dimanche 6 novembre 2011

Des bites de MEN, DSK et AMG par temps de crise(s). (Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III bis.)

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Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, I.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, II.

Le sexe, c'est le sexe et autre chose que le sexe, III.




"Sa musique est au présent pour toujours…"

"Et Laura, novice à Lisieux, fit cette nuit-là quelque chose que je n'avais jamais vu aucune femme faire : elle se caressa le clitoris en s'humectant le doigt avec des larmes prises directement dans ses yeux. En quelques secondes elle râla, presque douloureusement devant moi qui la regardait comme une sainte, sans la toucher.

Son cri fut solennel. Tout le carmel en trembla, même s'il devait depuis un siècle en avoir entendu d'autres ! Les cloîtres sont des châteaux de branlette. Un spectre hante chaque corps de soeur. Une des milliards de preuves que Dieu existe est que des femmes peuvent tourner toute leur vie autour de son absence jusqu'à ce que sa présence leur soit jouissive. Dans une désintégration sublime de l'avenir et du passé, elles vivent au présent éternel." (Alain Zannini, Éditions du Rocher, 2002, p. 396)

"Les Putes sont des métaphysiciennes en action, car elles ne travaillent que sur le présent éternel, comme au théâtre." (Ibid., p. 503)



La question n'est pas : comment vivre sans détruire ? La question est : comment vivre sans faire autre chose que détruire ? Le roman Alain Zannini est une tentative de réponse en acte à cette question. D'abord un constat de tout ce que Nabe a pu détruire autour de lui et en lui durant les années 90, puis une promesse d'un « Nabe nouveau », un peu comme le Beaujolais, sauf qu'il s'agit aussi d'Alain Zannini, le « vrai nom » de Nabe (le vrai nom est-il le nom de naissance ou le nom que l'auteur s'est donné, par lequel il a été connu, par lequel il est devenu un personnage littéraire de sa propre oeuvre ?). Promesse sur laquelle s'achève le roman, promesse pas nécessairement convaincante - mais il est vrai qu'en le lisant en 2011 on se dit plus qu'il a fallu encore quelques années à l'auteur, et la rédaction d'un autre épais roman, presque une décennie plus tard, L'homme qui arrêta d'écrire, pour parvenir, au moins dans son oeuvre publiée, à une forme d'apaisement qui rappelle, donc, ce que le narrateur d'Alain Zannini nous annonçait dans les derniers chapitres.

« Tragédie » est peut-être, j'y reviendrai en conclusion, un mot trop fort, « problème » est à coup sûr trop faible : disons que la contradiction dans laquelle se débat Nabe (l'appeler ainsi, sans son prénom, c'est considérer l'individu-auteur-narrateur-personnage littéraire tout ensemble ; si j'utilise nom et prénom, il s'agira plus de l'auteur), c'est qu'il construit (en tout cas, donne vie) et détruit avec les mêmes outils, à savoir sa bite et son stylo. Deux des thématiques principales qui traversent Alain Zannini sont les aventures extra-conjugales de Nabe, les moments de jouissance comme les scènes affreuses ou pénibles, et les conséquences de la publication du Journal dans les années 90 - ou comment les personnages de la vie réelle supportent - c'est-à-dire, pour la grande majorité d'entre eux, ne supportent pas - d'être devenus des personnages littéraires. Sachant bien - et ne se demandant pas du tout ici qui est le plus à plaindre de l'auteur ou de ses proches - qu'il en est de même pour l'auteur que pour celles et ceux qui gravitent autour de lui : Nabe fait jouir (les femmes, les lecteurs), il fait du mal (aux femmes, à certains de ses lecteurs), il jouit et se fait du mal (aussi bien en se coltinant aux femmes qu'avec ses amis, et en écrivant sur ceux-ci et celles-là). Les 800 pages du roman sont une suite de petites morts, aussi bien les orgasmes de Nabe et de ses maîtresses (certaines scènes, notamment avec Diane Tell, ne manquant pas de susciter des érections intempestives chez le lecteur, ce qui, dans le métro, fut parfois gênant… passons), que dans les relations de Nabe avec les autres, et dans les relations de Nabe avec lui-même.

"J'ai fait ça toute ma vie : m'empêcher de me suicider…" (p. 489) : à coups de petites morts, de jouissances et d'attentats, lutter contre la tentation de la « vraie mort » - par ailleurs bien présente dans le roman. L'orgasme est à la fois célébration de la vie, célébration narcissique de soi-même (oui, tout de même), et moment d'oubli du temps comme de soi. Cela est vrai de tous ceux qui ont des orgasmes, mais tout le monde n'est pas personnage littéraire comme Nabe, et encore moins personnage dont une partie de l'existence pour le lecteur vient justement de ces orgasmes (ce pourquoi d'ailleurs il n'est pas insignifiant que certaines scènes érotiques fassent effectivement bander le lecteur). Ajoutons tout de suite que, contrairement à ce que souhaiteraient les proches de Nabe, il est tout à fait impossible d'imaginer son Journal repeint en rose, c'est-à-dire avec seulement les scènes positives, la baise réussie d'un côté, les conversations souriantes avec Sollers de l'autre… Je n'ai fait que parcourir les tomes du Journal, mais je pense avoir au moins compris que c'était tout ou rien : si on veut la vérité, il faut la prendre en entier.

Alain Zannini raconte précisément le moment - qui prend des années - où « c'est trop » : "« Je », que j'attiferais bien en permanence de guillemets tant je ne peux plus le supporter tel qu'il est, tel que les autres croient qu'il est, ou plutôt tel qu'il a été complice de ce que tous voulaient qu'il soit…" (p. 14) Mais comment retrouver une unité de sa personne sans tomber dans le nombrilisme, comment la retrouver en continuant de baiser et d'écrire, quand la façon dont on a baisé, écrit, et écrit qu'on baisait a fini par donner ce « Je » insupportable pour celui-là même qui l'a construit, décrit, vendu ? La solitude est une étape, elle ne peut suffire : "Ô solitude ! Quelle maîtresse parfaite ! S'il n'y avait pas moi, de temps en temps, pour me rappeler que j'existe, je serais le plus heureux des hommes. Seul sans soi : voilà le paradis." (p. 50) De même, il est nécessaire de rappeler des distinctions importantes : "Si chaque individu admettait que tout lui parle, et que s'en apercevoir c'est vivre mieux pour soi-même et pour les autres, il n'y aurait plus personne pour traiter les attentifs de prétentieux. Tout rattacher non pas à soi mais à sa vie, c'est se donner une chance de trouver cette fameuse unité que tous les êtres recherchent. Tout est à portée de main… Un signe n'est pas là pour flatter l'ego, mais pour l'envoyer se bouger le cul sur la piste de danse de la vérité universelle !" (p. 19) ; nécessaire, mais pas suffisant.

Si solutions il y a, et solutions finalement il y aura, elles doivent être combinées. Écrire la baise différemment, déjà : la première fois que Nabe pénètre une femme dans le récit au présent de Alain Zannini (dont l'action, je le rappelle, se déroule à Patmos dans la deuxième moitié de l'année 2000) est l'occasion de généralités d'un ton différent du récit des prouesses de l'enculeur en série des années 90, telles qu'elles sont relatées au fil des 800 pages ("Je ne me vante pas, c'est la vérité qui se vante pour moi. (p. 50)" : oui et non) :

"C'était vide et abstrait... C'était le contraire du corps, et ce n'était pas l'âme. C'était avant tout ce qu'on peut imaginer. Une ouverture béante, béate, bêtasse. La plaie impansable. La fissure incomblable. L'incolmatable brèche. Le non-lieu du non-dit où l'on n'en finit pas de recommencer à se finir. Gouffre suicidesque." (p. 233)

Expérience primitive et petite mort répétée… L'autre pivot pour sortir du cercle vicieux dans lequel Nabe, lui-même vicieux, s'est retrouvé pris, c'est bien sûr la destruction du Journal, qui clôt le roman. Je me suis longtemps dit, et l'ai peut-être écrit, que cette destruction était fictive, qu'il fallait que Marc-Édouard Nabe la proclame pour retrouver des relations un peu plus « normales » avec les autres. Ce dernier point est évident, et d'ailleurs évoqué par l'auteur de (et dans) L'homme qui arrêta d'écrire, mais je me rends compte, après la lecture d'Alain Zannini, roman de la genèse de la destruction du Journal - création / destruction, toujours -, que le plus important n'est pas que M.-É. Nabe ait détruit son journal ou qu'il ne l'écrive plus, c'est qu'il ne le publie plus. Ce qui ne l'a certes pas empêché, ces dix dernières années, de régler ses comptes avec certains de ses amis ou ex-amis, ni de se mettre en scène, mais le cercle vicieux évoqué au début de ce paragraphe semble, pour l'heure, rompu.

(Parenthèse sous forme d'hypothèse (ou le contraire) : je n'ai pas lu Printemps de feu, qui n'a pas bonne réputation. Il se peut que ce qui pose problème dans ce livre est que la sortie du cercle n'y soit pas faite, que malgré l'intérêt pour la politique (qui n'est pas nouveau chez MEN, mais qui devient la base des livres du début des années 2000 : Alain Zannini est publié juste après Une lueur d'espoir et avant Printemps de feu et J'enfonce le clou) Marc-Édouard Nabe y succombe au péché de rester « Nabe ». Je laisse les connaisseurs de ce livre juger de l'éventuelle fécondité de cette hypothèse.)


Respirons le temps d'une pause, et ajoutons quelques remarques annexes. J'ai évoqué dans mon précédent texte sur MEN les rapports entre jouissances esthétiques, extases religieuses, sadisme et masochisme chez Nabe. Le moins que l'on puisse dire est que Alain Zannini confirme amplement ces intuitions : "Si je sens que je peux bénéficier d'une situation quelle qu'elle soit, j'en saborde le profit." (p. 432) ; "Quelquefois, avec mon zorroïsme, mon jugementisme-dernier et toute ma christiquerie sado-sado, je me demandais comment elle pouvait me supporter…" (p. 637), etc., je pourrais en enchaîner d'autres.

L'idée est que Nabe jouit à la fois contre la destruction, ne serait-ce que celle du temps qui passe, et par la destruction. D'où l'importance du thème du présent éternel, que j'ai illustré par les citations qui ouvrent ce texte, et qui lui aussi est susceptible d'applications dans les domaines érotique, esthétique et littéraire. Miles Davis, bien que mort, est éternellement vivant et présent, les carmélites se noient dans un présent perpétuel de masturbation sacrée, les relations client-Pute (la majuscule vaut pour les prostituées du club que Nabe fréquente dans les années 90 et qu'il vénère), de par l'instantanéité du rapport commercial, sont toujours au présent… Et l'écriture du Journal : fixer le soir ce qui s'est passé durant la journée, le fixer de nouveau quelques années plus tard par la publication (sur l'importance de laquelle Nabe insiste, par exemple p. 218), c'est comme ériger une statue - un « devoir de mémoire » ? - à ce qui a été, une fois, le présent. Par définition, bien sûr, il n'y a pas de présent perpétuel. Mais il peut y avoir, eh oui, des moments de présent perpétuel…


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…recherchés notamment par le héros-narrateur du dernier roman de MEN, L'enculé. Vous n'aurez pas besoin d'une longue démonstration pour constater que les thèmes dont j'ai essayé de dégager l'importance dans Alain Zannini sont toujours présents dix ans plus tard (c'est le présent perpétuel !) :

"Ces jeunes d'aujourd'hui, de France ou d'Amérique, pas un pour relever le niveau de l'autre. Des pépères et des mémères à 20 ans : ils ne pensent qu'à construire leur avenir. Construire leur prison, oui ! Ils ne savent pas vivre. Construire ! Ils n'ont pas compris que vivre c'est détruire au contraire, et détruire l'avenir en particulier. Tout miser sur le présent. Quand j'ai essayé d'enseigner ça à mes enfants et aux copains de mes enfants, ils m'ont traité de soixante-huitard. Pas du tout, j'ai horreur de mai 68. Les gauchistes, merci bien ! En revanche, « jouir sans entraves », ça c'est un programme. Et pas politique, vital !" (pp. 16-17)

Dans l'émission de radio où il présente son livre, MEN approuve la suggestion de David Abiker selon laquelle il se serait identifié à DSK. (Notons au passage, pour s'en féliciter, que le crétin de service Birenbaum a détesté le livre : rien que de très logique.) A l'entendre sans avoir lu L'enculé, on ne mesure pas à quel point DSK y est « nabisé ». Outre des détails comme le dégoût des capotes (p. 102 de L'enculé), nombre de citations de ce roman dont DSK est le narrateur sont du Nabe tout craché :

"J'adore faire ça avec une pute, car c'est le summum de la vérité entre un homme et une femme : tout, tout de suite !" (p. 209) -

"Les pépins, ils n'ont pas tardé à arriver… Il n'y a que les débuts qui méritent d'être vécus, car ils ressemblent à des morts." (idem.)

Sans compter le beau passage que je vous ai servi à part la dernière fois.

En fait, il y a (au moins) deux DSK dans ce roman. Le patron du FMI, salaud notoire, présenté sous un angle ma foi assez proche de ce qu'un Soral pourrait faire. Et le baiseur, plongé dans le présent - et qui d'ailleurs avoue (p. 206) ne pas avoir le sens des dates -, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il fascine MEN : ce n'est pas que celui-ci en fasse un portrait à charge ou à décharge, qu'il l'innocente ou qu'il l'accable, c'est qu'il s'y reconnaît (rappelons d'ailleurs que Nabe est l'auteur d'une tentative de viol dans Alain Zannini) - et, du coup, le tire dans son sens, que ce soit, donc, par rapport à ce qu'est un désir, ou pour dire du mal des socialistes depuis toujours honnis. - En revanche, dans la mesure sans doute où le thème a déjà été exploité par les éditorialistes, MEN n'abuse pas des métaphores christiques au sujet de DSK (on en trouve des exemples plus ou moins explicites pp. 98, 149, 195), alors qu'elles surabondent dans Alain Zannini, où le moindre monticule est vite qualifié de Golgotha…



Comme il ne s'agit pas de faire un compte rendu de L'enculé en tant que tel, mais de continuer à tenter de voir quels sont les thèmes fondamentaux des textes de MEN et comment ils sont structurés les uns par rapport aux autres, je concluerai ces quelques notes sur un dernier rapprochement avec Alain Zannini : ce sont des romans, tout simplement, des romans drôles et tragiques.

"…Voyant qu'elle avait affaire à quelqu'un de sérieux, c'est-à-dire à un rigolo qui prenait tout au tragique…" (Alain Zannini, p. 153) ; "Ce sont les situations les plus tragiques qui sont les plus marrantes." (L'enculé, p. 32) : ce qui est tragique est souvent aussi dérisoire, et suscite donc le rire. Les tourments du solitaire Nabe à Paris dans les années 90 ou à Patmos en 2000, les affres du patron du FMI, tout aussi solitaire, durant toute sa vie de chasseur de culs et à partir du 14 mai 2011, sont de réels tourments mais sont aussi matière à rire, ceci parce que cela et vice-versa. Il y a un côté « anarchiste-sacrificateur » chez les deux narrateurs, une façon presque religieuse de désacraliser le sacré. C'est d'ailleurs, à certains égards et sans tout mélanger, une tendance du monde moderne (ou post-moderne, si l'on veut). - On notera ceci dit que MEN n'a pas vraiment creusé le côté apocalyptique, non de DSK, mais de la symbolique de la chute du patron du FMI en temps de crise mondiale, alors que le thème de l'apocalypse était omniprésent dans Alain Zannini. Une colère biblique, dixit DSK, est bien présente (p. 234), colère biblique due à l'amoralité américaine, c'est-à-dire moderne, mais elle ne me semble pas tourner à l'Apocalypse. - Il se peut d'ailleurs que de ce point de vue l'actualité aille encore plus vite que ce roman pourtant singulièrement près de son sujet.

Quoi qu'il en soit, je n'ai pu m'empêcher de trouver, dans la plus belle formule du livre, une sorte de guide ou de sagesse pour la crise, et/ou l'après-crise :

"A la fin de mon discours, je suis descendu de l'estrade et j'ai foncé sur elle (…), j'ai piqué son numéro et l'ai appelée une heure après. Pourquoi attendre que le désir se fane, pour ces connes de convenances ? C'est si puissamment fragile, un désir. Qu'y a-t-il de plus beau dans la vie ?" (p. 209)


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samedi 16 juin 2007

Concession à l'actualité. Des progrès du festivisme en milieu décomplexé.

Je trouve chez M. Radical - cet homme-là n'aime pas discuter, c'est dommage -, une intéressante vidéo sur la campagne électorale à Sarcelles. Il me semble que seule la dernière phrase de ce reportage incite à l'optimisme - à Sarcelles comme ailleurs, malgré tous ses défauts, le peuple vaut mieux que ses élus.

Cliquez donc ici.



J'ajoute :

- un rappel du contexte : selon Le Canard enchaîné, relayé par Guy "I love police" Birenbaum, la candidate UMP aurait déclaré - à un jury littéraire, nous dit-on, ce n'est pas d'une précision folle - : "Mon mari [contrairement à Mme Strauss-Kahn, dont le conjoint est un séducteur] peut dormir tranquille. Dans ma circonscription, il n'y a que des Noirs et des Arabes. L'idée de coucher avec l'un d'entre eux me répugne."

- une précision personnelle. Mme Noachovitch a comme tout un chacun ses goûts sexuels. A ma façon je la rejoins sur un point : si je trouve de nombreuses femmes noires extrêmement séduisantes, quelque chose en moi fait que je ne les vois pas dans mon lit, elles ne font pas partie de mon univers sexuel, voilà (les japonaises, malgré la fin de L'empire des sens, en revanche...).

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Je ne vois donc pas au nom de quoi les hommes arabes et noirs devraient absolument faire partie des fantasmes de cette dame. Maintenant, il y a la formulation, et il y a la position, si j'ose dire, de cette candidate à une fonction publique, qui ferait mieux d'apprendre à tenir sa langue (si j'ose dire bis), et à ne pas confondre goût intime et déclaration politique. Sans compter que ce qui vaut pour le Festivus de base vaut aussi pour la droite décomplexée et fière de l'être : on n'est jamais très beau à afficher sa pride.

Ceci posé, comme je ne suis si ni Noir ni Arabe, et que - influence baudelairienne ? - je commence à sentir se développer en moi, sur le tard, un certain goût pour les idiotes, peut-être que Mme Noachovitch et moi pourrions trouver un terrain d'entente... Faute de Rachida, qui m'a beaucoup déçu avec ses propos atrocement corrects sur la foi, on peut se rabattre sur Sylvie, monter avec elle dans son train, voir ce qui se passe en-dessous de sa ceinture... Vive la sincérité, vive le coeur ! La femme est l'avenir de l'homme - Aragon, Fallaci, Noachovitch, même combat !



La réalité dépasse la fiction.


Ben_Laden

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mardi 23 janvier 2007

Subversion mon cul.

Une note récente de M Cinéma, évoquant l'actualité intellectuelle, au travers notamment des exemples paradigmatiques de Maurice Dantec et Alain Soral, ainsi que certains des commentaires que cette note a suscités, me trottaient dans la tête - et voilà que je tombe sur ce passage dans le Proust de Vincent Descombes (Minuit, 1987, pp. 319-321). Je vais me permettre, ce n'est pas la première fois, une longue citation, car elle me semble résoudre un certain nombre de questions posées plus ou moins directement par M. Cinéma et ses commentateurs :

"Max Weber a étudié les origines du monde moderne en montrant comment l'éthique protestante avait préparé l'esprit du capitalisme. Le christianisme encore traditionnel du Moyen Age ne connaissait encore qu'un ascétisme ultra-mondain [hors du monde, comme les monastères]. En revanche, l'éthique puritaine est un ascétisme dans le monde, qui prescrit la réalisation de soi par le travail et l'épargne [du moins après un certain temps et non sans détours]. La certitude du salut personnel est maintenant liée à des succès manifestes dans ce monde. Mais, comme l'a montré Louis Dumont, l'accent doit porter sur l'aspect intra-mondain de ce type d'individualisme plutôt que sur son caractère ascétique. L'originalité de l'éthique calviniste est d'inventer l'individu dans le monde. Par la suite, les éthiques modernes ne seront pas toujours ascétiques, mais elles assumeront toujours le projet d'une réalisation de soi, comme individu dans le siècle (Voir L. Dumont, Essais sur l'individualisme [Seuil, 1983], p. 63).

De cette remarque nous pouvons tirer la possibilité d'une description sociologique de la littérature moderne. Plus précisément : une description de la littérature conçue comme écriture générale dans l'espace littéraire d'une page dont il faut préablablement effacer tout ce que des siècles de littérature y ont d'avance inscrit. On sait en effet qu'à côté de l'ascétisme Max Weber définit une autre voie de salut, le mysticisme. Dans l'ascétisme, qu'il soit hors du monde ou dans le monde, l'esprit se montre actif. Dans le mysticisme, il est passif. Le mystique attend que la vérité lui soit donnée, qu'elle le visite. Max Weber a consacré quelques analyses au mysticisme ultra-mondain, mais parle assez peu du mysticisme dans le monde, bien qu'il en ait marqué la place dans sa typologie. Or, que nous dit Proust ? Qu'il faut renoncer au monde si l'on veut avoir les joies de l'Art. Cette décision de se détacher du monde, si elle correspond bien à une certaine ascèse, ne le conduit pourtant pas chez les Trappistes. Le narrateur éprouve qu'il est sauvé dans ce monde même où il a failli se perdre. (...) Le narrateur de la Recherche figure un artiste qui renonce au monde dans le monde. Il renonce au monde de l'individualisme ascétique pour mieux s'accomplir dans le monde de l'individualisme mystique. Il renonce à un monde dans lequel les individus s'efforcent, en vain selon lui, de se réaliser comme individus autonomes dans l'action. En même temps, il s'établit joyeusement dans un monde qui permet la réalisation de soi par l'impression. L'art moderne, tel que Proust nous le donne à penser à travers ses personnages d'artiste, principalement Elstir et le narrateur, apparaît comme la voie mystique d'une individualisation de soi dans le monde.

L'oeuvre de Proust est bien, comme il l'écrit, une démonstration. Elle vise à établir que l'institution de la littérature permet une libération de soi dans un monde où l'action paraît vaine. Institution doit s'entendre ici au sens des sociologues de l'école française. Une institution n'est pas seulement un arrangement social (comme l'Ecole, le Parlement, etc.). Les institutions sont "des règles publiques d'action et de pensée" (Mauss, Oeuvres, tome 1, p. 25). La littérature est une institution, au sens où le renoncement est, dans la société indienne, une institution. Parler de l'institution de la littérature n'est donc pas désigner des aspects voyants ou surannés tels que l'Académie française, les prix littéraires, etc. C'est bien plutôt considérer que des phénomènes tels que l'écriture, la page blanche, les vicissitudes de l'inspiration, les migrations du poétique sont les traits visibles qui marquent, dans la conscience collective, le statut d'écrivain. Il y a une institution de la littérature parce qu'il y a une définition collective de l'écrivain (...). En reconnaissant ce que fait un individu comme de l'écriture, le groupe lui accorde le privilège de s'individualiser dans l'exercice du langage. C'est en effet un privilège que de pouvoir interrompre la conversation, laquelle est un exercice social de la parole, pour faire entendre une parole individuelle, dans le style comme dans le propos. Les critiques contemporains qui définissent l'écriture littéraire moderne comme perpétuelle transgression, subversion, négativité, n'ont retenu qu'un aspect des choses. Ils ont bien vu que l'écrivain authentique renversait les valeurs communes. Mais ils n'ont pas vu que cette transgression, cet incessant renversement des valeurs, c'était justement ce que le groupe attendait de l'artiste en tant que ce dernier incarne à sa façon le sacré du groupe, à savoir l'autonomie individuelle. (...) Ainsi, tout comme le renonçant indien n'est pas sans conserver certaines relations avec le monde qu'il a quitté, mais qui le nourrit, l'individu autonome passe un compromis avec le monde prosaïque."

V. Descombes prend ses exemples dans la vision que le XIXè siècle avait de l'écrivain, il est aisé d'actualiser. L'important, pour ne pas accuser inutilement des gens comme Maurice Dantec, Alain Soral, Michel Houellebecq, Alain de Benoist ou Marc-Edouard Nabe (auxquels on aurait pu adjoindre Philippe Muray) de contradictions dont ils ne sont pas responsables, est de bien retenir cette idée que "le groupe", ou la société, leur confère une mission en elle-même contradictoire : être un exemple de notre valeur suprême et la plus ouvertement revendiquée - l'individualisme -, en devant payer pour cette façon d'assumer ce qui reste un luxe (en dernière instance, puisque notre société, comme toute autre, fonctionne majoritairement de façon holiste - ainsi que le dit Alain Soral en substance : "Je me sens bien comme je suis, mais ce n'est pas avec des gars comme moi que l'on fonde une société.") Il s'agit donc bien d'un privilège, comme l'écrit V. Descombes, et les privilèges se paient d'une façon ou d'une autre, par les devoirs qu'ils imposent et/ou les rancunes qu'ils suscitent.

Le piquant de l'affaire, évidemment, c'est lorsque les écrivains, dans la lignée du propos d'A. Soral que je viens de citer, sont parfaitement conscients de la coexistence en eux d'un esprit aristocratique plus ou moins revendiqué, mais inhérent à leur travail, esprit aristocratique mâtiné parfois d'un certain anarchisme, avec un souci quant à l'évolution actuelle de la communauté nationale. Tel était déjà, mai 68 en moins serais-je tenté d'écrire, le cas de Balzac, aussi ne faut-il pas exagérer la nouveauté de ces paradoxes. Ce qui est peut-être plus nouveau, s'il ne s'agit pas d'un effet d'optique dont moi et d'autres serions les victimes, c'est que l'on retrouve désormais si souvent cette figure du pamphlétaire, par conséquent effectivement chargée par "le groupe" d'affects et de missions contradictoires - dont chacun se tire comme il peut et selon son tempérament.

Mais du coup, ainsi que le signale M. Cinéma, on ne peut prendre complètement au sérieux certaines de leurs jérémiades (comme du reste de leurs colères contre leurs confrères/rivaux). Ainsi M.-E. Nabe n'est-il pas à son meilleur lorsqu'il joue son rôle d'écrivain raté-maudit-personne-ne-m'aime. Je laisse les lecteurs qui connaissent ces auteurs mieux que moi trier le bon grain de l'ivraie dans ces plaintes, parfois bien sûr motivées (A. Soral s'est effectivement fait casser la gueule), parfois partie intégrante du rôle que "le groupe" demande à ces écrivains de jouer. De ce point de vue en tout cas, Alain de Benoist semblerait le moins apte à rentrer dans ce costume préfabriqué - et donc le plus digne. Mais il est vrai qu'il n'est ni un pamphlétaire ni un romancier.

Bref, évoquer la "sincérité" de Maurice Dantec, comme le fait M. Cinéma, me semble, sinon inutile, du moins quelque peu court. De quelle sincérité s'agit-il ? S'il s'agit de dire que M. Dantec peut se tromper ou mentir, le peu que je connais de lui me suffit pour pouvoir l'affirmer. Mais ce n'est pas la question. La question est de savoir si M. Dantec, ou A. Soral, ou M.-E. Nabe..., a la tête assez froide pour, comme tout bon auteur moderne, jouer assez avec "le groupe" pour assumer la fonction que celui-ci lui confère (ne serait-ce que pour pouvoir vendre des livres) tout en amenant des membres, aussi nombreux que possibles, là où il veut les amener, là où ils ne l'attendent pas nécessairement - ce qui n'est pas évident, puisqu'ils attendent déjà de lui qu'il soit à la fois individualiste et "holiste". Encore une fois, au lecteur spécialiste de tel ou tel d'entre eux de voir ce qu'il en est. Mais si l'on comprend que le fait que "le groupe" et ces auteurs sont tombés d'accord pour que ceux-ci soient solitaires, et que la "sincérité" n'est pas un concept nécessaire pour évaluer leurs mérites, alors je crois qu'on se sera débarassé de problématiques superflues.

Faut-il le préciser, toutes ces remarques n'impliquent pas que l'on ne fasse pas la différence entre ceux qui sont quand même des francs-tireurs, et ceux qui appartiennent à des appareils et/ou prétendent parler au nom des autres. Mais j'imagine qu'il n'est pas besoin de développer ce point.



P.S. 1 : on pourra s'étonner que j'ai laissé ici Jean-Pierre Voyer de côté. Deux raisons parmi d'autres : connaissant son oeuvre bien mieux que je ne connais celle des autres auteurs mentionnés, P. Muray excepté, j'aurais été le premier à juger insupportable le degré d'approximation que je me suis permis vis-à-vis de chacun d'eux, si je l'avais appliqué à M. Voyer (d'où, de ma part, des précisions sans fin). Ensuite, qu'il soit moins connu que les autres le rend moins représentatif quant à ces questions de privilège et de sincérité.

P.S.2 : j'ai porté une accusation contre M. Dantec - je m'appuie en l'occurence sur une interview qu'il a donnée à la télévision canadienne lors des émeutes de novembre 2005. On peut la trouver chez G. Birenbaum (ce qui ne manque pas de sel, bien sûr, mais passons.) Je fais allusion à la description de la banlieue parisienne - pour l'arpenter régulièrement, je peux affirmer avoir bien rigolé en apprenant que tous les quartiers paisibles que j'ai pu y traverser depuis quelques années - n'existaient pas. On espère évidemment que M. Dantec est plus rigoureux lorsqu'il écrit que lorsqu'il s'excite devant des téléspectateurs en principe peu avertis de ce dont il parle.

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vendredi 8 septembre 2006

Présentation.

Ayant le sentiment de mieux savoir où je veux aller avec ce blog et pourquoi que lorsque je l'ai démarré, prenant conscience de ce qu'il commence à y avoir ici beaucoup - quantitativement - de choses à lire, je me permets cette petite introduction générale, tant pour les nouveaux venus, éventuellement décontenancés par le joyeux désordre régnant ici, que pour les habitués, éventuellement irrités par ce qui peut leur sembler être des contradictions entre tel et tel texte. Je corrigerai ou actualiserai de temps à autre cette introduction, sans nécessairement toujours le signaler.

La rubrique "Principaux textes" (comme d'ailleurs les "Sites utiles") est là pour donner une idée des principaux axes de travail, le rappel de ceux-ci peut et doit être augmenté de quelques précisions sur les directions suivies :

- la compréhension de la modernité : c'est à quoi l'on consacre l'essentiel de ses efforts. Le texte qui prend appui sur Max Weber résume assez bien l'état actuel de mes réflexions en la matière. Ce que l'on cherche à faire pour l'instant est de définir, petit à petit, cette modernité, on ne cherche aucunement à proposer des "solutions", on ne se pose même pas la question de savoir si on sera un jour en état de le faire. Simplement espère-t-on s'armer autant qu'il est possible pour juger à bon escient les solutions que d'autres ne manquent jamais de proposer ou d'imposer ;

- c'est à l'intérieur de ce cadre qu'il faut inscrire les deux textes consacrés aux débats constitutionnels sur le TCE et la Vè et la "VIè" Républiques. "Pas de liberté pour les amis de la liberté" tente d'élargir et de théoriser le propos ;

- de même, le texte "Points de repère", sur Jean-Pierre Voyer et Alain Badiou, peut être lu comme une réflexion sur la possibilité du gauchisme (d'où je viens) dans notre monde. Il doit tout de même être abordé avec des pincettes, car je ne l'écrirais plus aujourd'hui de la même manière, mais je le laisse dans les "Principaux" parce qu'il est le seul que j'aie vraiment consacré à ce jour à Jean-Pierre Voyer, dont l'influence est pourtant prépondérante sur ce blog ;

- il m'arrive d'aborder la question du Proche-Orient, après avoir plus ou moins annoncé dans "Israël-Palestine : c'est simple" que je n'avais pas l'intention de le faire. Si je dirige les nouveaux lecteurs vers ce texte, c'est notamment parce qu'il résume ma (très simple) position sur les aspects géopolitiques de ce conflit. Pour le reste, il me semble aujourd'hui évident que cette question est révélatrice de tellement d'aspects de notre modernité - l'évolution des démocraties, le rapport aux religions... - qu'elle ne peut que s'insérer dans notre cadre principal ;

- comme si tous ces problèmes n'étaient pas assez compliqués tels quels, des canailles viennent sciemment les obscurcir, et c'est à elles que l'on réserve les principales critiques, ce que l'on peut justifier de deux manières : d'une part, dans l'ensemble on s'attaque ici à des gens dont la malhonnêteté intellectuelle est flagrante, plutôt qu'à des gens dont on ne partage pas les conceptions, mais à qui l'on peut, au moins au bénéfice du doute, reconnaître un certain désintéressement et/ou une réelle conviction ; d'autre part on ne se fait pas d'illusions : G. W. Bush ou Saddam Hussein sont évidemment de plus grands criminels que, pour prendre des exemples canoniques, Bernard-Henri Lévy ou Philippe Sollers, mais attaquer ceux-là ne sert strictement à rien, alors que s'en prendre à des compatriotes, que ce soit un valet du capital comme Jacques Marseille, une baudruche prétentieuse de la gauche morale comme Guy Birenbaum, ou un négationniste autorisé par la loi comme Shmuel Trigano peut, qui sait, aider le lecteur à reconnaître d'autres voyous du même type. Le cas de Maurice Dantec peut rappeler à toutes fins utiles qu'il ne suffit pas d'être contre l'ordre établi - et surtout pas de le proclamer -pour être digne d'intérêt. Le personnage médiatique d'une Carla Bruni, (agréable, c'est bien là une partie du problème) caricature de la beauté féminine, ajoute a contrario à certaines interrogations sur la différence des sexes (googlez cafeducommerce + : « différence des sexes » ou « Où sont les femmes ? »).


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Et c'est à l'intersection de ces diverses problématiques que se situent les communautarismes actuels, auxquels, à partir de l'exemple de l'homophobie, un texte est plus spécialement consacré.


(Ajout le 28.10.08)
A côté de ces "principaux textes", je ne crois pas inutile de vous recommander d'autres tentatives d'approches de la modernité.

D'abord par trois citations et/ou commentaires :

- un texte de Baudelaire qui est peut-être la meilleure présentation possible de ce blog autant que, c'est immodeste mais c'est comme ça, de son auteur ;

- une longue réflexion de P. Muray sur la Révolution française, grâce à laquelle on peut poser certains problèmes sur la notion de sacré avant, pendant et après cet événement pivot de notre modernité ;

- une variation sur René Guénon, Robert Musil, Claude Lévi-Strauss et le sport où l'on essaie, en mettant en rapport des auteurs d'horizons différents, de juger de l'évolution des différentes cultures à travers les prismes de la mondialisation et du sport.


Ensuite par des séries - format auquel la pratique d'un blog conduit assez aisément. Je vous donne la référence au premier texte de chaque série, vous y trouverez les liens pour la suite :

- la retranscription commentée d'une conversation entre Julien Freund et Pierre Bérard, où sont évoqués, dans un esprit proche du mien, nombre de problèmes de notre modernité ;

- la série intitulée "Fragments sur le holisme", dans laquelle j'essayais de mieux définir ce concept cardinal. Cette série est restée inachevée, je n'ai jamais à ce jour rédigé le "bouquet final", où je devais synthétiser ce qui précédait et proposer une définition du holisme. Restent pour l'heure des diagnostics sur ce qu'il désigne autant que ce sur ce qu'il ne désigne pas ;

- la série consacrée à la notion de "nature humaine" fait un point - très général, par nature... - sur cette expression et ses rapports avec le sacré, la notion de culture... ;

- la série "Ethique et statistique" (qui démarre au numéro "I bis", c'est normal), plus spécialement consacrée à Musil, précise quelques données sur la philosophie de l'histoire et notamment le rôle que peut y jouer le hasard ;

- la série "De Charles Baudelaire à Nicolas Sarkozy" présente des réflexions ambiguës sur les beautés et les désastres, tellement liés les uns aux autres, produits par l'époque moderne ;

- enfin, pour les fainéants, je signale ce texte inspiré par Marcel Mauss et Louis Dumont, qui fut un de ceux dont la rédaction m'a semblé m'apporter à moi-même quelque chose.

Voilà, vous avez assez de boulot. Fin de l'ajout du 28.10.08.



A l'heure actuelle, je n'ai pas l'énergie de déployer assez de temps pour mettre sur pied un véritable index thématique. L'apparition récente [écrit le 30.03.07] des "labels" en fin de messages me permet d'y suppléer en quelque manière. Quiconque veut des indications sur l'existence de textes se rattachant à un thème précis peut me contacter directement (cafeducommerce - arobase - hotmail - point - fr). Il est conseillé de faire de même si on me laisse un commentaire sur un texte ancien.

[14.06.08] A l'origine, et suivant le raisonnement exprimé ici, raisonnement formé de la conjonction d'un fait : je ne suis personne de connu ni de spécial, et d'un voeu : que ce café soit un lieu de création collective où les habitués et les gens de passage ne se privent pas d'apporter leur grain de sel, à l'origine donc j'ai décidé de rester anonyme - étant par ailleurs entendu qu'il suffisait de m'écrire pour avoir mon nom. Plus de trois ans après la création de ce site, dans la mesure où les commentaires sont assez rares et où personne ne m'a jamais proposé, malgré mes appels du pied, un texte à fins de publication, je prends acte du fait que je suis seul à la barre, et signe désormais mes interventions de mon nom - en bonne logique, inconnu et fort banal. Il peut donc être la peine de souligner aux nouveaux arrivants que, malgré le caractère rétroactif d'une correction effectuée dans le "profil", les textes présentés ici n'ont été vraiment signés qu'à partir du 10 juin 2008.

[09.12/07] Je regroupe dans le texte Terminologie la définition de quelques expressions que j'emploie régulièrement.

Pour conclure, je rappellerai les principaux auteurs sur lesquels je m'appuie (j'oublie volontairement les artistes à fins de clarté) - par ordre alphabétique : Vincent Descombes, Louis Dumont, Emile Durkheim, René Girard, Marcel Mauss, Philippe Muray, Jean-Pierre Voyer. Et derrière eux l'on devine sans peine la Bible, Hegel, Wittgenstein... Quelque part entre le rationalisme et le sacré.





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P.S. : en faisant une recherche Google pour retrouver rapidement le texte consacré à M. Birenbaum, je découvre que Wikipedia me classe dans les blogs de droite. Je commençais à trouver cette introduction un peu superflue et auto-justificatrice, me voilà au moins en partie rassuré. Ceci dit, le café du commerce étant un lieu public et démocratique, les gens de droite y sont, je rougis de le préciser, aussi bienvenus que les autres.


Ajout le 27.09.06, sur les ajouts : en règle générale, je signale dans la rubrique "Ajouts récents" les compléments apportés aux différents textes. Néanmoins, lorsqu'il s'agit de modifications de détail, je ne m'y astreins pas.

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jeudi 3 août 2006

Vrac.

(Toujours des problèmes de connexion...)

Je livre en ce moment un combat homérique avec un adversaire de taille, Marcel Gauchet. Je vous en donnerai des nouvelles dès que je l'aurai vaincu. En attendant, je trouve dans La démocratie contre elle-même, Gallimard, "Tel", 2002,

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une bien bonne analyse du vote Le Pen en France, "Les mauvaises surprises d'une oubliée : la lutte des classes", analyse écrite en 1990 et qu'il est instructif de lire quatre ans (déjà !) après le 21 avril. Quelques extraits :

"C'est... non comme ennemi de la démocratie mais, à l'inverse, comme support d'une demande de démocratie frustrée qu'il [Le Pen] fonctionne."

"Martèlement médiatique aidant, peut-être la dilution du concept [de racisme] dans son extension est-elle devenue irréversible. Mais on ne devra pas s'étonner de l'oblitération du passé que génère en retour le détournement banalisant des mots terribles de l'histoire. Que peut-on comprendre, rétrospectivement, à ce que fut la folie de ce siècle, à la vision raciale du monde et à la logique exterminatrice, si l'on en juge à l'aune de cet actuel "racisme ordinaire" qu'aiment à pourfendre nos bien-intentionnés ? Qu'on ne s'y trompe pas : le révisionnisme est fait pour progresser du même pas que l'antiracisme."

"La peur du peuple - dont on n'observa pas assez combien souvent à gauche elle accompagne l'avant-gardiste ambition de le conduire..."

"Il n'y a pas de raisons de penser que les Français sont davantage xénophobes que les autres Européens, mais il y a des raisons de croire, en dépit des autocongratulations de la nomenklatura, que la décision politique continue en France d'échapper davantage aux citoyens, à tous les niveaux, ne serait-ce que par simple sociologie des milieux dirigeants. Il est clair ainsi que la façon dont la politique européenne est menée nous prépare pour demain de rudes déconvenues qui ne manqueront pas d'ajouter à l'écho de la protestation "national-populiste"."





Chez G. Birenbaum (qui n'y est pour rien) je tombe sur cette annonce, dont je me fais à ma modeste échelle l'écho :

"Chers amis,

A l'initative de Marcel-Francis Kahn, nous voulons faire publier dans des quotidiens la déclaration ci-dessous. Pour les personnes juives parmi vous, si vous êtes d'accord avec le texte, je vous prie de bien vouloir signaler votre accord par retour de courrier électronique. Veuillez préciser votre nom et votre profession (ou qualité). Un soutien financier sera également apprécié dans la mesure où nous serions obligés de le faire paraître comme encart payant. Pour le moment, nous voulons le faire passer comme simple information dans la presse. Merci bien,

Richard Wagman"




Des Juifs contre l’offensive meurtrière d’Israël


Voici 24 ans, Israël lançait au Liban l’opération « Paix en Galilée » qui allait par les bombardements terrestres et aériens, faire des centaines de victimes civiles et aussi par l’appui apporté à ses supplétifs libanais conduire aux massacres de Sabra et Chatila.

C’est alors qu’à l’initiative notamment de Pierre Vidal-Naquet, fut lancé un appel de cent intellectuels juifs qui se désolidarisaient des soutiens inconditionnels à l’opération menée par Sharon et la condamnait. Après les massacres, un rassemblement devant l’ambassade d’Israël fut organisé par le Comité des Juifs contre la guerre au Liban pour exprimer notre colère. Vingt-quatre ans plus tard, les successeurs de Sharon ont pris la relève. Ils lancent sur le Liban des attaques meurtrières comme celle de Cana où les victimes sont surtout des femmes et des enfants comme ce fut le cas 10 ans plus tôt au même endroit.

En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, après l’enlèvement d’un soldat israélien et prenant prétexte du tir de roquettes artisanales, l’armée israélienne après son coup de force contre le gouvernement palestinien démocratiquement élu, titre à l’arme lourde avec là aussi des dizaines de victimes dont la moitié sont des civils, femmes et enfants compris, après avoir détruit les infrastructures assurant un minimum vital aux populations. Certes les soussignés ne sont des inconditionnels ni du Hezbollah, ni du Hamas. Nous avons dit ce qu’il fallait penser des attentats suicides contre les populations civiles israéliennes. Certes, les victimes israéliennes des missiles qui frappent le nord d’Israël sont tragiques, elles aussi. Certes, l’attaque menée par le Hezbollah contre des militaires israéliens dont certains furent tués et deux enlevés était une provocation évidente devant laquelle il fallait garder son sang-froid. Mais cela n’a pas été le cas.

Et reviennent, comme toujours les appels à l’union sacrée et au soutien inconditionnel à Israël exigés par les institutions qui prétendent représenter la totalité des voix juives en France. Cela, nous ne pouvons pas l’accepter. Comme en 1982, comme à de nombreuses reprises depuis, les soussignés, Juifs et Juives à des titres divers, reprennent les termes du dernier appel signé par Pierre Vidal-Naquet quelques jours avant sa disparition : « Assez ! Trop, c’est trop ! » Il faut un cessez le feu immédiat et total aussi bien au Liban qu’en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Il faut l’ouverture de négociations dont un des premiers objectifs sera un échange de prisonniers et le retour de la sécurité et de conditions humaines pour toutes les populations concernées.

Nous demandons au gouvernement français et aux instances européennes de défendre cette position. Elle est seule capable avec la juste solution du problème palestinien d’éviter une extension catastrophique du conflit.

Nous saluons nos amis israéliens qui manifestent, dans des conditions difficiles, contre la politique à leur propre Etat.

Premiers signataires : Marcel-Françis Kahn (professeur de médecine), Richard Wagman (président d’honneur, UJFP [Union juive française pour la paix] ), Stéphane Hessel (ancien résistant)

N.B. : Nous allons essayer de faire publier ce texte dans des quotidiens. Veuillez nous confier votre signature (et votre profession ou qualité) si vous être d’accord avec le texte.

Réponses à adresser d'urgence à Richard Wagman, 22 rue des Alouettes, 75019 Paris, tél. : 01 42 02 59 76, fax : 01 42 02 59 77, e-mail : ujfp@filnet.fr"


Il se peut que je revienne sous peu sur ce sujet brûlant. "Ce que vous endurez, c'est pour vous former." (Hébreux, XII, 7)




Une devinette pour finir. Qui a écrit :

"Nous prétendons, par exemple, qu'il appartient sans doute au législateur d'en finir avec la misère et les misérables (...) mais que le problème de la Pauvreté ne pourrait se résoudre par la transformation méthodique des pauvres gens en petits-bourgeois sans une énorme perte de substance spirituelle pour l'humanité."

- G.W.F. Hegel
- K. Kraus
- G. Bernanos ?




"Nous n'avons pas ici de ville permanente, nous cherchons la ville à venir." (Ibid., XIII, 14)

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dimanche 23 juillet 2006

Sociologie théorique et pratique. (Ajout le 3.08).

Pour ceux que la "situation au Proche-Orient" ou l'hommage à un libraire inconnu ne passionnent pas, voici deux lectures, d'intérêt certes inégal :

- un texte capital de Mauss, "Divisions et proportions des divisions de la sociologie" (Oeuvres, III, pp. 178-245), complément indispensable à l'"Essai sur le don" dont il est à peu près contemporain. Mauss y anticipe Wittgenstein, Austin, Castoriadis, Dumont bien sûr, délire superbement, se trompe génialement, lyrise gaiement et tristement. Un seul extrait pour se mettre en appétit (il faudrait quasiment tout commenter) :

"Ce qui explique un fait social, c'est non tel ou tel ordre de faits, c'est l'ensemble des faits sociaux. (...) Tout, dans une société, même les choses les plus spéciales, tout est, et est avant tout, fonction et fonctionnement ; rien ne se comprend si ce n'est par rapport au tout, à la collectivité tout entière et non par rapport à des parties séparées."

- un échantillon de sociologie de la domination, fourni par les lecteurs de G. Birenbaum (qui utilise lui-même ailleurs le terme de sociologie à propos des commentaires qu'il reçoit), dont les réactions au dernier message en date de leur idole, rappellent l'actualité de cette question : pourquoi les gens ont-ils besoin d'avoir un maître ? Pourquoi aiment-ils autant s'abaisser ? Est-ce une nécessité vitale ? Une preuve d'immaturité ? Ou, au contraire - mais il faut mieux choisir ses maîtres... - une preuve de sagesse et de maturité ? Ce qu'on lit sur ce site suggère fortement que les gens aiment la soumission. A moins que A. Brossat n'ait raison : c'est surtout une caractéristique française actuelle. Pauvres de nous...

Quoi qu'il en soit, bonne lecture !



(Ajout le 3.08).
Mea culpa ! L'anticipation de Wittgenstein que je prêtais à Mauss existe bien, mais pas dans le texte que j'ai évoqué : dans l'article "Sociologie", écrit dès 1901 - et plus précisément pp. 157-158 de l'édition citée plus haut, sur la notion de causalité en histoire. Autant pour moi. Ceci posé, il faudrait creuser les rapports entre les totalités de Mauss et les "formes de vie" de Wittgenstein.

Pour Dumont : par exemple, p. 199. Pour Austin : p. 217. Pour Castoriadis : p. 234.

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jeudi 15 juin 2006

"Que faire sans Zarkaoui ?" - Précisions aux fidèles de M. Birenbaum.

"Et redisons-le. - Opinions publiques - veuleries privées."



Ce qui frappe le plus dans les commentaires que mon texte consacré à Guy Birenbaum a suscités, que ce soit ici ou sur le site de l'intéressé, lequel, pour des raisons qui lui appartiennent, a tenu à lui donner un écho, c'est à quel point peu de gens semblent s'être intéressés aux critiques, précises et illustrées d'exemples, que j'ai adressées aux écrits de notre si moderne tartuffe. Les Festivus

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qui se sont empressés de déposer leur petite dose quotidienne de bien-pensance, dans la niche que leur prête leur maître ou sur le pas de ma porte, préfèrent me traiter de fasciste (c'est la première fois que ça m'arrive - il est vrai que par les temps qui courent et dans un tel contexte, c'est plutôt un compliment), me prêter des pulsions homosexuelles plus ou moins refoulées ou la rancune d'un auteur refusé par M. Birenbaum, que de s'interroger sur le contenu de mon propos.

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Il ne serait certes pas désagréable de dire leur fait à ces très méprisables flics, mais, si je reviens sur ce sujet aujourd'hui, ce n'est pas pour distribuer bons et mauvais points, le lecteur (les miens en tous cas) pouvant se faire sa propre opinion. Ce n'est certainement pas non plus pour modifier quoi que ce soit de ce que j'ai écrit précédemment, puisque, donc, personne ne semble avoir été capable de me prouver que j'avais tort, fût-ce sur un point de détail. La teneur de certains des "posts" déposés par M. Birenbaum sur son site depuis qu'il a pris connaissance de mon texte (une critique à l'endroit de M. Sarkozy, un aveu d'impuissance quant à se prononcer sur ce qui se passe au Moyen-Orient) pourrait d'ailleurs m'amener à penser qu'il n'a pas été complètement indifférent à mes critiques. Passons.

Deux point me semblent mériter quelques précisions.

Le premier est le plus important : mon anonymat. C'est l'occasion de faire une mise au point générale sur ce site : le café du commerce porte ce nom, et seulement ce nom, parce que j'ai toujours souhaité et espéré qu'il soit un lieu de discussion collective. Cela n'a pas de rapport avec mon goût, réel mais qui ne résume pas ce site, pour l'invective. (Comme M. Littérature j'aimerais d'ailleurs de temps à autre publier des textes d'écrivains vivants (par exemple celui-ci, agréable destruction de ce qui sert de pensée à M. Onfray), au lieu de multiplier les liens ou les citations de grands philosophes passés depuis des années.)

On essaie ici de ne pas accorder d'importance aux étiquettes ni personnes : seules comptent les idées. Celui qui les énonce n'a en lui-même, ni moi ni un autre, aucune espèce d'importance. Un an peu ou prou après avoir commencé ce blog, j'ai d'ailleurs mis un terme à toute ambition d'originalité d'aucune sorte. Pourquoi alors pousserais-je du coude ma petite individualité ? D'autant que je suis un parfait inconnu, et que mon nom ne dirait rien à qui que ce soit (on peut lire une expérience de ce genre dans les commentaires laissés ici). On ne me croit pas ? Mais pourquoi me croirait-on plus si je déclarais m'appeler Antoine, Danielle ou Zinedine ? A proprement parler, et tout en admettant que cette distinction puisse agacer quelques-uns, je ne suis pas caché (qui l'est vraiment sur Internet ?), mais je ne suis personne, et comme je n'aspire pas à devenir "quelqu'un", cela me va très bien. Bien sûr, l'insistance puérile et inquisitrice des lecteurs de M. Birenbaum sur mon identité est une raison supplémentaire pour que je reste heureux et discret, que je ne leur offre pas ce plaisir, fugace et décevant comme tout expérience onaniste, fût-elle en l'occurrence collective.

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Je viens de dire que les personnes ne comptent pas. Il y a des exceptions, dans lesquelles précisément M. Birenbaum m'a paru rentrer. Lorsque quelqu'un est pris en flagrant délit de contradiction entre ce qu'il prétend être et ce qu'il fait ou écrit, il devient légitime de s'attaquer à sa personne, puisqu'il a lui-même décidé de la mettre en avant. Je connais Guy Birenbaum par ses passages à la télévision depuis quelques années, il ne m'a jamais plus ou moins intéressé que tous les individus venant apporter la bonne parole dans le poste et nous dire quoi faire ou quoi penser, mais je ne lui aurais sans doute pas envoyé cette volée de bois vert s'il ne s'était présenté comme il le fait sur son blog, ce à quoi personne que je sache ne l'a forcé. (J'apprends d'ailleurs par un commentaire qu'il a laissé sur son site que ce monsieur n'a "rien à cacher". D'où sans doute qu'il tienne absolument à ne rien nous laisser ignorer de ce qu'il y a en lui de plus commun. J'ai quant à moi beaucoup de choses à cacher (et j'espère ne pas être le seul !) : non qu'elles soient toutes spécialement honteuses, mais elles le deviendraient, c'est fort heureux, si je m'avisais de les rendre publiques).


Le deuxième point est plus un détail. Habilement, M. Birenbaum a fait porter l'attention de ses lecteurs sur un passage de mon texte tout à fait périphérique, mon bref hommage à M. Zarkaoui, rajouté quelques jours après la publication de l'ensemble. Evidemment, faisant là où on leur dit de faire, ses lecteurs se sont précipités pour manifester leur réprobation à l'idée même que l'on puisse trouver le moindre mérite à un individu qui pourtant, je me permets de le supposer, ne leur a rien fait. Dans la mesure où, par un rapprochement qui avait sa cohérence lors de la rédaction mais qui est effectivement peu fécond, j'ai en quelque manière donné le bâton pour me faire battre, je vais préciser ce que j'avais en tête. On peut critiquer les idées de M. Zarkaoui, on peut ne pas apprécier ses méthodes - même si, depuis son canapé, ce n'est pas bien difficile, on ne peut pas lui nier une forme de courage physique qui certes n'est pas une fin en soi, mais dont je persiste à dire qu'il mérite l'estime, a fortiori lorsque l'on meurt les armes à la main. Du reste, Zarkaoui n'est en l'espèce qu'une gueule et un nom.

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Un lecteur me dit que je pourrais aussi bien dresser une couronne de louanges à Hitler (ah, la loi de Godwin !), mais précisément non, on ne peut comparer un aventurier qui combat jusqu'à la mort en territoire ennemi et un chef d'Etat protégé par une peu accorte police militaire et qui, à l'encontre de certains de ses sbires, s'est dérobé devant les conséquences de ses actes.


Le lecteur pensera ce qu'il voudra de cette réponse. En tout cas, je ne répliquerai désormais - éventuellement - qu'à des arguments en bonne et due forme, laissant les réprobations moralisantes, les insinuations personnelles et les pitoyables manœuvres de diversion sur des textes remontant à plus d'un an et sans rapport avec notre propos, pourrir au soleil d'été.






P.S. - ne s'adresse qu'aux lecteurs doués d'un minimum d'honnêteté. J'ai en projet depuis quelque temps de fournir aux nouveaux arrivants sur ce site un index thématique leur permettant de mieux s'y retrouver dans le fouillis de questions qu'il m'est arrivé d'aborder. J'espère pouvoir le faire d'ici début juillet. Ceux qui veulent juger sur pièces mais qui ne savent pas par quel bout prendre ce blog pourront je le souhaite y trouver un outil pratique.

P.S-S. - s'adresse à un seul de mes récents lecteurs, sur lequel je ne donnerai pas d'indices, à la fois pour ne pas le désigner plus qu'un autre à l'éventuelle vindicte publique et pour ne pas m'abaisser trop longtemps en sa compagnie. Ce que je crois deviner de son caractère m'amène pourtant à penser qu'il se reconnaîtra sans peine dans cette photographie :

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Tu es né poussière...

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jeudi 1 juin 2006

Domaine d'extension de la tartufferie. (Ajouts le 9 et le 11.06.)

Sans doute y a-t-il quelque superfluité à consacrer une part de son temps à un parvenu geignard comme Guy Birenbaum.


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Que l'on veuille donc bien interpréter ce qui suit comme une nouvelle variation sur l'arrivisme, et le cas de M. Birenbaum comme une illustration, un "type idéal" : l'homme qui a toujours deux fers au feu.



De brefs passages prélevés sur son blog devraient convaincre assez rapidement de l'étonnante hypocrisie de ce monsieur.

Trois exemples j'espère suffiront.

Voyons ce que Guy Birenbaum dit de lui-même :
"Je suis éditeur (Editions Privé). Je suis universitaire (maître de conférence en disponibilité à Montpellier I). Je déteste la censure, l'auto censure, les lâchetés des "milieux" et les compromissions des "entourages" quels qu'ils soient. J'écris (Le Front national en politique, Balland 1993, La défaite impossible (avec Jean-Luc Mano), Ramsay, 1997, Nos délits d'initiés, Stock, 2003). Je chronique (une fois par semaine dans VSD, j'y tiens mon "Journal d'un initié"). Je débats (sur RTL dans "On refait le monde", émission animée par Pascale Clark (19h17-20h). J'écrivais pour le Vrai Journal de Karl Zero. Je suis en train de travailler à une série (fiction, 8X52mn) sur la politique pour Canal + (chez Tétra-Média). Je suis le scénariste d'une BD sur la présidentielle 2007 (dessinée par Samuel Roberts) qui sort tous les mois dans Technikart."

Faut-il épiloguer ? Un personnage qui se présente comme détestant "la censure, l'auto censure, les lâchetés des "milieux" et les compromissions des "entourages" quels qu'ils soient" ne craint pas le ridicule, il n'a même plus idée de ce que c'est. Oser écrire ça et croire qu'on ne va pas faire rire, ce n'est ni de l'aplomb ni de la naïveté, mais de la bêtise à l'état pur. D'autant bien sûr que la suite est éloquente : participation à l'anti-fascisme de pacotille, délit de racolage actif dans un tabloïd, talent évident pour manger à tous les rateliers, y compris ce qui se fait de plus répugnant en la matière - Technikart, crime permanent contre l'esprit, fait resurgir chez quelqu'un d'aussi proverbialement tolérant que moi des envies d'autodafé -, croyance bien contemporaine hélas en la pluralité de ses compétences (radio, presse écrite, fiction - BD et cinéma...) - tout cela est pour le moins éloquent. Vous aurez aussi remarqué l'air décidé mais finement ironique, sérieux mais aussi décontracté, que M. Birenbaum croit utile de prendre sur la photographie qu'il a estimé nécessaire de faire figurer sur son site. Vanité, vanité...

Ce n'est pas là néanmoins où je voulais en venir. Tout cela, pour amusant que cela puisse être quand on n'a rien de mieux dont s'occuper, est d'une grande banalité. Voyons donc comment notre personnage si honnête et irréprochable exerce ses talents de preux chevalier.

Sa cible actuelle ? Le couple Chirac-Villepin, régulièrement pris à partie - notamment il y a quelques jours. Fichtre, que de courage, patriote ! Deux canassons complètement vidés, en fin de course, lâchés par leurs propres amis, pour lesquels la curée a commencé il y a belle lurette, quelles belles cibles ! On a les Robespierre ou les Gambetta que l'on peut. Le moraliste politique d'aujourd'hui ne sait guère plus que tirer sur des ambulances en panne. Se préoccuper des périls à venir, Sarkozy, Royal et les autres, chercher autant que faire se peut à les prévenir, risquer donc de se faire des ennemis susceptibles de devenir dans les mois à venir plus puissants qu'ils ne le sont actuellement ... Là, non, bizarrement, ça bloque, le Birenbaum peut bien râler pour la forme (consultez ce petit chef-d'œuvre de prétention et de jésuitisme, genre "je ne me mouille jamais plus qu'il ne faut"), il ne fait pas de ces gens-là ses cibles privilégiées, Jacques Chirac et Dominique de Villepin sont tellement plus dangereux... On a beau être un fonctionnaire en disponibilité et donc ne pas risquer grand-chose si on se fait virer de RTL ou de VSD pour outrages aux majestés à venir, on a beau dire détester "l'auto censure", on sait jusqu'où ne pas aller trop loin. Sombre catin, va.

Mais je crois que le meilleur exemple de la petitesse morale de notre donneur de leçons, le meilleur exemple de sa façon de ne s'attaquer, flamberge au vent, qu'à ce qui n'est plus dangereux, se trouve dans son attitude à l'égard de gens qui lui ont rendu des services. G. Birenbaum a récemment mis en ligne un texte écrit depuis plusieurs mois, au sujet de Thierry Ardisson et Marc-Olivier Fogiel, en voici l'intégralité :

"Le « spectacle » est fini.

Plus aucun doute à avoir, le spectacle est terminé. Depuis une dizaine d’années l’actualité, le débat, les enjeux sociaux ou politiques mais aussi leurs passeurs et leurs porteurs se doivent d’être « spectaculaires » pour franchir la rampe des « talk-show ». Lieu ultime de « performance » pour toutes les sortes de témoignages, la télévision. Parmi la jungle de programmes, dédiés au show plus qu’au talk, deux personnalités ont réussi à capter la quasi-totalité des débats organisés sur le service public : par ordre d’apparition à l’écran, Thierry Ardisson et Marc Olivier Fogiel. Il n’est pas question de fustiger ici ces deux animateurs de talent, juste d’annoncer que le système qui les a faits roi est en train de s’écrouler. Nous approchons de la « dernière séance ».

Éditeur de profession depuis 7 ans, j’ai pris l’habitude – mauvaise - comme beaucoup de mes confrères de leur confier en exclusivité, à l’un ou à l’autre, la primeur des réflexions, des enquêtes ou des émois des auteurs que je publie. Pendant des années – l’âge d’or – il suffisait effectivement que l’un d’entre eux montre sa bouille un tout petit quart d’heure sur leurs plateaux pour que les courbes s’affolent et que les ventes s’envolent. Ce temps m’apparaît révolu. Certes, deux ou trois jours après que Fogiel ou Ardisson (et réciproquement) ont « vendu » nos livres, les libraires en commandent davantage. Il arrive même que nos auteurs pénètrent alors par effraction sur ces fameuses listes de « meilleures ventes », sans doute inventées par des admirateurs de feu le hit parade. En dépit de brefs frémissements commerciaux, une honnêteté minimale implique d’avouer qu’en matière de ventes réelles de livres on aurait grand tort de confondre les « sorties » quotidiennes et les « ventes nettes après retours ». Soyons ici précis. Oui, bien sûr, les libraires commandent davantage les livres des auteurs qu’ils ont vu « chez » Fogiel ou « chez » Ardisson - jamais « chez » les deux, c’est INTERDIT ! Mais, au fait, les vendent-ils ? Et bien franchement à 500 ou 1000 exemplaires près, la plupart du temps, la réponse est négative. Après avoir commandé trop de livres qui stagnent quelques jours sur puis sous leurs tables, les libraires nous les renvoient (les fameux « retours ») et nous devons les stocker dans des entrepôts géants puis les pilonner ou les solder.

Entendons nous bien, concernant certains témoignages bien trash (nos pauvres « people » souffrent de plus en plus ces derniers temps…) et quelques OLNIS (Objets littéraires non identifiés) la recette fonctionne encore. Mais pour des livres plus classiques, ou des enquêtes, à part faire plaisir aux auteurs, qui adorent renifler les grands fauves de près, le passage, souvent très tardif, dans l’une des deux émissions n’a à lui seul que des effets marginaux sur les ventes. En revanche, concernant les stars, les vraies, celles dont les initiales seules valent reconnaissance, les PPDA et autres BHL, sans parler de Jean d’O, ce ne sont pas leurs passages fréquents dans ces émissions qui font de leurs livres des best-sellers. Ils n’ont vraiment pas besoin de cela. À l’inverse, leur cote et leur présence très régulière sur les deux plateaux, ils y ont un rond de serviette, valent caution et confirment la légitimité des deux interviewers. Du coup, à faire croire aux auteurs encore méconnus que ces stars vendent parce que « Tout le monde en parle » ou qu’ « On ne peut pas plaire à tout le monde », on se trompe et on les trompe. Malheureusement, si la notoriété télévisuelle suscite bel et bien le succès, le bref passage télévisé d’un inconnu, même talentueux, entre une bimbo au décolleté pigeonnant, un acteur victime de sévices dans sa prime enfance ou un ancien alcoolique anonyme ne génère nullement une notoriété suffisante pour provoquer des ventes. Ne souhaitant pas blesser publiquement certains des auteurs qui se sont trouvé - parfois forcés par leur éditeur, je le reconnais - dans cette situation, je ne les citerais [sic !] pas. Mais, croyez-moi sur parole, ceux que je publie ont bien mesuré le rapport coût(coups)/avantage et on ne les y reprendra plus…

Ils ne sont pas, il est vrai, du « calibre » de ces femmes et hommes politiques qui n’acceptent de venir, en ouverture solitaire de ces émissions, qu’à leurs conditions. À savoir si l’on a auparavant nettoyé le plateau au karcher des potiches et autres agités qui font l’ordinaire des deux émissions. Une Bernadette, un Nicolas ou même une MAM ne fraient pas avec le menu fretin eux. Sans parler de ceux dont la « pointure » les autorise a [re-sic !] exiger d’être reçus – fêtés plutôt - hors des dispositifs traditionnels : dans une loge pour un Houellebecq (Ardisson) ou chez lui pour l’Abbé Pierre (Fogiel). Belle trouvaille du service public : l’interview à plusieurs vitesses ; selon que vous serez puissant ou misérable… Un Bernard Violet, par exemple, maltraité chez Fogiel pour sa biographie de Mylène Farmer pourrait en témoigner. Que décida-t-il après le tabassage ? De migrer chez Ardisson pour défendre son livre suivant sur PPDA… Aux « forts » du moment les privilèges, aux « faibles » les humiliations, en live ou en différé ; sans parler des annulations à trois heures de l’antenne voire même de celles parfois tentées tardivement dans la coulisse d’un enregistrement… Et encore, je n’évoque pas ici toutes les formes de pressions inventées par les programmatrices des deux émissions pour vous convaincre que l’herbe est plus tendre de leur côté, lorsque vous êtes l’heureux éditeur d’un livre que les deux équipes s’arrachent. Qui n’a pas subi les foudres matinales (8h15…) d’une Catherine Barma déchaînée (productrice d’Ardisson), prête à presque tout (des pires promesses aux menaces les plus amusantes) pour récupérer un invité (Pierre Martinet en l’occurrence, « Un agent sort de l’ombre ») promis à MOF, ne sait rien de la vraie vie… Et si par chance votre livre devient un best-seller (nul n’est à l’abri…), n’oubliez pas de dire merci : ce sera forcément beaucoup grâce à eux et fort peu en raison du reste des médias.

Sans doute, Fogiel et Ardisson, dont le professionnalisme n’est pas en cause, m’en voudront-ils beaucoup. Mais je prends avec le sourire le risque qu’en guise de représailles, ils n’invitent plus les auteurs que je publie, vu les effets que je décrits. Surtout, je les sais plus fin [re-re...] que cela, l’un et l’autre ! Quant aux gentils confrères qui sortiront des chiffres pour me démentir et s’allonger encore devant nos deux divas, je leur cède bien volontiers la place.

Reste à se demander pourquoi ce « vu à la télé » fait aujourd’hui moins recette. Pourquoi Fogiel et Ardisson ont-ils perdu une bonne partie de leur caractère prescripteur ? La réponse est assez évidente. À force de promouvoir tout et parfois n’importe quoi, de bourrer - sans discernement - leurs plateaux d’imposteurs notoires, d’imprécateurs malhonnêtes mais aussi de sincères provocateurs, de vanter surtout à l’identique, et sans toujours vouloir les départager, les mérites du plus bidon des témoignages comme ceux du document le plus novateur, Ardisson et Fogiel ont lourdement entamé leur crédit. Bien sûr, les téléspectateurs les regardent – encore… – comme on peut assister fasciné à des jeux du cirque. Mais ils ne les croient plus du tout, ni eux, ni leurs invités. Ils savent surtout très bien, pour avoir été forcément déçus par un achat compulsif au lendemain d’une émission, qu’au prétexte d’informer, ces émissions sont devenues des machines à promo. Les livres, les disques, les films ou les spectacles vendus ne sont que les prétextes à des interviews destinées à faire rire, frémir ou émouvoir, pourvu qu’ils les protège de l’arme fatale, l’épée de Damoclès qui menace et sanctionne les deux animateurs : la redoutable médiamétrie du lendemain matin. D’ailleurs, le dimanche, dès potron-minet – juste avant la messe - Ardisson vous envoie en personne - par texto – les chiffres d’audience de son émission de la veille (PDA et PDM), pour peu que l’un de vos auteurs ait débuté la nuit en sa compagnie ! Un véritable « service après vente » au sens propre du terme sans parler de l’effet du message dominical sur l’ego de l’éditeur moyen ! Si cela part d’un bon sentiment, et si l’on est évidemment heureux pour nos deux « amis » d’avoir parfois participé à leurs succès, sachez que cela ne fait plus le nôtre".

On est bien sûr libre d'apprécier les renseignements donnés ici sur les mœurs des animateurs payés par nos impôts. Mais laissons tout de suite notre debordien de choc nous expliquer d'où viennent ces lignes :

"J'ai souhaité publier ce texte.

Je me suis dis que Le Monde des Livres était le bon endroit.

J'en ai envoyé une première version à son nouveau patron Franck Nouchi.

Il a immédiatement été intéressé par la démarche : un éditeur qui ose se confronter à Ardisson et Fogiel, c'est, disons, peu fréquent.

Nous nous sommes donc parlés. Il m'a demandé de "durçir" le texte. J'étais à Nîmes, ça m'a pris trois jours.

Il voulait, me disait-il, le publier page 2, sa page de "débats". Nous nous sommes alors rencontrés avec Bob, la chargée de comm de Privé.

La rencontre fut étrange. "Vous sentez le soufre" m'expliqua-t-il. "Le texte" ? "Oui oui" il allait le publier.

Mais ça ne pouvait pas aller si vite. Il fallait qu'un journaliste enquête sur ces émissions, sur les ventes de livres, etc.

Et puis, lui, il prenait juste ses fonctions, alors quelques semaines et il le publierait, etc.

Au bout de plusieurs semaines de silence, je lui ai finalement demandé - par mail - de ne pas le publier, parce que j'avais le sentiment qu'en fait ce type me baladait. Fin de l'histoire.

Du coup, ce texte vieux de 7 mois, j'ai pensé que ce serait dommage que personne ne le lise jamais..."


Effectivement, c'eût été regrettable. J'ose espérer que le lecteur est aussi sensible que moi à cet écœurant mélange de mise en avant de soi (que je suis courageux ! - mais aussi : que je suis complexe, impur ! romanesque ! faustien, disons-le ! Scrupuleux mais réaliste, don Quichotte mais lucide, intègre mais pas dupe ! - salopard, crapule, racaille, la plus usée et la plus toxico des travailleuses de la rue Blondel a plus de respect pour elle-même que toi) et de cynisme pour le coup presque innocent : Guy Birenbaum réalise-t-il que tout son texte proclame : je n'ose dire du mal de ces gens (et encore, avec les précautions de rigueur sur le "professionnalisme" et le "talent" des animateurs visés) que parce qu'ils ne font plus assez vendre mes bouquins ?

Soyons clairs : qu'en tant qu'éditeur M. Birenbaum ait envoyé ses auteurs faire vendre chez T. Ardisson et M.-O. Fogiel, cela fait partie du "jeu", je n'ai rien à redire, rien à en penser. Qu'il ait eu mal au cœur en ces occasions, tant mieux certes, si l'on y tient. Qu'il exhibe ce mal au cœur - c'est déjà faire la pute, c'est vouloir - on y revient souvent de nos jours - le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière : il faudrait le louer pour son efficacité commerciale, pour ses scrupules, et pour ses aveux - rien que ça. Qu'enfin il s'empresse de cracher sur ce système et de s'en dissocier dès que ce système ne sert plus ses intérêts financiers aussi bien qu'avant... Cellulite, placebo, douve de la morale publique !

Dès que vous voyez venir le mot "principe", sortez votre méfiance...

Il est évident sans doute que je n'ai rien contre Guy Birenbaum en particulier. Mais l'époque (et l'apparition des blogs) est propice à l'épanouissement de ces charognards de fins de règne, qui poussent des cris d'orfraie à l'égard de ce qui n'est plus un danger pour personne, afin de mieux se mettre dans le sens du vent et de profiter des nouvelles opportunités que les pouvoirs à venir ne manqueront pas de leur offrir. Ach, c'est la comédie humaine (si je connaissais mieux mon Balzac, probablement trouverais-je un très proche équivalent de M. Birenbaum dans sa peinture des troubles politiques du début du XIXè siècle), il faut un reste d'esprit utopique pour croire que cela peut vraiment changer un jour. Mais on ne voit pas en quoi le fait qu'il y ait toujours eu des canailles les exonère de leur canaillerie et empêche que de temps à autre on leur dise leur fait.



- Jacques Bouveresse, Dieu le bénisse, écrit dans son livre en hommage à Bourdieu : "On peut craindre qu’il n’y ait malheureusement rien à quoi l’homme d’aujourd’hui s’habitue aussi facilement et qui finisse par lui sembler aussi naturel que l’inconséquence. Penser d’une façon et agir d’une autre peut malheureusement devenir un habitus et même constituer l’habitus moderne par excellence." (Ce que j'ai appris de Bourdieu, Agone, 2003 - je crois que c'est surtout Bourdieu qui avait à apprendre de Bouveresse, mais passons). Il serait intéressant de voir jusqu'où, des points de vue synchronique et diachronique, l'on peut étendre ce diagnostic. Les socialistes depuis des temps immémoriaux (l'assassinat de Jaurès ?), Guy Birenbaum en fournissent déjà de pertinentes illustrations.




Ajout le 09.06.

Le hasard (mais l'auteur dont je vais parler dit justement qu'il n'existe pas pour les grands hommes...) fait que je tombe sur ce fragment de Nietzsche, qui m'a tout l'air d'avoir influencé, conscienmment ou pas, Bouveresse (lequel clame dans Le philosophe et le réel son admiration pour le moraliste en Nietzsche) :

"La lâcheté devant les conséquences - le vice moderne -"

(Oeuvres philosophiques complètes, Gallimard, t. XIV, p. 28). Autant dire que le problème ne date pas d'aujourd'hui. J'en profite pour placer une idée qui me trotte dans la tête depuis un certain temps, depuis en fait que j'ai lu la phrase de Jacques Bouveresse. L'aristocratie française du XVIIIè siècle, dépossédée de son rôle historique par la naissance et l'affirmation de l'absolutisme royal, fut, entre deux partouzes, une grande admiratrice des Lumières, qui pourtant allaient de fil en aiguille la conduire à la découpe, et elle joua même dans certains cas un rôle actif pour leur promotion. Voilà un beau cas d'inconséquence, dont je ne sais pas à quel point on peut le comparer avec l'"habitus moderne" évoqué par Bouveresse. Cela ferait en tous cas de nos nobles fin de race les lointains devanciers des petits-bourgeois actuels - ce qu'ils ont été aussi, d'un autre point de vue, durant la Restauration, quand leur attitude communautariste ("Nous les nobles méritons...", "A nous les nobles le pays doit réparation...") avant la lettre désespérait Chateaubriand et de Maistre, et ruinait les espoirs d'une reconstruction point trop chaotique du pays. Nous serions, si je poursuis cette piste, à la fois à la veille d'une révolution et, comme on le dit d'ailleurs souvent (Godard, Hazan...), en pleine Restauration. J'ajouterai la monarchie de Juillet - la "monarchie de l'argent", comme disait François-René -, pour compléter le tableau. Sacré cocktail, il n'y a plus qu'à utiliser le shaker.

Je reviens sur cette idée d'inconséquence, via Max Weber et sa célèbre distinction (La profession et la vocation de politique, La découverte, 2003, à partir de la p. 192) entre "l'éthique de la conviction" et "l'éthique de la responsabilité" :

"Il y a une opposition profonde entre l'action qui se règle sur la maxime de l'éthique de la conviction (en termes religieux : "le chrétien agit selon la justice, et il s'en remet à Dieu pour le résultat" [Luther]), et celle qui se règle sur la maxime de l'éthique de responsabilité selon laquelle on l'on doit assumer les conséquences (prévisibles) de son action."

De façon plus ou moins pertinente, pour l'époque et par rapport à maintenant, Weber (nous sommes en 1919) prend ses exemples de l'éthique de la conviction dans ce que nous appellerions l'extrême-gauche - les syndicalistes révolutionnaires, les pacifistes. L'important en ce qui nous occupe aujourd'hui est son rappel, grâce à cette distinction, de ce qui devrait être une évidence : si l'on fait de la politique, on doit assumer les conséquences politiques (prévisibles, concept approximatif mais opératoire) de son engagement. Ce que ne font pas, mais alors pas du tout, nos communautaristes de tous bords, lesquels semblent avoir pris pour devise la formule de Luther, ainsi mise au goût du jour : "l'homme actuel agit et réclame selon son bon plaisir, et il s'en remet au hasard, dont par ailleurs il nie l'existence, pour le résultat." [14.06.] C'est le Christ revisité : Aimez-vous les uns les autres en commençant par moi. [11.06] Faut-il d'ailleurs encore parler d'éthique de la conviction, ou d'"éthique de ma conviction" ? Les syndicalistes révolutionnaires, les pacifistes avaient une vision altruiste des choses. Les communautaristes ne s'occupent que d'eux-mêmes. [Retour au 9.06]. Et finalement, je ne sais pas si l'Histoire est rusée mais en tout cas elle peut être drôle, ce serait chez les religieux que l'on trouverait aujourd'hui le sens des responsabilités politiques - ou, dans certains cas, que l'on assume soi-même les responsabilités de ses actes.

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Ach, je ne sais pas plus qu'un autre si tout ce que l'on a dit sur lui est vrai, je n'ai pas outre mesure de fascination macho-pédé pour les soldats et/ou les tueurs, mais tout de même, voilà quelqu'un qui est allé au bout de ses idées ! Quand Guy Birenbaum ou Louis-Georges Tin risqueront le centième de ce que lui et ses amis ont risqué, je ferai amende honorable, non au sujet de leurs écrits, mais à l'égard de leurs personnes.

(Le 11.06)
A toutes fins utiles - le café du commerce, lieu de l'irréprochable citoyenneté !

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