mardi 14 février 2012

Y a-t-il un rapport sexuel ?

"On voit, ce qu'on appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n'est qu'un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeur, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé."

"En dépit de tout ce qui en dévalue jour après jour l'autorité, il est certain que le mot « démocratie » reste l'emblème dominant de la société politique contemporaine. Un emblème, c'est l'intouchable d'un système symbolique. Vous pouvez dire ce que vous voulez de la société politique, vous montrer à son égard d'une férocité « critique » sans précédent, dénoncer « l'horreur économique », du moment que vous le faites au nom de la démocratie (dans le genre : « Cette société qui se prétend démocratique, comment peut-elle faire ceci ou cela ? »), vous serez pardonné. Car à la fin, c'est au nom de son emblème, et donc au nom d'elle-même, que vous avez tenté de juger cette société. Vous n'en êtes pas sorti, vous êtes resté son citoyen, comme elle dit, vous n'êtes pas un barbare, on vous retrouvera à votre place démocratiquement fixée, et sans doute, d'abord, aux prochaines élections." (A. Badiou, 2009)

"Non seulement nous sommes moins démocrates que Danton et Condorcet, mais nous sommes, sur bien des points, moins démocrates que Choiseul et Marie-Antoinette. Avant la Révolution, les nobles les plus aisés étaient de petits bourgeois besogneux si on les compare à nos Rothschild ou nos Russell. De par son image publique, la vieille monarchie française était infiniment plus démocratique qu'aucune monarchie contemporaine. Quiconque ou presque, en ayant envie, pouvait pénétrer dans le palais et voir le roi en train de jouer avec ses enfants, ou de se limer les ongles. Le peuple possédait le monarque comme il possède Primrose Hill : on ne peut déplacer la colline, mais on a le droit de se vautrer dessus. La vieille monarchie française reposait sur cet excellent principe qu'un chat pouvait regarder un roi. De nos jours, un chat ne peut regarder un roi, à moins de faire partie de son entourage. La presse jouit de toute liberté, mais elle ne s'en sert que pour aduler le pouvoir. La différence réelle revient (...) à ceci : la tyrannie du dix-huitième siècle signifiait que vous pouviez dire : « Le R*** de Br***rd est un débauché ». La liberté du vingtième siècle signifie, en fait, que vous avez le droit de dire : « Le Roi de Brenford est un père de famille modèle. »"

"La démocratie, au sens humain du terme, n'est pas l'arbitrage de la majorité ; ni même l'arbitrage universel. Il est plus juste de la définir comme l'arbitrage du premier venu. J'entends par là qu'elle repose sur cette habitude de club qui consiste à considérer un parfait étranger comme un prolongement de soi, à assumer que vous avez inévitablement certains points communs. (...) Les règles que vous observeriez devant n'importe quel nouveau-venu dans une taverne, c'est ça la véritable loi anglaise. Le premier passant que vous apercevez par la fenêtre, c'est le roi d'Angleterre. Le déclin des tavernes, qui n'est qu'un aspect du déclin général de la démocratie, a, sans aucun doute, affaibli cet esprit masculin d'égalité. (...) Il est déjà assez triste que des hommes qui jadis se retrouvaient dans la rue ne sachent plus se retrouver que sur le papier ; il est déjà assez triste que les hommes aient pratiquement réduit le suffrage à une fiction."

"Beaucoup peuvent penser que j'écarte trop rapidement la proposition d'accorder le droit de vote aux femmes, même si la plupart d'entre elles ne le souhaitent pas. On ne cesse de répéter que les hommes ont reçu le droit de vote (les travailleurs agricoles par exemple) alors qu'une minorité seulement était en faveur de celui-ci. (...) Si nous avons réellement imposé les élections générales à de libres travailleurs qui n'en voulaient sûrement pas, nous avons fait là quelque chose de profondément antidémocratique ; et si nous sommes démocrates, nous devrions revenir en arrière. C'est la volonté du peuple que nous voulons et non pas ses suffrages ; donner à un homme un suffrage contre sa volonté, c'est donner à ce suffrage plus de prix qu'à la démocratie qu'il exprime. (...) La question n'est pas de savoir si les femmes sont dignes de voter mais plutôt si le vote est digne des femmes."

"Quiconque a connu la véritable camaraderie dans un club ou un régiment, sait qu'elle est impersonnelle. Il existe une formule pédante utilisée dans les clubs, qui décrit à la perfection les émotions masculines : « suivre son idée ». Les femmes se parlent, les hommes s'adressent au sujet dont ils parlent. Plus d'un honnête homme s'est tant et si bien lancé dans l'explication de quelque système, qu'il en a oublié la présence à ses côtés de ses meilleurs amis ici-bas. Cela n'est pas réservé aux intellectuels ; qu'ils parlent de Dieu ou du golf, les hommes sont avant tout des théoriciens. Les hommes sont tous impersonnels ; c'est-à-dire républicains. A l'issue d'une passionnante conversation, nul ne se rappelle qui a dit ce qui méritait d'être retenu. Chacun parle à une multitude visionnaire ; à une nuée mystique, au « club »." (G. K. Chesterton, 1910)

"Positivement, cela veut dire que la politique, au sens de la maîtrise subjective (...) du devenir des peuples, aura, comme la science ou l'art, valeur par elle-même, selon les normes intemporelles qui peuvent être les siennes. On refusera donc de l'ordonner au pouvoir ou à l'État. Elle est, elle sera, organisatrice au sein du peuple rassemblé et actif du dépérissement de l'État et de ses lois."

- "Après quoi vient le moment de conclure : vivre « en Immortel », comme le désiraient les Anciens, est, quoi qu'on en dise, à la portée de n'importe qui." (A. Badiou, 2009)

- n'importe qui, mais pas tout seul... Peut-être avez-vous par ailleurs noté que dans ces citations que j'ai montées en système (j'aurais d'ailleurs pu trouver des phrases sur le « banditisme » de l'oligarchie aussi claires chez Chesterton que chez Badiou (ou Soral)), se pose le problème de la place des femmes. Nous y reviendrons, mais nous pouvons déjà formuler la thèse (de Chesterton, pas de Badiou, ce n'est pas un point sur lequel j'essaierai de les rapprocher) : c'est quand les femmes se sont mises en tête d'être démocrates que la démocratie a commencée à disparaître - et à être remplacée par le culte du suffrage et du bulletin. C'est une question d'équilibre. Je vous détaille ça la prochaine fois !


(Les citations d'Alain Badiou sont extraites des livres L'hypothèse communiste, Second manifeste de la philosophie et du recueil collectif de textes Démocratie, dans quel état ?, tous publiés en 2009, respectivement aux nouvelles éditions Lignes, chez Fayard et à La Fabrique. Pour Chesterton, j'ai utilisé (et parfois regroupé) des textes du Monde comme il ne va pas, édité par L'Age d'Homme en 1994.)

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jeudi 25 décembre 2008

Sarkozy mon amour (I).

NicolasSARKOZY-1


"Tu me tues, tu me fais du bien..."



Sarkozy mon amour, II.

Sarkozy mon amour, III.



J'ai parlé l'autre jour du sarkozysme comme d'une révolution. Je vais maintenant suivre ce fil, de manière peut-être un peu décousue et contournée, mais qui j'espère me permettra de me faire comprendre. En premier lieu, si l'on soutient, ou si l'on explore la thèse selon laquelle le sarkozysme est une révolution, il faut notamment se demander ce qu'est une révolution - ce qui implique une comparaison avec les exemples archétypaux français et russe. Et, admettons-le tout de suite, un certain regard sur ce qu'est une révolution - au sens fort.

Il est plus agréable de lire des ouvrages sur l'histoire d'une révolution que d'en vivre une. L'indignation trop accentuée contre la révolution bolcheviste, que je prendrai comme premier exemple, le fait d'attribuer par trop exclusivement tous les crimes aux bolcheviks, n'est-ce pas surtout le résultat de quelque idéalisation de la révolution, comme si l'on n'avait pas surmonté cette illusion qu'une révolution doit être bienfaisante et noble ? La mémoire historique est bien courte chez les hommes d'une période révolutionnaire. Trop d'hommes d'une époque révolutionnaire la voudraient diriger à leur gré, et sont furieux de n'y point parvenir. Mais on oublie qu'il est impossible de diriger une révolution, de même qu'il est impossible de l'enrayer. La révolution, c'est la fatalité et un élément déchaîné. Les bolcheviks n'ont pas dirigé la révolution, ils n'ont été que son arme docile. La plupart des appréciations sur la révolution sont fondées sur la supposition qu'elle aurait aussi bien pu ne pas avoir lieu, que l'on pouvait l'éviter, ou encore qu'elle eût pu être sage et douce, si ces brigands de bolcheviks ne l'en avaient pas empêchée.

Mais il faut considérer comme dépourvue de toute perspective historique la mentalité selon laquelle on pourrait enrayer la révolution en partant de principes prérévolutionnaires. C'est ne rien vouloir entendre de ce qu'est une révolution, fermer les yeux sur sa nature : la nature de la révolution est telle qu'elle doit s'exprimer jusqu'au bout, épuiser son élément de rage violente, avant de subir finalement une défaite et de dégénérer en son contraire, pour que l'antidote naisse du mal lui-même. Les tendances extrêmes doivent inévitablement triompher, et les tendances plus modérées seront répudiées et détruites. Dans une révolution, ceux-là même périssent toujours qui l'ont inaugurée, ou qui l'avaient rêvée. - On se situe là d'évidence dans une optique maistrienne, la volonté de la Providence opérant de façon occulte certes, mais démontrée par les expériences historiques. De ce point de vue là d'ailleurs, il faut abandonner comme une folie rationaliste toute espérance que des partis plus modérés et plus sages - girondins ou constitutionnalistes démocrates - puissent dominer les éléments de la révolution et la diriger (ce qui au passage réduit à rien, non pas peut-être les thèses de Furet lui-même sur la « bonne » et la « mauvaise » révolutions françaises, mais leur vulgate, sur le thème "ça aurait dû s'arrêter avant la Terreur" : c'est bien Clemenceau qui avait raison, la Révolution française est un « Bloc »). C'est là la plus irréalisable de toutes les utopies.

De fait, dans la révolution russe toujours, les utopistes, c'étaient les constitutionnalistes démocrates. Les bolcheviks furent les réalistes. N'étaient-ils point utopiques et privés de sens commun, les rêves que l'on nourrissait de transformer la Russie en un pays de droit démocratique, en s'assurant que l'on pourrait contraindre le peuple russe, à force de discours humanitaires, à reconnaître les droits et les libertés de l'homme et du citoyen, et qu'il serait possible de déraciner les instincts de violence chez les gouvernants, comme chez les gouvernés, par des mesures libérales ? C'eût été une révolution invraisemblable, la négation de tous les instincts historiques et de toutes les traditions du peuple russe, de l'« idéologie russe », pour reprendre encore la terminologie de Dumont - plus radicale encore qu'avec les bolcheviks, lesquels se sont approprié les méthodes traditionnelles de gouvernement et ont exploité certains instincts séculaires du peuple. Les bolcheviks n'étaient pas du tout des « maximalistes », mais bien des « minimalistes », qui agirent dans le sens de la moindre résistance, en complet accord avec les aspirations instinctives des soldats exténués par une guerre au-dessus de leurs forces et désirant ardemment la paix, des paysans envieux des terres des seigneurs, des ouvriers vindicatifs (incidemment, cette approche permet de comprendre en quoi la révolution russe fut à la fois un « putsch », pour citer la formule de Castoriadis, et une vraie révolution voulue en quelque manière par le peuple - qui a ainsi pu s'installer et durer ; les deux vont ensemble : il fallait un putsch pour que les Russes acceptent le changement de régime). Les maximalistes furent ceux qui voulaient à tout prix la continuation de la guerre, et pas ceux qui avaient décidé d'en finir. Il faut bien voir que ceux qui favorisent les éléments irrationnels d'une révolution agissent, en quelque sorte, plus sagement et d'une manière plus réaliste que ceux qui cherchent à réaliser dans cet élément irrationnel un plan théorique de politique rationnelle. La révolution précipite et détruit tous les plans théoriques des politiciens rationalistes, et à son point de vue elle a raison. Dans une révolution subsiste la force d'un élément national, même dénaturé et malade. Le bolchevisme fut une folie rationaliste, une volonté de « régler » définitivement la vie, mais il s'appuya sur un élément populaire, ce qui n'était pas le cas du rationalisme des politiciens libéraux.


Une pause : vous voyez déjà où je veux en venir, si l'on remplace « bolchevisme » par « sarkozysme » (le sarkozysme comme action sur des éléments proprement français, mais ceux du niveau le plus bas, c'est un peu la thèse d'Emmanuel Todd) : je me livrerai plus loin à cet exercice politico-pédagogique. Mais explorons d'abord quelques conséquences, toutes maistriennes de nouveau, de ce qui précède : si la révolution est un tout qui emporte tout, alors les guerres civiles que le plus souvent elle provoque sont inutiles : les guerres civiles appartiennent entièrement à l'élément irrationnel de la révolution, elles restent dans le domaine de la désagrégation révolutionnaire et l'augmentent. Les guerres civiles entre armées révolutionnaires et contre-révolutionnaires, c'est en général la lutte des forces révolutionnaires contre les forces d'avant la révolution, précisément les forces atteintes par la révolution précisément, ajouterai-je même, les forces qui sont la cause de la révolution (Maistre : "La Révolution française a pour cause principale la dégradation morale de la Noblesse.") La contre-révolution réelle, au contraire et par conséquent, ne peut être opérée que par des forces post-révolutionnaires, et non prérévolutionnaires - par des forces qui se seront développées au sein même de la révolution. C'est Napoléon, « le fils de la Révolution », qui a mis fin à la Révolution française, pas les nobles, les émigrés, les partis que la Révolution avait balayés. De même, c'est un pur produit de la société communiste, M. Gorbatchev, qui, s'appuyant d'ailleurs sur d'autres membres de sa classe, a mis fin au bolchevisme, pas des russes blancs. Les révolutions ne peuvent être vaincues que par des forces post-révolutionnaires, par des éléments différents, et de ceux qui dominaient avant la révolution et de ceux qui dominent durant la révolution. Tout ce qui est prérévolutionnaire n'est en effet qu'un des éléments internes de la révolution elle-même, de la décomposition révolutionnaire : le prérévolutionnaire et le révolutionnaire ne sont au bout du compte qu'une même entité prise à deux moments différents. La révolution, c'est l'ancien régime - dont la décomposition s'achève (pour la révolution française, c'est très clair à la lecture de Taine : la première partie des Origines de la France contemporaine, consacrée à l'Ancien Régime, est déjà une description de la Révolution). Et il n'y a de salut ni dans ce qui a commencé de se corrompre ni dans ce qui achève de se corrompre. En un mot : Il n'y a jamais de restaurations. Il y a des mouvements convulsifs et spasmodiques de forces qui achèvent de se décomposer dans la révolution - forces que la révolution a désagrégées, - et ensuite des tentatives nouvelles dessinées par les forces que la révolution a fait naître et qui cherchent à conserver les gains vitaux qu'elles ont acquis. Je n'ai pas mes Considérations sur la France avec moi, mais c'est peut-être le sens de la fameuse formule de Maistre : "Une contre-révolution ne doit pas être une révolution contraire, mais le contraire d'une révolution."



Nouvelle pause, et explication. A l'exception des italiques, des incises sur Todd, Taine, Castoriadis, Dumont, Furet, et de quelques tournures personnelles, ce qui précède n'est, peut-être certains d'entre vous s'en doutaient-ils, pas de moi : il s'agit d'une analyse de la révolution russe par Nicolas Berdiaev dans Un nouveau Moyen Age (Plon, 1927, pp. 169-185 : Gorbatchev est par ailleurs prédit par Berdiaev p. 181). Le découvrant en même temps que cette analyse du sarkozysme qu'est Après la démocratie, j'ai eu l'impression que Berdiaev prolongeait Todd, allait plus loin que lui, et via sa référence à Maistre et l'idée du sarkozysme comme révolution, permettait de mieux comprendre ce qu'était ce sarkozysme.

Il y a certes à cette vision de la révolution un obstacle théorique, que l'on peut expliciter en ayant recours à Bolzano : aussi longtemps que seules des causes partielles d'un événement sont réunies, celui-ci n'est pas une fatalité. Dès qu'elles sont toutes présentes, qu'elles forment donc une cause totale, l'événement est à la fois enclenché et fatal - ce qui, dans le cas d'une révolution, prend la forme du torrent décrit par Maistre et Berdiaev. Par conséquent, à partir de quel point peut-on juger que la révolution a eu lieu, et qu'il ne faut plus se battre, ou plus seulement, ou plus principalement, avec des armes prérévolutionnaires, mais avec des armes nouvelles ? Dans le cas du sarkozysme, admettons sans tomber dans un raisonnement circulaire que ce sont précisément les points communs entre cette « révolution » et la description de Berdiaev qui accréditent l'idée que nous sommes passés à autre chose, même si, il est vrai, un doute peut encore subsister.

Dans ce qui suit, qui est aussi du Berdiaev, je remplacerai donc bolchevisme par sarkozysme, à vous de voir à quel point le parallèle peut être fécond - nul besoin de me préciser que N. Sarkozy a pour l'instant fait moins de morts que Lénine, je suis au courant, et l'important n'est pas là. (Je triturerai parfois un peu le texte de Berdiaev pour les besoins de la cause, sans signaler les coupures, ni, bien sûr et surtout, modifier son sens.)

"On ne saurait traiter la révolution d'une façon extérieure. Il est inadmissible de ne voir en elle qu'un fait empirique, sans lien aucun avec ma vie spirituelle, avec ma destinée. S'il demeure dans cette attitude extérieure, l'homme ne peut qu'étouffer de rage impuissante. La révolution a eu lieu non seulement hors de moi et au-dessus de moi, telle qu'un fait incommensurable avec le sens de ma vie, c'est-à-dire privé pour moi de tout sens [et cela même en démocratie, même parce que 53% de mes compatriotes qui ont voté au second tour ont provoqué cette révolution : le fait reste "incommensurable avec le sens de ma vie"] ; elle a eu lieu également avec moi, comme un événement intérieur de ma vie. Le sarkozysme a pris corps en France, et il y a vaincu, parce que je suis ce que je suis, parce qu'il n'y avait pas en moi de réelle force spirituelle - cette force de la foi capable de déplacer les montagnes. Le sarkozysme, c'est mon péché, ma faute. C'est une épreuve qui m'est infligée. Les souffrances que m'a causées le sarkozysme sont l'expiation de ma faute, de mon péché, de notre faute commune et de notre péché commun. Tous sont responsables pour tous. La révolution sarkozyste, c'est la destinée du peuple français et la mienne, la rançon et l'expiation dues par le peuple et par moi.

Que les « socialistes » ne prennent donc plus cet air innocent, suffisant et indigné. Graves sont leurs péchés, et ils doivent endurer une pénitence sévère. Ceux qui ne voient dans le sarkozysme que la violence extérieure d'une bande de brigands s'exerçant sur le peuple français en ont une conception superficielle et fausse. On ne conçoit pas ainsi les destinées historiques des peuples. C'est un point de vue ou bien de petites gens ayant souffert de la révolution, ou bien de combattants actifs, aveuglés par la fureur de la lutte. Les sarkozystes ne sont pas une bande de brigands ayant attaqué le peuple français sur son chemin historique, et l'ayant ligoté pieds et mains ; leur victoire n'est point le fait du hasard. Le sarkozysme est un phénomène beaucoup plus profond, bien plus terrible et plus affreux. Une bande de brigands est moins redoutable. Le sarkozysme n'est pas un phénomène extrinsèque, mais intrinsèque au peuple français, il est la grave maladie morale, il est le mal organique du peuple français [E. Todd : "Ce président est la preuve que la France est malade."]. Le sarkozysme n'est qu'un reflet du vice interne qui réside en nous. Il n'est qu'une hallucination de l'esprit populaire malade. Le sarkozysme correspond à l'état moral du peuple français.

Seul le pouvoir sarkozyste, qui a déclaré la guerre à toutes les qualités au profit des seules quantités [tiens ! Guénon...], brutal et féroce dans ses moyens d'action, peut aujourd'hui gouverner le pays. Le premier plan est occupé par une génération de gens énergiques, âpres à la vie, envieux et cruels, et qui viennent appliquer tous les moyens de la guerre au gouvernement du pays, c'est-à-dire qui continuent la guerre, pour d'autres fins, à l'intérieur même du pays [diviser pour régner]. Mais cela ne veut pas dire une seconde que ces conquérants soient eux-même étrangers à l'état du peuple. C'est précisément le peuple qui les a proclamés dans le temps de sa déchéance et de sa décomposition sanglante. Les sarkozystes forment un pouvoir très impopulaire et qui n'est aimé de personne. Mais ce pouvoir impopulaire et qui n'attire aucune sympathie peut très bien apparaître comme le seul pouvoir possible, dans le cas où le peuple l'a mérité. Au coeur d'une économie en faillite et d'un pouvoir socialiste corrompu, le peuple français n'en a pas mérité d'autre [autrement dit : le sarkozysme peut durer longtemps. J'y reviendrai.] L'énorme masse du peuple français ne peut pas sentir les sarkozystes, mais elle se trouve en état de sarkozysme et en plein mensonge. C'est un paradoxe, mais qui a besoin d'être entendu profondément. Le peuple français doit être délivré de l'état de sarkozysme, vaincre le sarkozysme en soi-même.

- suit un passage intéressant (p. 200), mais qui nous entraînerait trop loin. Berdiaev enchaîne par un hommage à Joseph de Maistre, dont les sentences sur les émigrés durant la Révolution s'appliquent trop bien aux socialistes d'aujourd'hui pour que nous le fassions pas le parallèle :

"Les socialistes ne sont rien et ne peuvent rien... Une des lois de la révolution sarkozyste, c'est que les socialistes ne peuvent l'attaquer que pour leur malheur, et sont totalement exclus de l'oeuvre quelconque qui s'opère.

Ils n'ont rien entrepris qui ait réussi, et même qui n'ait tourné contre eux. Non seulement ils ne réussissent pas, mais tout ce qu'ils entreprennent est marqué d'un tel caractère d'impuissance et de nullité, que l'opinion s'est enfin accoutumée à les regarder comme des hommes qui s'obstinent à défendre un parti proscrit.

Les socialistes ne peuvent rien, on peut même ajouter qu'ils ne sont rien."

- Berdiaev rend ensuite hommage au prophétisme de Dostoïevski, et s'attarde de façon fort intéressante (pp. 208-213) sur l'« idéologie russe ». Puis il revient aux sarkozystes :

"Un type anthropologique nouveau a percé en France. Les plus forts au point de vue biologique se sont amalgamés et ils se sont trouvés occuper les premiers rangs de la vie. Alors on a connu un jeune homme rasé de près, l'attitude martiale, très énergique, sensé, animé de la volonté d'arriver au pouvoir et cherchant à se glisser aux premiers rangs de la vie - dans la plupart des cas, fort impertinent et sans-gêne. On le rencontre partout, il règne partout. C'est lui qu'on voit rouler en auto à toute allure, brisant choses et gens sur sur chemin. Le nouveau jeune homme n'est pas de type français, mais de type international. Des gens habiles dans les affaires de ce monde, sans scrupules mais doués d'énergie, ont réussi à percer et à proclamer leurs droits d'être les maîtres de la vie. La France traverse une époque de démoralisation, qui la fait courir aux jouissances de la vie, - époque comparable à celle du Directoire. La matérialisation et la démoralisation n'ont pas emporté seulement les sarkozystes ; ce phénomène a bien plus d'ampleur. Les Français s'habituent à l'esclavage, ils n'ont plus le même besoin de liberté, ils ont échangé la liberté de l'esprit contre les biens extérieurs. Ce noir sentiment, l'Envie, est devenu la puissance exterminatrice du monde. Et il est difficile d'enrayer les progrès de son développement.

- ici, évidemment, c'est un peu daté, car cela fait longtemps que les Français ont pris goût à l'esclavage - mais c'était encore nouveau pour les Russes en 1927. Notons que l'on retrouve ici le ton des premiers pamphlets de Bernanos, à peine plus tardifs - Nous autres Français ou Les grands cimetières...., et laissons à Berdiaev le mot de la fin :

Il ne peut y avoir de retour à la vie d'avant la crise et d'avant le sarkozysme, et il ne doit pas y en avoir. Si ce retour était possible, les douleurs et les souffrances de nos jours n'auraient plus ni sens ni justification. Ce qui est condamnable et néfaste chez le réactionnaire, c'est précisément d'aspirer au retour du proche passé. La révolution ne crée pas de vie nouvelle, de vie meilleure ; elle ne manifeste que la décomposition de la vie ancienne menée dans le péché. Mais l'expérience spirituelle, acquise par la crise et la révolution, doit nous guider vers une vie nouvelle qui sera meilleure. C'est ce que chaque homme d'esprit éclairé doit décider pour lui-même, quelle que soit sa conception optimiste ou pessimiste de l'avenir. Une vie nouvelle, une vie meilleure est avant tout une vie spirituelle. Le mot d'ordre pour chacun, c'est : Fais ce que dois, advienne que pourra. Il n'y a pas de retour possible au vieux libéralisme des intellectuels ou au socialisme." (pp. 186-224)

L'aura-t-on remarqué, j'ai sur la fin opéré un glissement en introduisant la crise économico-financière dans le jeu. Ce serait plus évident si l'on parlait d'Obama, mais si l'on admet que la crise ne date pas d'aujourd'hui, qu'elle remonte à plusieurs années - en tant que crise ; sa gravité a évidemment pris une autre dimension depuis peu, « et que c'est pas fini » - et que c'est elle qui a contribué à faire élire N. Sarkozy, il semble légitime de la faire ainsi intervenir de façon comparable à la Grande guerre pour la Russie de 1917. La différence étant que les bolcheviks mirent fin à la participation russe à la guerre, ce qui ne se fit pas (Brest-Litovsk) sans douleur, alors que l'on ne mettra pas fin à la crise par simple décision, même douloureuse. Mais cela conduit à la question de la durée du sarkozysme, et de l'influence qu'aura la crise sur cette durée : va-t-elle aider N. Sarkozy ou lui nuire... - comme disait l'autre, c'est une autre histoire, que nous aborderons en principe la prochaine fois. Je vous laisse avec ces méditations maistriennes, Dieu nous protège !



N.B. : j'ai utilisé la vieille traduction du Nouveau Moyen Age parue chez Plon en 1927. L'Age d'Homme l'a retraduit et réédité en 1985 : l'ayant parcourue et utilisée sur certains points de détails peu clairs dans la version de 1927, cette traduction m'a parue sensiblement différente, plus sèche, moins maistrienne justement. Difficile du coup de savoir où se trouve le « vrai » Berdiaev, si la traductrice de Plon (l'anonyme A.-M. F.) s'est laissée emporter, ou si J.-C. Marcadé et S. Siger, pour L'Age d'Homme, ont été trop secs. A suivre un jour peut-être, mais si vous allez vérifier mon utilisation des thèses de Berdiaev en vous référant à l'édition actuellement disponible, ne soyez pas surpris si vous êtes surpris !

Enfin, je remercie mon ami C. B. - un social-démocrate, je ne suis vraiment pas sectaire - pour m'avoir fourni certains des fils conducteurs ici suivis.

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lundi 9 juillet 2007

Démocratie de branleurs. (Où sont les femmes ? - II) - Ajout le 12.O7.

7mirosmokescopy





Ajout.





Alors, bon, le clitoris... Ceux qui comme moi ont regardé dans leur jeunesse Le sens de la vie, des Monty Python, qu'Allah bénisse ces derniers, se souviennent peut-être de la séquence d'éducation sexuelle au lycée, avec le professeur, l'admirable John Cleese, commençant son cours : "Alors maintenant, le sexe... Le sexe, le sexe, le sexe..." - sur le ton vaguement ennuyé, de qui pense à autre chose, dont un professeur de droit évoquerait l'article 49-3 - et d'ailleurs, que Festivus et Ségolène Royal soient maudits, les élèves semblent autant s'intéresser au dit sexe que des étudiants en droit à un cours sur le 49-3 ou tout autre article.

Bref, le clitoris, le clitoris, le clitoris... Si "le hasard est la providence des imbéciles", sans doute faut-il que j'invoque plus la providence que le hasard pour justifier le fait qu'en quelques jours j'aie pu découvrir cette phrase, que je vous citais il y a peu, de Dominique de Roux :

"Un des secrets de Dostoïevski : il a prévu l'avènement du matriarcat sur le père, la démocratie ou le règne du clitoris, l'amazonisation." ;

que j'aie pu tomber sur cet article de Libération, intitulé, ces gens-là sont des poètes, "Mademoiselle Clito" (que le fantôme de Trenet les encule comme de vulgaires mitrons !), dont j'extrais ces lignes caractéristiques :

- "«Plus de 80 % des femmes que j’ai interrogées ignoraient le mode d’emploi et l’anatomie de leur clitoris.»  Déterminée à combler ces lacunes, Rosemonde Pujol n’est pas avare en descriptions. «C’est un beau cas d’égalité homme-femme, le clitoris. Comme le pénis, il possède un gland, un prépuce, et un petit nerf moteur, le nerf érectile, qui prend sa source au cerveau.»  Ça, c’est pour la partie visible, soit un cylindre d’environ deux centimètres de haut sur moins d’un centimètre de large. A l’intérieur, «la forme cylindrique s’épanouit en un volume près de dix fois supérieur à la partie visible» . Ainsi, conclut Rosemonde, «on a un pénis, ils ont un pénis, et pourtant ils veulent qu’il n’y ait que le leur qui compte !». "

- «A partir d’un certain âge, c’est la seule chose qui continue à vivre aussi fort qu’avant,  s’exclame Rosemonde. Les amours sont mortes, le clitoris est vivant !» 

des poètes, je vous dis (transposez ce paragraphe dans le domaine masculin, pour juger de sa teneur poétique et altruiste) ;

et enfin, par un cheminement tortueux dont je vous épargne les détails, ces remarques du psychanalyste anglais D. Winnicott, dans un texte intitulé "Ce féminisme" (in Conversations ordinaires, Gallimard, 1988) :

"La source du féminisme est là, dans l'illusion généralisée, chez les femmes comme chez les hommes, qu'il existe un pénis féminin, et dans la fixation particulière de certaines femmes et de certains hommes au stade phallique, c'est-à-dire au stade qui précède celui de la pleine génitalité."

"On peut donc considérer qu'il y a dans le féminisme un degré plus ou moins important d'anormalité. A l'un des extrêmes, c'est la protestation de la femme contre une société mâle dominée par la gloriole masculine dans la phase phallique ; à l'autre, c'est le déni par la femme de sa réelle infériorité au cours d'une certaine phase de développement physique."

- la certaine période, c'est le début de la puberté, quand la jeune fille, encore peu consciente des possibilités de son vagin, peut regretter, éprouver comme un manque, de n'avoir pas de pénis - et trouve éventuellement dans le clitoris un pénis de substitution.

J'ajouterai la mention du souvenir du film de Jean-Claude Guiguet, Les passagers, dérive communautariste, sur le tard, d'un réalisateur jusque-là très pénétré de son art, dans lequel l'ultra-pédé Jean-Christophe Bouvet, bon comédien par ailleurs, explique à qui veut l'entendre que "le clitoris est une verge" - sous entendu, "les hétéros sont aussi des suceurs de bite".

La providence étant ce qu'elle est, j'ai déjà tout dit, il n'y a plus qu'à ajouter deux et deux, non pour condamner en bloc le féminisme, qui certes ne se réduit pas à ce qu'en dit Winnicott, ni le plaisir clitoridien, ce n'est pas notre tempérament, mais pour pointer l'égalitarisme extrêmement primaire, revanchard, miteux et "organisciste" qui imprègne les propos de Mme Pujol ("moi aussi j'ai une bite", tel est en définitive son message - il faudra d'ailleurs m'expliquer à quoi sert un pénis à l'intérieur du corps - si du moins l'auteur de l'article n'a pas écrit tout à fait n'importe quoi), et rappeler, avec Dominique de Roux et Donald Winnicott, à quel point tout ce cirque clitoridien est onaniste, bien loin de la recherche - difficile, mais bon sang de bois, quand elle est menée à terme, si terme il y a...! - de la complémentarité, avant, pendant et, qui sait, parfois, après l'acte. Je vous laisse développer, sans excès bien sûr, les analogies avec l'orgueil branleur de l'homo democraticus et les droits qu'il trouve toujours à revendiquer.


Et pour conclure, deux extraits du Sens de la vie, sans sous-titres hélas :

- un hymne au pénis - un peu de male pride, pourquoi pas ;





- un - célèbre, justement célèbre - hymne au sperme, chanté par un vaillant catholique - et comme tout ce texte a des échos murayiens, et que Muray voyait dans la Bible une des plus belles illustrations de la différence des sexes... - eh bien, la preuve est faite, il n'y a pas de hasard, sauf pour les imbéciles.







Avant de reproduire l'article de Libération, pour le cas où le lien ne serait plus valide, je profite de l'occasion pour livrer un souvenir cinéphile qui vaut ce qu'il vaut, car ma vision de ce film remonte à une bonne dizaine d'années : j'ai rarement eu le sentiment de toucher du doigt (honni soit...) d'aussi près la différence des sexes que dans Le val Abraham de Manuel de Oliveira.

20060517-leonor


C'est une adaptation de Madame Bovary, et Dieu sait que Flaubert s'y connaissait en différence des sexes et a influencé Muray. Non, il n'y a pas de hasard.

Dieu vous bénisse !





Ajout.
Oui, je découvre dans le numéro 124, printemps 2007, p. 27, de la revue Eléments, entre un bon article de M. Cinéma et des odes à la gloire d'Alain de Benoist, la donnée suivante, hélas peu précise :

"Les travaux des sexologues publiés depuis les années 1950 montrent que... l'absence d'orgasme au cours des relations sexuelles reste fréquente chez un grand nombre de femmes, quelles que soient les qualités de leur partenaire, et que l'orgasme féminin est le plus souvent obtenu en dehors du rapport hérérosexuel, par la masturbation du clitoris."

- c'est vague non seulement d'un point de vue statistique, mais formel : "en dehors" peut - ou non - vouloir dire pendant le dit rapport.

Bref :

- le clitoris n'a manifestement guère besoin d'être réhabilité, sauf par des gens qui ont envie de faire parler d'eux ;

- c'est l'occasion de rappeler la composante masturbatoire souvent présente durant l'acte, des deux côtés (par exemple, avec une prostituée, ce n'est jamais que de l'onanisme in vitro, si j'ose dire), composante que j'avais, c'est péché, laissée de côté dans le premier jet (honni soit !) de cette note.



"Mademoiselle clito
Sexualité. Rosemonde Pujol, 89 ans, entend réhabiliter l’organe du plaisir féminin.

Un seul commentaire, sur cet article défini, comme s'il n'y avait qu'un seul organe pour ce plaisir : et le vagin, il sert à quoi ? Branleurs !!!

- Et puis un autre commentaire, tout de même : réhabilitation, piège à cons !


"Rosemonde Pujol a 89 ans, un passé de résistante et de militante de la cause féminine, une carrière de journaliste économique à France Inter et au Figaro,  une douzaine d’ouvrages de consommation et de santé publiés. Et, à l’orée de sa quatre-vingt-dixième année, un nouveau combat à mener : «la réhabilitation du clitoris».  L’œil qui brille et le sourire en coin, elle se délecte de l’étonnement de ses interlocuteurs lorsqu’elle évoque son dernier livre, Un petit bout de bonheur  (1). Avocate du plaisir féminin «jusqu’à 100 ans au moins»,  Rosemonde Pujol a proposé à 80 femmes de tous âges et milieux sociaux de papoter ensemble de leur «petite fleur».  Bilan : des insultes, des «A votre âge, vous n’avez pas honte !»  mais aussi des confidences qui font le sel de son ouvrage. Tour d’horizon en cinq volets d’un auteur et d’un sujet réjouissants.

De la résistance au clitoris.

Si l’on s’étonne que Rosemonde Pujol, alias Colinette (son «nom de guerre» ), chevalier de la Légion d’honneur, Médaille de la Résistance avec rosette et grade d’officier, s’intéresse au «siège du plaisir féminin»,  elle n’y voit au contraire que «pure logique»  : «J’ai toujours mieux aimé faire que subir.»  De la même façon qu’elle lutta jadis contre l’occupant, elle lutte aujourd’hui contre l’ «andro-centrisme»  ou «culte du phallus».  «J’ai interrogé des lycéennes et leurs professeurs de SVT [sciences et vie de la terre, ndlr]  , raconte Rosemonde, indignée. Eh bien encore aujourd’hui, dans les manuels, alors que tous les organes masculins sont minutieusement décrits, on ne trouve rien sur le clitoris.»  Elle cite l’exemple d’une professeure de terminale qui, en tentant d’apporter plus d’explications sur le «bouton magique»,  s’est attiré l’ire de sa hiérarchie et des parents d’élèves.

«Petit pénis».

Pour Rosemonde Pujol, tombée enceinte à 41 ans (son premier et unique enfant), le plaisir féminin souffre de la dictature de la maternité. «On a beaucoup cherché à me culpabiliser d’être mère sur le tard, comme si j’avais négligé ce pour quoi j’étais faite. Les organes génitaux féminins ne sont valorisés que pour leur fonction reproductive. Le clitoris est méprisé car il est stérile.»  Cette «inutilité reproductive»  serait l’origine du tabou. «Plus de 80 % des femmes que j’ai interrogées ignoraient le mode d’emploi et l’anatomie de leur clitoris.»  Déterminée à combler ces lacunes, Rosemonde Pujol n’est pas avare en descriptions. «C’est un beau cas d’égalité homme-femme, le clitoris. Comme le pénis, il possède un gland, un prépuce, et un petit nerf moteur, le nerf érectile, qui prend sa source au cerveau.»  Ça, c’est pour la partie visible, soit un cylindre d’environ deux centimètres de haut sur moins d’un centimètre de large. A l’intérieur, «la forme cylindrique s’épanouit en un volume près de dix fois supérieur à la partie visible» . Ainsi, conclut Rosemonde, «on a un pénis, ils ont un pénis, et pourtant ils veulent qu’il n’y ait que le leur qui compte !». 

Masturbation de 0 à 100 ans.

Lorsqu’elle était jeune élève pensionnaire chez les jésuites, Rosemonde Pujol se masturbait en lisant des récits sacrés. «Je ne savais pas que c’était interdit, ni que cela s’appelait masturbation. J’avais l’impression en ressentant ce plaisir de rejoindre Dieu et de devenir sainte.»  Des années de culpabilisation puis d’émancipation plus tard, Rosemonde assure que «la masturbation clitoridienne est un geste pur, puisque pratiqué de manière innée. Le fœtus se masturbe dans le ventre de sa mère».  Pur, et pérenne. «A partir d’un certain âge, c’est la seule chose qui continue à vivre aussi fort qu’avant,  s’exclame Rosemonde. Les amours sont mortes, le clitoris est vivant !» 

«Un moyen de survie»

Distançant largement le pénis, le clitoris posséderait quelque 8 000 à 10 000 capteurs sensitifs, quand son homologue masculin n’en compterait que 3 000 à 4 000. Les capteurs neuronaux du clitoris (plus nombreux également que ceux des doigts, des lèvres ou de la langue), une fois stimulés, entraînent la libération d’une hormone de plaisir, l’ocytocine. «Ce que m’ont dit les médecins,  confie Rosemonde, c’est que grâce à cette hormone, le clitoris est un véritable moyen de survie pour femmes. Un bain de jouvence. Un produit de beauté.»  Comme deux de ses amies nonagénaires, ­elle voit là le secret de sa longévité. «Les sages-femmes du Moyen Age caressaient le clitoris des femmes enceintes, car tout ce qui rendait la mère heureuse rendait l’enfant heureux. Maintenant la grossesse, c’est : Ne faites pas ci, faites attention à ça. J’ai l’impression d’être en 1917, l’année de ma naissance, pas en 2007.» 

La poésie du clitoris.

Il paraît que les Italiens, pour évoquer les caresses clitoridiennes, disent qu’ils «jouent de la mandoline».  Rosemonde apprécie la métaphore. «Le clitoris est un organe poétique, car c’est l’un des rares à n’avoir aucune utilité productive. Il offre l’évasion, la douceur.»  Elle marque une pause en souriant. «Le clitoris permet à la femme qui se trouve laide de se sentir belle. D’ailleurs, elle ne se sent plus du tout : elle flotte dans le bonheur.»"

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lundi 23 avril 2007

On aura tout - déjà - vu.

(Légèrement modifié le lundi matin.)

On connaît le personnage de l'idiot utile, nous venons de vivre une journée de voteurs utiles - c'est-à-dire d'esclaves utiles, et fort contents de l'être comme d'être aussi nombreux à l'être. Je les ai vus défiler toute la journée, patientant souvent trois quarts d'heure pour mettre leur bulletin dans l'urne, sans même vraiment râler, tellement ils croyaient au sérieux de la chose, tellement heureux de se retrouver si nombreux, si sérieux, si croyants, si dignes - et tout ça, c'est logique, pour voter utile, voter sain, voter sérieux (0,6% de votes blancs ou nuls dans le bureau de vote où j'ai travaillé). Et finalement donner au probable, à l'heure où j'écris, futur président ce que l'on appelle par nos contrées une "forte légitimité", comme, aux médias, rétrospectivement, raison - cela d'évidence nous manquait.

Esclaves utiles. J'avais donc raison, il y a deux mois, n'en déplaise à M. Aliéné. Ach, dans quinze jours, pas de merveilleuse créature sur ce site. Je garde tout pour, par-devers et sous moi.


"Etre un homme utile m'a toujours paru quelque chose de bien hideux."

Le peuple est souverain. Merci patron !

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mercredi 18 avril 2007

Gauchet (presque) baudelairien.

Allez, chauffe Marcel !

"L'expansion du modèle du marché, y compris et surtout au-delà de la sphère des relations marchandes proprement dites, est rendue possible par la cohésion sous-jacente qu'assure l'Etat. Idéologiquement, celui-ci est sur la défensive, on dénonce son inefficacité et son autorité abusive ; il n'empêche que c'est lui qui permet au marché d'élargir son entreprise. Les acteurs l'ont d'ailleurs confusément compris : ils réclament à l'Etat davantage de marché. Ils lui demandent de garantir davantage de liberté de rapports entre eux grâce à une prise en charge encore plus systématique de leur espace de coexistence. A lui de fournir le cadre, à nous de mettre le contenu, dans l'ajustement sans contrainte des offres et des demandes. Il n'y a pas de limites à cette confiance investie dans le pouvoir d'organisation et de contrôle de la puissance publique. Pourquoi pas le droit du consommateur à une drogue certifiée pure et sans danger par des organismes dûment subventionnés ? Cette confiance n'a d'égale que la défiance à l'égard des intrusions de l'Etat dans ce qui ne le regarde pas. Les Pères fondateurs de la pensée libérale n'avaient pas songé à cette alliance insolite des revendications d'une liberté totale et d'une surveillance pointilleuse ! C'est l'ambiguïté actuelle de la crise de la politique. Autant il est vrai que l'Etat est descendu de son piédestal, qu'on n'attend plus des gouvernements qu'ils indiquent l'avenir et qu'ils pilotent le devenir, autant il est faux qu'on ne leur demande plus rien. Jamais au contraire on n'a autant compté sur eux. La demande multiforme de sécurité qui monte de partout dans nos sociétés est éloquente à cet égard ; on n'a plus besoin de l'autorité publique pour tracer la voie, gouverner les esprits et mener le troupeau collectif ; elle est irremplaçable, en revanche, pour constituer le cadre collectif à l'intérieur duquel peut s'épanouir le marché des libertés privées.

Il faut sortir des dichotnomies naïves : la vérité est que l'Etat a produit le marché. La grande inflexion des années 1970, l'émancipation des sociétés civiles et de la sphère des relations individuelles, est le résultat de l'action en profondeur de l'Etat d'organisation, de planification et de régulation surgi des deux guerres mondiales. Le phénomène s'est présenté sous deux faces, une face positive et une face négative, et c'est ce qui a brouillé ses racines. Ce qu'on a surtout vu et retenu, c'est la critique des dysfonctionnements de cet Etat grandi trop vite et dont la croissance a été mal maîtrisée. L'arbre a caché la forêt. Car le principal du mouvement a consisté bien moins dans le recul de l'Etat que dans l'exploitation des ressources qu'il avait créées.

Mais le plus important est de reconnaître à cette montée en puissance de l'Etat d'infrastructure sa véritable portée. Elle représente la substitution d'une unité produite par le politique à l'unité produite par la religion."

- Peut-être analyserons-nous un jour les développements, contestables, qui suivent cette citation (où je me suis d'ailleurs forcé pour ne pas rajouter des guillemets à des mots comme "liberté", "émancipation", etc., mais passons.) Ce n'est pas l'objectif du jour. Reprenons quelques pages plus loin :

"Le constat de dépolitisation ne suffit pas. Si l'éloignement des citoyens vis-à-vis de la chose publique est une donnée patente, la situation comporte un autre versant : la politique est assiégée, simultanément, par une énorme demande. La vérité est que nous lui demandons tout. Le petit entrepreneur de Birmingham en 1850 ou le pionnier de l'Ouest américain n'attendaient pas grand-chose de la politique et espéraient bien se débrouiller seuls. Ces figures héroïques d'une autre âge font ressortir le contraste : tout le monde aujourd'hui a quelque chose à demander à la politique, à commencer par la reconnaissance d'une existence ressentie comme tellement précaire qu'elle appelle une certification publique. La demande de sécurité, qui est si profonde au sein de notre monde, me semble typique du sentiment de vulnérabilité qui hante les individus et de l'attente qu'ils investissent sur la collectivité. Mais la collectivité, où est-elle ? Qu'elle est-elle ? Ses traits sont brouillés. Elle est récusée dès lors qu'elle se présente comme une appartenance contraignante. Cela ne l'empêche pas d'être intensément sollicitée. On se trouve devant des individus qui voudraient tenir tout seuls, exister par eux-mêmes, ne pas appartenir, et qui en sont en réalité à demander l'assurance d'exister à cette entité insaisissable.

Cette ambivalence est au coeur du malaise politique des démocraties. Les populations ne se sentent pas exprimées par leurs représentants. Les gouvernés se plaignent de l'éloignement et de l'indifférence des gouvernants vis-à-vis de leurs préoccupations. Jamais ceux-ci, en réalité, n'ont été si proches de leurs électeurs, jamais ils ne se sont autant tracassés de leurs opinions et de leurs attentes. Mais cette proximité effective est impuissante contre la perception de la distance. L'étrangeté ne tient pas à l'ignorance des gouvernants, mais au fait que le ressort du pouvoir collectif échappe aux citoyens. Le plan où s'effectue l'agrégation globale des activités collectives est impensable pour les acteurs sociaux [quel charabia]. Ceux qui le représentent sont d'ailleurs, quoi qu'ils fassent et disent. L'extériorité qui leur est attribuée est celle d'une communauté politique dont on ne sait plus se reconnaître membre, tout en attendant qu'elle reconnaisse votre identité. Ce mélange de demande sans limite et de protestation résignée témoigne d'une perturbation majeure de l'articulation entre l'individuel et son collectif. Le citoyen ne parvient plus à s'ajuster au corps politique. Socialisation et individualisation n'ont jamais été aussi corrélatives, et cependant elles se disjoignent."

(La condition historique, 2003, "Folio", pp. 389-91 et 427-28.)

Dans ces dernières formulations M. Gauchet reste prudent et quelque peu flou - c'est "corrélatif" ou c'est "cependant" ? Est-ce que ce n'est pas "cependant" justement parce que c'est "corrélatif" ? Une telle forme de demande de socialisation n'est-elle pas vouée à être déçue ? L'individu moderne est un enfant gâté et à ce titre mérite des baffes, ce qui peut d'ailleurs lui redonner un sentiment de réalité (cf. la coda ci-dessous) - en même temps on ne peut nier qu'il soit seul, et que cela est, d'abord et fondamentalement, triste.


A part ça, on me souffle qu'il y a eu, pour l'élection à venir, deux fois plus de sondages qu'il y a cinq ans. Cela n'est guère étonnant si l'on repense à tous ces titres de journaux qui depuis des mois commentent les sondages que lesdits journaux ont commandés, parfois en lieu et place de la présentation des programmes sur lequels les sondés (honni soit...) sont justement supposés avoir un avis (et, comme on dit, un avis, à l'instar de certain orifice, tout le monde en a un). Cela l'est plus si l'on pense aux brillants résultats obtenus pas les sondeurs (honni soit...) en 2002 et 2005. L'inconséquence, cet "habitus moderne", comme disait le vieux Bouveresse ("On peut craindre qu’il n’y ait malheureusement rien à quoi l’homme d’aujourd’hui s’habitue aussi facilement et qui finisse par lui sembler aussi naturel que l’inconséquence. Penser d’une façon et agir d’une autre peut malheureusement devenir un habitus et même constituer l’habitus moderne par excellence.") - ach, finissons comme nous avons commencé, par un hommage aux Charlots : "Je dis n'importe quoi, je fais tout ce qu'on me dit..."







J'ai découvert ces lignes hier, elles sont trop en rapport avec ce qui précède pour que je m'abstienne de les citer :

"Ce n'est même pas parce qu'il s'est aperçu de la puérilité des fomentations du cercle Petrachevski auquel il a participé (si peu) que [Dostoievski] devient un fan du Tsar, au point de passer pour un avili, lèche-cul, conservateur, réac, super-facho, etc., mais parce qu'il fallait bien remercier l'autorité de l'avoir remis sur la bonne voie de la compréhension de soi et des autres, qu'il a découverte dans La Maison des morts. Grâce au Tsar, il a accédé au salut et à la jouissance car punir sauve, et pardonner fait jouir : la plupart des hommes inversent les verbes ! Dostoïevski adule dans la loi, ce qu'elle punit inconsciemment de médiocrement mauvais ou de banalement rebelle chez l'homme. Ce que lui a fait comprendre la Sibérie sur lui-même est inestimable par rapport à ce qu'il pouvait, dans sa vanité, s'imaginer changer du pays. Voilà pourquoi il est si sévère à son tour contre les velléitaires idéalistes qui, sous couvert d'altruisme humanitaire, ne croient au fond qu'à l'idée qu'ils se font de la réalité d'autrui, ce qui leur permet à bon compte de fuir leur vérité personnelle. En gros, rien ne vaut une gifle pour vous faire comprendre que vous avez une joue. La volonté, de la part des socialistes, avec toute la fausse religiosité que cela comporte, de supprimer la souffrance des hommes, est peut-être le fléau principal que Dostoïevski voulait combattre. Qui peut prétendre s'attaquer à la souffrance ? En tant qu'"excès de liberté individuelle" (Powys), elle est sacrée."

(Préface de M.-E. Nabe au Dostoïevski de J. C. Powys, Bartillat, 2000, pp. 15-16.)



Allez, un dernier cadeau pour tous les esclaves salariés !

- Ce que vous faites ici-bas / Un jour Dieu vous le rendra...

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samedi 10 février 2007

La vérité en face.

(Suite de la note précédente ; les citations à l'intérieur du texte de V. Descombes sont de Tocqueville.)


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"Lorsque l'autorité cesse d'être extérieure, lorsqu'elle est comme remise à chaque individu, elle n'en disparaît pas pour autant. L'individu reste dépendant d'une source à laquelle puiser des opinions qu'il est bien incapable de former par lui-même. "Ainsi, la question n'est pas de savoir s'il existe une autorité intellectuelle dans les siècles démocratiques, mais seulement où en est le dépôt et quelle en sera la mesure". Tocqueville écarte, sans mobiliser pour cela un grand appareil anti-sceptique, la méthode critique du philosophe post-cartésien. Il écrit cette phrase qu'on pourrait trouver aussi bien dans un texte de Peirce ou de Wittgenstein : "Il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d'autrui, et qui ne suppose beaucoup plus de vérités qu'il n'en établit".

Voici par conséquent le sens de l'individualisation du jugement du point de vue d'une philosophie sociale : le trait propre des sociétés démocratiques n'est pas qu'on trouve la "source principale des croyances" en soi et non plus au ciel, c'est qu'on trouve ces croyances "dans la raison humaine", c'est-à-dire dans l'opinion commune, et non plus dans le surnaturel.

Tocqueville, pourrait-on dire, est sociologue en ce qu'il entend placer sa philosophie politique (normative) dans la dépendance d'une philosophie sociale (descriptive). C'est pourquoi il n'écrit pas, comme le font encore aujourd'hui les héritiers individualistes de la philosophie des Lumières : jadis, les hommes étaient conduits par la tradition, maintenant, chaque homme est conduit par sa propre raison. Tocqueville tiendra un langage conforme au principe comparatif qu'il applique dans ses descriptions des sociétés américaine et française : jadis, les hommes cherchaient l'autorité intellectuelle là où ils apercevaient une supériorité (ancêtres fondateurs, maîtres incontestés), aujourd'hui ils la cherchent dans "la raison humaine", ce qui veut dire dans l'opinion commune des hommes, laquelle se traduit pour eux par l'opinion du plus grand nombre de leurs voisins. "Aux Etats-Unis, la majorité se charge de fournir aux individus une foule d'opinions toutes faites, et les soulage ainsi de l'obligation de s'en former qui leur soient propres." La religion elle-même est reçue comme étant l'opinion commune (plutôt qu'une révélation). Il est d'ailleurs concevable que la liberté individuelle de penser puisse être moindre en régime démocratique (si l'opinion majoritaire devient trop puissante) qu'en régime aristocratique.

Dira-t-on que Tocqueville décrit un homme démocratique qui se laisser aller au conformisme ? Peut-être, mais qui ira reprocher à l'homme démocratique de prendre ses opinions personnelles dans l'opinion commune, alors même que nous le félicitons de ne plus les prendre dans une "raison supérieure" ? On dira : mais pourquoi ne tire-t-il pas ses opinions d'une source personnelle, sa propre raison ? Mais dire cela, c'est revenir à l'idée qu'une conscience cartésienne puisse fournir au citoyen des vérités premières sur lesquelles il lui serait possible de fonder tous ses jugements et toutes ses décisions en matière politique. Ces vérités premières seraient signalées par le sentiment inébranlable de vérité qu'est censé procurer (...) le contact cognitif avec soi. En réalité, la légende du sujet des temps modernes ne peut pas espérer survivre à la philosophie de la conscience." (pp. 371-73)


De Profundis !

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samedi 3 février 2007

Démocratie, sadisme, masochisme (ou : pourquoi Jean-Marie Le Pen et moi-même avons déjà perdu).

"Un moment historique pour la France" - ainsi s'est exprimé le premier ministre au sujet de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Il s'agit en l'occurrence d'une légère erreur : le "moment historique" n'est pas la loi elle-même, mais l'absence de réactions des gens à une pareille mesure. "On râle, mais on obéit", titrait (je cite de mémoire) le Parisien. Il n'y a plus qu'en votant - et encore, rendez-vous dans trois mois - que les Français aient un peu de courage. Finalement, que Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal parachèvent leur évolution en esclaves-citoyens-fiers-de-l'être (un peu plus esclaves chez le premier, un peu plus citoyens (mettez des guillemets si ça vous chante...) chez la deuxième, mais bon, la distinction reste subtile), et qu'on n'en parle plus.


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Même la perspective d'un gros vote Le Pen semble d'un coup bien dérisoire et inutile. S'ils aiment la schlague, après tout, ce n'est pas par une petite révolte électorale tous les cinq ans que les Français vont parvenir à s'en dégoûter. Ach, sans doute faut-il faut laisser les gens à leur bonheur. Bonne bourre, donc !


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Il est vrai qu'après réflexion, un doute peut apparaître - valait-il la peine de sacrifier son honneur et son égoïsme naturel au phallus de la collectivité ?


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A chacun sa réponse... En ce qui me concerne, j'ai arrêté de fumer, sauf exceptions festives, il y a des années, par manque d'argent. Si vous voulez me voir appliquer mes propres principes, envoyez des dons, pour les cigarettes (enfin, plutôt pour pipe ou cigares), et pour les amendes. Merci d'avance !

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dimanche 22 octobre 2006

Pont-aux-ânes.

Il y a la phrase : "La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres" ("Democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time.", novembre 1947 : à la lire en l'extrayant de son contexte, on est tout de même surpris : c'est plutôt la démocratie qui dans l'histoire a été essayée "from time to time", c'est elle l'exception, Churchill semble suggérer le contraire. Passons.), et il y a son usage.

On la cite tellement désormais qu'elle est censée tout excuser. Ce n'est pas grave si nous sommes des enfoirés, puisque nous sommes démocrates ! Un tel essentialisme frôle le racisme.

Imaginons un buveur régulier et un alcoolique. Le premier boit moins que le second : s'il regrette tout de même de boire, et l'avoue, il se juge néanmoins supérieur à l'autre, et ne se gêne pas non plus pour le faire savoir. Effectivement, lorsqu'il est sobre, il mène une vie tout à fait normale, bien plus que l'autre. Mais chaque fois qu'il boit, sous prétexte qu'il n'est pas alcoolique, et que donc il ne peut être vraiment dangereux, il prend sa voiture et provoque ou manque de provoquer un accident. L'alcoolique, plus prudent, rentre à pied ou en taxi quand il a un coup dans l'aile.

Nos bombes, nos accointances de plus en plus marquées avec l'arbitraire, notre arrogance même, où est le problème ? Nous sommes tellement modestes, et tellement démocrates, et modestes parce que démocrates, grâce à saint Churchill, et peut-être même démocrates parce que modestes (ce qui serait plus difficile à prouver). Nous cherchons à gagner sur tous les tableaux : lorsque nous faisons quelque chose de bien, c'est parce que nous sommes démocrates ; lorsque nous faisons quelque chose de mal, c'est malgré notre amour de la démocratie, et, voyez si nous ne sommes pas merveilleux : nous sommes parfois capables de l'admettre, ou certains d'entre nous, en l'admettant, dédouanent tous les autres, puisqu'ils ont le droit de l'admettre (on a eu de beaux exemples de cette manière de faire avec les critiques contre l'armée en Israël après les déboires subis au Liban : regardez cette merveilleuse démocratie, où l'on ose dire du mal du pouvoir. Que le pouvoir en question ne se soit pas du tout comporté de façon démocratique dans les semaines précédentes en devenait d'un coup moins gênant...) Et lorsque les autres font quelque chose de bien, c'est malgré leur régime. Et s'il leur arrive d'admettre qu'ils font quelque chose de mal, c'est toujours grâce à de "courageux opposants", qui ne dédouanent pas leurs compatriotes de leur ignominie, mais au contraire les accablent.

De fait, il est indéniablement plus aisé, pour l'instant, d'être avocat de sans-papiers en France, que militant des droits de l'homme en Arabie Saoudite ou en Syrie (je prends un pays fabriqué par les Américains et un rogue state comme exemples, pas de jaloux). Déjà si l'on prend comme élément de comparaison le sans-papier lui-même, l'écart des situations tend à diminuer. Surtout, il y a deux facteurs à ne pas perdre de vue :

- considérer sans arrêt nos faiblesses comme mineures, puisqu'après tout ce que les autres font est toujours pire, ne va pas dans le sens d'une grande rigueur vis-à-vis de nous-mêmes. Autant dire que nous ne semblons pas sur une très bonne pente, et que les écarts en question risquent de diminuer - surtout si les "non-démocraties" cherchent à nous prendre à notre propre jeu, ce qui serait certes une bonne nouvelle ;

- ce qui a fait acheter aux gens la démocratie, ce n'est pas tant le droit de vote, c'est la perspective d'en finir avec le degré d'arbitraire auquel était parvenu l'Ancien régime. Si la démocratie réintroduit cet arbtraire, il est à parier que les gens ne considéreront pas très longtemps que mettre une enveloppe dans un bulletin une fois de temps en temps, et somnoler leur digestion devant une télé plasma compenseront la crainte du retour du n'importe quoi juridique. Et il y a la situation : on préfère toujours vivre à la dure, avec des règles du jeu claires, que le contraire.

Il est vrai que, sur ces deux dernières phrases, avec les moeurs actuelles, on ne peut jurer de rien. Mais il n'y a tout de même pas que des bobos dans ce pays, il y a encore quelques agriculteurs, quelques vieux, pas mal d'alcooliques et un bon paquet d'Arabes, dont on espère tout de même qu'ils ne sont pas tous prêts à tous les sacrifices pour "s'intégrer".

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vendredi 16 juin 2006

Sans rien légitimer.

Peut-être faudra-t-il un jour commencer à se demander sérieusement si les hommes ne sont pas plus égaux en pratique quand ils ne sont pas supposés l'être en principe.

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mardi 11 avril 2006

Pain in the ass.

On n'a pas tort de dire que les Français font parfois n'importe quoi, mais il faut relativiser : les Américains élisent un Président en lui donnant moins de voix qu'à son adversaire ; les Allemands n'arrivent pas à choisir et élisent tout le monde en même temps ; les Italiens, entre deux abominables canailles, font des manières au moment de se décider... Il n'y a finalement que les Britanniques pour, imperturbablement, réélire à satiété le même enculé depuis des années. Ils avaient d'ailleurs fait pareil avec Maîtresse Thatcher. C'est le syndrome de Stockholm façon éducation anglaise.

(Le pire, c'est que quand les Palestiniens, les Biélorusses, et même les Américains la deuxième fois, s'expriment clairement, nous ne sommes pas contents non plus).

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