samedi 15 septembre 2012

Y a-t-il une métaphysique de la mort de Jean-Luc Delarue ?




Rien à faire, il y a toujours quelque chose qui me dérange chez Alain Soral : comment puis-je être aussi souvent d'accord avec quelqu'un avec qui il m'arrive de me sentir autant en désaccord sur certains points fondamentaux ?

Pour ce qui est du dernier entretien, le loup apparaît à la toute fin, durant la dernière partie, aux alentours de la 18e minute : "Il n'est pas normal que les méchants ne soient pas punis et que ceux qui ont choisi le mauvais chemin triomphent." De même serait-il "choquant" que BHL meure dans son lit - de sa belle mort, comme on dit. A. Soral fournit illico des éléments de théologie qui vont à l'encontre de ces naïvetés, mais peut-être cela ne fait-il que rendre les naïvetés en question plus révélatrices encore. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, que mon incipit soit ou non excessif, l'important n'est pas tant ce que notre ami a exactement voulu dire que les questions que ce qu'il dit pose. Ach, si les méchants étaient toujours punis, il y aurait beaucoup moins de méchants, pour sûr, mais où serait le mérite à être, ou à essayer d'être bon ?

Peut-être le Président devrait-il lire ou relire Joseph de Maistre, voir ou revoir Last action hero.

Sorti de l'univers de fiction dans lequel il évoluait et où il savait que son destin était de se faire casser la gueule par Schwarzenegger, le méchant de ce film s'aperçoit vite que dans la « vraie vie » on n'est pas nécessairement puni pour le mal que l'on fait : son entrée dans la vie, pour reprendre le titre d'un livre autrefois célèbre, se confond avec la découverte de la persistante existence du Mal, ou de la découverte de ce que dans notre monde le Mal n'est pas une anomalie - ce qui est une forme de définition de l'accession à l'âge adulte. (Bien sûr, nous sommes à Hollywood, donc ce méchant sera tout de même puni à la fin...)

Maistre de son côté explique :

"Je n'ai jamais compris cet argument éternel contre la Providence, tirée du malheur des justes et de la prospérité des méchants. Si l'homme de bien souffrait parce qu'il est homme de bien, et si le méchant prospérait de même parce qu'il est méchant, l'argument serait insoluble ; il tombe à terre si l'on suppose seulement que le bien et le mal sont distribués indifféremment à tous les hommes. Mais les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d'abord par de grands coupables, et dépensée ensuite par d'honnêtes gens, qui perpétuent le crime sans savoir ce qu'ils font. C'est l'impiété qui a d'abord fait grand bruit de cette objection ; la légèreté et la bonhomie l'ont répétée : mais en vérité ce n'est rien. Je reviens à ma première comparaison : un homme de bien est tué à la guerre ; est-ce une injustice ? Non, c'est un malheur. S'il a la goutte ou la gravelle ; si son ami le trahit ; s'il est écrasé par la chute d'un édifice, etc., c'est encore un malheur, mais rien de plus, puisque tous les hommes sans distinction sont sujets à ces sortes de disgrâces. Ne perdez jamais de vue cette grande vérité : Qu'une loi générale, si elle n'est injuste pour tous, ne saurait l'être pour l'individu. Vous n'avez pas telle maladie, mais vous pourriez l'avoir ; vous l'avez, mais vous pouviez en être exempt. Celui qui a péri dans une bataille pouvait échapper ; celui qui en revient pouvait y rester. Tous ne sont pas morts, mais tous étaient là pour mourir. Dès lors plus d'injustice : la loi juste n'est point celle qui a son effet sur tous, mais celle qui est faite pour tous : l'effet sur tel ou tel individu n'est plus qu'un accident. Pour trouver des difficultés dans cet ordre de choses, il faut les aimer ; malheureusement, on les aime et on les cherche. Le coeur humain, continuellement révolté contre l'autorité qui le gêne, fait des contes à l'esprit qui les croit ; nous accusons la Providence pour être dispensés de nous accuser nous-mêmes ; nous élevons contre elle des difficultés que nous rougirions d'élever contre un souverain ou contre un simple administrateur dont nous estimerions la sagesse. Chose étrange ! Il nous est plus aisé d'être juste envers les hommes qu'envers Dieu.

Il me semble, messieurs, que j'abuserais de votre patience si je m'étendais davantage pour vous prouver que la question est ordinairement mal posée, et que réellement on ne sait ce qu'on dit lorsqu'on se plaint que le vice est heureux et la vertu malheureuse dans ce monde ; tandis que, en faisant même la supposition la plus favorable aux murmurateurs, il est manifestement prouvé que les maux de toute espèce pleuvent sur tout le genre humain, comme les balles sur une armée, sans aucune distinction de personnes. Or, si l'homme de bien ne souffre pas parce qu'il est homme de bien, et si le méchant ne prospère pas parce qu'il est méchant, l'objection disparaît et le bon sens a vaincu." (Les soirées de Saint-Pétersbourg, 1809, éd. « Bouquins », 2007, pp. 464-65)

BHL est sans nul doute méchant : criminel de guerre revendiqué et multi-récidiviste, n'hésitant pas même à essayer de faire de l'argent avec les crimes de guerres en question, peut-être serait-il temps d'oublier les bouffonneries comme sa chemise, sa tête de con et les histoires du genre Botul, qui finalement masquent la vraie nature - satanique, oui, pourquoi pas, A. Soral est fondé à employer ce terme - de quelqu'un qui a certainement compris depuis un bail qu'il pouvait se servir de la condescendance de ceux qui se moquent de lui. Noël Godin n'est finalement qu'un allié objectif de sa victime : l'entartage, c'est trop ou pas assez.

La question ceci dit, malgré une éventuelle ambiguïté dans la façon dont nous pouvons recevoir les dernières formules de Maistre, ne doit pas être mal comprise : BHL ne prospère pas parce qu'il est méchant, si par « prospérer » on entend vivre en bonne santé, quand bien même son argent lui permet d'être, en cas de besoin, mieux soigné que d'autres. (Cela n'empêche pas, au demeurant, de bonnes surprises à la Lagardère.) - Il est regrettable, il est agaçant, que BHL ne soit pas atteint d'un cancer qui lui cause d'atroces souffrances, je suis bien d'accord, mais, comme le dit Maistre, "c'est un malheur, rien de plus", cela n'a rien de « choquant », cela ne fait que confirmer ce qui n'a guère besoin de confirmation, à savoir que le Mal existe. Et il existerait tout autant même si dès demain BHL attrapait une maladie aussi insupportablement douloureuse qu'incurable et longue. Cela ne prouverait rien à rien, cela n'ajouterait, d'un point de vue métaphysique, absolument rien, cela ferait plaisir, "rien de plus".

De même, Alain Soral, pour prendre le premier exemple venu, ne "souffre pas parce qu'il est un homme de bien", il se vante même d'être en bonne santé, et c'est tout ce dont il s'agit. Qu'il ait des ennemis parmi les méchants et que cela lui cause des problèmes est une autre question, qui n'a rien à voir avec la théologie.

Aussi, et contrairement à ce que donc A. Soral semble par moments suggérer, la mort de Jean-Luc Delarue, occasion de ces digressions, ne relève en rien de quelque forme de « justice immanente » que ce soit. Elle obéit seulement à une certaine logique : en l'occurrence, si vous menez une vie stressante, épuisante et pleine de coke, statistiquement, oui, vous avez plus de chances de crever rapidement que d'autres. Keith Richards ceci dit rigole bien en lisant ça...


- Est-ce à dire qu'il n'y a aucune justice immanente ? Je n'irais pas nécessairement jusque-là. La question - qui, finalement, motive ma modeste intervention du jour - est celle-ci : dans quel cadre se situe-t-on ? Dans l'univers qui est celui des entretiens d'Alain Soral, non, il n'y a pas de justice immanente. Dans l'univers bloyen, pour en revenir à des thèmes récemment abordés, en revanche, oui, il y a une justice, immanente et transcendante, ne serait-ce que parce que tout, absolument tout, a une signification. On ne peut être providentialiste à moitié, voilà le point. Ce serait même une forme d'hérésie - rappelons qu'au sens étymologique le mot signifie choix, préférence : il est vraiment trop simple de choisir dans la trame du monde ce qui nous semble relever de l'ordre de la providence, et laisser tomber le reste. Il y a pour l'honnête homme plus de plaisir à repenser à la mort de Jean-Luc Lagardère ou à imaginer celle de BHL qu'à évoquer celles de Jean-Luc Delarue, Mouammar Khadafi, voire - mais la question est plus complexe - celle de Sena Jurinac, que Dieu la cajole comme elle le mérite ; mais ce plaisir ou ce déplaisir, la Providence s'en fout, et ce serait péché d'orgueil que de vouloir la mêler à nos préférences.

Admettons-le tout de suite, à lire Bloy, on a parfois l'impression que son interprétation rétrospective de tel ou tel événement aurait pu avoir été autre. Ce n'est pas étonnant : si Bloy - ou Marchenoir dans le Désespéré, qui a un projet d'explicitation de l'histoire universelle - avait pu tout expliquer, il serait plus Dieu que Léon Bloy. Et, donc, ce qui compte, ou du moins ce qu'il faut dans un premier temps envisager et comprendre, c'est la cohérence globale du cadre d'explication. On n'est pas forcé d'être convaincu par ce que Bloy dit de Napoléon, de Louis XVII, de Christophe Colomb, etc., mais ce qu'il en dit ne jure pas avec son angle d'analyse.

Ce qui me gêne au contraire dans les phrases d'Alain Soral sur Jean-Luc Delarue, c'est que, n'entrant pas vraiment dans le système d'interprétation qui est normalement celui du Président, elles finissent par déboucher sur une morale de catéchisme un peu débilitante, sur le vieux thème : "C'est le bon Dieu qui t'a puni" - phrase que j'ai entendue pour la première fois lorsque je me cognais le crâne sur une table en-dessous de laquelle j'essayais de peloter une cousine réticente, vers 7 ans si je ne dis pas de bêtise, phrase que donc je n'étais pas d'humeur à apprécier et que je remercierai toujours mes parents de ne m'avoir jamais apprise. - Bref : je ne suis pas en train de chipoter, le diable se cache dans les détails : que BHL soit vivant n'a rien d'injuste, comme dirait Calimero, ça fait juste chier.


Quelques remarques diverses et variées par ailleurs, d'abord sur cet entretien d'Alain Soral puis sur d'autres sujets d'actualité :

- je ne comprends pas très bien le scénario qui nous est présenté de la 3e guerre mondiale à venir, si le nouveau grand méchant hitlérien est l'Iran ou Al-Quaida, ou les deux ;

- oui, est-ce un reste de gauchisme, je ne sais pas, mais j'ai vraiment du mal avec les grands spectacles de masse comme les extraits du film de Riefenstahl ou de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, ça me dégoûte toujours un peu ;

- A.S. évoque la religion comme fondée sur la crainte de Dieu, ou la crainte du jugement de Dieu. C'est un peu court jeune homme, quand même, un peu catéchisme aussi, bien que pas faux ;

- lapsus amusant pour en finir avec notre ami Président, "il ne faut pas jeter le bonbon avec l'eau du bain" ;

- poursuivant mon travail d'archivage de tout ce que j'ai pu écrire sur ce blog, je retombe sur cette note, où apparaît l'inénarrable Jacques Attali ;

- j'ai de vieux souvenirs d'un texte où M.-É. Nabe évoque cette idée de justice immanente, je ne sais plus où. Je ne vais pas de nouveau faire appel aux spécialistes, on verra si je retrouve ça tout seul. J'en profite pour remercier la sympathique nabienne qui m'a fait parvenir L'âge du Christ, livre qui devrait me permettre d'approfondir cette question de la prière dans l'oeuvre et la vie de MEN ;

- si j'étais aussi assidu pour écrire que je le suis pour lire, ce blog serait bien meilleur... Je n'aurai peut-être pas le temps ni le courage de vous parler des livres de la dernière victime du politiquement correct, Richard Millet, auteur que je n'avais jamais lu auparavant. Sur le fameux Éloge littéraire d'Anders Breivik, j'avoue partager, avec moins de sévérité peut-être, le point de vue du Stalker. J'en dirai autant sur la posture prise par R. Millet, posture qui vient de lui revenir dans le cul. J'ai été plus intéressé par son Antiracisme comme terreur littéraire, on verra si je vous en reparle.

Un petit mot de mépris pour finir sur les contempteurs de Richard Millet, à commencer par Annie Ernaux, écrivaine - ce qui est une bonne manière de la présenter, écrivain ne faisant manifestement pas l'affaire. Au passage, je me permets de faire remarquer à tous ceux qui depuis des lustres nous cassent les couilles avec des sentences sur "des propos que l'on n'avait plus entendus depuis les années 30", que ce genre de formules ne veut plus rien dire : depuis le temps que l'on n'entend plus ces propos depuis les années 30, cela fait longtemps qu'on les entend ! (De même, d'ailleurs, peut-être ai-je déjà parlé de ça, à propos du pont-aux-ânes sur les négationnistes, comme quoi ils "tuent une deuxième fois" les victimes de l'extermination des Juifs : ça fait beaucoup de fois maintenant que ces victimes ont été tuées une deuxième fois.)

Tocard Ben Jelloun [et non pas Ben Jelloum, comme je l'avais d'abord écrit, ça fait des années que je me trompe sur ce sujet, ajout du 17.09] aussi s'étant attaqué à Richard Millet, c'est sur un petit fait vrai le concernant que je conclurai. J'ai aperçu l'autre jour une vieille pute en train de lire son dernier livre, dont le titre je le rappelle est Le bonheur conjugal. Ayant repéré de loin le format de la collection dite "blanche" chez Gallimard (quel pleutre, l'Antoine, quelle famille!), j'avoue avoir été déçu des goûts littéraires de la dame - déception peut-être sans fondement, peut-être trouvait-elle ça très mauvais. Mais j'avais eu le temps de souhaiter qu'une femme par certains côtés aussi respectable soit plongée dans du Céline - pour prendre l'exemple d'un auteur que le fameux comité de lecture de Gallimard, que Richard Millet vient donc de quitter, ce qui évitera à Annie Ernaux d'être lue par quelqu'un qui s'y connaît tout de même un peu en littérature, pour prendre l'exemple d'un auteur, disais-je que le comité de lecture de Gallimard avait en son temps, et non sans logique ma foi, refusé.


Lisez bien !


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samedi 16 mai 2009

En rire ou en pleurer (terminologie).

De Laurent Mucchielli je n'ai lu que quelques articles, ici et là. Il me semble, que l'on soit d'accord ou non avec les conclusions qui sont les siennes - et comme toujours dans ces cas-là il faut faire la part des choses entre ce qui est écrit dans une publication scientifique, ce qui est exprimé dans un « Rebond » pour Libéramerde, ce qui est déclaré à la télévision, monté et mis en contexte par un journapute... -, il me semble que cet homme offre quelques garanties minimales de sérieux qui font que si ses thèses peuvent être discutées il est difficile de les balayer d'un revers de main en lui prêtant on ne sait quelles intentions inavouables.

Or, de par la nature des sujets abordés (l'Islam, l'insécurité...) et de par la fréquence de ses apparitions Laurent Mucchielli est devenu le symbole « des sociologues » - il faut entendre le mépris avec lequel ce mot est prononcé (on peut ajouter, comme le faisait Muray pour les assimiler à des jdanoviens en puissance, « d'Etat », c'est encore pire), mépris qui renvoie les sociologues à leur position d'extériorité vis-à-vis des événements qu'ils analysent et sur lesquels il leur arrive de pontifier.

Une petite remarque d'abord. Je n'ai pas d'intérêt personnel en la matière, je comprends parfaitement que si l'on vient de se faire casser la gueule, ou, pire, de perdre un proche, parce qu'une bande incontrôlable a voulu s'amuser, on trouvera amère la leçon du sociologue fonctionnarisé vous expliquant que la violence est sur le long terme en baisse en France. Néanmoins, d'une part Laurent Mucchielli n'est pas policier et n'est pas payé pour envoyer les gens en prison, d'autre part, il me semble difficile de reprocher aux sociologues la position d'extériorité par rapport aux événements qui les définit justement comme sociologues. Autant reprocher à un historien de ne pas vivre dans le passé... Ceci étant dit, bien sûr, le sociologue de la violence qui se contenterait d'aligner les chiffres dans son bureau sans jamais rencontrer acteurs et victimes de cette violence risquerait fort de passer à côté de son sujet. Le sociologue a ici des possibilités que l'historien lui jalouse et qu'il serait fort condamnable de ne pas exploiter. Il reste que son rôle est d'avoir et de fournir une vision d'ensemble des choses, et que si on ne veut pas de cette vision, la refuser est une chose, reprocher à celui à qui la société a confié une mission, de l'accomplir, en est une autre.

(Au passage, on en dira autant des juges. Un juge qui reçoit une femme violée dans son bureau doit faire montre d'un minimum de délicatesse, c'est bien le moins. Mais il n'est pas là pour s'identifier à cette femme ou pour pleurer de chaudes larmes avec elle, il est là pour essayer, à partir de son récit, de celui du violeur présumé, d'éventuels témoins, de comprendre autant que faire se peut ce qui s'est passé. S'il n'est pas capable de cette capacité d'abstration, qu'il devienne éditorialiste ou Nicolas-Sarkozy, mais qu'il change de métier. (Après, on sait bien qu'il existe des juges (ou des médecins, pour recourir à un exemple que tout un chacun a plus souvent rencontré dans son existence) qui se réfugient avec soulagement derrière cette obligation de neutralité pour se cacher à eux-mêmes qu'ils n'éprouvent strictement rien d'autre que de l'indifférence ou de l'ennui pour la souffrance des victimes (ou des malades).)

Pour en revenir à Laurent Mucchielli, ces remarques me venaient à l'esprit à la lecture de cet article, dans lequel l'auteur, Christian Bouchet, s'appuie sur des conclusions récentes dudit Mucchielli au sujet de la baisse de l'antisémitisme en France. Or, cet article provient d'un site où, si ce n'est M. Bouchet, d'autres collaborateurs réguliers (P. Randa, par exemple) ne se privent pas d'ironiser sur « les sociologues », lorsque ceux-ci critiquent (encore une fois, à tort ou à raison) certains dogmes d'époque, ou certaines prénotions, sur l'insécurité ou la délinquance. Je propose donc de définir et de nommer « syndrome du Mucchielli » cette attitude si fréquente, qui consiste à s'appuyer sans le moindre état d'âme sur les statistiques officielles et les analyses du sociologue (« Tout de même, ces gens-là ne sont pas là pour dire n'importe quoi ») lorsqu'elles confirment ce que l'on pense déjà, et à les rejeter, en utilisant principalement les deux arguments évoqués plus haut, arguments d'ailleurs potentiellement contradictoires, ou du moins superfétatoires (« Ces gens-là ne savent pas de quoi ils parlent, ils restent dans leur bureau » ; « De toutes façons ils sont payés pour faire le silence sur ce qui se passe » - attention, il ne sert pas grand-chose de reprocher aux statistiques d'être extérieures à la compréhension du réel si on les considère comme manipulées à la base), lorsqu'elles viennent contredire la perception que l'on a des faits, l'analyse qu'on en a soi-même dégagée.

Il est vrai que les attitudes logiques sont, pour des raisons diverses, plus compliquées à adopter :

- considérer que les statistiques, étant extérieures au réel, ne sont d'aucune utilité pour le comprendre, ce qui est un point de vue difficile à tenir dans toute sa rigueur (il est délicat d'affirmer que l'insécurité augmente si l'on refuse de discuter sur les chiffres) ;

- considérer que les statistiques sont manipulées. Je ne dis pas que c'est faux à tout coup, loin de là, mais encore faut-il le prouver et l'expliquer à chaque fois, c'est du boulot.

Il est vrai aussi qu'il est naturel de faire plus confiance à des gens que l'on connaît, à des hommes politiques que l'on soutient, à des idées qui corroborent les thèses que l'on a élaborées à part soi - et vice-versa, pour ce qui est de la méfiance envers les ennemis, les adversaires... Mais, dans le cas du sociologue-statisticien, pourtant a priori moins directement touché par ces formes d'esprit partisan, le contraste entre le mépris que parfois on lui dispense et la facilité avec laquelle on l'utilise comme appui lorsqu'il peut servir la cause, ce contraste n'est pas sans susciter quelque sourire, éventuellement teinté d'amertume.


P.S. 1 : comme tous ces gens ne s'embarrassent pas à donner leurs sources (pourquoi fournir des informations ou des repères aux lecteurs, après tout...), les voici :

- le texte de Laurent Mucchielli (que je n'ai pas lu, ce n'était pas le sujet) ;

- la réponse de M. Waintrater pour le CRIF, à laquelle fait allusion C. Bouchet.


P.S. 2 : cela fait beaucoup moins sourire, cette vidéo de violence, découverte via le Stalker. Je la relaie sans arrière-pensée politique d'aucune sorte (les « débats » sur les couleurs de peau respectives des agresseurs et de la victime sont en l'espèce d'intérêt nul), comme une pièce à charge dans le dossier déjà bien lourd de l'accusation contre la nature humaine. (Heureusement, le dossier de la défense n'est pas tout à fait vide...)

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lundi 31 mars 2008

Comment j'ai raison contre Castoriadis.

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Heureux comme AMG en son royaume...


Citons-nous, citons-nous, il en restera toujours quelque chose :

"Wittgenstein formule ici d'une autre manière ce que j'essaie de dire de temps à autre contre Castoriadis, et sur la façon dont il me semble trop vouloir assimiler « autonomie » et « transparence » : on peut discuter de tout, tout remettre en question, au moins pour voir ce qui en ressort, mais ce n'est pas tomber dans le cynisme ou ce que Castoriadis appelle une « philosophie de préfet de police libertin » ("Moi je sais que le Ciel est vide, mais les gens doivent croire qu'il est plein, autrement ils n'obéiront pas à la loi. Quelle misère !") que (...) constater que la notion de croyance n'est pas si univoque qu'il pourrait paraître et peut comporter une conscience plus ou moins claire de sa propre relativité, ou, comme le dit Wittgenstein, une « certaine hypocrisie »",

et il y a à cela une preuve toute simple : si la croyance religieuse était aussi fermée sur elle-même que l'écrit souvent Castoriadis, s'il n'y avait pas chez le croyant une conscience, aussi réduite soit-elle, de la non-évidence, de la non-naturalité de sa croyance, jamais la religion n'évoluerait. Jamais les Romains ne se seraient convertis. Jamais l'Islam n'aurait progressé. Et si la modernité a peu à peu exercé son emprise sur les esprits, c'est bien qu'il y a eu des interstices d'incertitude par où elle a pu se glisser. Le croyant vivrait dans un monde immobile et immuable, et rien ne pourrait le faire changer de croyance. Ce qui n'est évidemment pas le cas.

CQFD !

Il y a bien sûr des cas où la personne se crispe d'autant plus sur sa croyance qu'elle la sent en danger, ce qui est souvent le cas des fondamentalismes, et cela vient à l'appui de ma thèse.

Restons par ailleurs prudent sur ce que l'on peut appeler la « thèse du canapé-télé », selon laquelle la mondialisation abrutit tout le monde et détruit systématiquement les valeurs héroïques traditionnelles (sens de l'honneur, sens des conséquences de ce que l'on fait...) : il y a évidemment beaucoup de vrai dans ce lieu commun, mais comme l'exemple - certes particulier - des Eskimos semble pour l'instant le montrer, ce mécanisme d'abrutissement par le confort n'a rien d'automatique, a fortiori d'instantané.

Mais bon, j'ai niqué Castoriadis aujourd'hui, et à chaque jour suffit sa peine.


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Le calme avant, ou après l'orage ?




P.S. : (Je ne réponds qu'aux commentaires un peu argumentés, et) Je me posais, ou plutôt me reposais une nouvelle fois la question, à la lecture du dernier billet du Stalker : pourquoi cette insistance sur le concept du « nom » juif, du « nom » d'Israël ? Est-ce une querelle parisianiste d'héritiers lacaniens, le professeur goy Badiou répondant au professeur goy Milner (Portées du mot "Juif" vs. Les penchants criminels de l'Europe démocratique, peut-être le premier livre à introduire cette notion de « nom »), est-ce une façon chez les uns et les autres de se branler philosophiquement et/ou religieusement le stylo en lieu et place d'analyses politiques précises ? Est-ce, plus simplement, une volonté de détourner le débat vers des abstractions sur lesquelles on peut s'étriper verbalement ad nauseam, pendant que ça saigne ailleurs ? Hypothèses non contradictoires, mais il me semble que ce n'est certes pas en vouloir à un quelconque « nom », ou de pécher par impiété, que de parler de check-points, mur, droit au retour, assassinats ciblés, occupation, etc. Non ?


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Et elle est pas belle, la vie ?

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mercredi 20 février 2008

Jawohl, mein General.

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Un petit mot en passant (s'enrichir est agréable, mais prend du temps) pour signaler la parution du dernier numéro de la revue Eléments, consacré à l'Europe, numéro riche et intéressant (où la mégalomanie d'Alain de Benoist n'a d'ailleurs pas l'air de se calmer, mais faisons comme si nous n'avions rien vu), où vous serez en terrain quelque peu connu, puisque l'on y trouve des articles de M. Cinéma - qui n'aime pas Douglas Sirk, c'est un scandale sans nom -, une interview du Stalker par le même M. Cinéma, Stalker chez qui l'on trouve aujourd'hui une recension quelque peu confuse mais non sans aperçus (notamment vers Emmanuel Berl, qu'il faudra bien explorer un jour) de ce numéro...

J'y ai découvert aussi un sociologue italien (catholique, ça change un peu dans cet univers « païen ») qui semble valoir la peine d'être lu, Carlo Gambescia (mais qui aurait pu s'épargner en fin d'interview son gros coup de lèche à Alain de Benoist : "penseur exceptionnel", "géant sur les épaules duquel les générations futures d'intellectuels non conformistes pourront monter pour regarder très loin", désolé d'insister là-dessus, ce genre de moeurs m'exaspère).


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Viva Italia...


Je me contente de deux citations de Charles de Gaulle trouvées par A. de Benoist, la première de 1964, la seconde de 1961 :

"Mais quelle Europe ? C'est là le débat (...) Suivant nous, Français, il s'agit que l'Europe se fasse pour être européenne. Une Europe européenne signifie qu'elle existe par elle-même et pour elle-même, autrement dit qu'au milieu du monde elle ait sa propre politique. Or, justement, c'est cela que rejettent, consciemment ou inconsciemment, certains qui prétendent cependant vouloir qu'elle se réalise. Au fond, le fait que l'Europe, n'ayant pas de politique, resterait soumise à celle qui lui viendrait de l'autre bord de l'Atlantique leur paraît, aujourd'hui encore, normal et satisfaisant." - salopes !

"L'Europe intégrée où il n'y aurait pas de politique se mettrait alors à dépendre de quelqu'un du dehors qui, lui, en aurait une."


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dimanche 3 juin 2007

Etat des lieux.

S'efforçant de mettre au point pour les semaines à venir quelques nouveaux cocktails que l'on espère agréables, tout en se livrant à une agréable querelle dans la Zone, que je remercie ici de son accueil, le Café du Commerce s'est vu dans l'obligation de ralentir son rythme de livraison. Il apporte ici de nouveaux éléments dans l'épais dossier des rapports entre littérature, modernité et anthropologie, et espère pouvoir vous présenter ses créations les plus récentes d'ici peu.


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Après avoir raconté par le menu le Lohengrin de Wagner :

"Le lecteur a sans doute remarqué dans cette légende une frappante analogie avec le mythe de la Psyché antique, qui, elle aussi, fut victime de la démoniaque curiosité, et, ne voulant pas respecter l'incognito de son divin époux, perdit, en pénétrant le mystère, toute sa félicité. Elsa prête l'oreille à Ortrude, comme Ève au serpent. L'Ève éternelle tombe dans l'éternel piège. Les nations et les races se transmettent-elles des fables, comme les hommes se lèguent des héritages, des patrimoines ou des secrets scientifiques ? On serait tenté de le croire, tant est frappante l'analogie morale qui marque les mythes et les légendes éclos dans différentes contrées. Mais cette explication est trop simple pour séduire longtemps un esprit philosophique. L'allégorie créée par le peuple ne peut pas être comparée à ces semences qu'un cultivateur communique fraternellement à un autre qui les veut acclimater dans son pays. Rien de ce qui est éternel et universel n'a besoin d'être acclimaté. Cette analogie morale dont je parlais est comme l'estampille divine de toutes les fables populaires. Ce sera bien, si l'on veut, le signe d'une origine unique, la preuve d'une parenté irréfragable, mais à la condition que l'on ne cherche cette origine que dans le principe absolu et l'origine commune de tous les êtres. Tel mythe peut être considéré comme frère d'un autre, de la même façon que le nègre est dit le frère du blanc. Je ne nie pas, en de certains cas, la fraternité ni la filiation ; je crois seulement que dans beaucoup d'autres l'esprit pourrait être induit en erreur par la ressemblance des surfaces ou même par l'analogie morale, et que, pour reprendre notre métaphore végétale, le mythe est un arbre qui croît partout en tout climat, sous tout soleil, spontanément et sans boutures. Les religions et les poésies des quatre parties du monde nous fournissent sur ce sujet des preuves surabondantes. Comme le péché est partout, la rédemption est partout ; le mythe partout. Rien de plus cosmopolite que l'Éternel. Qu'on veuille bien me pardonner cette digression qui s'est ouverte devant moi avec une attraction irrésistible. "

(Baudelaire, "Richard Wagner à Paris", 1861 ("Pléiade", t. II, pp. 799-800).)

"Attraction irrésistible" qui n'est certes pas accidentelle. Enchaînons.

"Marcel Mauss a défini en fait l'anthropologie sociale dès avant 1900. D'abord, dire "anthropologie", c'est "poser l'unité du genre humain"."

"D'un côté, l'individualisme-universalisme moderne qui seul fonde l'ambition anthropologique - je prie qu'on veuille bien peser le fait -, de l'autre, la société ou culture fermée sur soi, identifiant l'humanité avec sa forme concrète particulière (et subordonnant l'homme à la totalité sociale, ce pourquoi je parle de "holisme"). L'anthropologie commence ici. De cette rencontre elle fait une combinaison en en modifiant les deux termes, et il est indispensable de le souligner.

Dans le discours que nous tient la société observée, supposée non moderne, nous opérons un tri. Nous acceptons la prétention de ces gens à être des hommes, nous rejetons leur prétention à être les seuls hommes, la naïve dévaluation des étrangers [est-ce si universel ? Les deux formulations ne sont d'ailleurs pas équivalentes]. Nous rejetons, en d'autres termes, l'exclusivisme ou sociocentrisme absolu qui accompagne toute idéologie holiste.

Au pôle opposé, notre propre universalisme se trouve modifié lui aussi, sous deux aspects au moins : en gros il accepte, pour aller de l'individu à l'espèce, de passer par la société, c'est-à-dire que l'individualisme demeure bien comme valeur ultime, mais non comme mode naïf de description du social. Ici, la résistance obstinée opposée, dans les sciences sociales mêmes, à cette vue pourtant incontestable nous avertit, si besoin est, de la force des représentations collectives (...). On perçoit ici que la spécialisation anthropologique correspond à une sorte d'avant-garde nécessaire dans le mouvement des idées. De ce premier aspect suit un second : nous-mêmes sommes renvoyés à notre propre culture et société moderne comme à une forme particulière d'humanité, qui est exceptionnelle en ce qu'elle se nie comme telle dans l'universalisme qu'elle professe.

Cet universalisme modifié est certes ouvert à tous, et en particulier aux autres sciences humaines, mais il nous caractérise en ce sens qu'il jaillit du cœur de notre pratique."


"A un premier niveau, au niveau global, nous sommes nécessairement universalistes. Nous voulons non plus voir l'espèce humaine comme une entité vide de toute particularité sociale, mais la construire comme l'intégrale, que nous postulons réelle et cohérente, de toutes les spécificités sociales. Nous reprenons ici l'ambition des Allemands. Notre humanité est comme le jardin de Herder où chaque plante - chaque société - apporte sa beauté propre, parce que chacune exprime l'universel à sa façon. Ou encore, comme pour Schiller, "le tout est devant nous de nouveau, non plus confus, mais illuminé de toutes parts."

A un second niveau, où l'on considère un type de société ou de culture donné, la primauté se retourne nécessairement, et le holisme s'impose. Ici, le modèle moderne lui-même devient un cas particulier du modèle non moderne. C'est en ce sens que j'ai écrit qu'une sociologie comparative, c'est-à-dire une vue comparative d'une société quelconque, est nécessairement holiste. Pour caractériser cette procédure, disons que son mot d'ordre est "la société comme universel concret".

En somme, c'est en hiérarchisant à la fois les niveaux de considération et, à l'intérieur de ceux-ci et de façon opposée, nos deux principes, que nous venons à bout - idéalement - de l'incompabilité que nous avons reconnue et respectée. A la réflexion on reconnaîtra, je pense, qu'il est impossible dans cette tâche d'affecter une autre valeur relative aux deux principes, impossible en particulier de subordonner tout à fait l'universalisme sans détruire l'anthropologie, et on reléguera à la place qui leur revient les rêveries sur une multiplicité d'anthropologies correspondant à la multiplicité des cultures.

Outre qu'elle n'est pas dénuée de pertinence quant à l'ordre du monde (...), cette solution d'un problème anthropologique se prête à une analogie qui pourrait lui donner, à longue échéance, un intérêt général. Il se peut qu'elle préfigure la solution de l'autre problème politique majeur des sociétés modernes [le premier étant la mondialisation], celui de la menace totalitaire qui plane sur la démocratie. Si le totalitarisme présente une collision entre individualisme et holisme, s'il constitue une maladie de la démocratie moderne où celle-ci tombe, par une pente invincible, quand elle perd de vue ses limites, veut se réaliser parfaitement et, mise en échec par les faits, se divise contre elle-même, nous sommes - l'histoire devrait nous l'apprendre - dans un cercle. La revendication des droits de l'homme s'impose certes face au totalitarisme installé, mais à elle seule elle ne nous sort pas du cercle, témoin la Terreur. On s'apercevra sans doute à la longue que la solution consiste à donner à l'un et à l'autre des deux principes opposés son champ légitime de suprématie du point de vue moderne, l'individualisme régnant, mais consentant à se subordonner dans des domaines subordonnés. Il faudra donc distinguer des niveaux, peut-être en grand nombre, mutatis mutandis (...) comme c'était le cas dans la cité antique. La complication sera grande, pour la conscience individuelle d'abord et sans doute aussi pour les institutions - et qui pourrait s'en étonner ? - , mais les collisions majeures seront dépassées. Une analyse suffisante de la société actuelle montrerait du reste qu'un tel retournement de valeurs est implicite dans la pratique : comme le voyait Toennies, Gemeinschaft et Gesellschaft sont présentes tour à tour dans le vécu. Il suffirait par conséquent que ce retournement devienne conscient sous une forme hiérarchique et se généralise. Progrès décisif, et difficile, de la conscience commune, à quoi l'anthropologie aura contribué à sa façon."

"Il suffirait..." - bref.

Il importe alors de mieux préciser que je ne l'ai fait dans mes divers textes sur le holisme ce que peut être et est souvent la hiérarchie :

"J'appelle opposition hiérarchique l'opposition entre un ensemble (et plus particulièrement un tout) et un élément de cet ensemble (ou de ce tout) ; l'élément n'est pas nécessairement simple, ce peut être un sous-ensemble. Cette opposition s'analyse logiquement en deux aspects partiels contradictoires : d'une part l'élément est identique à l'ensemble en tant qu'il en fait partie (un vertébré est un animal), de l'autre il y a différence ou plus strictement contrariété (un vertébré n'est pas - seulement - un animal, un animal n'est pas - nécessairement - un vertébré). Cette double relation, d'identité et de contrariété, est plus stricte dans le cas d'un tout véritable que dans celui d'un ensemble plus ou moins arbitraire. Elle constitue un scandale logique, ce qui d'une part explique sa défaveur, de l'autre fait son intérêt : toute relation d'un élément à l'ensemble dont il fait partie introduit la hiérarchie et est logiquement irrecevable. Essentiellement la hiérarchie est englobement du contraire. Des relations hiérarchiques sont présentes dans notre propre idéologie (...), mais elles ne se donnent pas comme telles. Il en est ainsi sans doute toutes les fois qu'une valeur est concrètement affirmée : elle subordonne son contraire, mais on se garde de le dire. D'une façon générale, une idéologie hostile à la hiérarchie doit évidemment comporter tout un réseau de dispositifs pour neutraliser ou remplacer la relation en cause. (...) Tout d'abord on peut éviter le point de vue où la relation apparaîtrait. Ainsi, dans les taxonomies, nous avons l'habitude de considérer séparément chaque niveau et nous évitons de rapprocher un élément du premier ordre, soit A, d'un élément du second, soit a. En relation avec cette séparation, les critères de distinction peuvent être différents d'un niveau à l'autre (animaux/végétaux ; vertébrés/invertébrés ; mammifères, etc.). Nous produisons ainsi des ensembles, non des touts. Un autre dispositif, fort important, réside dans la distinction absolue que nous opérons entre faits et valeurs. La hiérarchie est ainsi exilée du domaine des faits, l'asepsie en vigueur dans la science sociale nous protège de l'infection hiérarchique. C'est là évidemment une situation exceptionnelle au point de vue comparatif, comme on le voit dans l'idéologie moderne elle-même avec sa tendance à réunir à nouveau et à confondre "être" et "devoir être", qui comme nous le savons par expérience en Europe, ouvre la voie au totalitarisme."

Concluons :

"En ne séparant pas a priori idées et valeurs, nous demeurons plus près de la relation réelle, dans les sociétés non modernes, entre la pensée et l'acte, tandis qu'une analyse intellectualiste ou positiviste tend à détruire cette relation. Mais n'est-ce pas contredire ce qui a été dit ailleurs contre la tendance moderne à réunir "être" et "devoir être" ? Bien au contraire (...) D'un point de vue comparatif, la pensée moderne est exceptionnelle en ce qu'elle sépare, à partir de Kant, être et devoir être, fait et valeur. Cela a deux conséquences : d'une part cette particularité demande à être respectée dans son domaine, et on ne peut sans conséquences graves prétendre la transcender à l'intérieur de la culture moderne ; d'autre part il n'y a pas lieu d'imposer cette complication ou distinction à des cultures qui ne la connaissent pas : dans l'étude comparative on considérera des idées-valeurs. Cela s'appliquera même à notre propre culture considérée comparativement, c'est-à-dire qu'on pourra chercher quel lien sous-jacent subsiste dans notre distinction familière ; ici on rencontrera par exemple la problématique wébérienne (...).

Si unir dans la différence est à la fois le but de l'anthropologie et la caractéristique de la hiérarchie, elles sont condamnées à se fréquenter."

(Dumont, Essais sur l'individualisme.)


Ces derniers points, je dois les reprendre et les systématiser depuis l'affaire dite des caricatures de Mahomet, qui en a montré toute l'actualité. Faute d'y être encore parvenu, je vous en fournis donc les premiers principes.


2007-05-18-p-Dati


Il faudra bien un jour relier tout cela au rapport à la règle, aux relations entre ce rapport et le masochisme, y introduire ces personnages féminins si symboliques de notre époque, de Bree Van de Kamp à Rachida Dati en passant bien sûr par Lynndie England. Magnifions donc notre incapacité à accomplir nos ambitions en citant une phrase de Valéry (“Je plie sous le fardeau de tout ce que je n’ai pas fait."), et disons-nous à bientôt.


DH-BREE

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vendredi 25 août 2006

Compléments et rapprochements.

L'analyse du livre de Pierre Bouretz consacré à Max Weber, Les promesses du monde, s'est faite en laissant de côté nombre d'aperçus intéressants, que l'on va maintenant brièvement exposer.

On notera d'abord, sans critique mais avec curiosité, qu'un livre qui cherche le salut conceptuel dans des théories rationalistes néo-kantiennes (Habermas et Rawls), s'achève sur une référence au Benjamin religieux, celui de "l'ange de l'histoire" (via Paul Klee), autrement dit sur une espérance, désabusée mais vivace, au miracle. Est-ce vraiment compatible ? N'est-ce pas admettre que pour contrer les amères conséquences du désenchantement du monde il faut un "ré-enchantement" religieux ? Signalons sur ce sujet que Pierre Bouretz s'est ensuite intéressé aux prophètes juifs du XXè siècle, et entamons notre petite valse de citations :

"La tension [entre l'éthique religieuse et la politique] est ici poussée jusqu'au tragique, dans la mesure où elle s'attache à ce qui est tout à la fois le critère ultime du politique dans le système des catégories wébériennes et l'enjeu essentiel du salut dans ce même système : la signification accordée à la mort. Au sens fort du terme, il s'agit bien ici d'un conflit de principe entre le caractère sacré de la question de la mort comme objet par excellence de la religion et l'usage nécessaire de la violence en politique. D'un côté, la vision du monde des religions de salut n'a de sens et de fonction qu'aussi longtemps qu'elle prend en charge l'interprétation de la mort et détient le monopole de son traitement. De l'autre, le politique ne s'affirme dans sa légitimité que s'il peut à son tour donner sens au devoir de mourir. D'où la structure d'un conflit qui se présente sous la forme suivante : "Cette capacité à ranger la mort dans la série des événements significatifs et sacrés est finalement à la base de toutes les tentatives faites pour soutenir la dignité spécifique du lien politique né de la violence. Mais la manière dont la mort peut être ici conçue comme significative se situe tout à fait à l'opposé d'une théodicée de la mort telle qu'elle s'exprime dans une religion de fraternité".

Cette concurrence entre le religieux et le politique, qui réinvestit puis cherche à capter à son profit l'interprétation du sens de la mort, se déploie alors en se radicalisant sur la trajectoire historique. A titre d'illustration, la guerre crée des formes de liens interpersonnels qui se situent au plan de ceux que fait naître le sentiment religieux. Au point de venir les menacer directement en tant qu'ils donnent le fondement dernier du sentiment d'appartenance à une communauté [le fait d'être capable de mourir pour elle]. Ainsi Max Weber peut-il relever que "la guerre, comme menace réalisée de recours à la force, crée, précisément, un pathos et un sentiment communautaire ; par là, elle libère chez les combattants un esprit commun de sacrifice inconditionnel ; elle éveille, de surcroît, massivement des sentiments de dévouement, de pitié et d'amour à l'égard des malheureux, sentiments qui vont bien au-delà des liens naturels. Or les religions n'ont en général rien de semblable à mettre à la place, si ce n'est dans les communautés héroïques de l'éthique fraternelle. En outre la guerre apporte au guerrier lui-même quelque chose d'extraordinaire au sens précis du terme : la sensation, qu'il est seul à éprouver, que la mort a un sens et un caractère sacré". Le point limite d'un tel mouvement est alors occupé par la notion de guerre "juste" ou "sainte", au moment où la mort militaire et la mort religieuse se confondent en un sacrifice paré de deux significations cumulées." (pp. 148-149)

Il est très tentant, mais prématuré, de rapprocher de telles conceptions "théologico-politiques" des thèses d'un René Girard sur les rapports intimes entre violence et religion - la conception wébérienne de l'état moderne comme détenteur du "monopole de la violence légitime" est en tout cas fort proche de certaines idées de Girard - contentons-nous d'enchaîner avec un passage explicitement consacré à l'Islam. C'est ici le lieu de se lamenter que Weber soit mort avant que d'écrire le livre qu'il avait en projet sur ce thème - et de signaler par la même occasion la perplexité que Dumont avait quant à la compatibilité de l'Islam avec ses catégories d'analyse, quel dommage qu'il n'ait jamais creusé la question. Bref, cela n'a pas empêché Weber de livrer quelques aperçus sur ce sujet :

"Les compromis de l'éthique religieuse avec le monde du politique sont facilités dans deux occurrences. Celle tout d'abord où l'éthique plaide en faveur d'une "adaptation intelligente de l'homme cultivé au monde". Il en est ainsi dans l'univers du confucianisme. (... - puis vient l'évocation du puritanisme). C'est pourtant le cas de l'Islam antique qui fournit l'occurrence la plus claire d'une suppression du conflit entre éthique et politique, au travers d'une sorte de sacralisation de la guerre comme moyen du salut. Ici, la religion "a pour devoir de propager la vraie prophétie par la violence, renonce consciemment à la conversion universelle et reconnaît comme but non le salut de ceux qu'elle soumet, mais la subjugation et la soumission des incroyants sous la domination d'un ordre dominateur consacré, par devoir fondamental, à la guerre sainte". Avec toutefois deux conséquences contradictoires. En premier lieu le fait que "la violence ne fait pas problème", ce qui permet un investissement immédiatement religieux du politique. Mais aussi en retour une sorte d'atténuation du principe d'universalité propre aux religions de salut, puisque "la solution voulue par Dieu c'est, précisément, la domination violente des croyants sur les incroyants, qui ne sont que tolérés"." (p. 175)

Avant de surinterpréter ce passage, insistons sur le fait qu'il concerne, en admettant par ailleurs qu'il soit pertinent, l'Islam antique. Ces résonances contemporaines me semblent par ailleurs moins intéressantes que la conclusion que Weber en tire : sous cette forme, l'Islam "n'est, en aucune façon, une religion universelle de salut." Pour qui déteste la vulgaire mélasse des "trois monothéismes", des "trois religions du livre", cet aperçu suscite à tout le moins la curiosité. A suivre...

Mais revenons au premier passage cité, dont certains accents ont pu paraître hégéliens, ou à tout le moins kojéviens. Weber fait de la faculté à mourir pour la patrie le critère décisif d'appartenance à cette patrie, critère qui sera repris par le controversé (à tort ou à raison) Carl Schmitt. Or les réflexions qui se situent dans une telle optique sont vite portées à jeter un regard critique sur les processus de pacification des rapports sociaux que la modernité a pu petit à petit mettre au point - et voici le thème de la fin de l'histoire, qui depuis Hegel fait tour à tour, parfois en même temps, figure de paradis sur terre ou d'effrayant cauchemar. Weber, Schmitt suivent bien sûr cette deuxième solution, dans un état d'esprit récemment repris par Philippe Muray - lequel a beaucoup cité Kojève -, ce qui fait qu'à la lecture des pp. 408-411 du livre de P. Bouretz, consacrées à Schmitt, on découvre que celui-ci est un ancêtre direct de Muray. L'intéressé en avait-il conscience, je l'ignore, et ce n'est pas très important en soi, mais il est piquant de constater de tels points communs entre un juriste proche pendant quelque temps du nazisme et l'auteur du XIXè siècle à travers les âges, ouvrage nourri de questionnements, stimulants mais parfois abusifs (genre pré-Taguieff) sur les origines et les prolongements cachés de l'antisémitisme.

Pierre Bouretz suggère de même (j'imagine inconsciemment) un rapprochement entre Muray et Marx. Pas tant du point de vue de la philosophie de l'histoire comme suite de conflits - l'anticommuniste Muray a de ce point de vue, dans ses derniers ouvrages, nettement marqué sa dette à l'auteur du Manifeste - que dans le cadre, plus inattendu, des rapports entre protestantisme et liberté. Si le lecteur se rapporte à certains passages de Muray (here and there) sur le sujet, il ne pourra qu'en conclure comme moi qu'il aurait pu, toutes choses égales par ailleurs quant au style, signer ces lignes de Marx (sauf le tout début...) :

"Luther a certes vaincu la servitude par dévotion, parce qu'il a mis à sa place la servitude par conviction. Il a brisé la foi en l'autorité, parce qu'il a restauré l'autorité de la foi. Il a transformé les clercs en laïcs, parce qu'il a transformé les laïcs en clercs. Il a libéré l'homme de la religiosité extérieure, parce qu'il a fait de la religiosité l'homme intérieur. Il a émancipé le corps de ses chaînes, parce qu'il a chargé de chaînes le coeur. (...) Il ne s'agissait désormais plus du combat du laïc avec le clerc extérieur à lui, mais du combat avec le clerc à l'intérieur de lui-même, avec sa nature de clerc." (pp. 284-285 ; P. Bouretz utilise la traduction de M. Rubel dans la "Pléiade", vol. III, p. 391.)


Ces rapprochements ne sont certes pas une fin en soi - quoique briser les catégories pré-établies devrait suggérer quelques préceptes de prudence et de tolérance à qui prend part à des disputatio. L'idéal serait, je l'ai déjà signalé, de parvenir à un tableau des différentes idées possibles, des concepts avec lesquels tel concept peut ou non logiquement coexister. Les auteurs ne seraient dans ce cadre que des points de repère. Nul doute que des parentés inattendues surgiraient. Mais le but serait évidemment de clairement établir quelles idées sont, malgré les apparences et malgré les appartenances de ceux qui les ont énoncées, formellement incompatibles entre elles. Ce serait toujours plus utile et plus utilisable qu'un "panorama des idées contemporaines" construit, si le terme n'est pas abusif, sur le principe : "X dit que..., Y dit que, Z, lui, pense que...", où l'on finit par préférer alternativement tous ceux qui ne s'opposent pas trop explicitement à ses propres a priori.


En guise d'au revoir, et bien que cela n'aie rien à faire ici : que Dieu bénisse les putes. Puisse le plus vieux métier du monde connaître l'éternité !

(C'était mon premier commentaire sur l'élection présidentielle à venir. Rendez-vous est pris.)

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jeudi 20 juillet 2006

Que la joie nous emporte.

(A César : ce texte est fortement influencé par l'importante Flèche du Parthe mise en ligne par J.-P. Voyer après les attentats de Madrid. Dont acte. J'y découvre d'ailleurs la présence de l'expression "le beurre et l'argent du beurre", au sujet des pédés mariés, que j'ai souvent employée dans le même contexte. Je ne m'en souvenais plus.)


P.-S. 1.

P.-S. 2.



Ce qui se passe du côté de Gaza, du Liban, et d'un pays qui ne mérite jamais autant d'être appelé "entité sioniste" que lorsqu'il se comporte tel qu'il le fait actuellement (et pourtant, il paraît qu'il y a des gens comme vous et moi qui y vivent, aiment, travaillent et meurent de leur belle mort), rappelle quelques-uns des problèmes aigus du monde d'aujourd'hui.

Pour évacuer tout de suite la géopolitique, je redis très brièvement ce que j'ai déjà écrit sur ce sujet : les Israéliens n'avaient rien à faire en Palestine ; maintenant, ils y sont, en nombre ; le mieux serait donc qu'eux et leurs voisins parviennent à vivre ensemble ; je ne sais pas si ces voisins (et ça dépend des cas) le souhaitent ; je suis sûr que les Israéliens ne le souhaitent pas, toute l'histoire de leur pays allant dans ce sens (je reviens longuement dans ce qui suit sur ce que veut dire ici : "les Israéliens"). Comme ce sont pour l'heure eux qui ont les clés en main, peu de chose incite à penser que tous ces gens parviendront bientôt à s'entendre. Et encore fais-je ici abstraction du rôle des Etats-Unis ("l'entité protestante" ?).

D'abord, on se retrouve de nouveau dans une situation de divorce entre les opinions publiques des démocraties occidentales et leurs gouvernants. La grande majorité des gens sentent bien que les actions perpétrées ces jours-ci par Israël sont condamnables, cela ne change rien à rien. De même que l'opinion publique mondiale (je rigole) était contre l'agression américaine en Irak. De même que l'on persiste à vouloir nous imposer le TCE. De même que l'état français continue de démanteler en douce les services publics auxquels il sait pourtant les Français attachés. Ce n'est vraiment pas la peine de frimer devant le monde entier avec nos belles démocraties pour en arriver là.

Une parenthèse : il est tout à fait possible de flétrir l'accord actuel des populations sur les crimes israéliens par le vocable de "concensus", de s'amuser de la bien-pensance de ceux qui condamnent Israël, sous prétexte que les membres du Hezbollah ne sont pas des anges, de se moquer des gentils altermondialistes toujours séduits par les victimes, etc. Mais même des cons ou des enculés peuvent avoir raison, et s'il est de saine attitude de vérifier ce que d'autres, y compris ceux que l'on n'estime pas, pensent, il est enfantin et pour le moins paradoxal de ne se déterminer que par rapport à eux. Fin de parenthèse.

La démocratie, donc, puisque c'est de cela qu'il s'agit. Tout occupés à éviter l'amalgame Israélien = Juif, certains (jawhol, il s'agit notamment de mon grand ami, l'excellent Birenbaum) s'empressent de dédouaner le peuple israélien de toute forme de responsabilité dans les assassinats actuels. Oublions pour l'instant les spéficités israéliennes de ce point de vue, et attaquons tout de suite cette idée : en démocratie, tous les citoyens, sans exception, sont responsables des actes de leurs gouvernants. Un paysan languedocien du XVIIIè siècle n'était pas responsable d'une guerre menée par Louis XV, un agriculteur languedocien de 2006 est responsable du soutien de la France aux régimes d'Omar Bongo et d'Idriss Déby, quand bien même, comme moi il y a cinq ans, il en ignorerait tout (je prends toujours ces exemples autant pour les vulgariser que parce qu'ils sont indiscutables). Si l'on veut la démocratie, que d'ailleurs on s'en glorifie ou non, il faut assumer ce qui va avec : à partir de l'âge de 18 ans, on est responsable de tout ce que fait le pays dont on est citoyen, que l'on vote ou non, que l'on soit d'accord ou non avec ce qu'il fait, et même si l'on se bat contre ce qu'il fait. Que Yahvé bénisse Tanya Reinhart, mais même elle est responsable des crimes actuels. Et c'est pourquoi, pour rejoindre l'argumentation de J.-P. Voyer, quand les Arabes frappent, comme à New York, Madrid ou Londres, les populations civiles, ils ne font que prendre au mot les constitutions et principes démocratiques des Etats-Unis ("We the people..."), Espagne ou Royaume-Uni.

En revanche, personne n'est responsable de ce qui a été fait avant lui. Si je suis né après la guerre d'Algérie, je ne suis pas responsable de ce qui y a été fait au nom de la France. Passons momentanément sur le cas où j'ai dix-huit ans pendant la guerre d'Algérie et souffle mes bougies en plein milieu d'une séance de torture.

On répondra qu'il s'agit là d'un juridisme grossier sans rapport avec la réalité des faits. Mais la démocratie est justement du juridisme, c'est l'égalité de tous devant la loi. Ce n'est pas moi qui rend homogènes les unes par rapport aux autres des situations entre elles incommensurables, c'est le principe démocratique qui rend homogènes en droit tous les citoyens d'un pays. Mais il faut peut-être maintenant clarifier ce que "responsable" veut dire. Suivons dans un premier temps le Robert :

.Sens général : Qui doit accepter et subir les conséquences de ses actes, en répondre.
1. Qui doit (de par la loi) réparer les dommages qu'il a causés par sa faute. - Qui doit subir le châtiment prévu par la loi.
2. Qui doit, en vertu de la morale admise, rendre compte de ses actes ou de ceux d'autrui.
3. Qui est l'auteur, la cause volontaire et consciente (de qqch.), en porte la responsabilité morale. (le Robert renvoie ici au mot "coupable").
4. Chargé de, en tant que chef qui prend les décisions. (renvoi au mot "dirigeant").
5. Qui est la cause, la raison suffisante de.
6. Raisonnable, sérieux, réfléchi : qui mesure les conséquences de ses actes.

Laissons complètement de côté le sens 6. Le sens 4 ne nous serait utile que si justement nous n'étions pas en démocratie. Les autres sens montrent bien la difficulté du problème, puisque la langue française y mêle le langage de la science (sens 5 : la "cause", la "raison suffisante", ce qui n'est déjà pas la même chose), de la morale (sens 2 et 3), et de la loi (sens 1 et 3). Comme le lecteur de plus de vingt ans s'est sans doute déjà remémoré la fameuse formule de Georgina Dufoix au moment du scandale du sang contaminé, "responsable mais pas coupable", profitons du tour de passe-passe que l'ancien ministre essayait alors de faire, mettant en avant le sens 4, pour éviter la condamnation liée au sens 3, et dans le même mouvement, échapper au blâme moral inclus dans le sens 2, profitons de cette manoeuvre rhétorique ratée, ou plutôt profitons de ce que cette manoeuvre ait été ratée pour cerner les limites des distinctions du dictionnaire. Dieu sait qu'il y a parfois des décalages entre la loi et "la" morale, mais le citoyen d'une démocratie a tendance à estimer - parfois trop, mais ce n'est pas notre problème d'aujourd'hui - qu'elles doivent coïncider autant que faire se peut. Ce qui n'a pas fonctionné avec Mme Dufoix, c'est qu'elle acceptait une part de responsabilité juridique pour, en dernière analyse, éviter une responsabilité morale. Il est tout à fait sain que l'opinion n'ait pas accepté un tel stratagème, ceci dit sans le moins du monde vouloir accabler quelqu'un dont le rôle précis dans l'enchaînement des causes et des effets du scandale du sang contaminé m'est inconnu - et que justement je n'ai pas besoin de vérifier.

Car là est le noeud de l'affaire. Il est évident que l'agriculteur languedocien pas plus que moi-même n'avons demandé à Jacques Chirac (et aux présidents qui l'ont précédé) de soutenir des dictateurs en Afrique. Il est évident aussi, j'imagine, que si l'on nous demandait si nous accepterions une légère baisse de niveau de vie, pour que la France paye plus cher, et donc mieux, les matières premières qu'elle rackette actuellement au Gabon ou au Tchad, nous dirions oui. Je veux dire par là que l'argument selon lequel c'est la pression des cochons consommateurs d'Occident qui pousse leurs dirigeants à faire feu de tout bois pour maintenir le niveau de confort de leurs électeurs, s'il n'est pas, Dieu sait, sans fondement, ne résout pas tout. Néanmoins, il est clair que mon agriculteur et moi-même pouvons à un certain niveau être considérés comme des "causes" de certains aspects de la politique étrangère de notre pays, que nous ne pouvons totalement en exonérer notre responsabilité à ce sens.

Ce qui pourrait vouloir signifier d'ailleurs que ce que je disais du paysan languedocien du XVIIIè siècle n'était pas si vrai que cela, puisque son bien-être à lui, même dans ces canons hors de proportion avec les nôtres, pesait sur la politique de son roi. Je veux bien l'admettre, mais si même ce gars-là pouvait être en partie jugé responsable de ce qu'un seigneur censément de droit divin faisait, combien plus le sommes-nous des actes d'un président élu !

Bref : le peuple est souverain, il est donc juridiquement responsable. Il l'est donc aussi moralement - nous venons de voir qu'il était bien délicat de séparer les deux domaines. Et il joue un rôle causal dans les décisions de ses représentants. S'il ne tient pas l'épée, il arme le bras. CQFD.


Oui, mais... Il y a des causes directes et indirectes, distinction bien connue des juristes et des juges. Ce n'est par ailleurs pas un secret que le contrôle des citoyens sur les hommes politiques et surtout d'ailleurs sur les décisions qu'ils prennent est de plus en plus lâche, que le personnel politique a su au fil des années se mettre à l'abri de bien des déconvenues de ce point de vue (encore une fois d'ailleurs, plus d'un point de vue général que du point de vue de tel ou tel politicien). Et on ne fera croire à personne qu'un OS et un inspecteur des finances ont la même influence sur la politique économique française.

Tout cela est fort vrai, mais ne change strictement rien à mon raisonnement. Pour rester dans le domaine du droit : le point de vue du juré n'est pas celui du juge, celui qui décrète la culpabilité de l'accusé n'est pas celui qui décide de la lourdeur de la peine, en fonctions de circonstances atténuantes ou aggravantes. Dans le cas présent, que tous ne soient pas également coupables n'empêchent pas qu'ils soient tous coupables. Et si l'on prend le jugement par excellence, c'est-à-dire le Jugement Dernier, Dieu, à la fois juré et juge, sait que tous ne sont pas également pécheurs, mais que tous le sont.

Dans le cas des Israéliens donc, il est certain que si un Tribunal universel ou un Dieu omniscient devait juger les responsables des actes que Tsahal commet ces jours-ci, Tanya Reinhart n'écoperait pas de la même peine que Ehud Olmert. Mais elle aussi devrait être condamnée, fût-ce symboliquement.


Tirons-en quelques conséquences, même paradoxales.

D'une certaine manière, le sujet démocratique est dans cette optique toujours piégé, car toujours responsable en droit même s'il l'est en fait fort peu ou presque pas. Si chaque citoyen s'investissait dans la vie publique avec ardeur et sincérité, donc, au moins après un certain temps d'apprentissage, avec compétence, il serait d'autant plus responsable (aux sens 2, 3 et 5, car pour le sens 1 cela ne change rien, le peuple est souverain) des éventuelles erreurs commises par ses représentants, erreurs qui peuvent être tragiques. A chacun alors de voir s'il vaut mieux être jugé (par qui, demandera-t-on ? Au minimum et tout simplement : par soi-même, avant de mourir) pour ce que l'on a effectivement et consciemment fait ou pour ce que l'on a laissé faire à d'autres en son propre nom. Si l'on veut en tout cas que le mot démocratie ait un vague sens, le choix me semble simple. (On peut d'ailleurs espérer, quitte à passer pour un naïf zélateur des Lumières, que ces erreurs ne seront pas si nombreuses dans un tel contexte de participation constante et raisonnée de la population. On voit en tout cas a contrario ce qui se passe lorsque l'on ne contrôle plus ses dirigeants.)

Ce sujet démocratique est aussi piégé par le passé de son pays, puisqu'après tout il n'a pas choisi de vivre en démocratie, et que ce n'est pas parce qu'il trouve le système du suffrage universel stupide qu'il va chercher à établir un autre régime ou s'exiler dans un autre pays, quittant ses proches. C'est un cas limite - ou, si l'on veut, un dommage collatéral -, tant que la majorité des gens continue à vouloir vivre en démocratie, même sans avoir rédigée elle-même la déclaration des droits de l'homme.

Par ailleurs, et en contrepoint de tout ce qui précède, il ne faut pas non plus dramatiser à l'excès ces considérations. D'abord, que la démocratie pose des problèmes inédits n'est pas une découverte, qu'il n'y ait pas de régime parfait encore moins. Condorcet a montré il y a déjà un certain temps, par exemple, que pour que l'utilisation du suffrage universel soit vraiment cohérente, il faudrait un référendum préalable dans lequel, à l'unanimité, les citoyens accepteraient d'obéir à la majorité même en étant en désaccord avec elle (cf. aussi Nietzsche, Humain, trop humain, "Le voyageur et son ombre", §276). C'est évidemment, dans la pratique, impossible, mais cela n'empêche pas le suffrage universel de fonctionner et les vaincus de s'incliner, pas seulement parce qu'ils n'ont pas le choix (la loi républicaine se fait obéir de façon peu différente que la loi du Roi ou de l'Empereur, Fouché-Sarkozy même combat), mais aussi parce qu'ils savent qu'ils auront d'autres occasions de faire valoir leur point de vue (ce qui prouve qu'ils acceptent de facto la responsabilité des décisions prises contre leur accord, à charge de revanche). Une démocratie est peut-être un peu plus rationnelle que d'autres formes de régime, mais elle n'a pas besoin d'être totalement rationnelle pour fonctionner (je pourrais mettre de nombreux guillemets à cette phrase, mais passons). Que l'on arrive à des situations un peu ubuesques, comme quoi un Français de 20 ans et 364 jours (la majorité était alors à 21 ans, sauf erreur) n'était pour rien dans les tortures perpétrées par l'armée française en Algérie (tortures que l'on peut ou non approuver d'ailleurs, là n'est pas le problème), mais qu'il en devenait responsable le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, est un fait - mais quel régime n'a pas connu de situations limites et ridicules ?

Ensuite, loin de moi l'idée de chercher à culpabiliser mes concitoyens, à base de moralisme existentialiste ou de quoi que ce soit de ce genre (le Robert cite, au sens 3, une sentence de saint-Exupéry : "Chacun est responsable de tous." Désolé, je ne suis pas responsable de Tony Blair). Que la Françafrique persiste dans son être, par exemple, ne me fait certes pas plaisir, je ne peux pas dire non plus que cela m'empêche beaucoup de dormir, surtout quand j'ai bien mangé. Quant aux crimes commis par mes ancêtres, j'ai pris soin au début de ce texte de m'en exonérer totalement. Je ne suis strictement pour rien (sens 5, déjà) dans Pétain (ni dans de Gaulle non plus, évidemment). Il s'agit ici d'éviter que certains s'exonèrent de leurs responsabilités, pas de jouer les prêcheurs ni, encore moins, de se placer soi-même au-dessus de la mêlée.


Surtout en temps de crise, comme c'est le cas en Israël aujourd'hui, le problème de la responsabilité étant ici encore complexifié, d'un côté, par le fait qu'il s'agisse d'un "Etat juif", donc d'un objet démocratique pour le moins étrange, de l'autre par la façon qu'a ce pays de parler au nom des Juifs du monde entier. Je n'évoquerai ici que cette deuxième caractéristique, ne connaissant pas assez, par exemple, la situation juridique des Arabes israéliens pour m'aventurer dans l'évaluation de leur responsabilité actuelle. Quoi qu'il soit, et pour être aussi bref que possible, dans la mesure où un juif français, par exemple, n'est pas, que je sache, un citoyen israélien, quand bien même il puisse le devenir facilement, je crois tout à fait déraisonnable de le rendre responsable (sens 1, 2, 3) du comportement souvent dégueulasse de ce pays. En revanche, il est hautement souhaitable, pour éviter, si j'ose dire, que le sens 5 ne contamine les autres, que les juifs français - je continue à m'adresser en premier lieu à mes compatriotes, et tant pis si certains esprits chagrins trouvent que les gens ont toujours quelque chose à dire aux juifs, c'est la rançon de la gloire -, que ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique du pays qui s'arroge le droit de parler en leur nom, ne se privent pas de le faire savoir, à titre privé - comme c'est d'ailleurs, heureusement, parfois le cas.



P.-S. 1.
Je signale, chez La Fabrique, la réédition des deux articles de Marx "Sur la question juive", avec une présentation et un commentaire de Daniel Bensaïd. Outre l'intérêt des textes de Marx, ce recueil propose une utile mise en perspective historique des questions liées à l'identité juive - notamment au sujet des attitudes des mouvements révolutionnaires juifs par rapport au sionisme, ainsi qu'une pertinente réfutation (p. 183, note 31) de certains fantasmes de Michel Onfray.

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Ceci posé, et sans même s'attarder sur le fait que M. Bensaïd semble considérer comme vérités d'évangile certaines thèses de Marx, on regrettera d'une part que ces commentaires semblent avoir été écrits à la va-vite, de façon quelque peu décousue, d'autre part qu'ils évoquent le judaïsme sans un mot pour la théologie. Je veux bien que la thèse soit justement que des gens comme Benny Lévy (quel dommage qu'il soit mort, je l'aurais insulté avec plaisir), Alain Finkielkraut (quel dommage qu'il soit si con, cela ôte du plaisir à l'insulter) ou Jean-Claude Mao-Milner (quel dommage que dans le texte qui précède je lui aie emprunté le passage sur Condorcet, cela m'oblige à reconnaître ma dette envers cette saleté

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de canaille stalinienne) s'échappent de questions politiques en les traitant sur le versant théologique de l'élection du peuple juif, mais tout de même le danger de la platitude et de l'inexactitude est grand qui coupe les Juifs, même marxistes-révolutionnaires, du judaïsme. Le beau petit ouvrage de Michael Löwy, Rédemption et utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale, PUF, 1988, hélas épuisé (sur le même sujet, on peut lire aussi le pavé de Pierre Bouretz, Témoins du futur, chroniqué ici, certainement plus complet mais pas nécessairement meilleur), ne s'échouait pas sur cet écueil, montrant bien les liens entre le messianisme religieux et le messianisme politique de gens comme Gustav Landauer ou Walter Benjamin. Il est d'ailleurs caractéristique que M. Bensaïd reprenne à son compte la sainte trinité des penseurs juifs Spinoza-Marx-Freund, qu'Alain Badiou (que le même D. Bensaïd avait assez platement défendu dans Le Monde contre les accusations lamentables d'antisémitisme que Frédéric Nef avait proférées à l'égard de l'auteur du Siècle dans le même journal) répète à satiété dans son livre Circonstances 3, Portées du mot "Juif", ce qui ne dénote chez l'un ni chez l'autre une grande curiosité pour des figures plus complexes comme Landauer, encore, ou Scholem.

Pourquoi cela me gêne-t-il ? Pour deux raisons, liées : d'abord, je trouve conceptuellement faux et politiquement improductif de laisser la théologie aux sionistes contemporains. Ensuite parce qu'il y a dans le livre de D. Bensaïd un côté militant et manichéen assez agaçant et qui nuit à l'intérêt que l'on porte à tous les renseignements que l'on peut y trouver. Il est dommage de répondre à des simplifications par d'autres simplifications.


P.-S. 2. - "Salomon, vous êtes juif ?"
L'occasion faisant le larron, une remarque lue dans le livre de D. Bensaïd m'amène à clarifier mon coming out philosémite de l'autre jour (texte précédent). Page 77, l'auteur cite Robert Aron, qui, dans son ouvrage Karl Marx, antisémite et criminel ?, Bruxelles, Didier Devillez, 2005, écrit : "Etre antisémite, c'est d'abord faire des juifs des êtres à part." Hors contexte, je ne sais pas exactement ce que M. Aron veut dire par-là, je ne cherche donc pas vraiment à le contredire, mais ce pluriel "des juifs" est ambigu. S'il s'agit de chercher des caractéristiques communes à tous les juifs du monde, effectivement, l'antisémitisme n'est pas loin - et bon courage, d'ailleurs. S'il s'agit de chercher à comprendre les singularités de l'histoire du judaïsme, de l'invention du monothéisme aux paradoxes d'Israël en passant par le prosélytisme inavoué dont Marc Ferro (Les tabous de l'histoire, NIL, 2002, rééd. Pocket 2004, pp. 105-124) fait l'un des pivots de la persistance dans l'histoire du peuple juif (cf. plus bas), la problématique de l'assimilation, la Shoah, etc., alors on se trouve quand même devant une histoire à part. Et s'il s'agit de partir de cette histoire pour essayer de comprendre comment ceux qui en sont bon gré mal gré les dépositaires la vivent, consciemment ou inconsciemment, de Spinoza à Gérard Oury, en passant par Schoenberg, Alexandre Adler et certains de mes amis, alors, oui, il y a de quoi faire des juifs des êtres à part, ceci étant donc dit, j'espère être clair, sans réductionnisme. Avec ce qui est intéressant on n'en a jamais fini.



Sur M. Ferro : vérification faite, il s'agit de l'exposition de la thèse développée par Arthur Koestler dans La treizième tribu (Calmann-Lévy, 1976), selon laquelle une bonne partie des juifs d'Europe centrale du XXè siècle, ceux-là même qui seront exterminés par les nazis, ne sont pas des descendants en droite ligne des Juifs de Palestine s'essaimant après la destruction du second Temple, mais les descendants de Khazars convertis en nombre après la conversion de leur roi, Bulan, autour de 861. (Le royaume Khazar, "issu des migrations turques s'est situé entre la mer Noire, la mer Caspienne et les Carpates. Il a correspondu quelque peu à ce qu'ont pu être, ultérieurement, des territoires correspondant à la Pologne, à l'Ukraine, à la Crimée.", p. 117). Si l'on adopte cette thèse, que M. Ferro présente comme non absolument prouvée mais fort plausible, on ne peut que noter la noire ironie qui vit les racistes antisémites hitlériens massacrer des populations qui n'avaient rien de sémite. Je précise à toutes fins utiles que je ne me fais pas l'écho de ces recherches pour battre en brèche la "légitimité" de l'état d'Israël, qui n'a à mes yeux rien à voir avec ce qui s'est passé entre la Pologne et l'Ukraine il y a plus de mille ans (je mets des guillemets au mot légitimité parce que je ne crois pas que la question se pose en ces termes). Simplement, voilà des paradoxes et des méandres supplémentaires dans une histoire - du peuple juif, ou des peuples juifs si l'on veut - qui n'en manquait déjà pas.

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dimanche 9 avril 2006

Publicité.

Suite à un mail reçu il y a quelques semaines, j'ai découvert une constellation de blogs, en direction desquels il m'est depuis arrivé d'adresser le lecteur à l'occasion d'un lien ou d'un autre.

J'en regroupe certains ici, étant entendu que cela ne vaut pas de ma part caution à tous ce que ces gens écrivent - loin s'en faut. Cette annonce n'est qu'un hommage à la passion qui les anime - et qui les fait parfois s'engueuler entre eux. Il va de soi par ailleurs que je n'ai pas exploré tous les liens que l'on peut trouver sur ces sites : des perles peuvent très bien m'avoir échappé.

Voici donc :

- A tout seigneur tout honneur, l'auteur du mail en question, M. Cinéma, le plus serein du lot ;

- M. Littérature, qui comme moi se consume dans la passion de Karl Kraus - qu'Allah le bénisse ! -, et à qui plus encore qu'à son maître il arrive d'être injuste ;

- M. Religion, pas commode non plus, qui parle parfois bien de sa croyance, et qui comme moi se consume dans la passion de Blaise Pascal - qu'Allah l'ait en sa très sainte garde ! ;

- M. Vague, dont j'ai plus de mal à cerner l'état d'esprit, mais qui peut avoir le sens de la synthèse percutante ;

- M. Citations, dont je redécouvre à l'instant l'existence, et chez qui il semble y avoir de quoi piocher ;

- et bien sûr un bonjour à Mauricette Beaussart pour finir.


Ach, débrouillez-vous avec ça !

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