jeudi 21 mai 2009

Fais ce que je dis... (Terminologie, bis.)

Puisque je suis dans des questions de terminologie, je voudrais aujourd'hui trouver une formulation satisfaisante de ce que j'appelle « la dialectique Rancière-Dumont ». Voici d'abord, avec quelques très légères corrections, le texte de juin 2007 dans lequel j'essayais de la définir :





Ce qui suit n'est qu'un rapprochement de deux textes, l'un récent, l'autre remontant plus d'un an.

Je reproduis une citation de Louis Dumont extraite du premier :

"J'appelle opposition hiérarchique l'opposition entre un ensemble (et plus particulièrement un tout) et un élément de cet ensemble (ou de ce tout) ; l'élément n'est pas nécessairement simple, ce peut être un sous-ensemble. Cette opposition s'analyse logiquement en deux aspects partiels contradictoires : d'une part l'élément est identique à l'ensemble en tant qu'il en fait partie (un vertébré est un animal), de l'autre il y a différence ou plus strictement contrariété (un vertébré n'est pas - seulement - un animal, un animal n'est pas - nécessairement - un vertébré). Cette double relation, d'identité et de contrariété, est plus stricte dans le cas d'un tout véritable que dans celui d'un ensemble plus ou moins arbitraire. Elle constitue un scandale logique, ce qui d'une part explique sa défaveur, de l'autre fait son intérêt : toute relation d'un élément à l'ensemble dont il fait partie introduit la hiérarchie et est logiquement irrecevable. Essentiellement la hiérarchie est englobement du contraire. Des relations hiérarchiques sont présentes dans notre propre idéologie (...), mais elles ne se donnent pas comme telles. Il en est ainsi sans doute toutes les fois qu'une valeur est concrètement affirmée : elle subordonne son contraire, mais on se garde de le dire. D'une façon générale, une idéologie hostile à la hiérarchie doit évidemment comporter tout un réseau de dispositifs pour neutraliser ou remplacer la relation en cause."

Adjoignons-lui ces propos de Jacques Rancière, extraits du second texte :

"C'est le paradoxe que Platon rencontre avec le gouvernement du hasard et que, dans sa récusation furieuse ou plaisante de la démocratie, il doit néanmoins prendre en compte en faisant du gouvernant un homme sans propriété que seul un heureux hasard a appelé à cette place. C'est celui que Hobbes, Rousseau et tous les penseurs modernes du contrat et de la souveraineté rencontrent tour à tour à travers les questions du consentement et de la légitimité. L'égalité n'est pas une fiction. Tout supérieur l'éprouve, au contraire, comme la plus banale des réalités. Pas de maître qui ne s'endorme et ne risque ainsi de laisser filer son esclave, pas d'homme qui ne soit capable d'en tuer un autre, pas de force qui s'impose sans avoir à se légitimer, à reconnaître donc, pour que l'inégalité puisse fonctionner, une égalité irréductible. Dès que l'obéissance doit passer pour un principe de légitimité, qu'il doit y avoir des lois qui s'imposent en tant que lois et des institutions qui incarnent le commun de la communauté, le commandement doit supposer une égalité entre celui qui commande et celui qui est commandé. Ceux qui se croient malins et réalistes peuvent toujours dire que l'égalité n'est que le doux rêve angélique des imbéciles et des âmes tendres. Malheureusement pour eux, elle est une réalité sans cesse et partout attestée. Pas de service qui s'exécute, pas de savoir qui se transmette, pas d'autorité qui s'établisse sans que le maître ait, si peu que ce soit, à parler "d'égal à égal" avec celui qu'il commande ou instruit. La société inégalitaire ne peut fonctionner que grâce à une multitude de relations égalitaires. C'est cette intrication de l'égalité dans l'inégalité que le scandale démocratique vient manifester pour en faire le fondement même du pouvoir commun. Ce n'est pas seulement, comme on le dit volontiers, que l'égalité de la loi soit là pour corriger ou atténuer l'inégalité de nature. C'est que la "nature" elle-même se dédouble, que l'inégalité de nature ne s'exerce qu'à présupposer une égalité de nature qui la seconde et la contredit : impossible sinon que les élèves comprennent les maîtres et que les ignorants obéissent au gouvernement des savants. On dira qu'il y a des soldats et des policiers pour cela. Mais il faut encore que ceux-ci comprennent les ordres des savants et l'intérêt qu'il y a à leur obéir, et ainsi de suite." (La haine de la démocratie, pp. 55-56. Les quatre dernières phrases, à partir de : "Ce n'est pas seulement, comme on le dit volontiers..." ne figuraient pas dans ma précédente citation de ce texte.)

Il se peut, c'est que lui reprochait par exemple Alain Brossat, que J. Rancière veuille trop tirer de cette idée et lui prête plus de vertus politiques qu'elle n'en dispose de fait. Ce n'est pas aujourd'hui la question. Je pense que l'on voit nettement à quel point cette analyse s'inscrit dans le cadre théorique de Dumont, elle forme l'exemple symétrique à celui que Dumont donnait. Si notre idéologie égalitaire nie et même se subordonne, ce qui est un comble - un "scandale logique" -, les multiples hiérarchies présentes dans notre société comme dans ses valeurs, de même, l'idéologie inégalitaire, celle qui accepte la hiérarchie, englobe son contraire : "Il en est ainsi sans doute toutes les fois qu'une valeur est concrètement affirmée : elle subordonne son contraire, mais on se garde de le dire", et dans le cas de la valeur de la hiérarchie, c'est ce que montre Jacques Rancière.

Il importe de signaler que Dumont au moins ne se situe pas dans une logique marxiste du dévoilement, laquelle poussée jusqu'à sa caricature tend à supposer qu'il suffit de montrer d'où viennent les problèmes pour qu'ils soient résolus ou en voie de l'être. Il se contente de tenter de montrer les limites de l'idéologie égalitaire, ou de toute idéologie d'ailleurs, afin que l'on ne perde pas de vue que tout système viable est un composé aux proportions variables de hiérarchie et d'égalité. Dans le contexte d'hégémonie marxiste au sein des milieux intellectuels à l'époque où il écrivait, Dumont mettait l'accent sur l'importance de la hiérarchie. Venu du marxisme mais écrivant dans un tout autre contexte, J. Rancière met l'accent sur l'importance de l'égalité.


Les succès électoraux de Nicolas Sarkozy, l'efficacité de certains discours de Henri Guaino, proviennent entre autres d'une compréhension plus fine (éphémère ?) de cet inceste permanent entre hiérarchie et égalité que ce dont sont actuellement capables les gens de gauche. Un bon socialiste est un socialiste mort !




(Fin de citation.)
Les notions d'égalité et d'inégalité sont-elles factices ? Je me garderai bien d'une telle affirmation, mais ce qui me frappe en creusant de nouveau ce sujet, et qui peut-être explique la difficulté que j'ai toujours éprouvée à le ramasser en peu de mots et à l'inclure dans ma « Terminologie » où sa place lui est réservée depuis longtemps pourtant -

ce qui me frappe, disais-je, c'est, pour reprendre encore une fois l'expression de Dumont, à quel point nous sommes ici en plein « scandale logique ». Car finalement, dire que l'égalité et l'inégalité sont opérantes à des degrés divers aussi bien dans nos visions du monde que dans nos pratiques, des plus « nobles » (l'organisation de la société) aux plus courantes (« J'aime pas les haricots verts ! Je préfère les frîtes ! ») et qu'elles s'y mélangent sans cesse, ce n'est certes pas dénier à ces notions toute valeur théorique et encore moins opératoire, c'est tout de même trouver entre elles des liens alors qu'elles sont supposées être opposées. J. Rancière écrit : "Ce n'est pas seulement, comme on le dit volontiers, que l'égalité de la loi soit là pour corriger ou atténuer l'inégalité de nature. C'est que la « nature » elle-même se dédouble, que l'inégalité de nature ne s'exerce qu'à présupposer une égalité de nature qui la seconde et la contredit. »

Ce qui signifie qu'il n'y a pas, « à la base », l'égalité d'un côté, l'inégalité de l'autre ; ce qui ne signifie pas, en revanche, que l'égalité et l'inégalité vont nécessairement se développer de pair, se faire ensemble, comme dirait Lévi-Strauss, même si cela peut être le cas (une société hiérarchisée qui fonctionne accentue à la fois l'égalité et l'inégalité (une société hiérarchisée qui ne fonctionne pas oublie, elle, ses fondements égalitaires)) ; ce qui signifie, pour aller au plus simple, qu'il y a de l'égalité et de l'inégalité partout. Attention : tout n'est pas dans tout (ni réciproquement...). Disons-le autrement : il n'y a pas d'égalité ou d'inégalité à l'état pur, chacune de ces notions implique l'existence de son « contraire ». Le risque de l'auto-dissolution de ces concepts dans la généralité existe bien, mais n'est pas fatal, ne serait-ce que parce que les agents, eux, croient en ces concepts et les mettent en pratique (vous ne construisez pas le même monde si vous croyez à la supériorité de la race aryenne ou si vous pensez que toutes les races, ou toutes les « races », se valent).

(Relisant ce paragraphe, je me dis que tout cela s'applique notamment, c'est d'ailleurs un exemple pris par Dumont pour définir la notion de hiérarchie, aux relations entre les sexes. Parler d'égalité entre les sexes, d'une certaine façon, cela ne signifie rien. Soit l'on se situe d'un côté : dans la Bible telle que Dumont l'évoque, c'est l'homme qui englobe la femme comme son contraire ; aujourd'hui, où, pour certains, « la femme est l'avenir de l'homme » c'est plutôt elle qui l'englobe. Soit on se situe, abstraitement, au-dessus de cette différence, au niveau des « êtres humains », mais alors on ne peut par définition plus rien penser sur les sexes.

Par contre, éprouver l'égalité des sexes dans la vie de tous les jours, en jouir, en jouir avec éventuellement quelque perversité, en jouant avec elle, en la niant, en la retrouvant, etc., oui, tout cela « signifie quelque chose », d'éventuellement agréable.

On peut aussi, il est vrai, « se mettre à la place de l'autre ». Mais, outre qu'il est difficile de préjuger de la possibilité de réussite d'une telle opération (« les hommes s'imaginent entendre le féminin, alors qu'il ne s'agit que de
leur féminin... », écrit quelque part M. Schneider, c'est une objection à prendre en compte), elle ne peut avoir qu'un temps.)

Ajoutons pour mémoire que certaine lecture récente, sur laquelle j'espère revenir, m'amène à me demander si cette dialectique, dans laquelle il m'est arrivé de voir « une des clés, et/ou une des leçons, de l'histoire universelle », n'est pas en fait (ce qui ne serait déjà pas si mal...) qu'une projection des présupposés les plus fondamentaux de la pensée occidentale. Cela expliquerait notamment les difficultés avouées de Dumont à appliquer ses schémas de base, égalité-hiérarchie, individualisme-holisme, à l'Islam, et, donc, renforcerait quelque peu le « soupçon », pour parler comme dans les années 60, que l'on peut avoir à l'égard de ces concepts d'égalité et d'inégalité.

Ceci étant dit, voici la formulation qu'à l'heure actuelle je retiendrai de cette dialectique :

Par « dialectique Rancière-Dumont », on entend le mécanisme qui fait que les concepts d'égalité et d'inégalité sont, au moins dans la conscience des acteurs (peut-être seulement occidentaux à l'origine), et en tout cas à titre de modèles opératoires, à l'oeuvre ensemble (quoique dans des mesures diverses selon les époques, les classes sociales, les idéologies, les psychologies personnelles, etc.) dans tous les faits sociaux, des plus « mineurs » - les préférences (supposées) individuelles - aux plus « nobles » - l'organisation d'une société, ses valeurs cardinales.

Sur le versant Rancière, on dira qu'il n'y a pas d'inégalité, théorique et/ou pratique, sans reconnaissance d'égalités de fait. Sur le versant Dumont, on expliquera que même les idéologies les plus égalitaires, d'une part reposent sur une hiérarchisation - l'égalité supérieure à l'inégalité... que l'on entende « supérieure » comme « originaire » ou « plus souhaitable » -, d'autre part n'empêchent pas, dans la vie quotidienne, tout un chacun de passer son temps à hiérarchiser les choses.


Quelques remarques et précisions :

- cette dialectique est vraiment au coeur de notre sujet de prédilection, puisqu'elle permet à la fois de rapprocher et de distinguer tradition et modernité ;

- il importe de rappeler, c'est justement une des confusions que ces notions doivent démêler, que nous sommes très loin ici d'égalités ou d'inégalités au sens mathématique (1=1, 1<2). Pour reprendre ce que j'ai appelé le principe de Kierkegaard, "Un seul élément ne peut jamais être le fondement d'une hiérarchie." Une hiérarchie est toujours fonction de plusieurs paramètres, avec relations égalitaires et inégalitaires entre eux ;

- encore une fois, et même si cela peut être le sens de certains propos de Jacques Rancière, nous ne sommes pas, fondamentalement, dans une logique de dénonciation de l'hypocrisie de tel ou tel, de l'aristocrate faisant semblant de se croire vraiment supérieur au roturier, ou du membre de la nomenklatura soviétique ou de l'oligarchie actuelle, parlant toujours d'égalité pour mieux asseoir son propre pouvoir. Tout cela existe à n'en pas douter, mais ce qui nous importe est la logique globale de fonctionnement, telle qu'elle s'impose à tous, en un incessant ballet de considérations et de pratiques égalitaires et inégalitaires. A cet égard, il serait sans doute intéressant de montrer que la fameuse tirade de Figaro ("Vous vous êtes seulement donné la peine de naître...") est traversée de nombreuses considérations hiérarchiques (sur le thème : "en fait, c'est moi qui vaut mieux que vous...").

- enfin, donc, il faudra bien un jour se demander si ce modèle est exportable à d'autres civilisations que la nôtre. Evidemment, la réponse est oui : Dumont est parti du système indien (ce qui peut-être nous ramène aux Indo-Européens... mais c'est une thématique qui ne m'est pas familière du tout), et l'Occident a suffisamment influencé le reste du monde pour avoir largement exporté ce genre de débats. Mais cette porte ouverte une fois franchie, le problème reste. Ne serait-ce qu'au niveau de la conscience des acteurs, qui est des plus importants pour l'appréhension de cette dialectique, depuis quand et jusqu'à quel point les « modèles » de l'égalité et de l'inégalité sont-ils « opératoires » hors Occident ?

Vaste programme...

Libellés : , , , , , , , ,

lundi 1 septembre 2008

"Une étrange instabilité mentale..."

dityvon000050

D. Cohn-Bendit devant L. Aragon. J'aime bien cette photo, cette sorte de passage de témoin entre deux ordures - t'as intoxiqué les gens depuis des dizaines d'années, à mon tour maintenant ! Le vieux n'est pas ravi, il sait que la tombe s'approche, il rumine sa mise au ban... - il n'en peut mais.



"Nous nous trouvons aujourd'hui dans cette situation affreuse que le sort de la France a cessé de dépendre des Français."

Parmi bien d'autres, cette phrase de Marc Bloch (L'étrange défaite, "Folio", p. 206) résonne tristement aux oreilles d'un Français de 2008 - on se demande si elle a cessé d'être vraie depuis 1940. De Gaulle fit-il plus qu'amuser la galerie ? Un peu plus, peut-être, et peut-être n'était-ce déjà pas si mal. Il n'est pas impossible non plus qu'à terme la Russie et la Chine n'en viennent, comme un effet secondaire de leur propre affirmation d'elles-mêmes, à nous redonner un poids que nous n'av(i)ons pas au sein de l'« alliance » atlantique.

(UE ou pas UE, en effet, je crois en effet que rien n'a fondamentalement changé depuis Chateaubriand, ardent propagandiste des liens franco-russes : toute alliance (commerciale, militaire...) entre la France et la Russie a tellement de chances d'entraîner l'Allemagne à sa suite (ce qu'on appelle de nos jours l'axe Paris-Berlin-Moscou) qu'elle peut avoir une influence considérable - autre chose que de s'agenouiller devant les facilités fiscales du Luxembourg ou de chercher désespérément à faire plaisir à qui nous méprise autant que l'Angleterre. Cela ne signifie pas troquer un protecteur contre un autre, ou dire amen à tout ce que fait la Russie.)

(Au passage : les opinions que l'on peut se faire sur la politique étrangère de tel ou tel pays sont une chose, on peut très bien critiquer tel ou tel comportement de la Russie ou de la Chine, mais il est un peu culotté de demander à ces pays d'être, selon nos critères, aimables, comme s'ils nous devaient quelque chose, ou, c'est l'option Libéramerde depuis X années, comme si tout ce qu'ils faisaient à l'extérieur de leur pays était discrédité tant qu'ils resteront... ce qu'ils sont, et pour un certain temps encore. (Qui plus est, tout le monde sait bien que la politique étrangère est justement le domaine où les choses changent le moins, étant donné le poids des facteurs géographiques ; la nature de la politique intérieure des pays, monarchie, démocratie, dictature, n'y change pas nécessairement grand-chose, sauf cas de bellicisme (napoléonien, hitlérien, américain...) caractérisé.) Ce n'est tout de même pas la faute de ces pays si l'Europe a ouvert tout grand ses orifices à l'enculisme ango-saxon, et en redemande chaque triste jour que Dieu fait - l'esclave dépasse le maître ces derniers temps, le premier y a pris goût, le second fatigue... Un pays s'oppose en ce moment franchement à l'enculisme en question : on peut ne pas être ravi de ce qu'est la Russie actuelle et de la façon dont elle s'y prend, mais tant que l'on ne fait pas mieux - et même, que l'on ne fait rien - de son côté...)

Quoi qu'il en soit de ces perspectives géopolitiques, le propos du jour était de porter à votre connaissance ou à votre souvenir certains passages de L'étrange défaite qui m'ont frappé par leurs résonances contemporaines - dans ces cas-là, vous ne l'ignorez pas, il reste à savoir si on se trouve devant des complaintes vieilles comme la démocratie, et finalement inhérentes à son mode de fonctionnement (c'est la thèse de Musil-Bouveresse : les plaintes contre la modernité sont une composante indispensable de la modernité), le problème étant surtout qu'"Il nous manque la fonction, non les contenus", ou si la situation de la France après la débâcle de 1940 et de la France de 2008 sont particulièrement proches - les deux solutions n'étant pas totalement exclusives l'une de l'autre, en ce qu'une plainte permanente en état de démocratie parlementaire peut être plus ou moins justifiée selon les périodes.

De tout cela je vous laisse juges, la réponse n'étant d'ailleurs pas nécessairement la même selon les thèmes abordés par M. Bloch, que voici :

- "Nos ministres et nos assemblées nous ont, incontestablement, mal préparés à la guerre. Le haut commandement, sans doute, les y aidait peu. Mais rien, précisément, ne trahit plus crûment la mollesse d'un gouvernement que sa capitulation devant les techniciens." (p. 190)

- le Parlement (de nos jours, le gouvernement) : "Capable de se résigner à frapper l'électeur à la bourse, il craignait beaucoup plus de le gêner [dans sa vie de tous les jours]." (id.)

- il importe de "retrouver cette cohérence de la pensée qu'une étrange maladie semble avoir fait perdre, depuis quelques années, à quiconque, chez nous, se piquait, peu ou prou, d'action politique. A vrai dire, que les partis qualifiés de « droite » soient si prompts aujourd'hui à s'incliner devant la défaite, un historien ne saurait en éprouver une bien vive surprise. Telle a été presque tout au long de notre destin leur constante tradition : depuis la Restauration jusqu'à l'Assemblée de Versailles. Les malentendus de l'affaire Dreyfus avaient bien pu, un moment, paraître brouiller le jeu, en confondant militarisme avec patriotisme. Il est naturel que les instincts profonds aient repris le dessus ; et cela va très bien ainsi. Pourtant, que les mêmes hommes aient pu, tour à tour, manifester la plus absurde germanophobie et nous engager à entrer, en vassaux, dans le système continental allemand, s'ériger en défenseurs de la diplomatie à la Poincaré et vitupérer contre le « bellicisme » prétendu de leurs adversaires électoraux, ces palinodies supposent, chez ceux des chefs qui étaient sincères, une étrange instabilité mentale ; chez leur fidèles, une insensibilité non moins choquante aux pires antinomies de la pensée. Certes, je n'ignore pas que l'Allemagne de Hitler éveillait des sympathies auxquelles celle d'Ebert ne pouvait pas prétendre. La France, du moins, restait toujours la France. Tient-on cependant à trouver, coûte que coûte, une excuse à ses acrobaties ? La meilleure serait sans doute que leurs adversaires, à l'autre extrémité de l'échelle des opinions, ne fussent pas moins déraisonnables. Refuser les crédits militaires et, le lendemain, réclamer des « canons pour l'Espagne » ; prêcher, d'abord, l'anti-patriotisme ; l'année suivante, prôner la formation d'un « front des Français » ; puis, en fin de compte, se dérober soi-même au devoir de servir et inviter les foules à s'y soustraire : dans ses zigzags, sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs de corde raide du communisme. Je le sais bien ; de l'autre côté de la frontière, un homo alpinus brun, de moyenne taille, flanqué pour principal porte-voix d'un petit bossu châtain, a pu fonder son despotisme sur la mythique suprématie des « grands Aryens blonds ». Mais les Français avaient eu, jusqu'ici, la réputation de têtes sobres et logiques. Vraiment, pour que s'accomplisse, selon le mot de Renan, après une autre défaite, la réforme intellectuelle et morale de ce peuple, la première chose qu'il lui faudra rapprendre sera le vieil axiome de la logique classique : A est A, B est B ; A n'est point B." (pp. 183-84)


Il serait regrettable de ne pas finir ce tour d'horizon par quelques remarques dans lesquelles il m'est difficile de ne pas voir le reflet de mes propres hésitations, bonnes résolutions, et, pour finir, admirations :

- à propos de l'engagement des intellectuels, et justement par rapport aux partis politiques :

"Nous n'avions pas des âmes de partisans. Ne le regrettons pas. Ceux d'entre nous qui, par exception, se laissèrent embrigader par les partis, finirent presque toujours par en être les prisonniers, beaucoup plus que les guides. Mais ce n'était pas dans les comités électoraux que nous appelait notre devoir. Nous avions une langue, une plume, un cerveau. Adeptes des sciences de l'homme ou savants de laboratoires, peut-être fûmes-nous aussi détournés de l'action individuelle par une sorte de fatalisme, inhérents à la pratique de nos disciplines. Elles nous ont habitué à considérer, sur toutes choses, dans la société comme dans la nature, le jeu des forces massives. Devant ces lames de fond, d'une irrésistibilité presque cosmique, que pouvaient les pauvres gestes d'un naufragé ?" (pp. 204-205)

- à propos de l'engagement en général :

"Tant il est vrai que la vertu, si elle ne s'accompagne pas d'une sévère critique de l'intelligence, risque toujours de se retourner contre ses buts les plus chers." (p. 175)

- à propos de la France, s'il vous plaît :

"Surtout, quelles qu'aient pu être les fautes des chefs, il y avait, dans cet élan des masses vers un monde plus juste, une honnêteté touchante, à laquelle on s'étonne qu'aucun coeur bien placé ait pu rester insensible. Mais, combien de patrons, parmi ceux que j'ai rencontrés, ai-je trouvé capables, par exemple, de saisir ce qu'une grève de solidarité, même peu raisonnable, a de noblesse : « passe encore, disent-ils, si les grévistes défendaient leurs propres salaires. » [Voilà justement les limites de la pensée d'un enculiste, voilà ce qu'il ne peut comprendre.] Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. Peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner." (pp. 198-99)




600px-Daniel_cohn-bendit_20060317


FRANCE-POLITICS-ELECTION-VOTE-BESANCENOT


Autre passage de témoin. Nous sommes tous des petits bossus rouquins, nous sommes tous des petits facteurs châtains... Vivent les partis politiques ! Vive l'enculisme ! Vive le NPA !

Libellés : , , , , , , , , , , , ,

samedi 23 août 2008

Le "saignant petit chemin"...

41ER6ZP8YHL._SS500_

Ce livre - comme d'autres de son auteur, qui m'auront accompagné une bonne partie de l'été - n'est pas sans défauts, approximations, raccourcis... Si l'on respecte l'étendue et la variété de la culture de Michel Schneider, si l'on admet sans peine qu'il a fourni pour ce livre un vrai travail (c'est bien le moins, certes, et certaines maladresses d'expression donnent de ce point de vue une impression de gâchis), on doit néanmoins constater qu'il n'est pas également à l'aise dans tous les sujets qu'il croit devoir traiter, qu'il est nettement plus brillant lorsqu'il s'agit de déplorer la confusion des sexes que quand il décrit en quelques lignes la vie sexuelle des terroristes musulmans ou s'interroge gravement sur le point de savoir si les Twin Towers étaient plus des phallus ou des mamelles.

Bref, je ne vous en parle pas pour vous en dire du mal, ni même pour vous donner une vraie analyse de cet ouvrage, mais il fallait que je plante le décor, avant une longue citation, que d'une part je trouve éclairante, qui d'autre part s'inscrit - mais il est trop tôt pour être précis - dans une réflexion en cours sur le sens du tragique, réflexion à laquelle la littérature psychanalytique peut éventuellement apporter quelques éclaircissements.

Big Mother date de 2002, ce qui incidemment permet de voir comment les choses ont (peu) changé depuis, malgré les promesses et les velléités de notre président. Les exemples cités ici sont donc datés, mais j'ai décidé de les garder, la clarté de l'analyse de M. Schneider étant je trouve d'autant plus frappante que certains des sujets qu'il évoque sont aujourd'hui « dépassionnés », comme dit la langue journalistique, si ce n'est carrément exotiques. (Je suis responsable, du fait des coupures que j'ai pratiquées dans le texte, de certains enchaînements boiteux.)

"Dans les débats actuels sur le genre sexuel et la politique instituée, on mêle généralement la question de la différence avec celle de l'égalité. A s'en tenir à la seconde, il faudrait au moins s'aviser qu'à côté des nombreuses et inadmissibles inégalités de fait frappant les femmes dans nos sociétés, existent en sens inverse de non négligeables inégalités au détriment des hommes, par exemple quant à la longévité, la toxicomanie, la durée du travail, l'état de sans-abri ou le suicide. Ces dernières ne suscitent ni commentaires ni indignations ni mesures correctrices. Sans doute parce que ce sont eux aussi des déséquilibres de fait. Mais existent encore des inégalités dans les textes juridiques ou leur application. Les juges du divorce estiment que dans la généralité des cas il faut donner à élever l'enfant à la mère, c'est-à-dire au parent qui a décidé de se séparer de l'autre [une note indique que dans 88% des séparations l'enfant est confié à la mère, et que 75% de ces séparations sont demandées par la mère]. Dans la fonction publique, les pensions de reversions versées aux conjointes sont plus favorables que celles versées aux hommes. Les pensions des fonctionnaires et les retraites du privé comportent des bonifications en faveur des mères et non des pères.

Mais la vraie question n'est pas d'évaluer des inégalités en sens contraire en opposant un constat irrecevable à une idée reçue. Elle est de penser que l'on peut travailler à l'égalité sans supprimer les différences. Pourquoi confondons-nous égalité et identité ? La différence est une notion à la charnière de deux oppositions : entre identité et altérité ; entre égalité et inégalité. Or, dans la psychopathologie de la vie politique et sociale, nous devenons incapables de discerner le « tous égaux » et le « tous identiques ».

- Précisons tout de suite, pour ne plus y revenir, que c'est une erreur commise aussi par certains critiques de l'égalitarisme.

A la vieille revendication : ne pas supporter que l'autre dispose de droits (égalité) ou de biens (égalitarisme) que je n'ai pas, se substitue la plainte des modernes : ne pas supporter que l'autre soit différent de soi. La montée de la demande égalitaire fait écran à la véritable aspiration qui est identitaire. (...) Tous semblables, tel est le mot d'ordre véritable d'une société qui n'a à la bouche que le respect des différences mais ne songe qu'à les réduire. La France d'aujourd'hui ? Monotone et agitée, ennuyée et colérique. Que devient la vraie société dont parlait Tocqueville, composée de sujets, où « les hommes sont prodigieusement dissemblables ; ils ont des passions, des idées, des habitudes et des goûts essentiellement divers : rien n'y remue, tout y diffère » ? Disparue pour faire place à une masse d'individus, sans goûts, mais pleine de dégoûts ? (...)

Prenons divers exemples de notre confusion. (...) Confusion de la pensée avec l'opinion : ceux qui s'affublent du beau nom d'intellectuels confondent tout lorsqu'ils parlent de droit à l'enfant pour désigner le fantasme d'une emprise absolue des mères ; de familles recomposées pour celles que le divorce décompose ; ou de sociologie féministe, comme il y avait naguère une science prolétarienne. L'opposition entre les classes devient elle aussi pratiquement non représentable. Si les rave parties et les soirées rollers sont tant prisées par nos édiles, c'est, disent-ils, d'abord parce qu'elles « effacent les différences de sexes ou d'origine ». Dans le discours politique, impensable est la lutte des classes. Ou plutôt celle-ci se représente comme revendication individuelle et « narcissisme des petites différences ». Elle a disparu des discours - cherchez le mot classe dans le vocabulaire socialiste - mais comme un refoulé qui resurgit dans les actes : aujourd'hui comme hier, sur la fiscalité et les subventions, l'insécurité, l'immigration, les classes dominantes imposent leur point de vue et leurs intérêts aux classes dominées. (...)

Confusion entre le masculin et le féminin surtout : un film récent avait pour titre : « L'homme est une femme comme les autres ». Une pétition reprit la formule : « La moitié des hommes sont des femmes ». On n'était pas loin du slogan béat : « La femme est l'avenir de l'homme », lancé naguère par [ce pédé d'] Aragon. Confusion entre les types de sexualité : « Trois milliards de pervers », tel était le titre d'un ouvrage de quelqu'un qui n'en était pas la moitié d'un, Félix Guattari, qui se disait psychanalyste. Aujourd'hui, la négation de l'existence d'une sexualité perverse prend la forme opposée : non plus dire que tout le monde l'est, mais que personne n'est pervers. (...)

Mais, affectée par les avatars de la précédente, de toutes les différences, celle entre les pères et les mères est sans doute la plus incertaine aujourd'hui. Dans un monde psychique freudien, comme on dit un monde physique copernicien, la fonction paternelle rassemble quatre rôles. Le père est celui qui contribue à la génération biologique ; il est l'objet du désir de la mère ; il forme l'image identificatoire au devenir homme du fils et pour la fille figure l'objet à séduire ; enfin, il est l'instance du pouvoir et de l'interdit. Or, le premier rôle s'exerce encore, mais sous une maîtrise totale de la conception par les mères ; le deuxième est de moins en moins rempli par les pères actuels et de plus en plus de femmes s'en affranchissent durablement, non seulement élevant mais désirant seules les enfants ; le troisième est contrebattu par la montée d'une androgynie souvent recommandée par les faiseurs d'images, et le dernier est jugé trop lourd par les titulaires de pouvoir, dans la famille comme dans l'Etat. Martine Aubry était donc en phase avec les plus souterraines évolutions des représentations psychiques lorsqu'elle vantait, parmi les avantages des trente-cinq heures, « la possibilité pour les hommes de rentrer plus tôt à la maison pour s'occuper de leurs enfants ». L'Etat-mère permet aux pères d'être des mères comme les autres.

Prenons dans la sphère sociale d'autres exemples encore de différences effacées. Les pilotes d'Air France demandèrent la suppression de la double échelle de salaires qui visait à payer les nouveaux entrants moins que les pilotes déjà en fonction, selon une différenciation liée non aux tâches accomplies, mais à l'ancienneté. Les associations de défense des immigrés prirent pour cible ce qu'elles appellent « la double peine », qui éloigne du territoire l'immigré délinquant après sa condamnation pénale. Les socialistes mirent fin à la manifestation de volonté pour les étrangers nés en France qui souhaitaient devenir français à dix-huit ans avec l'argument suivant : les jeunes Français, eux, n'ont pas à manifester leur volonté de le rester. Dans ces trois cas, on retrouve une même conception de l'égalité des droits confondue avec l'égalisation des situations. Il fallait donc nier une différence réelle pour justifier une égalité fictive. En effet, dans le premier exemple, on peut recruter des personnes appartenant à des catégories différentes sous des statuts différents, comme le rappellent constamment le juge administratif et le juge constitutionnel. Dans le deuxième, le délinquant immigré n'étant pas dans la même situation que le délinquant français, on peut sanctionner un manquement au code pénal comme pour n'importe qui, Français ou étranger, et pour ce dernier, sanctionner par ailleurs, et non en plus, un manquement aux règles de séjour qui sont une sorte de code de l'hospitalité. Tout comme le médecin condamné pour un délit ou un crime aura par ailleurs à subir une interdiction d'exercice qui ne double pas sa condamnation pénale. Tout comme l'homme d'affaires se verra en cas de faillite condamné au civil et éventuellement au pénal, et par ailleurs sera privé de ses droits civiques. Dans le troisième exemple, on n'a pas à demander aux jeunes Français s'ils veulent le devenir, parce qu'ils le sont. Dans tous ces cas, le raisonnement repose sur le déni du fait que l'autre est un autre, et construit un fallacieux syllogisme :

1. Pour lui reconnaître des droits, je dois aimer l'autre.

2. Pour que je l'aime, l'autre doit être comme moi.

3. Il n'existe donc pas de différence entre l'autre et moi.

Le principe d'égalité est interprété par le Conseil constitutionnel de façon claire : toutes les différences de traitement ne sont pas contraires à l'égalité juridique, mais seules celles qui ne sont pas fondées sur des différences de situations. Le droit de vote est égal pour tous les Français ; il n'est pas ouvert aux étrangers qui se trouvent dans une situation différente. Les droits de filiation sont ceux des couples ou personnes qui ne se sont pas mis eux-mêmes dans une situation qui exclut la parenté comme les couples ou personnes homosexuels.

Devenons-nous individuellement et collectivement incapables de soutenir la différence ? (...) La différence fait mal quand on ne perçoit plus ce qui la fonde, et qu'on ne tient plus à ce qu'elle fonde. L'illusion, au sens freudien, n'est pas seulement la croyance, c'est le fait que telle croyance est nécessaire au maintien du narcissisme et de l'identité. Surtout lorsqu'on confond (comme pour le débat entre égalité et inégalité) le droit et le fait. Il n'y a pas un droit de la différence, au sens où cette dernière conférerait des droits dans l'espace public. Il y a un droit à la différence qui garantit le respect d'un espace privé et d'une liberté individuelle. La République est un espace juridique et politique réglé par l'égalité des citoyens (non des hommes concrets) et l'universalisme des valeurs (non des intérêts). Elle ne doit pas prendre en compte les inégalités de fait (fût-ce pour les redresser par des discriminations positives), non plus que les différences réelles. Les unes et les autres sont le pain et le sel de la liberté des sujets. Au risque de paraître enfoncer des portes ouvertes, il faut rappeler que toute différence n'est pas une inégalité, ni toute inégalité une injustice. Mais, par cette confusion, générale dans le discours politique, l'Etat est amené insensiblement à effacer les différences pour ne pas perpétuer les injustices. Semblable en cela à une mère qui veut paraître équitablement bonne pour ses petits, il dit à chacun qu'il n'y a pas de préféré, que sa sollicitude et son amour vont également à tous ses enfants, et qu'entre eux, il n'y a plus de différences. Confondant la nécessaire et démocratique égalité des droits et une égalité de fait qui n'est ni possible ni souhaitable, il traque souvent des discriminations qui ne sont que des différences. « La passion de l'égalité, source d'injustice », disait Tocqueville. Est-il [donc] impossible de reconnaître une opposition sans penser un terme supérieur à l'autre ?


Quelle est la place de l'autre pour Narcisse ? La liberté et ses modes règlent ce que les individus peuvent faire dans une société. Le narcissisme et ses formes dictent ce qu'ils veulent être. Or, c'est de plus en plus le narcissisme qui fonde la vie en société. Ce qui ne veut pas dire que tous les Français seraient des cas-limites de pathologies narcissiques, mais que, dans une société dominée par d'immenses organisations bureaucratiques maternantes et régies par une communication de masse, nombre d'entre eux individuellement et en groupe affichent désormais un ensemble de traits de caractère qui apparaissent, sous une forme plus extrême, dans la pathologie narcissique. Deux phénomènes concomitants semblent s'être développés, dont le second est sans doute la conséquence du premier : la dilution de l'ordre symbolique qui relie les sujets à eux-mêmes et entre eux, et la montée des pathologies narcissiques. Doit-on voir là deux évolutions simplement simultanées ou deux effets d'une même régression ? L'avènement d'une conception narcissique de la citoyenneté fut à la fois spontané et entretenu par l'Etat. Sur le plan de la pathologie individuelle, les psychanalystes constatent depuis une vingtaine d'années la raréfaction de la névrose classique liée à la sexualité, et la généralisation des états-limites ou des affections narcissiques. La figure d'Oedipe, pris dans un triangle qui est moins celui du père, de la mère et du fils que celui de la loi, du désir et de la faute, fait place à celle de Narcisse répétant, comme dans une chanson des années 1960 : « et moi, et moi et moi ». A la difficulté de faire avec l'autre, qui dominait dans les pathologies du temps de Freud, ont aujourd'hui succédé diverses formes d'un même mal d'être soi. La position autarcique s'oppose aux relations du monde des objets et du manque. Elle se définit comme repli de la libido sur le moi plutôt qu'investie dans l'objet, ce dernier étant certes source de satisfaction, mais aussi de déceptions, d'incertitudes, de blessures et de menaces. (...) Analyser le narcissisme est [néanmoins] une tâche presque impossible : la visée de la cure passe toujours par un dépassement du narcissisme, qui constitue l'une des plus profondes et fortes résistances à la psychanalyse. Mais, le voudrait-on, peut-on en sortir ? On ne lui échappe pas. On en change une forme contre une autre. Le conflit psychique originaire oppose moins le désir toujours actuel et son incertaine satisfaction que le désir et l'absence de désir. Plus qu'un évitement du besoin, le narcissisme est le désir de s'affranchir du désir. Il y a bien un amour de soi, mais pas de désir de soi. Il n'y a de désir que de l'autre. C'est donc à se passer de l'autre qu'invite le narcissisme contemporain, sous diverses formes, dans la sphère privée comme dans la sphère publique et selon une nouvelle organisation psychopathologique de notre quotidien. L'absence d'altérité fait de chacun un petit miroir dans lequel il s'aime. Ce narcissisme exacerbé où chacun revendique sa propre différence, tout en se voulant pareil au voisin qui a ou est plus que lui, promeut l'égoïsme comme fondement paradoxal du lien social. Ce qui est revendiqué, ce n'est pas le droit à la différence, c'est le droit à l'indifférence, et non pas à l'indifférence de l'autre, mais à l'indifférence envers l'autre.

La montée de la régression narcissique dans la sphère psychique ne saurait rester sans effets sur certaines pathologies du lien politique, qui d'ailleurs renforcent en retour ce fonctionnement chez les individus. Sur le plan de la pathologie collective, proximité, indifférence et indistinction règnent sous le beau nom d'égalité. Et si la fracture sociale était d'abord cela, la disparition d'un lien à l'autre comme autre, remplacé par une identification à l'autre comme soi ? Car la fragilité du lien social est bien plus grande lorsque ce lien fait appel à la bonté et à la ressemblance de l'autre, que lorsqu'il est fondé sur le conflit et la différence. Les sociétés dominées par les mères connaissent le plus souvent une dissolution du lien social et un retour de la violence la plus archaïque. Au bout du compte, il y avait moins de violence et d'agressivité lorsque le lien à l'autre était celui du combat politique et social que depuis l'identification humanitaire nie l'autre réel au profit de la victime abstraite.

- c'est une idée que j'avais notée en son temps, à propos de M. Gauchet il me semble : au bon temps de la lutte des classes franche et avouée, il y avait plus d'unité nationale en France qu'aujourd'hui.

En 1958, Lacan suggérait qu'« aimer le prochain comme son même » cachait une haine profonde de l'altérité. Il faut le reconnaître : le conflit structure, le consensus délie. Freud nous a enseigné une chose difficile, que tant d'exterminations et divers totalitarismes ont confirmée : la ressemblance, loin d'appeler tolérance, bienveillance et amour, suscite au contraire le rejet, la méchanceté et la haine. (...)

L'autre fait loi dans la relation sexuelle. Pourquoi le même devrait-il régner dans la vie sociale et politique ? Narcisse aspire à se libérer de sa propre avidité et de sa colère, il veut atteindre un détachement tranquille au-delà de toute émotion, il rêve de dépasser sa dépendance à l'égard des autres. Tous pareils : « Je suis toi, tu es moi ». (...). On croit éviter le rejet et la haine, on se prive du lien et de l'amour. Contourner ce que Proust appelait le « saignant petit chemin » qui mène à l'autre, ça évite de penser l'amour et la lutte des sexes ; ça dispense d'affronter le désir. Autrefois pour être soi, il fallait en passer par l'autre, l'aimer, le nier, le regarder, l'affronter. Désormais, pour être soi, il faut se passer de l'autre, nier la différence et le conflit. Etre identique, au lieu d'être lié à lui. Etre lui pour être soi. Paradoxe de l'individualisme : il recommande ou impose à chacun d'être autonome pour le rendre toujours plus indistinct et perdu dans la masse.

- on aura reconnu ici notre cher paradoxe de Tocqueville.

Se ressembler en se distinguant, rester exclu en croyant partager, ces mouvements psychiques animent la société narcissique. Sous les yeux inquiets et ravis de Big Mother, la plupart des défilés sont devenus des exhibitions narcissiques collectives, des pride dans lesquelles la manifestation ne manifeste que l'existence des manifestants." (pp. 149-158)

En bonne logique tout cela finit comme du Muray (cité p. 91) - qui d'ailleurs connaissait son Freud et aimait le côté lucide et sans grandes illusions du fondateur de la psychanalyse.

L'expérience de terrain des psychanalystes confirme ce que des approches plus globales et historiques (Dumont) ou simplement sensibles à l'air du temps ont ici maintes fois démontré : si le rapport à l'autre est par définition compliqué, il devient carrément infernal lorsque l'on n'est même plus assuré, au moins dans les grandes lignes, de son rapport à soi et que l'on mélange les deux.

Il y a ici deux pistes à suivre. La piste girardienne (Girard n'est pas cité dans Big Mother, mais on pense souvent à lui), qui inclut la psychanalyse freudienne dans un mouvement historique plus large, et qui, comme M. Schneider (lequel, pour autant que je puisse en juger, hésite sur le statut trans-historique à donner aux concepts freudiens), constate que l'Oedipe n'est plus suffisant à expliquer les pathologies quotidiennes des sujets. (Deux allusions à Girard dans cet ordre de pensées : ici et ) ;

la piste Lévi-straussienne : le « symbolique » est évoqué dans ces lignes par M. Schneider, c'est un concept largement évoqué au fil de son livre, mais, bien que les conclusions auxquelles il permet de parvenir me conviennent souvent, j'avoue avoir repensé en lisant ces pages aux critiques de J.-P. Voyer (dans Hécatombe) sur cette notion de « symbolique » : en substance et de mémoire, c'est une notion souvent utilisée comme un talisman - ce n'est ni du réel ni de l'imaginaire ou du faux, donc c'est du « symbolique », et voilà, les difficultés sont résolues. Appliquer cette critique au livre de M. Schneider serait excessif et injuste. Essayer de mieux voir en quoi son utilisation du « symbolique » tient ou non la route, et pourquoi ce « symbolique » diminue dans nos sociétés (et depuis quand), serait en revanche un travail utile. Quant à confronter systématiquement Lévi-Strauss et Girard... il est regrettable que le premier n'ait jamais répondu aux critiques du second. Peut-être que maintenant qu'ils peuvent jouer ensemble sur les bancs de l'Académie, ils vont apprendre à se parler !



Ceci dit, bonnes vacances.




pendaison_1902

Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,

samedi 16 juin 2007

Concession à l'actualité. Des progrès du festivisme en milieu décomplexé.

Je trouve chez M. Radical - cet homme-là n'aime pas discuter, c'est dommage -, une intéressante vidéo sur la campagne électorale à Sarcelles. Il me semble que seule la dernière phrase de ce reportage incite à l'optimisme - à Sarcelles comme ailleurs, malgré tous ses défauts, le peuple vaut mieux que ses élus.

Cliquez donc ici.



J'ajoute :

- un rappel du contexte : selon Le Canard enchaîné, relayé par Guy "I love police" Birenbaum, la candidate UMP aurait déclaré - à un jury littéraire, nous dit-on, ce n'est pas d'une précision folle - : "Mon mari [contrairement à Mme Strauss-Kahn, dont le conjoint est un séducteur] peut dormir tranquille. Dans ma circonscription, il n'y a que des Noirs et des Arabes. L'idée de coucher avec l'un d'entre eux me répugne."

- une précision personnelle. Mme Noachovitch a comme tout un chacun ses goûts sexuels. A ma façon je la rejoins sur un point : si je trouve de nombreuses femmes noires extrêmement séduisantes, quelque chose en moi fait que je ne les vois pas dans mon lit, elles ne font pas partie de mon univers sexuel, voilà (les japonaises, malgré la fin de L'empire des sens, en revanche...).

4662_02

Bree.small

Je ne vois donc pas au nom de quoi les hommes arabes et noirs devraient absolument faire partie des fantasmes de cette dame. Maintenant, il y a la formulation, et il y a la position, si j'ose dire, de cette candidate à une fonction publique, qui ferait mieux d'apprendre à tenir sa langue (si j'ose dire bis), et à ne pas confondre goût intime et déclaration politique. Sans compter que ce qui vaut pour le Festivus de base vaut aussi pour la droite décomplexée et fière de l'être : on n'est jamais très beau à afficher sa pride.

Ceci posé, comme je ne suis si ni Noir ni Arabe, et que - influence baudelairienne ? - je commence à sentir se développer en moi, sur le tard, un certain goût pour les idiotes, peut-être que Mme Noachovitch et moi pourrions trouver un terrain d'entente... Faute de Rachida, qui m'a beaucoup déçu avec ses propos atrocement corrects sur la foi, on peut se rabattre sur Sylvie, monter avec elle dans son train, voir ce qui se passe en-dessous de sa ceinture... Vive la sincérité, vive le coeur ! La femme est l'avenir de l'homme - Aragon, Fallaci, Noachovitch, même combat !



La réalité dépasse la fiction.


Ben_Laden

Libellés : , , , , , , , , , ,

dimanche 1 octobre 2006

Géopolitique des couilles. (Ajout le 05.10.)

Je lis dans Libération qu'il n'a fallu qu'un coup de fil menaçant pour entraîner l'annulation des représentations de Idoménée à Berlin. Dommage qu'il n'y ait pas plus de metteurs en scène pour nous fourrer du Mahomet partout, s'il suffit d'un coup de fil pour tuer dans l'oeuf n'importe quel spectacle à la con, je vous fais virer en quelques semaines tous les minables suffisants qui sévissent à l'Opéra de Paris et dans le théâtre subventionné...

Je me souviens d'un commentaire après le 11 septembre : quelqu'un expliquait que de tels attentats allaient créer un effet de seuil - il allait falloir, pour les successeurs de M. Ben Laden, trouver quelque chose d'encore plus fort à chaque fois. Ce raisonnement semblait convaincant, mais ne serait-ce pas plutôt le contraire qui se produit ? Qui peut le plus peut le moins, détruire les Twin Towers et donner un coup de téléphone.

J.-P. Voyer dans sa Diatribe a bien raison : au post-modernisme artistique et à son analogue politique, le virtualisme américaniste, correspond un "Islam de synthèse", aussi flou politiquement que son adversaire, de peu d'intérêt théologique sans doute, mais qui a l'inestimable avantage de proposer un minimum de sens, fût-il seulement négatif, et d'obliger ceux qui le pratiquent à assumer leurs responsabilités (quels plus beaux planqués que MM. Cheney ou Wolfowitz ?). De surcroît, le 11 septembre était "aussi une réussite esthétique" - autre chose qu'une mise en scène "provocatrice" ou un film de Lars von Trier. Bref, même s'il s'agit donc d'une initiative isolée, dont les résultats ont dû surprendre son auteur plus que tout autre, les menaces téléphoniques contre Idoménée apparaissent, d'un point de vue global, comme un agréable contrepoint au 11 septembre.

Bref - je n'avais pas du tout prévu de vous parler de ça, je pensais seulement vous citer un passage de La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux (Christian Bourgois, 1966, pp. 94-95). Après avoir développé l'idée que Céline n'était pas vraiment antisémite ("Sous le vocable [de Juif], il aurait pu grouper tous les hommes, lui y compris.", p. 92), ce qui part d'une intuition juste (dans les pamphlets, en tout cas dans Bagatelles..., le terme "Juifs" a parfois un sens métaphorique, on pourrait dans certains passages le remplacer avantageusement par "les cons", "les salauds", "les profiteurs", etc.), mais est néanmoins insoutenable (il ne s'agit que de quelques passages, l'emploi du terme "Juifs" est loin d'être majoritairement métaphorique), Dominique de Roux fait le parallèle entre l'homme solitaire qu'a toujours été Céline, et un homme de parti qui lui était contemporain :

"Comme tant d'autres sbires, il aurait pu choisir le bon camp, s'accrocher à toutes les nappes et finir en nain ridicule sur le trône de l'imposture. Prenons l'exemple d'Aragon : personne ne l'a vraiment jamais condamné. Cet étrange communiste, cette variété de hyène, enfermé dans les crimes de Staline, dans son zèle d'indicateur et ses dithyrambes d'Elsa, asservi au déshonneur permanent incarne à lui seul l'abjecte caricature d'Hugo et le bâtard de Galliffet.

Céline aurait pu aussi adopter l'idéal de la Gauche d'aujourd'hui (la Droite, mieux vaut ne pas en parler !) : ce goût de l'absolutisme libertin à la Louis XV, associé à la corruption la plus jobarde."

Pas mal vu (il est vrai que Mitterrand sortait de sa première campagne présidentielle), mais le meilleur, hélas serais-je tenté de dire, tient dans cette citation d'Aragon, en note (La commune, août 1936) :

"Dans l'immense trésor de la culture humaine, ne prend-elle pas (la nouvelle constitution stalinienne) la première place au-dessus des oeuvres royales de l'imagination, au-dessus de Shakespeare, de Rimbaud, de Goethe, de Pouchkine, lettre, page resplendissante écrite avec les souffrances, les travaux et les joies de cent soixante millions d'hommes, avec le génie bolchévik, la sagesse du parti et de son chef, le camarade Staline, un philosophe selon le voeu de Marx, qui ne s'est point contenté d'analyser le monde ?"

(Ça non, il ne s'en est point contenté...) On en mangerait ! Avec le recul tout le monde voit bien qu'il y a là complicité de crime, même si Aragon n'est pas directement responsable de la politique de Staline. Et avec le recul tel ou tel zélateur de la politique américaine, tel ou tel Kouchner ou Goupil, sera lui aussi convaincu de complicité de crime. Ach, à eux aussi, avoir un peu peur de la lance du bédouin ne pourrait pas leur faire de mal.

Ce qui, via l'inénarrable Redeker

- Charlot ! Bouse ! Et il se vante d'avoir "longuement réfléchi" et d'avoir fait "beaucoup de recherches" avant de mettre ses hallucinations sur papier. Mais il aggrave son cas ! Ce genre de gars voudrait mettre de l'huile sur le feu en permanence, cracher avec dédain sur les convictions profondes de plusieurs millions de gens, parmi lesquels nombre de compatriotes, et ne jamais rien risquer. Sérieusement, qu'il éprouve quelques frayeurs est bien le moins. Et le plus : c'est tellement adapté à son cas que liquider ce monsieur serait, toute considération morale mise à part, contre-productif. Et puis, franchement, on a beau savoir que les martyrs sont des hommes avant de devenir des mythes, si l'on veut vraiment trouver un symbole tragique à la liberté d'expression, on peut peut-être trouver mieux, comme occasion, qu'un ramassis de fantasmes, et comme modèle, qu'un fonctionnaire ventru et arrogant.

ce qui, disais-je !, me fait penser à une phrase de Nabe, dans laquelle il dit en substance que l'Islam aujourd'hui est sinon le vrai catholicisme, du moins le vrai héritier spirituel du catholicisme. On ne s'aventurera pas ici à analyser un aperçu aussi ambitieux, on en suggérera une interprétation terre-à-terre : de même que les catholiques avaient à une époque plus de courage que les autres, de même les Musulmans (en l'occurrence les "Arabo-Musulmans") auraient plus de courage - et de dignité - que les "citoyens" du "monde libre". Les considérations théologiques à la Redeker ne peuvent rien contre ça. Et si cela n'autorise pas tout et ne rend pas plus intelligent qu'un autre (mais, comme disait Proust, qui était, il est vrai, supérieurement intelligent et pouvait s'autoriser un tel luxe : "Chaque jour j'attache moins de prix à l'intelligence."), c'est déjà un point de départ dont beaucoup d'entre nous peuvent être jaloux.




P.S. Cabu, après avoir fait son beurre pendant des années en prônant la détestation snob de ses concitoyens (Mon beauf ou l'incitation à la haine raciale de classe) organise une exposition à Paris. Quelqu'un a son numéro de téléphone ?



(Ajout le 05.10.)
J'ai oublié l'autre jour : la consultation rapide du CV de l'outre Redeker révèle une typique surreprésentation d'articles consacrés au négationnisme et au révisionnisme. Ah, le preux chevalier exerçant son courage sur une minorité d'excités dont les écrits sont interdits par la loi, voilà le noble combattant de la liberté d'expression qu'il nous faudrait soutenir. Sans doute a-t-il cru, habitué à l'impunité de son statut de sbire de Lanzmann aux Temps modernes, que les musulmans, au moins les musulmans français, qui sont tout de même bien gentils, seraient aussi dociles que les négationnistes à qui il est défendu de s'exprimer. On n'épiloguera pas sur cette stratégie des Temps modernes - et de L'Arche, papier hygiénique communautaire qui a aussi accueilli la prose enchanteresse et chatoyante de R. Redeker (de même que le Monde diplomatique, soit dit en passant) - d'écrire en permanence sur le négationnisme, pour convaincre tout le monde - et les négationnistes en premier - que ce sujet est d'une grande importance, que le péril négationniste nous menace à chaque instant.

C'est très bien tout ça, le malfaiteur Lanzmann aura peut-être plus de mal à trouver des larbins pour l'aider dans ses basses besognes. Si ce genre de places se met à comporter des risques, ça freinera quelques ardeurs. Tout le monde n'est pas aussi fanatique que M. Shoah, Dieu merci.

(Je le note parce que c'est l'occasion : dans Les assassins de la mémoire, Vidal-Naquet rappelle, en 1987, que la plaque commémorative à l'entrée d'Auschwitz, qui déclare un total de quatre millions de morts, est fautive, et qu'il faut ramener ce chiffre à "un bon million" - ce qui, il me semble, est déjà pas mal. Vidal-Naquet regrette à cette occasion que quelqu'un comme C. Lanzmann puisse encore, à la même date, écrire avec aplomb - dans Le Monde déjà, qui en aura vu défiler des conneries lanzmanniennes - que "les estimations les plus sérieuses tournent autour de trois millions et demi." On voudrait donner du grain à moudre aux négationnistes, y compris arabes, pour mieux les dénoncer après, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. S'il veut du "plus sérieux", qu'il aille tâter lui-même de la lance du Bédouin, et qu'on n'en parle plus. Comme le dit un ami que je cite souvent, explicitement ou non : "Tout ce genre de conneries, ça ne vise qu'à rendre la France aussi invivable qu'Israël. Tout ce qu'ils veulent, c'est que, s'il y a le merdier en Israël, il y ait le merdier aussi ici." Cela n'est pas sans accents xénophobes - mais cela n'est pas non plus, malheureusement peut-être, et en tout cas surtout, sans accent de vérité.)

Libellés : , , , , , , , , , , , , ,