne peut mieux imaginer pour occuper à vide une aristocratie : une centaine de seigneurs considérables ont employé deux heures à venir, à attendre, à entrer, à défiler, à se ranger, à se tenir sur leurs pieds, à conserver sur leurs visage l’air aisé et respectueux qui convient à des figurants de haut étage, et tout à l’heure les plus qualifiés vont recommencer chez la reine. Mais par contre-coup le roi a subi la gêne et le désœuvrement qu’il imposait. Lui aussi, il a joué un rôle ; tous ses pas et tous ses gestes ont été réglés d’avance ; il a dû compasser sa physionomie et sa voix, ne jamais quitter l’air digne et affable, distribuer avec réserve ses regards et ses signes de tête, ne rien dire ou ne parler que de chasse, éteindre sa propre pensée s’il en a une. On ne peut pas rêver, méditer, être distrait quand on est en scène ; il faut être à son rôle. D’ailleurs, dans un salon, on n’a que des conversations de salon, et l’attention du maître, au lieu de se ramasser en un courant utile, s’éparpille en eau bénite de cour. Or toutes les heures de sa journée sont semblables, sauf trois ou quatre dans la matinée pendant lesquelles il est au conseil ou à son bureau : encore faut-il observer que, les lendemains de chasse, quand il revient de Rambouillet à trois heures du matin, il doit dormir pendant ce peu d’heures libres. Pourtant l’ambassadeur Mercy , homme fort appliqué, semble trouver que cela est suffisant ; du moins il juge que Louis XVI « a beaucoup d’ordre, qu’il ne perd pas de temps aux choses inutiles » ; en effet son prédécesseur travaillait beaucoup moins, à peine une heure par jour. – Ainsi les trois quarts de son temps sont livrés à la parade. – Le même cortège est autour de lui, au botté, au débotté, quand il s’habille de nouveau pour monter à cheval, quand il rentre pour prendre l’habit de soirée, quand il revient dans sa chambre pour se mettre au lit. « Tous les soirs pendant six ans, dit un page , moi ou mes camarades nous avons vu Louis XVI se coucher en public », avec le cérémonial décrit tout à l’heure. « Je ne l’ai pas vu suspendre dix fois, et alors c’était toujours par accident ou pour cause d’indisposition. » L’assistance est plus nombreuse encore quand il dîne et soupe ; car, outre les hommes, il y a les femmes, les duchesses sur des pliants, les autres debout autour de la table. Je n’ai pas besoin de dire que le soir, à son jeu, à son bal, à son concert, la foule afflue et s’entasse. Lorsqu’il chasse, outre les dames à cheval et en calèche, outre les officiers de vénerie, le officiers des gardes, l’écuyer, le porte-manteau, le porte-arquebuse, le chirurgien, le renoueur, le coureur de vin, et je ne sais combien d’autres, il a pour invités à demeure tous les gentilshommes présentés. Et ne croyez pas que cette suite soit mince : le jour où M. de Chateaubriand est présenté, il y en a quatre nouveaux, et « très exactement » tous les jeunes gens de grande famille viennent deux ou trois fois par semaine se joindre au cortège du roi. — Non seulement les huit ou dix scènes qui composent chacune de ses journées, mais encore les courts intervalles qui séparent une scène de l’autre, sont assiégés et accaparés. On l’attend, on l’accompagne et on lui parle au passage, entre son cabinet et la chapelle, entre la chapelle et son cabinet, entre sa chambre et son carrosse, entre son carrosse et sa chambre, entre son cabinet et son couvert. — Bien mieux, les coulisses de sa vie appartiennent au public. S’il est indisposé et qu’on lui apporte un bouillon, s’il est malade et qu’on lui présente une médecine, « un garçon de chambre appelle tout de suite la grande entrée ». Véritablement le roi ressemble à un chêne étouffé par les innombrables lierres qui, depuis la base jusqu’à la cime, se sont collés autour de son tronc. — Sous un pareil régime, l’air manque ; il faut trouver une échappée : Louis XV avait ses petits soupers et la chasse ; Louis XVI a la chasse et la serrurerie. Et je n’ai pas décrit le détail infini de l’étiquette, le cérémonial prodigieux des grands repas, les quinze, vingt et trente personnes occupées autour du verre et de l’assiette du roi, les paroles sacramentelles du service, la marche du cortège, l’arrivée de « la nef », « l’essai des plats » ; on dirait d’une cour byzantine ou chinoise [1]. Le dimanche tout le public, même ordinaire, est introduit, et cela s’appelle le « grand couvert », aussi solennel et aussi compliqué qu’une grand’messe. Aussi bien, pour un descendant de Louis XIV, manger, boire, se lever, se coucher, c’est officier. Frédéric II, s’étant fait expliquer cette étiquette, disait que, s’il était roi de France, son premier édit serait pour faire un autre roi qui tiendrait la cour à sa place ; en effet, à ces désœuvrés qui saluent, il faut un désœuvré qu’il saluent. Il n’y aurait qu’un moyen de dégager le monarque : ce serait de refondre la noblesse française et de la transformer, d’après le modèle prussien, en un régiment laborieux de fonctionnaires utiles. Mais, tant que la cour reste ce qu’elle est, je veux dire une escorte d’apparat et une parure de salon, le roi est tenu d’être comme elle un décor éclatant qui sert peu ou qui ne sert pas." (pp. 81-86 de l'édition « Bouquins »)

Rien ne manque à ce tableau, de la sacralisation de la merde royale (sur fond d'humiliation de la vieille noblesse, voilà du concentré de théologico-politique) à l'apparition du Protestant efficace et bien intentionné, Frédéric II, dont on sent bien qu'à l'inverse d'un Louis XVI si respectueux des usages, il est dans le « sens de l'histoire », histoire qui va bientôt emporter tout ce monde-là, la tête du roi comprise. La « dégradation morale de la Noblesse » dont parle Maistre comme « cause principale » de la Révolution trouve ici une illustration pour le moins éclairante - d'autant plus que Taine n'est pas réputé par ailleurs pour être tendre avec le peuple révolutionnaire.

Je vous mettrai en ligne à l'occasion quelques éléments de comparaison (qui n'est pas raison...) entre la situation pré-révolutionnaire des années 1770-1780 et la France actuelle. On peut pour l'heure insister sur cette idée d'un régime qui fonctionne pour celui qui l'a mis au point (Louis XIV, de Gaulle) et pas pour ses successeurs (avec une exception, singulièrement ambiguë, pour Mitterrand), et esquisser un parallèle entre celui qui n'en foutait pas une (enfin, si, il en foutait justement plusieurs, disons qui ne travaillait pas beaucoup), Louis XV ou J. Chirac, et celui qui bosse un peu plus, Louis XVI et N. Sarkozy - tous deux d'ailleurs, mais n'en rajoutons pas non plus dans les parallèles, flanqués d'une belle étrangère.

Enfin, pour ceux qui ne l'ont pas vue chez le maître, cette vidéo confirme une fois de plus, dans notre contexte, à quel point le cérémonial n'est pas mort, à quel point notre monde n'est pas désenchanté - mais aussi à quel point le cérémonial s'est dégradé, à quel point notre monde est mal enchanté. De même que la description de Taine doit être lue dans son détail et sa continuité pour prendre toute sa saveur, ce petit film ne livre toute sa signification que sur la durée :





Et c'est ainsi que Sarkozy cherche à être grand (mais qu'il pourrait bien être rapetissé, raccourci, étêté un de ces jours... Jivarisé !).






[1]
"Le grand couvert a lieu tous les dimanches. La nef est une pièce d'orfèvrerie placée au centre de la table et contenant, entre des coussins de senteur, les serviettes à usage du roi. - L'essai est l'épreuve que les gentilshommes servants et les officiers de bouche font de chaque plat avant que le roi en mange. De même pour la boisson. - Il faut quatre personnes pour servir au roi un verre d'eau et de vin." [Note de Taine.]

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mardi 18 mars 2008

Théologico-politique.

1988 WINTER OLYMPICS USA FLAG


"Dieu ne guide pas un peuple scélérat." (Coran, IX, 109)


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"Dieu ne pouvait leur être inique : ce sont eux qui le furent pour eux-mêmes..." (IX, 70)


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"Gens du Livre ! ne vous portez pas à l'extrême dans votre religion, à contre-vérité. Ne cédez pas aux passions d'un peuple qui jadis s'est égaré, en égara d'autres en grand nombre, et perdit le droit chemin." (V, 77)


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"Eh bien ! qu'ils rient un peu : ils pleureront beaucoup, en rétribution de ce qu'ils se seront acquis." (IX, 82) - version populaire et plus prosaïque : "Rira bien qui rira le dernier."


"Ce n'est point l'usage du pouvoir ou l'habitude de l'obéissance qui déprave les hommes, c'est l'usage d'une puissance qu'ils considèrent comme illégitime, et l'obéissance à un pouvoir qu'ils regardent comme usurpé et comme oppresseur." (De la démocratie en Amérique, Introduction)

Et c'est ainsi que Sarkozy est grand (et que nous le laissons nous rapetisser) !




P.S. : j'avais envisagé un "post" sur la prostitution en général, et la belle affaire Spitzer en particulier


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assorti d'une autre forte sentence de Tocqueville ("Il faut avoir bien peu d'expérience des choses de ce monde pour s'imaginer qu'après avoir laissé aux passions des hommes un moyen de se satisfaire, on les empêchera toujours, à l'aide de fictions légales, de l'apercevoir et de s'en servir.", Id., Livre I, 1ere partie, ch. VIII, dernier alinéa),

et voilà que je lis qu'il s'agirait là d'une histoire d'enculistes-sionistes se dévorant entre eux. Bon, la femme-trompée-blessée-mais-néanmoins-digne n'en est pas moins drôle.

Et dans le même ordre d'idées, on peut s'offrir un détour par l'ahurissant discours de Bertrand Sarkozy-Delanoë en l'honneur, laissez-moi rire, de Shimon Peres. Il y a des jours où on se désolerait presque d'être trop intelligent pour devenir antisémite ! Ach, il n'y a pas de regrets à avoir, non seulement en général, mais dans le cas présent - tant le lèche-cul a toujours été et sera toujours plus méprisable que son maître.

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vendredi 7 mars 2008

Reductio ad hitlerum.

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"Il est indigne d'appeler du nom de destin (...) une connerie parce qu'un beau jour elle a eu lieu." (M. Frisch)

"Le succès remporté par sa nature méprisable a prouvé indubitablement que la nature du monde dans lequel il a si bien réussi était elle-même méprisable. C'est un exploit éminent. Nulle critique pessimiste de la culture ne pourrait prouver aussi clairement que la société allemande et aussi, jusqu'à un certain degré, les démocraties occidentales qui l'entouraient étaient à un tel point corrompues sur les plans spirituel et rationnel qu'elles se sont fait rouler dans la farine par un homme tel que Hitler et lui ont permis de réussir." (E. Voegelin)


Et c'est ainsi que Sarkozy est grand (aussi grand que nous) !





(Puisque l'on parle de taille : bien vu !)

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dimanche 2 mars 2008

"Somehow..."

La crise des subprimes expliquée en anglais et en neuf minutes. Et l'on dira encore que nous vivons dans un monde désenchanté. Pour le répéter encore une fois : il s'agit surtout d'un monde mal enchanté, d'un monde de mauvais magiciens (et d'apprentis sorciers). La preuve par le raisonnement et l'humour.









(Ajout le lendemain.)
De retour de quelques jours de repos, je m'étais promis de ne pas écrire sur N. Sarkozy, malgré ses frasques récentes. Il faut tout de même souligner le côté Ségolène Royal du bonhomme ("Les droits de l'homme, c'est d'abord les droits des victimes", cité de mémoire), ainsi que, comme semblait le prouver un article publié dans Libération il y a quelques jours, son attachement anti-catholique aux "nouvelles spiritualités", sur le mode : peu importe à quoi l'on croie, l'important est que l'on croie à quelque chose. (Ce que l'on peut compléter par l'aspect "culte des morts" de sa proposition débile sur la mémoire de la Shoah.) C'est encore pire que la fable de l'unité des trois monothéismes ! Ce n'est pas, de ce point de vue, de la droite, décomplexée ou non (les complexes de la droite, tout de même, je ne la savais pas si pudique...), c'est à la fois Big Mother (un peu) et New-age (un peu beaucoup). Il y a tromperie sur la marchandise. Bien fait. Il delitto mio non è.

Le maître donne des liens intéressants sur N. Sarkozy. Je rajoute cette belle analyse de M. Defensa, claire et, si j'ose dire, "sociologique". Pour l'instant, tout se passe comme si la société française (y compris à droite, cf. les candidats UMP qui jouent à fond la carte du "local") rejetait le sarkozysme (son idéologie et son aspect "bande de petites frappes") comme une excroissance à extirper aussitôt que possible. Encore plus de quatre ans à tirer, les gars ! - D'un autre côté, le libéral en moi se dit que ce qui peut arriver de mieux - ou de moins pire - à un pays occidental de nos jours, est que les hommes politiques y laissent en paix les gens et les laissent faire ce qu'ils savent faire. Wait and see !

Et c'est ainsi que Sarkozy est grand (et pauvre, et con, et bien sûr pauvre con).

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mercredi 13 février 2008

De Charles Baudelaire à Nicolas Sarkozy, VI.

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Un épisode de plus, finalement... Jacques Bouveresse est très doué pour vous montrer que ce que vous écrivez a déjà été écrit depuis longtemps, que ce que vous pensez être, au mieux une découverte personnelle, au pis un lieu commun de l'époque, est, au mieux une découverte déjà faite par quelqu'un d'autre il y a longtemps, au pis un lieu commun de toute notre modernité, si ce n'est plus. De telles démonstrations vous obligent, d'une part à relativiser la portée de vos propos, d'autre part et surtout, à se demander si ces propos ont quelque chose d'une solution, ou ne sont qu'une autre version de la Complainte du progrès ("Autrefois pour faire sa cour / On parlait d'amour..."), une participation à l'oeuvre collective de catharsis que nous menons tous en permanence pour nous venger du vertige que nous donne, encore et toujours, ce foutu « progrès », oeuvre de catharsis qui peut-être, ne soyons pas trop fonctionnalistes, ne nourrit pas le système, mais à coup sûr n'y change rien.

Le texte que je retranscris aujourd'hui est extrait d'une conférence donnée à l'école HEC, intitulée « Les managers peuvent-ils avoir un idéal ? » ; elle date de 1997 (époque "J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale", campagne Juppé-Jospin, J. Bouveresse y fera allusion). Les coupures dans les citations sont de moi et non de J. Bouveresse.


"Il y a sans doute eu une époque où le divorce entre le monde des idées et celui des réalités, entre les exigences de l'esprit et celles de la vie réelle n'était pas aussi radical. C'est peut-être avec l'événement de ce qu'on appelle le grand capitalisme, la grande industrie et le grand commerce qu'il a été consommé. Novalis remarquait déjà, en 1798, que l'esprit commercial, dans ce qu'il peut avoir de noble et peut-être même de romantique, avait disparu dès la fin du Moyen-Age pour laisser la place, même chez les marchands les plus exemplaires, à une mentalité et un comportement d'épiciers : « L'esprit commerçant noble, le grand commerce authentique n'a fleuri qu'au Moyen-Age et particulièrement à l'époque de la Hanse allemande. Les Medicis, les Fugger étaient des marchands comme ils devaient être. Nos marchands au total, sans excepter les Hope et les Tepper, ne sont rien que des épiciers. » Il y a sans doute encore des gens qui seraient prêts à parler d'une chose comme la poésie du grand capitalisme ou celle des affaires. Mais la vérité semble être plutôt que, tout comme on parle d'un désenchantement de la réalité extérieure sous l'effet des progrès de la connaissance scientifique, on pourrait aussi parler d'un désenchantement du monde de l'industrie et du commerce, qui a été la conséquence de leur progrès lui-même et le prix à payer pour la puissance qu'ils ont conquise et l'hégémonie qu'ils exercent aujourd'hui.

Novalis constatait aussi déjà, en prenant comme exemple celui de la Prusse, que l'industrie et le commerce ont fini par imposer leur paradigme et leurs normes à la vie entière et en particulier au type d'organisation politique qu'ont choisi les sociétés modernes : « Aucun Etat, écrit-il, n'a été administré davantage comme une fabrique que la Prusse, depuis la mort de Frédéric Guillaume Ier. Aussi nécessaire que puisse être peut-être une telle administration machinique pour la santé physique, le renforcement et l'habileté de l'Etat, il n'en est pas moins vrai que l'Etat, lorsqu'il est traité uniquement de cette façon, périt pour l'essentiel de cela. Le principe de l'ancien système (...) est de lier chacun à l'Etat par l'intérêt personnel. Les politiciens avisés avaient à l'esprit l'idéal d'un Etat dans lequel l'intérêt de l'Etat, égoïste comme l'intérêt des sujets, n'en serait pas moins lié à lui artificiellement d'une manière telle qu'ils se favoriseraient réciproquement l'un l'autre.

- un « marché » expressément proposé par S. Berlusconi, qui se prend volontiers pour l'Etat à lui tout seul, aux Italiens lorsqu'il accéda pour la première fois au pouvoir.

On a dépensé énormément de peine pour résoudre cette quadrature du cercle ; mais l'égoïsme brut semble être incommensurable, antisystématique. Il ne s'est laissé en aucune façon limiter, ce qu'exige pourtant nécessairement la nature de toute organisation politique.

- Castoriadis passe par là...

Entre-temps, du fait de l'acceptation formelle de l'égoïsme commun comme principe, un mal énorme a été causé et le germe de la révolution, de nos jours, ne réside nulle part ailleurs que là. Avec l'accroissement de la culture, les besoins ne pouvaient pas ne pas devenir plus divers

- ils deviennent surtout la base du système.

et la valeur des moyens qui permettent de les satisfaire s'élever d'autant plus que le mode de pensée moral était resté en arrière par rapport à tous ces raffinements de la jouissance et du confort. (...) »

Ce que nous dit ici Novalis est que l'égoïsme, dont on pouvait penser qu'il était la seule grandeur qui se prête à la mesure, au calcul, à la prévision et à la gestion rationnelle, est en réalité par essence sans mesure, sans limites et sans règles. Un système politique construit uniquement sur lui ne peut procurer à ses adhérents que les avantages éphémères du joueur qui profite momentanément de la faiblesse ou de l'ignorance des autres ; aucun bonheur durable ne peut résulter de la confrontation entre des joueurs qui, pour avoir été trompés, ont appris eux-mêmes à tromper ou entre des joueurs malhonnêtes et un Etat également malhonnête (...). Je ne crois pas qu'il y ait grand-chose à changer à ces phrases pour obtenir une description exacte de la situation actuelle et une formulation adéquate de ce qui constitue aujourd'hui le problème principal. Tout le monde se rend compte plus ou moins aujourd'hui, y compris, bien entendu, les entrepreneurs et leurs marchands,

- et notre bien-aimé et schizophrène président,

qu'on ne peut pas construire uniquement sur l'égoïsme, le calcul et la ruse et qu'il faudrait un correctif altruiste, qui ne peut pas être laissé, comme il l'est aujourd'hui pour l'essentiel, exclusivement à la bonne volonté, à la générosité et à la moralité individuelles. Mais personne n'est en mesure de dire pour l'instant quel est le type d'organisation sociale et politique qui pourrait lui permettre de se concrétiser et de s'exprimer un peu plus efficacement.

- citons de nouveau Chateaubriand : « C'est précisément le devoir qui est un fait, et l'intérêt une fiction. », et continuons :

C'est le problème que Musil a évoqué à la fin de sa vie, lorsqu'il s'est demandé si ce qu'il appelle le « désordre de la démocratie », considéré d'après l'exemple américain, était réellement capable d'engendrer un ordre et, qui plus est, un ordre humain. La réponse qu'il suggère est que l'égoïsme individuel qui a engendré les systèmes qui reposent sur la démocratie en politique et la loi du marché en économie, peut produire le mouvement et le progrès, mais non l'ordre lui-même, qui doit faire appel à des dispositions d'un autre type dans l'individu. Ce qu'engendrent l'égoïsme et les pulsions égoïstes en général n'est pas l'ordre, mais la combinaison du progrès et du chaos social. Il y a dans cette constatation quelque chose que l'on pourrait considérer comme tout à fait prémonitoire. Car la combinaison du progrès avec le chaos social semble être, de plus en plus, celle dans laquelle nous sommes condamnés à vivre aujourd'hui. « Si le progrès est fondé égoïstement, écrit Musil, le petit peu [!] d'ordre l'est par la puissance relativement non égoïste, désintéressée, inappétitive (avec organes appétitifs). » Mais la difficulté provient justement du fait que cette puissance non égoïste n'a jamais réussi à se doter d'organes qui aient une efficience comparable de près ou de loin celle des dispositifs qui ont assuré le succès si remarquable de sa rivale égoïste.

- c'est vrai et c'est faux : l'exemple des Trobriand montre qu'il est possible de faire jouer des composantes égoïstes dans le sens de la collectivité (et du cérémonial) : plus je donne, plus je suis grandi aux yeux des autres, et ainsi de suite. Mais nous ne sommes pas alors dans le monde des besoins ni des individus, et il se peut que la notion même d'égoïsme ne soit pas tout à fait pertinente, ceci dit sans idéaliser quiconque.

Ce pourquoi la notion de « correctif altruiste » est ambiguë : il se peut qu'à partir du moment où l'égoïsme individuel a été séparé d'autres composantes, il ne soit plus possible du tout de le « corriger ». C'est le schéma de la boîte de Pandore, de la digue abattue, ou, pourquoi pas, ce que l'on peut appeler le mécanisme de l'activation d'un gène : tel gène (du suicide, de la pédophilie, pour rester dans le contexte sarkozyste) est présent dans une grande majorité des individus et inactif, à la suite de certaines circonstances il est activé chez untel, il devient alors très difficile audit untel, voire impossible, d'échapper à son action. Adam Smith le moraliste a activé celui de l'égoïsme.

Cela expliquerait l'impuissance que Jacques Bouveresse analyse dans les paragraphes suivants.


Et comme il s'agit avant tout et pour tout le monde d'être efficace, c'est essentiellement sur celle-ci [la rivale égoïste] qu'on est réduit à compter à nouveau pour assurer non seulement le progrès et le mouvement, mais également le minimum d'ordre et de cohésion sociale dont il est impossible de se passer.

- c'est ça, le minimum... Notre civilisation ne peut-elle être, au mieux, qu'une civilisation du minimum ? Peut-elle faire autre chose que de viser un minimum de stabilité, en laissant aller le reste, sur lequel elle n'a aucun contrôle ? D'où que (s'il a des papiers et un compte en banque pas trop vide, s'il ne fume pas, etc.), l'individu moyen s'y retrouve toujours plus ou moins - mais avec quel ennui.

Tout le monde est prêt aujourd'hui à concéder, au moins implicitement, y compris probablement ses représentants les plus typiques et ses défenseurs les plus convaincus, que le capitalisme a construit sur une vision de l'homme qui est beaucoup trop unilatérale pour ne pas laisser subsister un déficit insupportable. Mais personne ne sait réellement comment il faudrait s'y prendre pour essayer de combler celui-ci.

Une chose qui devrait donner à réfléchir, dans la compétition électorale à laquelle nous assistons en ce moment, est l'obstination presque émouvante avec laquelle chacun des deux camps prétend incarner la modernité réelle et accuse l'autre d'archaïsme. On pourrait croire que, dans une époque que certains philosophes ont qualifiée de « postmoderne », l'homme ordinaire est suffisamment instruit par l'expérience pour être devenu passablement sceptique à l'égard des bienfaits supposés de la modernité. La modernisation devrait, bien entendu, être un moyen en vue d'autre chose, même si l'on ne sait plus très bien quoi, et non une fin en soi. Car rien n'autorise à l'identifier automatiquement à l'amélioration et au progrès, même si le mot « progrès » est utilisé généralement comme si la modernisation, le développement et la croissance signifiaient aussi nécessairement le progrès. Il est probable, malheureusement, que ce qu'on appelle aujourd'hui le « progrès » et qui, à l'époque des Lumières, avait encore un sens bien différent, n'en a plus aujourd'hui d'autre que celui-là. Mais, en même temps, on ne peut guère être surpris que nos sociétés continuent à concentrer l'essentiel de leurs efforts sur la seule chose qu'elles sachent réellement faire et dans laquelle elles excellent, à savoir, justement, avancer, même si personne ne sait plus très bien où. Il se pourrait, effectivement, que l'on ait cessé depuis longtemps de savoir où l'on va. Mais ce qui importe, de toute façon, est de se remuer et d'avancer. Pour ceux qui confondent le mouvement avec le progrès, la situation semble se résumer à ceci que, même si on ne sait plus très bien on l'on va, il est important, en tout cas, d'y aller le plus vite et le plus énergiquement possible. Comme le suggère une comparaison que nos hommes politiques utilisent volontiers pour stimuler l'ardeur d'un pays que l'on dit gagné par la morosité, il s'agit avant tout de faire la course en tête ou en tout cas dans les premiers et de ne pas se laisser lâcher par d'autres concurrents.

Le problème qui subsiste est que beaucoup de gens sentent plus ou moins confusément qu'arriver le premier dans une course qui ne mène peut-être nulle part n'est pas nécessairement un objectif capable de susciter un enthousiasme réel. Il pourrait sembler qu'il s'agit là essentiellement d'une réflexion d'intellectuel. Mais les quelques contacts qu'il m'arrive d'avoir, de temps à autre, avec des gens qui exercent des responsabilités importantes dans le domaine de l'économie et de la finance me donnent l'impression que cette question est loin de leur être aussi étrangère qu'on pourrait le croire à première vue. Certains d'entre eux se demandent réellement où nous allons et semblent même beaucoup plus pessimistes que je ne le suis moi-même sur la possibilité que les choses continuent encore longtemps de cette façon.

- il n'y a que la journaille pour croire au conte de fées libéral, ou pour faire semblant d'y croire... Ceux qui connaissent le système de l'intérieur sont les premiers à savoir qu'il fonctionne sur deux piliers pour le moins instables : « Chacun pour soi » et « Après moi le déluge », il s'agit surtout de gagner assez de fric assez vite, pour être à l'abri, croit-on, le jour où tout s'écroulera... Et il y a ici encore un cercle vicieux, puisqu'on encourage les gens à se comporter ainsi, par peur qu'ils découvrent la vérité et pour justifier sa propre activité, faire croire que l'on contribue au bien public...

Le pessimisme, en l'occurrence, n'a rien de moral ou de philosophique. Il peut y avoir des raisons plus techniques et plus sérieuses que celles des moralistes et des philosophes de considérer que nous marchons en permanence sur le fil d'équilibres précaires et que la rupture et la catastrophe peuvent très bien se produire un jour ou l'autre. Le système de l'économie planétaire et du marché mondial dans lequel nous sommes entrés désormais pour le meilleur et pour le pire est peut-être suffisamment instable pour posséder la flexibilité et l'adaptabilité qui sont aujourd'hui plus que jamais indispensables ; mais il l'est peut-être aussi beaucoup trop pour être véritablement rassurant. De toute façon, en attendant, le sentiment général est que nous n'avons pas d'autre choix que celui qui consiste à continuer, c'est-à-dire malheureusement, pour une part essentielle, à laisser aller les choses comme elles vont et à faire simplement comme si nous réussissions véritablement à les orienter et à les contrôler." (Essais, t. 2, Agone, 2001, pp. 170-75)

Et c'est ainsi que Sarkozy est grand (mais qu'il en a une toute petite).


The+Night+of+the+Iguana

(La belle et la bête, Carla et Nicolas, Eve et le serpent, la fée et le crapaud, la beauté découvrant l'égoïsme... On peut presque tout faire dire à certaines images.)

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samedi 9 février 2008

Le procès.

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Voici un nouvel extrait du livre de J. Bouveresse sur Musil, et un nouveau thème, celui de la probabilité. Entre la statistique, la philosophie de l'histoire, et la morale. Je présente aujourd'hui une distinction logique, dont j'essaierai de montrer les conséquences éventuelles sur d'autres plans. La parole à Maître Jacques.

"Lorsqu'on s'interroge sur ce qu'ont pu être les causes d'un événement comme [la Première Guerre mondiale], il peut être utile de faire une distinction du genre de celle que l'on trouve chez Bolzano entre la cause complète et la cause partielle ou incomplète. « Nous ne devons, écrit Bolzano, jamais entendre par cause que l'ensemble de tous les objets dans l'existence desquels réside la raison et cela signifie la raison complète de l'existence d'un autre objet, qui est appelé l'effet. Nous ne devons donc jamais nous permettre d'appeler un objet la cause d'un autre, s'il n'est pas à lui seul, mais seulement en liaison avec d'autres choses, en mesure de conférer l'existence à l'objet. Car dans ce cas-là il n'est qu'une partie de la cause et ne peut donc mériter tout au plus que le nom d'une cause partielle.» Bolzano soutient que seules les causes partielles existent dans le temps avant le fait ; la cause complète, en revanche, ne peut pas exister autrement qu'en même temps que son effet. Elle doit commencer et également cesser avec lui. « Car, nous dit Bolzano, dire que la cause - et non la cause partielle - mais la cause complète d'un certain effet a commencé à exister à un certain moment, ce n'est tout de même bien rien dire d'autre que : elle a commencé à agir à ce moment-là ; et dire qu'elle a commencé à agir, ce n'est à nouveau manifestement rien dire d'autre que : son effet a commencé. » Et, de la même façon, dire que la cause a cessé d'exister, c'est dire qu'elle a cessé d'agir et donc que son effet a, lui aussi, pris fin. Bolzano conclut de tout cela que Dieu n'a pas pu exister dans le temps avant la création des substances finies, s'il constitue, comme il est supposé le faire, la raison complète de leur existence, car sans cela d'autres raisons auraient dû encore être ajoutées dans le temps pour que cette création ait lieu.

- passons sur ce dernier point.

Si l'on croit généralement qu'un certain laps de temps peut s'écouler entre le commencement de l'existence de la cause et celui de l'apparition de l'effet, c'est parce qu'on pense que des circonstances déterminées doivent encore être réalisées pour que la cause soit amener à « manifester son action ». Mais à partir du moment où le mot « cause » est utilisé dans son sens le plus strict, qui est évidemment aussi le plus rare, il est clair que les circonstances qui déterminent l'entrée en action de la cause doivent être considérées elles-mêmes comme des parties de la cause.

Si nous appliquons cette distinction des deux sens du mot « cause » à l'explication d'un événement comme le déclenchement de la Première Guerre mondiale, nous devons dire que le moment où la cause complète a été réalisée et celui auquel l'effet produit a commencé ont dû être rigoureusement identiques. C'est en fait une seule et même chose de dire que l'événement a commencé à un certain moment et de dire que sa cause complète a été réalisée à ce moment précis. Aussi longtemps que l'on peut se représenter la cause comme donnée sans que pour autant l'effet le soit nécessairement, cela signifie que la cause a encore besoin d'être complétée avant l'événement pour que celui-ci se produise. Ce que Bolzano appelle la cause complète ne peut être qu'une condition suffisante, c'est-à-dire nécessitante, de l'événement : si la cause est donnée, l'événement ne peut pas ne pas l'être également. Mais si les causes qui sont constituées par des événements antérieurs ne constituent jamais qu'une partie des conditions nécessitantes, il n'y a pas de raison de supposer que l'effet était nécessaire à l'avance. Pour pouvoir affirmer qu'il l'était, il faut être prêt à soutenir que l'ensemble complet des conditions nécessitantes peut exister et existe généralement avant l'effet qui en résulte.

Une conséquence importante de tout cela est que, si, lorsque nous nous efforçons de prédire ou, en tout cas, d'anticiper un événement historique qui ne s'est pas encore produit, nous ne pouvons utiliser pour cela que des causes qui le précèdent dans le temps, ces causes sont intrinsèquement condamnées à rester partielles. C'est seulement au moment où l'effet commence que nous pouvons être certains que la cause complète est réalisée. Aussi près que nous soyons de l'événement, le système dont nous nous efforçons de déterminer le futur immédiat reste ouvert, parce qu'il manque encore à la cause les déterminations ultimes qui sont nécessaires pour individuer complètement l'événement dans sa singularité historique et le rendre en même temps inévitable. C'est bien l'impression que l'on a, lorsqu'on raisonne après coup sur le déclenchement d'une catastrophe comme celle qui s'est produite en 1914. On pense généralement, dans les cas de ce genre, et on a certainement raison de le faire, que les événements ont tenu à très peu de chose et que des changements minimes dans les circonstances et dans les péripéties qui ont précédé immédiatement l'explosion finale auraient suffi pour que tout soit changé. C'est ce qui nous incite à considérer qu'aucune des causes que nous pourrions songer à invoquer et aucune combinaison de causes de cette sorte n'étaient suffisantes pour faire de l'événement un événement qui devait nécessairement se produire. Mais, dirait Bolzano, c'est parce que les causes auxquelles nous songeons sont toujours encore des causes qui ont précédé l'événement et qui sont, par conséquent, partielles. Il n'y a rien de contradictoire dans le fait de dire que l'événement pouvait jusqu'au bout être évité et d'affirmer en même temps qu'il ne pouvait pas ne pas se produire, à partir du moment où sa cause complète était réalisée. Si, comme il y a de bonnes raisons de le supposer dans le cas des événements historiques, la cause complète de l'événement ne peut être réalisée que par la rencontre qui n'a lieu qu'une seule fois sous cette forme précise d'une multitude de série causales partielles et si cette rencontre coïncide précisément avec le début de l'événement lui-même, il n'est pas surprenant que, comme le dit Musil, l'événement semble ne tolérer la nécessité qu'après coup, parce qu'il n'est devenu nécessaire qu'au moment où il a commencé effectivement à se produire, mais en même temps exige après coup cette nécessité, parce que savoir qu'un événement s'est produit consiste ipso facto à savoir que sa cause complète a été réalisée, même si nous n'avons généralement qu'une connaissance très imparfaite et très incomplète des éléments multiples et complexes dont elle était constituée et de la façon dont ils se sont agencés dans cette occurrence pour produire l'événement." (La voix de l'âme..., pp. 259-262 ; 1995)


D'un point de vue que l'on appellera faute de mieux politique, cette distinction nourrit le (relatif) optimisme d'un Musil sur les (très relatives) possibilités d'intervention des individus par rapport au cours de l'histoire : aussi longtemps que les choses ne sont pas jouées, aussi longtemps qu'il n'y a que des causes partielles et pas une cause complète, on peut encore espérer intervenir de façon à produire un effet - quitte à (Weber, Boudon, effets pervers, sagesse antique, etc.) être contre-productif et à encourager sans le vouloir une évolution que l'on voudrait contrecarrer, tout cela est vieux comme le monde.

D'un point de vue que l'on appellera faute de mieux déontologique, cette distinction tombe pour nous à pic, puisqu'elle justifie aussi bien les attaques ad hominem (Bernard-Henri Lévy, Nicolas Sarkozy sont (de petits enculés et) des causes du désordre du monde et doivent être combattus, moqués, critiqués, si possible humiliés), qu'une certaine modération sur le fond (Bernard-Henri Lévy et Nicolas Sarkozy ne sont que (de petits trous du cul et) des causes bien partielles de ce désordre, et ne doivent donc pas être « bouc-émissarisés » de ce fait). Au passage, cela nous permet d'éviter la thématique et le champ lexical (ou, si l'on veut, la « grammaire », voire le « jeu de langage ») de la « théorie du complot » comme des adversaires de cette (parfois imaginaire) théorie : prouver que X est une cause partielle d'un événement n'implique pas que Y n'est pas (ou est) une autre cause partielle du même événement. Accuser, preuves à l'appui, X, ne veut pas dire le « diaboliser ». Mais considérer X comme une cause complète d'un événement est extrêmement délicat (et revient le plus souvent, dans les faits, à le « diaboliser ») : songeons aux difficultés de la justice (ce qui nous ramène à Musil et au cas du tueur Moosbrugger dans L'homme sans qualités) à établir les responsabilités dans la moindre affaire de meurtre. Lorsqu'il s'agit d'un événement d'ordre politique, avec l'enchevêtrement ininterrompu de causes partielles en interaction plus ou moins forte entre elles (honni soit...), c'est encore plus difficile. (Maistre, qui n'a aucune sympathie, c'est peu de le dire, pour les révolutionnaires, et qui parle souvent d'eux en termes de faction et de complot, est le premier à admettre : "La Révolution française a pour cause principale la dégradation morale de la Noblesse." (Considérations sur la France, éd. « Bouquins », p. 272). Il faudrait d'ailleurs un jour essayer de montrer qu'en matière politique la « cause principale » est toujours à chercher en premier lieu chez les détenteurs du pouvoir. Ce qui pose tout de suite la question gênante : qui a le pouvoir ? - Une autre fois.)

Dans un autre ordre d'idées, ce texte n'est pas sans rappeler la conférence de Bergson Le possible et le réel (1930), où l'on trouve les passages suivants :

"Qu'on puisse insérer du réel dans le passé et travailler ainsi à reculons dans le temps, je ne l'ai jamais prétendu. Mais qu'on y puisse loger du possible, ou plutôt que le possible aille s'y loger lui-même à tout moment, cela n'est pas douteux. Au fur et à mesure que la réalité se crée, imprévisible et neuve, son image se réfléchit derrière elle dans le passé indéfini ; elle se trouve ainsi avoir été, de tout temps, possible ; mais c'est à ce moment précis qu'elle commence à l'avoir toujours été, et voilà pourquoi je disais que sa possibilité, qui ne précède pas sa réalité, l'aura précédée une fois la réalité apparue. Le possible est donc le mirage du présent dans le passé : et comme nous savons que l'avenir finira par être du présent, comme l'effet de mirage continue sans relâche à se produire, nous nous disons que dans notre présent actuel, qui sera le passé de demain, l'image de demain est déjà contenue quoique nous n'arrivions pas à la saisir. Là est précisément l'illusion. C'est comme si l'on se figurait, en apercevant son image dans le miroir devant lequel on est venu se placer, qu'on aurait pu la toucher si l'on était resté derrière. En jugeant d'ailleurs ainsi que le possible ne présuppose pas le réel, on admet que la réalisation ajoute quelque chose à la simple possibilité : le possible aurait été là de tout temps, fantôme qui attend son heure ; il serait donc devenu réalité par l'addition de quelque chose, par je ne sais quelle transfusion de sang ou de vie. On ne voit pas que c'est tout le contraire, que le possible implique la réalité correspondante avec, en outre, quelque chose qui s'y joint, puisque le possible est l'effet combiné de la réalité une fois apparue et d'un dispositif qui la rejette en arrière. L'idée, immanente à la plupart des philosophies et naturelle à l'esprit humain, de possibles qui se réaliseraient par une acquisition d'existence, est donc illusion pure."

"Hamlet était sans doute possible avant d'être réalisé, si l'on entend par là qu'il n'y avait pas d'obstacle insurmontable à sa réalisation. Dans ce sens particulier, on appelle possible ce qui n'est pas impossible : et il va de soi que cette non-impossibilité d'une chose est la condition de sa réalisation. Mais le possible ainsi entendu n'est à aucun degré du virtuel, de l'idéalement préexistant. Fermez la barrière, vous savez que personne ne traversera la voie : il ne suit pas de là que vous puissiez prédire qui la traversera quand vous ouvrirez. Pourtant du sens tout négatif du terme « possible » vous passez subrepticement, inconsciemment, au sens positif. Possibilité signifiait tout à l'heure « absence d'empêchement » ; vous en faites maintenant une « préexistence sous forme d'idée », ce qui est tout autre chose. Au premier sens du mot, c'était un truisme de dire que la possibilité d'une chose précède sa réalité : vous entendiez simplement par là que les obstacles, ayant été surmontés, étaient surmontables. Mais, au second sens, c'est une absurdité, car il est clair qu'un esprit chez lequel le Hamlet de Shakespeare se fût dessiné sous forme de possible en eût par là créé la réalité : c'eût donc été, par définition, Shakespeare lui-même. En vain vous vous imaginez d'abord que cet esprit aurait pu surgir avant Shakespeare : c'est que vous ne pensez pas alors à tous les détails du drame. Au fur et à mesure que vous les complétez, le prédécesseur de Shakespeare se trouve penser tout ce que Shakespeare pensera, sentir tout ce qu'il sentira, savoir tout ce qu'il saura, percevoir donc tout ce qu'il percevra, occuper par conséquent le même point de l'espace et du temps, avoir le même corps et la même âme : c'est Shakespeare lui-même."

J'ai cité ce qui est le plus proche de Bolzano, dont j'ignore totalement la connaissance qu'en avait Bergson. Dans d'autres passages de sa conférence, celui-ci, emporté par sa passion pour la « création continue d'imprévisible nouveauté » (formule qui bien sûr rappelle les expressions baudelairiennes de « vitalité universelle » ou de « variété, condition sine qua non de la vie ») me semble par trop estimer que « les portes de l'avenir s'ouvrent toutes grandes » et qu'« un champ illimité s'offre à la liberté. » Restons baudelairo-musilo-wittgensteiniens sur ce point : le pire n'est jamais sûr, mais il est tout de même souvent ce qu'il y a de plus probable. (Ce sera sans doute l'objet d'un prochain texte.)



Et c'est ainsi que Sarkozy est grand (et enculé).

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mardi 22 février 2005

Pour le plaisir.

Les journalistes du Monde, à qui rien de ce qui fait l'art difficile et masochiste de s'exprimer avec un balai durablement inscrit dans le fondement n'est étranger, ont décidé de faire leur une et leur éditorial sur Dieudonné. Profitons de l'occasion pour les prendre sur le fait de l'affirmation gratuite et diffamatoire.
"Il a choisi son théâtre, celui de la Main-d'Or, dans le XIè arrondissement. Rameuté son fan-club - plus quelques figures de l'antisionisme radical, comme, à l'accueil, Ginette Skandrani, proche du négationniste tunisien Mondher Sfar." L'article ne précise pas si Dieudonné et ce M. Sfar se sont déjà rencontrés, n'évoque pas non plus précisément ce qui lie Dieudonné à Mme Skandrani. Mais dès le premier paragraphe on (Mme Ariane Chemin) nous ramène un négationniste.

L'article s'attarde ensuite sur la question de savoir si Dieudonné a parlé de la Shoah elle-même ou de sa commémoration, précise que le comique "s'abrite derrière - et détourne - le livre d'une historienne israélienne, Edith Zertal". Aucun élément ne nous est donné sur ce détournement si clairement affirmé.

Mme Chemin cite Harlem Désir - une référence morale de premier ordre, soit dit en passant -, omettant de préciser que ce dernier avait été mis en cause (ou tout au moins SOS racisme à l'époque où il en était le dirigeant, je ne me rappelle plus exactement) par Dieudonné dans ses interviews. M. Désir : "C'est aujourd'hui l'un des plus grands antisémites de France". Ce qui ne veut rien dire.

Quant à l'éditorial, "Dieudonné, assez !", il est malgré ce titre plutôt plus indulgent que l'article que je viens de citer, se contentant d'un arrêt de mort relativement platonique : "L'humoriste Dieudonné ne fait plus rire. Et ce constat vaut déjà condamnation.", d'une comparaison attendue avec Jean-Marie Le Pen, d'un appel à une justice enfin ferme - on déplore que Dieudonné, en dix-sept procès, n'ait jamais été condamné.

Il serait regrettable d'omettre de citer la dernière phrase de la présentation de couverture (dont le titre est tout un programme : "Le scandale Dieudonné et le nouvel antisémitisme"), au sujet de la pétition sur "les indigènes de la république" : "Les signataires de ce texte revendiquent une mémoire et une identité arabes et africaines, qu'ils présentent comme oubliées dans la conscience collective. Certains d'entre eux sont des militants connus de l'extrémisme propalestinien ou antisémite." Une telle précision dans les concepts et un tel sens de l'à-propos sont tout à l'honneur du "quotidien de référence" que le monde entier nous envie.

Blague à part, si j'ai pris la peine, outre de dépenser 1,20 € pour lire de tels pensums, de reproduire ces citations, qui, il faut le préciser, ne sont pas entièrement révélatrices du dossier complet que "Le Monde" consacre à ce "scandale" - un portrait de Dieudonné est plutôt chaleureux -, ce n'est pas pour le simple plaisir de dire du mal d'un journal aussi ennuyeux et bien-pensant, ni pour prendre la défense de Dieudonné, ce qui me motive moyennement et lui ferait par ailleurs une belle jambe. C'est tout simplement pour exprimer le vœu pieux que l'on fasse preuve d'un peu de précision dans les termes. Ce qui s'adresse d'ailleurs tout autant à Dieudonné lui-même, dont la vision de la traite des Noirs, pour le peu que j'en connais, me semble extrêmement sommaire. Mais ce qui est sûr, c'est que, quel que soit le sujet abordé, si l'on se contente de chercher des arrières-pensées, d'utiliser l'arme Le Pen à tort et à travers - il doit bien rire dans son coin, d'ailleurs -, de faire de la surenchère permanente, bien ou mal pensante, au lieu de se concentrer sur ce qui a été dit ou fait... eh bien on en arrive à la sinistre comédie actuelle. Tout le monde certes y trouve son compte : Dieudonné qui parfait son image de martyr (il ne cache d'ailleurs pas qu'il n'a jamais eu autant de monde à ses spectacles que depuis que la télévision ne veut plus de lui), Proche-Orient.info qui s'est fait un gros coup de publicité, et nos amis les journalistes qui peuvent presque sincèrement croire qu'ils ont quelque chose d'intéressant à dire. Concluons à la Vialatte : "Et c'est ainsi qu'Allah est grand"...

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