vendredi 22 septembre 2006

"Les Juifs, les Arabes et moi."

Pourquoi ces guillemets ? Parce qu'il ne s'agit ni d'une confession, ni d'une provocation, ni du début d'une trahison. Juste d'une mise au clair de certains présupposés des discours tenus ici, présupposés dont je ne peux pas ne pas penser qu'ils sont partagés par d'autres, que ce soit là de ma part modestie (je n'ai rien inventé) ou prétention (les autres doivent penser comme moi).

En tout état de cause, je ne chercherai nullement aujourd'hui à élargir le propos ; j'en resterai à un diagnostic personnel, dans lequel le lecteur se reconnaîtra à des degrés divers, jusque peut-être au degré zéro.

Je ne me pensais pas si philosémite que cela, mais depuis que cette expression m'est venue au fil de la plume, je me suis progressivement rendu compte à quel point je l'étais. Ach, pas de chance, le communautarisme juif est à la pointe de l'insupportable, et l'état du même nom, ou plutôt du même adjectif, une aberration criminelle, de plus en plus aberrante et criminelle, quand bien même il ne se réduit pas à cela. Maintenant, le communautarisme juif n'est pas seul en son genre, et surtout Israël n'est pas le pire état de la planète, malgré toute sa bonne volonté actuelle. Mais depuis qu'ils ont, peut-être pas inventé le monothéisme (car il y a le problème Zoroastre), mais ouvert la voie à une religion si ce n'est fondée en dernière instance sur, du moins fortement orientée vers l'homme, les Juifs ont tellement participé à l'aventure humaine - et souvent, paradoxe des minorités opprimées, pour le meilleur - que je ne suis pas le seul, ceci peut être affirmé sans risque d'être sérieusement contredit, à leur en être reconnaissant. De ceci nous sommes nombreux à être conscients, éventuellement pour le pire, puisqu'en la matière nous comptons comme auguste prédécesseur Adolf Hitler, dont j'ai déjà noté que s'il détestait autant les Juifs c'était entre autres parce qu'il voyait en eux des rivaux de la race aryenne - ce que n'étaient pas dans son esprit les Arabes, trente-six niveaux en-dessous.

"Qui aime bien châtie bien" : les pro-israéliens à la Jean-Claude Milner n'ont pas tort de signaler des points de convergence entre l'antisémitisme des années 30 et la "réprobation d'Israël" actuelle, mais, sans revenir sur le fait que cela n'exonère en rien Israël de ses accablantes responsabilités, ils ne comprennent pas ou omettent d'indiquer que la colère actuelle à l'égard d'Israël est aussi un hommage rendu à l'intelligence des Israéliens en général et des juifs en particulier, si j'ose dire. Formulé autrement : si ce que fait Israël choque plus que les crimes chinois ou sri-lankais, ce n'est pas seulement pour les raisons géopolitiques qui font du Moyen-Orient un reflet particulièrement aigu de certaines des tensions actuelles, c'est parce que nous jugeons les Israéliens à notre propre aune, et que nous leur en voulons de nous décevoir de ce point de vue (ce qui ne signifie certes pas que "nous" soyons exemplaires au regard de nos propres valeurs).

Mais les Arabes... J'ai, sans doute est-ce obligatoire, élargi mon point de vue à d'autres que moi, revenons à notre point de départ, me, myself and I. J'ai beaucoup de respect pour la résistance des Palestiniens à tout ce qu'ils subissent, je rends hommage avec plaisir au courage des combattants anti-américains, en Irak ou à New-York, je partage une bonne partie du diagnostic de Jean-Pierre Voyer ("L’Occident est un monde déserté par l’esprit. L’Occident est le devenir monde de l’idéologie anglaise que l’on peut résumer ainsi : le bien et le bonheur sont mesurables. De ce fait, l’Islam, ce qu’il en reste, se trouve être la seule demeure de l’esprit dans le monde. Il se trouve donc sans concurrent. Pour qu’il y ait guerre des civilisations, encore faudrait-il qu’il y eût au moins deux civilisations, ce qui n’est pas le cas."), bien qu'il enterre peut-être l'"Occident" trop vite : il n'en reste pas moins que je ne connais à peu près rien au monde arabe, et que cela ne m'empêche guère de dormir. Ce n'est pas une fin de non-recevoir ou un refus de m'y intéresser : c'est juste comme cela, à l'heure où j'écris. En gros, j'ai lu trois sourates du Coran, d'ailleurs magnifiques, je connais une dizaine des mille et une nuits, et je sais que les Arabes ont inventé le zéro. Le catalogue est vite fait.

Cette méconnaissance ne trouble pas mon jugement - même si, c'est un fait, j'ai toujours été léger, du point de vue de la documentation, pour ce qui est des combats en Irak. Mais cette méconnaissance même, en général, et le fait que je n'aie pas hésité à dire du bien de M. Al-Zarkaoui malgré la faiblesse de mon savoir sur le sujet (et si ceci pouvait se justifier quant à l'aspect symbolique - fort - du personnage, j'aurais pu souligner plus cette dimension), en particulier, prouvent bien que je me permets ici un niveau d'approximation que je ne me serais pas permis avec les Israéliens (ce qui me rend assez sûr de moi au niveau géopolitique, pour ce qui est de mon appréciation globale sur le Moyen-Orient) et qui est un évident reste d'ethnocentrisme. (Après on retombe sur des problèmes classiques : le monde arabe n'est pas censé avoir les mêmes valeurs que nous, Israël si, donc cette discordance de point de vue et d'exigence peut s'expliquer. Certes, mais pas jusqu'à justifier sans le vouloir la théorie du choc des civilisations...)

Que l'on me comprenne bien : je ne cherche ni à me dédire, ni à incriminer des mouvements "pro-arabes" ou "pro-palestiniens" en les accusant de paternalisme. Evidemment, je ne suis pas naïf à ce sujet, mais, ici comme ailleurs, la bêtise de certains ne nuit pas, profondément, à la valeur de la cause qu'ils défendent. Je constate juste que moi qui ai passé pas mal de temps à taper sur Israël et le communautarisme juif, je l'ai fait en partie par admiration pour les Juifs en général. Et que si j'ai soutenu verbalement des Arabes, c'était sur des exemples précis, pas du tout par attirance particulière pour leur culture ou leur histoire (quoique : le sérail, tout de même...).

Ceci n'étant pas une thèse, mais un constat, il n'y a pas de conclusion à en tirer.

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dimanche 23 juillet 2006

Personnel, impersonnel.

J'apprends le décès de Pierre Scias, qui tenait la librairie Actualités, rue Dauphine - pour laquelle j'avais d'ailleurs, très exceptionnellement, fait une fois de la publicité.

Il n'aura pas survécu longtemps à A.M. Al-Zarkaoui, dont une photographie ornait son bureau. Dans une odeur d'encens et de vieux livres, France-Musique souvent en fond, il (Pierre Scias, pas Al-Zarkaoui) vous accueillait avec un mélange de froideur polie et de chaleur humaine qui donnait une idée de ce que pouvait être, et de ce qui pouvait susciter, le respect. La qualité de son stock faisait le reste - quand bien même il devait j'imagine surtout vivre grâce à ses ventes de comics, ce que l'une des rares références que j'aie pu trouver sur Internet le concernant aurait tendance à confirmer.

La librairie qu'il tenait, une des seules à vendre les livres de Jean-Pierre Voyer, sera sans doute, comme le vieux bar qui lui était adjacent et où paraît-il Guy Debord s'est souvent mis mal (print the legend), bientôt transformée en agence immobilière ou en magasin de fringues.

Je ne vous ennuie plus avec cet hommage post-mortem. Je souhaitais adresser un dernier salut à quelqu'un dont je m'étais pris à me dire que j'apprendrais bientôt à le connaître. Trop tard.



Et pendant ce temps, Israël continue... (texte précédent). C'est une des interprétations possibles de la phrase de K. Kraus :

"L'état dans lequel nous vivons signifie vraiment que le monde sombre : il est stable."

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jeudi 15 juin 2006

"Que faire sans Zarkaoui ?" - Précisions aux fidèles de M. Birenbaum.

"Et redisons-le. - Opinions publiques - veuleries privées."



Ce qui frappe le plus dans les commentaires que mon texte consacré à Guy Birenbaum a suscités, que ce soit ici ou sur le site de l'intéressé, lequel, pour des raisons qui lui appartiennent, a tenu à lui donner un écho, c'est à quel point peu de gens semblent s'être intéressés aux critiques, précises et illustrées d'exemples, que j'ai adressées aux écrits de notre si moderne tartuffe. Les Festivus

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qui se sont empressés de déposer leur petite dose quotidienne de bien-pensance, dans la niche que leur prête leur maître ou sur le pas de ma porte, préfèrent me traiter de fasciste (c'est la première fois que ça m'arrive - il est vrai que par les temps qui courent et dans un tel contexte, c'est plutôt un compliment), me prêter des pulsions homosexuelles plus ou moins refoulées ou la rancune d'un auteur refusé par M. Birenbaum, que de s'interroger sur le contenu de mon propos.

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Il ne serait certes pas désagréable de dire leur fait à ces très méprisables flics, mais, si je reviens sur ce sujet aujourd'hui, ce n'est pas pour distribuer bons et mauvais points, le lecteur (les miens en tous cas) pouvant se faire sa propre opinion. Ce n'est certainement pas non plus pour modifier quoi que ce soit de ce que j'ai écrit précédemment, puisque, donc, personne ne semble avoir été capable de me prouver que j'avais tort, fût-ce sur un point de détail. La teneur de certains des "posts" déposés par M. Birenbaum sur son site depuis qu'il a pris connaissance de mon texte (une critique à l'endroit de M. Sarkozy, un aveu d'impuissance quant à se prononcer sur ce qui se passe au Moyen-Orient) pourrait d'ailleurs m'amener à penser qu'il n'a pas été complètement indifférent à mes critiques. Passons.

Deux point me semblent mériter quelques précisions.

Le premier est le plus important : mon anonymat. C'est l'occasion de faire une mise au point générale sur ce site : le café du commerce porte ce nom, et seulement ce nom, parce que j'ai toujours souhaité et espéré qu'il soit un lieu de discussion collective. Cela n'a pas de rapport avec mon goût, réel mais qui ne résume pas ce site, pour l'invective. (Comme M. Littérature j'aimerais d'ailleurs de temps à autre publier des textes d'écrivains vivants (par exemple celui-ci, agréable destruction de ce qui sert de pensée à M. Onfray), au lieu de multiplier les liens ou les citations de grands philosophes passés depuis des années.)

On essaie ici de ne pas accorder d'importance aux étiquettes ni personnes : seules comptent les idées. Celui qui les énonce n'a en lui-même, ni moi ni un autre, aucune espèce d'importance. Un an peu ou prou après avoir commencé ce blog, j'ai d'ailleurs mis un terme à toute ambition d'originalité d'aucune sorte. Pourquoi alors pousserais-je du coude ma petite individualité ? D'autant que je suis un parfait inconnu, et que mon nom ne dirait rien à qui que ce soit (on peut lire une expérience de ce genre dans les commentaires laissés ici). On ne me croit pas ? Mais pourquoi me croirait-on plus si je déclarais m'appeler Antoine, Danielle ou Zinedine ? A proprement parler, et tout en admettant que cette distinction puisse agacer quelques-uns, je ne suis pas caché (qui l'est vraiment sur Internet ?), mais je ne suis personne, et comme je n'aspire pas à devenir "quelqu'un", cela me va très bien. Bien sûr, l'insistance puérile et inquisitrice des lecteurs de M. Birenbaum sur mon identité est une raison supplémentaire pour que je reste heureux et discret, que je ne leur offre pas ce plaisir, fugace et décevant comme tout expérience onaniste, fût-elle en l'occurrence collective.

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Je viens de dire que les personnes ne comptent pas. Il y a des exceptions, dans lesquelles précisément M. Birenbaum m'a paru rentrer. Lorsque quelqu'un est pris en flagrant délit de contradiction entre ce qu'il prétend être et ce qu'il fait ou écrit, il devient légitime de s'attaquer à sa personne, puisqu'il a lui-même décidé de la mettre en avant. Je connais Guy Birenbaum par ses passages à la télévision depuis quelques années, il ne m'a jamais plus ou moins intéressé que tous les individus venant apporter la bonne parole dans le poste et nous dire quoi faire ou quoi penser, mais je ne lui aurais sans doute pas envoyé cette volée de bois vert s'il ne s'était présenté comme il le fait sur son blog, ce à quoi personne que je sache ne l'a forcé. (J'apprends d'ailleurs par un commentaire qu'il a laissé sur son site que ce monsieur n'a "rien à cacher". D'où sans doute qu'il tienne absolument à ne rien nous laisser ignorer de ce qu'il y a en lui de plus commun. J'ai quant à moi beaucoup de choses à cacher (et j'espère ne pas être le seul !) : non qu'elles soient toutes spécialement honteuses, mais elles le deviendraient, c'est fort heureux, si je m'avisais de les rendre publiques).


Le deuxième point est plus un détail. Habilement, M. Birenbaum a fait porter l'attention de ses lecteurs sur un passage de mon texte tout à fait périphérique, mon bref hommage à M. Zarkaoui, rajouté quelques jours après la publication de l'ensemble. Evidemment, faisant là où on leur dit de faire, ses lecteurs se sont précipités pour manifester leur réprobation à l'idée même que l'on puisse trouver le moindre mérite à un individu qui pourtant, je me permets de le supposer, ne leur a rien fait. Dans la mesure où, par un rapprochement qui avait sa cohérence lors de la rédaction mais qui est effectivement peu fécond, j'ai en quelque manière donné le bâton pour me faire battre, je vais préciser ce que j'avais en tête. On peut critiquer les idées de M. Zarkaoui, on peut ne pas apprécier ses méthodes - même si, depuis son canapé, ce n'est pas bien difficile, on ne peut pas lui nier une forme de courage physique qui certes n'est pas une fin en soi, mais dont je persiste à dire qu'il mérite l'estime, a fortiori lorsque l'on meurt les armes à la main. Du reste, Zarkaoui n'est en l'espèce qu'une gueule et un nom.

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Un lecteur me dit que je pourrais aussi bien dresser une couronne de louanges à Hitler (ah, la loi de Godwin !), mais précisément non, on ne peut comparer un aventurier qui combat jusqu'à la mort en territoire ennemi et un chef d'Etat protégé par une peu accorte police militaire et qui, à l'encontre de certains de ses sbires, s'est dérobé devant les conséquences de ses actes.


Le lecteur pensera ce qu'il voudra de cette réponse. En tout cas, je ne répliquerai désormais - éventuellement - qu'à des arguments en bonne et due forme, laissant les réprobations moralisantes, les insinuations personnelles et les pitoyables manœuvres de diversion sur des textes remontant à plus d'un an et sans rapport avec notre propos, pourrir au soleil d'été.






P.S. - ne s'adresse qu'aux lecteurs doués d'un minimum d'honnêteté. J'ai en projet depuis quelque temps de fournir aux nouveaux arrivants sur ce site un index thématique leur permettant de mieux s'y retrouver dans le fouillis de questions qu'il m'est arrivé d'aborder. J'espère pouvoir le faire d'ici début juillet. Ceux qui veulent juger sur pièces mais qui ne savent pas par quel bout prendre ce blog pourront je le souhaite y trouver un outil pratique.

P.S-S. - s'adresse à un seul de mes récents lecteurs, sur lequel je ne donnerai pas d'indices, à la fois pour ne pas le désigner plus qu'un autre à l'éventuelle vindicte publique et pour ne pas m'abaisser trop longtemps en sa compagnie. Ce que je crois deviner de son caractère m'amène pourtant à penser qu'il se reconnaîtra sans peine dans cette photographie :

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Tu es né poussière...

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dimanche 11 juin 2006

Pédagogie.

Ce que j'aime, entre autres, chez Vincent Descombes et Jean-Pierre Voyer, c'est leur effort pour tenir les deux bouts de la chaîne, c'est-à-dire pour prendre au sérieux les prémisses et les conséquences de la philosophie politique.

Lorsque l'on est philosophe, il vaut mieux ne pas faire de philosophie politique si l'on a rien de plus à dire qu'un non-philosophe à ce sujet. Il est bon cependant que certains tentent d'établir des ponts entre différents secteurs de la philosophie. Dans le cas de J.-P. Voyer à coup sûr, et probablement dans celui de V. Descombes, construire de telles passerelles est d'autant plus légitime que cela s'est fait dans le bon sens. Au lieu d'établir une théorie philosophique "pure" sur l'Etre, ou l'Existence, ou la venue au monde ou je ne sais quoi, pour en dériver ensuite, plus ou moins clairement, une théorie politique, dont on se demande toujours si tout n'était pas fait pour y parvenir, et qui est présentée comme la seule et unique possible - cette rigidité de principe entraînant de célèbres retournements de veste -, les deux auteurs que j'évoque ici sont partis du constat de problèmes politiques, puis se sont avisés qu'un domaine de la philosophie, en l'occurrence la philosophie analytique tendance Frege-Wittgenstein, apportait des concepts qui n'offrent certes pas de solutions miracles, mais permettent d'éviter de dire les mêmes conneries que d'illustres prédécesseurs.

Les analyses de Vincent Descombes, dans Grammaire d'objets en touts genres et Les institutions du sens (Minuit, 1983 et 1995) sur les malentendus du structuralisme, la récente analyse de Jean-Pierre Voyer sur Adam Smith sont de bons exemples de cette façon de procéder.

Ceci est d'autant plus remarquable qu'à ma connaissance peu de philosophes parviennent à tenir un front aussi étendu. Me viennent à l'esprit les noms de Hilary Putnam - mais il me semble moins novateur - et Richard Rorty - mais c'est pour parvenir à des conclusions bien décevantes, comme quoi finalement tout choix politique n'est que choix personnel impossible à motiver. Quant à Jacques Bouveresse, si l'on sent bien, par exemple dans son excellent petit livre sur Karl Kraus (Schmock ou le triomphe du journalisme, Seuil, 2001), à quel point la fréquentation de Wittgenstein ou Carnap lui a éclairci les idées, on ne saurait je crois trouver un rapport direct entre son activité de philosophe à proprement parler et ses idées politiques. (Ce qui n'empêche pas une affinité certaine avec les aspects sarcastiques ou pessimistes de Wittgenstein).

Il se peut qu'il y ait aussi Alain Badiou, mais je n'ai pas le bagage mathématique nécessaire pour m'attaquer sérieusement à ses deux opus magnum, L'être et l'événement et Logique des mondes (Seuil, 1988 et 2006). Certains effets de manche me font à dire vrai craindre le pire, mais des souçons ne valent pas preuve.


Que faire sans Zarkaoui ?

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samedi 10 juin 2006

En passant.

Complété le lendemain.


"Le résultat majeur du travail, c'est d'interdire l'oisiveté aux natures vulgaires, et même, par exemple, aux fonctionnaires, aux marchands, aux soldats, etc. L'objection majeure contre le socialisme, c'est sa volonté de donner des loisirs aux natures vulgaires. Le vulgaire oisif est [alors] à charge à lui-même et au monde."

Nietzsche, 1880 (Oeuvres philosophiques complètes, Gallimard, t. XIV, p. 500).

Il y a manifestement deux manières d'interpréter ce fragment très "judéo-chrétien", selon que l'on se place soi-même au-dessus ou à égalité avec ces "natures vulgaires". Je ne connais pas assez bien Nietzsche pour savoir ce qu'il voulait dire, mais il est clair que je trouve cette note sensiblement plus intéressante si l'on s'inclut soi-même, potentiellement, parmi les "natures" visées. Est-il besoin, ce point clarifié, d'épiloguer sur l'actualité d'une telle sentence ? On en viendrait presque à penser que jamais nous n'avons été aussi "socialistes" - au moins bien sûr, il faudrait toujours le préciser, relativement aux gens que l'on entend "penser" et aux gens qui "décident".


Ceci étant dit :

- est-ce que ce ne serait pas là un des noeuds de la pensée de Nietzsche ? Tantôt naturaliser l'aristocratie et la plèbe, tantôt donner à ces concepts un sens plus souple et plus fécond ?

- le socialisme, c'est bien gentil, mais c'est beaucoup de choses... Si l'on suit certaines pistes et que l'on revient aux fondateurs du socialisme (la période avant Marx, pour le dire vite), on tombe, d'une part, sur le souci, partagé à l'époque par des gens pas du tout socialistes (Chateaubriand...) de refondation d'une communauté devant les ravages de l'industrialisation, ce qui est tout de même autre chose que le Club Med (préfiguré d'ailleurs par une célèbre formule de Marx dans L'idéologie allemande) ; d'autre part, ainsi que Muray le décrit impitoyablement dans Le XIXè siècle à travers les âges, la passion pour l'occultisme, la magie noire, le spiritisme et autres conneries (dont d'ailleurs Muray est obligé à contre-coeur d'exonérer Marx, malgré tel ou tel de ses gendres...) - et, de fil en aiguille, les sorcières de Brejnev, Mitterrand et Elisabeth Teissier... Pierre Leroux semblant une synthèse remarquable de ces deux tendances, que Muray prétend indissociables.

Est-il d'ailleurs utile de toujours chercher le moment où "ça" a déraillé ?

Que faire sans Zarkaoui ?




(Le lendemain.)
Donerwetter, je ne parviens pas à retrouver la référence exacte du texte de Marx auquel je faisais allusion. Je corrige cette carence dès que possible. Voici en attendant l'extrait qu'en donne Papaioannou dans son anthologie, p. 221 :

"Dans la société communiste, où personne ne se voit attribuer une sphère exclusive d'activité, mais où chacun peut se donner une formation complète dans n'importe quel domaine, c'est la société qui règle la production générale. Elle me donne ainsi la possibilité de faire aujourd'hui ceci, demain cela, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de faire de l'élevage le soir, de faire de la "critique" après dîner, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, pâtre ou "critique"."

- Que demande le peuple ?

(Quelques heures après...)
Ça y est : "Pléiade" t. III, p. 1065. Voici le passage complet, tout de même moins caricatural :

"Le propre acte de l'homme se dresse devant lui comme une puissance étrangère qui l'asservit, au lieu que ce soit lui qui la maîtrise. En effet, du moment où le travail commence à être réparti, chacun entre dans un cercle d'activités déterminé et exclusif, qui lui est imposé et dont il ne peut s'évader ; il est chasseur, pêcheur, berger ou "critique critique", et il doit le rester sous peine de perdre les moyens qui lui permettent de vivre. Dans la société communiste, c'est le contraire : personne n'est enfermé dans un cercle exclusif d'activités et chacun peut se former dans n'importe quelle branche de son choix ; c'est la société qui règle la production générale, et qui me permet ainsi de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de m'occuper d'élevage le soir et de m'adonner à la critique après le repas, selon que j'en ai envie, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique. Cette activité sociale qui immobilise, ce produit de nos mains qui se change en un pouvoir matériel qui nous domine, échappe à notre contrôle, contrarie nos espoirs, ruine nos calculs - ce phénomène-là, c'est un des principaux facteurs de l'évolution historique connue jusqu'ici."

- il est toujours plus facile de diagnostiquer le mal que de trouver le remède adéquat.

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jeudi 1 juin 2006

Domaine d'extension de la tartufferie. (Ajouts le 9 et le 11.06.)

Sans doute y a-t-il quelque superfluité à consacrer une part de son temps à un parvenu geignard comme Guy Birenbaum.


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Que l'on veuille donc bien interpréter ce qui suit comme une nouvelle variation sur l'arrivisme, et le cas de M. Birenbaum comme une illustration, un "type idéal" : l'homme qui a toujours deux fers au feu.



De brefs passages prélevés sur son blog devraient convaincre assez rapidement de l'étonnante hypocrisie de ce monsieur.

Trois exemples j'espère suffiront.

Voyons ce que Guy Birenbaum dit de lui-même :
"Je suis éditeur (Editions Privé). Je suis universitaire (maître de conférence en disponibilité à Montpellier I). Je déteste la censure, l'auto censure, les lâchetés des "milieux" et les compromissions des "entourages" quels qu'ils soient. J'écris (Le Front national en politique, Balland 1993, La défaite impossible (avec Jean-Luc Mano), Ramsay, 1997, Nos délits d'initiés, Stock, 2003). Je chronique (une fois par semaine dans VSD, j'y tiens mon "Journal d'un initié"). Je débats (sur RTL dans "On refait le monde", émission animée par Pascale Clark (19h17-20h). J'écrivais pour le Vrai Journal de Karl Zero. Je suis en train de travailler à une série (fiction, 8X52mn) sur la politique pour Canal + (chez Tétra-Média). Je suis le scénariste d'une BD sur la présidentielle 2007 (dessinée par Samuel Roberts) qui sort tous les mois dans Technikart."

Faut-il épiloguer ? Un personnage qui se présente comme détestant "la censure, l'auto censure, les lâchetés des "milieux" et les compromissions des "entourages" quels qu'ils soient" ne craint pas le ridicule, il n'a même plus idée de ce que c'est. Oser écrire ça et croire qu'on ne va pas faire rire, ce n'est ni de l'aplomb ni de la naïveté, mais de la bêtise à l'état pur. D'autant bien sûr que la suite est éloquente : participation à l'anti-fascisme de pacotille, délit de racolage actif dans un tabloïd, talent évident pour manger à tous les rateliers, y compris ce qui se fait de plus répugnant en la matière - Technikart, crime permanent contre l'esprit, fait resurgir chez quelqu'un d'aussi proverbialement tolérant que moi des envies d'autodafé -, croyance bien contemporaine hélas en la pluralité de ses compétences (radio, presse écrite, fiction - BD et cinéma...) - tout cela est pour le moins éloquent. Vous aurez aussi remarqué l'air décidé mais finement ironique, sérieux mais aussi décontracté, que M. Birenbaum croit utile de prendre sur la photographie qu'il a estimé nécessaire de faire figurer sur son site. Vanité, vanité...

Ce n'est pas là néanmoins où je voulais en venir. Tout cela, pour amusant que cela puisse être quand on n'a rien de mieux dont s'occuper, est d'une grande banalité. Voyons donc comment notre personnage si honnête et irréprochable exerce ses talents de preux chevalier.

Sa cible actuelle ? Le couple Chirac-Villepin, régulièrement pris à partie - notamment il y a quelques jours. Fichtre, que de courage, patriote ! Deux canassons complètement vidés, en fin de course, lâchés par leurs propres amis, pour lesquels la curée a commencé il y a belle lurette, quelles belles cibles ! On a les Robespierre ou les Gambetta que l'on peut. Le moraliste politique d'aujourd'hui ne sait guère plus que tirer sur des ambulances en panne. Se préoccuper des périls à venir, Sarkozy, Royal et les autres, chercher autant que faire se peut à les prévenir, risquer donc de se faire des ennemis susceptibles de devenir dans les mois à venir plus puissants qu'ils ne le sont actuellement ... Là, non, bizarrement, ça bloque, le Birenbaum peut bien râler pour la forme (consultez ce petit chef-d'œuvre de prétention et de jésuitisme, genre "je ne me mouille jamais plus qu'il ne faut"), il ne fait pas de ces gens-là ses cibles privilégiées, Jacques Chirac et Dominique de Villepin sont tellement plus dangereux... On a beau être un fonctionnaire en disponibilité et donc ne pas risquer grand-chose si on se fait virer de RTL ou de VSD pour outrages aux majestés à venir, on a beau dire détester "l'auto censure", on sait jusqu'où ne pas aller trop loin. Sombre catin, va.

Mais je crois que le meilleur exemple de la petitesse morale de notre donneur de leçons, le meilleur exemple de sa façon de ne s'attaquer, flamberge au vent, qu'à ce qui n'est plus dangereux, se trouve dans son attitude à l'égard de gens qui lui ont rendu des services. G. Birenbaum a récemment mis en ligne un texte écrit depuis plusieurs mois, au sujet de Thierry Ardisson et Marc-Olivier Fogiel, en voici l'intégralité :

"Le « spectacle » est fini.

Plus aucun doute à avoir, le spectacle est terminé. Depuis une dizaine d’années l’actualité, le débat, les enjeux sociaux ou politiques mais aussi leurs passeurs et leurs porteurs se doivent d’être « spectaculaires » pour franchir la rampe des « talk-show ». Lieu ultime de « performance » pour toutes les sortes de témoignages, la télévision. Parmi la jungle de programmes, dédiés au show plus qu’au talk, deux personnalités ont réussi à capter la quasi-totalité des débats organisés sur le service public : par ordre d’apparition à l’écran, Thierry Ardisson et Marc Olivier Fogiel. Il n’est pas question de fustiger ici ces deux animateurs de talent, juste d’annoncer que le système qui les a faits roi est en train de s’écrouler. Nous approchons de la « dernière séance ».

Éditeur de profession depuis 7 ans, j’ai pris l’habitude – mauvaise - comme beaucoup de mes confrères de leur confier en exclusivité, à l’un ou à l’autre, la primeur des réflexions, des enquêtes ou des émois des auteurs que je publie. Pendant des années – l’âge d’or – il suffisait effectivement que l’un d’entre eux montre sa bouille un tout petit quart d’heure sur leurs plateaux pour que les courbes s’affolent et que les ventes s’envolent. Ce temps m’apparaît révolu. Certes, deux ou trois jours après que Fogiel ou Ardisson (et réciproquement) ont « vendu » nos livres, les libraires en commandent davantage. Il arrive même que nos auteurs pénètrent alors par effraction sur ces fameuses listes de « meilleures ventes », sans doute inventées par des admirateurs de feu le hit parade. En dépit de brefs frémissements commerciaux, une honnêteté minimale implique d’avouer qu’en matière de ventes réelles de livres on aurait grand tort de confondre les « sorties » quotidiennes et les « ventes nettes après retours ». Soyons ici précis. Oui, bien sûr, les libraires commandent davantage les livres des auteurs qu’ils ont vu « chez » Fogiel ou « chez » Ardisson - jamais « chez » les deux, c’est INTERDIT ! Mais, au fait, les vendent-ils ? Et bien franchement à 500 ou 1000 exemplaires près, la plupart du temps, la réponse est négative. Après avoir commandé trop de livres qui stagnent quelques jours sur puis sous leurs tables, les libraires nous les renvoient (les fameux « retours ») et nous devons les stocker dans des entrepôts géants puis les pilonner ou les solder.

Entendons nous bien, concernant certains témoignages bien trash (nos pauvres « people » souffrent de plus en plus ces derniers temps…) et quelques OLNIS (Objets littéraires non identifiés) la recette fonctionne encore. Mais pour des livres plus classiques, ou des enquêtes, à part faire plaisir aux auteurs, qui adorent renifler les grands fauves de près, le passage, souvent très tardif, dans l’une des deux émissions n’a à lui seul que des effets marginaux sur les ventes. En revanche, concernant les stars, les vraies, celles dont les initiales seules valent reconnaissance, les PPDA et autres BHL, sans parler de Jean d’O, ce ne sont pas leurs passages fréquents dans ces émissions qui font de leurs livres des best-sellers. Ils n’ont vraiment pas besoin de cela. À l’inverse, leur cote et leur présence très régulière sur les deux plateaux, ils y ont un rond de serviette, valent caution et confirment la légitimité des deux interviewers. Du coup, à faire croire aux auteurs encore méconnus que ces stars vendent parce que « Tout le monde en parle » ou qu’ « On ne peut pas plaire à tout le monde », on se trompe et on les trompe. Malheureusement, si la notoriété télévisuelle suscite bel et bien le succès, le bref passage télévisé d’un inconnu, même talentueux, entre une bimbo au décolleté pigeonnant, un acteur victime de sévices dans sa prime enfance ou un ancien alcoolique anonyme ne génère nullement une notoriété suffisante pour provoquer des ventes. Ne souhaitant pas blesser publiquement certains des auteurs qui se sont trouvé - parfois forcés par leur éditeur, je le reconnais - dans cette situation, je ne les citerais [sic !] pas. Mais, croyez-moi sur parole, ceux que je publie ont bien mesuré le rapport coût(coups)/avantage et on ne les y reprendra plus…

Ils ne sont pas, il est vrai, du « calibre » de ces femmes et hommes politiques qui n’acceptent de venir, en ouverture solitaire de ces émissions, qu’à leurs conditions. À savoir si l’on a auparavant nettoyé le plateau au karcher des potiches et autres agités qui font l’ordinaire des deux émissions. Une Bernadette, un Nicolas ou même une MAM ne fraient pas avec le menu fretin eux. Sans parler de ceux dont la « pointure » les autorise a [re-sic !] exiger d’être reçus – fêtés plutôt - hors des dispositifs traditionnels : dans une loge pour un Houellebecq (Ardisson) ou chez lui pour l’Abbé Pierre (Fogiel). Belle trouvaille du service public : l’interview à plusieurs vitesses ; selon que vous serez puissant ou misérable… Un Bernard Violet, par exemple, maltraité chez Fogiel pour sa biographie de Mylène Farmer pourrait en témoigner. Que décida-t-il après le tabassage ? De migrer chez Ardisson pour défendre son livre suivant sur PPDA… Aux « forts » du moment les privilèges, aux « faibles » les humiliations, en live ou en différé ; sans parler des annulations à trois heures de l’antenne voire même de celles parfois tentées tardivement dans la coulisse d’un enregistrement… Et encore, je n’évoque pas ici toutes les formes de pressions inventées par les programmatrices des deux émissions pour vous convaincre que l’herbe est plus tendre de leur côté, lorsque vous êtes l’heureux éditeur d’un livre que les deux équipes s’arrachent. Qui n’a pas subi les foudres matinales (8h15…) d’une Catherine Barma déchaînée (productrice d’Ardisson), prête à presque tout (des pires promesses aux menaces les plus amusantes) pour récupérer un invité (Pierre Martinet en l’occurrence, « Un agent sort de l’ombre ») promis à MOF, ne sait rien de la vraie vie… Et si par chance votre livre devient un best-seller (nul n’est à l’abri…), n’oubliez pas de dire merci : ce sera forcément beaucoup grâce à eux et fort peu en raison du reste des médias.

Sans doute, Fogiel et Ardisson, dont le professionnalisme n’est pas en cause, m’en voudront-ils beaucoup. Mais je prends avec le sourire le risque qu’en guise de représailles, ils n’invitent plus les auteurs que je publie, vu les effets que je décrits. Surtout, je les sais plus fin [re-re...] que cela, l’un et l’autre ! Quant aux gentils confrères qui sortiront des chiffres pour me démentir et s’allonger encore devant nos deux divas, je leur cède bien volontiers la place.

Reste à se demander pourquoi ce « vu à la télé » fait aujourd’hui moins recette. Pourquoi Fogiel et Ardisson ont-ils perdu une bonne partie de leur caractère prescripteur ? La réponse est assez évidente. À force de promouvoir tout et parfois n’importe quoi, de bourrer - sans discernement - leurs plateaux d’imposteurs notoires, d’imprécateurs malhonnêtes mais aussi de sincères provocateurs, de vanter surtout à l’identique, et sans toujours vouloir les départager, les mérites du plus bidon des témoignages comme ceux du document le plus novateur, Ardisson et Fogiel ont lourdement entamé leur crédit. Bien sûr, les téléspectateurs les regardent – encore… – comme on peut assister fasciné à des jeux du cirque. Mais ils ne les croient plus du tout, ni eux, ni leurs invités. Ils savent surtout très bien, pour avoir été forcément déçus par un achat compulsif au lendemain d’une émission, qu’au prétexte d’informer, ces émissions sont devenues des machines à promo. Les livres, les disques, les films ou les spectacles vendus ne sont que les prétextes à des interviews destinées à faire rire, frémir ou émouvoir, pourvu qu’ils les protège de l’arme fatale, l’épée de Damoclès qui menace et sanctionne les deux animateurs : la redoutable médiamétrie du lendemain matin. D’ailleurs, le dimanche, dès potron-minet – juste avant la messe - Ardisson vous envoie en personne - par texto – les chiffres d’audience de son émission de la veille (PDA et PDM), pour peu que l’un de vos auteurs ait débuté la nuit en sa compagnie ! Un véritable « service après vente » au sens propre du terme sans parler de l’effet du message dominical sur l’ego de l’éditeur moyen ! Si cela part d’un bon sentiment, et si l’on est évidemment heureux pour nos deux « amis » d’avoir parfois participé à leurs succès, sachez que cela ne fait plus le nôtre".

On est bien sûr libre d'apprécier les renseignements donnés ici sur les mœurs des animateurs payés par nos impôts. Mais laissons tout de suite notre debordien de choc nous expliquer d'où viennent ces lignes :

"J'ai souhaité publier ce texte.

Je me suis dis que Le Monde des Livres était le bon endroit.

J'en ai envoyé une première version à son nouveau patron Franck Nouchi.

Il a immédiatement été intéressé par la démarche : un éditeur qui ose se confronter à Ardisson et Fogiel, c'est, disons, peu fréquent.

Nous nous sommes donc parlés. Il m'a demandé de "durçir" le texte. J'étais à Nîmes, ça m'a pris trois jours.

Il voulait, me disait-il, le publier page 2, sa page de "débats". Nous nous sommes alors rencontrés avec Bob, la chargée de comm de Privé.

La rencontre fut étrange. "Vous sentez le soufre" m'expliqua-t-il. "Le texte" ? "Oui oui" il allait le publier.

Mais ça ne pouvait pas aller si vite. Il fallait qu'un journaliste enquête sur ces émissions, sur les ventes de livres, etc.

Et puis, lui, il prenait juste ses fonctions, alors quelques semaines et il le publierait, etc.

Au bout de plusieurs semaines de silence, je lui ai finalement demandé - par mail - de ne pas le publier, parce que j'avais le sentiment qu'en fait ce type me baladait. Fin de l'histoire.

Du coup, ce texte vieux de 7 mois, j'ai pensé que ce serait dommage que personne ne le lise jamais..."


Effectivement, c'eût été regrettable. J'ose espérer que le lecteur est aussi sensible que moi à cet écœurant mélange de mise en avant de soi (que je suis courageux ! - mais aussi : que je suis complexe, impur ! romanesque ! faustien, disons-le ! Scrupuleux mais réaliste, don Quichotte mais lucide, intègre mais pas dupe ! - salopard, crapule, racaille, la plus usée et la plus toxico des travailleuses de la rue Blondel a plus de respect pour elle-même que toi) et de cynisme pour le coup presque innocent : Guy Birenbaum réalise-t-il que tout son texte proclame : je n'ose dire du mal de ces gens (et encore, avec les précautions de rigueur sur le "professionnalisme" et le "talent" des animateurs visés) que parce qu'ils ne font plus assez vendre mes bouquins ?

Soyons clairs : qu'en tant qu'éditeur M. Birenbaum ait envoyé ses auteurs faire vendre chez T. Ardisson et M.-O. Fogiel, cela fait partie du "jeu", je n'ai rien à redire, rien à en penser. Qu'il ait eu mal au cœur en ces occasions, tant mieux certes, si l'on y tient. Qu'il exhibe ce mal au cœur - c'est déjà faire la pute, c'est vouloir - on y revient souvent de nos jours - le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière : il faudrait le louer pour son efficacité commerciale, pour ses scrupules, et pour ses aveux - rien que ça. Qu'enfin il s'empresse de cracher sur ce système et de s'en dissocier dès que ce système ne sert plus ses intérêts financiers aussi bien qu'avant... Cellulite, placebo, douve de la morale publique !

Dès que vous voyez venir le mot "principe", sortez votre méfiance...

Il est évident sans doute que je n'ai rien contre Guy Birenbaum en particulier. Mais l'époque (et l'apparition des blogs) est propice à l'épanouissement de ces charognards de fins de règne, qui poussent des cris d'orfraie à l'égard de ce qui n'est plus un danger pour personne, afin de mieux se mettre dans le sens du vent et de profiter des nouvelles opportunités que les pouvoirs à venir ne manqueront pas de leur offrir. Ach, c'est la comédie humaine (si je connaissais mieux mon Balzac, probablement trouverais-je un très proche équivalent de M. Birenbaum dans sa peinture des troubles politiques du début du XIXè siècle), il faut un reste d'esprit utopique pour croire que cela peut vraiment changer un jour. Mais on ne voit pas en quoi le fait qu'il y ait toujours eu des canailles les exonère de leur canaillerie et empêche que de temps à autre on leur dise leur fait.



- Jacques Bouveresse, Dieu le bénisse, écrit dans son livre en hommage à Bourdieu : "On peut craindre qu’il n’y ait malheureusement rien à quoi l’homme d’aujourd’hui s’habitue aussi facilement et qui finisse par lui sembler aussi naturel que l’inconséquence. Penser d’une façon et agir d’une autre peut malheureusement devenir un habitus et même constituer l’habitus moderne par excellence." (Ce que j'ai appris de Bourdieu, Agone, 2003 - je crois que c'est surtout Bourdieu qui avait à apprendre de Bouveresse, mais passons). Il serait intéressant de voir jusqu'où, des points de vue synchronique et diachronique, l'on peut étendre ce diagnostic. Les socialistes depuis des temps immémoriaux (l'assassinat de Jaurès ?), Guy Birenbaum en fournissent déjà de pertinentes illustrations.




Ajout le 09.06.

Le hasard (mais l'auteur dont je vais parler dit justement qu'il n'existe pas pour les grands hommes...) fait que je tombe sur ce fragment de Nietzsche, qui m'a tout l'air d'avoir influencé, conscienmment ou pas, Bouveresse (lequel clame dans Le philosophe et le réel son admiration pour le moraliste en Nietzsche) :

"La lâcheté devant les conséquences - le vice moderne -"

(Oeuvres philosophiques complètes, Gallimard, t. XIV, p. 28). Autant dire que le problème ne date pas d'aujourd'hui. J'en profite pour placer une idée qui me trotte dans la tête depuis un certain temps, depuis en fait que j'ai lu la phrase de Jacques Bouveresse. L'aristocratie française du XVIIIè siècle, dépossédée de son rôle historique par la naissance et l'affirmation de l'absolutisme royal, fut, entre deux partouzes, une grande admiratrice des Lumières, qui pourtant allaient de fil en aiguille la conduire à la découpe, et elle joua même dans certains cas un rôle actif pour leur promotion. Voilà un beau cas d'inconséquence, dont je ne sais pas à quel point on peut le comparer avec l'"habitus moderne" évoqué par Bouveresse. Cela ferait en tous cas de nos nobles fin de race les lointains devanciers des petits-bourgeois actuels - ce qu'ils ont été aussi, d'un autre point de vue, durant la Restauration, quand leur attitude communautariste ("Nous les nobles méritons...", "A nous les nobles le pays doit réparation...") avant la lettre désespérait Chateaubriand et de Maistre, et ruinait les espoirs d'une reconstruction point trop chaotique du pays. Nous serions, si je poursuis cette piste, à la fois à la veille d'une révolution et, comme on le dit d'ailleurs souvent (Godard, Hazan...), en pleine Restauration. J'ajouterai la monarchie de Juillet - la "monarchie de l'argent", comme disait François-René -, pour compléter le tableau. Sacré cocktail, il n'y a plus qu'à utiliser le shaker.

Je reviens sur cette idée d'inconséquence, via Max Weber et sa célèbre distinction (La profession et la vocation de politique, La découverte, 2003, à partir de la p. 192) entre "l'éthique de la conviction" et "l'éthique de la responsabilité" :

"Il y a une opposition profonde entre l'action qui se règle sur la maxime de l'éthique de la conviction (en termes religieux : "le chrétien agit selon la justice, et il s'en remet à Dieu pour le résultat" [Luther]), et celle qui se règle sur la maxime de l'éthique de responsabilité selon laquelle on l'on doit assumer les conséquences (prévisibles) de son action."

De façon plus ou moins pertinente, pour l'époque et par rapport à maintenant, Weber (nous sommes en 1919) prend ses exemples de l'éthique de la conviction dans ce que nous appellerions l'extrême-gauche - les syndicalistes révolutionnaires, les pacifistes. L'important en ce qui nous occupe aujourd'hui est son rappel, grâce à cette distinction, de ce qui devrait être une évidence : si l'on fait de la politique, on doit assumer les conséquences politiques (prévisibles, concept approximatif mais opératoire) de son engagement. Ce que ne font pas, mais alors pas du tout, nos communautaristes de tous bords, lesquels semblent avoir pris pour devise la formule de Luther, ainsi mise au goût du jour : "l'homme actuel agit et réclame selon son bon plaisir, et il s'en remet au hasard, dont par ailleurs il nie l'existence, pour le résultat." [14.06.] C'est le Christ revisité : Aimez-vous les uns les autres en commençant par moi. [11.06] Faut-il d'ailleurs encore parler d'éthique de la conviction, ou d'"éthique de ma conviction" ? Les syndicalistes révolutionnaires, les pacifistes avaient une vision altruiste des choses. Les communautaristes ne s'occupent que d'eux-mêmes. [Retour au 9.06]. Et finalement, je ne sais pas si l'Histoire est rusée mais en tout cas elle peut être drôle, ce serait chez les religieux que l'on trouverait aujourd'hui le sens des responsabilités politiques - ou, dans certains cas, que l'on assume soi-même les responsabilités de ses actes.

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Ach, je ne sais pas plus qu'un autre si tout ce que l'on a dit sur lui est vrai, je n'ai pas outre mesure de fascination macho-pédé pour les soldats et/ou les tueurs, mais tout de même, voilà quelqu'un qui est allé au bout de ses idées ! Quand Guy Birenbaum ou Louis-Georges Tin risqueront le centième de ce que lui et ses amis ont risqué, je ferai amende honorable, non au sujet de leurs écrits, mais à l'égard de leurs personnes.

(Le 11.06)
A toutes fins utiles - le café du commerce, lieu de l'irréprochable citoyenneté !

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samedi 5 novembre 2005

Guerre civile. (Ajout le 19.01.06).

A la boulangerie du coin, ce matin. Et à deux cent mètres environ de voitures brûlées cette nuit.

"La blonde" :
- Mais c'est sur Sarkozy qu'il faut taper ! Ces jeunes ne comprennent rien.

"La femme arabe", et voilée, à la boulangère, elle-même voilée :
- Moi je vais vous dire madame. Il faut respecter tout le monde, tout le monde est égaux. Les Juifs, les Arabes, les Français, les Américains...

AMG :
- Les Américains, tout de même, madame...

"La femme arabe" :
- Mais c'est leur président, Bush, le salaud...

AMG :
- Ah, ils l'ont élu, ils l'ont voulu.

"La femme arabe" :
- C'est Bush et Sarkozy qu'il faut arroser d'essence, après ça sera plus simple Monsieur.

La boulangère :
- Qu'est-ce que je vous sers, Monsieur ?

AMG, tout sourire au deux femmes :
- Un pain aux raisins, Madame.


On aimerait que cet épisode soit représentatif. Je vous le livre tel quel (sans le pain aux raisins, délicieux).





Une citation ? Une citation, d'accord. Je la dédie à mon ami Philippe N. Appelons ce texte L'Epître aux Sunnites.


"Que la paix et que la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient avec vous.

Même si nous sommes éloignés par le corps, la distance est mince qui sépare nos cœurs. (...)

Voici, pour ce que ma vision limitée me permet d'en voir, comment se présente la situation actuelle. Je demande à Dieu de me pardonner mon babillage et mes écarts. Je dis, après avoir sollicité l'aide de Dieu, que les Américains (...) sont entrés en Irak sur la base d'un contrat en vue de créer l'Etat du Grand Israël, du Nil jusqu'à l'Euphrate, et que cette Administration Américaine Sionisée pense qu'en hâtant la création de l'Etat d[u Grand] Israël elle hâtera l'arrivée du Messie. Elle est venue en Irak avec tous ses hommes et toute sa fierté pleine de morgue envers Dieu et son Prophète. (...)

Le combat que nous livrons aux Américains est chose facile. L'ennemi est apparent, il est à découvert et ne connaît pas le terrain ou la situation actuelle des moudjahidin, car ses sources de renseignements sont faibles. Nous tenons pour certain que les forces armées de ces Croisés disparaîtront prochainement. Lorsque l'on examine la situation actuelle, on peut remarquer combien l'ennemi s'est empressé de mettre en place l'armée et la police [locales] qui ont commencé à remplir les missions qui leur ont été assignées. C'est cet ennemi-là, composé de Chiites auxquels se sont adjoints des agents sunnites, qui constitue le véritable danger auquel nous sommes confrontés, car il est [composé de] nos concitoyens, qui nous connaissent mieux que personne. (...) Ils ont commencé par tuer de nombreux frères moudjahidin, puis ils se sont mis à liquider les scientifiques, les penseurs, les docteurs, les ingénieurs et d'autres encore. Dieu seul sait ce qui adviendra, mais je crois pour ma part que le pire ne sera pas derrière nous tant que l'armée américaine campera sur ses positions arrières et que l'armée secrète chiite et ses brigades militaires continueront de combattre à ses côtés. Ils s'infiltrent comme des serpents pour prendre le contrôle de l'armée et des forces de police, qui constituent l'arme principale et la main de fer de notre Tiers Monde, et pour s'accaparer toutes les structures économiques comme leurs tuteurs, les Juifs. (...)

Ici, hélas, le djihad [se traduit par] les champs de mines, les tirs de roquettes et les éclats de mortiers qui résonnent au loin. Les frères irakiens privilégient encore leur sécurité et préfèrent retourner dans les bras de leurs femmes, à l'abri de toutes les craintes. Les membres de ces groupes se vantent parfois de ce qu'aucun des leurs n'a été tué ou fait prisonnier. Nous leur avons dit, lors de nos nombreuses rencontres, que la sécurité et la victoire sont incompatibles, que l'arbre du triomphe et de l'accès au pouvoir ne saurait atteindre à sa pleine majesté sans puiser dans le sang ni braver la mort, que la nation [islamique] ne peut vivre sans goûter au martyre ni humer le parfum du sang versé au nom de Dieu, et que le peuple ne sortira pas de sa torpeur tant que le souci du sacrifice et le récit des martyrs ne les occuperont pas jour et nuit. La question requiert plus de patience et de conviction. Nous avons grand espoir en Dieu. (...)

Le peuple doit se garder de s'abreuver du miel et des plaisirs qui lui étaient jusqu'alors inaccessibles, car les hommes risqueraient alors de céder à la faiblesse, préférer la sécurité de leurs foyers et rester sourds au fracas des épées et au hennissement des chevaux. (...)

Que la paix et que la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient avec vous."


Ahmad Fadil Nazzal Al-Khalayleh, dit Abou Moussab Al-Zarkaoui, 2003 (?).


Ce soir : coq au vin !




(Ajout le 19.01.06). J'ai lu à deux reprises depuis, dont une dans le Monde diplomatique, que le texte de M. Zarkaoui brièvement cité ici, était sans doute - le fait n'est pas prouvé - un apocryphe rédigé par la CIA ou apparenté. Il se peut - les écrits de M. Zarkaoui sont moins fréquents que ses actes ne sont frappants, il est donc difficile de faire une comparaison stylistique, a fortiori quand on ne connaît pas l'arabe. Mais si ce fait était avéré, cette question au moins se poserait : des services capables de rédiger un texte décrivant aussi bien l'état d'esprit d'un résistant n'auraient-ils pu avertir les décideurs de l'agression américaine en Irak de ce qui pouvait les attendre ?

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